Bua. de Corr. helL, 1892, p. 161, no
2» Miss, dans les rég, déserta de la Syrie y p. 240, n« 5;
S2 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE
Vient ensuite une inscription latine dont le début serait aiasi conçu :
Sac{rum) Auglusto) Jovi Maleciabrudù
« Ce Jupiter Maleciabrudis^ dit M. Gauckler, est inédit. Mais il rentre évidemment dans la série des Maleky ou dieux rois^ syriens. C'est le Malek de Jabruda, comme Jupiter Heliopolitanm est le Malek d Héliopolis ^ de l'autre côté de TAnti-Liban, comme le Malecbal est le Malek par excellence. »
Il y aurait plus d'une réserve à faire sur la généralisation à laquelle M. Gauckler se laisse ainsi entraîner. Je n'en retiendrai qu'un point, le point de départ même de ces considérations, quelque peu sujettes à caution selon moi.
Peut-être, en proposant cette explication du vocable Maleciabriidis^^ M. Gauckler avait-il en vue la localité antique de 'Ia6pou$2, mentionnée par Ptolémée (v. iS, 20) et représentée aujourd'hui par Yabroûd^ sur la route de Damas à Palmyre. Je dois faire remarquer toutefois que l'existence d'un vocable divin topony* mique constitué de la sorte est faite pour surprendre. Nous n'avons pas d'exemple de l'emploi du titre divin Malek combiné avec un nom de lieu spécifique^ ; c'est toujours le mot Baal qui remplit cette fonction. Si donc labrouda a jamais eu un dieu propre, c'est Baaliabrudis, et non Maleciabrudisj qu'il aurait dû s'appeler, semble-t-il, en vertu des précédents. Aussi me demandé* je si, quelque soin qu'il y ait apporté, la lecture de Itf. Gauckler est matériellement assurée. Lui-même nous avertit que le texte, « recouvert d'un épais dépôt calcaire », est « assez difficile à
lire, les lettres étant très effacées ». Dans ces conditions il
est permis d'hésiter à admettre en franchise la lecture proposée : lOVI-MALECIABRVDI* Peut-être est-elle susceptible de sérieux amendements d'ordre paléographique qui ne tendraient à rien de moins qu'à remettre en question l'existence même du prétendu Jupiter Maleciabrudis. Plus d'une combinaison s'offre à
1. Dans le nom de Melqarty rélément *{Sd est combiné avec le mot générique nip « ville ».
SUR LKS INSCRIl^TIONS DU « LUCUS FURRINàE » 53
Tesprit, si Ton veut entrer dans cette voie. Mais ii faudrait pour s'y engager sans imprudence avoir sous les yeux soit le monument^ soit un estampage ou, faute de mieux, une copie figurée. Je m'abstiendrai donc, jusqu'à plus ample informé, de produire certaines conjectures auxquelles j'ai pensé et qui sont subordonnées à l'autopsie de l'original. Je me contenterai seulement de faire observer que, d autre part, la tournure même : Sacrum Augusio Jovij etc.^ a quelque chose d'insolite; les termes de la formule ne se présentent pas ici dans Tordre habituel. Cette anomalie n'est pas faite pour diminuer les doutes que m'inspire l'ensemble de la lecture de M. Gauckler.
J'arrive maintenant à une dernière inscription, une inscription grecque, dont l'interprétation est encore très controversée. La destination même du monument soulève une question qui, intimement liée au sens réel de ce texte obscur, a suscité des vues non moins divergentes. Il convient donc, avant tout, de bien se rendre compte de la forme du dit monument. Il consiste, d'après la description qu'en donne M. Gauckler, en « un bloc massif de marbre blanc^ de forme carrée, mesurant 1°>,20 de côté et 0°'^27 de hauteur. Tout autour, sur la tranche, règne une moulure concave, uniforme et très simple. Au milieu, se creuse un trou tronc-conique, mesurant O^flS de diamètre à l'orifice et 0»,06 seulement au fond, s'évasant vers Textérieur. Le monolithe est évidé en dessous comme un couvercle. »
L'inscription, gravée avec soin, est répartie en quatre lignes, deux au-dessus et deux au-dessous du trou central. La lecture matérielle, qui avait en partie échappé au premier éditeur, M. Gatti, a été définitivement établie par M. Gauckler d'une façon qui ne laisse plus place à aucun doute :
AeoiJio^ ox(i>ç xporspoç SOfxa SeoTç 7uapé^0(, ov 3yj Faicùvaç SetxvcxpiTYjç ISexo.
