Berger et Cagnat, Un sanctuaire de Saturne, p
LA BELLE SIMÈ d'ÉLEUTHÉROPOLIS 237
gue liturgique; ce fait, à lui seul, constitue une donnée précieuse pour le commentaire de notre inscription grecque.
On pourrait aussi se demander si, au lieu d'un sacrifice occasionnel, il ne serait pas question ici de la célébration de quelque fête régulière et périodique. Les Phéniciens avaient certainement des fêtes de ce genre, comparables aux fêtes juives, par exemple ; malheureusement, nous en ignorons encore les noms originaux 4 . Dans cet ordre d'idées on pourrait songer à restituer, en tenant toujours compte des limites étroites de la lacune, quelque chose comme : r^x^e* [8' ortaXeip 1 = th* an : « et il a célébré la fête des dieux », ou mieux, d'après les remarques faites plus haut : « la fête sacrée ». Ce serait un peu comme si un Juif eût dit : fyxyev 8è to Tzar^i. Il est vrai que, dans ce cas, on ne s'expliquerait pas très bien la mention de l'ordre exprès donné par le dieu, ordre nécessaire pour l'exécution d'un acte de piété exceptionnel, mais superflu, semble-t-il, pour l'acquittement d'un devoir religieux habituel. A moins d'admettre que l'expression anormale %onèxtToX^v, au lieu de xax' êvtoXt^v, réponde précisément à cette nuance et indique une prescription immanente et générale de la loi divine.
Somme toute, l'on voit que cette dernière question n'est pas encore résolue. Je crois, néanmoins, l'avoir posée sur des bases nouvelles qui en faciliteront la solution, tout en la dégageant, sur un point essentiel, d'une grave équivoque mythologique qui ne contribuait pas peu à obscurcir l'ensemble de ce texte si curieux.
La belle Simè d'Éleuthéropolis (PI. I, A).
M. Macalister a découvert, dans un immense columbarium
1. J'ai bien émis précédemment (Rec. iïarch.or., III,p. 29,n. 3) l'idée que min que l'on croit généralement être un nom de mois, pourrait être le nom spécifique d'une de ces fêtes. Mais ce n'est là encore qu'une pure hypothèse dont la confirmation ou l'inûrmation dépend de la découverte de quelque nouveau texte.
2. On peut faire, je l'avoue, l'objection de l'absence de l'article, en s'appuyant sur l'observation que j'ai faite moi-môme plus haut. L'objection, toutefois, serait Ici moins forte, an se trouvant déterminé par son complément dSn.
taillé dans le roc à Tell Sandahanna 4 , aux environs de Beît Djibrîn (Éleuthéropolis) en Palestine, une curieuse inscription grecque gravée sur une des parois de ce remarquable hypogée.
Par sa paléographie elle pourrait remonter à une époque antérieure à notre ère, ce qui fournirait un indice chronologique pour déterminer l'âge même de cette vaste excavation et des excavations congénères de la région; mais sur ce point, il y a lieu de tenir compte de certaines contre-indications dont je parlerai tout à Theure.
M. Macalister a proposé de lire et de traduire :
j-i[jlt; y.aAr< ccy.îT zy.o: ■— . jNhmets!' A
« I, D. (or L.) Nikateidès think this abeautiful cave. » Ce serait, selon lui, une sorte de carte de visite dans le genre du « ego Ianuarius vidi et mi ravi » gravé çà et là dans les Tombeaux des Rois, à Louksor.
Je ne crois pas que cette explication soit recevable. Le mot grec gv^ n'a jamais eu le sens de « cave » que lui prête M. Macalister; Sijjuiî est un nom propre de femme, bien connu par ailleurs, et signifiant étymologiquement « camuse, camarde ». Ce petit texte est à traduire, en réalité : « Simè me semble belle à moi, etc.. ». Ce n'est autre chose qu'une acclamation amoureuse, conçue selon une formule dont l'épigraphie grecque offre de nombreux exemples : 5 cetva xaXcç! r, SeTva xaX^! xaXr, Scy.sî! etc.. Je relève même sur un vase peint de la collection Campana* une acclamation tout à fait dans le même goût et précisément en l'honneur d'une Simè homonyme de la nôtre (caractères et orthographe archaïques) :
*IME KAPE S'.;j.ri %*M t \ Simè (est) belle!
Le personnage qui a éprouvé ainsi le besoin d'inscrire, dans l'hypogée visité par lui, le nom de sa belle et de proclamer sa flamme dans un lieu qui ne semble guère fait pour cela, était