‹ Recueil complet des poésies de Saint-PavinChapitre 7 sur 21 · MADRIGAUX · texte numérisé non relu

MADRIGAUX

Inédit.

Belle Iris, toutes vos bontez, Vos égards, vostre confiance, Bien loin de flatter ma souffrance.

Me passent pour des cruautez :

Les amitiez les plus estroittes

POÉSIES DE SAINT-PAVIN. k^

Se content pour rien aujourd'huy, L'amour n'a point de part en tout ce que vous faittes. Et peut-on bien aimer sans luyl

Inédit.

Mon cher Tirsis, vous présumez Un peu trop de vostre science, Les fautes dont vous nous blasmez Ont plus de grâce qu'on ne pense ; C'est quelque chose et ce n'est rien.

Mais laissez là vostre férule ; Montmort, qui fut un ridicule, Passoit pour bon grammairien.

Inédit.

Tirsis, deux filles de mérite

Hier me firent une visite,

L'une me baisa sans façon,

L'autre me parut toute esmûe,

Et honteuse, baissant la veiie,

Ne me donna que le menton.

Quel sentiment seroit le vostre?

Leur baiser me fut-il égal?

Celle qui baisa le plus mal,

A mon gré, baisa mieux que l'autre.

Imprimé, p. 34.

Si, quand vous partez de ce lieu,

Uk POÉSIES DE SA1NT-PA.VIN.

Je ne vais pas vous dire adieu, Il ne faut pas qu'on s'en estonnc :

De la façon que je suis fait, Je m'acquitte mieux par billet Que je ne puis faire en personne.

Inédit.

Pour quelques légères douleurs

Dont je ne me plaignis qu'à peine, Un jour auprès de moy je vis verser des pleurs

A la jeune et fier e Climene.

Lors je luy dis en soupirant : Si je souffrois pour vous quelque mal bien plus grand,

Y pourriez-vous estre sensible 1

La belle changea de couleur.

Hélas ! seroit-il bien possible

Que son émotion eust esté jusqu'au cœur t

Inédit.

Avec quelque chaleur d'esprit Un jour Catin et moy nous nous dismes cent choses,

L'amour ensemble nous surprit, Et les lis de Catin se changèrent en roses ;

Ses yeux s'allumèrent un peu, Et les miens languissans tesmoignerent mon feu ;

Nous demeurasmes sans rien dire,

Egallement embarrassez :

Quand l'un rougit, et que l'autre soupire,

Sans parler on s'explique assez.

POÉSIES DE SAlNT-l'AVIN. 45

Inédit.

Caliste a tous les agrémens Qu'il faut pour faire une maîtresse, Elle a l'esprit et la jeunesse, L'air galant et les yeux charmans.

Mais si l'on croit la renommée, La belle va fort à ses fins, Elle seroit bien moins aimée Si l'on prenoit garde à ses mains.

Imprimé p. 55.

Quoyque la jeune Iris dans son lit retenue

Languisse et souffre nuict et jour,

Et que sa beauté diminue,

Sans nous flatter d'un prompt retour, Amans, qui la plaignez dans cest estât funeste.

Ne craignez rien pour ses appas,

Elle en aura tousjours de reste ; Tremblez pour ses rigueurs qui ne finiront pas.

Inédit.

Iris, je suis au desespoir

Que dans mes yeux vous puissiez voir

Mes passions les plus secrettes ;

Je veux l'empcscher, je ne puis,

Ils me disent ce que vous estes.

Ils me disent ce que je suis.

Inédit.

Caliste, que vous estes belle,

Que vous avez les yeux charmans !

Toutes les grâces en querelle Disputent à qui plus vous donnera d'amans.

Ces déesses intéressées

A se faire valoir par vous,

Ne se trouvent jamais lassées

De vous faire sentir leurs coups ;

Et, par un dessein tout contraire,

Peu libérales envers nous, Ne nous mettent jamais en estât de vous plaire.

Imprimé, p. 45.

Caliste, sans dessein de faire des amans,

Laisse aller ses regards charmans Qui coustent à nos cœurs des blessures mortelles

Et quand on ose souspirer,

On s'attire mille querelles, La belle s'en offense et ne peut l'endurer.

Sommes-nous plus coupables qu'elle ?

Si l'on en juge de bon sens,

Son innocence est criminelle

Et nos crimes sont innocens.

xn.

Inédit.

Estre sans cesse dans l'église.

POÉSIES DE SAINT-PAVIN. I\l

Passer de couvent en couvent,

Et tesmoigner estre surprise

De ne me plus voir si souvent, C'est bien injustement me faire une querelle : Ma passion mérite un traitement plus doux ;

Pensez à la vie éternelle,

Et me laissez damner pour vous .

