‹ Recueil d'archéologie orientale (volume 2)Chapitre 33 sur 41 · L ANTIQUE NÉCROPOLE JUIVB D ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

L ANTIQUE NÉCROPOLE JUIVB D ALEXANDRIE

J'arrive maintenant aux deux inscriptions sémitiques (^4 et B) doDt M. Breccia a bien voulu me faire tenir les calques et me confier le déchiffrement'. Celle qui a été trouvée en dernier lieu

iDMription A (cl. pi. II).

me parait offrir un intérêt exceptionnel. Elle se compose de trois lignes tracées en rouge dans un encadrement de même couleur qui affecte la forme générale d'une sorte de stële ou

I . Plus Isrd, M. Breccia m'a envoyé des photographies directes des oiigioauz. On les trouvera gravées sur les phtoches II et 111. Les vigoettes intercalées dans le texte (p. 61 et p. 66) ont été exécutées d'après les calques.

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cippe, rectangulaire à la base, irrégulièrement arrondi ou obtusangle au sommet. Hauteur totale^ O^'^SS.

L'écriture est franchement araméenne ^ à première vue, rappelle de très près celle des documents de répmtpa» achéménide fournis par TÉgypte. Je lis ainsi :

'Aqabyah fils de Elyo'ênaî.

Le nom du défunt et celui de son père sont spécifiquement juifs. Le premier est un théophore tiré de la racine verbale ip7 « venir à la suite, succéder », en combinaison avec le nom de Jehovah régulièrement abrégé en n\ Il est apparenté au nom biblique assez répandu 3*ipy, 'Aqqoûb, qui en est probablement une forme hypocoristique% et aussi aux noms post-bibliques NUpy % ^Aqabiâ et Ka'»py, ^Aqtbâ. Le vieux nom de Jacob, ^p^^, se classe étymologiquement dans le même groupe, bien qu'il appartienne à un stade antérieur de formation onomastique. Quant au nom du père du défunt, Elyo^ênaï — littéralement «c vers Jehovah (sont dirigés) mes yeux » — il est porté par plusieurs personnages bibliques et se présente avec diverses variations orthographiques (^asn^SK, o^v^Sk, ^jWh^Sk), entre lesquelles notre inscription introduit une juste moyenne. Inutile de donner ici les références bibliques ; on les trouvera sans peine dans tous les dictionnaires et manuels courants. Je me bornerai à une seule, le passage du 1*' livre des Chroniques^ III, 14, où il est fait mention d'un certain ^Aqqoùb, fils de Elyo'énaî, de la race de David, descendant de Zorobabel à la septième génération. Si l'on admet que le nom ^Aqqoûb est^ en substance, l'équivalent

1 . Sur ce type de noms propres de la forme qditoûl et leurs prototypes correspondants, cf.) entre autres» les observations de M. Lidzbarski, Eph, f. sem. Epigr.f II, 21. Il rapprochait a*lpy de Ya^qobel, nom très sujet à caution ; mieux vaut maintenant rapprocher noire n^sp^ avéré, qui a Tavantage de nous faire rentrer dans la série remarquablement Constante : QTL + iah = qattoûl.

2i K^Spy est peut-être bien même entièrement identique à n^lp^. Cf., par exemple, la variation orthographique du papyrus araméen juif Gowley, F. 1. 2 : K^ii^ tedonyâ = n^JT^ Yedonyah.

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de ^Aqabyah\ si l'on tient compte, d'autre part, de la façon persistante dont certains noms se transmettaient par alternance papponymique dans une même famille, il est permis de se demander si le couple quasi homonyme formé par notre défunt et son père n'avait pas la prétention plus ou moins fondée, de rattacher son origine à cette illustre souche. Sans doute, il est toujours dangereux de vouloir faire de la chronologie avec les données bibliques. Je uq puis pourtant m'empêcher de faire remarquer que les six ou sept générations qui séparent Zorobabel (538 av. J.-C.) de ses descendants ^Aqqoûb et Elyo'ênaï, nous font descendre jusqu'à une époque assez voisine de celle à laquelle il convient, comme on va le voir, de faire remonter notre inscription.

A prioriy en ne tenant compte que des considérations paléographiques^ on serait autorisé à la rigueur à classer celle-ci à la période perse achéménide. L'écriture, en effet, est sensiblement celle des papjrrus araméens j uifs d'Egypte, dont la date, grftce aux trouvailles d'Éléphantineet d'Assouan, est maintenant fixée, avec la plus grande précision, au v* siècle avant J.-C. Mais il ne faudrait pas exagérer la portée de cet argument. Il est à croire que les Juifs fixés en Egypte n'ont pas abandonné du jour au lendemain leur vieil alphabet araméen. Plusieurs indices, au contraire, donnent à penser qu'ils ont dû le conserver même après la substitution de la domination hellénique à la domination perse. Peu à peu ils l'ont transformé, et c'est lui, somme toute, que nous retrouvons dans l'alphabet hébreu carré venu jusqu'à nous. Mais cette évolution n'a pu se faire que par degrés; il faut donc s'attendre à trouver un assez long laps de temps pendant lequel l'écriture araméo-juive s'est maintenue à un état à peu près stationnaire. Or ici intervient en l'espèce une condition historique qui domine toute la question. Nous ne devons pas oublier que nous sommes à Alexandrie et que la fondation de celle^i n'est pas antérieure à l'an 332 avant notre ère. Ce n'est guère qu'à partir de cette date que les Juifs ont pu venir 8*y fixer en masse» attirés, dès le règne de Ptolémée !•', par la

