‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 170 sur 213 · Vita Jos. § 10, 25, 45, 47. L'ethnique est raSaptjvoi · texte numérisé non relu

Vita Jos. § 10, 25, 45, 47. L'ethnique est raSaptjvoi

trouver également en Galilée; Y alpha serait prosthétique et impliquerait une forme originale Ga f bar(G > bâr 9 Ag'bâr).

Quelques années avant la découverte de la grande carte mosaïque, le P. Germer-Durand ' en avait relevé un fragment isolé qui ne permettait pas alors de deviner son caractère purement géographique et de soupçonner l'ensemble imposant auquel il appartenait ; il contenait le nom de ZaôouXwv et un débris de la bénédiction de Zabulon par Jacob (Genèse, xlix, 13) : « Zabulon habitera au bord de la mer et s'étendra jusqu'à Sidon. »

J'ai le premier montré que ce fragment énigmatique faisait partie intégrante de la carte, et la chose à été confirmée par le P. Lagrange \ M. Schulten en parle bien, incidemment (p. 48), sans citer d'ailleurs ses devanciers, selon son habitude ; mais il parait complètement ignorer l'existence d'un autre fragment, dont j'avais, en même temps, signalé le rapport intime avec la carte, et qui est, au moins, aussi important, car il demeure jusqu'ici le point le plus septentrional de cette carte. Ce fragment, aujourd'hui disparu, avait été également publié avec le précédent, par le P. Germer-Durand (/. c.) ', qui, du reste, s'était tout à fait mépris sur sa signification. Il se composait de ces trois lignes :

CAPEO0A • MAKPAKCO

OTCITéKH

HHM6PA€KélNH

Le P. Germer-Durand y voyait un nom de femme Sarephtha Macraco (diminutif de Macrina)^ suivi de cy«t£xyj, pour o^uTéxiç (o?ut5xoç), adjectif faisant allusion à une « heureuse délivrance »,

1. Revue Biblique, 1895, p. 588. Il aurait publié ce fragment dès 1890 (?) dans le Cosmos(n° du 11 octobre) d'après une référence du P. Lagrange que je n'ai pu vérifier.

2. Fragment B de son plan (/. c, cf. p. 13). Entre temps, ce fragment avait été lui-même très mutilé et réduit aux commencements de lignes : ZA.-« et

KHC

3. Ce fragment et le précédent ont été publiés par le P. Germer-Durand non pfas d'après des relevés faits sur place par lui, mais d'après des copies plus ou moins exactes, prises par des missionnaires du Patriarcat latin.

Lk CARTE DE LÀ TERRE PROMISE 279

et peut-être d'une date. Déjà, alors qu'on ne savait rien encore de l'existence delà carte mosaïque, j 'avais proposé, au contraire, de reconnaître * dans ce fragment le nom de la ville de Sarephtha, et, non sans quelque hésitation, de restituer pmpaxuftrfj « village long », en comparant un passage de la Vie de Pierre tlbhre (document syriaque du v e siècle), passage dans lequel j'avais montré que la localité appelée Nrona Nnnp « Village Long » T ne pouvait, d'après le contexte, représenter que la ville de Sarephtha. Cette dernière conclusion a été pleinement vérifiée par la découverte de la carte mosaïque, comme je l'ai indiqué aussitôt *, en faisant remarquer que, dès lors, on pouvait maintenir la leçon du texte syriaque sans faire intervenir la correction que j'avais proposée, le « Village Long » étant réellement le nom nouveau, ou le surnom de Sarephtha. Je proposerai aujourd'hui de restituer ainsi toute cette légende de la carte :

SapsçO* [fj Maxpa Ka)[u.7î]

c(t:ou) t£x(v)Fov ■rçyépOt)? sv x-]

« Sarephtha, ou Long Village , où (un) enfant a été ressuscité (?) en ce jour-là ».

La légende ainsi rétablie rappellerait le miracle fameux d'Élie à Sarephtha (I Rois, xvii, 9-24). Elle est tout à fait dans le goût de celles répandues à profusion sur le reste de la carte. Les corrections, d'ordre tout à fait paléographique ', sont autorisées par l'incertitude de la seule copie que nous possédions.

Et maintenant, un mot sur une dernière question, une question capitale qui domine toutes les autres et que se sont posée, sans pouvoir y répondre, tous ceux qui se sont occupés de la carte mosaïque de Mâdebâ. Quelle est donc l'origine de ce tra-

1. Études d % Arcliéologie Orientale, vol. II (décembre 1895), pp. 18, n. 4.

2. Recueil d'Arch. Or., II, p. 1G3, n. 1. Cf. Comptes-Rendus de l'Académie des Inscriptions, séance du 12 mars 1897, pp. 144-145.

