VO
et Taîr d'être très anciennes. C'e^t un quartier grec, dan« lequel il est épouvantable de jeter les yeux dans les ruelles étroites latéi'ales. Cette grande rue conduit à une place considérable ou plutôt à une pelouse, qui est placée au pied des murs de Constantinople. Près de ces derniers il y a de misérables maisonnettes habitées par des Zingares, comme on en voit dans l'intérieur de la Turquie.
Depuis cette place jusqu'au port on ne fait que traverser des rues étroites, sales, puantes et pleines de pouHRJère en été et trop souvent dans le genre de certaines ruelles près de la place Maubert à Paris. Les seuls momens, où on oublie cet eiï'rojabl^ entourage, sont en passant auprès d'un fras^ment de l'aqueduct de Justinîen, auprès d'une des plus belles mosquées de la capitale et entre d'immenses collèges. Quand on a parcouru l'intérieur de l'empire et qu'on 7 a trouvé tant d'étoffe de vie et de vigueur, le cœur se serre en parcourant le cloaque, qui forme une grande partie de Constantinople et où des luines s'entassent sur des ruines au milieu d'une population en bonne partie dépravée. Ce n'est pas l'intérieur de la Turquie et ses belles populations, qui décèlent la décadence et la faiblesse de l'empire ottoman, c'est bien plutôt ces palais somptueux et ces belles mosquées ornées des dépouilles d'anciennes églises chrétiennes au milieu dun tas de bicoques et de bâtisses d'un jour. Ce contraste atteste l'isolement d'un souverain luxurieux et de quelques grands dignitaires efféminés au milieu d'une population abâtardie par un système de gouvernement, qui a des défauts évidens à côté d'excellens principes trop négligés en Europe. Sans le ciel de Constantinople et les alentours de cette ville, l'enthousiasme des Ottomans pour cette capitale montrerait seulement à quelle distance ce peuple de conquérans est resté en arrière des Européens.
Ce n'est que sur le port qu'on ose reprendre haleine et qu'on admire toute la beauté de la position de la corne d'or, dont l'encadrement est formé par le Sérail, ses jardins et ses palais, Scntari en Asie, la tourelle de Léandre, la ville de Galata, sa tour, une forêt de mats et l'arsenal turc. Le pont de bateaux, liant Constantinople à Gralata, ne fait qu'ajouter à l'effet magique de cette scène. Peint en blanc et bleu il a vers son milieu deux arches élevées pour le passage des barques, tandis qu'il s'ouvre pour les grands bàtimens.
Le voyageur qui a mis plus d'une heure et demi à traverser Constantinople, est tout étonné de voir en deçà de cet immense amas d'habitations encore des villes devant lui. Ce n'est qu'alors qu'il prend une idée de la grandeur de la population accumulée sur les riants bords du Bosphore* Si dans la ville de Gttlata avec ses rues étroites et ses massives maisons bâties en pierre, il peut se croire un moment à Gènes , Topschana, Pera et Dimitri lui rappellent douloureusement que ces belles collines sont au pouvoir d'un peuple , qui en 1838 ne numérotait pas encore les maisons» négligeait le pavé, le tracé et la propreté des rues, regardait la vie de l'homme comme indifférente à l'état et se faisait cahoter lentement dans des charrettes tirées par des bœufs au lieu d'aller en voiture.
Pera est une véritable collection de tous les peuples d'Europe et trop souvent de leur écume. Au milieu de cette singulière Babylone les édifices de quelques envoyés diplomatiques et certaines maisons de gens riches y sont le pendant des palais deConstantinople ou des habitations somptueuses répandues le long des rives du Bosphore. Placés dans une capitale d'Europe , un bien grand nombre de ces prétendus palais turcs, quelquefois seulement des rez-de-chaussée , ne s'appeleraient que de grandes maisons, tant l'architecture orientale est réculée ou soumise à des règles purement bizarres en foulant trop souvent aux pieds la symétrie. En particulier la multitude des fenêtres trop étroites pour leur hauteur rend beaucoup de palais semblables à des cages d'oiseaux, de manière que l'œil n'est frappé que par la singularité de Paspect et la propreté des couleurs des édifices.