Inédit.

L'autre jour Tircis rencontra

Quelques sonnets dessus ma table ;

Il en prit un qu'il vous monstra,

Force gens le trouvoient passable.

Il s'y trompa comme eux, et ne put vous tromper ; A vos yeux penetrans rien ne peut eschapper : Le défaut leur parut, ils me furent sévères.

Mais le moïen de se vanger !

Vos escrits achevez sont comme les misteres,

C'est un crime d'y rien changer.

Au CARDINAL Mazahin. — Inédit.

Quand on pense aux longues fatigues

Que te donnèrent les intrigues De tant d'ingrats contre toy mutinez ; Quand nous voïons à tes pieds les couronnes Te demander la paix que tu leur donnes ; Quand tu nous rends nos princes csloiguez ;

Jule, tout lo monde t'admire, On plaint tes maux, on vante tes boutez,

48 rOÉSlES DK SAINT-PAVIN.

Et parlant de toy l'on peut dire :

11 a souffert, et nous a rachetez.

Imprimé, p. 31.

Que mon esprit est agité !

Le retour de vostre santé Vous fera partir tout à l'heure.

Hélas î que dois-jc souhaitera Ne'sçauriez-vous vous bien porter, Sans faire aussytost que je meure t

Sur Chapelain. — Inédit.

J'ay vu ce qu'a fait Saint-Germain

Sur la paix et le mariage ;

Cette ode est toute de la main

Dont il traça son grand ouvrage.

Partout on le trouve sçavant,

Et toutefois assez souvent

On critique sa poésie ;

Il escriroit plus à souhait

S'il oublioit une partie

De cent belles choses qu'il sçait.

A Monsieur le Prince. — Inédit.

Quand on parle de vos exploits Et dans l'amour et dans la guerre, On vous compare quelquefois A celuy qui donna des lois

Au maistre de toute la terre .

De vostre honneur je suis jaloux.

Ce parallèle me fait peine :

César, à le dire entre nous, Fut bien aussy galant que vous, Mais jamais si grand capitaine.

Inédit.

Seigneur, que vos boutez sont grandes De nous escouter de si hault, On vous fait diverses demandes, Seul vous sçavez ce qu'il nous fault.

Je suis honteux de mes foiblesses ; Pour les honneurs, pour les richesses, Je vous importunay jadis ; J'y renonce, je le proteste.

Multipliez les A^endredis, Je vous quitte de tout le reste.

Imprimé, p. 78.

Mon médecin, chaque jour, Sachant que je meurs d'amour Pour la petite Silvie, Me dit que, si je la vois En un mois plus d'une fois, Il m'en coustera la vie.

Je me suis mal ménage, Vivant au jour la journée,

En quatre jours j'ay mangé Les douze mois de l'année .

Imprimé, p. 57.

Iris tremble qu'au premier jour L'himen, plus puissant que l'amour, N'enlevé ses trésors sans qu'elle ose s'en plaindre. Elle a négligé mes avis ; Si la belle les eust suivis, Elle n'auroit plus rien à craindre,

Inédit.

Ne me demandez point en quel estât je vis, Nos deux temperamens sont d'une mesme sorte ; Tastez-vous le pouls, belle Iris, Vous sçaurez comment je me porte.

Inédit.

Plus resigné qu'un capucin, Le front tout barbouillé de cendre, Je vous fais part de mon dessein.

Il doibt sans doute vous surprendre :

Je ne veux plus penser à rien Qu'à devenir homme de bien ; J'aspire à la vie éternelle.

Insensé ! Qu'est-ce que je dis?

Iris, si vous m'estes fidelle Ne suis-je pas en paradis 1

Inédit.

Je sçay que mon nom est celuy Du saint qu'on célèbre aujourd'lmy, Et ce qu'un bouquet me demande ; Mais sçachez qu'à de vieux perclus On ne doibt point faire d'offrande :

Ce sont des saints que l'on ne feste plus.

Imprimé, p. 39.

Qu'on a de peine à se guérir D'une amoureuse frénésie !

En vain, quand l'âme en est saisie, La raison vient la secourir.

Elle a beau conter et nous dire Qu'un sage jamais ne soupire, Les amans en font peu de cas.

Ce mal est grand, il est à craindre ; Mais je trouve bien plus à plaindre Celuy qui ne le souffre pas.

Imprimé, p. 65.

Tes billets me rendent confus, Je n'y trouve point de quoy rire ; Mon cher Damon, ne m'escris plus.

On enrage quand on admire.

52 POÉSIES Dlî SAINT-P/VVIN.

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