‹ Recueil d'itinʹeraires dans la Turquie d'EuropeChapitre 11 sur 46 · VR LA · texte numérisé non relu

VR LA

ROUTE de MATSCHIN ou TOULTSCHA à BOURGAS PARAVADI ou VARNA.

IHous ne citons cette route importante que ponr la recommander aux voyageurs futurs, car ceux qui l'ont parcourue n'ont guère publié d'observations notables. Il serait bien temps qu'on connaisse positivement la structure physique et géologique du Besch-Tépé ou de ces hauteurs assez considérables entre 7 à 800 p. d'élévation entre Matschin, Isatschi, Toultscha et Babadagh. A Matschin même il y a des falaises de 30 à 40 toises de hauteur. On ignore aussi la constitution de 111e aux serpents au-devant du débouché du Danube. La steppe tertiaire et alluviale du Dobroutscha réclame encore son observateur de détails. On sait seu« lement que ce terrain souvent aride est, ça et là, assez élevé audessus de la mer et qu'il se termine par de petites falaises argilo-sableuses, soit sur le Danube comme à Hirsova, soit sur la mer Noire comme à Koustendsche. L'eau y manque en été dans beaucoup de localités et la population y est fort clair-semée, surtout depuis que les Russes en ont transporté une partie des habitans dans les îles du Delta du Danube que les Turcs ont eu la bévue de leur cét!en U y a assez de bergers. Par contre la route de Rasova à Koustendsche a été souvent décrite.

Ha^gi-Oghlou-Bazardschik est sur une plate-forme au S. du Taban-Déré. C'est, dit-on, une ville de 5000 habitans, la plupart Musulmans, et il y a une dizaine de mosquées. Les environs sont cultivés et il y a des jardins autour de la ville. La route de

cette ville à Eoelidscha est couverte de beaucoup de bocages et passe sur plusieurs plate-formes crétacées, qui augmentent un peu en hauteur en allant du N, au S. Koslidscha est un bourg de 3000 habitans, surtout Mahométans. Depuis là on va gagner le Sirichen - Déré et Paravadi, on traverse de basses hauteurs pour atteindre la vallée du Kamtschik,* on coupe l'Eminé-Balkan par celle du Delidsche* Sou et on descend dans la large cavité du Nadir-Déré, qui n'est séparée d'Aïdos que par une plate-forme basse et couverte de petits bocages. (Voyez: Originalnachrichten und Beobachtungen ûber den Schauplatz der Eriege zwischen Bussland und der Pforte par un militaire. Berlin* 1829* in 8^ avec une assez bonne carte en 2 f.

Si on passe par Varna on s'y rend de Bazardschik en traversant de bas plateaux, qui viennent mourir vers Téké-Eoï, le lieu du tombeau de Vladislas IV, roi de Pologne, et voisin du champ de la malheureuse bataille du 10 novembre 1444, où furent battues les troupes réunies hongroises, polonûses et valaques, événement, qui acheva d'établir définitivement les Turcs en Europe* Un plateau plus élevé sépare le golfe de Varna du Eamtschik qu'on passe à gué pour gagner Foudoukli* On est alors au pied des crêtes de l'Hsemus, qui viennent se terminer assez brusquement sur le rivage de la mer Noire par l'Eminé-Dagh dont les sommets n'atteignent guère que 2000 p. On en peut faire le tour en se tenant à une certaine élévation au-dessus de la mer* C'est le chemin qui passe par Easak-Koï et Eminé et débouche sur Misivri et Achioli* Outre la vallée du Easak-Déré il traverse plusieurs gorges et ravins et offre, m'a-t-on dit, des vues assez agréables sur les rivages escarpés.

Une voie plus directe est celle par des lieux plus élevés, savoir par Dervisch-Jovan, Amaoutlar et Aivadschik, village situé au nidlieu du Balkan dans la vallée du Easak-Déré* De ce point on a encore à passer une mince crête du Balkan, et on descend assez rapidement dans la plaine du Taschi-Déré ou Hadgi-Déré de Mr* Eiepert Entre le fond de cette ancienne baie marine et la plaine de Bourgas on n'a plus qu'une très basse plate-forme sauvage et aride*

DE

TATARBASARDSCHIK ou de PHILIPPOPOLI a BOUR- GAS PAR KALOFER, ESKI-SAGRA, JAMBOLI et AIDOS.

