‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 174 sur 213 · nevTOtSTY}pixr,v tiva TravVjY'-»? iv iit'.TstaOa · texte numérisé non relu

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3. Strabon : rapivoaîoi; Diod. : r-xpwoxvei;. Cf. le nom du sinus Garantira, chez Pline, et celui du Oufidi Gharandcl actuel ; il est possible que le pays primitif des Garindéens fût dans les parages de ce ouàdi, par conséquent au nord du Phœnikôn.

4. L'époque d'Artémidore d'Ëphèse se place vers Tan 100 av. J,-C,

déens, fussent des tribus Nabatéennes; mais la chose est bien probable. D'ailleurs, la fête duPhœnikôn étant célébrée en commun par toutes les populations des alentours, parmi celles-ci devaient figurer les Nabatéens proprement dits, dont nos auteurs parlent immédiatement après la mention des Maranites et des Garyndéens. C'est à cette grande fête du Sinaïque je serais tente de rattacher le fonctionnement de l'institution du droit des pauvres tel qu'il est défini dans notre inscription sinaïtique.

La fête du Phœnikôn était pentaétérique, à ce que nous apprennent Strabon et Diodore, c'est-à-dire qu'elle revenait, non pas tous les cinq ans comme pourrait le faire supposer l'étymologie stricte, mais bien, selon la façon de dire des anciens 1 , tous les quatre ans. Aucune hésitation n'est possible sur'ce point; la pentaétéris est un cycle dont les points de retour sont séparés par un intervalle de quatre années pleines. Le cas le plus connu est celui du fameux cycle hellénique des Olympiades, qui était qualifié de pentaétérique, bien que sa période réelle fût de quatre ans et non de cinq. A ce compte, l'exercice du droit des pauvres, s'il était lié à la fête pentaétérique du Phœnikôn, serait revenu tous les quatre ans 2 , et non tous les sept ans comme c'était le cas, chez les Juifs, pour Tannée sabbatique dont je l'ai rapproché.

Dans cette hypothèse, notre inscription sinaïtique nous fournirait un repère chronologique inespéré pour déterminer avec précision un point donné du cycle et, partant, tout le roulement de ce cycle à travers siècles. En effet, elle nous révèle que l'an-

1. De même, la letraHèris embrasse un intervalle plein de trois ans et non de quatre, et ainsi de suite. Cette façon de dire, qui peut sembler abusive, était universellement reçue ; elle rappelle les expressions conventionnelles dont nous nous servons nous-mêmes, quand nous parlons d'une quinzaine^ pour une période de 14 jours, de vendredi en huit, pour désigner l'intervalle entre deux vendredis, etc.

2. Il se pourrait, bien entendu, que Pexercice du droit des pauvres ne revînt qu'une fois sur deux, ce qui conduirait à une période se rapprochant de la période septennale ou octaétérique de Tannée sabbatique juive. Mais, que la période fût simple ou double, cela ne changerait rien aux considérations générales de chronologie que je vais exposer.

LE DROIT DES 1>AI T VHES f.HEZ LES NABATÉENS

née 85 de l'ère de Bostra ! était une de ces années exceptionnelles, que, pour la commodité de la discussion, j'appellerai années fériées. Sur cette base solide nous sommes à même de construire un tableau qui représentera la succession pentaétérique des années fériées pendant le cours du i er siècle de l'ère nabatéenne et qui, naturellement, est valable pour un siècle quelconque, avant ou après, à la condition toutefois, que la rotation se soit toujours effectuée régulièrement, sans modification :

Tableau séculaire des années fériées pentaétériques dans l'ère de Bostra.

On voit immédiatement qu'à ce compte, le cycle pentaétérique coïncide avec le point de départ, avec Y époque ou année émergente de l'ère de Bostra. Il aurait pu en être autrement, sans que, pour cela, la vraisemblance de l'hypothèse en eût été affectée, l'usage du cycle pentaétérique pouvant fort bien, et même, devant être antérieur à la fondation de l'ère de Bostra, puisque son existence chez les Nabatéens est attestée par Àrtémidore dès le ii* siècle avant J.-C.

Cette coïncidence n'implique pas nécessairement que le cycle et l'ère aient été intentionnellement solidarisés; cependant elle est assez frappante, et, si elle n'est pas l'effet du hasard, on pourrait y voir l'indice d'une solidarité voulue; seulement, il faudrait supposer alors, la création de l'ère étant notoirement postérieure à l'usage du cycle, que c'est l'ère qui dépend du cycle plutôt que le cycle de l'ère, et qu'on avait choisi Y époque de cello-

i. L'ère de Bostra, en usage dans toute la province d'Arabie, comportait, comme on le sait, l'emploi d'un calendrier solaire réglé sur Téquinoxe vernal (voir plus loin, p. 296).

ci de manière à la faire concorder avec une des phases intiales de celui-là.

On admet généralement que Tan 85 de Père de Bostra correspond au 22 mars 489-21 mars 190 de notre ère, en partant de la donnée que l'an I de Bostra s'étend du 22 mars 105 au 21 mars 106 J.-C. 1 . Il faut donc, pour convertir en années chrétiennes une année de l'ère de Bostra, ajouter 104 au chiffre de cette dernière année; on obtient ainsi Tannée de l'ère chrétienne au 22 mars de laquelle a commencé ladite année de Bostra finissant au 21 mars de Tannée chrétienne suivante. Inversement, pour convertir en année de Tère de Bostra une année chrétienne, il faut retrancher de celle-ci : soit 104, du 22 mars au 31 décembre; soit 105, du 1 er janvier au 21 mars.

On observera, en se reportant au tableau dressé ci-dessus, que, pour convertir une année fériée pentaétérique de Tère de Bostra dans la partie (22 mars-31 décembre) de Tannée de Tère chrétienne, correspondant au début de celle-là (22 mars), il suffit d'ajouter 100 au chiffre de la case qui suit immédiatement celle de cette année fériée".

Une autre propriété de ce tableau — et celle-là vraiment remarquable — c'est que, bien que construit sans aucune idée préconçue, il se trouve coïncider absolument avec la série des Olympiades calculées en années de Tère chrétienne. C'est la même

1. La règle semble être valable, du moins, pour la période antérieure à rétablissement du christianisme officiel. Il est possible qu'elle doive être modifiée à partir de ce moment, conformément au système suivi par Wetzstein et par Waddington (106-107, J.-C, au lieu de 105-100), système qui a pour lui de s'accorder avec les indictions des inscriptions chrétiennes. Je me demande même si ce ne serait pas l'introduction du cycle indiclionneldans l'emploi de l'ère de Bostra qui y a produit cette perturbation en faisant reculer de quelques mois le commencement de Tannée (du 22 mars au 1 er septembre). Comparer, sur la question, les observations de Waddington, op. c, n° 2463, à celles de Kubitschek (Real-Encycl. de Pauly-Wissowa, s. v. acra). Je n'ai pas besoin d'ajouter que, si les idées que je vais développer sont fondées, elles auraient, entre autres conséquences, celle de vérifier la base chronologique aujourd'hui admise pour l'ère de Bostra.

