‹ Recueil complet des poésies de Saint-PavinChapitre 8 sur 21 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Iris, que les cloches me plaisent 1 Que j'aime leurs tristes accords ' Il faut que tous les iuts se taisent Q.uand elles sonnent pour les morts.

Loin que ma bile s'en allume.

Je ris de ceux qui par coustume Plaignent des gens ensevelis ; On dit pour eux cent patenostres ; Et ce qui fait pleurer les autres , Me rappelle, au moins, que je vis.

Une douce mélancolie Assoupit peu à peu mes sens, Tous mes esprits sont languissants, Moy-mesme presque je m'oublie.

Mon cœur alors est sans désirs.

Je n'ay ny chagrins ny plaisirs, Je sens mon ame appesantie ; Dans l'indolence elle s'endort, Et je n'ay pour marque de vie Que celle de ncstrc pas mort.

Sur ce sujet qu'il vous souvienne Qu'un jour vous me dites chez vous Que vostre humeur estoit la mienne,

Que nous avions les mômes gousts.

Selon vos manières, je pense, Que c'estoit plus par complaisance Que ce n'estoit de bonne foy :

Ayons rapport en autre chose, Il faut qu'amour vous le propose.

Je n'ose pas vous dire en quoy.

ÎI.

Inédit.

La jeune Iris n'a de soucy

Que pour le jeu du reversy,

De son cœur il s'est rendu maistre.

A voir tout le plaisir qu'elle a

Quand elle tient un quinola,

Heureux celuy qui pourroit l'estre !

Elle fait des vœux pour l'avoir,

Sitost qu'il est en son pouvoir, On la voit rire et pasmer d'aise ; Elle le baise, elle en fait cas, Et l'innocente ne sçait pas Que c'est un valet qu'elle baise.

Il en est mieux receu qu'un roy.

Cependant s'il vient seul, je voy Qu'elle en rougit et se chagrine.

Et tousjours jalouse de luy, Elle temoisgne de l'ennuy Sitost qu'il est chez sa voisine.

Alors il se cache, il la fuit.

Par vengeance elle le poursuit

Et le force avant qu'il se donne ; Mais quand il rentre en son devoir Trop heureuse de le revoir, Elle le flatte et luy pardonne.

Son cœur doibt-il nous eschapper ?

Amour, fais pour la destromper Qu'elle ait d'autres amans en foule ; La belle au change gagnera, Le frippon ne luy donnera Tout au plus jamais qu'une poule.

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