URNE PUNIQUE AVEC INSCRIPTION A L ENCRE
ficulté. J'ai montré plus haut (p. 212) qu'il fallait voir dans ce nom punique ^a non pas, comme le pense encore cette fois M. Lidzbarski ', un nom numide, mais bien une abréviation épigraphique (plutôt qu'une contraction phonétique, ainsi que le suppose M. Berger) du nom phénicien bien connu p(cn)a Gersakon, ou poa, Giskon (dernière forme qui, elle, est le résultat d'une véritable contraction phonétique, comme le prouve la transcription romaine Gisco(n)). Le scribe était d'autant plus fondé à recourir ici à cette abréviation, d'ailleurs usuelle, que la place était strictement limitée parle rejet qui occupait déjà la fin de sa ligne 3 et lui barrait ainsi la route.
J'arrive maintenant à l'autre difficulté, celle qui résulte de l'apparition, vraiment déconcertante, du mot twh « femme », au milieu de tous ces noms propres exclusivement masculins. Ici, l'embarras est grand. Je ne vois guère qu'un moyen d'en sortir, si Ton veut respecter les leçons de la copie, ce serait de supposer que les trois lignes, écrites sur le corps du vase, la première au ras du bord, étaient précédées d'une autre ligne qui aurait été écrite sur le bord même du couvercle; peut-èlre qu'en examinant avec soin celui-ci, on en distinguera encore des traces. Cette ligne, constituant le véritable début du texte, aurait contenu le nom de femme demandé, suivi d'une généalogie à trois degrés comme celle de son mari. Le nom de l'aïeul de la femme manque à la fin de la ligne 1 actuelle, après le mot p « fils de » qui termine cette ligne ; ici, aussi, la chose pourrrait s'expliquer, comme pour le rejet de la ligne 2, par le manque de place : le scribe, au moment de tracer le nom de l'aïeul, aurait pu se trouver arrêté par l'attache de l'anse; l'aurait- il, alors écrit, par hasard, en rejet, sur le côté même, et à la partie supérieure de cette anse ? C'est encore là un point à vérifier par un examen minutieux de l'original. En ce cas, vu le peu d'étendue de cette anse, il serait à présumer que le nom en question devait être très court, un nom de trois lettres, par exemple, tel que
1. Ephem. t I, p. 36. Il avait peut-être en vue, pour pa, le nom, d'ailleurs douteux, de la bilingue néopunique n° 125 : p«iy[a]> = lybique: IGOUKN?
celai de po, ou autre. L'urne n'aurait alors contenu que les restes dune femme, et l'épitaphe donnerait les noms de ses trois ascendants ainsi que ceux des trois ascendants de son mari. En raisonnant dans cette hypothèse, on pourrait rétablir à peu près ainsi, l'ensemble du texte :
[!"D • . . j 1 coarercle
[sur l'anse (?) ]»)] ]2 ï2Stt ]1 l h % J22H 2 \
>ni<pbOT» p S^H nttfK 3 ( corps du vase
* — ► pj p ]rw«ia p 4 )
1 (n. pr. f.) », fille de
2 Hannibal (?), fils de Chopbet, fils de [(Magon ?}],
3 femme de Hannibaal, fils de Abdmelkart,
4 fils de Bodecbmoun, fils de Gersakon.
Au moment de donner le bon à tirer des pages qui précèdent, je reçois la réponse du P. Delattre aux questions que je lui avais posées concernant les vérifications matérielles à faire sur les points discutés dans la dernière partie de cette étude :
Saint-Louis de Carthage, le 26 juin 1901.
J'ai examiné avec soin l'urne à inscription punique et voici la réponse à vos questions.
Le commencement et la fin de la première ligne de l'inscription sont encore plus effacés actuellement qu'ils ne Tétaient au moment de la découverte et au moment où j'ai fait dessiner l'urne. La lettre n du début a entièrement disparu. Il y avait peut-être là, en tout, trois caractères avant le 7 visible précédant le mot byx
A la fin de la ligne, je ne distingue pas trace de lettres après le ] qui termine cette ligne dans la copie; encore je devine aujourd'hui plutôt que je ne vois réellement cette dernière lettre.
Il n'y a aucune lettre sur le bord inférieur du couvercle pouvant faire croire à un ou plusieurs mots précédant la première ligne du texte tel qu'il a été reproduit.
S'il en est ainsi, il nous faut renoncer à l'expédient de l'exis-
1. A en juger d'après la copie, il y a, entre le a et le n un vide où pouvait exister une lettre aujourd'hui disparue ; dans ce cas, le nom ne serait pas b2D2n* Peut-être bw[J]an, beaucoup plus rare, mais non sans exemple??
2. Le nom propre de la femme pouvait, bien entendu, être précédé soit d'une préposition, soit de quelque formule indiquant, comme c'est l'habitude, que l'urne était destinée à recevoir et garder ses ossements.
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tence hypothétique d'une première ligne disparue, qui aurait été tracée sur le couvercle et à laquelle aurait fait suite le corps de l'inscription tracé sur l'urne même. Le problème se trouverait, par suite, resserré dans des limites très étroites, et c'est dans la première ligne actuelle qu'il nous faudrait, bon gré, mal gré, trouver le nom de femme indispensable, exigé par le contexte. Dans ces conditions, c'est à la copie même qu'il y aurait lieu de s'attaquer. J'hésitais à le faire, car on ne saurait douter qu'elle ait été exécutée avec soin ; cependant, il est à noter que le n par lequel débute cette ligne dans la copie devait être quelque peu incertain, déjà au moment où elle a été faite, puisque le P. Delattre déclare qu'aujourd'hui il a entièrement disparu. Étant donné, d'autre part, le vide qui suit cette lettre, dès lors sujette à caution, on pourrait se demander s'il ne faudrait pas rétablir ainsi le premier nom propre bya:[D](y), « Sophonibaal » nom de femme très fréquent dans l'onomastique punique (= Sophonibe 1 ). Gela,, il est vrai, nous entraînerait à modifier encore la copie pour le mot suivant qui, dans ce cas, devrait être, non plus p « fils », mais ra « fille » ; or, le noun semble bien être assuré sur la copie. On pourrait aussi se demander, vu l'incertitude signalée du ] final de cette première ligne, s'il n'y avait pas (SjrjMStz; * plutôt que p 122V. Cela donnerait, pour le tout : « Sophonibaal fille de Ghophetbaal, femme de Hannibaal, etc.. ». On obtiendrait ainsi, assurément, un début normal, bien cohérent avec le reste du texte ; mais ce serait au prix d'une série de conjectures bien arbitraires, je l'avoue. Aussi n'osé-je y insister, surtout n'ayant pas sous les yeux le monument original.
1. Sur le nom de Sophonibe, voir : Bec. cT Arch. Or. f III, p. 114 sq.