2. Le tableau peut servir aussi pour les siècles suivants de l'ère de Bostra, à la simple condition d'augmenter mentalement de 100, 200, 300, etc., lea chiffres inscrits dans les cases,

suite de nombres. Si l'on considère les chiffres du tableau : 4, 5, 9, 13, 17, etc.. comme représentant les années de l'ère chrétienne, on obtient la succession régulière des Olympiades 49o, 496, 497, 198, 499, etc.. Si au contraire, on part de Tan (40)5 J.-C (= an I de l'ère de Bostra) et qu'on continue la série pentaétérique : (10)9, (4)43, (1)47, etc. J.-C, on constate qu'àchaque année pentaétérique de Bostra correspond exactement une Olympiade : 221 e *, 222°, 223°, 224 e , etc.. Olympiades (= ans de Bostra 4, 5, 9, 43, etc.). C'est ainsi, par exemple, que l'année 85 de Bostra — année fériée selon l'inscription sinaïlique et, parlant, pentaétérique dans mon hypothèse — est justement la 242 e Olympiade = 189 J.-C. Est-ce là un simple effet du hasard? La grande fêle pentaétérique du Phœnikôn aurait-elle réellement quelque rapport plus ou moins direct avec l'institution des fêtes Olympiques*? Certes, il parait téméraire de l'affirmer, dans Tétai actuel de nos connaissances; mais la question mérite peutêtre tout au moins d'être posée; j'aurai à y revenir plus loin.

Il y a une autre donnée qu'il convient, je crois, de faire entrer en ligne de compte pour la solution du problème; c'est une donnée fournie par la numismatique. Voyons si elle viendra recouper exactement celles sur lesquelles je me suis appuyé jusqu'ici et si notre tableau, construit, somme toute, sur une base en partie conjecturale, résistera à l'épreuve.

Nous possédons diverses monnaies romaines frappées, depuis la conquête, dans deux villes importantes de l'ancien royaume nabatéen : Bostra et Adraa. Par leurs légendes et leurs types.

1. On remarquera que ce résultat obtenu a piïori, et par une voie toute différente, concorde avr«; la donné*» du Chronicon Paschnle, disant formellement que Tan I de 1ère de Bostra, tombe Ja première annte de In 221 e Olympiade.

2. A noter, entre autres traits, que les f»Hes Olympiques entraînaient, elles aussi, une suspension générale de toutes les hostilités.

Nous avons un exemple en Syrie d'une institution modelée, de l'aveu mémo des anciens, sur celle îles fêtes Olympiques ; c'est celui de la grande fête pentaétérique de Daphné, près d'Antioche (Malalas, p. 224) qui se célébrait déjà au I e ' siècle avant notre ère, au mois de H yperberetaïos (cf. pour l'époque, l'inscription grecque de Sâlà que j'ai citée plus haut). Je reviendrai tout à l'heure gur cette question de la pentaetéris olympique de Daphné,

ces monnaies, aux noms de Caracalla (?), de Philippe père, de Philippe fils, de Trajan-Dèce, d'Horennius et Hostilianus, forment un groupe tout à fait à part au milieu du monnayage courant de la province d'Arabie. Elles portent, au revers, des légendes dont la teneur moyenne peut se ramener à celle-ci : Actia Dusaria. 11 semble bien que, par là, il faille entendre certains jeux solennels célébrés en l'honneur du grand dieu nabatéen, Dusarès. C'est l'opinion universellement admise, et elle paraît confirmée par la nature même des figurations accompagnant ces légendes : d'une part, un pressoir, faisant allusion au culte de Dusarès, identifié, comme l'on sait, avec Dionysos; d'autre part, l'urne et la couronne de laurier symbolisant les jeux dont, selon l'usage antique, cette fête sacrée devait être l'occasion. Quant au mot Actia, on l'a, avec raison, rapproché du terme générique désignant les jeux solennels institués en diverses villes en commémoration de la victoire d'Aclium. Tels étaient, par exemple, les Actia de Nicopolis d'Épire, qui, placés sous le vocable d'Apollon, n'étaient probablement, du reste, que la rénovation d'une fête plus ancienne. Nous savons positivement que les Actia de Nicopolis étaient réglés par un cycle pentaétérique, à l'instar des jeux Olympiques qui leur avaient servi de type : il me paraît assez légitime de supposer qu'il en était de même pour les autres grands jeux congénères ou similaires et, en particulier, pour les Actia Dusaria de la province d'Arabie, aussi bien que pour les Actia Heracleia ou Actia Cœsaria, dont l'existence à Tyr nous a été révélée également par les monnaies frappées dans celte ville. Je serais disposé à faire rentrer dans la même catégorie les Sebasmia, ou Olympia Sebasmia, des monnaies de Damas, dont je parlerai plus loin, me bornant pour le moment à retenir l'addition significative du qualificatif Olympia au nom de ces derniers jeux, qualificatif qui, à lui seul, permettrait de supposer a priori qu'ils devaient être pentaétériques 1 . Du reste, nous savons, par le cas

1. A noter que le même qualificatif Olympia est parfois donné aux Actia Heracleia sur les monnaies de Tyr (voir plus loin, p. 306).

des fameuses fêtes de Daphné, près d'Anlioche, que les Syriens n'avaient pas attendu la victoire d'Actium pour introduire chez eux l'institution des jeux Olympiques pentaétériques, puisque, dès Fan 44 av. J.-C, ils avaient acquis des Éléens le droit de les célébrer sous le vocable de leurs deux divinités maîtresses, Apollon et Artémis. Nicolas de Damas lorsqu'il créa les Sebasmia de sa ville natale en l'honneur d'Auguste* et Hérode, lorsqu'il voulut créer, à Césarée fondée par lui, une grande fête pentaétérique en l'honneur du même prince, n'avaient donc pas à chercher bien loin leur modèle olympique.

Hais je reviens aux Actia Dusaria qui intéressent plus directement notre sujet. 11 me semble résulter, de l'examen intrinsèque même des monnaies qui les mentionnent, que ces fêtes nationales des Nabatéens, devenus sujets romains, étaient, elles aussi, des fêtes pentaétériques; telle est la conclusion à laquelle me paraît conduire le calcul des dates des règnes des empereurs au nom desquels elles ont été successivement frappées. Bien entendu, nous sommes loin d'avoir la série complète et nous sommes forcés de nous contenter de ce que nous devons au hasard des trouvailles.

Voici le relevé de ces monnaies, fait d'après la Numismatique de la Terre Sainte de F. de Saulcy. Pour la commodité de la discussion chronologique, j'ai ajouté aux noms des empereurs l'indication de la durée de leurs règnes en années chrétiennes et en années équivalentes de l'ère de Bostra.

?Caracalla (février 211-8 avril 217 = ans de Bostra 106-113).

A. — Bostra. fy Aov<xap(ta) v Ax(xta)... ; urne des jeux sur une table ou pressoir, selon de Saulcy (p. 366, n° 2), qui a des doutes sur les lectures de Sestini et Mionnet.

B, — Adraa, #. 'AîpaYîv&v Aou<r«p(ia) ; table sur laquelle est placée une urne entre deux petites figures; sur la table un pressoir (p. 375; de Saulcy voudrait reconnaître plutôt Elagabale dans la tête jeune et laurée du droit, entourée de la légende : AY«K»C€.AY-ANTCON|- NOC).

Philippe Pèrk (I e »" semestre 244-l er sept, au 16 oct. 249) = ans de Bos- 139 , tra — -145.

300 KKCITKIL D'AHCFfÉnLOGIK ORIENTALE

C. — Bostra. B/. "Axxta Aoucâpta, dans une couronne de laurier (p. 369, n° 3).

Philippe Fils (Auguste, entre les 29 août 246 et 247-1" sept, au 16 oct. 249)

= ans de Bostra 145.

D. — Bostra. Plusieurs monnaies avec son buste soit lauré. soit radié,

et le titre de Cxsar. #. "Axtta Aovxjdipta dans une couronne de laurier (pp. 369-370, n" 1,2).

Trajan-Dkce (fin de 248-été de 251) = ans de Bostra 144-147.

E. — Bostra. #. "Axtta Aovxxâpta. Pressoir sur une estrade carrée, avec une échelle v accédant, au milieu d'une couronne de laurier (p. 370, n° 2).

