‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 151 sur 213 · Euting, Nab. lnschr., n · texte numérisé non relu

Euting, Nab. lnschr., n

4. C. /. S., II, 350, avec la comparaison topique de Apocalypse, xir, 5 : 7;pô; tbv (r)ibv xVi 7:poç tôv Opôvov acvioO, et le rapprochement de la forme plus ancienne : 2rP!2, apparaissant dans des inscriptions araméenne3 ou proto-nabatéennes (n 0H 114, 117).

5. Maxime de Tyr, 38. — Suidas, s. v. tiewàpr,;. — Cedrenus, p. 57. Chez Suidas, la déformation du nom de Dusarès en Bs'jrépiQç, déformation

qui s T est encore accentuée chez Cedrenus (Br,<raup6; !), Fa conduit à y chercher le nom du dieu grec v Apr ( ;. Il ne serait pas impossible qu'il y eût là, en outre,

LE TRÔNE £T l'aUTEL CHEZ LES SÉMITES 249

Ce bloc sur lequel on faisait les sacrifices et les libations passait dans l'antiquité et passe encore de nos jours aux yeux des savants ', pour une personnification du dieu lui-même qui y aurait été en quelque sorte incorporé. Mais était-ce bien là la conception effective et initiale du peuple qui pratiquait ce culte? Cette pierre sacrée n'était-elle pas à la fois l'autel et le siège — le motab — de Dusarès, parfaitement distinct, du moins à l'origine, de sa personnalité ? Que, par suite, la superstition populaire ait fini par admettre la présence réelle du dieu et par l'identifier avec son propre motab, la chose n'est pas impossible ; mais c'est là un phénomène d'évolution secondaire.

Nous avons, d'ailleurs, de ce processus de l'idée mythologique d'autres exemples dont quelques-uns, plus ou moins probants, sont rappelés par le P. Lagrange. A ces exemples tendant à montrer l'identification du dieu avec l'autel dans lequel il n'avait fait à l'origine qu'élection de domicile, il convient d'ajouter aujourd'hui le cas avéré et tout à fait frappant du Zens Madbachos = (rmo) zz Zeus Bômos, tel qu'il résulte de la démonstration que j'ai donnée plus haut *.

A propos des liens étroits rattachant le dieu à l'autel, le P. Lagrange rappelle le passage, bien connu, de Porphyre 3 disant que les Doumaténiens d'Arabie avaient coutume de sacrifier chaque année un enfant qu'ils ensevelissaient sous un autel dont ils

le résultat de quelque confusion phonétique avec le dieu nabatéen *nVN. Cf. une étyraologie populaire analogue rapportée par saint Jérôme (Onomasticon, s. v. Ariel) et visant le nom de la ville moabite Areopolis. Ce qui a pu venir encore compliquer cet imbroglio mythologique, c'est l'existence, dans le panthéon palmyréno-nabatéen, de ce dieu 'Azizou, "AÇiÇoç (cf., plus haut, p. 165), qui, à tort ou à raison, avait été identifié avec Ares. Ne pas oublier qu'à l'époque de saint Jérôme, la population de l'ancien pays de Moab devait encore contenir une forte proportion d'éléments nabatéens et que le culte de 'Azizou, aussi bien que celui de A VA, pouvait fort bien s'y être maintenu dans le souvenir populaire.

1. Le P. Lagrange partage lui-même cette façon de voir : « C'est bien Dousarès qui était incorporé dans la pierre noire cubique de Pétra. »

3. Eusèbe, Prœp, evano/., 156: xai AovjAatrîvoi 8e ttj; ' Apa6:a; xat' etoç exaarov ËOvov itx?3a, ov uico ftaiiov eOaitTov, <j> /piovrai a>; £oav<*>.

