Voir mes Études d'Arch. or., I, p
LE PHÉNICIEN THEOSEBIOS DE SARBPTA 229
à merveille à Melkart, au dieu solaire de Tyr, dont nous connaissons l'humeur voyageuse, et que la fable nous montre déjà, dans les temps reculés, prenant pied en divers lieux de la Méditerranée colonisés ou occupés par les Phéniciens. Son installation à Pouzzoles, pour être un peu tardive, et, aussi, d'allure un peu moins conquérante, n'en serait pas moins assez vraisemblable, étant donné que ce port était, par excellence, à l'époque impériale, celui des arrivages du Levant et de l'Egypte. Comme l'ont justement rappelé à ce propos M. Cagnat ainsi que M. Berger, qui partage sa façon de voir sur le sens à attribuer à l'inscription, il y avait à Pouzzoles d'importantes communautés orientales dont l'existence et l'origine nous sont révélées par de nombreux témoignages épigraphiques, tant latins que grecs; on y a même recueilli deux inscriptions nabatéennes qui figurent en belle place au Corpus lnscr. Semiticarum. Nous voyons, par ces diverses inscriptions que ces Orientaux avaient en même temps introduit leurs cultes nationaux à Pouzzoles et que leurs dieux y faisaient excellent ménage avec ceux de l'Olympe grécoromain. Quoi de plus naturel danc, semble-t-il, que d'admettre que le dieu de Tyr, ou quelqu'un de ses congénères, avait trouvé sa place dans ce rendez-vous de divinités exotiques, et qu'à un moment donné, on avait pu le transporter à Pouzzoles, bien entendu sous les espèces, sinon de quelque statue, du moins de quelque pierre sacrée, bétyle ou autre? C'est ce transport que relaterait notre inscription.
Si l'on accepte la restitution 8eo$ fHX]icç, proposée par MM. Cagnat et Berger, il faut considérer avec eux l'ethnique <xpzxTr t voq 9 qui suit immédiatement, comme un surnom topique du dieu; l'usage de pareils surnoms est chose fréquente. La question est de savoir ici quel nom de ville ou de pays se cache sous cet ethnique : Arepta ou Sarepta? Mes savants confrères ont fait valoir en faveur de Arepta quelques arguments qui ne me paraissent pas convaincants. Sans se prononcer définitivement sur ce point, ils ont envisagé, en outre, la possibilité de lire (2)apexcr,vcç, en supposant une faute du lapicide. Ce bourdon, motivé par le 2
final du mot précédent (...icç (a)ape7UTY;voç) n'aurait rien de surprenant dans une inscription d'une grécité médiocre, où s'étale, à la 1. 4, le gros solécisme stç Uov.okoiq pour IlorciXsuç. Le nom de lieu ainsi rétabli serait tout à fait en situation; la petite ville bien connue de Sarepta est, en effet, dans la région même de Tyr 1 , tandis que, pour trouver un équivalent de la prétendue Arepta, il faut aller chercher bien loin des localités aux norps obscurs ou incertains. Aussi, quant à moi, n'hésité-je guère à me prononcer pour la leçon (2)ap£:cTYjvoç\ L'explication, sensiblement différente, que je vais avoir à proposer pour l'ensemble du texte, ne peut d'ailleurs, comme on le verra, que rendre cette leçon plus vraisemblable.
On ne saurait se dissimuler, en effet, que l'explication de M. Cagnat soulève plus d'une difficulté.
Tout d'abord, je ne crois pas, pour ma part, que 7)Xsiu- puisse être ici un nom propre de personne, soit complet, soit incomplet de quelques lettres au commencement. Sans doute, on pourrait restituer matériellement quelque chose comme : rtfxyvt [3' A63]r,- Xeiji., et 'A62ijXsip serait, en soi, une excellente transcription du mot phénicien, et spécialement tyrien, oSnt^ Abdelim; mais il serait tout à fait contraire à l'usage d'introduire ainsi en grec, en quelque sorte à nu, un nom propre de personne barbare, sans l'habiller d'une désinence hellénique; on s'attendrait, dans ce cas, à 'A63f|Xetp9;. Toute autre forme qu'on pourrait imaginer
i . Sarepta, aujourd'hui Sarfand, située sur la côte, entre Tyr et Sidon, semble avoir, selon les temps, fait partie du territoire, tantôt de l'une, tantôt de l'autre de ces villes ; dans la Bible (I Iiois y xvn, 9, suivi par Luc, ix, 26) elle est considérée coinme dépendant de Sidon. Voir sur cette variation les témoignages historiques rapportés par IHenan, Miss, de Phên., p. 665. J'y ajouterai celui de Yàkoût qui, bien que tardif, n'est pas à négliger et qui mentionne Sarfand comme un village dépendant de Tyr.
