‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 119 sur 213 · L'INSCRIPTION S1NAÏTTQÎTE DES TROIS AUGUSTES · texte numérisé non relu

L'INSCRIPTION S1NAÏTTQÎTE DES TROIS AUGUSTES

malgré l'identité du mot. Comparer l'inscription nabatéenne, C. /. S., II, n° 470, où le titre unique de iD'p, donné à l'empereur Claude, ne le désigne pas comme simple César, mais en tant qu'Auguste, investi du pouvoir impérial dans toute sa plénitude; cf. surtout la bilingue palmyr. Vogué, n°25, où ssSasré; est formellement rendu par TOp (et justement avec l'adjonction du qualificatif pa). Il résulte de là que, chez les Syriens, le titre de César avait pris une valeur intensive comparable à celle qu'il a fini par prendre dans nos langues européennes : Kaiser, tsar, etc. L'acclamation de l'inscription sinaïtique :

équivaudrait donc littéralement, comme je l'avais déjà indiqué 1 , mais avec moins de rigueur peut-être, à la formule romaine :

Pro (salute) dominorum nostrorum AVGGG (i. o. Augustorum

triton).

M. Euting et M. Noeldeke, suivis par M. Lidzbarski, lisaient « l'an 106 » de l'ère de Bostra = 210-211 J.-C, et croyaient qu'il s'agissait de lasuccession, sur le trône, de Septime Sévère, mort le 4 février 211 et de ses deux fils appelés à le remplacer; c'est en raison de cette circonstance que Tannée caractérisée par cet événement aurait été appelée « l'année des trois empereurs »\

J'étais, et je suis encore d'avis, au contraire, que l'acclamation, complètement indépendante de la date, n'a aucun rapport

i. Rev. Ct'it.y 1. c. En grec : (mep <i<i>TY;pîa; Ttbv xupiwv (rijjLwv), etc.

2. Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien une telle conception est, d'ailleurs, peu logique en soi. Qu'on dise, en disant d'une année révolue, que c'était « l'année des trois empereurs », cela peut se comprendre à la rigueur; mais tant que Tannée n'est pas close, ce serait bien imprudent; car comment peuUon savoir qu'il n'y aura pas accession d'un quatrième monarque?

Je ne mentionne que pour mémoire l'hypothèse à laquelle s'était attaché, un moment, Renan, mais qu'il avait fini, avec raison, par abandonner : à savoir qu'il s'agissait de l'an 100 a selon les Romains » (7V21 yj), c'est-à-dire de l'ère d'Actium = 63 J.-C , année qui serait appelée « année des trois empereurs », parce qu'elle avait vu se succéder sur le trône Galba, Othon, Vitellius.

avec elle; que cette date, à lire en réalité : « Tan 100 » (de l'ère de Bostra) = 204-205 J.-C, tombe en plein règne de Septime Sévère, et que l'acclamation vise, avec cet empereur, ses deux fils Garacalla et Géta associés par lui à l'empire, de son vivant même.

Toutefois, si Ton admet avec moi que "po^p nnSn =AVGGG, on se heurte, en apparence, aune difficulté de Tordre historique et chronologique. En effet, d'après les historiens et les manuels, Garacalla a reçu le litre de Caesar en 196, celui de Augustus en 198; mais Géta, .sommé Caesar en cette même année 198, n'est devenu Angustus qu'en 209; on ne pouvait donc pas, dira-ton, parler de trois Augusti en 204-205.

A cela je répondrai par des faits précis que me fournit l'épigraphie romaine. Dans plusieurs inscriptions romaines d'Afrique 1 , on donne à Géta le titre de Augustus avant 209, époque à laquelle il le reçut officiellement; on a des inscriptions de cette provenance où Géta est qualifié de Augustus en 203 et même en 198. Par conséquent, la formule AVGGG, ou ce que je propose de considérer comme son équivalent réel, "p "n, peut parfaitement avoir été employée dans une inscription de la province d'Arabie datée de l'an 204-205.

Je ne crois pas inutile de rappeler, à ce propos, que Septime Sévère se rendit d'Egypte en Palestine, à la fin de Tan 200, accompagné de sa femme Julia Domna et de son fils Caracalla (l'histoire ne parle pas de Géta, il est vrai, mais il pouvait être du voyage). Un pareil événement avait pu produire dans la population nabatéenne du Sinaï, qui avait peut-être fourni des convoyeurs et des chameaux au cortège impérial, une certaine sensation dont cette inscription, avec son acclamation de circonstance, nous aurait conservé l'écho. Au fond, c'est tout bonnement du Vive Vempereurl ou du Vive le roi! tel que l'entend le populaire de tous les temps.

t. Cf. les observations du C. i. L., VIII, p. 974, au n° 9035 et celles de Héron de Villefosse, Bull. arch. du Corn., 1892, p. 454, au n° 3.

l'année sabbatique des nabatébns 187

L'année sabbatique des Nabatéens et l'origine des inscriptions sinaltiques et safaïtiques.

Comme le savent ceux qui se sont occupés de la question, on n'est pas encore parvenu, malgré des efforts répétés, à se mettre au clair sur la fin, si obscure, de l'inscription sinaïtique n° 463 d'Euting, qui ne le cède guère en importance à l'inscription n° 457, dont je viens de traiter, si même elle ne la surpasse, car elle semblait à tous contenir la mention d'un événement historique qu'il eût été bien intéressant de préciser.

Je vais essayer de montrer que ce mirage historique doit s'évanouir sans retour, pour faire place à une réalité d'un ordre tout différent mais offrant, néanmoins, un grand intérêt par le jour inattendu qu'elle jette sur les institutions et les usages des Nabatéens.

M. Ëuting lisait ainsi ce texte :

h irmsnb 85 nairrri tn kjtin «>[m]y îmrw nn

Béni soit Ouâ'ilou, fils de Sa'dallahi. Cela [a été écrit] en Tannée 85 de l'éparchie, dans laquelle les Arabes dévastèrent le pays.

11 y aurait donc eu, à ce compte, en Tan 85 de l'éparchie, c'est-à-dire de la province d'Arabie, en d'autres termes, en Tan 85 de l'ère de Bosra = 189 J.-C, une invasion des Arabes dans la péninsule du Sinaï. Cela faisait penser, tout de suite, à quelque épisode se rattachant à ce grand mouvement de migration des tribus yéménites vers le nord, vers la Syrie, mouvement caractérisé par les exodes successifs des Tonoûkhîtes, des Salîhites, etc., et, plus tard, des Ghassanides... On va voir qu'il faut singulièrement en rabattre.

M. Berger 1 s'était tout d'abord demandé s'il n'y aurait pas

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