‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 71 sur 213 · HiU. nat.y v · texte numérisé non relu

HiU. nat.y v

MANBOUG-HIÉRAPOLIS DANS LES INSCRIPTIONS NABATÉENNES 105

l'influence d'une réminiscence biblique (Gog et Magog). La correction Mabog s'impose, et, à cet état, le nom correspond exactement à la forme propre au syriaque xnn.

Le témoignage de Pline permet donc de faire remonter assez haut l'âge de cette forme syriaque, caractérisée par la disparition de la nasale nou m; l'on remarquera, de plus, dans la transcription Mabog, la non-réduplication du b, réduplicalion qui, normalement, devrait correspondre à l'insertion de la nasale dans la labiale suivante et que lesyriaque lui-même négligeou semble négliger. Il est vrai que, sur ce dernier point, Pline a pu nô pas tenir compte d'une réduplication du b qui était réelle, ou bien, que, s'il en avait, par hasard, tenu compte, la trace écrite de cette réduplicalion, Mabbog, a pu s'effacer dans l'accident beaucoup plus grave subi par l'ensemble du nom sous la plume des copistes. Il est possible, d'ailleurs, que la disparition de la nasale ait pu être compensée dans la forme syriaque, non pas par la réduplication du b y mais, ce qui arrive quelquefois, simplement par rallongement de la voyelle de la syllabe précédente : Mâbog = Mabbog =■ Manbog.

Quoi qu'il en soit, il résulte clairement désormais, de l'accord des formes grecque, nabatéenne et arabe, Ba^xY), toJQ et £=-!•, que l'existence de la nasale dans le nom de la ville est un fait constant et probablement primitif. J'ajouterai qu'il n'y a pas lieu d'être surpris, étant données les étroites affinités du nabatéen et l'arabe, que la forme nabatéenne concorde avec la forme arabe plutôt qu'avec la forme, syriaque contractée. J'estime, en conséquence, que nous sommes pleinement autorisés à considérer, ainsi que je l'ai fait, notre mot nabatéen, ^nuia comme l'ethnique féminin tiré normalement deaaao : «la Manbougienne », autrement dit « la Hiérapolite ».

Reste à savoir maintenant à quoi, ou à qui peut s'appliquer cet ethnique féminin, répété deux fois dans notre ensemble d'épigraphes. A priori, il semblerait tout naturel de le rapporter au mot, ou au nom Nnyina, auquel il paraît être matériellement associé, bien que, dans le premier cas, tout en étant gravé très près

decelui-ci,ilnesoit pas rigoureusement dans le même alignement, et que, dans le second cas, il soit, en oulre, un peu éloigné.

C'est ici que peut se poser utilement la question, que j'avais dû laisser provisoirement de côté, concernant la nature exacte de» ce groupe énigmatique NWWN.

Si, comme on a l'a supposé, c'est bien un nom propre de personne, comparable au nom nabatéen similaire, mais de composition également obscure "mnpiriN, on pourrait admettre que celte personne était une femme 1 , et une femme originaire de Manboug-Hiérapolis. La chose serait assez plausible, si Ton pouvait déterminer au juste la valeur significative de l'élément iriN, entrant dans la composition des noms homologues — , si tant est que ce soient bien des noms — à physionomie théophore, NnyinN et ittnpinN. Si, dans le premier, nto correspond bien au nom de la divinité, connue par ailleurs, on serait amené, par symétrie pour ainsi dire, à considérer, dans le second, l'élément rcnp comme représentant également un nom de divinité — peutêtre une forme nabataïsante de la grande déesse vip> Qadechl? Cela, en lout cas, tendrait à faire écarter l'explication de M. Hoffmann qui, ne connaissant que ce dernier nom itznpinN, cherchait, au contraire, l'élément théophore dans la première partie irm et considérait la seconde wip, comme un déterminatif : « js* ist heilig ». Il faut avouer que l'apparition du nom NnsnriN, si c'est bien un nom de personne, n'est pas favorable aux vues de M. Hoffmann, car il serait bien difficile, dans ce cas, de ne pas reconnaître dans NTO le nom de la divinité, écrit aussi nro, qui entre dans la composition de nombreux noms palmyréniens : NTim, nwu, nwnî, etc., sans parler de ceux, non moins nombreux, où l'élément théophore occupe la première place, en s'apocopanl, la plupart du temps, eu TO (]n:ny, spvw, etc.), ou bien en se transformant en W (apjpnjr, n:Stiv).