se servaient comme de xoanon^on idole sacrée. Je ne sais jusqu'à quel point ce passage confirme la thèse spécialement visée. Mais j'estime qu'en tout cas, il nous offre surtout, sous un rapport différent, un commentaire saisissant de l'inscription grecque syrienne que j'ai étudiée autrefois ' et où nous voyons un certain Menneas, fils de Beeliabos, se vanter, avec une sorte d'orgueil, d'être le grand-père de ce Neteiros « qui a été déifié dans le lebès dont on se sert pour célébrer les fêtes »\ J'avais émis alors une hypothèse, qui pouvait sembler bien hardie, et qui a été vivement combattue ', c'est que le jeune Neteiros avait été victime d'un de ces rites sanglants qui se sont maintenus fort tard chez les Sémites, et qu'il avait dû être immolé en sacrifice. On avouera que cette interprétation concorde d'une façon bien remarquable avec l'usage des Doumaléniens; dans les deux cas le but liturgique de cette pratique barbare est le môme, la consécration d'un objet essentiel du culte : d'un côté, le tebès; de l'autre, l'autel servant de xoanon *.

Le peuple des Zakkari.

Les documents égyptiens, et, en particulier, le fameux Papyrus Golënischeff) relatant le voyage de Ounou Amon en Phénicie,

1. Rec. d'arch. or. t il, §27 : L'Apothéose de Neteiros 9 , cf. p. 74 et suiv.

2. toO aTtoOîcoOlvTo; t«o èv XÉwyjti fit* ou al (É)optai avwvTa'..

3. Far M. Fossey. entre autres [Bull. Cuir, /te//., 1895, p. 303).

4. 11 est difficile de dire quelle était au juste la ville des Doumaténiens d'Arabie, dont parle Porphyre ; le plus vraisemblable c'est qu'il s'agit delà Doumatha ou Doumetha do l'Arabie déserte, la Doùmal el-Djendel des Arabes. Il ne faut pas perdre de vue, toutefois, qu'il y eu a plusieurs villes portant le nom de Duthna, une, entre autres, dans la région de Damas (cf. Yàqoût, Êl-Mochtariky s. w, tout près et au nord-est), c'est-à-dire dans la région môme d'où provient l'inscription relative à l'apothéose de Neteiros. A remarquer, en outre, le nom de la localité auprès de laquelle cette inscription a été trouvée : Qal'at el-hjavM, dont le second élément est justement homonyme de celui de Doûmui-d-fijenfel. Les Nabatéens semblent avoir transporté au nord bon nombre de toponyrnes appartenant à leurs possessions plus méridionales. Ce transfert des noms de villes d'un point à l'autre, par la conquête ou la colonisation, est un phénomène commun à tous les peuples et tous les temps.

LE PEUPLE DES ZAKKARt 231

nous parlent d'un peuple fort mystérieux, celui îles Zakkari (Zakari, Zakaro) ', habitant la Palestine préisraélilc. Les Zakkari, qu'ils fussent ou non, comme on Ta prétendu, originaires de Cypre ou de TAsie-Mineure, semblent avoir été, en tout cas à un moment donné, voisins des Philistins et fixés sur la côte chananéenne auprès du Carmel, peut-être bien à Dor, aux environs de Tan 1050 avant notre ère.

On a beaucoup discuté sur le nom et sur l'origine de ce peuple. Encore tout dernièrement M. Max Millier 9 et, après lui, le P. Lagrange* ont repris la question, mais sans arriver à des résultats bien concluants.

Quelle pouvait être la forme originale de ce nom? Et, d'abord, les Zakkari étaient-ils des Sémites 4 ? La question est d'importance, attendu que, généralement, Ton admet que les Zakkari n'étaient pas seulement voisins et alliés des Philistins, mais qu'ils devaient avoir avec ceux-ci des affinités ethniques. En tous cas, Sémites ou non, on est forcé de reconnaître qu'ils avaient du être sémitisés de bonne heure comme l'ont été les Philistins euxmêmes.

Cela posé, ne serait-on pas en droit de chercher au nom des Zakkari une étymologie sémitique? A priori, j'inclinerais à rattacher ce nom à un radical *••"£* ; mais l'histoire ne nous offre, ou ne parait nous offrir aucune forme ethnique comparable à ce thème

Page 1