LA « TABELLA DEVOTION IS » PUNIQUE
se soustraire » et, par extension « soustraire, voler »*? 11 y a même un passage talmudique qui présente avec le nôtre quelques rencontres curieuses : « on se soustrait à un serment, mais pas à un paiement, ^DiSmi paiera nnra ». Mais s'il s'agissait d'un vol, le bon sens exige que l'acte ait été commis non par l'auteur de l'incantation, mais par l'ennemie dont il se plaint, c'est-à-dire par 'Amastoret ; or, il semble bien que le verbe nrmx est à la première personne, et non à la troisième du féminin. 11
est vrai qu'à la rigueur, on pourrait couper ûbwn rm**, en rapprochant de ce dernier mot l'hébreu Dlbi&n, « paiement, indemnité, etc.. ». Mais que faire, alors, de ma*? à quel état grammatical serait ce mot 1 ? En résumé, sans pouvoir en donner la justification rigoureuse, j'incline, pour ce passage, vers la lecture et, grosso modo, vers le sens suivant :
ohw nninx wt* «pan irbv Nïby to
c parce qu'elle m'a attaqué (judiciairement?) au sujet de l'argent que j'ai payé intégralement ».
Pour la ligne 5, M. Lidzbarski est entièrement d'accord avec moi.
À la ligne 6 il admet également la lecture, très importante, du dernier mot, tel que je l'ai déchiffré et compris : ^SVK = msyn « le plomb ». Auparavant, il propose de couper "D^n ; ce serait la troisième personne du féminin aoriste passif de "p, ayant pour sujet rnsv : « est versée ». J'en doute fort ; la comparaison avec la ligne 1 impose presque la coupe "jdi, avec report du n au mot
1. Voir Levy, Neuhebr. W., s. v. mi. Cf. une femme qui vole du bien de son mari, nbn Sttfa nmra.
2. Voir dans ni2N, ainsi coupé, un prétérit (h)ophal ayant pour sujet ûb(^)n» « paiement » (l'argent dont le paiement a été effectué), ne serait guère satisfaisant. Il y a encore une autre idée à laquelle je n'ose non plus m arrêter; elle consisterait à maintenir à miN le sens constant de « voler » et à considérer D")(?)n comme un nom propre, sujet de ce verbe actif (l'argent que T... a volé); 'Amastoret aurait attaqué l'auteur de l'incantation pour un vol que celui-ci déclare avoir été commis par un autre que lui. Mais ce sont là des hypothèses sans consistance qui soulèvent plus de difficultés qu'elles n'en peuvent résoudre.
précédent. D'ailleurs, n'eûl-on pas plutôt, dans ce cas, écrit defective : "jon ! , comme sur la stèle de Byblos où nous avons ]nn, « qu'elle donne » et non ]rpr\?
J'avais admis* moi-même la possibilité de os = l'hébreu iœ ; mais je ne crois guère àM23, qui aurait la même valeur; le aleph est paléographiquement très peu probable ; en outre, s'il faut, comme je le pense, détacher le ri du prétendu groupe "D^n, l'hypothèse de M. Lidzbarski perd sa base principale. Je suis heureux de constater qu'il lit maintenant avec moi t ^ddh, parallèle à *\D2 de la ligne 4 ; mais je me refuse de nouveau à y voir, comme il le fait encore, l'hébreu ^rô, « incantation » ; c'est : « cet argent », ce même argent dont il a été parlé à la ligne 4. Je ne crois pas non plus que le groupe fruste par lequel débute la dernière ligne : n..., soit, comme il le veut, un verbe tel que rvm, qui signifierait : «j'ai écarté (ce maléfice) » ou, au perfectum confidentiae : « qu'elle écarte (elle = la déesse) ce maléfice ». Dans ce dernier cas, il faudrait, tout au moins nttc, comme nous avons whv et non nsby. On est entraîné par le parallélisme rigoureux des deux passages :
obu; nrrQN htmi H 03 ! 2 ! tiSvinïSvi a
m\ H 03 ! 2 ! 'n^yiMroi a
ï|*|D3n n..b| inby| yby \w* ai» bs h
A. parce qu'elle m'a attaqué au sujel de l'argent que j'ai
B. de même tout homme qui m'attaquerait au sujet de la — de cet argent.
Dans les deux cas, le verbe yby appelle, après 'nby, un régime indirect commandé par la préposition a.
Somme toute, la dissertation de M. Lidzbarski n'a pas, à mon avis, sensiblement éclairci les obscurités ultimes du texte devant lesquelles s'étaient arrêtés, à des distances diverses, ses deux devanciers; elle les a plutôt épaissies sur certains points par
1. M. Lidzbarski tourne, il est vrai, la difficulté en vocalisant "|p*n, au niphal. Mais rien ne prouve, à supposer même que les Phéniciens aient jamais employé no^ au niphal, qu'ils eussent ainsi vocalisé. Je croirais plutôt qu'ils traitaient, morphologiquement, leurs verbes i"£ — :"s comme des (h)iphil t et, au passif — s'ils employaient bien cette voie — comme des (h)ophal.