LA STÈLE PHÉNICIENNE D'AMRITH
fourni par la stèle d'Amrit. Sans doute, nous voyons sur nombre de monuments le croissant embrasser dans sa concavité certains symboles astronomiques où il est loisible de reconnaître soi tune étoile, soit une planète, soit même le disque solaire. Mais il convient de distinguer soigneusement ces combinaisons conventionnelles, traduisant probablement des conceptions d'ordre purement mythologique ou allégorique, de ce qui n'est, comme ici, autre chose, à mon sens, qu'une représentation normale et, somme toute, fort exacte, de la lune seule, « vue en lumière cendrée ».
J'arrive maintenant à l'inscription phénicienne dont M. de Clercq a le mérite d'avoir reconnu l'existence et pour le déchiffrement et l'interprétation de laquelle il a eu recours aux lumières de M. Berger. La tâche était vraiment ardue ; car ce petit texte, gravé en caractères minuscules, dans le champ étroit compris entre les pieds dii dieu et le dos du lion passant, a beaucoup souffert
D'après les explications données à l'Académie par mon savant confrère, l'inscription consisterait en deux lignes.
Seule, la seconde ligne est d'une lecture à peu près certaine. M. Berger y reconnaît la formule finale usuelle : « parce qu'il a entendu sa voix, qu'il bénisse. » De fait, la gravure héliographique même permet de distinguer, sans trop de difficulté, les deux premiers roots ; mais le troisième pourrait prêter à une autre lecture que j'indiquerai tout à l'heure.
La première ligne est beaucoup plus douteuse. M. Berger
p. 119) ; sur la coupe ciselée du Varvakeion (à côté du croissant simple), avec épigraphe phénicienne.
Il est à noter, dans ces figurations, que le croissant peut occuper, par rapport au disque lunaire qu'il embrasse, des positions variées : dessous, à droite, à gauche, et môme dessus. Ces positions ne sont probablement pas indifférentes et doivent correspondre soit à des aspects de la lune réellement observés dans ses diverses phases et positions, soit à des idées particulières de la symbolique antique.
en a proposé, non sans réserve d'ailleurs, la transcription suivante :
Ce qui signifierait :
Cette « nephech » (l')a construite Abdis (?) pour so?i Seigneur Chôrbel(ï).
Comme il l'ajustement fait remarquer lui-même, sans s'arrêter pourtant à l'objection, on est quelque peu surpris de voir apparaître dans une inscription phénicienne, et sur un monument qui n'a certainement rien de funéraire ainsi que le montrent et la figuration et la formule de bénédiction finale visant incontestablement un dieu, ce mot nephech, qui appartient en propre aux inscriptions araméennes et qui, de plus, y désigne toujours un monument funéraire. Pour le nom du dieu, M. Berger balance entre deux lectures : Tune que je n'ai pas pu bien saisir à l'audition, mais qui, en tout cas, ne rappelle rien de connu ; l'autre, celle de Chôrbel, vers laquelle il penche, en s'appuyant sur un argument que, pour ma part, j'ai peine à admettre.
Ce Chôrbel, pense-t-il, serait à rapprocher d'une divinité sabéenne, elle-même passablement problématique, répondant, selon M. H. Derenbourg, au nom de Ssn Titf Chaur Baal ou Thaur Baal, le « taureau de Baal », vocable qui nous donnerait en outre, ce qui ne laisse pas d'étonner, l'étymologie véritable du Taopo56Xoç de la liturgie hellénique...
J'avoue qu'au fur et à mesure que je suivais avec un très vif intérêt, l'attachant exposé de M. Berger, les conclusions vers lesquelles il tendait et auxquelles il a abouti me semblaient de plus en plus sujettes à caution. Même d'après le peu que je pouvais discerner sur la gravure héliographique qu<e M. de Clercq avait eu l'attention de placer sous les yeux de notre Compagnie, j'éprouvais les doutes les plus sérieux sur l'exactitude matérielle de plusieurs des lectures proposées. Désireux d'examiner, à mon tour, ce texte prêtant à la controverse, je m'adressai à M. de
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Clercq qui voulut bien me communiquer des estampages de l'inscription et même m'accorder la faveur d'aller jeter un coup d'œil sur l'original conservé dans sa collection. Bien que ce premier examen soit loin d'être complet, et qu'il ait besoin d'être contrôlé par une étude plus approfondie des estampages, qui ne sont plus entre nos mains, et de l'original, que je n'ai fait qu'entrevoir, j'ai pu faire certaines constatations qui sont de nature à modifier profondément la transcription et l'interprétation dues à mon savant confrère. Je me bornerai, pour aujourd'hui, à les indiquer sommairement, sans entrer dans le détail d'une dissertation technique qui m'entraînerait trop loin, et en me réservant de reprendre la question sur des bases plus larges.
A la fin de la dernière ligne, au lieu de : "JTi' Sp TOttto, je serais assez tenté de lire tu"t bp ra^D, formule plus rare mais non sans exemple. C'est un point à vérifier sur l'original ; il est, du reste, d'un intérêt relativement secondaire.
Mais voici qui est plus grave.
La ligne ne débute certainement pas par * ttsa « cette nefech ». Le caractère pris par M. Berger pour un chin est, sans aucune espèce de doute, un lamed, ce qui suffit pour changer la lecture du tout au tout. Je discerne successivement dans ce groupe initial, qui n'est peut-êtrepas complet, d'ailleurs : unelettre à queue 1 , telle que m^m, noun.kaph, etc.?; une seconde lettre à queue, plus assurée ; un préfet un lamed certains ; une lettre pouvantêtre samek ou autre similaire; puis, une lettre indistincte ; enfin, le mot p, certain. Sans m'engager dans la discussion des diverses combinaisons possibles auxquelles prêtent ces valeurs — combinaisons subordonnées, au surplus, à une observation capitale que je vais faire dans un instant — je ferai remarquer qu'on pourrait chercher dans ce premier groupe les éléments soit d'un nom propre, soit même d'un titre, voire d'un ethnique. Cela aurait le très grand avantage de nous permettre de considérer le mot sui-