‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 36 sur 213 · LES TROIS KARAK DE STRIE · texte numérisé non relu

LES TROIS KARAK DE STRIE

à l'extrémité méridionale du lac de Tibériade, rive ouest, tout près du point d'émergence du Jourdain, correspond, selon toute apparence, à l'antique Tarichée.

La troisième, indiquée entre Damas et Baalbek, est représentée non moins certainement par le Karak Noûh i , « le Karak de Noé », avec son fameux sanctuaire du patriarche, sur le bord de la plaine dite de la Béqâ c . C'est même ce dernier nom qu'il convient, je crois, de restituer dans le groupe défiguré par les copistes, et dont M. Le Strange n'a pas tenu compte dans sa traduction,

faute, sans doute, de l'avoir reconnu : ï^\\ corrigez et ponctuez

£UJL, «dansEl-Béqà*».

Reste à trouver l'identité du premier de nos trois Karak, celui qui, selon M. Le Strange, serait situé auprès de « As-Suwaid. sur la route qui mène à Al-Mârtn ». Voilà qui, à première vue, semble être bien précis. Le malheur est que les deux localités, qui devraient servir de repères pour la position de cet autre Karak, sont parfaitement inconnues. Je suis d'avis qu'il n'y a pas à hésiter un instant. Il ne saurait s'agir ici que du Karak du pays de Moab, la Gharax Moba des Byzantins. Il est inadmissible, en effet, que l'auteur des Marûsid ait pu, dans ce groupe de villes homonymes, omettre justement celle des trois qui était la plus célèbre et la plus importante.

Mais, alors, il faudrait faire la contre-épreuve et rendre compte des noms des deux localités qui, dans notre document arabe, déterminent ou paraissent déterminer la position de cet autre Karak. C'est en vain qu'on chercherait dans ces parages les prétendus noms de As-Suwaid et de* Al- Marin. En ce qui concerne celui de As-Souaid, je pense qu'en réalité, nous sommes en face d'une faute de copiste qui a complètement dérouté M. Le Strange.

Je propose tout bonnement de corriger Jb^-JI en vi^yJI, correc-

1. Cf. Yaqoùt, Mo'djem, et El-Mochtarik. Voir, sur ce Karak, sur son identité probable avec Bpo/oi = Kp<S/oi de Polybe (à côté de réppa =. ' Aïn-Djarr), et sur le grand lac disparu dont la Béqà* représente l'ancien bassin, les observations que j'ai publiées dans le volume précédent du Recueil (III, p. 25

tion qui répond à toutes les exigences d'une paléographie rationnelle. Nous obtenons ainsi le nom de la ville de Chaubak. qui se trouve effectivement dans la région de Karak, et était même une dépendance directe de celle-ci, aussi bien à l'époque des Croisades qu'à l'époque arabe '.

Quant à la prétendue At-Mdrin, ce n'est pas aux copistes qu'il faut s'en prendre, mais bien, cette fois, au traducteur. Il suffit

de regarder le texte arabe de plus près : ^jl cT jUî &J**

jJa«Ji, pour reconnaître que ù m j&\ n'est nullement un nom de

lieu, mais bien CX m j^ 9 el-mârrîn, c'est-à-dire le pluriel du parti-

cipe présent du verbe ^, « passer, traverser ». La localité de

Al-Mârin s'évanouit sans retour, et cette partie de la phrase est à traduire tout simplement :

« Auprès de Chaubak, sur le chemin de ceux qui passent en Palestine ».

Inutile de faire remarquer que cette dernière indication concorde à merveille avec la position géographique de Karak et de Chaubak.

Il me sera permis de faire remarquer à ce propos que c'est à tort que M. Hondas a cru devoir mettre en doute l'identité du Karak du pays de Moab avec le Karak figurant dans un fragment des plus curieux, intercalé dans le manuscrit arabe n° 4899 de la Bibliothèque nationale *. Ce fragment, découpé dans une grande lettre qui devait être primitivement en forme de rouleau, et écrit en caractères mongols, constitue le feuillet 314 du manuscrit, avec le contenu duquel il n'a aucun rapport*; ce morceau a

1. Karak et Chaubak formaient une province correspondant au fief médiéval de la Pelra Deserti et du Mont Real devenu, en dernier lieu, la baronnie du fameux Renaud de Châtiilon.

2. Histoire du sultan Djeldl ed-din Mankobirti, prince du Kharezm t par Mohammed en-Nesâwi, édit. Houdas, texte français, pp. v-vi, cf. fac-similé, p. x.

3. Il est bien regrettable que ce fragment si intéressant pour la philologie mongole n'ait pas encore été étudié par les spécialistes. Autant que j'en puis juger par un médiocre fac-similé que j'ai sous les yeux, les trois derniers mots me semblent être identiques à ceux qui terminent la fameuse lettre adressée par

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