U ne plaine alluviale très unie et presque dépourvue d'arbres s'étend au N. de la partie de la Maritza entre Tatarbasardschik et Philippopoli. Elle est arrosée par six cours d'eau, savoir: le Harman-Déréy le Eouslou-Déré, le Troutscha réuni à l'Alvan- Déré, le Eoumsou-Déré (val de l'eau à sable) et le Vopdsché de •Mr. Kiepert ou Jopsou de la carte de Vienne. Si l'on part de la première ville, on emploie 24y4d'h. pour atteindre Eski-Sagra, tandis que depuis Philippopoli ce n'est qu'une course de 19 y4 h, La route la plus courte depuis Philippopoli est naturellement celle par Papazii, Tschirpan et Pascha-Déré dans le haut du Sloujou- Déré, auquel Mr. Kiepert donne le nom de Sasli-Déré. C'est un trajet de 15 à 16 h. Mr. Frère et un habitant de Turquie, qui avaient fait ces diverses routes, ont eu la complaisance de me communiquer à cet égard quelques détails.

Si on part de Tatarbasardschik, on se rapproche des basses hauteurs, qui sépare le pied immédiat du Haut-Balkan de la plaine alluviale et on y franchit successivement ses six torrens. On y rencontre ou plutôt on passe dans les environs de bon nombre de villages surtout bulgares, dont quelques-uns se trouvent seulement sur les cartes, tels que Tchemagora sur le Kouslou- Déré, Kara-Moustnphlar sur le Koumsou-Déré, Demirsohiler et

Pavla. D'autres villages restent cachés surtout diuis les vallées boisées remontant vers le Haut Balkan (Kodja Balkan).

Depuis Pavla on se rend à Uidga ou Lisa (?) dans la vallée du Raschka, qui porte aussi ou plus bas le nom turc de Vopdsché. Si on part de Philippopoli on gagne Ilidga par Tschoban- Bounar (le puits du berger) en remontant la vallée du Vopdsché. Il y a là des eaux chaudes hydro-sulfureuses. Il est évident que la carte de Mr. Kiepert est fautive dans ce point de la route et celle de Vienne assez juste, car Mr. Frère m'a positivement assuré qu'après avoir traversé le partage des eaux aux sources de la Raschka et de la Tondja, on passait au village de Kalofer. Or j'ai vu ce col depuis la plaine supérieure de la Tondja et j'ai pu estimer la hauteur des montagnes boisées voisines à 2900 p. de h. abs., mais Ilidga étant déjà dans la montagne (à 1500 à 1600 p.?) et le bassin de la Tondja ayant une altitude de 1700 p. on arrive à la conclusion que ce passage a lieu à travers une assez basse échancrure, comparativement au moins au Haut Balkan. Depuis ce col (d'environ de 2200 à 2400 p.?) la vallée des sources de la Tondja conduit assez graduellement le voyageur jusques dans la plaine alluviale et verdoyante de Tschipka et de Eezanlik, d'où on coupe tout droit sur cette dernière ville. Il y a plusieurs vil* lages sur cette route, j'en ai apperçu moi-même.

Ayant déjà communiqué l'itinéraire de Eezanlik à Eski- Sagra, je me suppose pirtant de cette ville^ On se porte à l'E. en longeant le pied de la chaîne N. d'Eski-Sagra et on traverse une suite de jardins et de belles cultures. A ^j^ 1. de la ville on franchit une proéminence de calcaire intermédiaire et on passe un ruisseau, qui coule du N. au S. A Vj^X plus loin est le village de Eesta et après cela celui de Durbok, qui est habité par des Musulmans et orné de noyers. Un autre ruisseau y traverse les pâturages en sortant aussi au N. ou du prolongement oriental de la chaîne d'Eski-Sagra. Ces montagnes peuvent avoir encore 1000 p. et près de leurs bases il y a des collines de 4 à 600 p. Elles portent dans le pays, dit-on, le nom de Gradista.

A 3 1. d'Eski-Sagra il y a au N. de la route un village turc avec une mosquée et un de ces singuliers KarcumU^ où le premier étage déborde sur la tour carrée qui le supporte. Il était tout délabré. La plaine en grande partie en pâturage paraît inclinée

on peu à PO. et il s'y trouve un ruisseau qui coule du N, au S. On laisse à gauohe le village deKirkoï; qui est place à la sortie d'une gorge calcaire à % del. à distance de la route. EArabounar, la fontaine noire, est un autre village à 3 Va L d'Eski-Sagra et un peu plus loin on distingue après ly^ L au N. de la route un autre village turc, d'oà vient un ruisseau coulant N.-S.