Herenkius et Hostilianls, ses fils (Césars à la fin (?) de 250 '-251) = ans de Bostra 146-147.

F. — Bostra. Bustes affrontés des deux Césars, l'un lauré, l'autre radié. #. Actia Dusaria\ le pressoir dans la couronne de laurier (p. 370, n° s 1, 2).

? ? Aemïlianus (avril-mai 253-août 253) = aus de Bostra 149.

G. — Adraa. Au droit, tête d'empereur, pas de légende visible (attribution iconographique douteuse). $. 'ASpaYjvûv Aouaâpia. Môme type que celui de la monnaie B avec laquelle de Saulcy voudrait identifier celle-ci (p. 375).

Oa voit que, même en faisant la part des attributions contestées ou contestables, les règnes des divers empereurs représentés dans cette liste, et caractérisés par la célébration des Actia Dusaria, comprennent toujours une ou plusieurs des années fériées pentaétériques de l'ère de Bostra, telles qu'elles ligurent dans le tableau séculaire dressé plus haut :

Kmpbreuh : Années kéiukks de l'ékr dr Bostra

tombant dans son ueo se :

Caracalla* 109, 113

Philippe Père I il, 145

Philippe Fils 145

Trajan-Dèce 145

Hereimius et Hostilianus .... 145,?)

?Aemilianus s 149

1. Dès la fin de 249, selon Tillemont; Her<»nnins n'aurait reçu le titre de César qu'au début de juin i?50, selon Ilenzen cf. Goyau, C/irofi., p. 297 1 •

2. Même si l'on admet avec de Saulcy — ce qui nVst d'ailleurs pas démontré — que les monnaies mal conservées ou mal décrites n'appartiennent pas à Caracalla et à Aemilianus, mais doivent être attribuées à Elagabale, cela n'affecterait en rien mon raisonnement chronologique; le règne d'Elagabale (16 avril

LE DROIT DES l»AUVKES CHEZ LK.S NAKATÉKNS 301

Il résulte notamment de cette liste, que Tan 145 de Bostra (22 mars 249-21 mars 250 J.-C.) devait être une année fériée. En effet, Philippe Père et Fils n'ont été tués qu'entre le 1 er septembre et le 16 octobre de 249 J.-C. ; par conséquent, ils régnaient encore dans les cinq premiers mois de Tan 145 de Bostra ; on avait donc eu largement le temps de frapper à leurs noms les monnaies commémoratives des Actia Dusaria. D'autre part, leur successeur et meurtrier Trajan-Dèce, proclamé empereur en Mésio dès la fin de 248 J.-C, ne devint vraiment maître du pouvoir qu'après la mort des Philippes; à son règne appartiennent donc encore près des six derniers mois de Tan pentaétérique 145 de Bostra; on en profita pour frapper dans cette ville, à son nom et à celui de ses fils, de nouvelles monnaies commémoratives des Actia Dusaria de cette même année 145 ; c'était un moyen de faire sa cour au nouveau maître et de lui faire oublier l'empressement, peut-être imprudent, qu'on avait mis à rendre cet hommage à l'ancien. S'il en est bien ainsi, il faudrait en revenir à l'opinion de Tillemont qui faisait remonter l'association de Ilerennius et de ses frères à l'empire, par leur père Trajan-Dèce, à la fin de 249 J.-C. (=: 145 de Bostra), tandis qu'on veut le faire descendre aujourd'hui à la fin de 250 (= 146 de Bostra).

On voit par là que, si la chronologie romaine peut servira fixer un point de la chronologie nabatéo-arabe, celle-ci est à même de lui rendre la pareille, à l'occasion. Il est clair, en effet, que, si ces conclusions sont admises, elles tendent, entre autres conséquences, à préciser, ce qu'on n'avait pu faire jusqu'ici, l'année même où ont été frappées les monnaies impériales connues, ou à connaître, portant la mention des Actia Dusaria.

En tout cas, nous obtenons ainsi ce qui nous importe avant tout : un second point de repère pour détermier le cycle des années fériées nabatéennes. Si l'an 145 de l'ère de Bostra est bien une de ces années exceptionnelles et privilégiées, comme l'est l'an 85 de cette même ère, c'est une nouvelle justification du ta-

218-11 mars 222 = ans de Bostra 114-117), comprenant une année fériée de l'ère de Bostra, l'an 117 (22 mars 221-21 mars 222).

302 recueil d'akchêologie okientale

bleau séculaire que j'avais cru pouvoir dresser de ce cycle sur la base conjecturale d'une période pentaélérique : les chi lires 85 et (4)45 tombent aux intervalles voulus (voir le tableau), et ces deux termes sont bien, par conséquent, fonctions d'une progression 4 |- 44- 4... etc., réglant le cycle.

Pour que la preuve fût complète, il nous faudrait avoir un troisième point caractérisé se trouvant dans les mêmes relations numériques avec les deux autres, c'est-à-dire séparé d'eux par d'exacts intervalles pentaétériques. Il nous sera peut-être fourni un jour par quelque nouvelle trouvaille, numismatique ou épigraphique. En attendant, je me permettrai de procéder par voie indirecte et d'emprunter un argument, pour ainsi dire latéral, h la série monétaire de Damas dont j'ai parlé plus haut incidemment.

Nous constatons dans le monnayage de Damas le même phénomène que dans celui de Bostra, mais sur une échelle plus étendue, ce qui s'explique par l'importance respective des deux villes : l'existence de pièces frappées sous divers empereurs et mentionnant, elles aussi, une certaine grande fête locale qui rappelle, à plus d'un égard, celle des Actia Du sari a; c'est la fête des Sebasmia, tantôt appelés ainsi tout court : 2e6aqua; tantôt : xyix tepi aeôaqjua; tantôt : 'Oau^-euc aeôaqua *. Ces monnaies exceptionnelles sont également caractérisées par les symboles significatifs que nous avons constatés sur les monnaies similaires de Bostra : l'urne des jeux et la couronne de laurier ou de chêne; quelquefois, la légende manque, mais, dans ce cas, les symboles y suppléent. Sans doute, Damas n'est pas Bostra, et il serait téméraire d'affirmer a priori que ces fêles périodiques, diversement dénommées dans l'une et l'autre ville, fussent rigoureusement identiques; il est problable, par exemple, qu'elles étaient

i. J'écarte la monnaie de Philippe Fils avec "Axtia Kaiaapix, attribuée par inadvertance à Damas par Vaillant et qui semble devoir être rapportée à Tyr (cf. de Saulcy, op. c, p. 50, n« 7). Sur les fêtes pentaétériques de Tyr, voir ce que je dis plus loin, p. 306.

placées sous le patronage de divinités différentes 1 . Mais je suis bien porté à croire que le mécanisme chronologique qui en réglait le retour était le même, et que les Sebasmia de Damas étaient pentaétériques, à la mode olympique, tout comme les Actia Dusaria de Bostra, et se célébraient, à peu de chose près, à la même époque que ceux-ci. Leur surnom même d'Olympia plaide en faveur de cette conjecture, qui, pas plus que l'autre, d'ailleurs, n'a encore été envisagée, que je sache; comme on va le voir, elle n'est pas démeutie par la façon remarquable dont les pièces en question parvenues jusqu'à nous se laissent répartir entre les règnes des divers empereurs dont elles portent les noms, si on les considère comme émises seulement à intervalles de quatre années pleines.

Ici, encore, je prendrai comme guide les descriptions de F. $e Saulcy (op. cit., p. 42 et suiv.), sans entrer, toutefois, dans le détail des pièces et en me bornant à en faire un relevé sommaire par noms d'empereurs :

Monnaies frappées à Damas à l'occasion des Sebasmia.

