‹ Recueil complet des poésies de Saint-PavinChapitre 6 sur 21 · LU · texte numérisé non relu

LU

Amans, qui vous plaignez sans cesse De trouver peu de seureté Dans les faveurs d'une maistresse Qui de tout temps a coqueté,

Sçachez qu'un plus grand mal me presse Je sers une injuste beauté De qui mes soins et ma tendresse Jusqu'icy n'ont rien mérité.

Pour tous également cruelle, Je ne puis rien espérer d'elle Qui flatte un peu ma vanité ;

Trop heureux si, l'aiant servie, Je pouvois en toute ma vie L'accuser d'infidélité.

Lin.

Imprimé, p. 72.

Changez l'air de vostre entretien, Ou permettez que je vous quitte ; La fade complaisance irrite.

Sourire à tout, n'oblige en rien.

Egalement dire du bien D'une chose bien ou mal dite, Pour establir votre mérite Me paroist un foible raoïen.

POÉSIES DE SAINT-PAVIN. â7

C'est toutesfois vostre méthode ; Il n'est rien de plus incommode Q.u'une louange à contretemps :

J'aime beaucoup mieux qu'on me fronde ; Qui tasche à plaire à tout le monde Ne plaist guère auxhonnestes gens.

Contre Despbéadx (Imprimé, p. 58).

Silvandre monté sur Parnasse, Avant que personne en sceust rien, Trouva Régnier avec Horace, Et rechercha leur entretien.

Sans choix et de mauvaise grâce , Il pilla presque tout leur bien ; Il s'en servit avec audace, Et s'en para comme du sien.

Jaloux des plus fameux poètes ,

Dans ses satyres indiscrètes

Il choque leur gloire aujourd'huy ;

En vérité, je luy pardonne,

S'il n'eust mal parlé de personne,

On n'eust jamais parlé de luy.

An Roy (Inédit).

Achevé d'abattre l'Espagne, Suivy de tes fameux guerriers,

Dans la Flandre prens tes quartiers, A la honte de l'Allemagne,

La victoire qui t'accompagne Te cueille partout des lauriers, Ce que n'ont pu tes devanciers Tu l'as fait dans une campagne.

L'Anglois, au bruit de tes hauts faits, Tremblant, te demande la paix Sitost qu'au combat tu t'apprestes ;

Dans l'Europe tout est soumis ; Si tu veux pousser tes conquestes, Fay-toy de nouveaux ennemis.

PooR LE Roy (Inédit).

Alertes, messieurs les poëtes,

Le roy doit arriver demain ;

La victoire, au bruit des trompettes,

Le rameine dans Saint-Germain.

Il faut, paresseux que vous estes, Graver sur le marbre et l'airain Cent belles choses qu'il a faittes, Et toutes l'espée à la main.

11 fera bien d'autres conquestes.

Tenez des rimes tousjours prestes, De vostre honneur soiez jaloux :

A la teste de son armée,

Il fait marcher la Renommée ;

Elle ira plu« viste que vous

Inédit.

Bannissons de nostre mémoire

Les héros des siècles passez,

Dans le temple de la Victoire

Leurs grands noms sont presque effacez.

Avec audace dans l'histoire Ces demy-dieux s'estoient placez.

Mais Louis, tout couvert de gloire, Les en aura bientost chassez.

L'Europe pour luy trop petite Ne pourra servir de limite A ses ambitieux projets ;

Il ne sçauroit se satisfaire

Qu'il n'achevé, par ses hauts faits,

Tout ce qui leur restoit à faire.

Imprimé, p. 30.

D'une troupe de jeunes fous Iris se trouvant accablée, Pour guérir mon esprit jaloux Chez elle aux champs s'en est allée.

Ce départ, qui les surprit tous, Rassura mon ame troublée, Mais, absent d'un objet si doux, Je sens ma peine redoublée.

Seul coupable de tous mes maux,

ko POÉSIES DE SAINT-PAV1]N.

En me vengeant de mes rivaux, Je me suis vengé sur moy-mesme :

Mes plus doux plaisirs sont perdus ; Elle fait bien voir qu'elle m'aime, Mais, helas ! je ne la vois plus.

Imprimé, p. 26.

Je sers une ingratte maistresse Qui tous les jours change d'humeur Elle m'avoit promis son cœur.

Et n'a pas tenu sa promesse.

Pour mon riyal elle s'empresse.

Partout elle s'en fait honneur ; Elle m'écoute avec froideur, Et respond mal à ma tendi'esse .

Ce procédé capricieux

Me fait enfin ouvrir les yeux,

Je vois qu'elle m'est infidelle :

Ces mesmes yeux, sans me guérir, Me disent aussy qu'elle est belle, Et c'est ce qui me fait mourir.

Inédit.

Vostre grossesse est trop certaine, Avouez-le sans hésiter ; Vostre taille et vostre air, Climene, Ne permettent plus d'en douter.

Ne vous mettez jamais en peine Du fruit que vous devez porter, Vous fastes tousjours inhumaine A qui voulut vous en conter.

Voyant que vous n'aimiez personne, Un follet, Dieu vous le pardonne, Sans doute en dormant vous surprit ;

Vous n'aurez masle ny femelle, A vostre époux tousjours fidelle.

Vous accoucherez d'un esprit.

Inédit.

Mon amour est desraisonnable, Iris, vous le devez bannir ; Vous ne sçauricz trop le punir, C'est un enfant insupportable.

Il vous tourmente, il vous accable, Il veut seul vous entretenir ; Vous ne sçauriez trop le punir, S'il ne vous voit, il fait le diable.

Quoyqu'il vous ait cent fois promis Qu'il seroit discret et soumis, Il vous a manqué de parole :

Il faut le traitter sans pitié ; Croïez-moy, c est un petit drôle Qui ne fait rien par amitié.

/l2 POÉSIES DE SAINT-PAVIN.

Inédit.

Iris, qu'autrefois à vous voir Je passois de douces journées !

Que dans ces heures fortunées Vos beaux yeux flattoient mon espoir

Malheureux ! devois-je prévoir Que mes cruelles destinées De tant d'espérances données Quelque jour me feroient deschoir ?

Où sont les sermens, les promesses Qui m'assuroient de vos tendresses, Hélas ! que sont-ils devenus ?

Cependant, aimable infidelle, Vous estes la moins criminelle :

Je vis, et vous ne m'aimez plus.

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