De Chaqqa, en Batanée
Waddington a bien reconnu que les lettres TIB, répétées deux
fois, sont une notation, dans un système, jusqu'alors sans
exemple, de la fraction — , et il a justifié cette façon de voir par la
comparaison avec son n° 2245. Nous avons donc encore ici affaire
à une possession en commun, et divisée également en — . Deux
parts seulement de — chaque, sont déterminées ; les autres — -
restent indéterminés ; nous chercherons tout à l'heure comment rendre compte de ce dernier fait. Waddington dit qu'il ne saurait expliquer les lettres qui suivent le mot xaipéç.
Il convient, au préalable, de constater, sinon que l'inscription est rigoureusement métrique, du moins qu'elle affecte une tournure et emploie des formes et des expressions poétiques dans la première partie. A la ligne 1, le mot détruit qui suit o!xo[v] était un génitif poétique se terminant en oio = ou, et définissant la nature, ou peut-être même l'appartenance, de l'édifice, tombeau ou autre. Gela posé, je propose de lire et de comprendre ainsi le passage qui a résisté aux efforts de Waddington :
rarepoç ou Xaô6vTe[ç ' ejçfejxixawv • n'ayant pas oublié les recommandations de leur père.
Il résulte de là que les ofvSpeç dcptowi, auteurs de la construction, ne sauraient être les personnages mentionnés dans la suite du texte, puisque ceux-ci ont chacun son père respectif, à savoir : Archelaiis, Heraclius et Maximus. Les fractions afférentes aux noms des deux premiers ne peuvent donc pas indiquer, ici non plus, leurs quotes-parts dans les frais d'une construction, qu'ils n'ont pas faite, mais seulement leurs parts de possession. A quel
1. Du verbe poétique x^6o), aor. &XaOov, employé avec la valeur du moyen. Il semble qu'il y ait là quelque réminiscence homérique : 0éti; 8' ov X^Oer' é? s-qiéwv irot t ob ; âoO. « Thétis n'avait pas oublié la recommandation de son fils » (Iliade 1, 495.)
titre pouvaient-ils avoir des droits sur le ofaoç — très probablement un tombeau édifié par d'autres qu'eux? II est à présumer que c'est en vertu de'dispositions testamentaires {ky^xi) du défunt auxquelles l'inscription fait nettement allusion; celui-ci avait dû recommander à ses enfants d'attribuer aux deux bénéficiaires
une moitié du tombeau (— + — = ri). L'autre moitié, dont il
n'est pas parlé — si l'inscription est complète — restait implicitement au défunt et à ses propres enfants. Le tout pourrait s'entendre à peu près de cette façon :
Des hommes excellents ont construit cette maison de..., avec sa décoration
de toute beauté, sans oublier les recommandations de leur père : Abourios fils
d'Archelaûs (a) une part de—-; Archelaûs, fils d'Heraclius, une part de—. —
Sabinus, fils de Mazimus.
On pourrait supposer que l'inscription est incomplète et que
le nom de Sa6ïvoç MaÇCpou était lui aussi suivi de j/ipsç yà' = —,
ou même <7t6' = -r, ce qui, avec les deux — déjà énoncés,ferait 12 12
la totalité des — . Mais Waddington n'indique pas de lacune dans
sa copie et dit que le texte est encadré — ce qui tendrait à faire croire qu'il est à peu près complet dans sa teneur actuelle. Dans ce cas, Sabinus, fils de Maximus, serait simplement le nom de l'architecte, qui figure souvent à la fin de ce genre d'inscription ; à moins qu'on ne préfère y voir le nom du défunt. Quoi qu'il en soit, je pense que le nom et le patronymique sont identiques à ceux qui apparaissent au n° 2008 et que Waddington a lus : SaôTvoç Matéjaou; je propose de corriger ici sa copie et sa lecture MATIMOT — nom peu vraisemblable — en MA2IM0T.
Le Haurân nous a fourni une troisième inscription qu'il convient de rapprocher des précédentes; c'est le n° 2009, copié également par Waddington à Salkhad, en pleine Nabatène. Cette
fois, il s'agit, semble-t-il, d'un texte d'origine chrétienne, si tant est, cependant, que le signe par lequel il débute soit bien une croix, comme le pense Waddington et non par une lettre, ce qui ne serait peut-être pas impossible» Ce texte est malheureusement très fruste et plein d'obscurités que je n'ai pas réussi à dissiper entièrement. Je crois, pourtant, qu'on peut arriver, au moins, à faire un peu plus de lumière sur certains points. Il y est évidemment question d'un tombeau ([avy)|x?ov), divisé en parts (|x£poç) inégales (téxapTov, TptTov) entre plusieurs familles. Les noms des portionnaires sont construits au datif comme dans l'inscription n° 2245 telle que j'ai proposé de la lire. On remarquera qu'ici le système des fractions semble être différent; cellesci n'ont pas le dénominateur commun 12, mais des dénominateurs
variables : — et —, ce qui, dans la convention assarienne de — ,
3 4 aurait donné : — et —• . Cette divergence est peut-être attribuable 12 12
à une différence d'époque, si l'inscription est réellement d'origine chrétienne, ou bien au fait que, comme nous le verrons, il ne s'agit pas de la répartition de la totalité du tombeau, mais seulement de la subdivision d'une cet laine partie de ce tombeau.
