IL, II, p
LE DIEU MONIMOS 165
Cetle conjecture, si risquée qu'elle pouvait paraître alors, vient de recevoir une remarquable confirmation. L'expédition américaine dirigée par M. Butler, dont je parle plus loin (p. 176), a découvert, non loin de Clieîkh-Barakàt, au Djebel Barîcha, un fragment de dédicace ainsi conçue :
Ail licojjicj) ;/.=yaX<;> ... tcv xùacv (sic) hîrzrpTt.
Elle a, en outre, relevé à nouveau et très soigneusement les inscriptions mêmes de Cheîkh-Barakàt et constaté que la forme exacte du nom du dieu était Miîôayc;.
Dès lors, l'explication par nxro = go;./.:;, « autel », s'imposait et elle a été, en effet, indiquée par M. Liltmann, membre de l'expédition. En quoi, il a eu parfaitement raison. On me permettra, toutefois, de rappeler, ce que M. Littmann ignorait, qu'elle avait été déjà formulée il a bon nombre d'années par une induction qui se trouve vérifiée de la façon la plus satisfaisante. Nous pouvons donc poser maintenant avec quelque certitude l'égalité :
Zùs Mâ6axs« = Zs^ Bw^ = naTO (?Sm).
Le dieu Monimos.
Le nom et l'essence du dieu Mâyipo;, formant couple avec "AKoç dans le panthéon sémitique d'Édesse, ont été l'objet d'explications très divergentes (voir Dressler, dans Roscher, Lcxkon ...A/y/A., s. v°). Les uns ont attribué au nom une origine grecque : « qui est resté fidèle » (cf. Talbot, Œuvres de l'emp. Julien, p. 180, n. 2); « unus », traduction du nom du dieu Adad, avec * le sens que lui prête arbitrairement Macrobe (Bérard, Orig. des cultes arcad., p. 265); d'autres lui ont cherché, avec plus de vraisemblance, mais aussi peu de bonheur, des étymologies sémitiques imaginées a priori, p. ex. : }XT2 = «livr.; (Movers, Die Phoen., I, p. 655).
L'inscription- palmyrénienne récemment publiée par M. So-
166 RFCIKIL n'AnCTlÉOLOfilE OH1ENTALE
beruhcim et enregistrée au Répertoire il épigraphie sémitique sous le n° 30, a jeté un jour nouveau sur "AÇiÇcç = îvvj. Un fait, entre autres, en résulte, c'est que la forme grecque aussi bien que la forme sémitique s'employait respectivement soit comme le nom spécifique du dieu, soit commo nom propre d'homme. Or, le cas est le même pour Msvt^s;; ce nom de personne est, en effet, fréquent dans l'onomastique hauranienne (Waddington, passim)\ il doit être, selon toute apparence, la transcription de quelque nom sémitique qui, s'il était connu, nous révélerait en même temps le nom original de ce dieu énigmalique ; mais on n'a'pas encore rencontré dans l'onomastique palmyrénicnne et nabatéenne un nom propre de personne pouvant représenter la forme sémitique rendue par Mcv.;j.cç.
Je propose de la reconnaître dans le n. pr. d'homme safaïlique ™-*2, dont nous avons trois exemples (n°* 78, 83, 412 de Dussaud, Voy.au Safti) \ il aété vocalisé par M. Dussaud : Mounfïim\ mais rien ne s'oppose, semble-t-il, à ce qu'on le vocalise
Monim r= * « ■■• ; à cet état, il répondrait de la façon la plus
exacte au n. pr. de personne Mcvipoç, lequel, dès lors, comme bon nombre d'autres noms gréco-hauraniens irréductibles jusqu'ici à l'onomastique palmyrénienne et nabatéenne, serait à considérer comme propre à l'onomastique spéciale du Safâ.
Le nom de personne étant ainsi déterminé, le nom du dieu le serait du même coup, comme dans lo cas symétrique de Aw'.lcç, "^"y. Ce serait donc un vocable divin ayant le sens général de « bienfaisant, bon ». Je rappellerai l'emploi assez fré-
• y Cl
quenl, dans le Coran, du verbe *-*-!!, en parlant de Dieu, et le n.pr. jH^ll -^ qui, rapproché du n. pr. jj& JLc, nous fournit
los éléments du couple Mcv^sç-'A^or, engagés dans une combinaison onomastique homologue.
