‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 210 sur 213 · Édit. Didot, p · texte numérisé non relu

Édit. Didot, p

3. D'après d'autres légendes, c'est à Tyr même qu'Osiris aurait inventé le vin.

4. Inutile de rappeler que le toponyme de Nysa a passé, avec la légende même en Grèce et s'y est (ixé en divers points. Si, dans V Iliade le mont Nysa, théâtre du combat de Dionysos et de Lycurgue est placé en Thrace, dans

LE DIEU NABATÉEN CUAÎ' AL-QUAM 401

Voilà déjà quelques indices qui nous reportent vers l'Orient et sont de nature à rendre moins surprenante la localisation en Arabie du mythe de Lycurgue telle que nous l'offre Nonnos. D'ailleurs, celui-ci n'en est pas l'inventeur, si invention il y a. Il n'a tait probablement que suivre une vieille tradition dont nous retrouvons la trace dans un fragment d'un poète bien antérieur, Antimachos, qui met Nysa en Arabie et en fait expressément le royaume de l'antibachique Lycurgue. Nous en retrouvons encore une autre trace dans un document qui, pour être de plus basse époque, ne doit pas cependant être négligé. C'est la légende, rapportée par Etienne de Byzance, s. v. Aaixaaxdç, du prétendu géant "A<jxoç, dont le nom est tiré par une paronomasie enfantine et pour les besoins de la cause (à'raoç, « outre ») de celui de la ville de Damas; cet Ascos coopère avec Lycurgue dans sa lutte contre Dionysos, lie celui-ci, le jette dans le fleuve et coupe les vignes qu'il avait plantées en Syrie.

Si l'on voulait aller au fond de ces diverses fables tournant toujours autour d'un même point, on aboutirait probablement à un épisode de la lutte 'traditionnelle d'Osiris et de Set; et, Dionysos correspondant à Osiris, on découvrirait, sous les masques variés que portent les adversaires de celui-là, des figures plus ou moins typhoniennes. Mais je ne veux pas m'engager dans cette voie qui pourrait mener loin. Il me suffira pour aujourd'hui de me borner au cas spécial du Lycurgue arabe, adversaire de Dionysos et de déterminer dans quelle mesure cette personnalité mythique peut être rapprochée du Chaî c al- Qaum nabatéen antagoniste de Dusarès.

Voici un fait positif qui introduit dans la question, telle que je l'ai posée, un élément dont on ne saurait nier la valeur. Wetzstein a copié autrefois à Uebrân, et Waddington (n° 2286 a) a reproduit une dédicace grecque faite à un [8s]to Auxoupyw. L'inscription est datée du règne d'un des Antonins, par conséquent d'une époque voisine de celle de notre inscription palmyré-

l'hymne homérique XXV, 6 le mont Nysa n'est plus en Thrace, mais près «du fleuve d'Egypte, loin de la Phénicie ».

Hecukil d'Aucmbologib orientale. IV. Décembre 1901. Livr. 26 I

nienne 1 . Elle a pour auteur un vétéran retiré dans ses foyers, à peu près dans les mêmes conditions que notre ex-cavalier nabatéen 'Obaidou. L'apparition inopinée d'un dieu Lycurgue en plein Hauràn, c'est-à-dire en terre nabatéenne, avait beaucoup étonné. On avait suspecté l'exactitude de la copie et proposé de corriger AtfxoupY°Ç> en y voyant un simple nom propre d'homme •. M. Waddington n'est pas de cet avis, et il a raison, je crois. Mais alors qu'est-ce que ce dieu Lycurgue ? M. Waddington se contente de dire qu'il n'y aurait rien d'extraordinaire à ce qu'un particulier ait dédié un monument à Lycurgue divinisé. Il pense évidemment au fameux législateur Spartiate. Mais, bien que cette grande figure, plus ou moins historique, ait pu donner prise au mythe dans son lieu d'origine*, on ne s'explique guère qu'elle ait recruté des adorateurs jusqu'au fin fond du Hauràn. Est-il téméraire de se demander si ce Lycurgue ne serait pas plutôt par hasard quelque dieu du crû, celui-là même qui nous a tant occupé, celui que Nonnos nomme ainsi et nous montre combattant Dionysos en Arabie; celui que j'étais déjà tenté, pour d'autres raisons, de reconnaître dans notre Chai* al-Qaum considéré comme antagoniste de Dusarès? Il faut avouer, en tous cas, que ce témoignage épigraphique, ainsi interprété, est de nature à donner au récit de Nonnos une solidité qu'on pouvait jusqu'ici lui contester, et, par suite, quelque consistance à certaines des hypothèses que j'ai essayé d'en déduire.

1. L'inscription nabatéenne où apparaît Cbaî c al-Qaum est plus ancienne (96J.-C.)

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