‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 147 sur 213 · L\N SCEAU DES CROISADES · texte numérisé non relu

L\N SCEAU DES CROISADES

Le couvent des lépreux de Saint-Lazare de Jérusalem ne doit pas être confondu avec l'abbaye de Saint-Lazare de Bélhanie, laquelle était un couvent de femmes fondé sous ce vocable par la reine Mélisscnde, sœur de Foulques. Nous connaissons le sceau de ce dernier établissement par une reproduction, d'ailleurs médiocre, de Pauli' ; il est tout à fait différent : d'un côté est figurée la résurrection de Lazare, avec la légende Resuscitatio Lazari; de l'autre, le portrait de l'abbesse Juditta (Joette, sœur de Mélisscnde?) avec la légende Abalissa luditta.

Nous savons par les assises de Jérusalem (p. 417) que la Maison des Lépreux de Jérusalem élait dirigée par un magister, « le maistre de Saint-Ladre des Mesiaux », suffragant du patriarche de la Ville sainte. Il est à supposer que ce devait être un dignitaire revêtu d'un caractère ecclésiastique comme l'archevêque des Ermins (Arméniens) et l'archevêque des Jacopins (Syriens), avec lesquels il est groupé et qui sont, eux aussi, comptés comme suffragantsdu patriarche. Peut-être est-ce lui qu'il faut reconnaître dans le personnage mitre et crosse figurant sur le droil de notre bulle, à moins que ce ne soit le capellanus de l'ordre dont il est aussi question, à côté du magister, dans les documents que je vais citer. Ou bien serait-ce le patriarche lui-même?

Il est à noter que le magister de Saint-Lazare est mentionné tout à fait en dernière ligne, par les Assises de Jérusalem, parmi les ressortissants au patriarche, après mémo les représentants spirituels des communautés indigènes, comme s'il était mis en quelque sorte en quarantaine à l'instar des misérables dont il avait charge.

Cependant rétablissement qu'il dirigeait était fort important. C'est ce que prouve un fragment du Cartulaire de l'ordre, remontant au xin e siècle et conservé dans les archives du Magistère de l'ordre des Saints-Maurice et Lazare de Turin \ Ce document

1. Pauli, Codice diplomatico, pi. II, n° 20. Je dois ce renseignement à mon savant confrère M. Schlumberger.

2. Publié par M. de Marsy dans les Archives de VOrient latin, t. II, B, p. \2\ et suiv. 11 contient une quarantaine de chartes et lettres allant de Tan 1130 à l'an 1248.

confirme le passage des Assises de Jérusalem et nous fournit, en outre, de précieuses indications sur l'organisation et les ressources de l'institution.

J'y relève les expressions suivantes qui peuvent contribuer à éclairer les légendes de notre bulle et, en môme temps, à fixer remplacement de rétablissement 1 :

« Domus leprosorum Sancti Lazari (n° 1); ecclesia S. Lazari et conventus inûrmorum qui raiselli vocantur (n°2): infirmi S. Lazari secus muros Jérusalem (no 5); domus beati Lazari Jerosolimis — ecclesie S. Lazari capellanuB (n* 6); fratres S. Lazari extra muros Jérusalem leprosi (n° 7); leprosi de S. Lazaro ' (n° 3); leprosi S. Lazari (n° 9); S. Lazari leprosi fratres (n° 20): conventus S. Lazari infirmorum de Jérusalem, Bartholomeoipsorumexistenlemagistro (n°ll); fraternitas leprosorum domus S. Lazari in Jérusalem (n° 30); domus leprosorum S. Lazari Jerosolimitani (n<> 33} ; frater Gualterus de Novo Castello magister domus S. Lazari in Jérusalem et conventus. ejusdem domus » (n° 34).

Nous savions déjà par un passage de la Citez de Ihemsalem § XY) que la Léproserie de Saint-Lazare était située en dehors et tout près du mur d'enceinte do la ville, entre le Qasr Djàloùd et la porte de Damas, auprès d'une poterne qui avait pris son nom de rétablissement :

« A marin désire de la porte saint Estene estoit la maladrerie de Iherusalem tenant as murs. Tenant a la maladrerie avoit une posterne, c'on apeloit la posterne saint Lasdre ».

Cette indication concorde, comme Ton voit, avec les données du Cartulaire et aussi avec le dire de Theodericus\ bien que celui-ci n'ait peut-être pas le môme degré de précision.

1. Nous voyons par le n° 13 qu'il y avait aussi à Tibériadeune Maison des Lé' preux organisée sur le modèle de celle de Jérusalem : « ecclesie beati Lazari de Tiberiade et fratribus ibidem commorantibus »; le document (de 1151) est souscrit : « fratre et magistro pauperum S. Lazari existente ».

Puisque l'occasion s'en présente, je ferai, remarquer incidemment que l'éditeur, M. de Marsy, n'a pas compris l'expression « octo cereos lllï rotularum » qui est répétée aux n<> s 37 et 38 et qu'il rend par « huit cierges de quatre rou~. Icaux »; rotula n'est pasjci le mot latin qu'il croit, mais la transcription du mot arabe J^j, rotul, nom de poids ; il faut comprendre « huit cierges pesant quatre rotols ».

2. l'ilgrims' text Soc, vol. V, p. 43 (§ XXVI). Je cite d'après la traduction anglaise, n'ayant pas à ma disposition l'original latin D'après le dire de Théodericus, il faudrait admettre que les établissements des lépreux s'étendaient considérablement dans le sud-ouest puisqu'il les place à l'angle occidental de la ville.

Page 1