3. OrCI = OFTOY, T€KH = T€KN. Le mosaïste emploie aussi bien l'adverbe relatif onou que Fadverbe absolu evOct; cf. par exemple, Spr^o; 2\v orcou x<xT£7cé(JiçOY] to (idivva « le désert du Sinaï où a été envoyée la manne » .

vail extraordinaire ? quel est son but ? à quel besoin ou à quelle préoccupation répond-t-il? Quelle idée a-t-on eue en fixant ainsi sur le pavement de la basilique de Mâdebâ, une image de la Terre-Sainte aussi fidèle, aussi détaillée que pouvaient le permettre les moyens de l'époque? Il y a là une véritable énigme dont la solution est encore à trouver.

M. Schulten n'est pas embarrassé pouf si peu. C'est probablement, dit-il, l'ex-voto de quelque pèlerin, en reconnaissance de l'heureux accomplissement de son voyage en Terre Sainte. On avouera que la réponse est plutôt simpliste. On ne s'explique guère, dans cette hypothèse, pourquoi, entre tant d'autres basiliques où il aurait pu faire exécuter ce travail — à commencer par celles de Jérusalem — le pèlerin, si pèlerin il y a, aurait été choisir justement l'église d'une ville perdue au fond de l'ancien pays de Moab, dans la province d'Arabie. Ex-voto de pèlerin — ou de tout autre personnage — la chose est possible... Mais pourquoi Mâdebâ? Toute la question est là, à mon avis; et, puisqu'on dit qu'une question bien posée est à moitié résolue, la solutionne pourrait-elle pas être la suivante? C'est, bien entendu, une pure conjecture que je vais risquer là, mais force est bien d'avoir recours à l'imagination quand toute information fait défaut.

Ce qu'il faut considérer avant tout, c'est la position de Mâdebâ. Je suis frappé d'un fait, c'est que Mâdebâ est située tout près du mont Nebo ; c'était, à l'époque byzantine, la ville la plus importante qui s'élevât dans ces parages où planait encore le souvenir grandiose de Moïse. C'est à deux pas de là que le chef d'Israël reçut de Jéhovah l'ordre de monter sur le sommet du Pisgah où il devait mourir et de contempler en une vision suprême, dans toute son étendue, ce pays de Chanaan, cette Terre Promise qui devait appartenir à son peuple mais où il lui était interdit d'entrer lui-même '.

Ne serait-ce pas, par hasard, ce tableau géographique, qui se serait censément déroulé sous les yeux de Moïse, qu'on a eu

1. Genèse, xxxn, 48-52; xxxiv, i-8; cf. m, 27, 28; Nombres, xxvn, 12-13,

l'intention de reproduire dans la mosaïque de la basilique de Mâclebâ, c est-à-dire de la ville voisine de cette scène mémorable ?

11 est certain que cet épisode était familier aux artistes byzantins. Je ne puis vérifier complètement la chose, pour l'instant, n'ayant pas sous la main les documents nécessaires; mais je relève, tout au moins, dans les mosaïques de la Basilique de Sainte-Marie Majeure (Garrucci, pi. CCXX ! ï, la mention significative de la scène suivante : « Moïse voit la Terre Promise, de la montagne ». Pourquoi n'aurait-on pas eu l'idée de montrer au naturel cela même que Moïse voyait tout près de l'endroit, sinon à l'endroit même, où il l'a vu ? Rien n'était à la fois plus tentant et plus logique.

On s'expliquerait bien, en tout cas, dans cette hypothèse, le soin avec lequel le mosaïste indique la distribution du territoire selon les tribus d'Israël, et le rappel des diverses bénédiclions non seulement de Jacob (Genèse, xlix), mais aussi de Moïse * (Deutéronome, xxxm), concernant les dites tribus. Sans doute, on peut dire que le mosaïste ne faisait, sur ce point, que suivre les indications de Y Onomasticon qui lui a visiblement servi de guide pour le tout ; mais encore faut-il reconnaître que la chose devait avoir pour lui un intérêt particulier pour qu'il n'ait pas cru devoir supprimer ces longues citations bibliques qui surchargeaient la carte et compliquaient singulièrement sa tâche déjà si ardue.

1. C'est le cas, sur la carte, pour la bénédiction de Benjamin (= Deutéronome; xxxm, 12); pour celle d'Ephraïm (Joseph), le passage du Deutéronome (— xxxm, 13) accompagne le passage de Genèse (r: xlix, 25). Pour Dan, le mosaïste cite la chanson de Déborah (Juges, v, 17), mais la légende est incomplète et elle comportait peut-être, en plus, la bénédiction de Moïse. Pour Juda et Siméon, les légendes sont malheureusement détruites; quant aux noms des autres tribus, ils manquent totalement par suite des ravages qu'a subis la mosaïque.