La chatne au N. de la route s'abaisse considérablement depuis ces environs et à distance des montagnes les cultures font place à de vastes pâturages ayant un sol noir, indice du séjour ancien des eaux. On y entretient beaucoup de bestiaux. Les puits qui. y sont pratiqués n'ont guère de bonne eau, parce que comme dans la plaine de Hongrie on ne les creuse pas assez profondément.

Jeni-Sagra est un petit bourg turc, qui par ses rues non pavées et très larges ressemble assez à un village magyare. Il peut contenir un millier d'âmes. Il y a une mosquée et unAyan. Entouré d'excellens pâturages on comprendrait qu'on dusse y trouver du beurre, mais en Turquie rien ne nous a plus étonné que ce beurre frais de Jeni^'Sagra, car nous n'en avons pas revu ailleurs ^).

Les montagnes qu'on voit au N. de Jeni-Sagra, portent le nom de Bairdagh et ont l*air d'avoir de 3 à 500 pieds de hauteur. A 1 1. au S. E. du même bourg commencent les petites crêtes, qui se prolongent jusques vers Jamboli. Elles se présentent sous la forme d'une colline allongée de 150 à 200 p. d'élévation et s'étendant du N.E. au S. O. sur un espace d'une lieue de terrain. Plus loin & TE. dans la plaine on distingue une seconde série de crêtes ou plutôt deux crêtes semblaient n'en faire qu'une. Leur hauteur paraissait aller de 100 à 300 p. et elles occupent un espace de 2^ 3 lieues de longueur.

') Noas logeâmes chez le maître de poste, qnî aons fit faire un véritable régal pour la Turquie, puisqu^à la soupe de ris au poulet vient s'ajouter une oie rôtie, des haricots verts, du laitage et du beurre. N'ayant pas de vin, il fallut qu'il entra en pourparler h cet égard avec l'intendant deJ'Ayan ou avec un habitant du lieu, ce qui nous procura la visite do quelques officiers turcs. Ce brave Ottoman nous avait pris en grande affection, aussi no me permit-il pas de partir sans que j'aie tàté le pouls h sa femme placée derrière la porte de sa cour et ayant je ne me rappelle pas quelle maladie incurable.

Le Bol noir fertile oontinue en deçà de Jeni-Sagraet laroute large, mais non pavée est tracée à travers des champs de blé, qui sont à perte de vue. Dans les temps de pluie cette route doit être impracticable. C'est cette argile qu'on employé pour faire des briques sechées au soleil et mêlées de paille, ce qui indique assez que le climat de la Romélie est fort sec, car de semblables matériaux seraient dissous en boue, si on les plaçait dans un atmosphère aussi humide que l'Angleterre.

A 1 1. de Jeni-Sagra on laisse au N,, à y^ de 1. de la route, le village turc de Hadidgé et à une demi lieue en delà on est déjà assez loin des montagnes, courant presque de TO. à l'E., pour que Fœil soit trompé sur leur hauteur. On passe à côté d'une petite butte isolée de 60 p. de hauteur , qui est composée de calcaire compacte intermédiaire ancien. A 2 1. de Jeni-Sagra un minaret indique au N. au pied des montagnes le village turc d'Assoli. Ces crêtes déboisées n'ont l'air de loin de n'avoir que 150 à 200 p. de hauteur et à travers leurs échancrures on apperçoit de temps à autre les cimes bien autrement élevées et boisées du Balkan*

Sur cette partie de la route il y a de grands champs de Lepleb ou d'une espèce de pois chiches qu'on mange simplement rôti. Nous y fdmes rencontré par un homme qui jouait de la cornemuse. Un Karaoul avec un étage débordant sur le bas était près d'une ferme ou Tschiflik, dont les haies étaient garnies de têtes de chevaux et de bœufs.

Cette plaine uniforme et sans arbres fut ensuite interrompue un moment par un ruisseau coulant du N. au S. et en deçà duquel il y a un espace énorme occupé par une espèce de grande légumineuse sauvage de hauteur d'homme (Galeffa officinaUs). On aurait dit qu'on l'avait planté exprès tant elle couvrait complètement tout le terrain. A 2 Va 1* ^^ Jeni-Sagra on traverse le village de Mengeli et on atteint de petites séries de collines trachytiques en partie cultivées et en partie couvertes de pâturages secs. Vers leur milieu est situé le village de Kirmeni, qui a aussi quelques habitans ottomans et une grande ferme. Un Bulgare y tient auberge dans une grange.