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prospérité de cette nouvelle capitale de rOrieal. Il y a.Ià, semblet-il, un terminus a quo que nous ne saurions dépasser. Il n'est guère vraisemblable, en effet, que les transfuges de Palestine soient venus se grouper auparavant dans la misérable bourgade égyptienne de Rhacotis, sur l'emplacement de laquelle s'éleva Alexandrie. Aussi, tout bien pesé, inclinerais-je à attribuer notre épitaphe à la période ptolémaïque, et, en faisant état des indications paléographiques' qui, cette fois, reprennent toute leur valeur^ plutôt vers le début que vers la fin de cette période.' Si Ton accepte celte conclusion, nous aurions donc da,ns ce texte, probablement du m*' siècle, un précieux chaînon chronologique nous permettant de rattacher l'écriture juive du v® siècle avant notre ère à celle du i^"^ siècle de «notre ère telle qu'elle apparaît dans les inscriptions de Jérusalem. Par suite, nous posséderions désormais trois points de repères solides dans l'histoire du développement de récriture proprement hébraïque depuis ses origines jusqu'à nos jours.

Il y a encore j*estime, à tirer de notre inscription un autre renseignement, et non des moindres. Elle nous permet, si je ne m'abuse, de fixer maintenant en toute certitude à El-Ibràhimiyé l'emplacement, jusqu'ici indéterminé, de la vieille nécropole juive d'Alexandrie. La ville, resserrée entre la Méditerranée au Nord-Ouest et le lac Mareotis au Sud-Est, n'avait que deux débouchés possibles pour l'établissement des vastes cimetières dont elle avait besoin : au Sud-Ouest et au Nord-Est. C'est dans la première direction, du côté du Meks, que se trouve la grande nécropole gréco-égyptienne, celle dont nous parle. Strabon* et qu'il nous décrit comme un quartier suburbain pourvu de tous les établissements nécessaires aux rites funéraires indigènes.

1. A noter les formes franchement archaïques du "^ain, du 6^^^, du ree^« du lamedy du noun mèdial et, à un moindre degré, celles du yod et du waw. Elles reproduisent fidèlement celles qu'on observe sur les papyrus et ostraca jadéoaraméens de l'époque perse ; elles n'ont pas encore subi les altérations qui leur donneront plus tard leur physionomie définitive dans Talphabet carré.

2. Strabon, éd. Didot, p. 675 : Eîô' in NexpiitoXi;, to irpoiaretov ev w xtjtcoi xe

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Une autre nécropole devait s'étendre aux portes d'Alexandrie dans la direction opposée, c'est-à-dire du côté Nord-Est. C'est ce qu'avaient montré depuis longtemps les fouilles, fortuites ou systématiques, pratiquées dans ces derniers parages. Il était assez naturel de supposer a priori que le cimetière juif était à chercher non pas dans la première mais dans la seconde de ces deux nécropoles, la nécropole orientale. En effet, le quartier ^ d'Alexandrie occupé par les Juifs, dès le début de l'époque ptolémaîque et encore à Tépoque romaine, s'élevait dans la partie nord-est de la ville*. Par conséquent, ils devaient utiliser la nécropole qui était le plus à leur portée. Seulement, quel pouvait être dans cette immense ville des morts le quartier qui, là aussi, leur était dévolu? La trouvaille d'El-Ibrâhimiyé me parait apporter à cette question la réponse la plus satisfaisante. L^épitaphe de notre *Âqabyah nous révèle d'une façon générale l'emplacement de la nécropole juive d'Alexandrie; bien plus, vu la date reculée à laquelle elle semble remonter paléographiquement^ elle nous en marque en quelque sorte le cœur même. Cette nécropole, établie en ce point sous les premiers Ptolémées, a pu conserver pendant longtemps, peut-être très tard, son affectation spéciale. C'est ce que tendrait à faire croire l'épitaphe grecque de la juive lohanna qui, recueillie auprès de celle de 'Aqabyah, est peut*être postérieure à notre ère. Celle, à peu près contemporaine, de la Sidonienne Simotera semble indiquer, en outre, qu'au moins à partir d'un certain moment, d'autres communautés orientales, et en particulier la syro-phénicienne, pouvaient voisiner dans la mort, comme elles le faisaient peutêtre pendant la vie, avec la communauté juive. Inutile d'insister davantage sur l'importance de cette conclusion. On ne peut que souhaiter de voir M. Breccia poursuivre avec persévérance ses fouilles sur ce terrain dont nous connaissons désormais la véritable nature et qui peut nous livrer des documents du plus rare intérêt pour l'archéologie juive.

1. Josèphe, Ant, /., XIV, 7 : 2; G. J., 11, 18 : 7, 8; Apion.y H, 4. Philon, In Flaccum, § 8.

Rbcubil d'Arcbéolooib oribrtalb. VUI. JuiLLBi 1907. Livh. 5

Il me resterait maintenant à parier de l'autre inscription (B), celle que j'ai signalée plus haut comme ayant été découverte en premier lieu. Malheureusement je ne puis en dire grand*chose, n'ayant pas réussi jusqu'ici à en tirer un sens satisfaisant. Trouvée à c6té de la précédente, tracée comme celle-ci en couleur rouge, elle est écrite elle aussi en caractères appartenant à l'alphabet araméen. Il est probable, étant donnée sa provenance.

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