‹ Recueil d'itinʹeraires dans la Turquie d'EuropeChapitre 10 sur 46 · NISCH, SOPHIE ET PHILIPPOPOLIS · texte numérisé non relu

NISCH, SOPHIE ET PHILIPPOPOLIS

Jjepois Grotzka on se rend par des vallons surtout boisés en chênes à Hassan-Pascha Palanka ou Palanka. C*e8t une course postale de près de 15 heures, Grotzka étant à 6 h. de Belgrade, Kolar, la seconde poste, à 4 h. de Grotzka et Palanka à 6 h. plus loin. Entre Grotzka et Kolar on franchit la hauteur de Voloder (vallée dés bœufs) et à 1 1. de Kolar on passe à Dobratscha le torrent de Ralia coulant de l'O. à TE., puis trois de ses affluens venant du S. O. S débouche dans le Jezava, branche occidentale de la Morava *).

Dans ces lieux la route se bifurque, l'une va à Palanka, tandis que l'autre gagne à droite Kragoujevatz par Lopovo près de l'Ivanitza, derrière Palanka* Elle traverse ensuite la vallée du Koupernitza et remonte celle du Jasenitza à Jabari ; ce qui fait en tout une distance d'environ 6 à 7 h.

Palanka est au confluent de l'Ivanitza venant de l'O. et de la Jasenitza (de Jasen, frêne), coulant du S. O. Il y a là une source acidulé en deçà du torrent et des vergers de pruniers à l'entour. Une partie de la vallée de la Jasenitza est cultivée et elle remonte jusqu'à Roudnik (50 m. et 396 h.), tandis que les hauteurs qui l'entourent sont le plus souvent boisées en chênes.

') D'mprës la Carte de Bongarski il semblerait que la partie inférieure de oe coun d*eau s'appellerait aussi Dobrntsrhu ?

Depuis Palanka on compte jusqu'à Jagodina 12 h. de route. On continue à parcourir les divers coteaux boisés, qui s'abaissent vers la vallée de la Morava. Au moyen de plusieurs petites montées et descentes on traverse au moins sept torrens, affluens de la Moraya. Pour arriver au sommet de la première hauteur à un Han, on suit un petit affluent de l'eau de Palanka et on descend de là au bourg de Ratscha (112 m. et 439 h. avec une église et une école), il est à 3 Va h* du dernier lieu cité et sur le Lipovatscha venant du S. O. des hauteurs de Stragari. Plus loin vient le contrefort de la montagne du Goloubitza (Petit Colombe). Le bourg de Batoschina (91 m. et 494 h.) est à 2% h. de là sur le Lepenatz coulant depuis Kragoujevatz à la Morava en général du S. S. O. au N. N. £. 9 à l'exception de son passage au pied S. E. de la Planina- Goloubitza, où sa direction est S.O.-N.Ë. comme celle de beaucoup de torrens du pays de la Schoumadia« Bagrdan (Debeva grda des cartes) (56 m. et 282 h.) est à 2 Y, h. plus loin sur rOsivnitza , et sur cette route on traverse encore deux autres ruisseaux; le mont Sobovitza (deSoba, hibou) reste adroite, enfin Jagodina est à 3 '/, h. de Bagrdan. Dans ces bois et ces bocages on ne rencontre que le hameau du Tmavatz. Avant Jagodina on parcourt à côté de la Morava une vaste plaine en culture et pâturage. Sur les deux rives de ce fleuve s'élèvent à distance d'assez hautes montagnes boisées sous le double nom de Tzmi- Vr (Cime noire).

Jagodina ou Jagodin est situé sur le Levatschka-Rieka, qui coule du S. O. au N. E. entre la Planina - Tikva au S. et une autre crête au N. que Mr. Bougarski appelle, je crois par erreur, Eotlenik. Il reçoit à Glavintze (25 m. et 172 h.) le torrent de Eavadar et avant Jagodina celui de Belitza, qui réunit les eaux du Tzrni-Vr, placé au S., et celles des hauteurs boisées au N. E. de Kragoujevatz. Cette ville comptait en 1845 722 maisons ou 3166 âmes ; il y a une église, une école à trois classes et une expédition des postes. La rue principale est pavée et garnie de boutiques et à ce milieu de la ville aboutissent des rues courant du N. au S. et de TE à l'O. On y observait en 1838 assez de nouveUes bâtisses, les rues sont droites et larges et en partie payées. Dans les rues principales les maisons ont un étage. Les jours du marché cette ville est vivante et en général elle est bien placée pour le commerce de détail de l'intérieur. £ji deçà

d'un prés à TE. de la ville on voit encore le^ restes d'une mosquée et UD petit fort carré. Le prince Milosch possédait dans le voisinage de belles fermes et des vignobles.

Jagodina est la résidence du commandant et du tribunal du cercle de ce nom, ainsi que celle d'un archiprêtre. Ce dernier a sous lui les districts de B'agodina, de Levatschka et d'une partie de celui de la Temnava, c'est-à-dire 26 paroisses et 8 églises. Le cercle de Jagodina comprend les deux districts de la Temnava et du Levatschka avec 69 communes, 1 ville, 143 villages, 803*i maisons et 47,371 âmes. Il y a 8 écoles. Le district de Tem* nava compte 1 ville, 61 villages, 4269 maisons et 23,9S2 habitans. Celui de Levatschka contient 82 villages, 3763 maisons et 23,419 habitans. Les deux conunandants de districts résident à Jagodina.

Pour aller à Tchoupria (t. Keupri , pont) , on est obligé de passer à gué à y, 1. après Jagodina le petit torrent du Lougovina-Rieka, qui coule de PO. à l'E. Des vignobles restent vers les collines à droite. A ^/2 1. plus loin on franchit un petit monticule de gneiss, qui s'avance dans la plaine sous forme de promontoire. Le reste de la route se fait en plaine. Un méchant Han se trouve à 1 h. de Tchoupria. Avant d'atteindre à moins de 2 1. de Jagodina le pont de Tchoupria, qui a 20 à 24 toises de longueur, on voit encore les restes des remparts de terre ou de la tête de pont que les Turcs y avaient élevé. Dans ce temps là Tchoupria était une palanke et un point important pour pouvoir envahir la Schoumadia à la moindre insurrection. Ce pont étant le seul sur la Morava, cette rivière a servi plusieurs fois de fossé de séparation entre des camps ennemis.

Le bourg de Tchoupria sur leRavanitza, à 260 p. de haut.abs., a une nouvelle église, 262 maisons ou 1477 habitans et était en 1837 en bonne partie rebâti à neuf. Il y a une école à deux classes. Entre le pont et la rue principale on voyait encore les ruines d'anciens édifices détruits. Cette rue est assez longue et large, mais garnie stirtout de rez-de-chaussée, au milieu desquels on remarquait ça et là de nouvelles maisons d'un étage et de bonne apparence. Il y avait deux auberges , Tune près de In Morava, où il y avait à côté de la cuisine une grande chambre avec une estrade en bois réhaussée, comme dans les cafés turcs. La nouvelle auberge à lextrémité opposée de la rue avait l'air

d'une vaste maison de paysans de la Souabe. Elle était en grande partie en bois, et aurait pu aisément offrir quelques chambres au voyageur, mais on s'y établissait à terre sur des nattes, tandis que le fond de cette grange était l'écurie.

Tchoupria est la résidence du commandant et du tribunal du cercle de ce nom ainsi que celle d'un archiprêtre, qui a sous lui en outre le district de Resava ou en tout 20 paroisses avec 6 églises. Le cercle de Tchoupria comprend les deu;^ districts de Resava et de Paratchin ou 74 communes, 3 bourgs, 93 villages, 6309 maisons et 39,151 âmes. U y a il écoles et une poste au chef-lieu. Le district de Resava comprend un bourg, 55 villages, 3755 maisons et 23,581 habitans. Le commandant est à Svilanitza. Celui de Paratchin compte 2 bourgs, 38 villages, 2554 maisons et 15,570 âmes. Le commandant habite Paratchin.

Une plaine uniforme et cultivée, ça et là, comme ceile de Jagodina, conduit en 2 h. à Paratchin, où il y avait aussi beau* coup de nouvelles bâtisses, en particulier une nouvelle église et un moulin avec plusieurs roues ou trois meules. Ce bourg est plus grand que Tchoupria, mais ses 521 maisons avec 2705 âmes sont dispersées sur une moindre étendue de terrain. Un petit cours d'eau, le Tzmitza, avec un pont de bois, passe au milieu de cette ville naissante et coule comme la Ravanitza du N. £. au S. O.

A V* 1. de Paratchin on voit à gauche le village deTekiia (33 m. et 194 h.) situé au pied de petits coteaux, derrière lesquels paraissent à l'E. des montagnes calcaires escarpées faisant partie de la chaîne du Goloubinie. A l'O. s'élève à 1855 p. la cime assez pointue du Bior, 6ior ou Jouchor, dénomination probablement albanaise et provenant du mot Giouri (genou), parce que cette montagne simule ce membre relativement à la séparation des deux Moravas. U est le point le plus élevé des hauteurs boisées s'étendant sur la rive occidentale de la Morava depuis Jagodin jusqu'au confluent des deux Moravas. On distingue dans la petite plaine au pied de ces montagnes plusieurs villages , tels que Raschevitza (102 m. et 585 h.), Pototschatz (100 m. et 575 h.), Svoinovo (64 m. et 375 h.), Obreje (06p*e«) (169 m. et 1123 h.), Katoun (en albanais Chalet) (122 m. et 792 h.) et Varvarin (96 m. et 615 h.). Au S. O. on a en face les crêtes ondulées du Mali-Jastrebatz« au-devant duquel le débouché de la Morava serbe forme une échancrure profonde,

tandis qu*à TË. des basses hauteurs indiquent le passage des défilés de la Morava bulgare entre Eovanlouk à gauche et Stalatch à droite.

A % 1. de Paratchin on passe le hameau dieLebina (leLebinatz de Bougarski) (32 m. et 175 h.) et on monte par des pentes insensibles à 2 1. de Paratchin à une auberge isolée (Pitovatz?) et un peu plus loin à environ 4 1. de Paratchin aux trois auberges de Schoupeliak non loin du Schoupeliaka-Rieka. On est alors à 442 p. de hauteur absolue, Paratchin étant à 280 p. Ce sont des maisons carrées, basses, couvertes en tuile et n'offrant qu'une grande chambre commune. Comme en Bosnie, il y a autour du foyer dans Tune un lieu plus élevé pour s'asseoir ou se coucher. Une grande écurie se trouve à côté de chacune.

Entre ces auberges et Rajan (Pa»aH) l'espace de 2 h. de chemin est occupé par un petit plateau couvert de bocages de chênes. La descente dans le vallon de Rajan, à 649 p. de h. abs., offre l'occasion de suivre les contours du défilé de la Morava bulgare, qui coule à l'O. Elle y entre un peu au N. O. de Rajan et la vallée se rétrécit toujours plus en allant d'Aleksinatz vers le N. On est donc déjà en deçà de la digue qui sépare le bassin de Nisch de la plaine de la grande Morava et qui, vu le manque d'accidens naturels favorables, ne serait guère susceptible d'être défendue sans les montagnes vers Bania.

Au milieu du bourg de Rajan composé de 67 habitations éparses avec 310 habitans, est situé l*auberge, qui est en bonne partie en bois et offre au premier étage unTschardak assez convenable pour les voyageurs. Les environs très dénudés d'arbres n'offrent du reste aucune vue agréable.

En deçà de Rajan est une hauteur semblable à celle qui précède ce village et couverte aussi de bocages de chênes. A ^/^ 1. de Rajan on traverse un vallon, dont l'eau courant du N. E. au S . O. vient du bassin de Banja, de manière qu'on a une vue sur le mont Rtagn (Ptshi) et les montagnes de Banja à travers l'échancrure, qui donne issue à ces eaux dans les petites crêtes à TE. de la route. On distingue de plus que ce torrent est formé par la réunion de deux autres, dont l'un vient du S. et l'autre du N. ')•

') La Carte de Bougarski ne donne pas une idée vraie de cette configuration et même si la dénomination de Mosna-Planina était juste, elle semblerait s'appliquer à la chaino près du Rtji^n et non k celle près de Rajan.

A 1 Va 1. de Rajan il y a deux Haus isolés^ le Delilogorhaoy au-dessus desquels était la redoute serbe de l'an 1806, nommé Deltgrad (fort des fous). Après cela viennent des petits bois de chênes, puis à y, 1. plus loin sur le bord d'une plaine l'auberge de Haidouk'Tschesme-Han (l'auberge de la fontaine des brigands). Un hameau et une fontaine se trouvent près delà; dans la plaine est situé le village de Roudovitza et à 1/2 1* P'^^ ^^ ^* O. est celui de Popovitza. La vallée de la Morava 7 a déjà 1 1. de largeur et la rivière décrit des contours, â 3^2 LdeRaj^mon longe le bord d'une grande prairie, qui s'étend vers la Morava et au milieu de laquelle il y a une fontaine, le Chitchdoun-Tschesme. Depuis là on n'a plus qu'à traverser une petite coUine couverte de bocages, pour atteindre Aleksinatz ou Aleksinitze à 4 1. de Bajan. Ce bourg est situé dans un vallon arrosé parleToponitza ayant ses sources dans le bassin de Bania. Il est composé de 392 habitations éparses avec 168^4 habitans. Le capitaine a sa maison au N. E. du ruisseau , tandis que de l'autre côté est la seule rue d' Aleksinitze et là sont aussi des auberges et un café. Il y a une église et une école de deux classes ainsi qu'une quarantaine et une douane. Le lazareth est situé à la sortie méridionale du village sur la pente de la colline qu'on monte pour se rendre à Nisch.

Aleksinatz est la résidence du commandant et du tribunal du cercle ainsi que d'un archiprêtre qui a sous lui 17 paroisses et 7 églises. Le cercle d' Aleksinatz se compose de deux districts, savoir celui d' Aleksinatz et de Rajan et celui de Bania; il comprend 37 communes, 2 bourgs, 82 villages, 3013 maisons et 20,099 âmes. Il compte 7 écoles; la poste est à Aleksinatz ainsi qu'à Bania et Schoupeliak. Le district d'Aleksinatz et de Rajan ne contient qu'un bourg, 50 villages, 1975 maisons et 12,385 âmes, et celui de Bania 1 bourg, 32 villages, 1038 maisons et 7714 âmes. Les commandans des districts habitent à Aleksinatz et Bania.

Sur cette route on rencontre tous les quarts d'heure des postes de milice serbe, dont les sentinelles étaient encore sans abri quelconque à mon passage en 1837. Ce n'est qu'à 2 L d'Aleksinitze qu'on arrive à la frontière turque, où on trouve en deçà d'un ruisseau coulant de l'E. le Karaoul et Han de Dragevatz. La route passe sur les dernières pentes basses des montagnes au

N. de Niôch, c'est une contrée couverte souvent de PaUunu aculmtu8y de Ligustrum vulgare avec quelques petites chênes et des poiriers sauvages isolés. A 3% h. d'Aleksinitze est situé le village de Topolnitze et plus loin dans un vallon évasé celui de Popolitze, nommé ainsi à cause de quelques beaux peupliers, en serbe Fopola.

En se rendant de là à Nisch par une lande sèche en pente insensible, on a une vue étendue à FO. et au S. Au pied oriental du Jastrebatz est le mont Kobasitza (Saucisse) et son revers méridional est garni de petites collines tertiaires, comme .'.elles sur lesquelles on se trouve, mais elles sont un peu plus éle> vées. Plus au S. est la vallée du Toplitza, qui remonte à PO. en produisant une vaste échancrure. En deçà sont les montagnes des Arnaoutes (Amaout-Planina), qui sont bien moins hautes que le Jastrebatz et à quelques lieues à l'O. du cours de la Morava et du Paschalik de Leskovatz. Derrière ces crêtes de 1000 à 2000 p. sur la vallée du Toplitza, se trouve à l'O. la plaine de Kosovo. En deçà de Nisch s'élève au S. et S. E. les hautes cimes coniques et pelées du Stara-Planina, qui atteignent au-delà de 3600 p. De là s'étendent vers la Morava de Leskovatz des crêtes boisées plus basses, à l'extrémité N. O. desquelles se trouve la singulière entaille du Kourvinhan. (Voyez l'itinéraire suivant.)

Une espèce de petit faubourg composé de rez-de-chaussée précède la citadelle importante de Nischa ou en turc Nisch, dont une des portes de l'enceinte extérieure est en même temps la porte de la ville» (Voyez ma Turquie. Vol. 2, p. 340.) La route court entre les remparts du fort et la Nischava, un pont couvert placé vis-à-vis de la porte de la citadelle conduit en ville. Nisch est une ville bulgare populeuse, on y compte 16,000 âmes dont environ 6000 sont Musulmans. Il y a onze mosquées à minaret, une ou deux églises grecques, une tour à horloge, un grand bazar bien fourni de boutiques et de grands Hans. Le bazar a une toiture en planches et des rues si larges qu'on peut y passer à cheval et en voiture. Les Han«, tenus par des Bulgares, ont un étage et ofirent plusieurs chambres pour des voyageurs. J'y ai même trouvé une ou deux chaises dans l'un d'eux; le seul désagrément est que les femmes îles aubergistes ne demeurent pas dans les Hans. Un grand faubourg est à l'E en de<;à du petit

rempart de terre à moitié détruit, qui entoure la ville, et un troîâième faubourg est sur la rive septentrionale de la Nischava à l'E. de la citadelle. Des habitations de Zingares se rencontrent dans ces derniers lieux.

Nisch est le siège d*un petit Pascha qui commande essentiellement à une population bulgare et chrétienne. Pirot et Âk-Palanka ou Moustapha-Pascha sont presque les seules petites villes, où il y ait des employés supérieurs turcs et même les Musulmans n'y forment qu'un chifire restreint de familles. Il n'y a guère de bourgs , si ce n'est Isnebol et Tzaribrod , mais un nombre considérable de villages, de manière qu'on peut soupçonner qu'il y a là au moins 60 à 80,000 Bulgares. Les Ayans résident surtout dans les trois endroits cités.

De Nisch à Scharkoe ou le Pirot des Bulgares on compte 12 lieues, dont deux se parcourent dans la belle plaine cultivée de Nisch, qui à plus de 400 p. de hauteur absolue s'étend de l'O. à l'E. en formant un espèce de triangle ou d'ovale de 4 1. de longueur de l'O. à l'E. sur 1% à 2 1. de largeur du N. au S. Comme j'ai donné les détails topographiques de cette route dans l'itinéraire n®. 12 , je me contente ici des remarques générales suivantes.

La route de Nisch à Bania a lieu sur les bords de la Nischava, qui à l'E. de ce dernier lieu (à plus de 2 h. de Nisch) sort d'un défilé profond et rocailleux. On s'y trouve donc dans on vrai cul de sac, la route étant barrée par une hauteur assez considérable d'environ 600 p. d'altitude, qui n'est qu'une portion inférieure du Stara-Planina (vieille montagne). C'est de oe côté la limite naturelle de la Bulgarie et de la Servie, ce qui explique pourquoi Nisch a été le point le plus avancé de l'occupation autrichienne dans le siècle passé et comment cette place devient agressive pour la Servie surtout à cause de sa situation à l'entrée de la partie la plus faible des frontières serbes. Comme point de départ autant que comme refuge, Nisch a été si utile aux Ottomans que sans cette citadelle la plus grande partie de la haute Moesie serait depuis longtemps serbe. Pour une armée européenne il en pourrait être tout autrement, car cette place serait bientôt prise ou bloquée, vu sa petitesse. Si jamais les Serbes se révoltaient contre les Turcs, leur première opération serait sans contredit d'essayer de prendre Nisch et Novibazar; la prise

de cette dernière isolant la Bosnie du reste de Tempire (voyeis ma Turquie, vol. 4, p. 17) et celle de la première leur donnant des facilités pour conquérir la haute Moesie*

A Bania on est au commencement de cette gaine de mon* tagnes courant N. O.-S. E., qui a facilité de tout temps la communication de la Servie avec la Thraoe. Ce vaste canal rappelant en petit dans les endroits étroits celui entre Annecy et Chambery est bordé à TO. successivement du N, O. au S. E. par le Stara- Planina (vieille montagne), par le Souvo-Planina (t. Kourou-Jaila) (montagne sèche), par les crêtes derrière Tzaribrod et Slivnik, par les hauteurs à TE. de Kra^ava et de Brsnik, par le Vitosch et les petites montagnes entre Bania et Ichtiman. De l'autre côté à TE. s'élèvent en marchant du N, O. au S. E* le Tzmi-Vrch , les crêtes de Pirot, le Soumoughou-Balkan, le Goloubitza et les montagnes d'Ichtiman. Quant à son fond il est occupé par la Niscbava, la Loukova et certains autres affluents du grand Isker, tandis que des deux côtés de nombreux cours d'eau ont une bonne partie de leur lit dans de petits sillons exactement parallèles au plus grand. Nous avons déjà parlé de trois de ces sillons au N. E. du canal de Bania ,à Sophie et Ichtiman, mais entre ce dernier et la Morava bulgare il y en a pour le moins neuf ou dix, comme l'indique bien la carte de Mr. Kiepert Les vallées de la Koutinska-Rieka avec celle du £akovska-Rieka, une partie du cours du Temschtitza, du Soukova et du Loukanitschka-Rieka et la branche supérieure du Strouma ou Strymon sont les principales de ces anfractuosités. Les hauteurs des environs de Radomir ou encore mieux le Vitosch sont très favorables pour pouvoir saisir d'un coup d'œil ce carac* tère orographique de la partie orientale de la Haute Moesie et de la Bulgarie occidentale. Pour le géologue il est évident que ce sont des fentes de l'époque tertiaire à laquelle appartient aussi une partie du cours de la Morava bulgare au-dessous de Nisch.

Ces séries de petits vallons recèlent une assez nombreuse population bulgare, ce qui étonne d'autant plus lorsqu'on la compare à la quantité restreinte des Mahométans. Il paraîtrait qu'il n'en a pas été jadis tout-à fait de même. Si le siège du Roumeli- Valesi avait été fixé avec une sagacité merveilleuse à Sophie, une fois Jeni-Han, Ichtiman et Tatarbazardschik etc. d'un côté et Chalkali, Scharkoë et Moustapha - Pascha Palanka etc. de l'autre

formaient une suite de colonies musulmanes, qui comme ailleurs étaient les Dervendjis de cet important passage. Mais ce système emprunté aux RomaiDS s'est bien altéré sur cette route par suite du déplacement du Roumeli-Valesi et par la multiplication des Bulgares vis-à-vis de la diminution des Musulmans. Les Karaouls n'ont pas empêché les révoltes des Bulgares et la fermeture momentanée de cette route.

Ne pouvant pas remonter facilement plus loin le cours de la Nischava, il faut franchir à Bania la hauteur déjà indiquée au moyen d'un col, où il y a un Karaoul, et gagner depuis là une étroite gaine sans eau et parallèle à la vallée de la Niechava. L'on y traverse deux torrens, savoirleTopolnitza-Rieka etle Tzervenn- Rieka et on débouche dans la grande et fertile plaine de Moustapha-Pascha-Palanka 9 qui a plus de 2 h de longueur du N. O. au S. E. sur plus d'une lieue de largeur à son milieu* On passe le torrent 'de Moustapha-Palanka et remonte sur le côté oriental une espèce de canal entre deux crêtes calcaires escarpées jusqu'au pont sur la Temschtitza, d'où on n'a plus qu'à franchir une colline de 400 p. d'élévation au-dessus de ce cul de sac ainsi que sur celui qui précède Scharkoë.

De Scharkoë à Tzaribrod on remonte le long de la Soukova et ensuite du torrent qui coule dans la vallée de Tzaribrod. La vallée se rétrécit toujours plus. On passe près d'Ayan-Han et de Kalotina (?) ; il y a deux postes de gensdarmes dans ces gorges situées entre des pentes ça et là couvertes de bocages. On est obligé dy franchir plusieurs fois le torrent, on monte entre Dragoil et Srebnitz et en laissant à gauche Dragoman, on arrive enfin sur le point de partage assez peu élevé des eaux de la Nischava et du Loukova, assez grand affluent de l'Isker. A cette hauteur d'environ 2000 p. on ne jouit pas d'une vue étendue, parce que ce col est dominé des deux côtés au N. et au S. par des montagnes. On passe près de Blato (étang). Un Karaoul se trouve à la moitié de la pente vers le bassin de Sophie, descente qui a lieu assez graduellement au moyen de plusieurs échellons de terrasses. Des cours d'eau en découlent dans l'Isker.

