‹ Recueil d'archéologie orientale (volume 2)Chapitre 37 sur 41 · FORGERONS, POÈTES ET MUSICIENS · texte numérisé non relu

FORGERONS, POÈTES ET MUSICIENS

Nous retrouvons la même association significative des deux arts dans les vieilles traditions phéniciennes et syriennes, certainement congénères de la tradition biblique, bien qu'en divergeant dans le détail. La cosmogonie dite de Sanchoniathon^ connaît un couple de deux frères qui découvrent le fer et Tart de le travailler. L'un d'eux, qui s'appelle Chousôr et est expressément identifié avec Vulcain*, pratiquait en outre les Xoyouç, les irMoiç et les [xavTeiaç. D'autre part, dans le fameux mythe relatif au mont Hermon, et à la chute des Anges, les Caïnites impies, opposés aux vertueux Sethites, inventent les instruments de musique en même temps qu'ils travaillent les métaux^ Enfin, il se peut qu'il y ait eu, ou tout au moins qu'on ait voulu chercher un rapport entre le nom même

de Caïn (]^p = ^ « forgeron » *) et l'hébreu nj^p « chant », spécialement funèbre (cf. <l3 « chanteuse »).

On pourrait étendre encore ces rapprochements et relever plus d'un trait similaire par exemple dans les légendes relatives aux Telchines, Cabires, Corybantes, Dactyles, Curetés, etc. Aujourd'hui encore les Tsiganes ont pour triple caractéristique le travail des métaux, la musique et la divination.

La relation du forgeron au poète et au musicien est un fait trop général pour n'avoir pas quelque raison d'être naturelle. Il doit constituer ce que j'ai proposé d'appeler un anthropûme^ c'est-à-dire un même effet dû à une même cause agissant dans divers groupes humains indépendamment de tout emprunt. Peutêtre ici cette cause est-elle d'ordre physique et physiologique. Le battement cadencé et rythmique du lourd marteau sur Tenclume sonore a pu favoriser à l'origine la formation de combinaisons rythmiques, voire de thèmes musicaux, scandant et

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