LA RBTNE ARSINOÉ ET PTOLÉMÉE IV PHTLOPATOR EN PALESTINE
connu qui porterait le nom bizarre de Tèneg. Ce prétendu nom doit se résoudre tout simplement dans les deux éléments tyjv èy c'est-à-dire l'article féminin à l'accusatif, suivi de la proposition èx, dont le x s'est transformé normalement en y sous l'influence du p initial du mot faùJ.Grq;.
Quelle peut bien être cette reine Arsinoé? L'Arsinoé, sœur et femme de Ptolémée II Philadelphe, semble exclue a priori par le surnom qui apparaît en partie au commencement de la ligne 2 et qui ne peut gufcre être, comme on va le voir, que [çtXoxaTJopa ou [<piXo|Aifc]opa. Restent l'Arsinoé, sœur et femme de Ptolémée IV Philopalor, et son homonyme, fille de Ptolémée XI Aulètes et sœur de la fameuse Cléopâtre. Sous la réserve du diagnostic paléographique que je n'ose formuler sur le vu du simple croquis du D r Bliss, je pencherais pour l'identité avec l'Arsinoé, femme de Ptolémée IV. Les circonstances historiques ' seraient en faveur de cette conjecture. Il ne faut pas oublier, en effet, que cette reine d'Egypte était présente * avec son frère et époux à la célèbre bataille de Raphia où Antiochus le Grand fut défait en 217. Or, Raphia, aujourd'hui Refah, sur la côte au sud de Gaza, était à la frontière méridionale de la Judée, par conséquent dans une région voisine d'Éleuthéropolis et de Marissa — l'antique Marechah, Morechat — qu'on croit avoir été située à Tell Sandahanna. Quoi qu'il en soit, ce dernier point se trouvait sur la route de Jérusalem où Ptolémée se rendit après cette victoire qui lui livrait pour un temps la Syrie, et où il voulut même offrir, s'il faut en croire le livre III des Macchabées, des actions de grâces dans le Temple juif. Serait-ce à cette occasion qu'aurait été élevée en l'honneur de la reine la statue de Tell Sandahanna? Dans ce cas, on pourrait, sous la réserve paléographique que
1. Cf. Macchabées, livre III, ch. i. Inutile de faire remarquer que cette trouvaille, ainsi interprétée, est susceptible d'apporter un élément qui n'est pas à dédaigner dans la question si débattue de la créance historique qu'il convient d'accorder au livre III des Macchabées.
2. On sait, par le même livre des Macchabées (i, 4-5) qu'Arsinoé joua môme personnellement un rôle assez énergique dans cette affaire de Raphia qui faillit, un moment, fort mal tourner pour les Égyptiens.
j'ai faite plus haut, proposer la restitution suivante du fragment en question :
[BaatXittjav 'Apajtvorjv, \ktyi\rp
[ôeàv?, çtXoxar](o)pa, tt)v iy PaatXewç
[IlToXeiJiaiou xal] (3a<JtX(aŒï)ç [BepevC-]
[xyjç, ôewv eiepY^Twv ]
« [La reine Arsin]oé, grande [déesse, Philopat]or, fille du roi Ptolémée et] de la reine [Bérénice, dieux Évergètes...] »
A l'appui de cette conjecture, je crois pouvoir tirer argument du (ait que, dans la même fouille, on a exhumé un tout petit fragment d'une autre inscription où Ton reconnaît sans peine le nom de Bspev([x...].
Je suppose que ce second fragment ! devait appartenir à la dédicace similaire d'une statue de Ptolémée IV Philopator, faisant le pendant de celle de sa sœur et femme, la reine Arsinoé. Les deux héros de la journée de Raphia auraient été représentés côte à côte, Cette seconde dédicace, bien que presque totalement détruite, pourrait alors se restituer en entier, grâce à celle de la statue d' Arsinoé, essayée plus haut, à peu près ainsi :
[BAIIAEA nTOAEMAION MErAN 0€ON OIAOllATOPA] [TON Er BAIlAEflI nTOAEMAIOY KAI BA2IAIIIHI] BEPENI [KHI 0EHN EYEPrETflN \ %
« [Le roi Ptolémée, grand, dieu Philopator, fils du roi Ptolémée et de la reine] BÊRÉNl[ce y dieux Évergètes ]. »
Ce n'est pas tout. A côté de ces deux fragments, le D r Bliss en a exhumé un troisième ainsi conçu :
IKPATflNOI flNI EYXHN
1. H serait très important, disais-je, en communiquant ces observations à l'Académie, de savoir si ces quelques lettres étaient gravées sur une pierre à surface courbe ou plane. Depuis, mon ami Sir Charles Wilson, à qui j'avais signalé ce desideratum, m'a écrit que, vérification faite, le fragment est bien, comme je le présumais, légèrement convexe. Par conséquent, il devait appartenir à une base de forme cylindrique comparable à celle de la base portant la dédicace à la reine Arsinoé.