2. La forme ^zpsirrx (et SapaitTa), transcription de njsiar, est tout aussi bien justifiée, et probablement plus ancienne que les forme» EapsçOi, Sapx^ôi: elle apparaît dans la version des Septante; les dernières apparaissent dans Josèphe, les Évangiles, la carte mosaïque de Madeba et aussi dans une inscription grecque encore inédile, qui provient du pays de Tyr et que j'ai fait entrer au Louvre, il y a quelques années : (-hôSwpo; ô y.ai 'Iâxwêoç, XapEçÛYjvoç; à en juger par la paléographie, ce petit texte est d'une époque sensiblement plus basse que celle de l'inscription de Pouzzoles, peut-être de la période byzantine.
pour le nom de ce prétendu hiéronaute tombe sous le coup de cette objection.
Autre difficulté. Il faudrait un régime à ifyayev 8è, si ce verbe a un sujet différent de celui de xcrcéftXewev : <c et /*a amené » ; or, la lacune finale de la ligne est beaucoup trop petite pour avoir pu contenir le mot autov.
M. Cagnat a sûrement senti cette dernière difficulté, car il a envisagé incidemment, mais sans s'y arrêter, la possibilité de considérer ôeoç "HXtoç comme gouvernant à la fois les deux verbes xaTiwXeuaev et îfyaYev ; il faudrait, en ce cas, comprendre : « le dieu Hèlios a fait la traversée et amené les ... elim ». Cela vaudrait mieux grammaticalement; mais que pourrait alors représenter ce mot elim devenu régime, de sujet qu'il était? M. Berger s'est demandé s'il ne s'agirait pas d'une sorte de dt minores (dSn), faisant cortège au dieu Hèlios. Ce serait, en conséquence, tout un exode de dieux, venus de Phénicie à Pouzzoles sous la conduite de leur chef de file. Mais cette conjecture présente, entre autres, un grave inconvénient. Nous n'aurions plus dans l'inscription aucun nom de personne; seul, le dieu serait en scène, et le ou les compères tenant les ficelles de cette marionnette divine resteraient entièrement dans la coulisse, ce qui est bien peu conforme aux habitudes de l'épigraphie antique.
De quelque côté que l'on se tourne, on se heurte, comme on le voit, à des choses bien obscures ou bien peu vraisemblables. C'est ce qui m'a engagé à chercher la solution de ces difficultés dans une voie toute différente, qui nous fera descendre du ciel nuageux de la haute mythologie sur le sol plus ferme des réalités terrestres. Le mot de l'énigme me parait gîter dans la petite lacune de deux lettres, comprise entre la fin de la 1. 4 et le commencement de la 1. 5 : 0EOC..IOC. Rien ne prouve qu'il faille restituer, comme on l'a fait : ôeoç [*HX]ioç. Je crains que M. Cagnat ne se soit laissé entraîner à cette restitution par l'influence de son devancier M. Halbherr, qui cherchait déjà là un nom do dieu : Oeov[ 8' 'HX]ic<japexn^6v, nom bien bizarre, pour ne pas dire impossible, composé avec celui de Hèlios. Je propose de restituer
tout simplement : 0eoa[é6]io<;, c'est-à-dire un nom propre de personne qui, pour n'être pas des plus fréquents dans l'onomastique grecque, n'en a pas moins une existence assurée 1 , et avait peutêtre été choisi, en l'espèce, parce qu'il répondait, par son sens étymologique, aux conceptions religieuses des Phéniciens*. L'ethnique qui suit, Sapeimpiç, indique tout bonnement l'origine de notre personnage, né à Sarepta et tyrien de nationalité, comme le montre l'usage fait par lui de l'ère de sa métropole.