On est alors à moitié chemin entre Jeni-Sagra et Xslivné et entre Jeni-Sagra et Jamboli ou Jambol, dernière ville qu'on voit

presque à TE. S. E. à 4 1. devant soi au milieu des bouquets d'arbres de la vallée de la Tondja. Pour l'atteindre, il faut passer par les villages de Kiopekli (de chien), de Bosadge et d'Amsoria, en descendant une pente insensible. Si au contraire on va à Islivnëy on monte à TE. 3^ N. au hameau bulgare de Jajaki-Keui, qui est à une petite demi-lieue de Kirmeni et précisément au col peu élevéy d'où on descend dans la vallée de la Tondja. Des bocages couvrent la pente des hauteurs^un village se distingue sur le bord de la Tondja et en deçà s'élèvent les sommités des Balkans derrière Islivné. Pour atteindre le grand pont de bois et les moulins sur la Tondja, il faut suivre son bord pendant une bonne heure.

De Jamboli on se rend à Chaftan en traversant un partage des eaux très bas, une de ces collines si fréquentes dans la chaîne côtière de la mer Noire. On remonte ensuite la vallée du Bokloudze-Déré ou Bokloudscha-Déré, pour arriver dans le joli bassin de Eamabat, entouré de vignobles et d'une belle végétation. Kamabat n'est séparé d'Aidos que par des coteaux en partie cultivés et dont le peu d'élévation ressort au premier coup d*œil à cause du voisinage du Balkan, qui lui-même ne dépasse guère 2000 p. Aidos est situé sur le côté oriental et au débouché d'une vallée, qui remonte vers le pied du Balkan et est bordée de rochers nuds ressemblant aux anciennes coulées basaltiques de l'Auvergne. Aidos a beaucoup souffert dans la dernière guerre, son bazar n'existe presque plus, le milieu de la ville est plein de ruines et en outre la peste et l'émigration ont décimé sa population grecque et bulgare. On ne peut guère l'estimer qu'à 3000 âmes. Lie ruisseau de la vallée traverse la ville, un pont de pierre y est pratiqué et sur sa rive orientale sur le pied de la colline est le Eonak de l'Ayan avec son harem. Vis-à-vis de cette habitation entourée de murailles est une petite mosquée. Les Grecs demeurent surtout dans la partie opposée de la ville. L'Ayan nous reçut avec beaucoup de politesse et les manières turques du grand monde, quoiqu'il n'eut été, il y a peu de temps, qu'un Tartare du Pascha de Silistria.

D'Aidos à Bourgas la contrée est occupée par des plaines incultes et séparées par un prolongement des collines volcaniques près d'Aidos. A 1 1. de cette ville on voit dans le coin N. E. de

la première plaine le village de Kadi-Keui au pied des collines Ensuite on traverse des éminences rocailleuses au milieu desquelles il y a un petit cours d'eau et en en descendant on atteint à 2 y, !• d'Aidos un bain d*eau thermale hydrosulfureuse. L'établissement n'a qu'un local et est isolé au milieu d'une plaine stérile au bout de laquelle brille l'eau du golfe de Bourgas. A y^ L au N. se trouvent quelques maisons habitées par cinq Turcs et deux Bulgares. Cest là que loge la famille des deux ou trois personnes attachées aux bains.

Quelques voitures traînées par des bœufs stationnaient près de là et récelaient des femmes turques. La peste avait empêché en 1837 l'arrivée des baigneurs et on n'avait pas même bâti les maisonnettes de bois ,qu'on dresse à l'ordinaire pour la vente de divers objets ou la commodité des voyageurs. On doit avouer qu'il faut être Ottoman ou bien malade, pour se colloquer dans ce désert, où les seules ressources sont le foyer du Kafedgi et un pavillon élevé et non couvert au-devant du bain.

Après nous être baigné et avoir vu avec dégoût le lavage du linge sale que certains Musulmans se permettaient dans le bain, nous nous accroupîmes sous le TschardaJk pour dîner et satisfîmes la curiosité des Ottomans sur les nouvelles du pays des Ghiaours. (Voyez mon aventure ultérieure dans ma Turquie d'Europe. Vol. 2, pag. 475 ').)

') Si le sentier entre Kezanlik et Eski-Sagra par Harmankol, HamonrsoQtsa et Adatene existait réellement, le nom du hameau de Lischa on Ilidga? 7 indiquerait peut-être une eau thermale.

2 V s S! â !& ^ s Ifi a

Page 1