De nat. animal,, XVI
40 RECUBIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE
La huppe (6 èxot)^) indienne est très aimée des rois. Les Brachmartes (ppaxixx^sç) ont à son sujet une fable en vers qu'ils chantent (èxaScuaiv). Le fils cadet d'un roi des Indes, persécuté par ses aines ainsi que ses vieux parents, s'enfuit avec ceux-ci pour se soustraire aux mauvais traitements de ces enfants dénaturés. Les parents ayant succombé aux fatigues de la route, leur fils fidèle ne négligea pas ses devoirs envers eux et, s'étant ouvert la tète avec sonépée, il les ensevelit dans lui -même ^ Touché de cet acte de pitié filiale^ Hélios métamorphosa l'enfant ea un bel oiseau à la longue existence. Sur le sommet de sa tète se dressa une hnppe, comme un signe rappelant le souvenir de son acte d*héroïsme pendant cette fuite '. Les Athéniens racontent les mêmes choses (àrca) au sujet de Talouette (xopuSoç), ainsi qu'on peut le voir dans les Oiseaux d'Aristophane (snit le passage, cité in extenso). La vérité est que les Grecs, ayant entendu ce conte (iJLuOoXcYY;|xa), l'ont transformé et appliqué à un autre oiseau, auquel ils attribuent une antiquité fabuleuse (ogygienne).
Tel est le récit d'Elien, qui jette sur cette obscnre question une assez vive lumière. On ne saurait suspecter Torigine avouée de la légende ; cet aveu est d'autant plus significatif en l'espèce, que, par ailleurs, tout indique, comme on le sait, pour la majeure partie des fables d'Ésope une source indienne. C'est aux indianistes qu'il appartient de rechercher si celle rapportée par Élien, ou son prototype plus ou moins conforme, se retrouve efiectîvement dans la littérature transgangétique. Je me contenterai de retenir ce fait, reconnu par Elien lui-même, à savoir que la légende a été transférée d'un oiseau à l'autre, de la huppe à l'alouette huppée. La raison de ce transfert est sans doute la huppe de plumes qui se dresse sur la tète de ces deux oiseaux et qui a même valu au premier son nom caractéristique. D'une
1. *0 ôè icaî; oùx wXtycopYjaev aùrûv àXX* ^Ôa^pev aùroù; ev laurô), Çîçst tyjv xeçaX-r^v 5iaTe|jL(ov.
2. *Ticavé<yTY)X6 5è ol xa\ X6ço; ex tîj; xopuçyjç, olove\ (xviQjjLeTov toOto Tôviceirp aY(A£v(ûv 0X6 fçeuyev. On observera que ixvrjjieîov a aussi le sens particulier de « monument funéraire, tombeau ».
LÉGENDES SUR l' ALOUETTE 44
part, le double sens de X690Ç ^ « crête, panache » et « tumulus )> (cf. Xo(piS(ov), d'autre part les attaches étymologiques du nom de l'alouette huppée, xopuSoç étroitement apparenté à xopuç, xopu(p-^, x6pu(x6oç, ne pouvaient que favoriser chez les Grecs la fortune de cette légende reportée par eux sur la tête de Talouette.
J'ai vainement cherché dans les milieux sémitiques quelque écho de cette fable ', qui a dû cependant circuler un peu partout dans l'antiquité. La chose est d'autant plus surprenante que la huppe joue un rôle considérable dans les légendes talmudiques et musulmanes relatives à Salomon. J^ constate seulement un fait qui n'est pas sans intérêt, c'est que dans la variante d'une de ces bizarres légendes, un des exploits de la huppe est prêté à l'alouette '. La déviation, comme on le voit, est exactement la même que dans la tradition hellénique, et elle est motivée probablement par la même raison d'ordre matériel que j'ai indiquée pluà haut. Un autre fait non moins curieux, c'est que les noms arabes de l'alouette huppée : qoubbavj qounhar, etc. * sont en étroite relation avec les mots qabr^ qeber^ qebar^ etc., qui, dans les langues sémitiques, désignent le « tombeau ». La coïncidence est au moins singulière. 11 y avait là tous les éléments voulus pour la formation du mythe que je viens d'étudier. Bien que les Grecs aient pu arriver à le créer par leurs propres moyens, il est permis de se demander néanmoins si, par hasard, il n'aurait pas déjà reçu sa première façon sur le terrain sémitique qui lui offrait ces conditions linguistiques si favoraj^les à sa naissance. Le nom d'Ésope est un peu une raison sociale sous laquelle nombre d'éléments orientaux de provenances très diverses se
1. Cf. la remarque du scolîaste d'Aristophane (éd. Didot), à propos du vers 475 des Oiseaux : etc£i Xoçbv ïyt\. xopuSo;. À ce propos, je crois devoir aussi rappeler ce qu'il dit (p. 271) sur le caractère sacré de l'alouette : tov lï xopuSov ^vtot xopuSaXbv Xéyouai* y^; ôè lepbv opvcv vo[&îCouaiv etvat.