A Slibnik et Chalkali on est enfin dans la plaine ovale et immense de Sophie, qui esta 1600 p. d'élévation absolue et a 12 1. de longueur du N. O.-S. E. sur 4 1. dans sa plus grande largeur. Elle est entourée complètement de montagnes, mais ces dernières

offrent surtout des échancrures à reztrêmité méridionale, savoir celle par laquelle PIsker arrive du bassin de Samakov et celle qui conduit à Icbtiman. Au S. E. le rétrécissement de la vallée de la Malina conduisant à Etropol reste caché, mais on voit distinctement au N. E. la fente étroite par laquelle Tlsker va gagner le Danube. C'est la plus grande crevasse du bassin, elle coupe tout ce Balkan d'environ 2S00 à 2600 p. de hauteur absolue. C'est elle qui a fait écouler les eaux de cet ancien lac, ce qui est indiqué suffisamment par l'absence de tout bois dans la plaine et par la nature alluviale et surtout gazonnée de son fond tout plat ^). Aussi m'a-t*on dit que la route de Sophie ou plutôt de Eremikovtzi (de calcaire) à Vratza le long des contours de l'Isker offrait une suite pittoresque d'escarpemens rocailleux calcaires.

A rO. trône le sommet pointu et nud du haut Vitosch ou Vitoschka-Planina. Cette massive pyramide a au moins 4S00 p. de haut. abs. ou plus de 3000 p. sur Sophie et est couverte de bois sur le côté oriental, mais elle est plus déboisée vers le haut surtout sur le versant opposé. Vis-à-vis d'elle à l'E. le bassin n'est bordé que de montagnes, qui me parurent n'avoir guère plus de 1000 p. sur la plaine , tandis qu'au S. E. ne régnent que de moindres proéminences boisées de 6 à 800 p. de hauteur sur le fond du bassin de l'Isker. Enfin au S. de ces dernières s*élèvent majestueusement les murailles du Rhodope à plus de 7000 p. d altitude absolue avec des petites plaques de neige jusqu'en mai ou juin. La route de Chalkali à Sophie se fait en plaine. On y traverse au moins six cours d'eau, qui se rendent dans le Loukova, Taffluent principal du petit Isker avant sa sortie du bassin de Sophie. Le troisième de ces petits torrents s'appelle Belitza, le cinquième Ealkanitz.

Sophie est placée admirablement pour devenir une ville populeuse et belle, car elle est en plaine au centre de la Turquie sur l'entrecroisement d'au moins sept à huit routes. Par la voie principale N.O.-S.E. elle est à 71 V^ h. de Belgrade et à 18 h. d'Andrinople. Par une seconde route N.-S. elle est à 35 h. de Wîddin et à 9 h. de Samakov, d'où on peut se rendre sur la mer Egée par le Rhodope. Par un troisième chemin N.E.-S.O. elle met en communication le milieu du bas Danube avec Radomir, Kos-

') VoyeE mon mémoire sur les terrainB sans bois dans les Comptes Rendtu des Séances de TAcadémie de Vienne. Juillet, 1861.

tendQ et la Macédoine septentrionale. Sa distance de Eostendil est 14 h. et celle du Danube le long du Grand Isker d'environ 32 h. Enfin une quatrième voie plus O.-E. conduit d*un côté par Etropol à Boutschouk et sur le bas Danube et de l'autre en haute Albanie à Prizren ou dans la Macédoine supérieure.

En temps de guerre Toccupation de Sophie est étroitement liée à celle des défilés, qui conduisent en Moesie et en Macédoine comme en Thrace et en Bulgarie. Celui qui tient cet ensemble par des postes bien choisis et fortifiés sépare une bonne partie de la Turquie occidentale de la portion orientale, tandis que placé comme au centre d'une forteresse il a de plus la liberté de faire des incursions dans la plupart des directions. Cependant cette ville est presque toute ouverte et n'est protégée que provisoirement en temps de guerre par quelques redoutes. La nature a donné les moyens d'en faire une ville fortifiée, elle n'est dominée que de fort loin et est en pays plat ; il y aurait même des cours d'eau pour remplir des fossés, qui seraient faciles à creuser dans ce sol alluvial.

Sophie (si. Triaditza) est entourée d'une pelouse verte avec un grand nombre de Tumulus. (Voyez ma Turquie d'Europe. Vol. 2, p. 352.) De vastes cimetières précèdent son entrée; ses mosquées et ses vingt-deux minarets annoncent une grande population, néanmoins cette cité ne compte guère que SOOO maisons ou 20 à 22,000 âmes dont la plupart des familles sont bulgares. L'intérieur ne repond pas à sa vue extérieure, il est évident qu'elle a beaucoup soufiert. L'ancienne enceinte de murailles est presque disparue, les rues sont irrégulières et ont un pavé affreux plein de trous et de boue, leurs trottoirs sont si dégradés qu'il faut faire bien attention en marchant Plusieurs grandes places sont couvertes de tas énormes de fumiers, qui datent peut-être de plus d un siècle. Le bazar est composé de ruelles étroites, couvertes et puantes. L'ancienne résidence du RoumeU-Valesi n'a pas été rebâti depuis son incendie et une partie de cet espace considérable de terrain est couvert de décoBubres et d'immondices, tandis que le reste sert à sécher des laines. Près de là s*élève pour comble de contraste une grande mosquée avec neuf coupoles, dont l'intérieur est assez sombre, sans omemens et soutenu par des piliers carrés trop massifs. Des nattes y couvrent le plancher. U y a une galerie pour les autorités et une chaire pour l'Iman comme dans toutes les mos-

quées. L'ancienne cathédrale bulgare de Sophie est placée à l'extrémîté orientale de la ville, ce qui semble indiquer que Sophie a été jadis plus grande. La partie du chœur de cet édifice n'a pas été achevée ou a été détruite postérieurement, le devant est dépourvu de toute élégance et il n'y a pas non plus d'omemens extérieurs. Les Turcs en ont fait une mosquée et Pont peut-être retouchée. Â côté il y a les ruines d'un grand édifice en pierre que les Musulmans me dirent avoir été un grand caravansérail, et sur le devant duquel il y a quelques misérables boutiques de forgerons. Ne serait ce pas plutôt quelques restes d'un bâtiment ancien de révêché?

Le Pascha a un Konak assez vaste, mais sans élégance. Au-devant de la porte d'entrée de la cour est une petite place, à travers laquelle coule un ruisseau et sur laquelle sont quelques arbres. Un petit jardin avec un Kiosk est à côté et l'arrosement y avait lieu au moyen d'une roue de bois. Le Pascha d'alors était de l'école moderne et me montra un modèle en bois d'une fonderie à l'anglaise qu'il faisait construire dans ses usines de fer à Samokov. Il me combla de politesses et me donna même un Boloubaschi et Spahi des environs, homme comme il faut, pour m'accompagner jusqu'aux limites de son Paschalik. J'eus ainsi l'occasion de m'instruire sur la conduite de certains Turcs à l'égard des Bulgares, peuple laborieux et facile à gouverner, si on sait être juste et humain.

Sophie est le chef- lieu d'un assez petit Paschalik dont la population est bulgare et surtout chrétienne. Les Mahométans n'y sont pas nombreux, ils y forment très peu de villages et sont surtout concentrés sur la route de Nisch à Constantinople, tandis qu'ailleurs les employés turcs sont les seuls habitans musulmans. La population s'élève peut-être à 60,000 à 80,000 âmes. Il n'y a outre Sophie aucune grande ville, mais au moins six gros bourgs, savoir: Badomir, Etropol, Sladitza, Ichtiman, Samokov et Tm. Par contre le nombre des villages est assez grand. Les Ayans résident dans les bourgs cités ; il y a un Musselim à fiadomir et un Agha à Trn.

Depuis Sophie on peut visiter le plus aisément la cime du Vitosch ou Vitoschka-Planina. Son pied à 2 1. de la ville est arrosé de mille ruisseaux, qui font mouvoir une cinquantaine de moulins. Il y a aussi plusieurs villages, entr'autres Bhaleffendi et

Pegan. Un camp turc à tentée blauchee y était ëtabli à mon passage. On met plus de troia heures pour faire raacensîon de la montagne et on euît dea sentiers à travers des bois de chênes, de hêtred et de coniiëres, La vue depuiâ son sommet rocailleux re* compense amplement de la peine, car on 86 trouve comme au centre d'une panorama et entouré de toutes les côtés de chaînea diverâes de montagnes, savoir celles de la Haute Moeaie avec leurs sillons longitudinaux courant du S. E, au N, O, et leura belles plaines, les haute groupes de montagnes au S. O* et au N.O- de Kostendil, le Khodope, VHœmus, le Bal Lan d'Etropol, lea crêtes plus basses le long du grand Isker et même les col*lines de la Bulgarie inférieure.

La route dlchtiman est en plaine jusqu'au-delà de Jeni- Han, mais elle ee tient ensuite à peu de distance des dernières pentes des montagnes à TE, de Sophie, On passe le grand Isker près de Groublian à 2 1. de Sophie. En été on te guée, mais en hiver on emploie à cet eftet un pont< Jeni-Han est un village en partie mu@ulmanf avec une mosquée dans une jolie position, car on y a une vue charmante sur les bords verdoyante d'un dea iiffluena supérieure de Tlsken A environ 1 1, de là on commence à entrer dans les petites hauteurs et les gorgefi, en partie boisées, qui séparent les eaux se rendant dans Msker de celles qui descendent dans le Vid au moyen d'une fente remarquable et transversale à la chatiie entre la Bulgarie danubienne et les cavités dé Sophie et dlchtiman. Il y a plusieurs Karaoulg dans ce déËlé.

Le passage do ce mur de séparation entre ces deux dernières plaines consiste dans la montée peu considérable entre le Dirkli-Taech et le Vakarel-Koulesi, dernier lieuj où on commence déjà à descendre* On est agréablemeat surpris en sortant des bocages du vallon d'Avlikoï-Sou coulant au S. E. et offrant quelijues Karaouls , de voir devant soi les prés et les champs sur le fond de l'ancien lac d'Icbtiman. Il paraîtrait même que la disparition des marécages de cette plaine ne date que des temps luâtoriques. Maintenant on se sert de ces belles pelouses toujours vertes, même en été, vu leur hauteur de 2060 p., pour élever un grand nombre de chevaux, qui se débitent surtout dans la Thrace, Au N* les hauteurs ont Tair de n'avoir que 3 à 400 p. sur la plaine et à TO. 7 à 800 p* Le petit cours deau de la Slatîtza venant du S,-E. et recevant l'eau do rAviikoï-Si.u, s'échappe de

ce bassin par une profonde et étroite fente dans la montagne assez élevée à l'E. d'Ichtiman, et va passer en deçà de ce contre» fort du Haut Balkan près de Sladitza en Bulgarie.

Ichtiman est situé vers le milieu de la plaine non loin du pied des montagnes toutes boisées en chênes, qui entourent cette dernière. Il 7 a plusieurs mosquées et on 7 compte de 4 à 5000 âmes. Ce sont pour la plupart des Bulgares , dont une partie sont Musulmans comme à Sophie. A l'entour de la plaine sont cachés plusieurs villages comme l'indique la carte de Vienne, mais on ne peut les appercevoin

Les montagnes au S. E. dlchtiman s'élevant à S ou 600 p. au-dessus de la plaine, présentent deux gorges, dont la plus orientale est celle, où se trouvait jadis la petite porte Trajane, monument servant à indiquer la limite de la Tbrace et de la Moesie. Â mon passage en 1837 le Pascha de Sophie l'avait fait démolir tout récemment , de manière qu'il n'en restait plus que le souvenir dans la dénomination turque du Kapoulou - Derbend on défilé de la Porte. On a peu à monter pour atteindre ce point qui est à 2 1. d'Ichtiman. En deçà coulent en sens opposés deux sources-mères de THarmandere, qui joint la Maritza à Tatarbasardschik. L'on descend sur le premier torrent courant du N.-O. au S. E. et remonte au S.-E. sur le second pour franchir le partage de ces eaux et de celles du petit torrent de Novo-Selo (t Jeni-Koï, nouveau village), qui se rend aussi à la Maritza. Toute cette route est rocailleuse ou graveleuse et ça et là assez inclinée. Il 7 a aussi des Karaouls dans la portion du milieu* Ainsi par une suite de gorges et d'échancrures de montagnes mal boisées en chênes et basses par rapport à la hauteur mo7enne absolue de la plate-forme de la Moesie (1500 à 1900 p.), 00 «e trouve transporté en peu d'heures sur le revers méridional des Hauts Balkans dans un cul de sac tout-à-fait supérieur de l'immense bassin de la Thrace.

Vu la configuration de ce passage et sa place relativement à la Haute Moesie, à la Bulgarie et au Rhodope, il a été de tout temps un point stratégique important , lors de Pempire romain comme sous les empereurs b7zantins , du temps de Douschan comme lors de la conquête de la Servie par les Turcs. Plus tard, en 1443, la course victorieuse de Hun7âd s'arrêta sur ce point. Néanmoins il faut savoir que sa garde exige aussi celle

de ia tente du Slatitza et du petit défilé de la fille ou Kiz-Derbend entre Bania et Jeni-Han, car sans cela on peut le tourner. Si au contraire toutes les trois gorges sont mises en état de défense, la porte naturelle entre les pentes rapides et boisées du Rbodope et du Haut fialkan est close ou ne peut être ouverte qu'avec bien de la peine. Les Karaouls actuels 7 indiquent déjà quelques-uns des points les plus favorables à la défense*

De Jenikoï à Tatarbasardschik la route parcourt le bas pourtour de coteaux et plus tard une plaine cultivée d'environ 1 L de largeur du N. au S., de manière qu*on ne peut pas saisir la grandeur du Balkan et du Khodope à cause de leur trop grand voisinage. Lia sortie de la vallée de Tschepina dans cette dernière chaîne reste cachée par des bois ou des bocages.

Tatarbasardschik, à près de 1200 p. d'élévation absolue, est une ville de 7 à 8000 âmes avec un cimetière musulman presque carré au milieu de la cité, des mosquées ainsi qu'une église bulgare en style byzantin et dans une enceinte murée près de la sortie occidentale. Un café turc, assez agréablement situé, se trouve vers ce côte. Le Konak de l'Ayan est assez vaste. Des prairies et quelques allées de beaux arbres de peupliers, d'aunes, de tillieuls etc. forment les alentours principaux de cette ville, mais à peu de distance à l'O. et à l'£. il y a des rizières d'une étendue considérable, qui sont formés surtout par le confluent du Harmandere, du Kousloudere, du Troutscha et de l'Âlvandere avec la Maritza. Ces eaux descendent avec assez de rapidité du Haut Balkan, n'ont pas de cours réglé dans la plaine au pied de ces montagnes et les habitans, au lieu d'y remédier, augmentent le mal par l'établissement des rizières. Sur la route de Philippopolis, après avoir franchi sur un grand pont de bois la Maritza à peu de distance de hk ville, on traverse ces tristes et infectes lieux sur une chaussée élevée et par plusieurs petits ponts. Naturellement ces mare* cages pourraient être utiles à la défense. En hiver surtout il faut, malgré les ponts, faire des détours immenses vers le Rhodope à cause des inondations et des terrains bourbeux.

A ly^ h. de Tatarbasardschik on est enfin sur terre ferme, c'est-à-dire dans une plaine très monotone, extrêmement peu ondulée et dépourvue de tout arbuste. Elle s'étend au loin au N. vers le Koum-Sou et le pied du Haut Balkan, tandis que la base du Rhodope n'est qu'à une lieue ou même moins de la route ou

de la Maritza, Elle n'est qu'une portion d'un fond de baesin de plus de 12 1. de longueur sur une largeur variant de 2 à 3 1. et même de plus de S 1. Sa hauteur absolue se tient entre 1000 et 1400 p. La large vallée de la Maritza fait coromuniquer ce dernier avec celui au centre duquel est Andrinople et dont le pourtour offre de grandes sinuosités, surtout au N. vers Eski-Sagra^ Jamboli et Earnabaty ainsi qu'à FO. le long de l'Arda. La nature de ce bassin varie suivant les localités : il y a des marais près des grands cours d'eau» il y a des landes sèches ou gazonnées, ou des terrains caillouteux dans des points un peu plus élevés, mais il 7 a aussi des portions cultivées sur un sol marneux à côté d'autres, occupées par des bocages ou même des ondulations de terrain. Les seuls objets en vue dans cette plaine sont de nom* breux Tumulus et des villages entourés de champs sur les côtés et à distance de la route. On voit d'abord au N. de cette dernière Kori-Eeui ou Eorou-Keui, puis sur la Maritza Severtschik. A 3 1. de Tatarbasardschik on passe entre Selapitschka , qui est au N. de la route, et Odaka au S. de la Maritza* A 1 ^j^ 1. plus loin on distingue en deçà de cette rivière le village d'HairamIi.

C'est par cette plaine triangulaire et parcourue du N. au 8. ou du N. O. ati S. E. par six grands cours d'eau qu'on se rend de Tatarbasardschik ou de Philippopolis à Eezanlik et à Eski- Sagra. On oublie la nature désolée de cette plaine en portant ses yeux au-delà et en contemplant tantôt le haut Balkan, tantôt le majestueux amphithéâtre du Rhodope. Le Balkan tout boisé a de ce côté une pente bien plus rapide que le Rhodope, mais il lui manque des escarpemens, des gorges et des contours ftpres pour en faire vraiment une belle chaîne. D'un autre "part ces avantages se trouvant presque tous réunis dans le Rhodope ; le Balkan perd encore plus en lui étant juxtapposé. D'ailleurs ce dernier est trop loin pour permettre de distinguer sa végétation forestière, tandis que le plan incliné du Rhodope laisse voir clairement ses zones des chênes , des hêtres et des sapins réunis aux mélèzes* Néanmoins, au lieu des cimes élancées des hautes Alpes ou des gros pitons des chaînes calcaires de la Turquie occidentale, le haut du Rhodope prend plutôt depuis la plaine l'aspect d'une plate-forme, sur laquelle s'élèvent de temps à autre de grosses bosses ou des montagnes un peu pyramidales à base très large, ce qui est du reste le caractère des montagnes de schistes cristal-

lîtis. Parinî lea pï'iiicipaux sommcti qm>n ap|jerroit depiiië la plaine de Philippopolis^ se dij^tinguem surtout le Krirlovik-Dagh * au S* et S-S.O. de TatarbaaanJachîk, et le Pcraeiik-Dîigh aux sources da Perouechtitza et du Degirmendere au 8, de Philîppopolis et le Kousehanlar au S. S. E. de la môme ville et de Staoimak. Le haut Doêpada-Jaîlasi reste caché. La grande beauté du Khodope consiste particulièrement dans le nonibre de ses vallées, ce qui forme, comme on sait, un autre caractère du terrain schisteui ancien. Parmi les sillons loni^itudinaux ou transversaux, ces der- Diers sont en général des crevasses garnies d'escarpemens^ Or il arrive qu'un bon nombre de ces fentes transversales se trouvent dans la chaîne du Khodope la plus voisine de la grande vallée de la Maritza, de manière qu*à la place de la monotonie de pentes boisées, on a devant soi une grande variété d'entourages divers de profondes vallées. Les principales sont celle de Karlova ou du Karlidere au S. deSaloutlin, celle du Perouschtitza au S. S,0, dVAiranli, celle du Degirmendere au S- O. de Philîppopolis ou de Jeniko'j, celle de Stanimak au S. E. de la même ville ^ mais il y en a un grand nombre d'autres qui n'ont pas la même étendue*

A 2^/^ lu de Philîppopolis est le Hau bulgare isolé d'Ortabane-Hf*n. Bien des voyageurs le connaissent, parce qu'il est placé à moitié chemin entre Tatarbasardechik et Pliîlîppopolis, on y faut en général une halte et son voisinage est parsemé de tant de Tumulus que les géographes ont cru devoir en marquer sur leurs cartes, A 1 1. de Philippopolis est aussi un groupe de quatre peupliers et une saule, espèce d'oasis au milieu de ce pays* où la main des hommes a détruit tous les bots. Rarement on y passe en été sans se refrnichir un instant à J*ombre de ces beaux arbres, dut-on même être parti à peine de Philippo[»olis- Près de là, en deçà de la Marîtza, se trouve le village de Korraat.

Il faut repasser la Maritza sur un long pont de bois pour entrer à Philîppopolis. Sur la rive toute plate de cette rivière se trouvent quatre petites buttes si en i tiques, dont la dernière est la plus grande* C'est autour et sur celle-là ainsi que sur un autre qu'est bâti cette grande cité, tandis que les deux autres émînences coniques sont isolées à 1*0. des cimetières de la ville,

Phiîi[îpopolis j le Philîppopeï des Bulgares, le Filibé des Turcs, est une des viUes les plus florisôantea de la Turquie, Placée à environ tOOO p* d'altitude au centre de oe paya, entre Cou-

stantinople et Belgrade, entre Salonique, Seres et Boucharest et entre Andrinople, Pouratzo ou Scutari , son commerce de transit doit être considérable, mais en outre ses industrieux habitans, Grrecs, Arméniens et Juifs, y ont un commerce d'exportation et de banque, qui a placé Philippopoli's au premier rang des villes commerçantes de la Turquie. En temps de guerre elle est précieuse par sa position, ses grandes ressources et même ses buttes pourraient servir de fortins. On 7 compte environ 25,000 maisons et 90 à 100,000 âmes, c'est un mélange de Bulgares, de Grecs, de Musulmans, en partie bulgares, auxquels s'associe un certain nombre d'Arméniens et de Juifs. Cette ville était gouvernée en 1837 pour la sœur du Sultan par un Ayan, dont le Konak forme un vaste édifice et est probablement sur l'emplacement de l'Acropole ancienne. Les rues de Philippopolis sont bien mieux pavées que celles de Sopliie, mais il y a aussi beaucoup de rues étroites, surtout dans les parties de la ville , qui sont bâties sur les pentes des buttes, dont j'ai parlé et dont le roc ressort même dans certaines rues. Sur la cime de la butte principale, haute d'environ 200 p., les Romains ont du avoir un château , car il se prêtait bien à un observatoire pour remarquer ce qui se passait dans la plaine et sur le pied du Bhodope. Dans le bas de la ville il y a de grands bazars en partie couverts , il y en a même, je crois , de voûtés et il y a aussi un grand édifice carré, dont la porte se ferme le soir, qui n'est occupé que par des comptoirs de banquiers. C'est le Seraf'Kane. Les mosquées et des églises chrétiennes n'y manquent pas non plus. D'énormes cimetières entourent cette ville de presque de tous les côtés et il y en a même un en deçà du pont sur la Maritza, mais ils ne sont pas ornés de cypresses, ni enclos de murailles.

Comme les autres villes de Turquie, cette cité est dépourvue de promenades et on va se reposer dans des cafés ou des Kiosks bâtis sur le bord de la Maritza. Quant aux environs, autant la rive septentrionale de la Maritza paraît une plaine dépourvue d'agrément, autant la campagne au S. de Philippopolis est belle en ayant pour fond du tableau la vallée du Paschatschai, enclavée entre d'énormes pentes boifées. Il se trouve là un grand nombre de villages, où les négocians riches ont des propriétés et vont se délasser les dimanches et les jours de fêtes. En général ce pied du Rhodope, couvert de villages et de vignobles, ofire les

points de vue les plus agréables et des promenades charmantes, il n'est guère douteux que sous un gouvernement européen il ne se garnisse des plus belles propriétés et de châteaux. Maintenant les gens riches n'osent faire parade de leur fortune par des bâtisses de luxe et il n'y a que quelques couvents dans les gorges de montagnes. Les pèlerinages forment pour les Chrétiens une occasion de belles excursions en été, en même temps que dans ces réunions ils peuvent sans témoins se communiquer sans crainte leurs idées et prévoir une amélioration de leur sort politique.

A iy2 1* de Filibé on passe le Stanimak sur un pont en pierre à deux arches, appelé Kemer-Keupri (Tschemer-Eeupri ou Point de Tschemer). A l'entrée du pont est un Han et un grand Eiosk ou Tschardak carré, où on peut se reposer et jouir de la fraîcheur, produite par le voisinage de l'eau. C'est depuis ce point qu'on a la plus belle vue sur la gorge de Stanimak, une des plus pittoresques du Rhodope. Entourée de grands escarpemens de gneiss, et ayant à son entrée des vignobles et le gros village de Stanimak, ce profond vallon recèle le couvent de Batschkova et des beautés naturelles, qui en font un lieu très visité par les habitans de Philippopolis. Les dernières cimes du Rhodope s'y élèvent à 2000 à 2S00 p. sur la plaine. Stanimak est habité par des Bulgares et des Musulmans.

Papazli, encore situé dans la plaine, n'est qu'un misérable hameau avec une mosquée. Un café turc sous un pavillon est dans la cour de la mosquée et vis-à-vis est un épicier bulgare, qui fait en même temps l'aubergiste.

En se rendant de Papazli à Jeni-Machale , on apperçoit au N. E. les montagnes basses, qui séparent cette plaine de celle d'Eski-Sagra. Elles n'ont l'air de n'avoir au S. que 300 p. d'élévation, mais au N., entre Ilidga (Lia) et Kalofer, elles peuvent bien atteindre au moins 800 à 1000 p. au-dessus de la plaine de Filibé. Si on tourne ses regards à l'O., on observe très bien de ce point combien est profonde l'échancrure qui conduit de Tatarbasardschik à Ichtiman, tandis que la vallée, qui mène de la même ville à Banja, ne parait que comme une fente dans les montagnes.