Du coup, le mirage qui planait sur ce texte décevant se dissipe, toute une partie de la phrase, au moins, s'éclaire d'une lumière normale rejetant dans le néant les illusions mythologiques qui fascinaient nos yeux. Plus de dieu traversant la mer, soit seul, soit traînant à sa suite sa théorie de dî minores, pour venir se fixer à Pouzzoles; mais un simple mortel, peut être même de condition fort modeste 3 , Theosebios de Sarepta, qui dit avoir fait, le 11 du mois d'Artémisios de l'an 204 de l'ère de Tyr, la traversée de la côte de Phénicie à Pouzzoles, ne faisant en cela que suivre l'exemple de tant de ses compatriotes et coreligionnaires.
Dès lors, il va de soi que c'est notre Theosebios qui est également le sujet du second verbe jfr a Y ev » symétrique du premier, comme l'indique la particule 8è impliquant un \ih virtuel après xaiéxXeuaev : « Theosebios a fait la traversée, etc., et il a amené (?) (les?)... èlim. »
Ici se pose à nouveau, mais sur une base tout autre, la question de savoir ce que peut désigner ce vocable HAEIM, transcription évidente de quelque mot sémitique dont le grec ne devait pas posséder l'équivalent exact, autrement il eût été beaucoup plus simple de le traduire que de le transcrire. Ce mot est-il com-
\. Voir Pape, Woerterb., s. v.
2. C'est probablement l'équivalent de quelque nom sémitique dont il serait facile de reconstituer la forme originale, si l'on n'avait pas justement l'embarras du choix. Cf. l'importance, chez les Juifs, de l'expression <xl6e<rôat xbv @e6v.
\\. Il est à noter qu'il n'a pas de patronymique, ce qui est d'ordinaire le cas pour les esclaves, les affranchis ou gens de peu. 11 est vrai que, parfois, la mention de l'ethnique semble suppléer à celle du patronymique.
plet en soi, oa bien doit-il être combiné avec une ou deux autres lettres précédentes, perdues dans la lacune finale de la ligne 5? De toute façon, il semble bien qu'il se termine par la désinence du pluriel sémitique DO), l'orthographe et correspondant à un f long dans les usages du grec syrien; quant au H, il peut fort bien, d'après les mêmes usages, être frappé de iotacisme et correspondre à un i bref : soit donc ilim ou èlim. D'autre part, il est assez peu probable que ce mot, quel qu'il soit, ait pu être ainsi engagé dans la phrase, comme régime direct de vfrrrev, sans être précédé de l'article ; il faudrait, en conséquence, restituer dans la lacune finale de la ligne 5 outcoç, ou toc 1 . Or, cette lacune, calculée rigoureusement sur l'étendue de celles des lignes précépentes*, doit comprendre, au maximum, 4 lettres; et, sur ces 4 lettres, il faut en prélever déjà 2 pour la restitution de la particule 8è, indispensable à la construction de la- phrase, car il est matériellement impossible de loger la conjonction xal, dans le petit vide précédant fjvayev, vide à remplir parles deux dernières lettres, Tune mutilée, l'autre détruite, de (S)apewnfjv[6ç]. Nous ne pouvons donc plus disposer, à ce compte, vu la justification de la ligne, que de 2 lettres, ce qui semble exclure la restitution xoùç et recommander celle du pluriel neutre ta. Ce pourrait être alors une indication qu'il s'agit de choses inanimées plutôt que d'être animés, ou assimilables.
Il résulterait, en outre, de là que le mot YjXeip. est complet en soi. A cet état, il fait assurément songer au phénicien qSk, èlim, ou plutôt, ilim, mot fréquent, mais dont la valeur précise n'est pas facile à déterminer. On le traduit généralement par « dieux » »;
1. Je ne fais pas entrer en ligne de compte la possibilité du féminin xaç, la terminaison im indiquant un pluriel de forme masculine.
2. Ligne 2 : 3 lettres, et ligne 3 : 2 lettres (restitutions certaines) ; ligne 4 : 2 lettres (restitution probable). Le N de HTArEN tombe sensiblement dans la verticale du P de 'Ap(T£|iJ- tatou, à la fin de la ligne 2; cela limiterait à 3 lettres la lacune suivant *ÎY a Y ev > mais on peut, si besoin est, porter ce chiffre à 4, étant donné que le M, à jambages écartés (voir dans HXet|i), occupe la largeur de deux lettres.