O vocable Mir.;/:;, ainsi interprété, concorderait d'une façon frappante avec lo rôle du couple Monimos-Azizos tel que le définit expressément Jamblique cité par l'empereur Julien (Or. t
LES NOMS XARATtiRNS THONSACUfc ÎT Aft!Ueo\ S UNN Wu
IV, p. 195) : rcX/vi xjtl iyaOi t<o -zif\ y^v i?:x(Ttûcvt<« ï*ït<;*« Il convient, d'autre part, de tenir compte de lépithMe caractéristique de bonus (puer, deus bonus puer) , que reçoit Asizus dans le» inscriptions romaines; on peut se demander si celle épithMe n'ap* partenait pas en commun à son frère jumeau Monimos qui lui est associé mythologiquement d'une façon si intime qu'il on arrive à se confondre avec lui (pareilles symétrique* «le IliMum).
Dans l'inscription palmyrénienno que j'ai citée, le couple divin de vnn et tpw est qualifié justement wm ior6N « dieux bon* » ; dans cette formule, M correspond littéralement au Imnm rumain.
Cette inscription soulève une autre question que je me horue, pour l'instant, à poser. Ne pourrait-on pas, par voie du sulmtitution, considérer, dans ce couple mythologique, le premier élément "isna comme un équivalent de l'élément M^/7/^, premier terme du couple Movi^ç-'AÇiÇc;, étant donnée l'équivalence certaine "A££o; = WTy? Le sens étymologique, qui semble Aire enlui de 'ar*, se concilierait sans peine avec relui de cy;r:.
Déjà Wellhausen (Reste arab. Il vident hume*) avait proposa
d'expliquer, a priori, Mcv,^; par «Alt, sans pouvoir faire /«lut
de la forme safaïtique 37:- qui, si la lecture e»t vérifia*, introduit dans le problème une donnée décisive, .NoeJd"!'" '/, /> vV 'A, 1887, p. 173) avait rejeté ^elte explication en t f 4ppuy*rjt <tui J*t équivalents syriaques de Ms*^; : ^o^JJd, ^iûJéJo ; wj*;». 00 p"ut répondre que ces forme* tyriaquet v>nt %wty\wiiHu* h 'rintcription direct*- d<- U fono" jrre<q»j<-
noms nabatéens TbomMché *t Ars^Udbsrti**/»*
Bocrfc. r^ ;*. »- , :-:;-v„-'- rr^vr^ -:■»»*£* *•■-„ v run
J'inclinerais à voir dans "Àva;Aos une transcription de ovzx (très fréquentdansles inscr. safaïtiques) plutôt que deioay (= "Avs|/.oç?).
Le nom de femme fto;j.7xxvj se retrouve dans Wadd. 2099, 2224. Il fait prévoir l'existence d'une forme araméo-arabe firan, laquelle sera à ws comme iCTn est à •tïït, et peut-être même l'apparition d'un n. pr. masculin "ûOT\ sur le type de "H-?* (cf., sous réserve, les noms safaïques : Scd^*, b*cra, "p^, Dussaud, op. cit., saf. n 08 325, 22 a, 360 et passim).
Le n. pr. féminin Qo\kx\ir/r t (Wadd. 2236; et peut-être ( m h\àiyr iy id. 2235, à corriger en trh\x\iyr t malgré une certaine analogie, peut-être plus apparente que réelle, avec AcjjlOtjxcç, id. n° 2544??) semble être constitué de même et impliquer une forme "]tan, ayant les mêmes rapports morphologiques avec les n. pr. masculins isSo* e t labs.
La vocalisation constante de la première syllabe 0c pourrait faire croire que les n. pr. féminins "jttEn et "^cn, de forme verbale, étaient traités comme des sortes de passifs à la modo arabe; cf. cependant la vocalisation "ram :r h)z> % xipr t [suprà, p. 161).