A 1 1. de Papazli on quitte la plaine de Philippopolis pour parcourir jusques au-delà de Hasskoë un pays de petits coteaux tertiaires avec de vastes plateaux à leurs sommets. Leur hauteur

augmente à mesure qu'on 8*ayance vers TE. Avant Jeni-Machale. village bulgare entouré de pruniers, on franchit à gué deux petits ruisseaux. Entre ce point et Kouroutscheschme (fontaine sèche) on a à traverser un sol noir, qui est le fond d'un ancien marécage et qui est en partie couvert de champs de maïs et d'une espèce de millet. En hiver ce terrain argileux devient si boueux que la route est impraticable, il faut longer le pied du Rhodope pour aller de Hasskoé à Philippopolis.

Au petit village de Kouroutscheschme le pays offre trois coteaux et on distingue au N. des montagnes. A 1 1. de là est le village bulgare de Kajatschik ou Kojadschik (en bulg. Kajali), d'où on a une vue sur l'extrémité orientale du Rhodope. Le Kouschanlar y forme la dernière cime élevée de la première chidne septentrionale, depuis là elle diminue rapidement en hauteur et n'offre plus à 1 % ou 2 I. au S. E. de Kajatschik que des montagnes, qui de loin ont l'air d'avoir environ un peu plus de mille pieds au-dessus des plaines. De petites hauteurs trachytiques de S à 800 p. en forment les contreforts vers le haut de la vallée d'Ousoundscha-Ova.

A 1 1. du village de Kouroutscheschme est le Han de Semischtsche-Han, situé dans le petit vallon extrêmement évasé du Semischtschedere, Un grand cimetière se trouve un peu plus loin sur la route en deçà du ruisseau et appartient au village turc de Semischtsche qu'on laisse sur la droite.

Après ce vallon une pente fort longue et douce conduit au haut d'une plateau, d'où on descend directement sur le bourg de Hasskoé situé dans un autre vallon assez encaissé et arrosé par l'Oloudere. Hasskoé est bâti en partie au fond de cette cavité et en partie en amphithéâtre sur les pentes des coteaux. On y compte environ mille maisons ou S à 6000 habitans , dont un bon nombre sont Musulmans. La résidence de l'Ayan, placée sur le coteau au N. , forme l'édifice le plus proéminent II y a six mosquées à minarets et trois cimetières en dehors de la ville. Les vignobles et les jardins couvrant les hauteurs lui donnent une position agréable.

A TE. la vallée est occupée en deçà du cimetière par des prairies. On traverse ensuite des pâturages, entremêlés de cultures et de bouquets d'arbres. A 2 1. de Hasskoé le village turc de Tourali-Vilaesi est. entouré de champs de maïs et de tabac, der-

nière plante, qui parait prospérer dans le sol alluvial et limoneux de rOusoundscha.

On traverse à gué ce petit cours d'eau, qui coule lentement du S. O.-N.E. en décrivant des contours. D'après Mr. Kiepert il porterait dans sa partie supérieure au S. O. le nom turc de Oglou- Tschû (rivière du fils). C'est dans la plaine de cette vallée, nommée Ousoundscha-Ova , qu'est le lieu d'une des plus grandes foires de la Thrace. Elle se tient en été et on y compte quelquefois plus de 100,000 âmes* Après avoir quitté cette petite rivière on la rejoint de nouveau et à 4 1. de Hasskoé elle fait aller un moulin au-dessus duquel elle forme au moyen d'une digue une espèce d'étang. Etant à moitié chemin, entre Hasskoé et Hebibsche, c'est un lieu de repos ordinaire, quoiqu'on y trouve guère que de l'eau.

Depuis le moulin on commence tout de suite à monter par un chemin ou plutôt un sentier graveleux sur les hauteurs de gneiss et de granité, qui séparent cette partie du vallon de l'Ousoundscha-Ova de celui où est placé Harmanli. Ce cours d'eau prenant sa source au pied septentrional du Kouschanlar, coulant O.-E. , puis S. O. - N. E. ne peut être suivi, parce qu'il a profité d'une fente courant O. et E. pour traverser cette espèce de petit contrefort avancé du Rhodope. Ce plateau s'élève à 517 p. audessus de la plaine d'Hebibsche ou à 1510 p. au-dessus de la mer. B est couvert ça et là de broussailles de chênes ou d'autres arbustes et est tout-à-fait inculte. Depuis son sommet on a la vue sur les basses montagnes au S. d'Eski-Sagra, sur le Shodope ainsi que sur les hauteurs formant à 1*E. de la Tondja une partie de la chaîne côtière de la mer noire. D'après Mr. Viquesnel la chaîne extérieure de la partie septentrionale du Shodope prend dans ce voisinage le nom de Kourtkoi - Kalesi et se termine à distance à l'O. de Tâchirmen, mais ses contreforts septentrionaux forment l'Aighyr-Oghlou. La descente sur Harmanli n'est pas longue, mais assez rapide et on passe TOusoundscha avant d'entrer dans ce village. Le reste de ce voyage a déjà été détaillé dans l'itinéraire précédent.

n« 2 SSr î !£ ^ 2 2^ IS

DE

NISCH à LESKOVATZ et de là par TRN à SOPHIE, et depuis là par ETROPOL et TRNAVA à VARNA.

JCin deçà des cimetières au S« E. de Nisch s'élèvent immédiatement des collines couvertes de vignobles. Ce sont les lieux où les habîtans riches de la ville vont en été jouir de la campagne. Depuis ces hauteurs on a une vue étendue sur Nîsch, sux le confluent de la Nischava et de la Morava, entourée de prairies ainsi que sur le côté sud du Mali- et Veliki - Jastrebatz et les montagnes à TO. de Prekoplie (t. Ourkoub). Depuis le haut de ces collines on domine de loin la citadelle de Nisch qu'on pourrait aisément bombarder, si ce n'est canonner avec des pièces de grand calibre, au moins telle est l'idée qui m'en est restée* On voit donc combien les Serbes auraient de facilités de prendre cette clef de la Haute Moesie, s'ils étaient pourvus de tout Tattiridl de guerre des Européens. Les routes n'opposent point d'obstacles à l'arrivée de pesants charrois et la Nischava n'est profonde que dans certains momens , en été on y trouve des gués aussi bien que sur la Morava bulgare* Dans la saison convenable les ap« provisonnemens de bouche sont facilités par la nombreuse population bulgare de ces vallées et de leurs dépendances. Les belliqueux Arnaoutes de la vallée de Toplitza, du S. O. de la Haute Moesie et de l'Albanie supérieure ont arrêté toujours les Serbes et étouffé toutes les révoltes bulgares.

On voyage ensuite en plaine et à distance de la Morava en ayant au S. des montagnes couvertes de bocages* A 2 % h. après

NiBch on laisse à gauche le village de Malo-Sitch. Kourvingrad est un château ruiné placé sur une butte à 2'^ 1- de Nisch dans un endroit, où la Morava est resserrée entre Textrémité septentrionale du Baditschka - Gora et une très petite éminence sur sa rive septentrionale. (Voyez ma Turquie. Vol. 2, p. 367.) D est évident que jadis la Morava faisait le tour de cette dernière, car au N. ne règne qu'une vaste plaine couverte de villages et de cultures jusqu'au pied du Mali- Jastrebatz« La butte du château a 300 p« et celle vis-à-vis 200 p. de hauteur. On ne peut aller à cette dernière qu'au moyen d'un tronc d'arbre ezcavé en guise de bateau.

Dans ce petit étranglement est situé au pied de la ruine l'auberge de Kourvin-Han, où se trouve deux gensdarmes arnaoutes, parce que c'est la limite des Paschaliks de Nisch et de Leskovatz. Derrière ce Karaoul est caché dans une étroite gorge dun petit ravin le hameau bulgare de Klisoura (défilé). En deçà du Han on continue à voyager au milieu d'une plaine bien cultivée, où on remarque surtout beaucoup de blé, de chanvre et de colza.

A y, 1. de là on passe à gué la Morava, qui aurait environ la largeur de la Marne à Charenton, est peu profonde en été et a des rives couvertes de galets. On laisse à gauche sur le côté oriental de cette rivière le village de Scheschiné, qui est au pied du Baditschka-Gora. Cette belle montagne à dos allongé, sans proéminences et à pentes assez douces s'élève de 1000 à 2000 p. sur la vallée, tandis que de moins hautes crêtes boisées de 6 à 700 p. bordent cette dernière à l'O. Depuis ce point on voit au S. dans l'éloignement et par*dessus les montagnes au S. de Leskovatz une sommité bombée isolée, à laquelle le postillon donnait le nom de Spatz, dont peut-être M. Kiepert a fait avec raison le Spasch. Elle avait encore de ' la neige au commencement de Juin. Sa forme, son isolement et sa position nous portèrent à penser que c'était la cime du Kourbetska Planina, qui a ses 5000 p. de h. abs. , car celle du Snegpol est plus à TE. et ne pouvait pas d'ailleurs être visible à cause de sa proximité et l'interposition de montagnes. D'une autre part les montagnes du Dovanitza au S.E. d'Egri-Palanka étaient trop loin et leurs cimes auraient offert plus d'un sommet.

A Ya 1. du gué est le ruisseau de Pousta-Rieka avec un Haiiy qui porte son nom. On apperçoit alors à TE. la cime nue» grise et crevassée du Stara-PIanina, montagne de calcaire secondaire, qui 8*élève en deçà de la vallée du Koutinska-Rieka (voyez ritinéraire N®. 13) au-dessus du verdoyant Baditschka-Gora. Dans ce dernier le sol de schistes cristallins étant favorable à là décomposition et à la formation de la terre végétale, cela permet de cultiver ses pentes 9 de manière que les champs et les maisonnettes des laborieux Bulgares s'étendent jusques vers les bois de ses crêtes. Entouré de villages et des plus belles cultures de tous les côtés le voyageur se croirait au milieu du pays le plus civilisé du monde.

Depuis Pousta-Rieka on peut aller à Prekoplie sans avoir à guéer la Toplitza, parce qu'à cette ville il y a un mauvais pont en bois. Si au contraire on va depuis Nisch à Prekoplie, on traverse la Morava et à quelques lieues de là la Toplitza. Prekoplie est une ville plus petite que Leskovatz, à rues en partie mal pavées et habitées surtout par des Arnaoutes avec très peu de Bulgares chrétiens. D en est de même de Eourschoumlia on Kourschoumli (de plomb en turc), situé encore plus haut sur la rive septentrionale du Toplitza, qui entre Prekoplie et cette dernière petite ville reçoit au S. un grand affluent descendant du S. et S. S. O. des montagnes si peu connues des Arnaoutes vers la plaine du Sitnitza. On sait qu'un village nommé Doubitza est sur ses bords et qu'un de ses principaux affluens supérieurs s'appelle Liperitza. La Toplitza tire son nom de thermale du bain d'^eau chaude hydrosulfureuse de Bania, qui est au S* O. de Eourschoumlia un peu au-dessus du confluent de la Toplitza avec un torrent venant d'un contrefort du Eopaonik. La Toplitza ellemême remonte au S. O. par Eratovo et Podroujevo à un col conduisant à Voutschitm ou Prischtina. Toute cette belle vallée de la Toplitza parait cultivée environ comme celle de la Morava au moins jusques en delà de Prekoplie et peut-être jusques vers Eourschoumlia, mais plus loin sa partie supérieure et étroite doit participer, dit-on, à la sauvagerie de la région à TE. du bassin de Eosovo. Les bordures de cette vallée sont formées au S* par des collines en partie boisées et au N. par d'autres offrant çà et là des cultures ou de même des vignobles, tandis qu'audessus d'elles s'élèvent les deux montagnes de Jastrebatz et plus loin

à rO. le Lepenatz Planîna. Sur la crête, ou au moins assez près d'elle, se trouvent dans ces dernières montagnes les postes serbes, aussi les Albanais de ce Paschalik sont-ils très défians, même envers les négocians voyageurs et ils ne font que rêver émissaires serbes. En général ces derniers trouvent les autorités turques les moins bienveillantes dans les Paschaliks de Prekoplie, de Novipazar et de Zvomik. Le petit Pascha ou Mousselim de Prekoplie et de Kourschoundi dépend du Pascha de Leskovatz, mais comme il ne commande surtout qu'à des Arnaoutes mahométans, mélangés de Serbes et de Bulgares, il affecte une certaine indépendance» qui n'est supportable que dans un pays organisé comme la Turquie. La population de ces districts ne doit guère dépasser 20 à 30000 âmes, car s' il 7 a assez de villages dans les grandes vallées, les montagnes paraissent fort désertes, vu les anciennes émigrations serbes.

A Va 1. plus loin on distingue sur le pied du Baditschka- Grora, le village de Tourschina et à 3 L avant Leskovatz, on arrive au Lipovatzi-Han, qui est à <4 ^^ 1* ^ ^^' ^^ village de Lipovatz (bois de tilleul). A Té de 1. plus loin le village de Razgor se trouve sur la rive orientale de la Morava dont les bords sont habités par de nombreux palmipèdes telles que des grues. A 1 L de Lipovatzi-Han est celui de Petzaneptza-Han situé aussi près d'un village de même nom et d'un ruisseau coulant dans la Morava. On se rapproche des coteaux à l'Ë. de la route et on laisse à droite à V« de 1. de cette dernière le village de Brianovtze, dont la nouvelle église est cachée dans les arbres sur le pied du coteau. Un petit ruisseau, le Natischka-Rieka, longe ce dernier, en coulant du S. au N. et se rend à Petzaneptza. Sur la rive orientale de la Morava on voit plusieurs villages, parmi lesquels est celui de Girtanitza«

A 1 y, 1. de Leskovatz on arrive au village de Doublian sur le Natischka-Sieka, puis à quelque distance se trouve sur la route le Doublian-Han avec un café turc à côté. Ce dernier a autour d'un puits d'eau bien fraîche un pavillon carré en bois avec un toit en tuile, un divan ou une estrade en bois en fait le tour, et quelques plantes rampantes en ornent les côtés. C'est un lieu très agréable pour se reposer un moment. Depuis là à Leskovatz on continue à voyager au milieu des mêmes belles cultures et avant

d'entrer en ville on franchit sur un pont de boiB le Boutschanska- Rieka, qui vient de l'O.

Leskovatz, à 8 h. de Nisch et 14 à 15 h. de Vranja, est placé sur le pied d'un petit coteau couvert de vignobles et de vergers et à l'entrée de la vallée assez évasée du Boutschanska- Rieka, tandis que sur ses autres côtés cette ville est entourée d'une plaine de 2Vs à 1. de largeur, A TE. le Stara-Planina et le Souva- Planina sont les objets proéminens, les rochers gris de leurs cimes allongées du N. au â. n'avaient déjà plus de neige au commencement de juin. Au S. E. il y a des crêtes assez hautes et boisées, mais au S. les montagnes sont moins élevées et environ de la hauteur du Baditsehka-Gora« Elles séparent le bassin de Leskovatz de celui de Vrànja. On distingue dans cette série d'arêtes trois échancrures principales, l'une à l'E. conduisant à Scharkoé, l'autre au S. E, allant à Trn et Sophie et une troisième au S. O. indiquant faiblement les gorges, qui permettent à la Morava supérieure de pénétrer dans la plaine de Leskovatz. Avant ce défilé et avant le confluent de la Vlasina la Morava reçoit du S. et S. S. O. un grand affluent, dont les sources sont vers les crêtes de Novo-Brdo et sur lequel sont situés Vrataria, Medoka et Trgovitza.

Bâtie sur la Morava, Leskovatz compte 3000 maisons ou environ 12,000 habitans; il yaOmosquées, une tour à horloge, des moulins et un pont en bois sur la Morava. Les Turcs habitent la rive occidentale au pied du coteau et les Bulgares surtout l'autre bord. Leur église est à Eomorava à '4 1. de la ville. Les rues sont assez propres, l'auberge de la poste est excellente pour la Turquie, et les environs de la ville présentent beaucoup de jardins potagers très bien tenus par les Bulgares, qui forment presqu'uniquement les habitans de tous les nombreux villages environnans. En général ce Paschalik attestait que le Pascha d'alors, frère de FEx-pacha de Belgrade, Joussouf Pascha, n'était pas trop oppresseur. Malgré la malheureuse révolte et les saccages de 1841 Mr. Spencer retrouva ce pays en 1850 dans le même état florissant. (Voyez: Travels in Ëuropean Turkey 1851. Vol. 1, p. 166, et 188.)

Leskovatz est le chef- lieu d'un petit Paschalik essentiellement bulgare et chrétien dont la population peut bien s'élever à 40,000 ftmes, car il y a un grand nombre de villages, mais du

reste il n'y a guère de bourgs. Sous ce Pascha sont les Mousselims de Prekoplie et de Kourschoumiia dont nous avons parlé plus haut et faisons dans ce moment abstraction.

Avant de continuer notre voyage il faut faire une remarque sur le grand talent du gouvernement turc dans la pratique du dim€U et impera. Du temps de l'empire serbe, cette nation peuplait une bonne portion du N. O. de la Haute Moesie entre la Morava et l'Albanie catholique ainsi qu'entre les limites actuelles de la Servie et le haut de la Macédonie. Se^ rds y possédaient des villes aussi bien que des lieux fortifiés , comme les châteaux de Mitrovitza, de Katschanik , de Novo-Brdo et de Prizren dont les deux derniers existent encore. Les Ottomans voyant éclore des révoltes répétées, soit à VE. den plaines de Kosovo,- soit dans la Metochia, firent dévaster ces pays et laissèrent même bon nombre de leurs habitans se réfugier en Hongrie* Puis ils les repeuplèrent un peu avec des Albanais surtout mahométans ou au moins avec des Slaves devenus musulmans. Il en est résulté que la del de la Turquie centrale resta entre leurs mains et que les Serbes ne parent jamais dépasser les montagnes pour s'étendre sur ce plateau seulement couvert de plaines et de petites montagnes. Une conséquence secondaire de cet état des choses fut d'éloigner les voyageurs de ces pays de manière qu'aucune contrée de la Turquie, si ce n'est le groupe de montagnes au S. de Kostendil et celui entre Keuprili sur le Vardar et Kritschovo, n'est si peu connue qu'une bonne partie de cette région albanaise et musulmane, savoir entre la Morava bulgare, la Toplitza et les petites montagnes bordant le bassin du Sitnitza. On sait seulement que toutes les trois ou quatre grandes vallées remontant du N. E. au S. O. conduisent aisément dans la plaine de Kosovo et que le passage entre Vouschitm et Kourschoumli par Barilevo-Selo et Podroujevo est le plus fréquenté. Néanmoins d'après nos renseignemens, il y a encore dans ces pays ïnusulmans un bon nombre de villages slaves, mais si ces derniers ont une tendance à remplacer çà et là d'anciennes colonies de Turcs asiatiques, il n'en est point tinsi par rapport aux Albanais, qui paraissent tout aussi prolifiques que les Slaves.

La route de Trn (une distance postale de 16 h.) se dirige à TE. S. E. à travers la plaine dans une espèce de large cul de sac, formé par l'extrémité méridionale duBaditschka-Goraet d'autres

montagnes au S. Au pied de la première chaîne est situe à I*E. de la route le village de Staikovitza et un moulin appartenant au Pascha. Des vignobles couvrent le pied de la montagne et à quelque distance sont les petits marais de Batmilovtza, qui fournissent assez de sangsues. A %y^ h. de Leskovatz on apperçoit au N. de la route le hameau de Konapnitza, qui se trouve en deçà de la Vlasina et de ces marécages au pied d'une petite butte conique. Une église y existe et plus loin au N. Ë. dans un vallon remontant dans le Baditschka-Gora est le village de Schischova. Le gros village de Vlasiditza est situé à 3 I. de Leskovatz, à la sortie des défilés, pu coulent les eaux jaunâtres de la Vlasina, qui prend sa source à PE. dans le Schirena-Planina.

A TE. de Vlàsiditssa les hauteurs sont couvertes de vignobles, qui sont les derniers qu'on rencontre sur cette route jusqu'à Scharkoé, Sophie ou Doubnitza. Le Krivilski-Han ou auberge du vallon tortueux, se trouve au pied du Schirena-Planina à 4 à 5 1. de Vlasiditza ; c'est la seule qu'on rencontre sur la route de Tm par la montagne, une distance de 13 1. depuis Vlasiditza. Pour 7 arriver on est obligé de traverser une huitaine de hauteurs, dont l'élévation augmente à mesure qu'on avance dans cette échancrure de montagnes, bordée au N. par le Krouschevitza-Planina et au S. par de contre-forts du Schirena ou Schiroka - Planina (la large montagne). C'est sur Vlasiditza et dans ces hauteurs que se retirèrent fort judicieusement en 1841 les Bulgares insurgés, qui avaient été chassés de Leskovatz par les Amaoutes. Vu l'étendue de cet amas de montagnes et leurs embranchemens, elles ofiErent en tout temps aux mécontens une retraite assurée, aussi 7 a-t-il toujours des Haidoukes comme je l'ai dit ailleurs. En général dans la Haute Moesie la population bulgare, la plus forte et surtout la moins soumise, est concentrée dans les vallées nombreuses des montagnes entre la Morava et la route de Nisch à Sophie. En deçà de celle-ci ils fraternisent avec leurs compatriotes des montagnes à l'O. de Tschiprovatz , de Bergovatz, de Vratza ainsi que des districts de Vikrar et d'Etropol.

On ne peut pas vo7ager le long de la Vlasina, parce que ce torrent occupe au pied des montagnes des sillons présentant de nombreux escarpemens et décrit d'ailleurs des contours. Cette route a lieu, tantôt à travers des pâturages et quelques champs de blé, tantôt à travers des petits bois. A un lieu, appelé

Jasen, non loin d'un hameau de même nom et à 879 p« de h. abs. sur la troisième colline, il 7 a une fontaine ombragée de grands arbres. Depuis là les montagnes prennent un aspect subalpin et on traverse entre la troisième et quatrième hauteur un grand torrent venant du N. La sixième éminence est déjà plus élevée que les autres ayant S à 600 p. de plus que la troisième, et la huitième est la plus haute et n'offre plus que des champs d'avoine. Un second grand torrent, celui d'Oboulagnitza, venant du N., sépare celle-ci de la précédente hauteur et on se trouve à 3 1. de Viasiditza. Enfin on redescend dans la vallée de la Vlasina et on longe sa rive septentrionale ornée de bocages jusqu'à l'auberge isolée de Krivilski-Han.

Ce Han est placé» à 748 p. de h. abs., au pied de rochers rétrécissant extrêmement la vallée; la Vlasina vient du S. ou du Schirena-Planina et reçoit au Han un petit torrent, dont le cours occupe le reste oriental du sillon O.-E., parcouru jusques là par la Vlasina. Nous comptions coucher à Krivilski*Han , mais son isolement déplut à mon Tartare d'autant plus que l'aubergiste prétendait qu'il 7 avait des Haidoukes bulgares dans les montagnes et qu'ils descendaient le soir dans la vallée. L'aubergiste avait luimême des armes et craignait peut-être aussi d'être obligé de nous nourrir pour rien. Nous résolûmes de gagner le haut du Schiroka- Planina et d'7 chercher l'hospitalité dans quelque hameau.

Le sentier monte le long d un vallon étroit et en partie boisé, dans lequel des pâtres bulgares nous prenant sans doute pour des brigands ou des satellites du Pascha, se mirent à fuir à toutes jambes. Les petits hameaux de Bregena-Selo et d'Aleksinitze sont situés dans les parties élevées de ce sillon et ▼ers le bas au confluent d'un torrent venant de l'E. et de la Vlasina, est le misérable hameau de Garé. Vers le milieu de l'ascension du plateau du Schirena-Planina, le sentier devient incommode par la quantité de branches d'arbres, qui l'embarrassent et on est bien satisfait , quand on a atteint les pâturages, qui couvrent la plus grande partie de la portion septentrionale du plateau. Depuis là on a une bonne vue sur le Souva-Planina (t. Kourou- Jaila), qui est sur un prolongement S. E. du Stara-Planina, en delà et un peu au N. E. de la vallée inférieure de la Vlasina et aux sources du Koutinska et du Belava, tandis qu'au S. s'élève en deçà de profonds sillons la tête massive et gazonnée du Snegpol

(champ de neige). Quelques plaques de neige s'y voyaient eno<>re en juin. Sur le plateau nous trouvâmes des bergers avec des bestiaux et entre deux de ses plus hautes proéminences est ime fontaine entourée d'arbres.

Depuis ce point , le plus élevé de ce côté (à 2461 p» audessus de la mer), nous aurions du aller droit au S. sur Jaboukovik (le village des pommes), mais au lieu de cela nous nous dirigeâmes à TE. et arrivâmes très vite sur le haut de la pente orientale du plateau. Une profonde vallée, celle de Rakovska-' Rieka, courant du S. E. au N. O., s'y présentait et' nous commencions déjà à descendre, quand tout-à-coup nos oreilles furent frappés de chants au milieu de ces bois solitaires. Nous fûmes bien étonnés de voir rassembler sur une petite plate-forme une soixantaine de villageois bulgares, hommues, femmes et enfans, qui dansaient et chantaient en ayant à la place des rafraîchissemens du rakiy du pain et du fromage blanc. Tous endimanchés, les femmes avec leurs longues dresses pendantes, leur corne rouge sur la tête, ainsi que leurs colliers de verroteries et de monnaie, tout^cela formait vraiment au milieu de cette nature agreste un tableau, qui rappelait plutôt les sauvages de l'Amérique que l'Europe* Nous apprîmes bientôt que ces gens étaient presque des Haidoukes ou brigands , puisqu'ils s'étaient sauvés de leur village pour se soustraire à la rapacité de leur SpaM ou Seigneur turc et qu'ils préféraient végéter dans ces bois que de rester à ce prix dans la vallée. Malgré leur misère ils nous offrirent tout de suite un verre de leur eau-de-vie de prunes et du pain , comme signe de bonne venue , mais ils se firent prier deux fois avant d'en faire autant pour le Tartare.