Macrin (n° 4, p. 42 op. c. de de Saulcy).

Elagàuale (no* 2, 3, 4, 5, p. 42).

Sévère Alexandre (n os 1, 2, 4, p. 43).

Philippe Père (n°» 6, 7, 8, 15, p. 44).

Otacilie, sa femme (n° 8, p. 47).

Philippe Père et Fils (n° i, p. 48).

Philippe Fils (n°» 5, 6, p. 49).

Trajan-Dèce (n° 1, p. 50).

Trébonibn, son fils (n 08 2, 3, 4, 5, 6, 8, p. 51).

Volusien (n°» 1, 2, 3, 4, 5, 6, pp. 52-53).

Valérien (n 08 5, 6, p. 54).

Gallien (n°* 2, 3 (?), 4, 5, 6, 7 (?), p. 55).

Salonlne, sa femme (n 08 1, 2 (?), pp. 55-56).

En comparant cette liste avec celle des monnaies dusariennes de Bostra, on est tout d'abord frappé d'une chose, c'est que les

1. Les Sebasmia de Damas étaient peut-être des Augustalia, Ee6à<x(ua, en l'honneur d'Auguste divinisé. Or, nous savons, pertinemment, pour ceux de Neapolis d'Italie, tout au moins, que les Augustalia étaient pentaétériques.

deux lisles oiïrent un point de contact remarquable pour la période critique comprenant les règnes de Philippe et deTrajan- Dèce. Aux ActiaDusaria de Bostra répondent les Sebasmia de Damas sur les monnaies émises respectivement par les deux villes au nom de ces deux empereurs ; il fallait donc qu'à Damas comme à Bostra, l'année du comput local caractérisée par le retour de cette solennité cyclique eût vu à la fois la fin des Philippes et l'avènement de Trajan-Dèce. Nous avons constaté qu'à Bostra, Tan 145 de l'ère locale satisfaisait à cette condition. Il y a donc présomption que les Sebasmia de Damas concordaient avec les Actia Dusaria de Bostra et, en l'espèce, tombaient dans une année du comput local — quel qu'il fût — correspondant sensiblement à Tan 145 de Bostra. L'accord ne peut être que fortifié par le fait que, de part et d'autre, le iils de Philippe et les fils de Trajan-Dèce interviennent dans ce monnayage circonstanciel, lequel, parla môme, se trouve enserré dans des limites chronologiques plus étroites encore.

Nous pouvons, dès lors, poursuivre notre calcul pour les règnes des autres empereurs qui figurentsur les monnaies sébasmiennes de Damas, en en ramenant les dates pour plus de commodité, à l'ère de Bostra. Je ne veux nullement dire parla, bien entendu, que l'ère de Bostra fût réellement usitée à Damas. Que l'ère employée fût celle des Séleucides 1 , ou toute autre, peu importe; le résultat sera le même; c'est une question non pas d'ère, mais de calendrier. Il s'agit seulement de voir si ces monnaies sébasmiennes de Damas se laissent, ou non, répartir, à des intervalles équidistants correspondant à ceux du cycle peutaétérique, par rapporta la base que voici :

1. L'ère des Séleucides est employée sur les monnaies de Damas jusque sous le règne de Hadrien. Mais elle s'est maintenue dans cette ville beaucoup plus tard.

.l'ai publié dans le temps (Rec. ci'Arch. Or., I, p. 8) une inscription grecque mentionnant une année damascénienne 689, qui, calculée selon l'ère des Séleucides, nous fait descendre jusqu'à l'an 377 de notre ère. Comme je l'ai expliqué alors, il ne s'agit pas là d'une ère propre à Damas, mais d'un comput particucuiier du calendrier iaisant partir l'année du 22 mars, comme à Bostra, au lieu d'octobre comme dans le calendrier syrien ordinaire.

Année sébasmienne n de l'ère x usitée à Damas — année dusarienoe 145 de l'ère de Bostra = 22 mars 249-21 mars 250 J.-C. '

équation dans laquelle il sera toujours loisible de remplacer n et x par le chiffre et le terme voulus.

A ce compte, le règne de Macrin(41 avril 217-juillet 218 J. C.) = 113-114 de Bostra; or, 113 est une année pentaétérique d'après le tableau, autrement dit une année dusarienne;

celui d'Elagabale (16 avril 218-11 mars 222 J.-C.) = 114-1 17 de Bostra; 117 est une de nos années pentaélériques;

celui de Sévère Alexandre (12 mars 222-18 mars 235 J.-C) = 117-130 de Bostra; 121, 125, 129 sontdes années pentaélériques entre lesquelles nous avons le choix pour l'attribution des monnaies sébasmiennes.

Les règnes de Philippe et de Trajan-Dèce, avec l'association des divers membres de leurs familles respectives, ont déjà été discutés en détail et nous avons vu qu'ils correspondent à l'année pentaétérique 145 de Bostra.

Le règne de Trébonien (été 251-mai 253 J.-C) = 147-149 de Bostra; 149 est une année pentaétérique ;

celui de Volusien, son fils, associé au pouvoir (Auguste vers la fin de juillet 252-mai 253 J.-C.) = 148-149 de Bostra; 149 est. une année pentaétérique ;

celui de Valérien (août 253 — fait prisonnier en 259 ou 260 J.-C.) = 149-155 ou 156 de Bostra; 149 et 153 sont des années pentaétériques ;

celui de Gallien, son fils (Auguste en août 253-4 mars 268 J. C.) = 149-163 de Bostra, période comprenant les années pentaétériques 149, 153, 157, 161.

On voit qu'à chacun de ces règnes correspondent une ou plusieurs années classées dans le tableau comme pentaélériques.

1. J'ai montré plus haut, p. 304 note 1, que le point de départ de Kannée dans le calendrier usité à Damas, même avec l'ère des Séleucides, était identique à celui du calendrier de Bostra : le 22 mars ; c'est-à-dire qu'il était réglé par Téquinoxe vernal. Ce fait, expressément afûruié par Simplicius, est fort important pour la justification des équivalences admises par moi dans le raisonnement chronologique qui va suivre.

RkCORIL D'ARCHKOLOUIB ORIB.1TALB. IV. AOOT 1901. LIVRAISON 20.

L'accord est particulièrement sigaificatif pour le règne très court de Macrin — une quinzaine de mois, embrassant précisément la majeure partie (12 mois moins une vingtaine de jours) de Tannée pentaétérique 113 de Bostra.

J'incline fort à croire qu'il en va de même pour les monnaies coloniales de Tyr, dont j'ai déjà parlé incidemment et où figurent, avec leurs symboles caractéristiques (urnes, palme), la mention des jeux appelés Heraclia 1 Olympia, Actia Beraclia ou Commodiana. Là encore, il s'agit, je pense, de solennités qui sont fonction du même cycle pentaétérique que nous avons constaté à Bostra et à Damas. Voici le relevé de ces monnaies que j'extrais du catalogue de M. Babelon {Les Perses Achéme'nides, pp. 329 et suiv.) :

N 08 2247-3249. Elagabale; urne et palme : HPAKAIA OAYMTTIA*

— 2257. Aquilia Severa, sa femme; même urne, légende fruste.

— 2280. Philippe Père; 2 urnes : HPA AKT*

— 2285. Otacilia Severa, sa femme; 2 urnes, palme : AKTIA ERACL-

— 2291. Trébonien Galle; 2 urnes, palmes; pas de légende caractéristique.

— 2203. Volusien; 2 urnes : AKT KOM(oôiava).