Autre nom nabalécn méconnu. M. Ewing (P. E. F. 5/., 1894, p. 47, n° 13) a copié à Oumm el-Osidj (Haurân), une inscription mutilée et fruste (accompagnée d'une croix fourchue), qui a été lue ainsi par MM. A. G. Wright et A. Souter :
;<-)]acs ~z?zî Weîzlîuxpo» (?), etc.
La copie d'Ewing donne, en réalité, en 4 lignes :
®SaAAA || OCAB || AAAOY || APOY
Ce que je lirais plutôt : ITjiBîo; 'A52a(2)su>ji?ou. ri33s; est le n. pr. nabaléen vu. Quant à 'Aî3a3su7ip(r^), c'est un nom nouveau transcrit fidèlement du nab. N^j-Tiiy; cf. le nom propre nab., homologue que j'ai proposé de lire : (')v.\j.2zzjzipr i q= mttrrrain (lier, d'arch. or. y IV, p. 117, n° 32). Remarquer, dans les deux cas, le a employé comme voyelle de liaison entre les deux éléments composants.
NOUVELLES ÏNSCK1PTI0NS NABATÉENNES 469
Nouvelles inscriptions nabatéennes.
MM. R. Dussaud et Maclcr viennent de publier un volume contenant le résultat de leur dernière exploration en Syrie, dans la région du Djebel ed-Droûz 1 et du Safà. Ils en ont rapporté une abondante moisson épigraphique qui fournit un aliment nouveau à nos études.
La première partie du volume (p. 1-135, pi. I-XVII) contient le relevé de 412 inscriptions dites safaïtiques, dont un grand nombre sont nouvelles, avec fac-similés, transcriptions, traductions, glossaire et index des noms propres, lableau comparatif de l'alphabet (p. 13), etc.
La seconde partie (p. 137 et suiv.) contient (n°* 1-104) un relevé d'inscriptions grecques dont beaucoup sont inédiles et plusieurs offrent des données intéressantes pour l'onomastique araméo-nabatéenne ; plus 8 inscriptions nabatéennes : 6 sont nouvelles; 2 autres, déjà connues, sont contrôlées par de nouveaux estampages et copies.
Je m'occuperai tout d'abord des inscriptions nabatéennes, me réservant de revenir plus tard sur les autres.
Je me bornerai pour le moment à signaler — toutes réserves faites, d'ailleurs, sur la valeur des déchiffrements, basés exclusivement sur le système de M. Halévy — l'importance particulière que me semblent avoir les textes safaïtiques pour la connaissance de l'onomastique gréco-nabatéenne. Plusieurs noms grecs hauraniens dont les formes originales ne se sont pas retrouvées en nabatéen ou en palmyrénien, s'expliqueraient bien par une origine safaïtique; par exemple mp (très fréquent), Kio%\Lzz] SkOTT, 'Apa^yjAs; ; inai, 'Oascc;; nbsy (et hStok), 'A[/i- AaOo;; inc«, "A<r/apsç ; cSdn, "AsAajjio;; M2T, nZDV (iKib. 13OT?), "O«8oç, "Ozrfizc, 'OmKik (?) ; aSrw, "AXa;^;; T=V IVjw>j (?) ;
1. René Dussaud et Frédéric Macler, Voyage archéologique au Safa cl dans le Djebel-ed-Drdz, avec un itinéraire, 17 planches et 12 figures (Paris, 1901).
170 RECUEIL D'ARC.nÉOLOfiTR ORIENTALE
n, lî'Cïcç; mSn, cf. "AXeSs;; oyja, Mcvt^sç (cf. suprà, p. 165); obr?2 (cf. nab. lsSns), MoaXs{i.sç t M5às|/.5;; ^îao, cf. Maxapav^;; n£3? (et Sktoï?), SjkjasÔsç?; cf. toutefois, nab. inctf, C. /. 5., II, 414, nqSd (masc), SaXstjAaOou (/tec. darch. or., IV, p. 160, etc.). — A. — N° 36, p. 167. Imtàn (S.-E. de Bosra). Dans une maison, près de la mosquée; mais proviendrait en réalité de Tell Ma'Az (à 1/2 heure N. de lmlftn; ruines d'un petit sanctuaire). Copie et estampage. Inscr. nab. très bien gravée et conservée.
