‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 72 sur 213 · Waddington, op. cit., n · texte numérisé non relu

Waddington, op. cit., n

MANBOUG-HIÉRAPOLIS DANS LES INSCRIPTIUNS NABATÉENNES 109

sémitique de Hiérapolis, telle que j'avais cru pouvoir la dégager de wnu:un. Mais je n'insiste pas sur ce point; ce que je veux retenir présentement de ce fait, c'est ceci : du moment qu'il est avéré qu'un Araméen a porlé le nom de Mr^o^aXoç = (n)ui:d, « le Manbougien », n'est-on pas fondé à admettre qu'une Araméenne a pu valablement porter celui de Mql\l6q\>iûXx = «nuian, « la Manbougienne »?

S'il en est ainsi, nous resterions en face de l'épigraphe NrunnK dégagée de toute connexion directe avec «nuiM et, par suite, à considérer strictement en elle-même. Ici, se pose à nouveau, et plus pressante que jamais, la question de savoir comment interpréter cette courte épigraphe, en tenante compte de son évidente analogie avec celle de EI-Hidjr : ittnpirus.

J'ai déjà examiné les diverses conjectures mises en avant pour expliquer ces deux groupes symétriques envisagés comme des noms propres qui seraient formés respectivement de deux éléments. Aucune n'est bien satisfaisante. Faudrait-il chercher dans une autre voie, dont la possibilité a été déjà indiquée par les éditeurs du Corpus à propos de l'inscription d'El-Hidjr, et détacher in«de nto, comme ils avaient déjà pensé, sous toutes réserves, à détacher ixw de WTp ? Dans cette hypothèse, in« serait un substantif, «loculus », et Wip. ainsi que «ro, des noms propres de personnes ; « loculus de Kadichou », « loculus de \Até ».

Bien que nous n'ayons pas encore rencontré dans l'onomastique nabatéenne le rçom de Kadichou, il n'a en soit rien d'inadmissible et, en particulier, l'adjonction du ivaw, embarrassante dans l'hypothèse où wrp serait un élément intégrant d'un nom composé, s'expliquerait assez bien dans celle où il constituerait à lui seul le nom propre. Quant à NTO employé comme nom de personne, on pourrait invoquer l'analogie du nom propre palmyrénien assez fréquent W. On pourrait même vouloir pousser plus loin ce dernier rapprochement et, TO étant un nom de femme, supposer que son congénère nto est ici également un nom de femme — ce qui expliquerait la forme féminine Nrn:oaa : « loculus de 'Até la Manbougienne. »

Mais cela ne va pas sans difficulté. Par leur situation même les inscriptions de Pétra, comme celle de El-Hidjr, ne semblent pas se rapporter à des tombeaux ; la formule même de celle-ci, 1133, indique plutôt un proscynème de caractère purement religieux. Il est vrai que "îna n'a pas forcément le sens de loculus funéraire, auquel on s'est peut-être trop attaché dans le Corpus. Assurément,le mot figure dans la grande épitaphe de Pétra(no 350); mais, là, il est au pluriel et paraîtavoirle sens général de «lieux ». Il en est peut-être de même dans Tépitaphe du n° 217, où il est au singulier, et peut désigner non pas le sépulcre proprement dit, mais le lieu, le terrain, où est le séplucre. Dans l'inscription araméenne de Seraïdin, sa valeur propre reste indécise, vu l'incertitude qui règne sur l'objet général du texte. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que, dans les inscriptions de Neîrab, WN = ina semble bien être pris dans une acception nettement funéraire.

Mais, même en admettant que "irw ait eu réellement en nabatéen le sens de « loculus » sépulcral, ce sens est-il si bien établi qu'il soit exculsif de tout autre? Plusieurs indices 1 , sur lesquels on a avec raison insisté dans le Corpus, donnent à penser que dans l'inscription nabatéenne n° 235 1 , irw pourrait bien désigner non un

1. L'aspect môme du monument dit El-Diouân, sur lequel est gravée l'inscription ; la tournure même de l'inscription commençant par k formule propre aux simples proscynèmes (VT3T) ; l'expression NIV2 NID « domino domus » semblant viser le dieu(?) même du sanctuaire.

2. L'interprétation de cette inscription difficile, connue seulement par une copie imparfaite, est, d'ailleurs, sujette à caution. Je doute fort qu'il comprendre la dernière ligne : « Dixit Dominus domus : Vah ! » A supposer que iO= vah! soit bien une interjection, je l'isolerais complètement de la phrase, ici comme au début; je serais tenté de rattacher étroitement ce membre de phrase à ce qui précède: « tel et tel qui ont renouvelé ce lieu (saint?) pour le dominus domus, [selon] l'ordre qu'avait donné le dominus domus. »; le lien syntactiquc entre les deux membres de phrase serait caché dans la ligne 3 mutilée. A la ligne 1 il faut peut-être lire : "jnW3 XV1NUJ1 a et le reste de leurs familles », au lieu de : « et Chaaritah (ilii eorum ». Plusieurs des noms propres sont très suspects. Le troisième (ligne 1), lu DQn> pourrait l'être D["T]OH = AïojAr.orj; (?), n. p. très fréquent dans l'onomastique hauranienne ; en tout cas, le complexe initial ressemble plus à H qu'à n (comparer le H gravé au-dessous, à la ligne suivante) et la copie montre, entre D et D, un vide largement suffisant pour loger une

MÀNB0UG-HIÉRAP0L1S DANS LES INSCRIPTIONS NABATÉENNES 111

tombeau, mais un sanctuaire. On pourrait dès lors se demander s'il n'en est pas de même ici; seulement, on nfe voit pas bien, il faut l'avouer, de quel genre aurait été ce sanctuaire situé dans une région très retirée, d'accès difficile, à proximité des carrières de la ville.

Si l'élément in« doit être réellement isolé — ce qui est encore à démontrer — pourrait-on le considérer comme un nom propre de personne, complet en soi? L'onomastique nabatéenne a bien un nomnrm 1 (Cl. S., n° 484); mais,ici, il manquerait le waw\ et, d'ailleurs, le nabatéen ne semble pas avoir eu, comme Ta le palmyrénien, l'habitude de juxlaposer deux noms propres, le second représentant soit le patronymique 1 , soit un second nom d'un même personnage. ~

Il y aurait bien encore une autre hypothèse à laquelle on pourrait songer; mais elle me paraît si peu satisfaisante que je la mentionne seulement par acquit de conscience. Le mot hébreu ont&N « bonheur, prospérité » s'emploie fréquemment à l'état construit comme formule de souhait, de salutation, avec une valeur interjectionnelle; l'usage s'en est conservé même dans la langue post-biblique, parfois avec des formes un peu différentes 8 . On pourrait, en conséquence, être tenté de chercher dans notre "inN nabatéen (= w«, TWn), l'équivalent d'une acclamation de ce genre répondant aux formules usuelles mi, dS ; j, et au grec y*Xpz, Ôiojci, etc. Sans doute, la transformation du vj en n serait normale; mais nous n'avons pas la preuve que la racine hébraïque WH, « être heureux », ait pénétré dans le lexique araméen, même en subissant la transformation en rigueur. Et puis, à sup-

lettre disparue. Le nom qui précède celui-ci pourrait être VTO, bien connu dans l'onomastique nabatéenne; mais on ne sait que faire, alors, du groupe de trois

lettres intervenant : ini, car il paraît impossible de corriger la copie en "on qui, pourtant, irait bien pour le sens. Le nom du second stratège (ligne 2) paraît s'être termine par ? + n. plutôt que par E -f] ; il était peut-être du type nbvs.

ou nSwî

Page 1