Ephem. fur sem. Epigr., I, p. 163, G (avril
URNE PUNIQUE AVEC INSCRIPTION A i/ENCRE 267
Hannibaal, fils de Chopheth, fils de ... femme de Hannibaal, fils de Abdmel- 1 kart , fils de Bodechmoun fils de G K N R T.
11 y a évidemment là quelque chose qui cloche ; on ne s'explique pas l'apparition du mot twh « femme » qui intervient ainsi brusquement dans cette longue généalogie composée uniquement de noms d'hommes; il appellerait forcément avant lui, comme corrélatif, un nom de femme qu'on cherche vainement. Quant au dernier nom, il a une forme bizarre, que l'expédient du berbère, notre ultima ratio quand nous nous trouvons en face d'un cas embarrassant d'onomastique punique ne suffit pas à justifier.
Je m'étais moi-même occupé, en son temps S de cette inscription, et j'étais arrivé, sur ces points controversables, à des conclusions sensiblement différentes. Je ne crois pas inutile de les exposer ici.
Je parlerai, tout d'abord, de ce dernier nom, de forme si énigmatique, qui clôt l'inscription rrrwa. On peut en rendre compte, il me semble, d'une façon bien simple, à condition de le décomposer en deux parties : pa et ni ; seule, la première partie constitue le dit nom propre, sur l'origine duquel je reviendrai dans un instant. La seconde partie : m, bien qu'écrite dans le prolongement de la ligne 3, qu'elle termine en apparence, n'appartient pas réellement à cette ligne — c'est un rejet de la ligne 2 : c'est tout bonnement la fin du nom d'Abdmelkart, dans lequel il ne faut pas rétablir de toutes pièces les deux dernières lettres, en les considérant, ainsi que le fait M. Lidzbarski, comme disparues — [mlpSoTisr — mais auquel il faut restituer ces deux lettres effectivement écrites au-dessous — >ni<pSaiay.
Il est facile de voir la raison de ce rejet qui, j'en conviens, peut paraître tout d'abord assez déroutant, mais qui, somme toute, est bien dans les habitudes de l'écriture sémitique ; j'en ai fait connaître autrefois un exemple, tout à fait analogue,
i. Leçon du Collège de France, 18 décembre 1899.
dans une inscription palmyrénienne *. Que s'est-il passé ici ? Il suffit, pour répondre à cette question, de se reporter à la gravure que j'ai reproduite ci-dessus (A) et qui représente l'ensemble de l'urne, avec la disposition de l'inscription. Le scribe, en poursuivant le tracé de la ligne 2, s'est trouvé tout à coup brusquement arrêté par l'anse gauche du vase, contre laquelle son kalam venait buter et sous laquelle il ne pouvait s'engager : elle est, en effet, très petite comme c'est de règle dans les amphores phéniciennes 1 . À ce moment le scribe venait d'écrire : pSat»; il aurait pu renvoyer la fin du nom : rn, au commencement de la ligne 3 , mais il répugnait probablement à couper ainsi le nom, et il a préféré rejeter les deux caractères complémentaires immédiatement au-dessous, de façon à les éloigner le moins possible du groupe dont ils font partie. Dès lors, ce rejet constituait une amorce finale delà ligne 3, ligne que le scribe a ensuite attaquée normalement, par le commencement, en poursuivant le tracé de son texte, comme si de rien n'était. Il est arrivé par suite, ce qui devait nécessairement' arriver; la ligne 3, en se prolongeant, est venue rejoindre le petit groupe erratique ni, qui était là préexistant et qui doit être, en réalité, distrait de cette ligne 3 à laquelle il n'appartient nullement, malgré les apparences. En un mot, la fin de l'inscription doit être rétablie ainsi, sans aucune restitution, moyennant un simple déplacement de deux lettres :
pa p ptwnn p nnpbDinjy
Le dernier nom propre n'est donc plus à lire rniMi mais bien pa. À cet état, c'est un nom parfaitement connu, bien que rare, dans l'onomastique punique, et ce fait seul est la meilleure justification de la solution très simple, que je propose de cette dif-
1. Études d'Archéologie Orientale, I, p. 121, pi. H, i. Il s'agit du mot NTOl^, écrit à la fin d'une ligne, avec son aleph final en rejet, non pas au commencement, mais à la fin de la ligne suivante, c'est-à-dire au-dessous du mot auquel il appartient.
2. Voir sur cette forme d'anse, caractéristique des amphores ou jarres puniques et, en général phéniciennes, ainsi que sur sa raison d'être, les observations que j'ai faites autrefois, Rec. d'Arch. Or. t (II, p. 73.