PAU
LE TEKIR-DAGH et SERES.
jDoados est une bonne couchée pour ceux, qui partent de Constantinople, mais il y a dix bonnes lieues à faire outre le passage de Constantinople pour ceux qui partent de Pera. Depuis Sîlivri on longe la mer sur des falaises sableuses et brûlantes en été jusqu'au Vieux-Erekli (Ëski-Erekli) misérable hameau de huit à dix maisons grecques avec un café turc, dont un cep de vigne est tout l'ombrage. Les alentours sont très pierreux et la roche est en jour, de manière que les restes de la ville ancienne doivent être dans les champs si toutes fois il y en a encore. Sur la carte est marqué entre Ërekli et Silivri un village de Papazli, que nous n'avons pas apperçu. Sur cette route nous vîmes embarquer pour Constantinople la paille hachée, qui restait après avoir battu le blé au moyen de chevaux sur les champs voisins de la mer. Elle y sert à la nourriture des chevaux, le foin y étant trop cher.
D'Eski-Erekli à Turkmenli ou Turkmeni on voyage penduit 3 1. par im pays ondulé, dont le sol fertile brun foncé est couvert de champs de blé, mais après la moisson le coup d'oeil en est désolant à cause de l'absence totale d'arbustes. On y franchit le vallon d'Arabli-Déré , un second sans nom et un troisième le Balakasli-Déré. Je n'ai pas vu le village d'Osmandschi à l'O. du premier vallon. Turkmenli, bourg ruiné, n'est plus composé que d'une mosquée et d'une huitaine de maisons, situées dans un fond, tandis que sur son côté oriental est l'auberge turque et vis-à-vis le BakaUn ou l'épicier-traiteur grec. C'est une station misérable.
La route depuis là à Rodosto (t. Tekirdagh) est aussi sans aucun intérêt, car on parcourt pendant 7 1. un pays ondulé sans arbres, ni haies, ni habitations; il est traversé par quatre cours d'eau, dont le troisième ne serait pas, d'après Mr. Kiepert, le Tschorlou-Sou, comme le voulait la Carte Viennoise. Tout ce que je puis dire sur cette dissidence, c*est que le premier et le troisième vallon après Turkmeni, sont à terroir noir et assez grands, mais il y a très peu d'eau en été. De plus le lit du troisième cours d'eau n'est pas si large qu'il semblerait devoir l'être si c'était vraiment celui du Tschorlou-Déré. Ce dernier aurait donc un cours N. E.- S. O. parallèle à celui de TErkéné et irait le joindre dans un sens opposé du S. E. au N. O, Les vues sur la mer de Marmara, l'île de ce nom et la côte d*Asie sont les seuls dédommagemens de' l'ennui de cette route, pendant laquelle on se tient assez loin de la mer et on n'apperçoit pas de villages, quoiqu'il puisse y en avoir. Ail. avant Kodosto la scène change, la végétation la plus belle succède à la monotonie de l'aridité. Les coteaux sont couverts de vignobles, le chemin bordé de figuiers, des peupliers y ornent un vallon, dans lequel on voit des champs de maïs et de coton. Pour arriver à Rodosto on cotoye pendant un bon quart d'heure la mer et on y jouit d'une de ces vues liguriennes, où les bergers, les pêcheurs ainsi que leurs filets jouent un si grand rôle.
Rodosto est un ville d'environ 18,000 âmes, il y règne beaucoup d'activité parmi les habitans grecs, bulgares et turcs, parce que c'est le point d'où on expédie par mer à la capitale beaucoup de poissons, de fruits et de légumes. Il y a plusieurs mosquées, un nombre considérables de bou:iques, un bazar couvert quelquefois seulement par des treilles de vignes. La ville est bâtie sur une pente inclinée et entourée de tous les côtés d'une large zone des plus beaux jardins et surtout de superbes vergers , si toutefois on n'y cherche pas la régularité européenne, mais seulement la quantité des produits.