— 2253. Gallien; 2 urnes, palme : ACTIA HERACL

— 23(52. Salonine, sa femme; 2 urnes, palme : ACTIA HERACLIA*

Comme on le voit, ces têtes couronnées sont les mêmes que celles que nous avons déjà rencontrées à Bostra et à Damas, et dont les années de règne, ainsi que nous l'avons établi, comprennent au moins une des années pentaétériques de notre cycle. Inutile d'y revenir. J'insisterai seulement sur l'apparition, dans cette série, de l'impératrice Aquilia Severa, parce qu'elle peut apporter une confirmation de plus à ma théorie. En effet, on est d'accord pour reconnaître que cette ex-vestale n'a pu être épousée par Elagabale avant Tan 221 J.-C. ; or, j'ai montré que le règne de celui-ci (16 avril 218-11 mars 222 J.-C) embrassait les années lU-indel'èrede Bostra, etque sa monnaie sébasmienne n'avait pu être frappée à Damas que dans l'année correspondant à l'an-

1. 11 est remarquable qu'à Tyr, comme à Bostra, ces fêtes pentaétériques sont placées sous le vocable du vieux dieu national : Héraclès = Melkart, à Tyr; Dusarès (= Dionysos) à Bostra.

née 117 de cette ère, année pentaétérique d'après mon tableau, soit du 22 mars 221 au 11 mars 222 J.-C. — c'est justement dans cette période étroitement limitée qu'Elagabale a épousé Severa et, par conséquent, qu'ont dû être émises, à leurs noms respectifs, les monnaies commémoratives de la pentaétéris fériée tant à Damas qu'à Tyr*.

En résumé, même si Ton hésite à pousser comme je l'ai fait, le système jusqu'à ses dernières conséquences, il se dégage de c et ensemble de considérations un certain nombre de faits qui offrent un caractère d'assez haute probabilité :

'!• Les Nabatéens, dès avant notre ère, avaient de grandes fêtes pentaétériques;

2° A ces fêtes devait se rattacher l'exercice, également périodique, d'un droit des pauvres analogue à celui de l'institution do. l'année sabbatique des Juifs;

3° L'an 85 de l'ère de Bostra est une de ces années pentaétériques fériées;

4° Ce point fixe nous permet de construire le cycle pentaétérique nabatéen au cours des siècles;

5° Ce cycle se trouve coïncider d'un bouta l'autre avec celui des Olympiades.

A quoi on peut ajouter les faits suivants, dont le degré de probabilité, pour être moindre, est tout de même digne d'attention :

6° Les Actia Dusaria nabatéens de l'époque romaine devaient être des fêtes pentaétériques placées sous le patronage et le vocable du grand dieu national des Nabatéens, Dusarès;

7° Ces fêtes pentaétériques paraissent coïncider exactement

1. Et peut-être aussi à Bostra même, sous le bénéfice de l'observation consignée plus haut, p. 300, note 2.

Ici se pose une question accessoire que nous n'avons pas encore le moyen de résoudre. Il pouvait y avoir dans le roulement du cycle pentaétérique, à Tyr d'une part, à Bostra et Damas d'autre part, un écart de quelques mois, si le cycle était dans cette première ville, comme il semble l'avoir été dans les deux autres, solidaire non seulement de l'ère mais du calendrier local. L'ère de Tyr part de l'an 126 av. J.-C, et l'année tyrienne, à la mode syrienne ordinaire, du 1" Hyperberetsos = 19 octobre, au lieu du 22 mars, comme le fait l'année arabe de Bostra et de Damas,

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avec les pentaétérides fériées du cycle nabatéen susdit et n'en sont peut-être que la continuation même ;

8° Elles caractérisaient des années que nous sommes, dès lors, autorisés à appeler années duwriennes % $\ nous considérons leur origine religieuse, ou années « des pauvres » si nous considérons leurs effets sociaux ;

9° D'autre part, les années dusariennes paraissent concorder avec les années des fêtes sébasmiennes de Damas ethéracliennes de Tyr, lesquelles sont expressément qualifiées à' Olympiques sur les monnaies, qualificatif qui, à lui seul, suffirait pour révéler leur caractère pentaétérique.

Et maintenant, comment expliquer ce fait qui domine tous les autres : l'usage au Sinaï, à Bostra, à Damas, à Tyr\ d'un cycle pentaétérique qui, caractérisé par le retour régulier de fêtes solennelles, non seulement repose sur le même principe que le cycle des Olympiades, mais — pour le Sinaï et Bostra, au moins, nous en avons la quasi certitude — coïncide chronologiquement avec lui? Faut-il admettre que celui-là dérive immédiatement de celui-ci? que l'institution des Olympiades a été purement et simplement introduite en Syrie, à un moment donné et rattachée au patronage de telle ou telle diviniténationale comme c'est le cas pour Daphné, où la chose est avérée? Sans doute, il est assez naturel de supposer, àpremièrevue, que l'exemple donné

1. On pourrait peut-être retrouver encore dans d'autres villes de Syrie, sans parler de Daphné, des traces de l'existence d'un cycle pentaétérique réglé par des années fériées. Tel est peut-être le cas, par exemple, pour les Cert{amina) sacr(à) Cap(itolina) oec(umenica) isel(astica) Hel(iopolitand), jeux solennels mentionnés sur quelques monnaies d'Heliopolis-Baalbek. J'y relève, entre autres (de Saulcy, op. c.) :

P. 10. Caracalla, n» 6, 3 urnes des jeux avec palmes et la légende.

P. 12. Gordien (??) n° 1, urne des jeux.

P. 15. Valérîen, n°* 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. etc.), urne avec la légende.

P. 18. Gallien, n°« 2, 3, 4, 5, 8, 10, id., id.

Nous avons déjà vu que les règnes de Caracalla, Valérien, Gallien comprennent une ou plusieurs années pentaétériques de notre cycle. Il en serait de môme du règne de Gordien, — si l'attribution de cette monnaie, formellement contestée par de Saulcy, devait Être maintenue : 16 mars 238 — entre les 20 février et 14 mars 244 J. C. = 133-139 de l'ère de Bostra; les années 133 et 137 de cette ère étaient des pentaétériques fériées.

par les Antiochéens de Daphné a pu être imité sur d'autres points de la Syrie, surtout lorsqu'après la victoire d'Actium, la création locale de jeux actiaques, calqués sur les jeux olympiques, est devenue à la mode dans nombre de villes de l'empire 1 . L'explication serait, à la rigueur, plausible pour .le cas de Tyr, de Damas, voire même de la Bostra romaine. Mais l'est-elle autant pour ces fêtes pentaélériques dont l'existence chez les Nabatéens est attestée par le récit d'Artémidore dès lei er siècle avant notre ère et qui, apparemment, devaient être déjà à cette époque une institution d'un âge respectable? Par quelle voie, par quels intermédiaires, à la suite de quel concours de circonstances, le système hellénique des Olympiades serait-il venu ainsi s'implanter do toutes pièces en plein pays barbare, au fond de l'Arabie, dans le massif du Sinaï, et ce, à une date qu'on peut évaluer, au bas mot, au u' siècle avant J.-C? Il y a là de sérieuses difficultés au point de vue historique.

C'est, je l'avoue, d'un autre côté que je serais tenté do chercher l'origine de cette vieille institution pentaétérique en honneur chez les Nabatéens; c'est du côté de l'Egypte, qui, vu sa proximité et sa force d'attraction, a dû exercer sur eux son influence sous plus d'une forme. Cette influence est manifeste, par exemple, pour ne pas remonter plus haut, dans le monnayage de leurs rois, qui imitent visiblement les types ptolémaïques.