Il y reconnaît avec raison deux pentamètres, « de prosodie correcte, mais de syntaxe embrouillée et d'une concision qui nuit h leur clarté ». Il s'abstient d'en donner une traduction, se bor-
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nant à dire qu'il y voit « la dédicace d'ane fontaine qui fut captée et aménagée par un personnage sacerdotal du nom de Gaionas, pour les besoins du culte d'un sanctuaire construit à cet endroit ».
Ces travaux d'aménagement auraient eu pour but, ajoute-t-il un peu plus loin, « de fournir Teau lustrale nécessaire aux sacrifices offerts aux dieux dans le sanctuaire voisin ».
Il se demande si le bloc était posé horizontalement sur le sol ou, au contraire, dressé verticalement. « Dans le premier cas, dit-il, il eût pu servir de support à une vasque, d'où jaillissait un jet d'eau au centre d'un bassin. Mais la disposition du texte qu'il présente sur sa face principale, semble indiquer plutôt qu il était appliqué contre un mur et encadrait une bouche de fontaine qui le traversait en son milieu ».
Gomme on le voit, M. Gauckler se rallie en substance à l'opinion de M. Gatti, en ce qui concerne la destination hydraulique du monument. A l'appui de sa thèse il invoque, dans une communication particulière qu'il a bien voulu 4ne faire, de nouveaux arguments d'ordre matériel. La rainure qui règne tout autour du bloc aurait eu pour objet, pense-t-il, d'en assurer la stabilité dans le massif de maçonnerie où il était encastré verticalement. Sur plusieurs points de cette gorge il a constaté des restes adhérents de mortier et de brique, témoins de cet encastrement. Enfin, toute la surface externe de la pierre est recouverte d'une épaisse concrétion calcaire indiquant nettement la présence d'un jet d'eau qui l'a constamment arrosé pendant des centaines d'années.
Sans vouloir dès maintenant préjuger la question, je dois dire que les divers arguments mis en ligne par M. Gauckler n'emportent pas la conviction. Quelques-uns sont contestables et pourraient même se retourner contre sa thèse. Par exemple, le dernier. Si la concrétion calcaire est bien le produit séculaire d'un jet d'eau passant par l'orifice central du bloc placé debout, il semble que cette couche, au lieu de s'étendre uniformément sur toute la surface, devrait être limitée à la partie inférieure, au-dessous de l'orifice. D'autre part, ce trou conique, en forme
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d'entonnoir s'évasant au dehors^ parait peu propre à recevoir et à retenir solidement un ajutage métallique servant à Técoulement de l'eau. La gorge qui règne tout autour du bloc n'a guère de raison d'être, si elle devait être noyée dans la maçonnerie; Tencastrement aurait pu être parfaitement assuré sans qu*on eût recours à cet artifice^ inconnu, je crois, à Tarchitecture antique. Les restes de mortier qu'on y a constatés ne prouvent rien par eux-mêmes, la pierre ayant pu être réemployée ultérieurement pour un autre usage. On s'explique encore moins, dans ce système, l'évidement caractéristique de la face opposée à celle qui porte rinscription. Il est certain qu'à première vue, la pierre donne plutôt l'impression — et cette impression M. Gauckler Ta éprouvée lui-même comme le montre un passage de sa note citée plus haut — l'impression, dis-je, d'une sorte dé couvercle, dont la position normale était l'horizontale, percé d'un trou central qui, s'évasant largement par en haut, semble bien plutôt fait pour recevoir que pour émettre quelque chose.
Mais tout cela ne serait rien si la teneur même de l'inscription apportait quelque indice en faveur de l'hypothèse hydraulique. Or, il parait difficile, pour ne pas dire impossible d'en tirer quoi que ce soit dans ce sens. M. Gauckler ne s'est pas expliqué sur ce point qui, en l'espèce, est capital. Le nœud de la question réside certainement dans l'interprétation du dernier mot Se^ixoç, sur lequel je reviendrai tout à l'heure. On ne voit pas^ en tout cas, ce qui a pu l'autoriser à trouver là une expression relative à « la captation et à l'aménagement d'une source ».
