TIL
A Mademoiselle de Sévigné. — Inédit,
Iris, qu'estes-vous devenue?
En vous perdant je perds de veiie Mes plaisirs qui sont les plus doux ; Prenez garde à ce que vous faites, Et sçachez que je suis jaloux ; Je ne suis pas moins où vous estes Que quand j'estois auprès de vous.
Vostre santé mal asseurée Vous a d'avec nous séparée.
Je compastis à vostre mal; Donnez à ma longue souffrance Un sentiment qui soit égal, Et ne souffrez point que l'absence Me puisse couster un rival.
Je redoute vostre mérite,
Plus il est gi'and, plus il m'agite
Et tient mon esprit alarmé ; Un cœur noble comme le vostre Se rend si digne d'estre aimé Que je tremble tousjours qu'un autre Autant que moy n en soit charmé.
Pour flatter ceste inquiétude, Retiré dans ma solitude Je consulte ma passion ; Et vois ceste vieille insensée Chez vous non sans présomption Se tenir trop recompensée D'y trouver peu d'aversion.
Ceste bonté qu'en vous j'admire Fait que sans désirs je souspire; Si les galans n'aimoient qu'ainsy, Les remonstrances d'une mère Et de quelques oncles aussy, Quoyque faittes d'un ton severe, Vous donneroient peu de soucy.
Desprenez-vous de leurs chimères, Ce beau don de tant de lumières Que le ciel vous a desparty Devroit vous affranchir des chaisnes Dont vostre esprit assujetty A desjà souffert tant de peines ; Il est temps de prendre party.
Aimez, Iris, quand on vous aime, Avec une constance extresme Et le respect qui vous est deu ; Alors aisément on demesle, Pour peu que le bon sens soit cru,
Ce qui n'est qu'une bagatelle De ce qu'on doit nommer vertu.
Les sentimens que la nature
Inspire à toute créature
Ont esté suivis de tout temps ;
Quoyqu'on vous dise le contraire,
La révolte contre les sens
Est un party que d'ordinaire
Prennent fort peu les jeunes gens.
Tandis que les grâces s'empressent Autour de vous, et vous caressent, Usez bien de tous leurs attraits, Elles n'aiment que la jeunesse :
L'esprit qui vient tousjours après Ne peut seul, avec son adresse.
Faire autant redouter ses traits.
Mais dieux ! quelle est ma frénésie !
Je reviens à ma jalousie, Je ne sçais plus ce que je veux ; Vous preschant en nouvel apostre, Peut-estre contraire à mes vœux.
Je travaille à mestre quelqu'autre Dans le chemin des bienheureux.
Inédit.
Belle Iris, que me dites-vous"?
O dieux ! quelle triste nouvelle !
A quoy bon vostre accueil si doux , Pour me devenir si cruelle?
A peine on sçait vostre retour Que vous repartez tout à l'heure ; Helas ! faut-il en mesme jour Que je revive et que je meure î
Pour Forges je vous vis partir Et reJoutay peu vostre absence, Mais je ne sçaurois consentir Qu'elle finisse et recommence.
Quand vous partiez pour reparer Vostre santé pour qui je tremble, Ce n'estoit que nous séparer Pour vivre plus longtemps ensemble.
Mais que mon rival aujourd'huy, Contre toute la bienséance Vous emmené seule avec luy, C'est pousser à bout ma constance.
Il feint qu'en sage et bon parent, Il n'a pour vous que de l'estime, Et sous ce prétexte apparent Il cache adroitement son crime .
Ouvrez les yeux pour l'empescher De porter si haut l'insolence , Et si vous avez à pescher.
Ne peschez point par ignorance.
Congnoissez-vous, ne souffrez plus Qu'on vous traitte en petite fille, Vostre mérite est au-dessus D'un simple galant de famille.
Rompez ce vo'iage entrepris, Ou tenez ma mort asaeurée ;
Et s'il ne se peut, belle Iris, Au moins qu'il ait peu de durée.
Inédit.
Hier, nous traittasmes tout le jour Les questions les plus sublimes Et nos esprits dans ses abismes Se confondirent sans retour.
L'un y tomba dans l'hérésie,
L'autre'
N'osa dire son sentiment.
Damon, fermons cette carrière ; Le plus docte en cette matière S'explique fort obscurément.
Parlons tantost de bonne foy Des merveilles de la nature ; Iris et Clarinthe^ ont de quoy Fournir un entretien qui dure.
De ces jeunes divinitez Nous connoissons les veritez, Sans nous en faire une chimère ; Elles tombent dessoubs nos sens, Et la fille, ainsi que la mère, Méritent seules nos encens.
1 Le copiste a passé ce vers.
2 Madame de Sevigné et sa fille.
EPI&RAMMES.
Inédit.
Silvandre n'a pas eu tort, Peu de jours avant sa mort, D'avoir fait brusler son livre ; Chascun l'avoit condamné.
Un enfant si mal tourné Ne meritoit pas de vivre.
Inédit.
De ta race l'histoire dit Que quand le père a de l'esprit Le filz n'en a guère en partage ; Damon, aisément je le crois, Je sçay que ton père autrefois Passoit pour un grand personnage.