‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 185 sur 213 · BETOMARSEA-MAIOUMAS ET LES FÊTES ORGIAQUES DE BAAL-PEOR · texte numérisé non relu

BETOMARSEA-MAIOUMAS ET LES FÊTES ORGIAQUES DE BAAL-PEOR

lontiers que le mosaïste n'a fait que suivre en cela une variation intentionnelle de la tradition locale de Mâdeba, qui avait tenu à écarter, en le reléguant au loin, un souvenir fâcheux pour le bon renom de la région, un souvenir qui jurait avec ceux, si glorieux, dont elle était fière. Elle s'était tout simplement débarrassée de ce lieu mal famé, au bénéfice, ou au détriment, de voisins plus méridionaux. Le folk-lore est, en général, coutumierdeces procédés sans façon, et, dans le cas présent, il ne faut pas oublier qu'il s'agissait en quelque sorte de la réputation de la ville même où avait été exécutée cette carte grandiose commémorant peutêtre, comme j'ai essayé de la faire voir, la vision de la Terre Promise par Moïse du haut du mont Nebo.

Quoi qu'il en soit, je relèverai un fait assez curieux, bien que d'époque relativement basse, où l'on pourrait peut-être chercher un indice de cette déviation topographique de la légende. Un ancien auteur juif, qui connaissait bien la Palestine, où il a séjourné et Voyagé pendant de longues années, Esthori ha-Parchi, contemporain d'Aboul-Féda, décrivant le pays de Moab du nord au sud, s'exprime ainsi, après avoir mentionné Dibon, l'Ara on et Rabbat : « from Argob (coït. Arnon) you proceed to the hill-point of Pisgah, i. e. Moab, called El-Karak; two days south from Pisgah is mount Seir, called El-Shaubek » '. Voilà donc le Pisgah identifié avec Karak même! Cela vaut bien la localisation, par notre carte, du Peor à proximité de cette ville; on peut même dire que c'est à peu près la même chose en d'autres termes.

Autre observation. LeSifréetles passages parallèles, cités par M. Biichler, disent que, lors de la fornication d'Israël, les Ammonites et les Moabites avaient élevé des tentes et des boutiques tenues par de jeunes personnes peu farouches, depuis Belh ha- Yechimot jusqu'à La Montagne de neige. La Montagne de neige (wSn Tra) est le nom donné ordinairement par le Talmud et les Targums au mont Hermon. Comme le fait justement remarquer

i. Zunz, dans The Itinerary of Rabbi Benjamin of Tudela, by Àsher, vol. II, p. 405.

M. Biichler, il est inadmissible • qu'un agadiste du u e siècle ait pu dire une chose aussi insensée, à savoir que cette sorte de foire, avec ses attractions variées, s'étendait jusqu'à l'Hermon. Assurément, il ne saurait s'agir de cette montagne. Mais, alors, que faut-il donc entendre par là? M. Bùchler n'a pas de réponse à cette question qui, cependant, a son intérêt. Je serais bien tenté de croire que la leçon *ubn, taïga, « neige » est le résultat d'une faute de copiste, et je me demande si la leçon originale n'aurait pas été ftUDD = îuds, Pisgah; la correction serait assez paléographique (n = s, et h = D triangulaire) et la grande notoriété même de l'Hermon aurait pu sensiblement contribuer à l'altération du nom primitif. Nous nous retrouverions ainsi précisément dans la région voulue, et, quelque fantaisiste qu'elle puisse être dans le détail, la tradition talmudique, différente de la tradition particulière qui s'était formée, quelques siècles plus tard, àMâdeba, pour les motifs intéressés que j'ai supposés, s'accorderait bien avec les données topographiques qui semblent résulter du récit biblique et avec les conclusions auxquelles s'est arrêtée généralement la critique moderne : Beth ha-Yechimoth = Soueîmè; le Nebo et Pisgah = Neba et Siâgha.

Quant au Peor, il est très tentant de le localiser, avec le colonel Conder, du côté de 'Ain Minyeh. Toutefois, je ne vois pas la nécessité de disjoindre, comme il le veut, cette localité, théâtre de l'épisode de Balaam, de la scène des rites impurs du Peor, en reportant cette dernière scène à Chittim, c'est-à-dire au camp même des Israélites, dans la vallée du Jourdain 1 ; il est plus naturel de supposer que les coupables s'étaient laissés attirer* dans le sanctuaire même du Baal Peor. Si l'on admet cette façon de voir, ne pourrait-on pas tirer parti du nom, assez suggestif

1. M. Neubauer (Géographie du Talmud, p. 39) ne s'est pourtant pas arrêté devant la difficulté.

2. L'incident dramatique de Zimri et de la Madianite Kozbi, qu'il avait introduite dans sa propre tente et, par conséquent, amenée au camp de Chittim, est un cas isolé et exceptionnel, ainsi que cela résulte du contexte môme (comparer Lévitique, xxv, 6 à 18).

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