‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 10 sur 213 · JARRES ISRAÉLITES MARQUÉES A LESTAMPILLE DES ROIS DE JUDA · texte numérisé non relu

JARRES ISRAÉLITES MARQUÉES A LESTAMPILLE DES ROIS DE JUDA

que nous nous tournions, nous nous heurtons à de hautes objections. Comment en sortir?

La solution de la question pourrait bien être celle dont l'idée première a été suggérée à l'un de mes meilleurs auditeurs, M. Daveluy, par la discussion à laquelle j'ai soumis cet ensemble de petits textes dans mes leçons du Collège de France. Elle consisterait à isoler complètement les deux parties de ces courtes légendes, en lisant, non pas -jbob, « au roi de... », à l'état construit, comme on le faisait jusqu'ici, mais bien, comme je l'avais proposé : -jVaS (=^Ssn +h), « au roi », ou « du roi », d'une façon absolue, avec l'article virtuel 1 . On supprimerait ainsi tout rapport grammatical entre l'expression « au roi » et le nom de ville qui la suit. « Au roi », sans aucun autre déterminatif, voudrait dire « au roi (de Juda) », au roi régnant quel qu'il fût. Puis viendrait, tout à fait indépendant de cette première formule qui se suffit à elle-même, le nom de la ville, nom variant selon la provenance ou la destination des jarres, et indiquant leur origine :

Au roi. — Hébron.

Au roi. — Zip h.

Au roi. — Socho.

Etc. — Etc.

Cette disjonction radicale des deux termes nous débarrasserait d'une grosse difficulté. La manière dont sont disposées matériellement les épigraphes est tout en faveur de cette façon de voir. La légende est, en effet, constamment et systématiquement divisée en deux parties, séparées par le symbole : au-dessus de celui-ci, l'expression « au roi » ; au-dessous, le nom de la ville. Si nous entrons dans cet ordre d'idées, nous pouvons imaginer que ces jarres étaient destinées à contenir certains produits — de l'huile, par exemple, du vin, ou bien encore peut-être des grains ou de la farine — représentant les tributs fournis en nature aux magasins royaux par les principales villes du royaume.

1. Inutile d'insister sur la singulière inadvertance de M. Sayce (/. c. t p. 210) qui, oubliant une des règles élémentaires de la grammaire hébraïque, semble croire, qu'il faudrait de toute nécessité "jSonS, avec l'article graphiquement exprimé.

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Cela expliquerait assez bien la présence, à Jérusalem, de ces jarres timbrées aux noms de différentes cités et toutes caractérisées par la formule officielle, générale et invariable : Au roi. En se plaçant à ce dernier point de vue, il est bon de tenir compte du fait matériel, et bien significatif, que le groupe des anses de Jérusalem a été exhumé, à Jérusalem, au pied même du palais royal, sis à l'angle sud-est de l'enceinte du Haram.

M. Daveluy a ingénieusement rappelé, à ce propos, le passage de la Bible 1 où il est question des douze commissaires (niççdblm) de Salomon, chargés de percevoir, mois par mois, à tour de rôle, dans toute l'étendue du royaume, les provenances en nature de toute espèce et, notamment, les approvisionnements nécessaires pour la table royale. On peut y ajouter le passage similaire* qui se rapporte au règne de David et, surtout, celui où il est parlé des magasin d'Ézéchias pour les approvisionnements de froment, de vin, d'huile, etc. ». A comparer aussi ce que dit Ézéchiel* relativement à la redevance (teroumah) d'huile à laquelle est tenu tout le peuple du pays envers le nasi d'Israël.

S'il en était réellement ainsi, on comprend que l'autorité royale avait intérêt à ce que la capacité des jarres destinées à ce service fût contrôlée, afin d'éviter toute fraude sur les quantités à livrer. Le moyen le plus pratique c'était, évidemment, d'exiger que les livraisons fussent faites dans des récipients jaugés à l'avance et officiellement timbrés au sceau royal; d'où, la première inscription -jSoS,aw roi ou du roi, équivalant, en somme, à notre formule courante : « Service de Sa Majesté », sans mention du nom du monarque.

Cette formule rappelle singulièrement la teneur de celle, non moins concise et absolue, qui est gravée sur la série des poids assyro-araméens du palais de Ninive : -jbc n, « du roi », et qui,

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