2. Il faut remarquer, d'une part,que le morceau des bénédictions de Moïse précède immédiatement, dans le récit biblique, la scène de la vision de la Terre Promise et, d'autre part, qu'il est le pendant symétrique des bénédictions de Jacob.

On s'expliquerait également bien ainsi pourquoi la carte comprend non seulement la Terre Promise proprement dite, mais aussi la Basse-Egypte; c'est à litre de théâtre des hauts faits de Moïse et des événements précédant l'Exode que figurerait ici cette région.

Je ne me dissimule pas qu'on peut faire plus d'une objection à cette façon de voir. Ce n'est pas, dira-t-on, par exemple, la Palestine telle que Moïse pouvaitla contempler du sommet du Nebo, qui est représentée sur la carte; c'est une Palestine relativement toute moderne, la Palestine chrétienne et byzantine contemporaine de l'auteur de la mosaïque. D'accord; mais il faut tenir compte de la préoccupation constante qu'a le mosaïste de rappeler pour chaque localité les principaux souvenirs de l'Ancien Testament. Il ne faut pas oublier, surtout, que la vision de Moïse est une véritable vision dans le sens idéal du mot, une vision surnaturelle, non soumise aux conditions matérielles de l'espace et du temps. Il est certain qu'il n'est pas humainement possible à un œil ordinaire de découvrir du haut du Nebo toute l'étendue du pays que Moïse est censé y avoir embrassée. Jehovah avait reculé pour lui les bornes de l'espace. Pourquoi, dans l'esprit du mosaïste chrétien n'aurait-il pas aussi reculé celles du temps et dévoilé au législateur hébreu la Palestine de l'avenir en même temps que celle du présent? Il n'y a là, somme toute, dans cette conception naïve de la réalité, rien d'inadmissible.

Autre objection, plus spécieuse. La carte est orientée à l'est, c'est-à-dire que la Palestine se déroule aux regards d'un spectateur qui tournerait le dos à la Méditerranée Le point de vue est donc l'inverse de celui que Moïse devait avoir du haut de son observatoire du Nebo. A cela on peut répondre 'qu'en pareille matière, les anciens ne se laissaient pas arrêter par les idées logiques qui prévalent de notre temps; que l'habitude générale était autrefois de s'orienter sur l'est et que le mosaïste s'est conformé à cette habitude, alors môme qu'elle pouvait être en désaccord avec l'objet particulier qu'il se proposait ; que probablement, du reste, il n'est pas le constructeur de la carte même exécutée

par lui; qu'il n'a fait que fixer sur le sol de la basilique de Mâdebà une carte préexistante — celle d'Eusèbe ou de tout autre — construite selon les principes ordinaires de son temps; qu'il a jugé inutile d'en modifier l'orientation pour l'adapter à son point de vue personnel, opération délicate qui aurait notablement augmenté les difficultés de tout genre qu'il avait à vaincre, qui dépassait peut-être sa capacité topographique et dont il ne sentait peut-être pas, d'ailleurs, la nécessité. Il lui suffisait d'avoir reproduit de son mieux une carte courante à son époque et dont les éléments essentiels sont visiblement empruntés à YOnomasticon d'Eusèbe. Ce qui lui appartiendrait, en propre, si l'hypothèse que je viens d'esquisser a quelque fondement, c'est simplement le fait d'avoir choisi ce sujet spécial pour le rattacher au souvenir local de la vision de Moïse.

La destruction du Saint- Sépulcre par le calife Hâkem et l'inscription coufique de la basilique de Constantin.

Les lecteurs de ce Recueil n'ont sans doute pas oublié la belle inscription coufique qu'on a découverte, il y a quelques années, à Jérusalem, à l'estde l'église du Saint-Sépulcre, gravée sur un des blocs in situ d'un mur faisant partie du fameux Martyrion construit par Constantin. J'ai consacré alors à ce document une longue étude 1 dans laquelle, après avoir déchiffré et interprété le texte, j'avais essayé de montrer qu'il devait se rapportera une certaine mosquée d'Omar dont Eutychius nous parle au x° siècle, et que

1. Recueil £ Archéologie Orientale, vol. II, pp. 330-362 § 70 : La basilique de Constantin et la mosquée d'Omar à Jérusalem; cf. io., p. 406, et vol. II, p. 88. — M. van Berchem, à qui j'avais communiqué, et qui avait adopté les arguments historiques mis en ligne par moi, a publié sur la question une notice intéressante qui, après avoir paru dans les Mittheil. und Nachr. des deutschen Palasstina-Vereins (1897, pp. 70-78) a été reproduite dans le Quarterly Statement du Palestine Exploration Fund (1898, pp. 86-93); cf. lbid., 1897, p. 302, une courte note du P. Golubowich, qui s'était tout à fait mépris sur la date et la valeur de l'inscription.

