JUSTICE D'UN MANDARIN
Sous le règne du célèbre Kang-Hi, empereur de la Chine, un riche inspecteur des manufactures de ce vaste empire, étant sur le point de faire une longue tournée, donna un gouverneur à ses deux fils. Tous deux annonçaient d'heureuses dispositions. Le père fut ù peine parti, que le gouverneur, abusant de l'autorité qu'on 1 n avait confiée, devint le tyran de la maison. Il éloigna les honnêtes gens qui pouvaient éclairer ses démarches, et fit chasser ceux d'entre les domestiques qui avaient le plus à cœur les intérêts de leur maître absent. On eut beau instruire le père de ce désordre ; il n'en voulut rien croire, parce qu'ayant une belle âme il n'imaginait pas qu'on pût en agir ainsi. Ce mal n'aurait pas été sans remède si ce méchant pédagogue eût pu donner à ses élèves quelques vertus et des talents ; mais, comme il en manquait lui-même, il n'en fit que des enfants grossiers, impérieux, faux, libertins, ignorants. Après cinq années de courses, l'inspecteur, de retour, vit enfin la vérité, mais trop tard ; et sans autrement punir celui qui avait abusé de sa confiance, il a^ contenta de le renvoyer. Ce mauvais gouverneur eut l'imprudence de citer l'inspecteur au tribunal d'un mandarin, pour qu'on eût à lui payer la pension qu'on lui avait promise. " Je la payenus " très volontiers, et même double," répondit le père en
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présence du juge, ".si ce malheureux m'avait rendu mes " enfants tels que je devais naturellement l'espérer. Les "voici," poursuivit-il en s'adressant à Thomme de la loi : ''examinez-les, et prononcez." En effet, après les avoir interrogés, et après avoir entendu toutes leurs inepties, le mandarin porta cette sentence : " Je con- " damne ce précepteur à la mort, comme homicide de " ses élèves, et leur père à l'amende de trois livres de " poudre d'or, non pour l'avoir choisi mauvais, (car on " peut se tromper,) mais pour avoir eu la faiblesse de " le conserver si long-temps. Il faut qu'un homme," ajouta-t-il, ** ait la ibrce d'en perdre un autre quand il " le mérite, et surtout si le bien de plusieurs l'exige."
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ALPHONSE V. SURNOMMÉ LE SAGE ET LE MAGNA- NIMB, ROI D'ARRAGON ET DE SICILE.
Alphoîîse assiégeait Gayette. Cette place commençant à manquer de vivres, les habitants furent obligés d'en faire sortir les femmes, les enfants, et les vieilla^s, n'ayant bientôt plus rien à leur donner à manger. Ces pauvres cens se trouvèrent réduits à la plus affreuse extrémité. S'ils s'approchaient de la ville, les assiégés tiraient sur eux : s'ils s'avançaient vers le camp des