Quoi qu'il en soit, voici la transcription et la lecture de Waddington :
1 +€ICINTOM€ ' OCIOT •
2 NIIOTTOTMNHMIOTOT
3 TOCTOICTCONKAV SITOT
4 N600CT6TAPTCONCTIAI
5 KAITOICTON//NOMOTM6
6 POCTPITONKAITMIAOC6IN '
7 TICONONNOTKAITIOIBP-A
+ Eisiv ?o \Li[p]o^ '.eu toO ;jlvy2;jl(ou cjtcç toT; tgW Kai^ÎTou [;i:'p]3ç
TéiapT[ov] y.ai isXq tov ..vs[j.s'j {Jiipoç Tpfcsv /.al uïco Ncvvûj y.ai
ui[u>] Bp.a..
Je proposerai tout d'abord, lignes 2-3, de lire, non pas outoç, impossible à construire d'une façon plausible, mais outoç .= outwç « ainsi » , en tenant compte de la confusion, si fréquente dans l'ortograph'e gréco-hauranienne, de o et g>, confusion dont notre inscription elle-même nous offre deux exemples patents : Tétapiuv pour TÉxapTov (1. 4), etToïç tov pour toïç twv (1. 5). Cette restitution, pleinement autorisée, donne aussitôt au texte une assiette qui lui manquait; il faut le considérer comme se divisant en deux parties, avec un point en haut après outo>ç : « ce tombeau se partage ainsi : ». — Suit alors rémunération détaillée.
Au début, elalvxo \iîpoq est inexplicable grammaticalement. Je soupçonne que la leçon de la copie 6ICIN cache autre chose; peut-être quelque verbe à l'infinitif? La correction f(x&)tv serait assez paléographique, et formerait avec outwç un idiotisme grec bien connu et en situation ici : « se comporter », comme on dit en style notarié en parlant des dispositions d'un immeuble. La tournure à l'infinitif absolu peut s'employer dans les clauses prescriptives ; et nous verrons tout à l'heure, grâce aune nouvelle correction, un autre infinitif apparaître dans des conditions analogues, comme un pendant de celui-là.
Aux lignes 1-2, après to népoç, on serait tenté de restituer quelque chose comme (t)ou [eva]v(T)(ou tou* [avyîimou ; mais j'avoue que ce mot n'est pas satisfaisant et qu'une telle façon dédire : « la partie du devant du sépulcre » ne laisserait pas d'être singulière. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas la totalité, mais seulement une certaine partie (pipoq) de ce sépulcre qui est elle-même répartie ([lipoç) entre les personnes dont l'énumération suit; par exemple un étage, une salle, le haut, le bas, etc. 1 . Peut-être : to | népoç | (t)à | u... | toutou | |xvt)ia(ou, ou peut peut-être mieux (t)è u[icepôe] *,
1. Ou un côté, avec indication de l'orientation, comme dans les inscriptions du Tombeau de Diogène que j'ai étudiées plus haut, p. 122.
2. Cf. pour cette expression, mes observations sur une épitaphe bilingue de Palmyre, Rec. d'arch. or. y III, p. 160. On pourrait, au contraire, songer à restituer : (t)o0 uW(oy)îou toO ixvrjjitou. Il s'agirait alors de l'hypogée, de la partie souterraine du sépulcre. Dans cet ordre d'idées, (t)o0 [à]v(tp)ou toO (ivT)(Atou répondrait mieux aux données paléographiques de la copie; mais il faudrait avoir des exemples pour justifier l'emploi de £vxpov au sens d'hypogée*
I R«CPK1L D'ARCHtiOLOQIB ORUBITALK. IV. DÉCEMBRE 1901. LIVRAISON 24. |
ou JicaiOa, toO javtjim'ou. A ce compte, on pourrait donc entendre à peu près ainsi l'ensemble de cette première phrase : « la partie.... de ce sépulcre (doit) se comporter comme suit : »
L'expression deux fois répétée, toTç twv et toXç t(w)v, désigne les membres de deux familles différentes; elle est fréquente dans l'épigraphie grecque du Hauràn; elle doit être particulièrement rapprochée de celle qui apparaît au n° 2258 : [to] ixvtjpuov Stttfépet toTç twv Aanna(aç xal, etc.. La lecture du premier nom propre KauÇt'iou m'inspire de grands doutes; plusieurs restitutions sont possibles, mais aucune ne s'impose assez pour que je risque une conjecture. Quant au second nom propre mutilé au commencement, ..vojxou, on pourrait songer à ['Av^ou, [ , Av]a[xou; mais la lacune inarquée est de deux lettres et non d'une; aussi préférerais-] e restituer [El>]v6[aou, nom assez répandu dans l'onomastique gréco-hauranienne.