Entre temps, comme me l'apprend M. Gauckler lui-même, M. Huelsen, dans une conférence qu'il vient de faire à l'Institut archéologique allemand, a proposé une solution toute différente. Comparant le fameux thesauros de Théra, destiné à recevoir les offrandes des adorateurs de Sarapis et d'Anubis, et, apparemment, d'autres monuments congénères, il propose de voir dans notre bloc le couvercle d'un thesauros ou loculus de même espèce. L'hypothèse est spécieuse, et je dois avouer qu'au premier abord elle me souriait beaucoup. Elle me rappelait, en effet, l'usage de
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ces nombreux troncs ou chofarôt^y qui étaient placés dans le temple de Jérusalem et dont quelques-uns étaient spécialement affectés aux besoins du culte, en particulier aux frais de certains sacrifices. Gerles, un pareil tronc n'aurait pa^ été déplacé dans un sanctuaire oriental tel que celui qui a incontestablement existé au Lucus Furrinae. Mais, à la réflexion, les objections se dressent. Ainsi que le fait remarquer M. Gauckler, les dimensions du thesauro& de Théra ne sont pas comparables à celles de notre pierre; le couvercle de celui-là ne mesure^ en effet, que 0",49 de côté sur 0°,218 d'épaisseur. Ce qui me parait plus grave c'est qu'ici encore on ne voit pas comment faire cadrer la teneur du texte avec cette conclusion archéologique. M. Huelsen^ lui non plus, ne s'est pas, du moins à ma connaissance, occupé de cette partie essentielle du problème. Sans doute, l'expression oTcwç 80[xa 6eoîç Tuap^xot, « afin qu'il fournisse un sacrifice aux dieux » s'expliquerait assez bien dans cette hypothèse. Mais que faire alors du mot Beaixoi;?
Peut-être, à côté des conjectures si divergentes de M. Gauck- 1er et de M. Huelsen, y aurait-il place pour une troisième conjecture. C'est celle que je soumets, non sans quelque hésitation, à l'appréciation des savants plus compétents que moi en pareille matière. Elle repose avant tout sur un essai d'interprétation rationnelle de l'inscription elle-même, abstraction faite, provisoi-* rement, de toute considération a priori touchant la forme et, par tant, la destination possible du monument. Nous verrons ensuite dans quelle mesure le dispositif tout particulier de celui-ci peut s'accorder avec le sens obtenu.
Comme je l'ai dit plus haut, c'est le mot Secfxét;, par lequel débute Tinscription, qui constitue la principale difficulté du problème et qui en même temps doit nous en fournir la solution. Il faut l'accepter avec sa signification propre qui est celle de « lien ». Ce serait, à mon avis, la forcer singulièrement que d'y chercher
!• Littéralement « trompettes », probablement à cause de la forme évasée de Torifice de ces troncs.
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avec M. Gauckler une allusion à la captation d*une source, ou bien, avec M. Huelsen, à la collecte d'offrandes pieuses. Je me demande si 36(j|xoç ne serait pas ici tout simplement l'équivalent de xataSeqjLoç, qui a le sens consacré de « lien magique » et joue un si grand rôle dans les sortilèges antiques. La conception qui a présidé à son emploi dans celte acception spéciale est trop connue pour qu'il y ait besoin d'y insister. La substitution du mot simple au mot composé pourrait se justifier dans notre cas, par une licence poétique^ notre texte étant en vers. Elle n'est pas, d'ailleurs, sans exemple. C'est ainsi que nous lisons dans une iabella defixionis attique*, une invocation aux Furies également en vers :
ÔT^ao) èyo) {bis),.. 8eff[JLcTç ipYaXetsiç Je relève encore sur une autre iabella du même genre* :
Dans ce dernier texte ^e^ixoç désigne la feuille même de plomb sur laquelle est gravé la defixio.
Si en nous appuyant sur ces exemples qu'on pourrait probablement multiplier, nous admettons que Ssa^xoç doit être pris dans notre inscription au sens magique, l'ensemble de celle-ci s'éclairerait d'un jour nouveau. Elle signifierait alors à peu près ceci :
Afin que le charme puissant fournisse victime aux dieux ^ Gaio^ nos le deipnocrith Ca placé.