3. dSn, ou son homographe, avait aussi en phénicien un autre sens (comportant probablement une autre vocalisation) ; on appelait ainsi certains magistrats,
mais cette traduction est-elle rigoureusement exacte? La vraie forme phénicienne pour « dieux » semble être djSk, alontm. dSk, malgré son aspect de pluriel, paraît plutôt désigner « la divinité » d'une façon générale; le vocable peut même s'appliquer à une seule divinité, mâle ou femelle. Sans parler du nom propre dSni25T qu'on peut expliquer aussi bien par « serviteur de (la) divinité » que par « serviteur des dieux »\ il faut prendre en sérieuse considération les expressions'telles que : dSn ns, dSn *]Dd, dSn nba, dSn rmo, etc.; dans chacune d'elles dSn fait fonction d'un véritable adjectif, ce qui est bien conforme au génie des langues sémitiques; la vraie façon de l'entendre c'est de le rendre par l'adjectif, « sacré », fepiç : « maison sacrée (sanctuaire) » ; « trésor sacré »; « barbier sacré »; « festin sacré » *, etc. La chose ressort avec évidence, en particulier, de ces deux dernières expressions ; ce serait presque un contre-sens que de traduire servilement dSn aSa, par « barbier des dieux »,et dSn rrnn par « festin des dieux », car ces barbiers ne faisaient pas la barbe aux dieux et, quant à ces festins, si les dieux pouvaient être censés en prendre leur part, c'était bel et bien des convives en chair et en os qui s'y trouvaient réunis.
On pourrait donc, à la rigueur, lire -zol qXetp = rx kpi, avec les diverses acceptions que comportent le mot grec et, surtout son équivalent latin sacra (pluriel neutre).
J'ai raisonné jusqu'à présent, dans l'hypothèse admise par tous, que Je verbe aysiv a ici son sens ordinaire et matériel : « amener, transporter ». Mais il en a d'autres, qu'il convient peut-être de prendre en considération, maintenant surtout qu'il est établi, si je ne m'abuse, que notre voyageur d'outre-raer est
revêtus d'une espèce de caractère sacerdotal, et pouvant être envoyés on mission comme les théores grecs; c'est ce que nous a appris l'inscription phénicienne de Ma'soùb que j'ai fait connaître autrefois (liée, d'arch. or. t 1, p. 83). Il paraît difficile de songer ici à eux, car il faudrait alors l'article xoù; qui, ainsi que je l'ai montré, est exclu par l'exiguïté de la lacune finale de la ligne 5.
1. Le véritable équivalent phénicien de cette conception onomastique est Dab»TMT (Ab'hdonym*, C. I. S.,n° 1067), et non 07X127, "Abdellm.
2. *Up'ov ôiïtïvov; la fameuse syssitie carthaginoise, comme je l'ai démontré à une autre occasion, liée, d'arch. or., III, p. 29.