Nous remontâmes sur le plateau et nous nous dirigeâmes au S. O. en tournant autour de petites éminences. Nous étions arrivés au bord d'un énorme ravin courant du S. E. au N. O. et débouchant dans le vallon supérieur delaVlasina. C'était là que devait se trouver le hameau bulgare de Jaboukovik, mais nous avions beau regarder de tous les côtés, aucune habitation ne se montrait à la vue, quoique le déboisement des pentes et même un ou deux petits champs indiquaient le voisinage de l'homme. Enfin un vieillard vint à passer et nous conduisit dans peu de minutes à Jaboukovik par une pente si roide que les chevaux avaient peine à se tenir et qu'il fallut mettre pied à terre. Il était tout naturel que les mai-

sons noas étaient restées cachées , quoique nous fussions déjà si près»

La principale famille du village nous reçut fort bien et nous nous établîmes sous un Tschardak devant la maison, qui, composée d'une seule pièce, contenait une trentaine d'individus. Au moins ici le coucher du soleil n'empêcha pas qu'on nous fit à souper. Jaboukovik est sur la pente septentrionale du ravin et non pas dans son fond, qui offre des roches schisteuses noires. Vis-à-vis s'élève au S. O. le Tschernatrava-Planina (montagne de l'herbe noire) couvert de pâturages et de bocages, tandis qu'au S. trône au-dessus de toutes les montagnes voisines le Snegpol (champ de neige), qui a au moins 4000 p. de h. abs.

Pour monter à ce dernier sommet il faut traverser un profond vallon ou bien faire le tour de celui de Jaboukovik, ce qui est le plus long chemin, c'est une route de ï^j^ à 3 h. La vue depuis cette cime embrasse une vaste étendue de montagnes de la Haute Moesie ainsi que les dernières murailles de la Servie, elle peut servir utilement à étudier la configuration du groupe du Schirena-Planina et sa liaison avec les montagnes voisines.

La route de Jaboukovik à Tm reconduit le voyageur sur le plateau, d'oà on tourne au S. E. et marche sur une crête boisée et placée entre la vallée de Rakoveka-Rieka et celle de Jaboukovik. A 3 1. de ce hameau on est obligé de franchir deuic petits monticules, d'où on descend sur l'extrémité méridionale du Schirena» Planina. C'est une plate-forme dont le sol blanc trachytique est couvert de bocages, on y voit les ruines de quelques maisonnettes. A r O. il y a trois cimes boisées, qui s'élèvent à 5 ou 600 p. plus haut que ce plateau. Depuis ces hauteurs j*apperçus à TE. dans le Haut Balkan une cime bombée couverte de neige au commencement de juin. On est alors à 3 1. de Tm et on commence à descendre sur un contre-fort avancé de la montagne par une route de voiture. Au-dessous des bois de hêtres on traverse des bois de chênes et de noisetier» {Corylus Columa), plus bas les pentes sont plus inclinées et dégarnies d'arbres. Cette descente assez roide dure environ une heure et peut aussi se faire sur une autre arête. On est descendu d'une hauteur équivalente à 1200 p. Ce dernier chemin conduit à Miloslavtzi, tandis que l'autre va à Selenigrad, village situé un peu à l'E. S. E. à ^/^ de 1. du pied de la descente. Si on marche tout di'oit, on va

joindre la route de Tm à Klisoura, ou bien on gagne un village de l'autre côté du Gomela-Voda.

Cette vallée du Gomela-Rieka ouNeboititza (eau Bans crunte) court de TO. à TE. et est assez large, ses montagnes au S. ont des pentes douces et déboisées. Son fond est bien cultivé et a plusieurs villages. Au pied du Schirena-Planina sont Selenigrad (ville verte), Miloslavtzi et plus à l'O. Jarlovitze. Selenigrad est placé à la sortie d'une gorge de rochers calcaires , le Pope ou curé du lieu nous reçut fort bien, puisqu'il n'7 avait pas d'auberges. Ce village compte 70 maisons ou 500 habitans, il 7 a un moulin vers la montagne. Dans notre course pour examiner les rochers voisins nous eûmes à soutenir un combat véritable contre les chiens de la commune. L'absence des habitans de leurs maisons nous exposait sans ressource à la fureur de ces animaux, qui nous auraient fort maltraité, si nous avions paru les craindre*

A Va 1. de Selenigrad on apperçoit au pied de la montagne au S. du Gomela-Rieka les villages de Tourekov et de Barevtzi ainsi qu'un Konak de quelque Spahi turc. Nous 7 rencontrâmes le maître de poste de Tm, qui faisait à cheval une promenade avec un Mollah turc, association assez particulière, car le premier était en même temps le curé du lieu. A7ant besoin de chevaux nous ramenâmes le Pope avec nous. La vallée peut avoir dans cet endroit du N. au S. dans sa plus grande largeur un peu moins d'une lieue. A y, 1. plus loin la route tourne pendant quelques instans au N. pour reprendre bientôt sa première direction à l'E. On est alors dans le défilé calcaire, où sont disséminées les mûsons composant une partie de Tm. Le moulin de Trn est la première habitation, puis vient le village avec une église chrétienne neuve entourée d'une muraille. Le cimetière est orné d'un vieux pin, qui fait un effet pittoresque sur des rochers calcaires caverneux. A y^ de 1. de là sont les maisons des musulmans, du maître de poste et Tauberge. On 7 compte 16 à 20 Turcs et il 7 a une tour carrée avec un premier étage en bois dépassant le bas ; elle contient une prison et quelques gendarmes. C est là le Taran-Palanka des' Turcs. Trn appartient déjà au Paschalik de Sophie et est environ à 1542 p. de h. abs. (Vo7ez notre aventure à Trn dans ma Turquie. Vol. 2. p. 435.)

Le district entièrement de montagnes de Trn comprend 24 villages, parmi lesquels figure aussi Jaboukovik. Trn est à 3 K

de Divlianska-Rieka, qui se rend dans la Soukova. J'ai dëjà observé ailleurs l'importance militaire que peuvent avoir pour les Bulgares en insurrection de telles vallées, situées au milieu des montagnes elles offrent encore assez de ressources pour y subsister surtout en été vu leur élévation, tandis que leur configuration et le nombre de leurs défilés sembleraient en rendre la défense aussi facile que Toccupation difficile. Ce n'est point un terrain pour la cavalerie, vu qu*il n'y a guère de grandes plaines et que la largeur ordinaire de leurs sillons est très peu considérable. Assez souvent les pentes des montagnes forment le long de ces vallées des terrasses ou au moins ça et là de petites plate-formes, qu*on peut cultiver et où les fins Bulgares cachent leurs villages.

A TE. de Trn la route de Bresnik traverse un bas col, d'oà on descend à un petit cours d'eau, qui va joindre du S. au N. le Gomela-Voda, ou Neboititza, affluent tout-à-fait supérieur du Soukova. Cette gorge est en partie couverte de bocages en chênes et au col (à 1884 p.) ainsi qu'en deçà de ce point le chemin est creusé dans les rochers calcaires. On en descend dans la vallée du Sikemitza ou de Philipovitza, qui est bordée de petites montagnes pointues à escarpemens calcaires et dont l'extrémité septentrionale située à l'E. du col en question est réduite à une profonde fente. C'est le canal d'écoulement des eaux de ce sillon. A l'E une cime très pointue fait surtout un bel effet Les montagnes s'abaissent au S. et n'ont à la fin que 100 p. à l'R et 5 à 600 p. à rO. La descente du col dans la vallée de Philipovitza est moins forte que celle du col vers Trn, parce que ce village est situé un peu plus bas que le vallon de Philipovitza.

Au pied de la descente on traverse à gué le torrent et on remonte la vallée sur la rive orientale. Des prés et des champs s'y trouvent et rendent cette partie de la route agréable, quoiqu'on ne voie aucun village. A 1 1. de Trn un torrent sort des montagnes orientales. A l'E. de la vallée et vers son milieu on apperçoit de loin le village de Philipovitza dans un cul de sac et vis-à-vis à 1*0. la pente des hauteurs offre quelques granges (Kotschari) et un torrent venant de TO. A 1 y^ h. de Trn la vallée tourne un peu au S. E. après une espèce d'étranglement produit par un petit promontoire de montagne. Trois buttes pointues pyroxéniques frappent les yeux à l'E. et le système calcaire en offre aussi à TO. On monte plus loin par deux terrasses au

col trèa bas et large, qui sépare la vallée de Philipovitza de celte de Grloy mais qui a néanmoÎDS une altitude absolue de 2000 p. Le sol est noir et un lac paraît avoir occupé jadis cette partie supérieure de la vallée. Le col ne présente que des pâturages secs et n'est dominé que par des éminences de SO p., tandis qu'à 1*0. il 7 a des cimes aussi dénudées de 3 à 400 p. et à TE. d'autres de 100 p. La descente de ce col dans la vallée du Grlska-Rieka est fort douce et a lieu sur un terrain noir en partie cultivé en blé. On voit à TE. N. E. les buttes pyroxéniques coniques de Grlo, à l'E. S. E. les petites hauteurs de Bresnik, qui s'y lient par une crête plus basse, au S. E. est le mont Vitosch et au S. les montagnes du bassin de Sadomir, en deçà desquelles Phorizon est terminé par la muraille majestueuse du haut Rhodope.

Au point où on traverse la vallée fort évasée et cultivée de Grlo, on passe à environ 1900 p. de h. abs. à côté d'une habitation isolée, puis on franchit obliquement la hauteur, qui cache Bresnik à la vue du voyageur venant de Philipovitza. Une fontaine se trouve à mi-côte et dans une demi-heure depuis la vallée on arrive à Bresnik à 1900 p. sur la mer. C'est un vilvage bulgare d'environ 200 maisons , l' Ayan y a un Konak et il y a une mosquée. L'auberge n'est qu*un grand café turc avec une écurie et un pavillon isolé et placé au-dessus d'une fontaine ^). Les environs de Bresnik sont peu agréables par le manque d'arbres qu'on ne rencontre qu'en petite quantité près des maisons et ^ par des rochers hideux de la formation pyroxénique. A l'E. cette dernière constitue un amas de sommités incultes, une espèce de bruyère inclinée en pente douce, qui serait fort triste à parcourir, si on n'avait pas la vue des montagnes de Kostendil et même des plus hautes sommités de la Moesie supérieure au N. E. d'Egri-Palanka. Un peu de neige se voyait encore sur ces dernières au commencement de juin. Entre les cimes les plus hautes de cette plate-forme volcanique sont à 2587 p. et 2687 p. de h. abs. deux petites échancrures par lesquelles passe la route et en deçà le terrain est entrecoupé de ravins qu'on est obligé de tour-

') Notre Tartare, à attentions délicates pour notre personne, avait pris les devants pour nons faire cuire un poulet dans l'écune de ce café, mais à notre arrivée un de nos chevaux mit le pied dans le chaudron et le troua, ce qui non seulement nous priva du dîner^ mais nous produisit un retard, car il fallut envoyer raccommoder sur-le-champ ce meuble si essentiel d'un voyage en Orient.

ner pour descendre ^aduellement dans le bassin de Sophie* Ça et là quelques rosiers ou quelques Veratrum ou Initia viennent diminuer la nudité extrême du sol.

A 3 1. de Bresnik est le hameau de Rlisoura, qui est placé sur une première terrasse au-dessous de laquelle on en peut distinguer au moins encore deux. On sait que cet accident se répète autour de tous les anciens étangs écoulés , or il est peu douteux que la plaine de Sophie n'ait pas été jadis le fond d'un vaste lac. A 3 1. de Sophie est au bord d'un ruisseau l'auberge isolée de Banski-Han et 1 1. en avant de ce lieu est le hameau de Vrdo- Ealina. Depuis ce dernier point on saisit bien l'ensemble des détails orographiques 9 qui forment le bel entourage de la verdoyante plaine de Sophie. Les terrasses dont je viens déparier et les petits coteaux qui la bordent lui donnent quelque ressemblance avec un cirque romain oval d'une taille gigantesque. Entre Banski- Han et Sophie nous passâmes près. du village de Philipovtzi et firanchîmes un petit cours d'eau, le Kalkanitz, venant du Vitosch et se rendant dans l'Isker.

A y, 1. à l'E. de Sophie est le hameau d'Odiana, où les Russes ont eu leurs avant-postes , car ils ne sont pas entrés dans la ville. Depuis Odiana, on se dirige au S. E. et à 2 1. de Sophie on guée le grand Isker, qui est profond et doit devenir aisément impassable dans les grandes crues. A % de 1. de cette rivière on passe près d une fontaine et on franchit après Bougrov, à 2 7, 1. de Sophie, un petit cours d'eau sur un ancient pont bulgare de trois arches. Toute cette course a lieu surtout au milieu de pâturages et quelquefois de champs de blé, un nombre considérable de Tumulus forment l'objet principal, qui attire l'attention du voyageur et sert à alimenter la conversation. (Voyez ma Turquie. Vol. 2. p. 352.)

Le village bulgare d'Ouselia est situé à 5 h. au S. E. de Sophie et à peu de distance des montagnes, qui bordent à l'E. la plaine. Un Karaoul formant corps de garde et prison, s'élève au milieu de ce village, d où on a une vue agréable sur Jeni-Han et la vallée conduisant à Ichtiman. Un petit marécage borde le village au S. O. Peu après Ouseliaon entre dans la vallée de Malina, où est situé à 1 1. du précédent village le hameau de Malina. Cette vallée remonte de l'O. à l'E. et est bordée de petites sommités, qui ont au N. de 100 à 300 p. et au S. jusqu'^ 1000 p*

Quelques semâmes avant notre arrivée des brigands à cheval j avaient pille et tué des commerçans voyageurs.

Ail. plus loin est Taouk-Keui (village de la poule) au pied d'une hauteur boisée dans une espèce de cul de sac, où il y a des champs et des prés. Après avoir traversé cette plaine on arrive à 3 1. d'Ouselia au village de Taschkisi, où il y a un café turc et après lequel on passe un col ayant 400 pieds au-dessus de la plaine.

A 1 I. au N. de Taschkisi est le village bulgare de Strigl et y, 1. plus loin sur un ruisseau coulant au N. 0.| celui de Dolni - Eomartzi (village des moucherons inférieur) » le Gomi- Komartzi ou Haut-Eomartzi étant sur une montagne voisine. Le Dolni-Komartzi ou Bas-Komartzi » est une village de 500 âmes, qui est à S 1. à TE. S. E. d'isladi ou Sladitza, chef-lieu d*un canton bulgare assez populeux, à territoire surtout dans le bassin du Vid et très près du pied du Haut Balkan. H y a une petite église qu'on n'a pu bâtir qu'après avoir payé 250 francs pour la permission. Sur réminence au N. du village sont les murs d'un château fort occupé par les Erschdalis sous Selim. Plus au N. est le Goloubetza-Planina. J'ignore pourquoi Mr. Eiepert place dans la vallée de Malina Barejevo et Novoseltze et oublie Ouselia.

Jusques là la route avait passé par un joli pays , qui rappelle la champêtre Servie, le cul de sac de Eomartzi est surtout couvert des plus belles prairies et éinaillé de fleurs, mais plus loin cette Arcadie bulgare cesse, le chemin remonte un torrent, où on a l'occasion d'appercevoir de nouveau au N. le village de Strigl, et bientôt on ne voit plus que les parois du torrent qu'on franchit plusieurs fois. Plus loin on monte des pentes boisées en chênes, où quelques Labiées, le Galeobdolon luteum et quelques autres herbages forestiers forment les seuis ornements. Enfin on entre dans la zone des hêtres et atteint plus tard le iiTaraouJ ou poste de gendarmes. Depuis ce point on a encore une petite montée à faire dans les bois avant de se trouver sur le plus haut point de l'arête, à 4129 p. de h. abs. H faut environ 3 h. pour achever cette ascension et plus de 2 h. pour descendre à Etropol. Cette descente se fait par des chemins tournans sur une pente très rapide et toute boisée. Dans le bas est la vallée très étroite du Soua-Rieka (rivière sèche) , où on passe deux fois le torrent sur des ponts en bois. Les forêts sur ses bords offrent de beaux bou-

quets d^arbres. Ce passage paraîtrait facile à fermer avec des abatis et des postes militaires. A '^ 1. avant Etropol la vallée du Soua-Rieka courant presque de l'O. à TE., est jointe par une autre venant du S. E. et on entre dans la large et pittoresque vallée d'Etropol. Ces eaux réunies portent le nom de Petit-Isker (Mali- Isker) et reçoivent à Etropol celles d'une vallée» qui courant aussi O. et E«y vient déboucher au N. de cette ville. Un second petit cours d'eau venant de TE., s'y réunit encore dans ce point.

La vallée descendant de l'O. à la sortie septentrionale d'Etropol conduit à un col plus bas que celui à la tête du Soua- Rieka. C'est la route postale et la plus courte pour se rendre d'Etropol à Sophie par Grîgorevo et Slatina, savoir une distance de 12 h. Mr. Kiepert a mal rendu la potamographie des environs d'Etropol.

Etropol, déjà dans le Paschalik de Widdin et à 1789 p. d'élévation absolue, est une bourgade ouverte de 4 à SOO maisons ou de près de 2000 habitans, en partie bulgares. Il y a des mosquées, une église grecque, un grand Konak pour l'Ayan et un certain nombre de boutiques , dans le lieu que les Turcs appellent Tschardachi, Beaucoup de maisons, et surtout celles des Turcs, ont des jardins. Sur le Petit-Isker se trouve un moulin à foulon et un autre édifice ruiné, où était jadis une fonderie de fer 9 mais en 1837 on ne fondait ni exploitait plus de minerai de fer dans ces lieux. Néanmoins cette industrie n'avait pas cessé depuis longtemps et n'avait été étouffée que par des vexations du fisc.

La position d'Etropol est fort agréable, la montagne au N. du grand Isker est le seul objet peu pittoresque, parce qu'elle est déboisée et offre des éboulis hideux de schistes argiloides gris ; au S. par-contre le Balkan d'Etropol se présente très bien, ses grands escarpemens au milieu des bois font un effet admirable à côté des vertes prairies des hauteurs occupant les deux vallées à 1*0. et à l'E. de la petite ville et ayant une altitude abs. de 2300 à 3000 p.

Etropol se trouve à l'entrecroissement de la route de Sophie à la Bulgarie orientale et à celui du chemin de Widdin au Grand Balkan. Il doit y avoir environ 27 à 30 h. de Widdin à Etropol, mais sa communication avec Sladitza et le Balkan ne doit être qu*uu sentier de montagnes peu employé , surtout par

les Turcs. Il est probable que la montagne entre le Vid et le bassin du Mali-Isker se franchit au moyen de la vallée sur le prolongement de celle du Soua-Rieka ou bien beaucoup plus à l'E. d'Etropol.

On longe la rive du Petit-Isker qui coule au N. E» et est tellement encaissé dans une espèce de canal de rochers, qu'on le dirait taillé de main d'hommes. Cette curiosité naturelle corn* mence à ^j^ 1. d'Etropol et se continue jusqu'au-delà de 2 1. de cette ville. A 1% 1« d'Etropol est la limite de son district à un petit pont sur un torrent coulant du S. E. et non loin de là est la petite rivière de Lepen et le Brousinenska-Kieka, qui toutes deux se jettent très près l'une de l'autre dans le Petit-Isker. Ces cours d'eau venant du S. et S. E. coulent aussi dans des canaux bordés de rochers areniicés schisteux et sur la Lepen est l'auberge isolée du Lepenitza-Han. Le village est à quelque distance de là au S. £. On passe ces torrens à gué, ainsi qu'un troisième y qui se trouve plus loin au milieu d'un pays peu boisé ou seulement à petits bocages.

On débouche enfin dans une grande plaine en culture, qui est bordée au N. par une chaîne de montagnes de plus de 800 p. d'élévation ou d'environ 2000 p. de h. abs., tandis qu'au S. il n'y a que des petites éminences comme celles qu'on voit depuis la route d'Etropol à ce point. Au pied de la chaîne courant de l'O. N. O. à l'E. S. E. est situé le village de Vikrar sur la rive occidentale du Petit-Isker qu'il faut traverser pour y arriver. Derrière Vikrar cette rivière se fait jour dans la montagne au moyen d'une fente en zigzag, qui est garnie de bois. Ce village avec ces cultures forme un tableau charmant au-devant de cette pente de montagnes ornée de troupeaux et d'une chapelle chrétienne en ruine, tandis que le défilé de l'Isker avec ses bois contraste par ses vues sauvages. Ce dernier conduit au couvent de Sveti-Andjel (St. Ange) à 2 1. de là. Cette rivière paraît être poissonneuse et débouche dans le Veliki-Isker près de Roman.

Au S. de Vikrar on a une vue étendue sur le Haut Balkan, qui est à 6 à 8 1. au S. et qui se présente sous la forme de quatre plans de crêtes, dont les plus élevées, à sommets fort doux, n'avaient plus de neige en juin que dans un point.

Vikrar est un village bulgare avec quelques Zingares, on y compte 800 âmes. Il y a une petite église grecque sans clocher

et un Konak de Spahi. Comme notre visite était une corvée pour le village , nous eûmes l'attention de faire une petite offrande à relise et de traiter une demi-douzaine d'anciens du village avec de Teau-de-vie»

Depuis Vikrar on passe l'Isker à gué et on se dirige à l'E. par un pays de petits coteaux en partie boisés en chênes. C'est une contrée sauvage et peu peuplée , aussi est-il bon d'y savoir bien la route. Nous n'y trouvâmes qu'une famille de Zingares nomades établie dans une vallée et les enfans nous poursuivirent en mendiant quelques Paras. Ils étaient nichés en partie sur un arbre comme des oiseaux. A 2 1. de Vikrar on atteint le village de Jablanitza ; il est placé au pied d'une crête escarpée au S. et formant le prolongement de celle de Vikrar. L'eau y coule du N. O. an S. £. La route va à TE. et entre dans un vallon courant de 1*0. à l'E., on monte sur son côté méridional pour arriver à un col bas et boisé, qui a néanmoins une altitude absolue de 1797 p., parce que tout ce pays est assez élevé. On en descend dans un autre vallon, où il y a une auberge à 3 1. de Vikrar. Il faut encore franchir un autre col bas et couvert de bocages pour arriver à la vallée du Vid, entourée de petites éminences de 100 à 200 p. Au bord de cette rivière est un puit ombragé d'arbres, où les voyageurs ont l'usage de s'arrêter. Une route de voiture plus longue que celle que nous avions suivie, va prendre plus haut la vallée du Vid et la redescend jusqu'à ce point. En remontant cette rivière on atteint le canton de Sladitza. Sur les Cartes on ne trouve marqués que les villages de Teteven (peut-être Tetovo) etGavardin, tandis qu'on m'a nommé comme appartenant au canton surnommé les 16 villages suivans, savoir: Lagana, Douschantzi, Perdop, Klisekeui, Schelopetsch, Karlîovo, Kîlanelare, Mirkovo, Karmarkeui, Smosko, Bounovo, Vrsch, Novoschane, Pravetz, Komartzi dolni et gomi ainsi que Strigl. D'après ces derniers villageSy visités par nous, on voit que ce canton s'étend hors du bassin du Vid supérieur jusque dans un cul de sac de celui de risker. Mr. Kiepert figure à Gavardin le confluent d'un grand affluent du Vid sous le nom encore douteux d'Ourach et le fait remonter dans le Haut Balkan.

Le Vidy coulant au S. E., se passe à gué et a un lit plus large que le Petit-Isker et rempli de cailloux; à y^ 1. de là il &ut franchir de même le Kalnitza, qui coule de l'E. à l'O., tan-

dis que plus haut il se dirige du S. au N. A y, 1. de là est situé dans une plaine la bourgade turque d'Isvor. C'était là que nos Kayas devaient nous abandonner, mais l'Ayan d'Etropol leur avait donné un mot pour l'Agha d'Isvor le priant de nous faire escorter^ Ce dernier parut otîensé de la liberté que prenait TAyan ou de la forme impérative de sa lettre, bref il se mit à disputer fortement avec les Kavas. Nous vîmes toute de suite que nous n'aurions plus d'escorte, politesse inutile dont nous nous félicitions en secret d'être délivrés, mais nous espérions au moins coucher à Xsvor. Or l'Agha bourru de son naturel ou craignant peut-être la peste ou pour quelque autre cause inconnue, déclara à notre Tartare de ne pouvoir nous loger, ce qui mit mon courier tellement hors de lui qu'il leva toute de suite la séance en lui faisant la plus grossière salutation imaginable. Dans un autre pays une semblable offense ne restant pas impunie, nous fûmes d'abord alarmés de cette inconcevance de notre guide ; mais l'Agha avala la pilule sans y faire attention, nous fûmes obligés d'aller chercher un gîte à distance de Tinhospitable Isvor, et il ne tomba que quelques coups de pistolets à la sortie de ce gros village.