L'expression Ssjiaos xpaxepoç se conçoit dès lors aisément; on dit bien d'un « charme » qu'il est a puissant ». D'autre part, nous savons que la defixio, le xaTaBejfxo; ou, autrement dit, le îeajjio;, avait eissentiellement pour objet et pour effet de livrer aux divinités infernales, comme une véritable victime, celui ou celle contre qui elle était dirigée. C'est à cette idée tout à fait topique que répondrait l'expression ctuo); 6î3[xa SeoTt; ^rapéxot.
Gela posé, il nous reste à voir si la forme même du monument
i. Wûnsch, Defiœionum tab, aUic, 108 a, 4.
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peut se concilier avec cette explication. Il faut se rappeler tout d'abord une pratique essentielle de la defixio antique. Une fois rincantalion dûment et congrument inscrite sur une feuille de plomb, il s'agissait de faire parvenir celle-ci à son adresse, c'està-dire aux divinités infernales. Pour ce faire on mettait très souvent à contribution les morts, ceux-ci étant censés, en raison même de leur condition, se trouver en relation directe avec ces divinités. On roulait la feuille de plomb et on là, glissait subrepticement dans quelque sépulcre, en utilisant à cet effet, quand on le pouvait, les conduits ou tuyaux y ménagés pour les libations funéraires. Les sépulcres devenaient ainsi les véritables boîtes aux lettres des enfers. Les trouvailles du P. Delattre à Garthage sont à cet égard des plus instructives. Je me demande si notre monument n'était pas destiné à assurer, dans des conditions moins précaires, le service de cette correspondance infernale. Le trou conique creusé dans son milieu, en forme d'entonnoir, pouvait recevoir les xaTaSecixot qui tombaient dans une fosse ad hoc ménagée au-dessous, fosse recouverte par le bloc posé à plat et faisant couvercle.
Cette sorte d'appareil établi par les soins de Gaionas était-il réservé à son usage personnel, et s'agit-il de quelque defixio particulière opérée par lui-même? Ce n'est pas impossible. Je croirais pourtant plus volontiers qu'il répondait d'une façon générale aux besoins des amateurs de sortilèges, en leur offrant un moyen commode et pratique d'arriver à leurs fins. Consacré aux nymphes FurrinsBy qu'une tradition populaire^ erronée si l'on veut mais attestée historiquement ^ assimilait aux Furies, le lieu était bien choisi. Le souvenir même de la tragédie dont il avait été autrefois le théâtre ne pouvait que favoriser ce choix. Là, en effets errait encore la grande ombre de Caius Gracchus qui, de par sa mort violente, appartenait à la catégorie des ^laioSavaTot, c'est-à-dire de ces défunts d'élection
1. Voir les textes de Gicéron, Plutarque et Martianus Capella, déjà cités par M. Gauckler.
l'antkjue nécropole juive d'alexândrië 59
dont rintervention était tenue pour la plus efficace dans les opérations macabres de la defixio.
L'antique nécropole Juive d'Alexandrie.
Lors de mon passage à Alexandrie au commencement du mois de décembre 1906, j'avais eu l'occasion^ sous la conduite du D' Breccia, le savant et très obligeant directeur du Musée gréco-romain, de visiter les fouilles entreprises par lui dans une partie de la nécropole antique située à environ 3 kilomètres dans le nord-est de la ville, auprès du lieu dit El-Ibràhimiyé, non loin de la mer.
Au cours de cette visite rapide j'avais noté, sur la paroi stuquée d'un des sépulcres mis récemment au jour, une inscription dont l'aspect sémitique m'avait vivement frappé. Elle se composait d'une dizaine de caractères peints en rouge, sur les deux panneaux d'une sorte de porte figurée sommairement', caractères rappelant singulièrement ceux de l'alphabet araméen de l'époque perse achéménide. Je me proposaiS| à mon retour d'Ëléphantine, d'aller étudier de plus près ce texte quelque peu énigmatique et d'examiner le résultat éventuel des fouilles que M. Breccia devait poursuivre sur ce point. Malheureusement, pressé par le temps et arrivé tout juste pour le départ du paquebot quittant Alexandrie le 22 mars, je ne pus mettre ce projet à exécution.
Je viens de recevoir de M. Breccia une lettre en date du 30 avril qui me permet de combler cette lacune du programme que je m'étais tracé. 11 y joint un calque fidèle de l'inscription en