L'Egypte, il est vrai, l'Egypte des Pharaons et des Ptolémées, ne semble pas avoir employé le cycle pentaétérique, du moins d'une façon officielle. Mais n'avait-elle pas, dans son système chronologique, tous les éléments nécessaires pour fournir à d'autres le principe de ce cycle dont elle n'usa pour son compte que beaucoup plus tard, lorsqu'il fut constitué par ceux-

1. C'est le cas de rappeler, à propos du qualificatif Actia apparaissant sur les monnaies de Bostra et de Tyr, qu'au moins à un certain moment, on semble avoir compté effectivement, en Syrie, par Actiades, comme on comptait, là ou ailleurs, en Olympiades : p^Tà ôs ttjv irpwTrjv àxnaSa (Josèphe, Guerre, I, 20 : 4 ; cf. Dion Cass., 53, 1). C'est, on le remarquera, un nouvel et direct argument à invoquer en faveur de ma conjecture que les Actia des monnaies de Bostra et de Tyr correspondent à des périodes pentaélériques.

là mêmes à qui elle en avait suggéré l'idée ? J'entends par là le mécanisme des années bissextiles dans le calendrier julien, mécanisme qui, somme toute, repose sur la convention d'un véritable cycle pentaétérique.

Jusqu'à l'époque romaine, les Égyptiens se servaient, on le sait, d'une année solaire vague de 365 jours répartis en 12 mois égaux de 30 jours = 360 + un groupe complémentaire de 5 jours, dits épagomènes. Cette année était plus courte que l'année solaire vraie, de 1/4 de jour environ 1 .

Les Égyptiens avaient parfaitement observé cette différence ; mais, pour des raisons particulières, ils n'avaient pas cru devoir en tenir compte, ni la corriger, alors que rien ne leur eût été plus facile, s'ils l'avaient voulu faire. Nous avons, à cet égard, les attestations formelles de divers auteurs anciens qu'il est inutile de rappeler. Vers Tan 360 avant notre ère, Eudoxe de Guide avait constaté que les^prètres égyptiens, à côté de leur année solaire vague, connaissaient, et réservaient peut-être pour certains usages, une année fixe basée sur l'intercalation quadriennale d'un jour complémentaire; préludant à la réforme julienne, il avait même essayé d'introduire en Grèce ce système du quadriennium, comme l'appelle Pline. La mythologie égyptienne, à ce que nous apprend Strabon, s'était mise en frais d'imagination pour attribuer à Hermès, ou Toth, la découverte de ce mystérieux 1/4 de jour, constituant l'écarf entre l'année vague et l'année fixe. Nous avons mieux encore que ces [témoignages, dont on peut contester la valeur, c'est la fameuse inscription trilingue de Canope*, contenant un décret d'un collège de prêtres égyp-

1. Je n'ai pas besoin de rappeler que ce n'est là qu'une approximation, suffisante pour les besoins de la pratique et aussi de notre raisonnement archéologique; les anciens ne semblent pas l'avoir poussée plus loin. En réalité, la durée de Tannée tropique moyenne est de 365* ourB , 24225, et non de 365i,25 comme l'admet le calendrier julien avec son année fixe : par conséquent, le désaccord de l'année vague (365 levers de soleil) avec Tannée vraie est : pour 1 an, de 0J,24225 ; pour 4 ans (cycle pentaétérique), de0i,969 (et nondeiOOO: 1000 = ljr) ; pour 1461 ans (1 période sothiaque), de 353J.92725 (et non de 365 jours).

2. Voir le texte grec dans Michel, Rec. iïinscr. gr., p. 415, n° 551, lignes 27-38.

tiens en l'honneur de Ptolémée III et de sa famille (vers 238 av. J.-C). On y trouve, exposé tout au long, le système comparé de l'année vague et de Tannée fixe, et le moyen de les mettre d'accord par l'addition, tous les quatre ans, d'un 6 e jour épagomène — en d'autres termes le double principe de la période pentaétérique et de l'intercalation, dite plus tard bissextile, qui lui est intimement liée. Cette tentative officielle ne semble pas, d'ailleurs, avoir été suivie d'effets. Les Égyptiens ont préféré s'en tenir à leur année vague, malgré les inconvénients qu'elle pouvait présenter, et dont ils s'étaient fort bien aperçus — l'inscription en question les résume elle-même très exactement dans ses considérants. La chose peut s'expliquer par leur attachement aux vieilles coutumes; mais il pouvait y avoir aussi des motifs d'un autre ordre dont la recherche m'entraînerait trop loin et que je me bornerai à indiquer ici.

Ces motifs pouvaient être religieux, mais il pouvaient être aussi philosophiques, pour ne pas dire scientifiques. En effet, en laissant ainsi courir l'année solaire vague, sans la brider par le procédé, pourtant si simple et certainement connu d'eux, au moins dès 238 avant notre ère, de l'intercalation d'un jour complémentaire, les Égyptiens avaient l'avantage d'obtenir, grâce au retard apparent des levers héliaques de Sirius', un cycle à grandes allures chronométriques : la longue période sothiaque constituant un cycle de 1461 années vagues (= 1460 années juliennes solaires fixes. Cela compensait largement l'inconvénient que pouvait présenter, pour la pratique, le lent déplacement rétrograde des saisons, mois et fêtes dans le calendrier. Pas plus que les Musulmans — ceux-ci, pour des causes et dans des conditions autres — les Égyptiens ne se sont laissé arrêter par celte considération terre à terre. Au fond, il y a à la base du système égyptien, en dépit de ses apparences relâchées, une très haute et très remarquable conception de la mesure du temps :

1. Parmi les nouveaux travaux sur cette question si souvent traitée déjà, voir ceux de Fotheringham (Proceed. Soc. Bibl. Arch., 1896, p. 99) et de Lieblein (id., 1900, 12déc).

cette rotation même du calendrier égyptien, qu'on lui reproche souvent trop légèrement comme un défaut, constituait comme un nouveau mouvement solidaire de celui des jours sur lequel reposait le comput simple et courant; le tout formait, en quelque sorte, s'il est permis d'employer cette image, une espèce de grande horloge séculaire à deux roues dentées, de diamètre différent, avec deux aiguilles tournant en sens inverse, Tune à marche quotidienne, dextrorsum, l'autre à marche annuelle sinistrorsum*.

Mais laissons de côté cette question générale qui m'entraînerait dans une digression trop longue. Il nous suffit de retenir de cet ensemble de renseignements le fait certain que les Egyptiens connaissaient la différence de Tannée vague et de l'année fixe ainsi que le moyen le plus pratique de la compenser. Ils les connaissaient si bien que ce sont eux qui, de l'aveu même des Romains, ont mis ceux-ci en état de transformer leur calendrier, d'abord en le solarisant, ensuite en y introduisant l'artifice des années bissextiles. A l'image de l'année égyptienne, Tannée romaine fut réglée sur le pied de 360 + 5 = 365 jours ; seulement, le groupe des 5 jours épagomènes, au lieu d'être maintenu en

1. Les Égyptiens ont dû être certainement frappés des propriétés remarquables de ce nombre 1461 représentant, à leur compte, celui des années du cycle sothiaque. En effet :

1461 : 4 = 365 1/4 c'est-à-dire justement le nombre de jours et fraction de jour d'une année solaire fixe. D'où certains rapports curieux : une année ordinaire de jours 365 1/4 pouvant être regardée comme un jour sothiaque ; une période de 365 1/4 années ordinaires, comme une année sothiaque, enfin, le cycle sothiaque lui-même comme un véritable cycle pentaétérique à grande échelle, une pentaétéris sothiaque, formée par quatre de ces années sothiaques, et exactement proportionnelle à la pentaétéris d'années solaires fixes ordinaires, puisque celle-ci comprend 365 1/4X4= 1461 jours.