En deçà d'Isvor est une vallée avec quelques cultures, mais bientôt nous rentrâmes dans les petits bois de chênes et nous nous détournâmes au S. de la route, qui allait au N. E. pour remonter le Sopotska-Kieka, affluent du Vid, qui court de l'E» à l'O et où est situé le long village bulgare de Sopot à l43S ou 1495 p. de h. Le Soubaschi nous donna son domestique zingare pour nous loger dans une maison convenable, et nous trouvâmes bientôt tout ce qui nous fallait* Il n'y avait que les chiens qui étaient de trop, car chaque fois que nous voulions aller de notre lit établi à côté de la maison dans cette dernière, on aurait dit que nous allions être déchirés.

A 2 1. de ce village on quitte la vallée au N. de celle de Sopot, qui n^est qu'un prolongement de celle du Kalnitza et on traverse obliquement au N. E. une colline boisée. On voit au S. au pied des montagnes boisées dans une vallée sauvage le hameau de Mikriou, donc il est mal placé dans la carte de Kiepert; ces hauteurs s'élèvent à 800 p.

Il n'y a point d'auberges jusqu'à Lovdscha et on ne rencontre pendant ces 5 1. de pays déboisé que trois villages turcs. A moitié chemin un ruisseau coulant dans la vallée de Mikriou sert à

Tordinaire de halte* Nous y trouvâmes des voyageurs bulgares, qui y faisaient paître leurs chevaux* De petites éminences de 100 à 150 p. entourent ce torrent coulant dans le Vid à Agien. On traverse ensuite une plate-forme couverte de champs de blé, le chemin excavë profondément ou bordé de haies était embarrassé par un bon nombre de charrettes turques , qui portaient du blé à Lovdscha.

Bientôt après on arrive au village musulman d'Isvor, qui est à 3 L de Sopot et à % de 1. plus loin il y a un autre village semblable avec un grand cimetière. Mr. Kiepert distingue cet Isvor par Tépithète douteuse de Tourtzki (turc) en opposition du précédent Isvor, qui serait le Boulgarski Isvor. Le hameau de Kolibala est à V4 de 1. plus à TE. et encore plus loin vient le grand village turc de Mirkovo. Tous ces villages sont situés sur une espèce de plate-forme inclinée de TO. à TE.; au S. est une vallée courant de TO. à l'E. et bordée de basses montagnes boisées.

A une petite demi-heure de Lovdscha commence la descente sur cette ville au milieu des jardins et des vignes établis sur un sol crétacé blanc. Des cerisiers, des noyers et des pruniers y abondent. Les environs de Lovdscha, sa plaine, ses vergers avec une portion de cette ville forment, vus de ce lieu, un point de vue admirable.

De Lovdscha à Trnava ou Tîmava on peut aller par la plaine ou bien par Kakrina en montant sur les hauteurs à TE. de Lovdscha et longeant ensuite la rive septentrionale du Nikop formé par la réunion du Roubscher et du Bouschita. On passe à gué cette dernière rivière à Moujna ou bien on reste comme dans la carte de Mr. Kiepert sur le côté septentrional du Nikop et traverse l'eau à Plouschna. Ces routes ont lieu comme celle de Lovdscha à Selvi par un pays inculte à Texception des environs des villages et de la plaine.

De Tirnava à Slataritza on a S I. de pays, dont les deux lieues dans la vallée de Saltar entre Leskovatz ou Laskovitza et Slataritza sont occupées par des prairies et des champs. Vit^-à-vis de Laskovitza le Kapinova afflue du S. Une contrée montueuse couverte en partie de petits bocages conduit le voyageur par Jelizlar à Osmanbazar. On s'élève graduellement de la vallée de Boujoukdere jusqu'au plateau de cette dernière ville musulmane.

Entre elle et Eskî-Djouraaa on laisse la hauteur du Bînar-Dagh à TE. , on parcourt les ondulations du prolongement de la même plate-forme et on n'en descend surtout que dans le défilé de Kirgetschi, à 3 y, 1. d'Osman bazar.

La route d*Eski-Djoumaa à Schoumla traverse le pays ouvert et les très petites émînences, qui forment le haut des affluens du Grand-Kamtschik (Akali-Kamtschik) dans cette partie de son bassin. Ce n'est qu'après Boular qu'on a à franchir les hauteurs couvertes de bocages, qui le séparent des eaux du Raschbounar et on entre dans la route de Razgrad à Schoumla, On peut aussi aller d'Osmanbazar à cette dernière ville en traversant à TE. le plateau et longeant ensuite le Grand-Kamtschik.

Une plaine interrompue seulement par de petites éminences règne entre Schoumla et Paravadi sur le Sîrischendere-Sou, d'où on gagne Varna en se tenant sur la pente des petits coteaux, qui bordent le lac de Devna.

Varna est une ville fortifiée de plus de 20,000 âmes avec une douzaine de mosquées. On était occupé en 1837 à remettre un peu en état ses remparts, qui ont arrêté si longtemps Tarmée russe, dans la campagne de 1829 et qui sont entourés d'un pays plat et marécageux.

BULttARIE, BMXAS et TBRAGE.

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NICOPOLI ^ ANDRmOPLE et ENOS par ISLIVNÉ.

A.U débouche de POsma dans le Danube la ville de Nicopoli (s. Nikopolie, t. Nigeholou) est en partie en amphithéâtre dans une situation agréable, au milieu d'un demi-cercle de hauteurs ornées de jardins ou d'arbres fruitiers, tandis que vers le Danube se montrent, ça et là, des escarpemens de roches à apparences crétacés. Sur le haut d'une butte avancée vers le Danube , est la forteresse avec quelques bâtimens et une mosquée. Au pied se trouvent des deux côtés d^s habitations et des mosquées. On est d'autant plus porté à trouver cette vue agréable que la rive vallache du Danube est toute plate et marécageuse. Nicopoli est une ville bulgare et turque de plus de dix mille âmes. H s'y trouve des mosquées et un rempart, reparé et garni de canons, entoure la ville. Dans Tespëce d'anse, que le Danube forme devant cette dernière, stationnent des barques et des bateaux de pêcheurs. Vis-à-vis sur la rive vallaque est le fort de Toumoul. Les environs de Nicopoli sont célèbres par la malheureuse bataille du 28 Septembre 1396 entre fiajazet I et Sigismond, roi de Hongrie , où furent faits prisonniers tant de nobles chevaliers français.

Schistova ou Sistov est aussi très bien située sur la pente d'un coteau et au-dessus de petites falaises, qui bordent le Danube. Vers le milieu d'une partie de la ville s'élève au bord de ce fleuve une butte, qui supporte un ancien château fort , occupé

encore par les Turcs, tandis que vers l'autre extrëmîté une autre éminence ofïre les ruines d'un second château. Des habitations sont éparses au pied de ces hauteurs, mais la plus grande portion de la ville est derrière le premier mont, ainsi que sur ses côtés ; elle est placée 9 pour ainsi dire , au milieu d'un verger ^ tant il 7 a de Jardins annexés aux maisons* H y a une huitaine de mosquées à minarets, un bazar et plus de vingt mille habitans dit-on. Les îles du Danube, garnies d'arbres, font un joli effet, surtout lorsque ce fleuve est animé par la présence de barques et de nacelles et derrière cette ville ouverte il y a d'agréables promenades dans les petits vallons boisés des environs* Des petits bfttimens marchands peuvent remonter jusqu'à cette ville.

Depuis Schisto va à Trnava (Tirnava ou Tmova, à 7 à 800 p. de h*) le pays est couvert de petites collines entre les f^ate-formes défi^ quelles coulent des ruisseaux se rendant dans la Jantra. C'est surtout la place des villages épars sur la route comme ceux de Schaija, Koslovetz, Ëbeli et Schenovtzi. On passe la Rousita ou Rouschita à Nikopi.

A Trnava on est, comme à Lovdscha, dans le dernier conitrefort septentrional ou le rempart véritable du Balkan, qui s'é^ tend depuis au-delà de Vratza jusques vers Schoumla. (Voyez ma Turquie. Vol. 1, p. 9S.) Cette ville, l'ancienne capitale de la Bulgarie, compte environ 12,000 habitans, la plupart bulgares. Elle est bâtie tout- à-fait en amphithéâtre contre la pente des montagnes calcaires-crétacées et comme ailleurs en Turquie, la plupart des Musulmans ont préféré le haut plutôt que le bas de la villa Ils y ont détruit tout ce qui pouvait rappeler la nationalité bulgare, parce qu'ils savent combien de souvenirs se rattachent encore à cette ancienne résidence royale. Leur méfiance est si grande à cet égard, que je n'osai pas même avec mon Tartare aller voir une inscription latine sur le marché de Lovdscha, parce qu'il était plein de monde. D se trouve à Trnava des teinturiers de fils de coton et de soie rouges. On y fabrique du drap grossier et on s'y occupe des vers à soie. Placé au-dessus de la ville on a une vue semblable à celle de Lovdscha, la Jantra y circulant comme l'Osma au-devant cette dernière ville, au milieu d'une plaine verdoyante ou cultivée. Sur la pente des hauteurs de Trnava il y a, comme à Lovdscha, des vergers ou des prés entremêlés d'arbres ûnsi que quelques ruines. Plus au S. la Jantra

traverse une série de gorges calcaires, qui rendent très pit-^ toresques certaines parties du voyage de Tmava à Gabrova par Dranova. Cette rivière 7 reçoit de nombreux affluens, aussi la route restant sur la rive droite, y passe onze torrens, en particulier le Eelifar à Tchouloscbar et le Beilik-Sou au S. de Dranova«

De Tmava à Bebrovo on longe les hauteurs calcaires pour traverser ensuite un pays peu cultivé. On guée à Jakovtzi le débouché du Sjenokor de Mr. Kiepert dans la Eapinova, et on retrouve ce dernier torrent avant d'atteindre le Dokousdere-Sou à Bebrovo. On n'arrive qu*en deçà du dernier lieu dans les gorges véritables du Balkan, qui présentent du rapport avec celles de Gabrova. Depuis Bebrovo on franchit des hauteurs pour gagner les sources-mères du Beujukdere-Sou et atteindre Stareka. De ce point on commence à monter au Demir-Kapou ou à la porte de fer, col assez élevé et devant bien avoir au moins 2800 p. B se trouve presque aU point de jonction de la chaîne principale du Balkan avec le Kutschuk-Balkan (Petit-Balkan. Cette arête subordonnée et boisée court au N. E. et sépare le bassin du Petit- Kamtschik (Eutschuk-Kamtschik) de celui du Beujukdere ou Saïtan

On longe ensuite le côté septentrional de la crête véritable du Balkan dans les parties tout-à-fait supérieures et boisées de la vallée du Petit-Eamtschik pour atteindre l'échancrure basse, d'où on n'a plus qu'à descendre d'abord par des forêts , puis par des pâturages à la ville d'Islivné. Cette descente offre un coup d'oril anique ; la large vallée de la Toundscha ou Tondja avec ses îles boisées forme d'abord l'objet proéminent dans le tableau de la vaste plaine de la Thrace. Ce n'est que plus tard qu'on voit à ses pieds la ville d'Islivné et ses jardins verdoyans , qui font un effet d'autant plus agréable que les torrens à droite et à gauche ne présente que d'horribles éboulis gris et noirs de roches schis* teuses crétacées.

Cette dernière ville d'environ 1S,000 âmes est placée à 1126 p. de h. abs. dans un cul de sac de montagnes, au-devant duquel il n'y a qu'une petite colline. Derrière elle s'élève de tous côtés, à l'exception du S. et de l'E. , des pentes roides^ rocailleuses ou gazonnées, au-dessus desquelles se distinguent les forêts du Balkan et du milieu desquelles s'échappent des torrens fougueux à l'O. et à l'E. de la ville. Ces eaux coulent sur des plans si inclinés

et entraînent tant de débris que la construction de ponts 7 est très difficile; aussi dans les temps de pluie l'accès de la ville est-il rendu dangereux, surtout par le gué du grand torrent à l'O.

Au N. E. s'élève le groupe porphyrique du Tschataldagh, dont les sommités déchiquetées, crénelées comme une muraille en ruine et les pentes couvertes d'énormes rochers contrastent avec les contours doux des montagnes crétacées du Balkan. Une pointe conique, la plus élevée et de 3264 p. de h. abs., trône aa- - dessus de cet entassement d'escarpemens et au pied de ces montagnes sont les jardins naturels les plus luxurieux qu'on puisse voir. C'est là qu'en été les habitans dlslivné vont s'asseoir au bord des eaux des torrens, sortant du Tschataldagh pour jouir de la fraîcheur et goûter les fruits divers à noyaux (abricots» pèches, etc.), qui sont suspendus en profusion sur leurs têtes. La vue depuis les hauteurs du Tschataldagh est immense, néanmoins on ne peut pas bien distinguer le Ehodope, mais on voit les plaines d'Andrinople ainsi que le bassin de Bourgas. Entre ce dernier et le fond d'Islivné n'existent que de petites collines et un cours d'eau se rendant à la mer noire, prend ses sources dans la montagne à environ i^/2 k 2 l. k l'E. de cette ville.

Deux torrens principaux sortent de ces montagnes et coulant d'abord du N. au S», ils tournent à l'Ë. à leur arrivée dans la plaine et vont joindre le grand torrent d'Islivné. Ce dernier descend des Balkans situés au N. N. O. de la ville et décrit un assez grand coude au S. avant d'arriver devant le côté occidental d'Islivné. Il est joint au S. ^e la ville par le torrent moins grande qui descend plus directement du N. au S. et passe à l'E. de la fabrique impériale de drap.

Cette assez belle manufacture, située tout au haut de la ville à rentrée d'une gorge étroite, est l'édifice le plus proéminent d'Islivné. (Voyez pour le détail ma Turquie. Vol. 3, p. 100.) Il y a néanmoins des mosquées, mais extrêmement peu de minarets. Trois églises chrétiennes sont situées dans la partie orientale et bulgare de cette cité, dont le plus grand nombre des habitans parait être musulman. De plus il y a quelques places mal entretenues, un bazar couvert d'un toit et un bon nombre de boutiques. Le Eonak de l'Ayan n'a qu'un étage, n'offre rien de remarquable et est orné de ceps de vignes comme certains cafés et d'autres habitations. Cette ville ouverte paraît avoir souffert dans la dernière

campagne des Russes. Des Bulgares s'en sont éloignés craignant le ressentiment des Turcs , contre lesquels ils s'étaient déclarés trop ouvertement. Vers la fin de juin il s'y tient une des foires les plus considérables de la Romélie, les fabricans et les marchands en gros des provinces voisines ont coutume de s'y rendre et de se louer d'avance de^ boutiqued convenables dans le bazar. Nous eûmes le malheur de nous trouver à cette époque à Islivné, or la ville était tellement pleine et les logements d'étrangers tous oocupésy de manière qu'il fallut nous nicher à la poste sur une petite galerie au premier et dans une cour étroite , où un tas de fumier venait presque toucher notre lit.

Si Islivné est tout ouverte au S., cette ville est protégée fortement au N. par le Balkan dont la pente la plus roide est sur le versant septentrional, quelques petites pièces sur les cols du Demir-Kapou et au-dessus de Vetschera devraient fermer ces avenues d'un lieu de ressources si abondantes.

Pour aller dlslivné à Jamboli il faut traverser à gué le large lit pierreux du grand torrent d'Islivné. On voyage ensuite entre des jardins et des vignobles couvrant la colline à rO. de celle qui sépare le bassin d'Islivné de la plaine. La route y est large et faite pour des voitures, des noyers l'ombragent ça et là. Cette petite éminence une fois passée on n'a plus qu'une pelouse jusqu'au grand pont en bois sur la Tondja, rivière déjà considérable, qui reçoit plus à l'E. le torrent d'Islivné et change subitement son cours O.-E. contre celui du N. au S. Les bords de la Tondja sont plats, les collines assez éloignées et Teau coule entre de petites falaises d*argile limoneuse. Ce sol se prête naturellement à de belles cultures de maïs et de tabac.

Jamboli est situé au débouché du petit ruisseau se rendant de Jeni-Sagra dans la Tondja. Cette ville offrant plusieurs mosquées à minarets, est habitée par des Turcs, des Bulgares et des Grecs; elle a, dit-on, 5 à 6000 âmes. Elle est renommée par ses confitures et surtout par ses Halva. (Voyez ma Turquie d'Europe. Vol. 2, p. 247.) On y confectionne des draps grossiers.

On y passe la Tondja sur un pont et on continue à la longer sur la rive orientale jusqu'à Jenedscheli ; avant le confluent occidental du Jaousdere, on repasse sur le côté opposé au moyen d'un autre pont, pour ne plus le quitter qu'à l'entrée d'Ândrinople. D'après Mr. Kiepert on peut faire aussi cette route totale-

ment sur la rive occidentale. Tout ce trajet a lien dans la vallëe môme ou sur les dernières extrémités des coteaux tertiaires, qid bordent cette fertile et belle cavité*

Au S. d'Andrinople se trouvent en deçà de la Maritza quelques habitations, en partie de zingares, à % 1* plus loin est le village de Hadgi-Dbegi en deçà de prairies marécageuses , qui ont nécessité rétablissement d'une chaussée. Le pays y est cultivé et les arbres isolés y sont des raretés. C'est au milieu de ces champs qu'on se rend au village turc d'Ëmerli , qui est à 1 Vji L d'Andrinople* H est déjà hors de la plaine de cette ville et situé sur la première des terrasses, qui l'environnent de tous les côtés. EUles y indiquent bien le retrait d'une vaste masse d'eau par des dé; bâcles successives comme suites d'accidens volcaniques. Une p^ tite mosquée avec un minaret et une auberge se trouvent dans ce village, au S. duquel on arrive par un court talus à une seconde terrasse, qui à un niveau plus haut que la première oodduit au village et à la ferme de Boghaz situé à 2 I. plus au S*

Boghaz est placé sur un sol caillouteux immédiatement au pied d'un talus presque vertical et formé d'argile alluviale couverte de gravier* On dirait voir le bord d'un étang, qui se serait écoulé sous vos yeux. Depuis là on parcourt un pays inculte, aride et plus élevé jusques près de Dimotika. Le sol est ondulé et entrecoupé surtout par trois vallons assez profonds et évasés. Quelques bocages se rencontrent sur leurs pentes ainsi que sur les plateaux de quelques cents pieds de hauteur, d*où on a une vue étendue au N. mais elle est peu agréable, vu le voisinage de la plaine d'Andrinople et l'éloignement trop grand des amas de hauteurs du bassin de la Thrace. D'après la carte de Mr. Kiepert on peut aussi longer la Maritza depuis Andrinople; cette route plus longue de voiture offre plusieurs villages.

Dimotika est précédé de quelques vignobles et de jardins établis sur la pente des coteaux. Cette ville d'environ 6 à 8000 âmes est bâtie dans la vallée du Kisildeli-Tschaï (le Krisoldeni des cartes) non loin de son débouché dans la Maritza. Ce torrent a ses sources multiples dans les extrémités orientales du Khodope, savoir sur le pied du S. du Kodja-Jaïla. Vers sa sortie du Rhodope il reçoit le Scheïtan-Deressi (eau de la vallée du Diable), qui descend du Moukaté-Jaïla et plus bas à Groekdschebounar le Boltschibouk-Tschai venant du pied N. du Kodja-Jaïla. Le Ei-

zildeli - Tschaï passe au S. de Dimotika en faisant le tour de la butte au pied oriental de laquelle est bâtie la ville. Sur la colline de 2 à 300 p. sont les restes d'un ancien château à casemates souterraines et immédiatement à l'E. et au S. au-dessous de sa double enceinte de murailles sont les ruelles pavées » élevées et en pente de Dimotika. Dans le moyen âge le château devait avoir de l'importance comme interceptant la route de Fered à Andrinople, maintenant il en est tout autrement. Il est célèbre parmi les Turcs comme une prison d'état fort redoutée à cause de ses cachots humides et pleins de rats. Les parties les mieux bâties de la ville sont dans la vallée et l'Ayan y a son Eonak. Il y a une mosquée et une tour avec une horloge. Les Grecs paraissent les principaux habitans de Dimotika. L'éducation des vers à soie y est une branche principale d'industrie.

Les collines de Dimotika ayant environ toutes la même hauteur, la vue depuis le vieux château ne recompense nullement de la peine d'y être monté. En été du moins les environs à part les vignobles ont l'air très arides.

Le large lit de cailloux du Kizildeli- Tschaï se passe à gué et une belle route fort spacieuse conduit par Karabeïli (à 2 h.) à Saltikoï fà522 p. de h.) à travers un véritable jardin composé de toute espèce de cultures, parmi lesquelles les mûriers et le tabac ne sont pas oubliés. La vallée de la Maritza est large et on ne voit que de loin les coteaux sur la rive orientale opposée, tandis que sur le côté oi on voyage, on vient toucher à 1 1. de Dimotika la dernière pente des collines et qui plus est les roches de gneiss du Ehodope.

Saltikoï est un gros village bulgare situé au pied du prolongement de ces coteaux et entouré d'un assez grand nombre d'arbres et de belles prairies ^). Après avoir longé pendant une

*) Troavant l'aaberge fennée, nous montâmes dans la partie du village sar le coteau pour demander un logement an Soubcuchi, Mais il était aussi absent de cbes loi et en désespoir de canse nous nous établîmes sous son Tschardak fort propre, car nous apprîmes que les babitans du village allaient coucher hors de chez eux pour éviter la peste et les voyageurs pestiférés. Ayant encore vu ou- Tert un épicier dans le village en bas, nous nous batftmes d'y envoyer un de nos domestiques, mais à peine ce marchand npus avait apperçu qu'il avait fermé sa boutique et avait été rejoindre les siens dans je ne sais quel coin des collines. Exténués de fatigue et de chaleur nous allâmes à la maraude comme les sol-

demi -heure les collines de gneiss, à la sortie de SaltikoV, on traverse un petit torrent venant de VO. et on arrive bientôt sur le bord même de la Maritza, où la route de voiture met k découvert le gneiss formant de petites hauteurs couvertes de bocages. Ail. de là on traverse le village de Soâou en partie grec y il est au milieu* de vergers d'amandiers, de mûriers et de noyers ainsi que de champs de tabac, de coton et de soumac Cette vallée de Maritza est en un mot un Elysée.

Depuis ce point jusqu'à Fered, qui est à 6 1. de là, on se tient toujours éloigné de la Maritza, parce qu'elle décrit un coude considérable vers PE. Cette partie de la route passe sur de petits plateaux trachytiques bosselés, souvent incultes et couverts ça et là de Pcdiurus actdeatuê ou d'autres arbustes des terrains secs et graveleux. Le premier village après Soâou est Eara-Bounar, qui est situé à ^/^ h A l'A 1* plus loin se trouve TscholmetschL Les agglomérats de ponce broyée rendent cette partie de la route toute blanche. On y traverse à 1 1. de Kara-Bounar un petit ruisseau, qui coule dans la Maritza et qui sera probablement le Tschema- ou Kara-Bounar-Sou de Mr. Kiepert et à 1*0. duquel le trachyte vient former des mamelons abruptes comme ceux à l'extrémité des coulées de lave.

Tscholmetschi est un gros village turc ^), où se rencontrent

data et troaT&mes des amandiers, sur lesquels noas fîmes main basse jusqu'à ce qu'enfin le Soubaschi youlut bien paraître. Ce brave Bulgare nous traita de son mieux, du fromage, du pain, du Tin et du raki furent procurés, mais il était bien tard quand fut prête la soupe de poulets, à laquelle nous avions ajouté du riz de notre provision et il ne restait plus que peu d'heures jusqu'au départ du lendemain, car on ne peut gu^re voyager dans ces pays au milieu de la plut grande chaleur.