non pas un dieu en rupture de sanctuaire, mais un simple mortel, et que le sujet du verbe c'est le nom de ce mortel. v Ayciv veut dire, par exemple, « conduire un navire »; ce qui pourrait suggérer l'idée que Elîm, ou eltm serait le nom même du bâtiment commandé par Theosebios. Nous savons, en effet, que, dans l'antiquité, tout comme de nos jours, les bâtiments avaient des noms, et des noms très variés. On comprendrait assez, dans ce cas, que l'auteur de l'inscription, s'il voulait désigner son navire, n'ait pu faire autrement que de transcrire, le plus fidèlement possible, le nom exotique qu'il portait. Mais, bien que cette idée puisse à certains égards se soutenir, je ne crois pas devoir m'y arrêter. 11 y en a une autre qui se présente à l'esprit, si l'on tient compte surtout du caractère religieux de la formule finale : xarc' sxitoXtjv, « par ordre (du dieu) »*, et aussi, du dispositif additionnel, en latin, LCDD, qui doit viser la concession officielle d'un terrain nécessaire apparemment pour quelque besoin du culte. Cette idée, c'est celle-ci. v Ay£iv a aussi un sens très particulier et très fréquent, celui de « célébrer une cérémonie, une fête religieuse »; on dit couramment : oyeiv èopx^v, ôum'aç, (um^pu, etc.. Nous avons des preuves épigraphiques que cette acception était parfaitement familière aux populations hellénisantes de Syrie*. Serait-ce elle, par hasard, à laquelle nous aurions affaire
ici? faudrait-il comprendre : « et il a célébré les »? Le mot
transcrit du phénicien 1 définirait alors la nature de la cérémonie. Ta dSk ne serait pas très satisfaisant dans ce cas ; le phénicien,
1. Je crois, pourtant, devoir faire remarquer, en passant, qu'on attendrait plutôt le mot ordinaire évtoX^. Je ne connais pas d'exemple, du moins en épigraphie, de eirtToVn pris dans ce sens, bien qu'il se dérive assez logiquement de celui du verbe eittTéXXco, « ordonner, prescrire ». L'acception courante est celle de c lever (d'un astre) ». Faut-il attribuer l'emploi de ce mot insolite à l'inexpérience d'un Sémite maniant la langue grecque, ou bien contient-il une nuance réelle et correspond il à une idée particulière de l'auteur de l'inscription?
2. Waddington, op. c, n° 2.370 : r\ eopttj twv SoaSYjvfcv ayetai tw Osô> Awou À'. — Dussaud, Voy.au Sa/a,p.l59, n°2ô : *i dvcxîa àyetat [tô> ôeû] 'YrapeepETa^Jov.
3. Si tant est que Theosebios soit bien un Phénicien... Il ne fant pas perdre de vue, en effet, et, je l'avoue, l'idée m'en est souvent venue, que notre personnage pourrait peut-être bien être d'origine juive. Si, par impossible, il en était ainsi, y aurait là un nouveau hint pour la solution de l'énigmatique rjXeiii.
du moins autant que nous le connaissons, ne nous offre pas d'expression de ce genre. Ce qui semblerait assez plausible a priori, ce serait la mention d'un certain sacrifice, par exemple, en exécution d'un vœu fait pour une heureuse traversée, peut-être après consultation d'un oracle; Tin scription rentrerait alors dans la catégorie des eacharistèria courants. Les Phéniciens paraissent avoir été très rigoristes en matière de sacrifices et en avoir défini avec soin les diverses modalités par des termes spéciaux. Il suffit de se rappeler les dispositions minutieuses des tarifs de Marseille et de Carthage. Dans ces tarifs il est question à plusieurs reprises d'un espèce de sacrifice dit V», qu'on croit, mais sans en être sûr, désigner un holocauste; le mot est même employé une fois au pluriel : nbbs (CI. S., n° 167, 1. 5). Il serait assez tentant de chercher dans YjXei|i. la fin de cette dernière forme : [XaXftXeiiJt,. Par malheur, cela nécessite trop de lettres pour l'étendue de la lacune; à moins de supposer, ce qui ne me sourit guère, que l'article iol était omis, et qu'on avait transcrit XX^Xei^.
La même objection d'ordre matériel, et encore plus forte, s'élève contre un autre rapprochement qui, n'était cette difficulté, serait bien frappant. Je veux parler de l'expression nasililim qui apparaît dans une série de dédicaces romaines d'Afrique faites au dieu sémitique caché sous le vocable de Saturnus,à Aïn-Tounga 1 :
« Nasililim feci 1. v. s. a. » ; « nasililim ex vitulo v. s. 1. a. » ; « votum nasililim solvit 1. a. », etc.
On ne sait encore au juste quelle est la forme phénicienne originale représentée par cette transcription, évidemment très fidèle; on suppose qu'en tout cas, elle désigne une sorte particulière d'offrande, plutôt qu'un titre dudédicant. Il faut avouer que r,Xet[A rappelle singulièrement les dernières syllabes de nasililim^ et peut-être bien les deux mots ont-ils réellement quelque élément commun. En tout cas, ces inscriptions romaines nous offrent l'exemple remarquable d'un mot phénicien transcrit à l'état brut, sans désinence, et d'un mot appartenant justement à la lan-