les Musulmans avaient implantée, au grand déplaisir des chrétiens, dans le vestibule même de la basilique de Constantin, au lieu où Omar, entré en vainqueur à Jérusalem, et conduit par le patriarche Sophronios en personne, avait voulu faire sa prière. J'avais montré les conséquences capitales qu'il y avait à tirer de ce fait pour le problème archéologique et topographique, si débattu, des édifices élevés par Constantin sur le lieu présumé de la Passion.

Néanmoins, plus d'unpoint restait encore indécis, entre autres, un point essentiel, celui de savoir de quelle autorité émanait réellement ce rescrit, interdisant rigoureusement aux chrétiens l'accès du sanctuaire musulman prélevé sur leur propre sanctuaire. Quelle pouvait être cette autorité, qualifiée, comme on se le rappelle, par l'inscription, de El-Hadhrat el-moutahhara, littéralement : « La Majesté Pure »? S'agissait-il d'un calife et, dans ce cas, d'un calife abbasside ou fatimite ? à quelle époque pouvaiton faire remonter ce texte officiel dont les formules étaient pour nous sans précédents, ni analogues?

Je viens, par le plus grand des hasards, de mettre la main sur un document qui, d'une façon bien imprévue, nous apporte la réponse à ces questions.

Je parcourais dernièrement la traduction que M. Bouriant ft est en train de nous donner du grand ouvrage de Makrîzi sur la description topographique et historique de l'Egypte, quand je rencontrai un passage qui me frappa vivement et que je reproduis ci-dessous. Il est emprunté par Makrîzi à une chronique antérieure, celle de El-Mesîhi. Il s'agit d'un incident, sans intérêt, d'ailleurs, pour le fond de la question *, qui eut lieu au Caire

1. Bouriant, Mémoires... de la mission archéologique française au Caire, vol. XVII, fasc. 2 (1900), p. 610. Cette œuvre méritoire, quand elle sera achevée, rendra de réels services. Il est seulement regrettable qu'elle soit déparée par d'assez sérieuses erreurs ou inadvertances, surtout en ce qui concerne les noms de lieux (je parle principalement de ceux de Syrie, qui sont trop souvent estropiés dans les transcriptions).

2. C'est à propos d'une espèce de procession populaire qui semble avoir été faite annuellement au lieu dit « Prison de Joseph ».

pendant le courant du mois do Rabî* I de l'an 415 de l'Hégire

(mai-juin 1024 J.-C.) :

En conséquence, ces marchands allèrent se plaindre auprès de Sa Pureté, c'est-à-dire de l'émir des croyants £1 Taher li ' Azaz din allah Abou '1 Hassan Aly ben Hakem bi 'amr Allah, qui donna au lieutenant du royaume... des instructions d'après lesquelles on devait obliger les marchands à payer la redevance habituelle de chaque année.

C'est cette expression, que j'ai soulignée dans la citation : Sa Pureté, qui me fit tomber en arrêt. Je me demandai aussitôt si ce titre, ainsi rendu par le traducteur et donné au calife fils et successeur du célèbre llâkem, ne correspondrait pas, d'aventure, à une forme originale »^4^\ •j^-\, El-Hadhrat el-moutahhara, c'est-à-dire au titre même de l'autorité énigmatique figurant dans notre inscription coufique.

Malheureusement, je ne possède pas le texte arabe de l'ouvrage de Makrtzi imprimé au Caire, et — c'était pendant les vacances de Pâques — les bibliothèques où je pouvais le consulter se trouvaient fermées. Je pensai alors à recourir à l'obligeance de mon savant confrère et ami M. van Berchem, de Genève, et je lui écrivis un mot pour le prier de vouloir bien vérifier la chose dans son exemplaire.

La réponse ne se fit pas attendre, et j'eus le plaisir très grand de voir qu'elle confirmait pleinement ma prévision. Voici, en effet, d'après l'extrait que m'envoie M. van Berchem, les termes mêmes dont se sert l'auteur arabe * :

... y <ui ^i fUi 4 je jj.» ii <iii ùm *

Voilà qui est catégorique. IN ou s avons donc désormais la certitude que ce titre de El-Uadhrat el-moutahhara, qui figure dans notre inscription, était un titre spécifique des califes fatimites, titre que nous ne connaissions pas jusqu'à ce jour. Il est bien probable qu'il n'a pas été inventé pour l'usage particulier du fils

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