') Il n'y a pas d'auberges, mais un homme riche y est dans Thabitude de rafraîchir les voyageurs. Suivant l'usage la porte de sa cour était ouverte, mais personne ne s'y montrait. A la fin le Tartare s'étant aventuré à taper contre la porte de la maison, une voix féminine repondit qu'on allait venir. En effet un jeune enfant de 7 à 8 ans sortit bientôt et nous apprit que son pbre était absent, mais que sa mère serait charmée de nous donner ce que nous désirions. Nous nous établîmes sans façon dans un Tschardak on Kiosk fort propre, qui était dans un coin de la cour et nous eûmes à peine le temps de fumer une pipe, que l'enfant nous apportait déjà des oeufs sur le plat, du fromage blanc, une haivoy quelques fruits et de la bonne eau. Une petite pièce de monnaie au petit garçon fut le seul moyen de montrer notre gratitude à nos hôtesses inconnues, qui probablement de leur côté nous avaient bien examiné clandestinement.

les routes de Fered et d'Ipsala. A 1 1. de là se trouve un autre village musulman appelé Semenli au pied de petits coteaux de 200 à 800 p* de h. A y4 de L de là est situé à l'O. de la route Koïgngeri, hameau aussi ottoman, et dans un pays de petits bocages. Depuis là jusques près de Fered on traverse un pays volcanisé, inculte et agreste. Ce dernier forme les hauteurs auxquelles Mr. Viquesnel donne le nom du village de Tchampkeul et attribue une élévation de 350 à 400 mètres. A 1 '/, 1. de Koïgngeri on franchit le ruisseau de Katranschi- Deressi venant de l'O. et du N. O. ou du pied S. E. du Moukaté- Jaïla et se rendant dans la Maritza. De petits bois de chênes couvrent le pays, et plus loin il y a même quelques touffes de grands arbres, après lesquels on passe entre deux monticules d'agglomérat trachytique blanc, enfin on longe des buttes trachytiques et on débouche sur les environs cultivés de Feredschik ou par abréviation Fered.

Cette petite ville est bâtie à 480 p. de h. sur deux collines rocailleuses séparées par un ravin, qui n'a guère de l'eau que quand il pleut. La partie la plus considérable des habitations est sur le côté septentrional de ce ruisseau. On y distingue surtout le Konak de l'Ayan avec son harem assez grand à deux étages et avec un jardin. La mosquée principale était une fois une église grecque, à laquelle on n'a fait qu'ajouter un petit minaret. Fered est une ville ouverte de 3 à 4000 habitons turcs et grecs. Etant placé sur un niveau assez haut comparativement aux plaines sur le bord de la Maritza, on en a une vue étendue. On voit au S. E. la petite chaîne de montagnes, qui vient se terminer près d'Enos et en deçà d*un bras de mer Tile massive et élevée de Samothrace (Samothraki) semble toucher le ciel. Néanmoins l'élévation de cette double sommité du mont Phengari ne doit guère aller au-delà de 3000 p. (?), autant qu'on peut en juger de loin. Mr. Kiepert y figure à sa cime un cratère. Au N. O. on apperçoit l'extrémité orientale du Rhodope formée surtout par deux grandes montagnes en pyramides à base fort large. Ce sont les montagnes de Moukaté-Jaïla et Kodja- Jaïla (1000 à 1100 mètres), entre lesquelles une vaste échancrure décèle Pentrée d'une vallée. Plus à l'O. on voit une série de montagnes plus basses avec quelques petites pyramides, forme particulière aux terrains de schistes cristallins ; tandis qu'au N. sont les pitons trachytiques du groupe de Tchampkeuï.

Pour aller à Enos il faut passer la Maritza sur un bac près de Kalerkos à une petite lieue de Fered. La route jusques là a lieu au milieu de cultures, d'arbres fruitiers et d'arbrisseaux sauvages méditerranéensy tels que le grenadier, le VUex Agnus cashu^ le Paliurua acuUaiuB. La vigne sauvage couvre ça et là les arbres en ajoutant à la richesse de cette végétation. La Maritza est assez large dans ce point et sa rive orientale est couverte d'une grande zone de hauts Tamarix^ dans lesquels il y a tant de chemins qu*on peut d'autant plus aisément s'j égarer que même le cavalier 7 est comme enseveli dans une mer de verdure. En deçà de cette singulière forêt est une immense plaine occupée par des prairies et des marécages. A Ya 1. de la Maritza on passe sur un pont la petite rivière du Kara-Asmouti ou Kara-Asmak de Mr. Kieperty qui va se perdre dans les marécages au S. On ne quitte les roseaux ou les prés qu'au pied de la petite colline, où est situé le hameau grec d'Akhorkeui, qui est à SV, 1. de Fered et à une petite heure au S. d'Ispala. Depuis là on est obligé de se tenir toujours sur la hauteur pour éviter les marais, qui s'étendent au golfe d'Enos et sont surtout alimentés par un cours d'eau venant des hauteurs au S. de Malgara et de Keschan. Ces dernières séparent ces plate-formes d'autres semblables et plus larges qui bordent au N. O. le golfe de Saros. On passe ce torrent à Tschelebikoï d'après Grisebach et on rencontre encore trois villages avant Enos, savoir : Tscheriban, Dschinidgekoï et Amygdalia. Ce bourg est renommé par ses pêcheries et a un bon port; sur ses derrières quelques buttes trachytiques forment le Tschatal-Tépë. Près de là au N. E. est le couvent de St. Athanase, nommé Scaloti (escalier), à cause de la forme des rochers tracyhtiques.

2 ? s s!f â a i s SI a

DE

SILISTRIE à ISLIVNÉ par RAZGRAD.

I^ilistrie est une fortereRse placée sur le bord plat du Danube et au pied de petits coteaux. Ou y remarque surtout une grande mosquée avec un haut minaret et une dizaine d'autres mosquées à minarets. Cette ville avait perdu une partie de sa population turque après sa prise par les Russes, mais depuis lors elle s'est repeuplée. EUe comptait jadis plus de 20,000 âmes. Silistrie est la résidence d'un Pascha supérieur, car il a sous lui un des plus grands Paschaliks, qui comprend tout le territoire turc du N. £. le long de la mer noire et qui dépasse même le Balkan jusqu'à Bourgas. La population de ce Paschalik peut bien s'élever à 2 — 300,000 âmes, ce qui serait bien peu comparativement à son étendue, mais le pays de Dobroutscha est fort désert. Le fond de la population est essentiellement bulgare, mais les Mahométans 7 sont assez nombreux, soit qu'ils descendent de Turcs asiatiques, soit surtout de Bulgares devenus Mahométans. Ces derniers forment à eux seuls des bourgs et des villages, surtout à Tentour de Schoumla et de Silistrie. Il y a des Tartares dans le Dobroutscha et des Grecs au S. du Balka . Ce Paschalik compte 7 à 8 villes, savoir: Silistrie, Schoumla. Varna, Paravadi, Bourgas, Hadji-Oghlou, Basardschik, Aïdos et 16 à 18 bourgs, savoir: E^ki- Stamboul, Kosladschik, Misivri, Jeni-Basardschik, Kainardschi , Kousgoun, Rasova, Kostensche, Mangalia, Kavama, Baltschik, Hirsova, Matschin, Isaktschi, Toultscha et Babadagh.

Pour aller de Silistrie à Islivné il s'offi-e plusieurs routes, panni lesquelles celle par Schoumla est la plus fréquentée et la

plus courte. Elle passe par Kadana, Ainendschiky Karalar, Tschoban-Sou (Eau du berger), Koekludsche, Erikli et Seklik sur TEriklî-SoUy une des têtes principales du Sirischendere à Paravadi. Depuis Schoumla on remonte la vallée encaissée de l*Akali-Kamtschik jusqu'à Tschatak. La route de Silistrie à Razgrad n*a lieu qu'à travers un pays de bas coteaux ou de plate-formes tertiaires, dont les parties cultivées ne se trouvent en général que près de villages. On passe le Schara ou Drista, on se 'dirige sur Semerschikoï et Jounosapada et on arrive par Douschitabak. De Razgrad (à 913 p.) on passe par Amaoutkoï, d'où on monte sur le plateau de 16S4 p. de h. , en deçà duquel est situé dans un vallon crayeux le village de Schouschak. Un second plateau inculte conduit à Schekere (de sucre), village turc, entouré de champs de blé. Plus loin on descend dans le vallon de Koubadin. Depuis là on a encore trois plateaux, séparés par trois vallons, à traverser pour atteindre le plateau d'Eski-Djoumaa (vieux vendredi). Dans la première vallée après Koubadin on laisse au N, O. à y, 1. de la route le village d*Eiradin ou Eiladin. Cette cavité est bordée de petites hauteurs de 150 p. et s'étend de l'O. à l'E. Un vallon venant du S. 0., y débouche sur la partie où passe la route. L'avant-dernier vallon, à Vj^, h. avant Eski-Djoumaa, court du N. 0. au S. E. et dans le dernier se trouve le hameau de Taouslartschifii-Keui.

Eski-Djoumaa, ville turque de S à 6000 âmes , est bâtie à 949p. de Labs, sur les deux bords d'un petit torrent, qui coule vers Schoumla. U y a plusieurs mosquées à minarets. Nous y logeâmes chez un Bulgare, qui nous fit dîner fort agréablement dans son jardin et qui avait outre son logis deux pièces pour recevoir des étrangers. Les environs d'Eski-Djoumaa offrent beaucoup de mûriers pour l'éducation des vers à soie et assez de champs de Dolichos-Lepleb.

Pour aller de cette ville à Osman-Bazar on remonte le torrent, qui vient se jetter dans celui d'Eski-Djoumaa et qui s'appelle le Kirgetschi-Sou (l'eau qu'on passe 40 fois), parce qu'à 1 1. de la ville la route est resserrée dans un détilé, où on franchit à gué ce torrent à peu près ce nombre de fois. On voyage dans une vallée cultivée et à vignobles jusqu'à l'entrée de cette gorge. Si on regarde à l'E. on a environ à 2 1. devant soi les hauteurs

de Schonmla, qui se prësentent sous la forme de deux grosses montagnes crétacées isolées et à sommets rabattus. On dirait voir une ile s'élevant au-dessus d'une mer agitée. Le Eirkgetschi-Sou sort d'une fente dans des crêtes boisées , qui s'étendent presque de l'O. à l'E. sur un espace de 2 à 3 1. A leur pied sont des vignobles donnant du vin blanc, et dans la vallée des pâturages couverts de bestiaux ou des champs. Ce sont les dernières vignes qu*on voit sur cette route au N. du Balkan.

Le défilé tortueux du Kirkgetschi-Sou est bordé d'escarpemens calcaires ornés de chênesi de tilleuls, de saules, de noisetiers et de vignes sauvages. Vers son milieu il y a deux petites cascades dont l'une a 30 p. de h. Cette gorge courant de S. O. au N. E., dure une lieue. A sa sortie à 2^2 1. d'Osman bazar on trouve le village de Derbend-Keui (le village du défilé), d'où on se dirige au S. O. en traversant deux plateaux séparés par un vallon, où il y a une ferme. De petits bois de chênes mêlés de peupliers et de cormiers couvrent le sol, mais sur le second plateau, près du village de Earascholi, il y a des prés avec des cerisiers épars ^).

On voyage alors à une altitude absolue d'environ 17 à 1800 p. Entre le plateau de Earascholi et celui d'Osmanbazar il y a un vallon arrosé par un ruisseau, qui coule du N. au S. Sa profondeur est assez grande pour qu'on mette plus d'une demi-heure pour y descendre. Osmanbazar est situé dans une espèce de cavité très évasée sur un plateau, qui a 1663 p. d'élévation absolue. Au N. E. il est entouré d'un petit bois, tandis que sur les autres côtés on ne voit que des pâturages arides. C'est une ville turque de 4000 âmes; il y a deux mosquées à minaret et une église grecque.

La route d' Osmanbazar à Tschatak est peu intéressante et a lieu à travers un pays élevé et souvent inculte ou couvert de bocages de chênes. On monte d*abord au S. E. puis au S. , où

') Selon la mode turque de regarder les arbres sur la route comme no domaine publie , nous fîmes main basse snr les cerises et le Tartare ayant arraché même nne énorme branche, sous le feuillage de laquelle disparaissait son cheyal, continua ainsi sa route en cueillant des cerises. L'usage d'enlever ainsi les branches anx arbres fhiitiers sur les chemins est si général qu'en automne ils en partissent tont-à-fait défigurés du moins dans le bas, mais quelquefois on se donne aassi la peine de monter sur les arbres et de les dépouiller en règle.

on atteint un platean plus élevé que celui d'Osmanbazar on la partie la plus haute de la plate-forme sur (a pente septentrionale de laquelle est cette ville. On traverse ensuite quatre plateaux séparés par des cavités assez profondes et dont les eaux coulent à TE. Depuis ces hauteurs à 1990 p. on ne voit que les contreforts du Balkan à TE. de la route sont fort bas, tandis qu'à l'O. il 7 a des montagnes boisées, qui peuvent bien avoir de 2500 à 3000 p. Avant d'atteindre la pente, qui conduit au vallon du Grand-Kamtschik à Tschatak, il faut passer une espèce d*échancrure ou de col de près de 2000 p. d'élévation, au-devant duquel est à y^\. au N. de la route lé village de Badela.

Tschatak est un village habité par des Turcs et des Bulgares et à la sortie des contre-forts véritables du Balkan, car depuis là on n*a plus jusqu'au Danube que des plateaux et des collines d'autant plus basses qu'on avance plus vers le N. Mais à l'O. de Tschatak s'élèvent aux sources du Kamtschik des montagnes ou plate-formes élevées sous le nom d'Indsche-BaSr*

Une assez forte montée conduit sur la plate-forme inclinée, qui règne au pied de la dernière crête latérale du Balkan, arête qu'on traverse par une coupure, au-dessus de laquelle s'élèvent des sommités de plus de 300 p. Ces montagnes forment une série de cimes pointues et présentent sous les bois une suite d'escarpemens de grès blanchâtre ou jaunâtre, qui font un assez bel effet. On peut suivre ces crêtes jusqu'à quelques lieues à l'E. de Tschatak, comme cela est indiqué sur la carte militaire de Vienne.

Au col de 1923 p. de h. le grès produit par sa décomposition des rochers bizarrement entaillés, en petit comme ceux de la Suisse saxonne. On en descend par une pente déboisée àKasan et on a devant soi un amphithéâtre de montagnes et de sillons, dont Taspect, le mélange des prairies et des bois, rappelle les parties montueuses de la plaine suisse au pied des Alpes. Ce sont surtout les crêtes boisées entre Easan et Baschkoê et celles aux sources du Petit-Kamtschîk.

Easan, sur Tlsvorot (?), est un gros bourg bulgare dé 4 à 800 maisons en bois et pierre avec des toits fort avancés. H y a une horloge et une église grecque nouvellement bâtie. Un torrent venant du N., passe à côté de ce bourg et parcourt au S. E. un vallon profond, où se trouve le chemin de Baschkoê. La route se bifurque dans ce lieu, l'une allant à Islivné et l'autre à Ear-

nabad par la vallée de Plsyorot, une échancmre du bas Balkan, et par Soungourli. Si on choisit l'autre voie , on quitte , au contraire, la vallée de Kasan* A 1 1. du bourg près d'un moulin à foulon pour le drap on monte au col, qui le sépare du bassin du Petit-Kamtschik. Cette ascension, probablement susceptible à quelque défense , est assez longue et conduit le voyageur autour d*un petit sommet isolé, comme l'indique la carte de Vienne* Depuis là on est bientôt sur le col à 2163 p. de h., d'où on a la vue sur la crête principale du Balkan.

Baschkoé est un beau village bulgare de 180 à 200 maisons en bon état, vu l'industrie des habitans ; on y fabrique des habits à la turque pour la vente et on y élève beaucoup de bestiaux. D est situé sur la pente élevée du bassin du Petit-Kamtschiky qui coule à une petite demi-heure au S. C'est un point excellent pour juger de la hauteur relative des parties du Balkan oriental depuis Islivné à Kamabad. Les crêtes élevées d'Islivné sont suivies à TE. par l'échancrurepeu considérable, où passe la route de Vetschera à Islivné, mais en deçà l'arête se relève un peu et ne s'abaisse que peu à peu en présentant des contours toujours plus doux. Des forêts de haute futaie couvrent la plus grande partie de ces montagnes. ^).

Le Petit-Kamtschik se passe à gué et ne forme point de lac comme on le croirait d'après les cartes, mais des inondations mo« mentanées peuvent lui donner cette apparence. De très basses crêtes boisées en chênes et hêtres le séparent seules de son affluent principal, savoir le torrent de Vetschera* La carte de Mr. Eliepert est dans l'erreur en confondant le Kamtschik avec ce dernier. La première colline porte le nom de Vodo-Balkan, abréviation de Vodeno-Balkan ou Balkan aqueux. Le torrent de Vetschera (le soupe) coule de l'O. à l'E. dans un sillon longitudinal bordé au S. par de grands escarpemens de rochers. L'auberge du hameau de Vetschera à 1270 p. de h. abs. est assez visitée, parce qu'on commence à y^ de là à monter le Balkan. On y trouve du bon vin, des oeufs, des poulets, en un mot, plus qu'on ne pourrait attendre d'un endroit si écarté et si sauvage.

') Nous eûmes d'abord de la peine à nous loger à Baschkoë, parce que ces Bulgares aisés se rejetaient les uns snr les antres cette corrée, mais nne fois casés Dons nons trouvâmes au milieu d'excellentes gens.

Après avoir remonté quelques instans le torrent, on aborde la pente extraordinairement inclinée et boisée du Balkan d'Islivné par des sentiers tournoyans et assez rapides. On peut compter deux heures jusqu'à ce qu'on soit en haut ou une heure pour la descente. La cime peu large, à 2876 p. de h. abs., est déboisée et ofire des pâturages, la vue y est obstruée par les sommités voisines, qui atteignent 3076 à 3176 p. La route d'Islivné est établie sur le côté occidental de deux vallées, l'une, la plus petite, s*étendant du col jusqu'au débouché dans la grande vallée et cette dernière montant au N. 0. dans le Balkan. Le chemin est donc obligé de décrire un grand coude autour de l'angle saillant de la montagne, qui sépare ces vallées pour pouvoir atteindre par une descente graduelle le fond du plus grand sillon. Arrivé là on est obligé de remonter un peu pour redescendre profondément dans une petite gorge latérale, où un torrent descend de TO. des hautçurs derrière le Tchataldagh. Ce cours d'eau une fois passé, on n'a plus qu'à parcourir une descente insensible sur le pied du côté oriental de ce dernier groupe de montagnes. Depuis la cime du Balkan jusqu'à la sortie de la grande gorge sur la plaine de la Thrace, on est dans une forêt continuelle, composée de chênes dans le bas et de hêtres dans le haut, des tilleuls noirs et d'autres arbres se mélangent aux chênes dans une zone intermédiaire. Les torrents se passent sur des ponts en bois et même la route est practicable pour les voitures depuis Islivné jusques vers la cime, mais non pas plus loin, ce qui ajouté à l'escarpement de la pente septentrionale rend facile l'interception de ce passage en temps de guerre. Il est encore plus aisé à défendre que celui du Tschipka- Balkan et même que celui du Demirkapi. Un Karaoul bulgare est placé sur le grand torrent à 1 1. sous la cime, ce qui n'est pas assez dans une contrée si bien disposée pour cacher des brigands. Aussi eûmes-nous beaucoup de peine à engager notre Tartare à nous laisser prendre cette route, mais si vraiment des négotians ou des gens chargés d'argent peuvent y courir des risques, c'est surtout en partant d'Islivné, parce que des habitants de cette ville peuvent aller les attendre sur la route. Pour notre part nous pouvons dire que ce passage du Balkan, un espace de 6 à 6 h. de route, est un des plus pittoresques de toute la chaîne à cause de sa sauvagerie. Au milieu de ces bois un ouvrier serrurier d'Allemagne dormait profondément à notre passage et nous le ré-

lis

veillâmes pour lui apprendre que ces lieux étaient peu sûres, ne fusse que pour les bêtes fauves. Plus loin deux Turcs armes et mangeant tranquillement donnèrent quelques instans de Tinquiétude à notre guide*

A la sortie de la gorge du Balkan se trouvent de petitff monticules sableux, en deçà desquels on n'a plus que les vergers et les vignobles d'Islivné à traverser pour atteindre cette ville. L'eau du torrent de la gorge coule déjà dans le bassin de Karinabad ou Kamabat, d'après ce que j'en ai pu voir et ce qu'on m'a dit à Islivné. Entre ce point et cette ville il y a une espèce de partage des eaux extrêmement bas.

ROUTSCHOUK A CONSTANTINOPLE

PAB

SCHOUMLA , KARINABAD et ANDRINOPLE.

Jue Lom est formé par la réunion du Kara-Lom (Lom noir) ou celui de Eazelevo et d'Ajaslar et de l'Ak-Lom (Lom blanc) ou de Razgrad. A son débouché dans le Danube est placé Routschouk. C'est une ville considérable et commerçante^ bâtie sur une petite éminence au-dessus du Danube en face de Giourgevo. On y compte plus de 30,000 âmes d'une population mélangée de Bulgares, de Valaquesy de Turcs ainsi que de marchands grecs et juifs. Elle offre plus d'une douzaine de mosquées ainsi qu'une tour à horloge, et est entourée d'une enceinte garnie de canons, surtout vers le Danube. Il 7 a aussi des batteries sur la rive même du fleuve , qui y ressemble à un bras de mer. Le Pascha y a une vaste résidence. Routschouk est le chef-lieu d un petit Paschalik de médiocre étendue, qui a essentiellement une population bul-

gare, parmi laquelle les Mahométans forment une certaine quotepart assez forte» car ils composent à eux seub presque des villes, des bourgs et des villages. On peut croire qu'il contient pour le moins de 90 à 1 00,000 âmes , car outre Routschouk il y a sept villes ou gros bourgs, savoir: Selvi, Tmava, Osmanbazar, Eski- Dschoumaa, Bazgrad, Tourtoukan et Gabrova. De plus il y existe plusieurs autres bourgs, comme Kasan , Dranova, Djana, Loschova etc. Les Ayans ou employés turcs supérieurs se trouvent surtout dans les villes et les bourgs nommés.

De Routschouk à Razgrad (ville close?) on voyage à travers un pays fort uniforme de collines peu élevées , mais à large dos applati. Sur les hauteurs , ça et là à boches, entre Sîniouscha et Tourlouk ou Tourlak, on apperçoit pour la dernière fois la vaUie du Danube et on commence bientôt à remonter la vallée assez large de TAk-Lom, au milieu de laquelle est situé Razgrad. De petits bois de chênes couvrent par-ci par-là les hauteurs, des villages bulgares avec des pruniers ou des vignobles sont placés sur leurs pentes vers le Lom. Jousendscha, Dranovitza et Maschanlar sont les noms de trois de ces villages.

Razgrad est une ville ouverte, qui a des rues larges et contient plus de 15,000 âmes. Le nombre donné de 18,000 me paraît exagéré. Ce sont presque tous des Musulmans, car on n'y compte que 80 familles bulgares. Il y a sept mosquées à minaret, dont deux sont fort grandes et ont plusieurs coupoles, l'une n*a qu'un haut minaret et l'autre deux. Il y a une horloge, mais pas de bazar couvert. L'Ayan y occupe un vaste Konak et les chaises sur son Tschardak ou balcon me prouvèrent qu'il ne dédaignait pas les usages européens. Il nous logea dans une auberge bulgare à l'extrémité S. de la ville, où nous nous trouvâmes fort bien et eûmes le plaisir de passer un jour de fête, de manière que nous punies à loisir observer les usages des paysans bulgares des environs. Dans cette partie de la Bulgarie on sent déjà le voisinage des pays plus civilisés. Les jupes des femmes sont européennes, le pain de ménage aussi excellent qu*au milieu de l'Europe et les maisons moins asiatiques par leuis poêles. £n me promenant dans Razgrad je fus aussi frappé de voir une Musulmane agacer les passans depuis sa fenêtre de papier troué, tandis que non loin de là son maître se reposait probablement sous un Tschardak.

De Bazgrad on se rend à Ârnaout-Eoï (village albanais) en traversant une hauteur occupée par des pâturages secs ; en général les environs de Bazgrad ne présentent des jardins et des cultures que sur les côtés et au N. de cette ville , tandis qu'au S. on ne voit que des rochers blanchâtres ou des pelouses incultes. Au pied des coteaux est une carrière de pierre, une fontaine et une petite plaine, où parait se tenir le marché.

Amaout-Eoï est dans un étroit vallon à 1 1. de Bazgrad. Il y a 20 ans, me disait-on, ce misérable hameau était un gros bourg, dont on voit encore les ruines et les arbres fruitiers ça et là sur les deux pentes de cette cavité. Un Ayan s'y étant révolté, les maisons bâties en amphithéâtre lui ont servi de citadelle, ce qui a amené la destruction de cet endroit. A l'E. du village le vallon est encaissé entre des escarpements calcaires et débouche dans la vallée de l'Ak-Lom ou de Bazgrad, c'est là que passe la route de voiture d'Amaout-Koï à cette dernière ville.

Au S. d'Amaout-Eoï est un plateau sec couvert de bocages, où. se trouve le village turc d'Utjuler ou Utjukieré. On en descend dans un vallon pour remonter tout de suite sur un plateau plus bas que le premier et couvert de terre noire et on observe à rO. et à TE. de petits monticules boisés. Un vallon courant du S. O. au N, £. barre la route à 4 1. de Bazgrad et on y passe le village turc de Bualkésen et à ^ji L plus loin est le hameau ottoman de Buratlaré. Situé aussi dans un petit sillon parallèle au dernier, il compte environ 80 maisons ^)« Alors on est déjà passé du sol tertiaire dans le terrain de craie.