Si on considère, au contraire, en se plaçant toujours au point de vue égyptien, le cycle sothiaque comme représentant 1460 années fixes de 365 1/4 jours (et nous avons la preuve, par ailleurs, que les Égyptiens connaissaient, s'ils ne remployaient pas, cette année fixe),tous ces rapports demeureront les mômes avec Tannée solaire vague de 365 jours ; puisque :

bloc, fut réparti arbilrailrement entre les \2 mois — ce qui, soit dit en passant, est une complication médiocrement heureuse. Les Romains auraient pu en rester là et se servir, comme les Égyptiens, de cette année solaire vague qui, si elle avait ses désavantages, avait aussi peut-être ses avantages, ainsi que j'ai essayé de le montrer il n'y a qu'un instant. Plus attentifs aux premiers qu'aux seconds» plus soucieux, avec leur sens pratique mais assez borné, d'avoir une année fixe marchant à très peu près d'accord avec le mouvement apparent du soleil, qu'une année vague pouvant, grâce à la rotation même des saisons et des fêtes, servir de compteur séculaire ', les Romains optèrent pour l'année fixe qu'ils devaient ensuite donner au monde. La solution était chose aisée: l'Egypte, tout en dédaignant de l'appliquer, l'avait déjà trouvée plusieurs siècles auparavant ; c'est encore elle qui la leur fournit, dans la personne de l'astronome alexandrin Sosigène, à qui ils avaient confié la reconstitution de leur calendrier arrivé à un degré de confusion incroyable. On décida d'ajouter, tous les 4 ans, à Tannée ordinaire de 365 jours, un 366 e jour formé de ces 4 quarts de jour représentant, à quelques minutes près, le déficit de 4 années vagues. Ce jour additionnel, formé, somme toute, de résidus fut intercalé tous les 4 ans, aux années dites bissextiles, dans le mois de février*. Il eût été, assurément, beaucoup plus rationnel de l'ajouter tout simplement au groupe des 5 jours épagomènes' qui étaient déjà, pour ainsi dire, hors cadres ; mais, ce groupe ayant été lui-même réparti entre les 12 mois, force était bien d'incorporer, lui aussi, à l'un de ces mois ce sixième jour complémentaire.

1. Par sa rétrogradation régulière sur le grand cycle sothiaque, conception dont la haute portée philosophique dépassait les besoins des Romains, pour ne pas dire les bornes de leur entendement à courte vue.

2. Le dernier de l'ancienne année romaine, entre le 22 et le 25.

3. C'est ce qui fut fait lorsqu'ensuite, le comput romain fut établi en Egypte et dans les pays se servant de calendriers dérivés du calendrier égyptien. Là on n'eut qu'à ajouter tous les 4 ans, un 6 e jour épagouiène. C'est également le procédé auquel on a eu recours dans notre calendrier révolutionnaire, dont il est bien fâcheux que l'usage ne se soit pas maintenu.

Gela posé, on peut se demander si ce que l'Egypte a fait pour Rome, elle ne l'avait pas déjà fait pour d'autres peuples 4 ; si ceuxci aussi, ne lui auraient pas emprunté les moyens d'établir une année solaire fixe dont ils sentaient le besoin, el cela de préférence à Tannée vague proprement égyptienne, dont la haute conception philosophique, que j'ai essayé d'indiquer en passant, leur échappait ou les laissait indifférents. Pour nous en tenir au cas de nos Nabatéens, que pouvaient bien être ces grandes fêtes périodiques revenant de quatre ans en quatre ans? Pourquoi cet intervalle de quatre ans, ce cycle pentaétérique dont la durée se trouve répondre justement à celle de la période quadriennale qu'implique toute transformation pratique del'année solaire vague en année fixe ? Si les Nabatéens avaient réellement adopté ce système chronologique, on comprendrait assez bien qu'ils eussent cru devoir, par la célébration de grandes fêtes religieuses — entraînant certaines conséquences sociales ou autres, tel par exemple, l'exercice du droit des pauvres, — marquer les retours périodiques de cette époque solennelle où Ton faisait subir à Tannée l'opération destinée à remettre au point le calendrier, à remonter, en quelque sorte, en la réglant à nouveau, Thorloge des siècles qui variait d'un jour tous les 4 ans. Pourquoi, s'il n'y avait pas quelque raison de ce genre, avoir choisi, et consacré par le rituel, cette coupure quadriennale du temps, coupure qui, autrement, ne s'explique guère? Pourquoi 4 ans? plutôt que 3, ou 5, ou 7, ou tout autre chiffre ? Je ne veux pas dire par là que le cycle pentaérique nabatéen coïncide chronologiquement avec la période bissextile du calendrier romain : on voit, par Tinspection du tableau donné plus haut, que les années juliennes bissextiles tom-

1, C'est le cas, par exemple, comme on l'admet généralement, pour le calendrier perse. Il en était peut-être de même pour le calendrier phénicien qui, au moins à une certaine époque, employait le mécanisme égyptien des épagomènes. C'est ce qui paraît résulter nettement de la grande inscription bilingue, phénicienne et cypriote, d'Idalie (C. /. S., I, n° 89), datée de l'an IV du roi Milkyaton, et d'un des 5 jours épagomènes (partie cypriote ; malheureusement la partie phénicienne correspondante est détruite et nous ne pouvons deviner comment les Phéniciens appelaient la période des 5 épagomènes ; peut-être mirzeah ?). Les Phéniciens pratiquaient- ils, en outre, Tintercalation quadriennale du jour dit bissextile ? Quelque nouvelle inscription nous l'apprendra peut-être.

bent sur les 3 e * années et non sur les 4 e§ de ce cycle pentaétérique * . Mais les deux systèmes, bien que puisés à une source commune, fondés sur un même principe, ayant les mêmes propriétés, ont pu être créés, d'une façon indépendante, à des époques différentes, et même comporter des variantes dans les procédés mis en œuvre pour obtenir le résultat voulu \

Je sortirais des limites de cette étude, et aussi de celles de ma compétence, en essayant de pousser la question plus loin et d'étendre ces considérations aux origines du cycle olympique lui-même, sans parler de tous ceux qui, sous des noms divers, furent modelés sur lui. Je dois dire, toutefois, que je suis vive* mement frappé de la prédominance, de la persistance, de la diffusion de ce type pentaétérique dans tout le monde antique. J'ai peine à admettre, comme on le fait d'ordinaire, que ce cycle n'ait été imaginé que pour assurer le retour périodique et régulier des jeux nationaux helléniques, autrement dit que le cycle

1. Ce rapport est naturellement le même qu'entre les années bissextiles juliennes et celles du cycle pentaétérique olympique, puisque celui-ci, comme nous l'avons vu, se recouvre avec le cycle pentaétérique nabatéen. Il est assez remarquable, (l'autre part, que les 1*" années de la période pentaétérique des Pythiades (et aussi des Panathénées réformées), coïncidant avec les 3" années de l'Olympiade, se trouvent, par suite, coïncider avec les bissextiles juliennes.