Que faire des caractères CTIAI à la fin de la ligne 4? Je ne le vois guère. Si la restitution n'était pas si arbitraire, on pourrait vouloir chercher là les débris déformés de Sorôéxaiov, ce qui nous
ferait rentrer dans le système usuel de la division en — ; la pre-
mière famille aurait eu, alors,— (Tétapxov 8a)8éxaTov) ; la se-
coude — (Tpfoov avec SwSéxaTov sous-entendu comme au n° 2146,
où il y a Ixxov tout court). Mais je n'ose m'arrêter à cette conjecture; le plus sage est peut-être, en laissant de côté, jusqu'à meilleur avis, le groupe énigmatique CTIAI, d'accepter le texte dans sa teneur apparente et d'admettre que la part de la première
famille était de -, celle de la seconde de — . 4 3
La fin de la ligne : TMIAOC€IN est tout à fait déroutante à première vue, et Waddinglon Ta laissée prudemment en blanc dans sa lecture. Je propose de dégager des six dernières lettres du groupe le mot (8)oaetv = Swaetv, infinitif futur de 8{$<i>ij.i (toujours avec le changement usuel de o et o>); cet infinitif serait mû
par la même force prescriptive que I^eiv au début de l'inscription. C'est une nouvelle clause venant s'ajouter aux deux autres : « et (ils devront) donner au fils de Nonnus et au fils de... » Le nom du père du second personnage est lu par Waddington : Bp.a.., éléments qui ne s'intègrent à aucun nom propre de forme satisfaisante. Je préférerais, en tablant sur sa copie matérielle IBP- A S lire(rE)P[M]A[NOT]; Tepuovéç est très fréquent dans l'onomastique gréco-hauranienne. Il est plus que probable que l'inscription se poursuivait en une ou plusieurs lignes où se trouvait définie la part qui devait être attribuée au fils de Nonnus et au fils de Germanus. Après la grande répartition faite préalablement
entre les deux familles (soit 1- —, soit, dans l'autre hypothèse
4 3 moins probable, — + —), il restait encore, en effet, une part
disponible de — . Je ne saurais dire, par exemple, si cette der-
nière attribution était prélevée sur la masse, ou si elle était à la charge exclusive de la seconde famille, celle des Eunomos; si celle-ci avait le tiers, tandis que celle des Kauxitos (?) n'avait que le quart, elle était avantagée, et il eût été assez juste que sa part propre fit grevée de la servitude stipulée en faveur du fils de Nonnus et du fils de Germanus.
Je crois être dans le vrai en dégageant, comme je l'ai fait, (W)<jtw du groupe TMIAOC6IN. Mais il faudrait encore rendre compte des trois premiers caractères. Graphiquement, les éléments TMI rappellent quelque peu le groupe si obscur CTIAI qui termine la ligne 4; mais ce rapprochement ne nous avance guère ; d'ailleurs, le contexte y répugne. Faudrait-il lire, à la ligne 6 : (àvT)i(&i)cetv « donner en équivalent »? ou, peut-être mieux encore : (è7u)t(8a>)aetv, « donner en outre »? Il se pourrait
1. C'est à tort que Waddington semble rapporter l'élément | au mot précédent : M?l; TIO — YIGû, doit être considéré comme complet eu soi, car il ne saurait être naturellement question, à cette époque, de iota adscrit, et l'élément I doit être reporté au commencement du nom propre qui suit.
alors que dans le groupe CTIAI de la ligne 4 se cachât une expression indiquant que la part des Kauxitos (?), part moindre que celle des Eunomos, leur était intégralement attribuée, sans la réserve au profit de tiers qui frappait exclusivement la part, plus grande, des Eunomos.
Nouvelles observations sur la mosaïque hébraïque de
Kefr Kenna 1 .
Grâce à l'obligeance du P. Prosper et du P. Léonard d'Estaires, je viens de recevoir un excellent calque de l'inscription hébraïque que j'ai étudiée plus haut (p. 345). On en trouvera la reproduction à la planche H, B, à côté de celle (A) exécutée d'après la photographie directe, laquelle laissait beaucoup à désirer.
Nous sommes en mesure d'évaluer maintenant les dimensions du texte : la longueur maxima de la partie conservée est de 0",85, les lettres ont en moyenne 0",05 de hauteur.
Le calque vérifie pleinement le déchiffrement que j'avais proposé, notamment sur certains points où Ton pouvait éprouver des doutes; il confirme, entre autres, les lectures : TOa (1. 2); nSra(I. 3) ; ]inb vin (1. 4); nra-n (I. 8). Le patronymique delà 1. 2 semble être plutôt mais 12 que man "n.
Au dessous de la quatrième ligne, on distingue trois lettres qui étaient invisibles sur la photographie; la première, mutilée, est peut-être le reste d'un aleph, ce qui, avec les deux suivantes, parfaitement conservées, nous donnerait le mot p[K], amen. Ce mot, placé comme il Test, isolé au bas de la première colonne, pourrait èlre une clausule indiquant que l'inscription se composait de deux parties au moins, la seconde partie commençant à la colonne suivante.
Ce calque permet, ce que nous ne pouvions pas faire avec sûreté, de juger de la paléographie du texte, qui est intéressante
i . Cf. la communication que j'ai faite à l'Académie des Inscriptions, séance du 6 décembre 1901.