*rwDD rai
Cette stèle est celle
qu'a dédiée Mondtou fils de
"S vu
Gadiou à
"i «-rcrn
Doucfwa et
nb» mjw
à A 'va, dieu
H Mtna
de notre maure, dieu gui est
na^n *nïnn
à Bosra , en tannée
S*onb 23 ^2 *oba
93 (= 93 J.-C J du roi Rabrl, roi de
Nabatène, qui
a fait vivre et a li-
nay av
béré son peuple.
Cette lecture, à laquelle je ne vois rien d'essentiel à changer, est due à M. Dussaud, ainsi que les observations suivantes que je
résume en petit texte :
Les n. pr. sont connus.
L. 6. N-tyN ou myN, le 1 ne se distinguant pas du l. — Cf. C. I. S., II, 218, où le môme dieu est qualifié semblablement :
Pour A Va (A'tfa?) qui est dans Bosrâ, dieu de Rabot.
H^JN est peut-être à rapprocher du personnage mythique de la Genèse 1&H, fils de SeMr. Ce Se'ir personnifie la région montagneuse comprise entre Ja mer Morle et la mer Rouge et divisée en deux parties : au sud, ech-Chara; au nord, el-Djabal (Gabalène). A la première correspond Douchara, le dieu du Chara,
NOUVELLES INSCRIPTIONS NABATÉENNES 171
qu'il faut peut-être reconnaître dans le WH, 1WT de la Genèse, autre fils de Se'ir (leçon primitive = peut-être W? cf. am H, près du Sinaï) ; à la seconde pourrait correspondre l'autre fils de Se'ir, "»2fN = N"W, qui serait alors la divinité propre du Djaba).
Aux exemples connus de dieux considérés comme patrons d'un individu, il faut en ajouter un nouveau tiré d'une inscr. grecque nouvelle de El-Ghariyé (op. cit., p. 205, n° 96): ( £ )1 ; eebv ['A]|«poy « pour le dieu de Ameros ». Pour la localisation du dieu à Bosra, comparer le transfert du culte de la désse Allât, d'après C. I. S , II, 182 (inSxaH ...n^N), commenté par M. Clermont-Ganneau (Rec. tïarch. or., II, p. 373), en tenant compte des indications du C. 1. S., II, M3 et de l'inscr. gr. des .If. N. du D. P. V., 1899, p. 41 \
L. 11-13. .T2P 3W! 'VIN H. Ce même protocole se retrouve dans une autre inscr. du roi Rabel découverte par les auteurs non loin de là (cf. plus loin, inscription D), avec la variante orthographique : aîtf. La lecture et l'interprétation de 2VtP, 1W, sont dues à M. Clermont-Ganneau. Ainsi se trouve justifiée la lecture de M. de Vogué pour la fin de C. I. S., II, 183, qui pourrait être complétée ainsi :
fnav avwii noy *tik h [itana "jbaj Swanb
Je réserve pour tout à l'heure (inscription D) l'exposé et la discussion des déductions et inductions chronologiques et historiques que M. Dussaud tire de ce texte important. Je me bornerai pour l'instant à quelques remarques de détail.
L. 9. Sntî; le 3 affecte la forme finale ; le lapicide semble avoir voulu faire ressortir ainsi les éléments constitutifs du n. pr. Sn-ti.
L. 12. »n». Remarquer la forme différente des deux% médial et final, liés ensemble.
Il me paraît difficile de restituer \nm atwji h la fin de C. 1. S., II, 183, le régime noy étant déjà exprimé après "n» ; il faudrait, au moins, [roPWi]; mais il se peut aussi que le seoond membre de la formule fût d'une autre nature : soit aw, soit même un autre verbe, suivi d'un régime tout différent [a qui a vivifié son peuple et qui a sauvé son... » ; ou : « et qui a... (son)... ?» ; ou même, tout court : « et qui a... ».
La comparaison de ce protocole nouveau avec celui d'ArétasIV, nw Dm, semble assurer, dans ce dernier, le sens, généralement admis, de nsy = « son peuple », et exclure celui de « son