') Ck)mme il n'y avait pas d'auberges, nous nous rendîmes directement dans la maison destinée aux voyageurs et tenue par le maire turc du hameau. La porte de la conr était ouverte, mais on n'y voyait personne, et les habitans étant la plapart occupés dans les champs, le village était pour ainsi dire désert. Par délicatesse et dans la crainte d'y surprendre des femmes, notre Tartare appela à haute voix, enfin on entra dans la maison, qui était aussi ouverte et qui contenait deux pièces. Dans la chambre principale était une cheminée dont le feu comme les tapis dn divan attestaient que quelqu'un ne l'avait quittée que depuis quelques heores. Nous fîmes décharger nos effets sous le Tschardak et attendîmes le retour de nos hôtes. Après une petite heure le fils du propriétaire vint nous salner, nos chevaux furent placés dans une écurie voisine et sa mère et sa soeur nous envoyèrent un excellent souper. Onze pia^^tres, un peu plus de trois francs, soldèrent le lendemain la dépense de cinq personnes et de sept chevaux, ce n'était pas seulement payer le manger des bCics, mais le Tartaic Pavait réglé ainsi, et il n'y avait moi a dire.

Le plateau en deçà de ce village a la largeur d'une lieue et est inculte. On en a pour la première fois la vue sur le groupe proéminent des hauteurs de Schoumla en deçà desquelles se déploient les crêtes du Balkan oriental. Le village de Veteschlar se trouve à Ya 1. au S. de la route dans le vallon, qui succède à ce plateau. Des buffles buvant à une fontaine à notre passage 7 étaient les seuls êtres vivans.

Le plateau suivant est fort étendu, inhabité et en partie boisé sans haute futaie. On peut prendre depuis là une bonne idée de la configuration du pays. Au N. les plate-formes s'abaissent graduellement et ont l'air de tuiles d'un toit très faiblement incliné, tandis qu'à l'E. elles diminuent rapidement de hauteur, de manière qu'on apperçoit la baie de Varna. Vers ce côté une petite butte conique isolée ressort sui; un plateau au S. £. J'aurais voulu savoir si c'était une éminence volcanique ou un Tumulus, mais il aurait fallu s'éloigner à 1 ou 2 1. de ma route. La vallée de Paravadi vue de ces hauteurs, forme un très vaste sillon.

Les hauteurs de Schoumla ont de 3 à 400 p. d'élévation sur le pays environnant, leur pied est entouré d'un vallon assez évasé, d'où on monte par une pente rapide et en biais sur les collines de craie. De petits bocages de chênes en couvrent les pentes et arrivé au haut la route est obligée de décrire un coude à TO. à cause d'un enfoncement ou d'une conibe comme on dit dans le Jura. C'est vis-à-vis de ce contour qu'on a érigé une batterie. Au plus haut point de la colline sont de vastes carrières de craie exploitées pour les nouvelles bâtisses. Il y en a aussi entre ce point et la citadelle placée à l'extrémité orientale de ce plateau.

Depuis cet endroit fort animé alors par le grand nombre des ouvriers, la route décrit un grand zigzag, du milieu duquel on a enfin la vue sur la ville considérable de Schoumla placée dans une cavité cratériforme à demi ouverte du côté de l'E. La descente depuis ces hauteurs de 900 à 1000 p. de h. abs. a lieu en biais en ayant d'un côté des vignobles et de l'autre le roc crayeux blanc. Plus bas le sol est argileux et coupé par deux petits ravins.

Schoumla se présente très bien. Un de ses principaux ornemens sont une cinquante de mosquées à minarets et parmi ces dernières quelques belles Djamis ont plusieurs coupoles et même des péristyles dans le genre de la grande mosquée d'Andrinople

ou de St. Pierre de Rome, De plus huit grands bâtîmens militaires frappaient déjà alors par leur étendue, leur propreté et leur style européen. Ce sont des casernes d'infanterie et de cavaleriei un bâtiment pour l'artillerie, des magasins et une poudrière. Les alentours de la ville sont du reste peu agréables surtout au S», ob la roche blanche s'élève en pente rapide au-dessus des cimetières et des maisons. Les vignobles du côté septentrional font un meilleur effet d'autant plus que là comme aussi à PO. la craie est revêtue de gazon et même quelquefois de broussailles. A TE. il n'y a que de bas coteaux en pâturage et la plaine. Les brouillards ou le peu de transparence de l'air même au milieu de la grande chaleur indiquent déjà à Schoumla qu'on est près de la mer. Les vignobles y donnent un vin blanc rosé.

En parcourant les rues de cette ville qui compte au moins ses 20,000 âmes, on trouve qu'elle est plus belle de loin que de près. La propreté publique y était trop negl^igée, le pavé des rues mauvais et il y avait même en 1837 le long du petit cours d'eau, qui traverse la ville, de véritables quais d'immondices. Nous espérions trouver un logement à la poste, mais c'était impossible, car quoiqu'un édifice très vaste et contenant plus de 80 chevaux, la cour était tellement remplie de monticules de fumier et les réduits pour les voyageurs si sales que nous poussâmes plus loin. Nous entrâmes dans plusieurs Hans avant d'arriver à en trouver un dans le quartier bulgare ou méridional, où nous fûmes fort bien. L'aubergiste bulgare avait plusieurs chambres propres pour les voyageurs dans un rez-de-ohaussée séparé de son logement par un petit jardin.

La grande majorité des habitans de Schoumla sont musulmans, néanmoins les Bulgares y sont assez nombreux pour avoir une église entourée d'une enceinte murée. La poste n'avait pas de chevaux à me donner, parce que Schoumla est à l'entrecroisement de plusieurs routes fréquentées et a de longues stations à parcourir. Un Tartare était déjà dans le même cas que nous et passait son temps dans une espèce de grand Han à un étage où on jouait au trictrac , au domino et aux dés et où il y avait des danseurs zingares et d'autres gens encore plus vils. Nous ne fîmes qu'entrevoir ce palais royal de Schoumla pour parcourir ses environs et prendre une idée des fortifications de ce lieu célèbre. Sans en être prié, mon guide bulgare me conduisit dans la cita-

délie dont un officier ne me pria de sortir qn'aprës que je Tavais traversée.

Depuis ce point le plus élevé des environs on a & ses pieds le grand village de Strandscha situé dans un vallon entre les remparts naturels de la ville et la seconde colline à TE. Sur ce dernier côté on voit deux rangées semicirculaires de collines, la plaine qui s'étend vers Paravadi et plus loin la large vallée du Sirischen-Déré. On reconnaît sans peine dans les hauteurs blan* ches au S. O. et S. de Paravadi le prolongement des crêtes crétacées de Schoumla. Elles ont environ la même hauteur et n'en ont été séparées que par une érosion marine comme le prouve la nature tertiaire des coteaux semicirculaireSt Le village de Madara habité jadis par des Zingares et des filles publiques a été détruit dans la dernière guerre et c'est Schoumla qui a hérité ce rebut de la population.

Schoumla est à l'intersection des routes suivantes , savoir: celle d' Andrinople à Silistria et au bas Danube, celle de Varna à Routschouk, Schistova et Widdin, celle de Bourgas par Âïdos à Tourtoukauy enfin celle qui conduit par le milieu de la Bulgarie ou par Tmava et Lovdscha de la mer Noire à Sophie. Ces voies de commerce et des opérations militaires suffiraient déjà pour en faire une place importante, sans ses avantages naturels comme grand camp retranché. Les Turcs n'ont eu que la peine tl'élever des citadelles aux extrémités d'un demi-cercle de forts remparts et de couvrir de redoutes l'autre partie moins élevée du pourtour de cette cavité. (Voyez pour plus dô détails ma Turquie. Vol. 2» p. 336.)

Si les forteresses du Danube forment la première ligne de défense de la Bulgarie, Schoumla vient couvrir justement la portion la plus faible du Balkan. Néanmoins malgré les grandes difficultés du passage à travers le Balkan occidental, la distance de Nicopoli à Widdin paraît trop grande pour empêcher l'ennemi de pénétrer par l'Isker à Sophie et dans la Turquie centrale. D devrait y ayoir là une place intermédiaire d'autant plus que l'intérieur du pays en deçà des Balkans est totalement dépourvu de forteresses de nouvelle construction et n'a pour se défendre que les avantages naturels du terrain dans certains points. Les Palanka et les fortins du moyen âge ne peuvent plus guère entrer en ligne de compte. On arrive par là à reconnaître que les Ser-

Il»

bes avec les Monténégrins tiennent en main le sort actuel de l'empire turc en Europe, car s'ils se joignaient à ses ennemis du N, E. et profitaient de Tabsence des Âmaoutes irréguliers dans ce moment hors de leur foyer, ils pourraient s'emparer de la Haute McBsie, révolutionner les Bulgares, donner la main aux Grecs de TEpire et du S* O. de la Macédoine et déboucher enfin dans la Thrace. Les Ottomans seraient pris entre deux feux et obligés à repasser en Asie, tandis que les Bosniaques resteraient enfermés dans leurs montagnes et les Albanais musulmans et catholiques seraient tenus en échec. De grands désastres éprouvés par les Turcs sur le Danube amèneraient immanquablement ce dénouement, qui ne peut être paralysé que par les grandes puissances de l'Europe ou par une occupation passagère du territoire turc au N. et au S. Heureusement les Slaves ne sympathisent guère avec les Grecs et n'entendent point se mettre sous un nouveau joug byzantin.

La route de Schoumla à Karinabad ou Kamabat est une large voie qu'on avoit raccommodée en 1837 pour le passage du Sultan. Après la sortie de la porte délabrée de la ville et semblable à une porte do ferme y on laisse à droite un beau fort avec des fossés en maçonnerie et en parfait état, mais sans garde aucune. Un peu plus loin on traverse des vignobles et on arrive à la séparation des routes allant à Karnabat et à Aïdos. La dernière va au S. E. et la première au S. S. O., on traverse one grande plaine en pâturage et on va passer à gué le Grand-Kamtschik {Beujuk" ou Akali - Kamischik) à TE. d'Eski-Stamboul (le) vieux Stamboul) ^). On gagne de là Tschali-Kavak par un paya accidenté et en partie couvert de bocages, ou bien on passe par Smiadova. Dans ce dernier cas on longe la rive méridionale du Petit-Kamtschik occupé surtout par des pâturages traversés par un cours d'eau venant du S. O. De Simadova on remonte le torrent qui vient de Tschali-Kavak et qui coule dans un vallon rocailleux. On le franchit envin^n 18 fois et passe, si on veut, par le village de Baïram. D'après la carte de Mr. Eiepert on monterait tout droit au S. sur des hauteurs par un affluent du Grand-Kamtschik à Dragoi. On y traverserait les vallons du Laskovitza et du Panartschi, ainsi que la vallée plus profonde du Kutschuk-Knm-

') Je tiens cet itinéraire d' Fl>ki-Srunili«iUl a AïKlnnopIc tV un négociant ▼oyngcur. •

tschik pour monter enfin à Tschali-Kavak. Ces difFérens itinéraires prouvent, qu'il y a plusieurs routes. Celle tracée par Mr. Kiepert parait être l'itinéraire de Mr. Keppel, qui fit le voyage de Schoumla à Kirklissé. (Narrative of a Joumey across the Balkan. 1831. 2 vol. in. 8.)

Tschali-Kavak est un gros village bulgare de 1200 âmes, au haut d'un des affluens du Orand-Kamtschik. Un des cours d'eau supérieur, qui forme ce torrent, s'appelle Bela-Reka et est séparé par une basse échancrure du vallon boisé de Jeri, dont les eaux coulent dans le Petit-Kamtschik , appelé KuUchuk- ou DelùKain^ tschik. Cette dernière dénomination signifiant la folle Kamtschik, a été donnée à cette rivière» parce qu'elle est sujette à grossir subitement, lorsque des nuages viennent à se décharger sur le Balkan d'Islivné, dont elle reçoit toutes les eaux. De plus elle fiharrie beaucoup de cailloux, ce que ne fait pas le grand on doux Kamtschik, qui ne passe qu*au milieu de petites montagneê. Le Petit-Kamtschik coule dans une vallée en général très encaissée de manière que si les Turcs avaient du savoir-faire, ils pourraient aisément y construire un pont suspendu au lieu d'un pont en bois sujet à être enlevé, et on ne verrait plus des couriers obligés d'attendre l'écoulement 'des eaux pour pouvoir passer sans trop de danger. Le pont actuel n'a été établi que pour le passage du Sultan en 1837. On traverse une terrasse en ayant le Kamtschik à gauche et le petit cours d'eau de Mypadepens (?) à droite. Dobrol, village d'une soixantaine de maisons, est placé en deçà d'une terrasse au haut de la petite vallée du Keremçtschi, qui débouche dans le Kamtschik au-dessous de Kamtschik- Magalessi et depuis là on n*a plus que quatre lieues pour arriver dans le bassin de Karnabat. Le Balkan en partie boisé se passe au moyen d'une très basse échancrure, à laquelle vient aboutir de chaque côté un vallon. A Komarova ou Koumarova la vallée s'ouvre et à la dernière descente sur Karnabat en deçà de Kadi- Keui on a une vue agréable sur cette plaine fertile, qui a de S à 6 1. d'étendue. Karinabad ou Karnabat est une ville surtout bulgare et grecque de 4 à SOOO âmes, qui a soufiert dans la dernière guerre.

De Karnabat à Papas-Koï on traverse àKara-Koughaloukle Bokloudze-Déré et on se rend à Chaftan par un pays en partie cultivé en blé. On longe let traverse la crête basse, agreste et

couverte de bocages, qui sépare le bassin évnsé de la Tondja de la vallée plus étroite, par laquelle les eaux du Balkan de Karnabat se rendent dans le golfe de Bourgas.

A Jenikoï on est sur une plate-forme déboisée, mais plus loin les bocages recommencent jusqu'au-delà de Derbend. De Papas-Koï à Kutschuk- Derbend on passe par une espèce de plateau inculte, dont découlent plusieurs torrens, qui se rendent dans la Tondja, mais entre ce dernier point et Beujuk-Derbend le terrain devient montueux et rocailleux avec des buissons. Kutschuk-Derbend a 4 à SOO habitans et Beujuk-Derbend en a environ le double.

Beujuk-Derbend (le grand défilé) est une gorge plus profonde que les précédentes, parce que ces montagnes sont les parties occidentales des portions les plus élevées de la chaîne côtière primaire de la mer Noire. Son torrent coule dans la Tondja et de ses hauteurs descend au S. O. celui plus grand de Pravada, qui débouche dans la même rivière à ^J^ h. d'AndrinopIe. En deçà de Beujuk-Derbend les collines diminuent beaucoup de hauteur et à Akbounar il n'y a plus que de petits coteaux tertiaires en partie cultivés, comme ceux qui entourent Andrinople sur le côté septentrional. A y, 1* ^vant cette ville on passe sur un pont le torrent sec en été de Pravada. Le reste de la route de cette ville à la capitale a été détaillé dans l'itinéraire de Belgrade à Constantinople par Widdin %

') Aperçu de l'itinëraire de Mr. Keppel. De Schonmla à Dragoî 3 h. de pays plat, puis on Tojage an pied da Balkan sans monter beancoap d'abord , pois on monte •t deicend fortement Chalovitch est d ans une vallée de 2 à 8 milles de long, qni court de l'E. à rO. Ensuite on arrire k la vallée du Deli-Kamtschik. Une '/s h. après on est au pied de l'arête du sonmiet du Balkan et après l'avoir passé, on descend à Dobrol, d'oh une plaine s'étend à Karnabat A 2'/, h. de là est Beglerbané et i sy, h. Begmahalé et plus loin Kara-Bounar. Entre ce lieu et Kibillerah il 7 a des hauteurs boisées de 16 milles anglais d'étendue. Entre Fakhi et Kibillerah régnent aussi des bois. Eski-Pjlos est une ancienne ville grecque avec un cas tel sur un roc. A 1 1. de là est Petra oh il 7 a sur le sol beaucoup de blocs granitiques épars et à S h. de là est Kirkklisia»

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SCHOUMLA A CONSTANTIN OPLE

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AIDOS ET LA CHAINE COTIÈRE de la MER NOreE.

Jja colline crayeuse au S. de Schoumla a une pente très roide et n'est garnie de vignobles que près de la ville à la sortie vers Constantinople. Ailleurs une vaste plaine, couverte de pâturages et ça et là de broussailles, s'avance jusqu^à ses pieds et remonte au loin vers les hauteurs à TE. d'Eski - Djoumaa (vieux vendredi). Cette plaine favorablement disposée pour la nourriture des bestiaux comme de la cavalerie stationnant à Schoumla, n'est maintenant qu une terrasse étendue du bassin ancien du Petit- Kamtschik, tandis qu'elle a formé une fois le fond d'une baye marine 9 comme le prouvent les dépôts argileux tertiaires près d*Eski-Djoumaa. La vue qu'on a depuis là sur le Balkan montre déjà de loin le peu de hauteur de cette partie de la chaîne. Ces montagnes ont des contours très doux et des échancrures y semblent indiquer les passages près de Dobrol.

Après avoir traversé cette plaine, on arrive à Sy, 1. de Schoumla à Keupri-Keui (le village du pont), qui n'est qu'une ferme avec quelques maisons éparscs et est entouré de champs. On y passe sur un pont de bois un petit cours d'eau, qui venant de Schoumla coule dans ce point presque du N, E. au S. O. pour se rendre dans le Grand-Kamtschîk. Au raidi ce vallon est bordé de petites hauteurs boisées en chênes et hautes de 8 à 900 p.

La route tourne au S. pour faire le tour de ces dernières et à leur pied on traverse à y^ 1. du pont le vilhifrc de Kirnouva.

A 1 L de Keupri-Keui il y a une fontaine au pied oriental des collines* Un certain nombre de charriots turcs y stationnaient et étaient remplis de femmes, d*enfans et d effets de ménage.

Nous descendîmes de là dans la vallée du Grand -Eamtschik par une très courte pente et nous y rencontrâmes de nouveau des Turcs, qui émigraient en charriots traînés par des bœufs. Tous ces voyageurs venaient de Jakova, grand village à 5 1. de Schoumla, que nous atteignîmes bientôt. Ses habitans avaient eu un procès avec un village voisin relativement à un droit de pâture et l'avaient perdu. Se croyant mal jugés ils avaient résolu de quitter le Paschalik, ce dont ils étaient les msdtres. C'était singulier de voir un grand village presque désert et il aurait été curieux de savoir, si cette menace a fait revenir l'autorité à quelque mesure conciliatrice ou si en effet ces gens ont été former une colonie ailleurs. Un Turc sensé à qui nous en parlions, nous dit franchement que ces paysans reviendraient d'eux-mêmes et qu'ils ne feraient pas cela, s'ils n'étaient pas des Turcs I II faisait probablement allusion à cette espèce d'Ottomans encroûtés de préjugés, qui paraissent en bon nombre dans la Bulgarie orientale et tiennent beaucoup à se distinguer des autres par leurs Turbans verts, couleur du prophète. Le Fess les choque, aussi les employés non militaires y ajoutent-ils un mouchoir noué autour en guise de Turban. Du reste ces Ottomans de la Bulgarie semblaient très excusables, et leur attachement aux anciennes traditions des glorieux temps de l'empire ottoman n'indiquait que leur clairvoyance, car il est certain qu'ils étaient les plus exposés à perdre leurs propriétés ou à avoir du moins leur fortune ébréchée au premier renouvellement d'une guerre avec la Eussie.

La vallée du Grand -Eamtschik quoique peu élevée n'ofire plus de vignes, mais elle est en grande partie bien cultivée. On remonte cette rivière par des chemins tournoyant tantôt au milieu de champs de blé, tantôt dans des bosquets. Dans un point on , franchit une petite éminence boisée , qui barre la route et qui se trouve à Q^/2 1. de Schoumla, en deçà d'un petit torrent coulant du N. au S. dans le Kamtschik. On traverse ce dernier à gué à 1 1. plus loin sous une digue établie en-travers de l'eau pour un moulin, j Cette rivière n'y a guère que 12 à 14 toises de largeur. En deçà est le hameau turc de Kouroukheli , où il y a un ruisseau venant du S. et se rendant aussi dans le Grand - Kamtschik.

Ig4

Les montagnes des deux côtés de la vallée sont boisées en chênes et peuvent avoir 300 à 400 p.

En continuant à remonter le Kamtschik sur sa rive méridionale^ bordée de bocages, on arrive à 7V, 1* de Schoumla à un ruisseau venant du S. O. et coulant au N. E. et au village turc de Jedekmale. Sur la rive opposée du Kamtschik est situé Kbimii, les montagnes y deviennent un peu plus hautes et présentent une belle coupe des couches crétacées inclinées au N.

On quitte le Kamtschik pour remonter le torrent de Jedekmale, qui débouche au S* par une gorge, dirigée du S. au N., mais à '/a 1. du village de Jedekmale on tourne à TO. dans une vallée longitudinale comme celle du Grànd-Kamtschik et courant de rO* à l'Ë. au pied de la crête centrale du Balkan. Le torrent de cette dernière vallée se rend aussi à l'E* dans le Grand-Kamtschik et coule dans une cavité assez large et cultivée. Ses bords comme les côtés de la vallée présentent des coupes de schistes crétacés dénudés. Les montagnes ne s'y élèvent qu'à 3 à 400 p. sur le fond du torrent. Nous arrivâmes enfin au village de Lopoutschka à Sy, L de Schoumla et à 1400 p. d'élévation absolue. Les habitans bulgares comptent parmi eux aussi quelques Turcs. Leurs maisons sont entourées de vergers, et des barrières sur la route empêchent leurs cochons d'aller dans les champs.

Le passage de la cime du Balkan est au S. de ce village et se réduit depuis là à une ascension d'une demi -heure et les sommets sur les côtés du col ne s'élèvent qu'à environ 100 p. plus haut que ce dernier, qui est à 1800 ou 2000 p. sur la mer. Toute cette crête est boisée en chênes et comme les couches y inclinent, au S. E. la pente méridionale est parsemée de grandes plaques de rochers. La descente dure % h. ; la route décrit un grand zigzag pour arriver enfin dans un vallon encaissé et aussi boisé. On suit ce dernier, qui coule de l'E. à l'O. et se rend dans le Petit-Kamtschik , en se frayant une route à travers des petits rochers de grès crétacé. On est obligé de franchir plusieurs fois ce torrent et enfin on débouche sur la petite plate-forme, où est situé à 1369 p. de h. abs. le village turc deTikeni, entouré de beaux arbres fruitiers et en particulier de noyers et de mûriers. Les gens du pays ne comptent que 1 ^j^ \. de là à Lopoutschka. La crête du Balkan, vue de ce lieu, ne paraît pas non plus fort élevée. On voit combien ce passage du Balkan est

favorable à un ennemi venant du N.» heureusement sa marche peut être retardée par l'état mauvais de la route surtout dans les bois, par quelques petits accidens de terrain et le petit nombre de villages ainsi que par quelques redoutes.

Depuis là on descend dans la profonde vallée du Petit-Kamtachik dont le cours est assez bien indiqué dans la carte de Vienne, tandis qu'on n'y trouve rien sur la route de Jakova à Tikeni. Le Petit-Eamtschik court tantôt de TO. à l'Ë. et tantôt du S. au N. et occupe ainsi une série de sillons longitudinaux et de défilés garnis de rochers. Comme il avait plu à notre passage, il était, malgré son nom, plus large que le Grand-Eamtschik. On longe son bord septentrional assez longtemps en marchant d'abord de l'Ë. à rO. et à 3 1. de Lopoutschka du N. au S. A V, 1. plus loin on trouve le village Boujala, d'où on apperçoit au N. Ë. les montagnes pointues du Balkan, qui ne paraissent depuis là que des sommités de 3 à 400 p. et plus à TË. de 6 à 800 p. La vallée de Kamtschik tourne de nouveau à l'O. et un torrent s'y rend en coulant du N. O. au S. Ë. Ce n'est qu'à 4 1. de Lopoutschka qu'on arrive au moulin, où cette rivière est guéable. Pour atteindre ce point il faut s'éloigner un peu des rives trop encaissées de la rivière et franchir un mamelon, d'où une des» cente sur un sol argileux conduit à ce gué.

Le meunier nous félicita d'être arrivé en temps opportun, car la rivière grossissait à vue d'oeil et bientôt on n'aurait pu la passer. H est très essentiel d'avoir un guide pour guéer l'eau, car une digue étant tirée à travers la rivière pour le moulin, Teau est très profonde sous cette chaussée. On franchit d*abord le cours d'eau du moulin., qui est assez profond, puis on arrive en deçà d'un petit filet d'eau à un amas de gravier, d*où on traverse le bras principal du Kamtschik très en biais du N. O. au S. Ë. au moyen d'un banc de cailloux. Un pont suspendu y serait bien à sa place.

En deçà est le village turc d'Iskodna, qui est situé sur une petite plate-forme, d'où on voit bien le contrefort méridional de la crête principale du Balkan, c'est-à-dire, les montagnes pointues et boisées sur les bords inférieurs du Petit-Eamtschik. Près de ce village leur hauteur ne pouvait guère excéder 300 p. au-dessus du point d'observation, à environ 1000 p. de h. abs.' Ce village

D'à pas d*auberge, mais le paysan le pim aiad du lîea dent maison ouverte pour les voyageurs.

