as^ntf nnmn
MANBOUG-HIÉRÀPOLIS DANS LES INSCRIPTIONS NABATÉENNES 103
Tordre graphique, la forme de ces deux lettres prêtant à une facile confusion dans l'alphabet hébreu carré.
A côté de cette forme contractée, et peut-être même altérée, Maïmonide nous donne la forme exacte aiijd, Manbeg 1 ; mais ce témoignage, relativement tardif, n'a pas grande valeur, car il est à présumer que le célèbre docteur juif du moyen-âge, qui savait l'arabe comme pas un, ne fait que reproduire la forme arabe même : £•!• Manbidj, Manbédg-
Heureusement, nous avons d'autres témoignages, qui, bien qu'extérieurs, nous permettent de remonter beaucoup plus haut. Ils viennent, pour ainsi dire par dessus la tète des témoignages talmudiques et syriaques, se relier directement à la forme arabe et nous garantir, chemin faisant, l'exactitude de la forme nabatéenne qui constitue le chaînon intermédiaire entre celle-ci et ceux-là. Ces témoignages sont ceux des auteurs grecs et latins.
Constantin Porphyrogénète écrit le nom de cette ville : Ma- 6oux. Evidemment, cette transcription ne fait que reproduire, plus ou moins exactement, la forme syriaque contractée, -nan; elle nous montre que, dans le dialecte syriaque, la disparition de la nasale qui, au contraire, s'est fidèlement maintenue dans le dialecte arabe, était déjà un fait accompli au moins au x° siècle de notre ère. Nous verrons, dans un instant, qu'il a dû se produire beaucoup plutôt. Bien que, dans cette transcription, le bêta iîe soit pas redoublé, il ne résulte pas nécessairement de là que cette réduplication n'existât pas, ou n'existât plus en araméen ; le grec a pu négliger de la noter. Quant au durcissement de la palatale finale g en k, il est possible qu'il soit aussi à mettre au compte des transcripteurs; mais il est possible également que ce soit un fait phonétique d'origine sémitique. C'est ce que tendraient à faire admettre les indices suivants.
Si nous passons aux auteurs réellement anciens, nous constatons qu'ils sont unanimes à écrire le nom indigène de notre
\ . Les éditions imprimées portent la leçon fautive 12AQ ; mais la leçon correcte Jimo a été reconnue dans les manuscrits de la Bodléienne à Oxford, par M. Neubauer (op. cit., p. 293, n. 1).
Hierapolis : BajxSuxrj. Telle est la forme donnée par Strabon, Plutarque et Élien. On a reconnu depuis longtemps que Bajx64xV impliquait des formes intermédiaires Map.66xvj et MayJMrn faisant la transition entre le syriaque aiao et l'arabe g^.Lem initial s'est changé en b, en subissant l'altiaction du b qui commence la seconde syllabe ; la voyelle u s'est bien maintenue, et la palatale finale g s'est durcie en k. Pour ce qui est de l'origine de ce dernier phénomène, il y a lieu de faire les mêmes réserves que celles auxquelles nous a conduits l'examen de la forme Maéoux. En tout cas, le \k qui précède le (3 de la syllabe, guy.ij, vient nous garantir un point essentiel, la réalité de la nasalisation de la forme primitive ; cela légitime, du même coup, le noun de la forme arabe ainsi que celui de la forme nabaléenne qui nous est aujourd'hui révélée et dont l'existence est autrement significative à cet égard, que celle de la forme arabe, car on pouvait contester jusqu'alors la valeur de celle-ci.
Mais, c'est surtout le passage de Pline 1 qui, à tous égards, est le plus instructif pour nous :
Bambycen, quae alio nomine Hierapolis vocatur; Syris vero Magog (sic) ; ibi prodigiosa Atargatis, Grœcis autem Derceto dicta, colitur.
On voit que Pline, tout en reproduisant exactement la forme grecque, consacrée par l'usage, Bambycen, du nom indigène de Hierapolis, a noté la forme particulière que ce nom avait prise dans la bouche des Syriens; on a reconnu, en effet, depuis longtemps que la leçon Magog était fautive; elle a dû être introduite dans le texte de Pline par quelque copiste du moyen-âge sous
1. Je n'ai pas à in'occuper ici de la question, d'ailleurs, fort intéressante, de savoir jusqu'à quel point, le nom antique du ver à soie, de la soie et, par suite, du coton (cf. le turc pambouq), confondu avec la soie, pojxfrjÇ, po{i6uxiov, bombyx, bombyvinus, etc., sont apparentés au nom de la ville de Ba{i6\jxr P qui a pu ôtre l'un des premiers lieux de l'introduction de la soie, des industries qui en dérivent ou même de l'élevage du ver qui la produit. Voir, à ce sujet, Hitter, Erdkunde, X, p. 105(5, s. Je me bornerai à rappeler qu'Aboul-Féda signale le mûrier du ver à soie comme étant encore, de son temps, l'arbre principal des plantations de Manbidj.