‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 21 sur 213 · Rev. d'Ass. et d'Arch. or. II, p. 44 sq · texte numérisé non relu

Rev. d'Ass. et d'Arch. or. II, p. 44 sq

Il suffit, pour répondre à cette dernière question, de comparer le poids de Samarie E au groupe formé par les trois poids de Tell Zakariya(A, B, C) d'une part, et par le poids de 'AnAta (D) d'autre part. Le mot en litige est le même sur ces cinq objets. Et ici la comparaison est d'autant plus instructive et probante que les deux alphabets employés diffèrent, l'un étant beaucoup plus archaïque que l'autre; justement, ces différences vont nous offrir un moyen de contrôle réciproque et nous permettront de lever les doutes qui pourraient subsister dans l'un ou l'autre cas. C'est ainsi que la valeur de la première lettre de la légende de A, B, C, D, valeur sur laquelle on était en droit d'hésiter, est assurée comme noun, par la forme archaïque et certaine qu'elle offre dans la légende de E. De même, pour la seconde lettre ; la valeur de çade en est désormais assurée dans A, B, G, D, par la forme indubitable que nous offre E pour cette même lettre. En revanche, A, B, C, D nous montrent que la troisième lettre qui, dans E, prêtait au doute, est un phé et non unguimel.

La conclusion est donc que sur ces cinq objets il faut lire uniformément *)î», et que ce mot ne peut être autre chose qu'un nom spécifique de poids, et de poids susceptible de se diviser en fractions définies. Sur ce dernier point l'expression de E est démonstrative : « 1/4 de neçeph ».

11 s'agirait, maintenant, de savoir ce qu'était au juste ce poids appelé neçeph chez les Israélites. Assurément, il est surprenant qu'il n'en soit pas question dans la Bible ; mais il ne faut pas oublier que, si la Bible contient beaucoup de choses, elle ne contient pas tout. Que le neçeph ait été, ou non, une autre dénomination du sicle, on peut concevoir, à la rigueur, que, pour une raison ou pour une autre, ce nom n'apparaisse pas dans cette anthologie de la littérature hébraïque qu'on appelle la Bible. Mais ce qui est grave, c'est que ce mot nouveau est tout à fait isolé dans la famille des langues sémitiques; nous n'avons même pas, en hébreu ou dans les idiomes congénères, de racine *p« ou *|3P, présentant des sens plausibles auxquels rattacher ce mot énigmatique.

Seul, l'arabe, auquel force est bien de recourir, dans les cas désespérés comme l'est celui-ci, nous offre un vocable matériel-

lement identique : ^i**», « moitié, demi », classé sous une

racine verbale dont l'origine est obscure et qui semble plutôt, comme tant d'autres en arabe, être un verbe tiré du substantif

même. A comparer les dérivés +Jl*> et *— *; * *» , noms spécifiques de monnaie et de mesure de capacité. L'arabe, ainsi que cela lui arrive parfois, nous aurait-il ici conservé, comme un bloc erratique, un vocable ancien, disparu du reste de la famille? L'étymologie, si elle était valable, rappellerait un peu, pour la sémantique, l'évolution de sens qui s'est produite dans les mots hébreux ypi (Bible) et wn (monnaies hasmonéennes), mots qui, signifiant proprement « moitié », ont fini par devenir de véritables noms spécifiques de poids ou de monnaies : un beka\ un khaçi, c'est-àdire « un demi (sicle-poids ou sicle-monnaie) ». Par sa nature même, le sicle se prêtait à ce dédoublement, qui, de sa moitié, faisait en quelque sorte une nouvelle unité ; ce dédoublement s'observe, du reste, comme on le sait, sur toute la ligne dans le système pondéral assyro-babylonien, composé de deux séries, la forte et la faible, la seconde valant la moitié de la première. Cf. chez les Grecs les rapports compliqués du stalère et de la drachme, avec leurs multiples respectifs.

Il y a bien aussi, en hébreu lalmudique, un mot nsw, qui rappelle de fort près celui qui nous occupe; il y désigne la câpre ou, plutôt \ le fruit du câprier. On pourrait être tenté, dès lors, de se demander, si, d'après l'analogie des termes siliqua, caroube, xspxcrtv, ^jj*, carat, etc., notre nouveau nom de poids n'aurait pas pour origine le fruit en capsule du câprier, dont notre poids E rappelle quelque peu la forme, quoique le fuseau soit bien allongé. Mais j'hésite d'autant plus à m'arrêter à cette idée que raya peut fort bien n'être, au fond, qu'une altération populaire d'un dérivé de *]by, nom du câprier.

1. Nous appelons proprement « câpre » non pas le fruit* mais le bouton delà fleur du câprier.

Quoi qu'il en soit de l'étymologie de ce mot énigmalique, il n'est guère douteux désormais qu'il faille y voir un nom spécifique de poids, nom usité anciennement sinon chez les Israélites du moins chez certaines populations de la Palestine ; en tout cas, les cinq petites pierres sur lesquelles il est gravé sont de véritables poids, des représentants authentiques de ces abânim, « pierres » et « poids » dont parle la Bible et, notamment, des abnei-kîs i ou petits poids en pierre qu'on portait, comme leur nom l'indique, dans un sachet ou une bourse. En dehors des autres considérations, deux faits viennent à l'appui de celte façon de voir : la forme matérielle et la valeur métrologique.

Les pierres A, B, C, D reproduisent visiblement la forme des poids égyptiens dont nous possédons de si nombreux spécimens 1 , en pierres de diverse nature, aussi bien qu'en bronze ; c'est le même tronc de cône surmonté d'une calotte sphérique et reposant sur sa face tronquée. Les proportions peuvent varier : les poids égyptiens sont tantôt plus hauts, tantôt plus bas; mais ce sont bien toujours les mêmes éléments constitutifs essentiels.

Le poids E, au contraire, forme un groupe à part et se rattache à la famille assez nombreuse et bien connue des poids assyriens en pierre taillés en forme de fuseau.

. Il est frappant de voir qu'à cette différence de forme correspond un écart paléographique sensible, les caractères de E appartenant à un alphabet notablement plus archaïque que l'alphabet auquel appartiennent les caractères de A,B, C, D. Il est naturel d'en conclure que E remonte à une époque où l'influence assyrienne était prépondérante en Syrie, tandis que À, B, G, D descendent à une époque où c'était l'influence égyptienne qui prédominait. Cette dernière condition correspond bien à ce que nous savons de l'histoire du royaume de Juda sur son déclin. Il faut peut-être aussi, à cet égard, tenir compte, dans une certaine mesure, des régions différentes où ces poids ont été découverts,

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