Au S. d'Iskodna on se rend dans la vallée de Boghaz-Déré (le vallon du défilé), qui court du N. au S. et offi-e à "A !• d'Iskodna un moulin. Ce vallon étroit et boisé se termine par des rochers arénacés, qui forment une espèce de porte, d'où vient son nom. Après cela la vallée s'élargit beaucoup et tourne à TE. et on arrive à Boghazdéré-Keui, village à S 1. de Lopoutschka.

On traverse en biais la plaine en pâturage, qui couvre le fond de cette partie de la vallée, au N. de laquelle il y a des crêtes boisées de 800 p., tandis qu'au S. il y a un plateau assez large et ayant 1423 p. d'élévation. La pente de ce dernier est peu considérable et le haut du plateau est inculte et couvert ça et là de bocages. Quoiqu'il ne soit pas fort élevé, on en a une vue étendue sur les Balkans : les plus hautes sommités au N. paraissent être celles sur le Petit-Kamtschik et ont l'air d'avoir 800 à 900 p. de plus que le plateau, tandis que les montagnes plus près de ce dernier n'ont giière que 300 p. de plus. Au N. O. on distingue aussi vers le Balkan de Karnabat quelques petits sommets plus élevés que le point où on se trouve. La plus jolie vue est celle au haut de la descente, qui conduit dans la plaine d*Aïdos. C'est l'affaire de 20 à 25 minutes pour atteindre cette dernière par un chemin pierreux et dans des bocages. Ce dernier comme bien des endroits de toute cette route ne comporterait que difficilement un voyage en charriot. Néanmoins les gens du pays y descendent avec leurs charrettes, aussi bien qu'ils traversent de même tout le Balkan par la route décrite.

Le cul de sac derrière Aïdos est couvert d'assez beaux champs, dont la richesse contraste avec la laideur des rochers pyroxéniques noires et nus sur ses côtés et avec l'aspect uniforme des derniers échellons du Balkan. Il nous fallut encore près d'une petite heure pour atteindre Aïdos, et chemin faisant nous rencontrâmes trois dames turques, qui erraient toutes seules dans la campagne. Au S. d' Aïdos se trouve le cimetière de la ville et un pays peu ou mal cultivé. Nous avions déjà eu occasion de remarquer depuis Schoumla qu'auprès de tous ces villages turcs et bulgares les champs n'ét.iient pas si bien tenus et si dépourvus de rouces que dans la Mœsie. i

Kitschalik est un hameau situé à 760 p. d'élévation absolue au pied d'une butte pointue de porphyre pyroxénique à 1 L d'Âïdos. A peu de distance de là on entre dans de petits bois de chênes auxquels succède jusqu'à Rousoukastro un plateau totalement inhabité couvert de très hautes herbes ou bien de bocages de Pcdiurus et de chênes. Une espèce de Férule de 7 à 8 p. de h. 7 faisait un singulier effet. Nous y surprîmes des daims. On comprend que dans un tel pays on ne craint pas d'aller tout droit à travers les champs sans suivre les routes. Aussi ne toucfaftmes-nous pas l'endroit où était jadis Bei^, village détruit dans la dernière campagne des Russes et sur le Kabasalar-Déré, qui coule de l'O. à l'E. dans la mer Noire.

En deçà du petit vallon d'Aschlar-Déré ou de Rousoukastro (t. Eousoukaster) la route passe par un autre plateau tout aussi sauvage mais plus boisé. Après une pelouse couverte surtout d'une belle espèce rouge et élevée de trèâe, on s'enfonce dans une véritable forêt de chênes ornée ça et là de lis et de grandes mauves à fieurs rouges. Cette éminence est composée comme la précédente de roches pyroxéniques , qui ont formé par leur décomposition un sol noir très fertile. Les plus belles cultures pourraient d'autant mieux y réussir que le voisinage de la mer y entretient toujours une certaine humidité dans l'atmosphère et assurerait l'écoulement de leurs produits vers la capitale. Jadis ces fertiles terrains étaient probablement habités et utilisés. Un gouvernement rationnel trouvera un jour à faire des profits considérables par leur vente à des colonistes industrieux^ Ce n'est qu'une bien petite partie des territoires fertiles, que les Turcs pourraient donner en hypothèque pour un emprunt.

Kara-Bounar (la fontaine noire) est situé à 4 1. d'Aïdos à 710 p. de h. dans la vallée peu large du Bakloudscha-Déré coulant de 1*0. à l'E. et recevant peu au-dessous de ce hameau l'eau du Derbend-Déré. Des bois couvrent les coteaux au S. et des prés ceux au N. Il n'y a guère qu'une soixantaine de maisons. On monte sur le plateau au S. de ce village par une gorge assez rapide et graveleuse et on voyage de nouveau au milieu de belles forêts, d'où on n'a d'autre vue que celle des arbres qui vous entourent. Ce sont surtout des chênes avec quelques frênes et des cormiers. A 1 ^/^ 1. avant Fakhi on arrive au plus haut point du plateau granitique, savoir à 1183 )>. de h., où nous trouvâmes un

boulet indiquant que les Russes avaient passé par cette route. On 7 remarque aussi quelques restes d'un ancien pavé peut-être grec. La descente vers Fakhi est brusque , mais arrivé au bord du médiocre torrent du Fakhi-Déré coulant à TE. et au N. Ë., il faut encore franchir une petite crête avant d'appercevoir ce village, qui comme tous ceux de ce pays, est situé dans un vallon. Notre arrivée 7 mit en émoi tous les chiens et nous atteignftmes ainsi escortés la maison du Bulgare, où nous avait logé le Sott' boêchi turc* Un Tschardak ouvert devant une petite maison fîit notre chambre à couyher et une petite pelouse, qui s'étendait vers le torrent notre promenade du soir ^).

Fakhi est un village bulgare et turc d'environ 160 maisons ou 600 habitans. Les hauteurs qui environnent la vallée de Fakhi n'ont que 300 p. au N. et 500 p» au S. La route dans cette dernière direction traverse de beaux pâturages jusqu'au-delà de Petschiomalé, où on voyage à une hauteur de plus de 2400 p., si on peut se fier à une seule mesure barométrique. A SV, 1. de Fakhi on franchit un petit vallon rocailleux et un torrent coulant du N. au S. Petschiomalé est un hameau bulgare situé à 4 y, de Fakhi, au-dessus et au N. du Petschiomalé- Déré, torrent assez encaissé entre des escarpemens et coulant du N. au S. et plus loin de l'O. à TE. Un honnête paysan nous 7 donna à déjeûner et nous reçut avec cette véritable hospitalité qu'on ne comprend guère plus dans les contrées où il 7 a des auberges.

Malgré la chaleur nous continuâmes à marcher dans ce pa78 où on ne trouve plus que des broussailles et des prés. A 2 1. de Petschiomalé on traverse le ruisseau du Téké-Déré coulant presque du N. au S. et plus loin après un autre vallon, on atteint un vaste plateau d'environ 2600 p. d'élévation, il est couvert de bocages de chênes et d'épine Porte - chapeau (Paliurua) buv" un sol graveleux. Ce genre de terrain règne sur presque tout le pied occidental de la chaîne côtière de la mer noire. Ce premier

') Pendant la nuit on nous Tola on petit sac, oU on donne à manger aux chevaux et qui contenait nne pipe et on gobelet, nous ne pouvions avoir des soupçons que contre le postillon, un Zingare, à qui le Tartare avait appliqué quelques coups de fouet en route pour le rendre plus attentif. Il avait pu vouloir se veuger ou croire que ce sae était le sien. Néanmoins le courier ne pensait pas qu'un postillon ait pu lui manquer à ce point de respect et il en accusait le beau-Ûlt de notre hôte, qui par jalousie avait été un peu bourru.

plateau est dominé à TE. par trois sommets isolés et à l'O. par une cime et des coUines s'étendant environ de l'O. à TE^ Les cimes isolées paraissent être le Gœk-Tépé de Mr. Kiepert en deçà de rA>-Déré, qui coule dans le Velika-Déré et la mer Noire.

Deux lieues avant Erekli est le ruisseau de Kutschatalera» Sou, qui coule de VE. à 1*0. et à V^ de 1. de là à YE. est le village de Tastapé situé au pied des coteaux. Après cette petite cavité, on est de nouveau sur un plateau du môme genre que le précédent, mais encore plus rocailleux ; à l'E. se voient de petites hauteurs gazonnées à sommets rabattus. Probablement à cause des ondulations du terrain, je n'ai pas apperçu Kovtschat sur le Foundikli-Déré de Mr. Kiepert. Erekli est un petit village turc de 160 maisons avec une mosquée, il est situé dans une vallée dont les eaux coulent au S. O.; le cimetière se trouve sur le côté septentrional du ruisseau. A 1 1. à l'O. en deçà du Téké-Déresi la ruine d'une vieille tour grecque sur le haut d'une petite montagne forme l'objet le plus en vue. Quelques champs entourent Erekli.

Le plateau entre Erekli et Kirkiissé est couvert de rochers grotesques de granité, dont quelques-uns présentent des blocs mobiles ou troués de part en part. Mr. Kiepert indique sur cette route trois torrens ou affluens du Téké-Déresi, savoir: le Jeri-Déré, le Sirsabat-Déré et Kitenli-Déré , ce ne sont dans tous les cas que des ruisseaux à sec en été, qui ont pu m'échapper. La plaine de la Thrace méridionale est é'alée à la vue du vqyageur et ce point eat excellent pour prendre une idée de l'état de ce pays, lorsqu'il ne formait qu'un golfe marin tertiaire. Une pente très insensible ocHume celle d'un rivage et un sol graveleux conune celui d'une berge marine conduit à des vignobles établis sur un terrain argileux ou une fois vaseux. On respire de revoir un beau pays bien cultivé après avoir parcouru tant de solitudes, où un corps d'armée ne devrait trouver guère que des fourrages, si la mer n'était pas si voisine et ne pouvait lui fournir les approvisionnemens nécessaires. Eki deçà des vignes le calcaire blanc tertiaire ressortant de terre offusque les yeux et se prolonge jusques dans la ville de Kirkiissé situé à 703 p. de h. abs. sur deux éminences sur le bord de la vallée de l'Iskipé-Déré ').

') La peste éuwt dans cette Tille, noua aurions bien évité d'y coacher, ti cela avait été possible, mais Erekli était aussi infecté et si nous aurions pu hU

Kirkiissé (quarante églises) est une ville oaYerte die IS à 16,000 ftmesavec six mosquées, dont deux sont belles et à plusieurs coupoles, n 7 a aussi des églises grecques, un bazar, assez de boutiques ; les confitures en sont renommées. La population est un mélange de Grecs, de Bulgares et de Turcs. Depuis là les voyageurs se dirigent à Pordinaire sur Andrinople , mais je voulais , risque à passer pour un original aux yeux des Turcs» aller tout droit à Constantinople. Cette détermination de ma part donna lieu à de longs pourparlers, qui vinrent s'ajouter aux autres agrémens de ce séjour. Notre Tartare lui-même désireux de se reposer dans la capitale était contre moi et les postillons ne voulaient pas marcher à cause des prétendus voleurs sur la route latérale, que je voulais prendre. On y avait vu dernièrement des traces de sang, probablement de quelqu'un qui avait saigné du nez. Je tins bon et patientai sans me fâcher nullement, parce que c'est la plus mauvaise argumentation en Turquie, le vulgaire vous taxant de suite de fou et perdant le respect qu'il vous est dû. Enfin le jeune fils du MemUdgi fut obligé de monter à cheval et nous partîmes.

La route passe par une bonne partie de Elirklisse, qui est bâti sur une pente très douce, ensuite on traverse des vignobles et des cultures et après avoir franchi le ruisseau de

Toaaqaer tans manger, nos eheranx déjà bien maigres demandaient à être nourris. D'ailleurs si nous n'avions pas couché à Kirklisse, nous n'aurions pas été sûrs d'aroir le lendemain des cheraux dans oe pays, où les pâturages sont quelquefois loin des TÎUes. Evitant donc les Hans nous nous rendîmes à la poste, oU nous ne trouTâmes qu'un des plus affreux locaux, oti nous ayons jamais couché. C'était le pendant de la poste de Schoumla sur une plus petite échelle. A côté d'une rentable montagne de fumier était un Tschardak ou une galerie onrerte, dont le plan, cher troué et la barrière endommagée attestaient la vétusté, mais le pire était l'etcalier-échelle, qui j montait, à cause des marches manquantes. A ce contre-tempe se joignit encore la circonstance importante que le soleil était couché. L'Akscham avait fidt fermer toutes les boutiques et notre hôte, le Menzûdgi^ était déjà dans son harem, néanmoins un de ses domestiques, son Kiaya peut-être, nous disait du ton le plus grave qu'il était prêt à nous procurer tout ce que nous désireriona Avez-vous de la viande? Non. Avez-vons des poulets? Non. Avez-vous du lait? Non. Enfin à force de passer en revue le menu d'un repas turc, nous parvînmes à voir que nous serions bien heureux si en interposant l'autorité de notre Tartare nous pouvions appaisser un peu notre faim avec une croûte de pain, du fromage blanc, un peu de vin et du café. Le lendemain il n'y eut pas non plus moyen de boire le café au lait, parce que les Turcs prétendaient que les Grecs avaient la peste et que c'étaient eux seuls qui vendaient du lait.

Beajuk-Dëré et Pextréinité d'une colline de gneiss on atteint Bn petit bois de haute futaye. C'était là 'le lieu terrible, où nous devions avoir l'occasion d'essayer nos pistolets. Le Tartare, qui tenait les siens toujours cachés sous un morceau de drap, les mit à découvert et était prêt à faire sa besogne. Mais nous ne vîmes que quelques tombes éparses, qui nous prouvèrent qu'en effet on avait jadis arrêté quelquefois les voyageurs dans ce point assez bien placé à cause de son isolement des habitations et les contours décrits par la route au milieu de cette forêt. Nous fûmes bientôt hors de ce bouquet de grands arbres et continuâmes gaiment notre route des voleurs à travers un pays tout ouvert au S. Ë. duquel s'élèvent des hauteurs de 5 à 600 p.

En approchant du village grec de Jena nous vîmes de loin on parapluie, et pensions avoir la rencontre de quelque voyageur franc, mais ce n'était qu'un Turc à cheval, qui paraissait trouver dans ce pays si sec nos parapluies très commodes comme parasols. Jena est dans une plaine bien cultivée, qui forme un anse au pied des coteaux; après y avoir pris un verre de bon vin rouge chez un aubergiste grec, nous galoppâmes sur Bounar- Hissar, qui est à l'autre bout de la plaine au pied des coteaux de calcaire tertiaire blanc. Des vignobles se voyent à l'E. de la route.

Bounar-Hissar (fort de la fontaine) est un grand bourg grec avec un certain nombre d'habitans turcs. La structure massive de beaucoup de maisons en pierre et les rues pavées indiquent assez que cet endroit a dû être une fois plus important qu'à présent. La ruine d'un château fort, pris par les Turcs sur les Grecs, donne la date du déclin de ce bourg, qui ne compte guère que 2 à 3000 âmes. Nous nous y rendîmes chez l'Agha chargé de procurer des chevaux, car le Mmzil ou la poste organisée avait cessé dans cette direction. Il nous reçut dans son divan et se mit tout de suite en quête lui-même pour nous satisfaire. En attendant nous allâmes dîner dans un Han voisin établi très pittoresquemment à côté d'un cours d'eau vive. Nous y comprîmes ce qui avait valu à la ville son nom. Là, étendus sous une treille, nous jouissions de tout ce qui fait les délices de TOttoman, savoir de la fraîcheur, quand le soleil est brûlant et d'une eau délicieuse. Cette station était une compensation pour celle si mauvaise de Kirklisse. Un bon dîner nous mit en si bonne humeur

qu'un de mee compagnons se mit à répondre par des baisers aux œillades des dames aux fenêtres au grand scandale des Ottomans, qui étaient dans la rue.

A % de lieue de Bounar-Hissar est le lieu appelé Téké. A en juger d'après les citernes écroulées cet endroit a pu être jadis un bourg, aujourd'hui on n'y voit plus qu'un pays couvert de broussailles, au milieu duquel il y a une petite mosquée et vis-à-vis un bâtiment carré entouré d'une muraille. La mosquée n'est que le monument qui recèle les restes du général Achmed, le conquérant de ce pays, et ceux de quelques-uns de ses parents. Une natte entoure le tombeau afin qu'on puisse y prier. Un cimetière est autour de cet édifice, qui est un lieu de pèlerinage et le bâtiment carré sert à héberger alors les dévots. Mon Tartare, en fidèle Ottoman, ne manqua pas de s'agenouiller et de prier avec ferveur que le bon Dieu voulût envoyer de nouveaux héros de cette espèce, car il pensait qu'il en était grandement temps. Qui sait s'il ne pria pas pour le Pascha d'Egypte, qui était en 1837 l'idole et l'espoir de beaucoup de Musulmans.

A côté du cimetière se trouve une touffe de platanes énormes à l'ombre desquelles coulait jadis une fontaine, maintenant elle est détruite, mais la source existe toujours et est aussi fraîche et excellente que toutes celles, qui sourdent au contact des sols tertiaire et ancien le long de la chaîne cotière de la mer Noire. Cette dernière crête abritant assez cette contrée contre les effets délétères des vents duN.E., elle présente une végétation presque méditerranéenne comme les bourgs de ce pays ont déjà ce je ne sais quoi de méridional.

A 2 1. de Bounar-Hissar est le village de Tourouschak après lequel on passe sur le dos de collines graveleuses et couvertes en bocages de chênes. Leur plus haut point paraît s'élever à 1000 p. sur la mer ou à 300 p. sur la plaine voisine, qui s'étend au loin à perte de vue. Ail. avant Visa les hauteurs forment un col de sac, et on est surpris tout-à-coup par l'aspect pittoresque de cette ville bâtie semi-circulairement autour d'une proéminence avancée des montagnes à TE. Cette dernière supporte un château ruiné et domine une vaste plaine couverte de Tumulus. Le pavé étroit, qui descend de la colline à cette ville, est peut-être un ouvrage grec

isa

Après cette descente 9 qui dure une petite demi-heure^ od vojftge à travers un pays cultivé et ombragé ça et là par de beaux noyers. Un torrent coule près du pied de la colline, vient de l'E* et se jette dans TErkéné à Sinaki. Nous montâmes tout de suite dans la partie la plus élevée de la ville au Konak de TAyan non loin du château. Ce vénérable Turc nous reçut très poliment et nous envoya loger chez une famille grecque dans le bas de la ville. Il fallut donc redescendre ces pavés inclinés et sortir de nouveau de l'enceinte de Tancienne ville 9 dont on voit encore les énormes murailles bâties en briques. Le jardin de TAyan est soutenu par une partie de cette épaisse fortification. La plus grande partie de la ville est au pied de la butte sur eon côté est et sudest. Sa population peut aller à &0Q0 habitana principalement grecs ')•

') Arrivé devant la porte de nos hôtes grecs, on ne vonlnt pas d'abord nons laisser entrer ; enfin la porte de la conr s'onvrit à deax battans , mais on voyait clairement qne notre arrivée avait jette Téponvante. De jeunes femmes se sauvaient de la maison principale dans nne dépendance, des portes communiquant svec d'antres habitations se fermaient avec des cris de désespoir, et la maîtresse du logis, nne grosse Grecque habillée en pantalons attachés tr^s haut à la turque, se présentait à nous en se tenant à distance et faisant aller sa langue avec une ▼olubilité sans égale. A force do parlementer et de la rassurer que nous n'avions pas la peste et qne nons ne l'avions pas même prise à Kirklisse, eile consentit enfin, puisqu'il le fallait, à nous loger et nous colloqua dans la salle trej chaude, oh elle élevait des vers à soie. Notre Tartare, qui connaissait depuis longtemps les roses des Grées , ne se laissa pas mener par le nez et devinait déjà que la maison principale contenait des appartemens plus convenables. Enfin après une demi-heure de bavardages nons étions établis dans un premier, où il 7 avait un grand divan, sur lequel débouchaient plusieurs chambres. Le divan était une espèce de Tschardak avec des fenêtres et des contrevents , et le plafond était formé par le toit; ^1 était garni de jolis tapis et de cousins et à cOté se trouvait une énorme pile de couvertures, de tapis et de cousins pour la nuit. Aimant l'air, nons voulûmes ouvrir davantage de fenêtres, mais on nous avertit charitablement que la peste était dans la maison à côté et qu'elle pouvait arriver par la fenêtre que nous voulions ouvrir.

Petit à petit nous fîmes connaissance avec toute la famille, qui paraissait à son aise. Nous eûmes à nous louer beaucoup du talent culinaire des Grecques, qui ont bien plus de tact pour les ragoûts que les Serbes, mais nous ne pûmes nous entendre pour la fermeture des fenêtres, qui devaient être tenues doses la nnit^ parce que la peste entrait surtout à ce moment dans les habitations. Nous avions beau faire semblant de dormir pour nous donner de l'air quand nons jugerions nos argns endormis^ mais ces dames étaient plus fines que nous el ne oessèrem

Pour aller de Visa à Midia on n'a qu'à franchir les petites crêtes boisées à l'E. de la ville et de descendre le Tolopaz-Dëré» mais pour longer de là la mer Noire jusqu'au Bosphore il faut avoir ses chevaux , car il n'y a point de poste sur ses côtes ni même de moyens de pouvoir s'en passer.

L'Âyan de Visa nous avait procure des chevaux pour Seny, qu'il avait fait prendre à Pierre et à Paul et confié à un habitant contraint aussi de fournir une bête. La route de Visa à Seraj se fait en plaine cultivée ou au milieu de pâturages et en se te^ nant assez loin des collines à l'E. On y remarque encore quelques sommets en cônes évasés que Mr. Kiepert a figurés sous le nom de Bei-Tépé et au N. du Tschaliga-Déré. Les villages turcs d'Brvéni (Evrenli) et de Tschakerli sont à 2 1. de Visa à 1*E. de la route et plus loin est le village de Eavatli (Kabakli). Avant dé l'atteindre on passe l'Erkéné, qui coule du N* E. au S. O., tandis que plus haut il roule ses eaux du N. O. au S. E. en deçà des collines du Kara-Tépé à l'E. et au N.E. de Visa.

Seraj ou Saraj est un petit bourg d'un millier d'habitans et entouré de prairies. On y remarque un bâtiment pour unesalpètrière, une mosquée et un vaste Eonak délabré» où demeurait jadis l'Agha, mais comme tant d'autres endroits des côtes de la mer Noire, Seraj paraissait avoir souffert de la dernière guerre. L' Agha habite un petit rez-de-chaussée et nous reçut avec beaucoup d'a^ mabilité, mais il était hors d'état de nous donner des chevaux avant quelques heures. Un de nous voulut alors forcer l'honmie qui était venu avec nous de Visa d'aller plus loin ; mais ce Grrec répondit toute de suite que lors même que l'Agha voudrait lui faire couper la tête, il ne ferait pas un pas de plus. En effet il n'en avait pas Tordre et on avait grand besoin des chevaux pour les moissons.

En attendant que les chevaux fussent trouvés, l'Agha nous fit servir un petit dîner dans un pavillon de sa cour, le seul lieu où

leurs lamentations et lenr historiqoe sur la peste que quand nous eûmes aceédé à leur demande d'étouffer plutôt que d'ourrir la porte à ce terrible démon. Sachant que Tun de nous était médecin, elles ne nous auraient pas laissé partir, je crois, si nous ne leur ayions pas laissé des préservatifs immanquables contre la peste et la stérilité, et leurs offres sur ce dernier chapitre étaient uniques en leur espèce, aussi notre Tartare se lamentait de n'avoir pas leur confiance médicale.

on pouvait se mettre à l'ombre, car il n*y a pas d'arbres dans ce bourg. Après cela nous parcourûmes les environs au S. Al 1. dans cette direction est une ferme ou Tschiftlik entouré de quelques arbres et à V/^ 1. plus loin le grand village de Karlouk (mal place dans la carte de Mr. Kiepert) ; puis en deçà du vallon assez encaissé du Marouka-Déré, affluent oriental de TErkéné, est un plateau tertiaire de 925 p. d'élévation absolue, qui domine assez la contrée, pour qu'on puisse depuis ce point prendre une idée du pays.

Les voyageurs doivent s'attendre aux mêmes délais à Jeni- Koï et Tschataldscha, de manière que cette route n'est à conseiller à personne, à moins qu'on ait du temps à perdre et à risquer une journée pour chaque poste. La route ne se rapproche des collines que vers Jeni-Koî, d*où on a à franchir les hauteurs sur lesquels des débris de murailles indiquent l'ancienne place du mur d'Athanase. Les coteaux d'Indschigis et de Tschataldscha sont tout aussi dépourvus de bocages et d'arbres que ceux aux environs de Tschorlou. On passe ensuite le vallon du Earasou-Déré (vallon de Teau noire) et un autre torrent, qui traverse presque toute la péninsule et prend ses sources au Eousch-Tépé, hauteur au bord du lac de Delkos. Tous les deux se jettent dans la lagune de Beujuk-Tschekmedsché et on peut aller tout droit à Constantinople ou bien par ce dernier lieu.

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