Assurément, il serait assez tentant, au premier abord, de con-

1. On ne peut guère songer à rapprocher KDTiriN desn. p. f. (?) hauraniens 'OicpàOri, OTYjpâÔYi ; le tau implique un tet dans la forme araméenne originale (p. ô. quelque dérivé des racines "nan ou iw ?).

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sidérer notre KWina comme équivalant à nnjnro Atergatis, el d'y rapporter l'épithète otiwmd « la Manbougienne », Atergatis étant la grande déesse de Hiérapolis-Manboug. Mais cette idée se heurte à de graves difficultés.

En premier lieu, il faudrait justifier le changement du ain en aleph au commencement de ce nom divin. Or, sur les monnaies de Hiérapolis et dans l'inscription palmyrénienne Vog. n° 3, ce nom est invariablement écrit nnsnro. On a bien cru trouver dans deux autres inscriptions palmyréniennes 1 l'élément (n)ro écrit (n)nN, dans le nom propre connu ipyrw = npyriN, et cette dernière forme a été, sur cette double autorité, enregistrée par M. Lidzbarski dans son Handbuch (s. v.). Mais, pour le premier exemple, je puis certifier, vérification faite sur la copie du capitaine Contenson, que Y aleph est le résultat d'une fausse lecture et que l'original porte un V indubitable ; le second exemple est, selon toute probabilité, à récuser pour la même cause, l'auteur qui en est responsable étant fort sujet à caution comme épigraphiste.

En second lieu, l'emploi d'un simple adjectif ethnique comme vocable d'une divinité, est tout à fait contraire à ce que nous savons jusqu'ici des habitudes des Nabatéens et des Sémites en général. Ce serait une tournure insolite, sentant le grec. Si Ton auraitpu dire très correctement 'AïapYxrtç 'Iepa^oX^Ti^il n'en allait' pas de même dans les langues sémitiques. Ce qu'on attendrait, en pareil cas, c'est anaoa H, « Atergatis qui est à Manboug»; c'est ainsi, par exemple, que Allât est dite "rnSyi n, « quiestàSalhad», O'ro, N13T11 H, « qui est àBosra », etc.

Enfin, on ne s'expliquerait pas que le nom de la déesse ait été ainsi gravé tout sec, sans que quoi que ce soit vienne nous apprendre à quel titre... pas même une simple préposition, indice d'une dédicace, d'une invocation.

Si ces observations sont fondées, on aboutit forcément à cette

l.Lagrange, Rev. bibl., I, p. 433s. et D. H. Millier, Wien. Z. f.K. M., VII, p. 11 s., n° 3.

conclusion que, dans nos épigraphes de Pétra,NJvauo ne saurait se rapporter qu'à une personne mortelle. Quelle est cette personne ?en aurions-nous, alors, le nom dans le groupe Knsnrw qui accompagne cet ethnique? Ce groupe est gravé tout à côté, mais cependant à une dislance appréciable, ce qui est déjà une certaine difficulté. Et puis, pourquoi, dans ce cas, l'ethnique serait-il répété deux fois, tandis que le nom ne serait écrit qu'une fois?

On pourrait se demander si, par hasard, anuiua ne serait pas, au lieu d'un simple ethnique, un nom propre de femme ayant bien la signification étymologique de « Manbougienne », mais devenu un véritable nom spécifique. Dans ce cas, il n'y aurait pas de rapport direct entre les épigraphes n° 422 A, B et l'épigraphe n°423;ellesconstitueraientdesproscynèmesindépendants. L'idée peut sembler tant soit peu risquée au premier abord. Voici, toutefois, qui pourrait lui donner quelque consistance.

Nous trouvons dans la littérature rabbinique 4 *no, Mabboug, employé comme nom propre d'hommes, de même "aao et MM, Mabgai qui, malgré l'opinion courante *, pourrait bien avoir pour origine l'ethnique de la ville. Mais il y a mieux. Je relève à Helbon, dans la Damascène, les deux inscriptions suivantes 8 , qui se complètent et se confirment l'une l'autre et auxquelles on n'a pas prêté une attention suffisante :

A Auaru^ Ma(x6oYai5u [avéOvjy.ev]

B [AuŒiaJç Ma^cyaifou av]£0y;xev.

Voilà un exemple certain de Ma^cyaîcç employé comme nom d'homme et je n'hésiste pas à prêter à ce nom propre, jusqu'ici inexpliqué, la signification originelle de« Manbougien ». Je ferai remarquer, accessoirement, que ce double document tend, d'une part, à corrober, l'explication que j'ai proposée des noms talmudiques, et, d'autre pari, nous apporte une preuve nouvelle et décisive de la nunnation dans la forme nabatéo-arabe du nom

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