2. Nous possédons malheureusement trop peu de documents nabatéens pour être renseignés sur l'existence réelle du système chronologique que je suppose avoir été en usage chez les Nabatéens et sur les procédés qu'ils pouvaient employer pour le régler. Peut-être pourrait-on en chercher un faible indice dans ce qualificatif encore inexpliqué : NIDtt? 1H H, qui est donné au mois de Kaslev dans une des plus anciennes inscriptions nabatéennes connues, que j'ai publiée autrefois (Bec, II, 227). Peut-être aussi faut-il faire entrer en ligne de compte la signification, encore obscure, d'ailleurs, du nom de Kinian, que par une exception remarquable, les Palmyréniens donnaient au mois appelé Tamouz dans les autres dialectes sémitiques (cf. Rec, III, p. 202). Le mois de Tamouz (juin- juillet ?) aurait-il reçu ce nom spécial de Kinian « acquisition», dans certains cas seulement, par exemple si, et lorsqu'on lui rattachait, tous les 4 ans, le jour intercalaire bissextile ? ou bien, d'une façon générale et constante, si on lui ajoutait le groupe des 5 jours épagomènes annuels ? On sait que, chez quelques peuples ayant adopté le système du calendrier égyptien, le groupe des épagomènes au lieu de rester hors cadre, en marge des 12 mois de 30 jours, avait été incorporé à l'un de ces mois que l'on considérait alors comme ayant 35 jours (chez les Perses, par exemple, voir Blochet, Rev. Arch., 1895, II, pp. 223, 227); un tel mois, s'il a réellement existé chez les Palmyréniens (en relations suivies avec les Perses) aurait bien mérité de recevoir le nom de Kinian.

fût fonction des jeux. Je croirais plus volontiers que ces jeux étaient fonction du cycle ; que leur objet primitif était d'entourer d'une pompe religieuse, de célébrer publiquement ce moment solennel où, tous les 4 ans, l'aiguille des jours, pour rattraper son inévitable retard annuel, devait sauter un degré sur ce cadran imaginaire destiné à la mesure du temps. Cet intervalle de 4 ans, cette période si justement appelée naturelle quadriennium n'a pas pu être choisi arbitrairement pour espacer ces fêtes; le choix a dû être déterminé par quelque raison essentielle dont les anciens eux-mêmes avaient peut-être fini à la longue par ne plus se rendre très exactement compte, l'esprit populaire tendant toujours à prendre l'accessoire pour le principal et attachant moins d'importance à la cause abstraite, et par là même quelque peu abstruse, qu'aux manifestations extérieures des effets produits par elle.

Malgré les conclusions négatives de la critique moderne, je suis bien tenté, je l'avoue, de me demander s'il n'y a pas quelque chose à retenir des explications plus ou moins acceptables de certains auteurs anciens — celles de Censorinus entre autres — et si le cycle pentaétérique des fêtes olympiques, ou similaires, cycle embrassant F espace de 4 années solaires fixes, n'était pas le dérivé naturel de quelque calendrier hiératique et mystérieux, existant à côté des systèmes lunaires ou luni-solaires, si compliqués, si discordants et si longtemps hésitants, de la chronologie hellénique courante; le dérivé d'un calendrier purement solaire où, tous les 4 ans, sur la base des conventions égyptiennes, ou de conventions leur ressemblant fort, s'effectuait le jeu savant du raccord de Tannée solaire vague — voire même de l'année lunaire — à Tannée solaire fixe. L'Orient a donné assez de choses à la Grèce pour qu'on ne soit pas trop surpris si Ton arrivait à démontrer quelque jour qu'elle lui a donné aussi celle-là.

— N.-B. — En relisant les épreuves des pages qui précèdent, je m'aperçois que j'ai traité insuffisamment plus d'un des

points auxquels elles touchent. Je voudrais revenir, au moins, sur deux d'entre eux.

Le premier, c'est celui que j'ai effleuré en passant (p. 311 et 312) : les raisons pour lesquelles les Égyptiens ont préféré s'en tenir à l'année vague et la conception particulière qu'ils pouvaient avoir de la période sothiaque prise comme grande unité chronologique. J'aurais pu, à l'appui de ce que je dis à la note 1 de la p. 312, rappeler que, d'après le témoignage même des auteurs classiques, les Egyptiens donnaient à cette longue période astronomique de 1461 ans les noms bien significatifs de « annus magnus; annus canicularis (xuvtxé;), solaris (V)Xtaxéç); Dei annus (c 0scu èvtaïrcéç) ». Il est bien probable qu'elle n'était autre que le fameux cycle du Phénix, sur la durée réelle duquel nous sommes imparfaitement renseignés, il est vrai, mais auquel une certaine opinion au moins, (rapportée par Tacite), attribuait précisément 1461 années.

Le second point est d'une très grande importance et mériterait d'être discuté plus à fond que je ne saurais le faire ici. Je me bornerai à poser la question, sans prétendre la résoudre, bien que la solution pourrait avoir de sérieuses conséquences, pour ou contre quelques-unes des conclusions auxquelles j'ai abouti. Si Ton admet, comme j'incline à le faire, que les grandes fêtes du cycle pentaétérique chez les Nabatéens, comme chez les Grecs et comme chez tous ceux qui suivaient les mêmes errements, avaient pour principale raison d'être l'intercalationdu jour complémentaire tous les quatre ans, à quel moment pratiquait-on cette intercalation? Au moment même de ces fêtes, sembleraitt-il naturel de répondre. Or, ces fêtes se célébraient dans la première année de cette période quadriennale, soit dans l'année A, si on appelle A, B, C, D, les 4 années constituant la période. Logiquement, on attendrait que l'inlercalalion ail eu lieu à la fin de la période, c'est-à-dire dans l'année D. Assurément, il y a là une difliculté; mais elle n'est peut-être pas insurmontable. Une serait pas impossible, par exemple, que ce que nous considérons, et ce que lesanciens eux-mêmes semblent avoir considéré comme

318 REf.nF.iL d'archéologie orientale

l'année A de la période, fût, en réalité, une année D; que la période eût son point initial à une année D, et fût ainsi constituée; DABC — DABC — DABC et ainsi de suite*. Tout dépend du moment où le syst?>mp, emprunté, comme je le crois, aux Égyptiens, a été adopté, au dehors, et du point où en était arrivée, à ce moment, la succession des années dans le cycle sothiaque divisé par périodes de 4. D'autres suppositions sont permises. C'est ainsi qu'on pourrait se demander aussi si l'intercalation ne se pratiquait pas tout simplement, et normalement, à la fin des années D, et si ce que Ton célébrait par les fêtes solennelles ce n'était pas le renouvellement même du cycle aux années A. Ce cycle n'en demeurerait pas moins, en tout état de cause, fonction de l'intercalation.

A ce point de vue, l'accord si complet que nous avons constaté entre les cycles pentaétériques nabatéen et olympique tendrait, je l'avoue, à les faire considérer comme dérivés l'un de l'autre plutôt que dérivés indépendamment d'une source commune.

La question est encore compliquée par le fait relevé plus haut que l'intercalation dans le système bissextile du calendrier romain, tombe sur la 3 e année, ou année C de notre cycle pentaétérique. Or, ce n'est probablement pas par un cas fortuit, étant donnés l'origine certaine du calendrier de Jules César et ses rapports intimes avec le système égyptien, que la l re année du nouveau cycle sothiaque (i« r Toth — 20 juillet 139 J.-C. f , ainsi qu'il résulte du dire formel de Censorinus) coïncide justement avec une année bissextile, c'est-à-dire une année où s'effectuait l'intercalation du jour complémentaire. Il faudrait voir, par un calcul que je ne puis entreprendre 8 , si cet écart entre les places

1. Il pouvait en être de môme que dans la période quadriennale julienne qui a dû dëhut^r, croit-on généralement (cf. ïdeler, Hanib. II, p. 131), • par une annÊe bissextile.

2. On était alors en l'année 35 de l'ère de Bostra (an C du cycle) correspondant à la 229% III, Olympiade.

3. Que l'intercalation s'effectuât dans les années D ou A du vieux cycle pentaétértque, le problème ne se réduit pas à mesurer en gros l'écart de C (bissextile julienne) à D ou A ; il contient d'autres inconnues qui le rendent très difficile: le commencement de l'année, le mois de l'année où se pratiquait Tin-

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