Avec la position des villes du Bosphore, un souverain euro«péen y aurait bâti des quais magnifiques et établi sur de beUes plate-formes des promenades publiques, qui n'auraient guère leur égai dans le monde. Au lieu de cela l'habitant même de Pera n'a que les ruelles au-dessus du champ des morts pour sa promenade et si on s'éloigne des habitations pour profiter au moins des dons, dont la nature a été si prodigue envers cette partie du globe, on a la douleur de voir que, loin d'en profiter, les hommes ont fait trop souvent tous leurs efforts pour ruiner les beautés naturelles du sol.
Sur les plateaux à TO. du Bosphore on s'attendrait à trouver des maisons de campagne; il n'y règne qu'une solitude aride avec des postes de gendarmes, de manière qu'on s'imaginerait être plutôt en Albanie que près d'une des plus grandes capitales du monde. Aux Eaux douces, à Kadi-Keui, à Therapia, dans le vallon de Boujouk-Dere ou celui du grand Seigneur, bref dans tous ces lieux charmans, où l'Européen peut oublier l'indififérence du Turc pour les agrëmens de notre civilisation, c'est la nature qui a tout fait et elle serait bien plus belle encore sans les sacrilèges commis sur elle par l'humanité. Un gouvernement européen pourrait aisément y créer une foule de promenades, qui, vu la végétation et los vues magnifiques du Bosphore, seraient délicieuses et feraient bien oublier surtout les beaux jardins, entourés de hautes murailles, de quelques richards ou diplomates du jour. Alors aussi la population libre ne se contenterait pas de garnir d'une seule rue le canal du Bosphore, mais des émigrations de toutes les parties de l'Europe uniraient bientôt en une ville Pera et Boujouk-Dere. Des omnibus rivaliseraient de promptitude avec les bateaux. Toutes les forêts autour du Bosphore seraient soignées et fourniraient plus d'eau par leur augmentation. Les vallées sur le côte asiatique du canal, le beau Goek-Sou ou eau du ciel, le Kunkar-Iakelesai s'orneraient de maisons de campagne, qui laisseraient bien derrière elles certains misérables palais d'été du Sultan.
En un mot quand on a vu Constantinople et ses environs, on comprend toute l'antipathie qu'un chrétien éclairé, sujet de la Porte, peut éprouver contre cette dernière en voyant ainsi si mal employé un des plus beaux points du globe, l'Eldorado de l'habitant de la Turquie. De quelque nation qu'il soit, il reconnaîtra avec plaisir l'autorité de celui qui siégera à Constantinople, pourvu que la barbarie du moyen âge en soit bannie à tout jamais.
Le Sultan s'est contenté jusqu'ici de faire soigner un peu plus la propreté des rues, d'y diminuer le nombre des chiens marrons, d'établir une police stricte au moyen d'un grand nombre de corps de garde et à côté de cela il n'a cessé de se bâtir sans but des palais, les uns plus vastes que les autres. Si ces dernières années on a numéroté , dit-on , les rues et les maisons de Pera et de Galata et établi même quelques lampions, il faudrait étendre cette
mesure à toute la capitale. Il faudrait surtout Taesenir, défendre les enterremens en ville, porter les cimetières plus loin de TenceintCy y régulariser les rues, élargir celles trop étroites, établir plus de places publiques , des promenades etc. ; mais on ne pense guère à tontes ces choses ou on se contente de les faire promettre quelquefois par des gazetiers soldés. Les incendies si fréquentes et si étendues et la fragilité des bfttimens donneraient cependant beaucoup de latitude pour renouveler dans peu d'années une grande partie de Constantinople et de ses annexes.