Pour aller à Ainadschik on sort d'abord par une des rues montantes principales de Rodosto, d'où on descend dans une belle vallée toute cultivée ou remplie d'arbres fruitiers et courant de rO. à l'E. Des Arobas turcs stationnaient sur la route au moment de mon passage, et avaient amené des dames et des messieurs dans leurs jardins. Un Juif habillé à l'européenne et
arrivant à pied de Salonique m'y accosta en allemand. En deçà de cette cavité les cultures cessent bientôt et on monte pendant plus d'une heure un talus peu incliné , au haut duquel est un plateau inculte. Un groupe de peupliers y entoure une fontaine et invite à une halte. De nombreux conducteurs de chevaux 7 étaient déjà établis avec leurs bêtes.
Depuis ce plateau à 1020 p. d'élévation on touche presque le sommet du Tékir-Dagh, qui est indiqué sur la carte sous le nom de Kagri-Dagh ; quoique paraissant fort élevé depuis la mer, il ne me sembla avoir guère plus de 1480 à 1500 p. d'élévation. Des bocages couvrent ses pentes supérieures, d'où on doit avoir une belle vue sur l'île de Marmara, les îlots voisins, l'entrée des Dardanelles et les contreforts du mont Ida. Le prolongement S. O. du Tékir-Dagh est le Kourou-Dagh (mont sec), qui est juste à l'O. de 111e de Marmara. Au pied occidental de ces deux montagnes coule le Kavak-Sou dans le district dlvridschi. A l'entrée de la presqu'île de Gallipoli, Mr. Viquesnel a découvert que le terrain des schistes cristallins du Rhodope ressort à Kavak, ce qui ajouté à ceux des bords de la Maritza entre Salti- Eoï et Karabeïli et entre Mandra et Dimotika , d'après Mr. Viquesnel, constate incontestablement la liaison du Bhodope avec l'Ida. De plus Mr. Viquesnel comme Mr. de Hauslab ont vu un terrain primaire s'étendre sur le bord de la mer de Marmara, de Ganos à Gallipoli et entre Eavak et le mont St Elie.
On continue à voyager sur ce plateau en tournant de temps à autre autour de petits monticules de 50 à 60 p. et on descend enfin dans un vallon, dont le niveau est bien plus élevé que Rodosto et qu'on remonte jusqu'à Aimadschik. Cette cavité en pâturages secs n'offre des cultures que près de ce dernier bourg, qui est à 849 p. de h. abs. L'auberge d'Aimadschik ou Ainadschik a dû être une fois fort bien, car il y a plusieurs chambres pour les voyageurs, mais en 1837 le plancher de la meilleure avait de tels trous que notre premier soin fut de les fermer avec nos effets. Sous le premier étage était une vaste écurie avec beaucoup de petites cheminées. A la porte trafiquait d'un côté un cafetier turc et de l'autre un épicier-traiteur grec. Le plus agréable était l'avis officieux que la peste avait fait Tan passé de grands ravages dans ce lieu.
£n deçà d'Aimadschik on remonte une vallée cultivée en blé, qui s'étend au S. O. et on passe un petit col couvert de bo-
cnges. A 2 1. d'Aimadschik on laisse à droite le village de Develi et on trouve un Han dans ce vallon, qui dépendrait, d'après Mr. Kîepert, de celui des eaux d' Airopol ; on voyage alors sur une espèce de plateau ondulé de 1068 p. de h. avec de petites éminences de 20 à 30 p. Nous y rencontrâmes une douzaine de Tartares de Janina, qui venaient féliciter Moustapha-Pascha de sa nomination à ce Paschalik et l'y accompagner. Plus loin d'autres Tartares appartenant au même Pascha, revenaient de la même ville, où ils avaient installé le Kiaya du Pascha. A peu de distance voyageaient à cheval des recrues pour l'armée, les unes attachées par les pieds aux étriers et les plus mauvais garnemens les bras liés de plus au corps. Un père y suivait son fils, qu'on venait de lui enlever et poussait des cris de désespoir.
Ce plateau passé on trouve à droite le village de Schermehen. A k^/2 L d'Aimadschik il y a des restes d'une route pavée, en apparence fort ancienne, près de laquelle sont deux Tumulus, qui sont hors de la route actuelle. On commence plus loin à descendre graduellement et on traverse à près de V/^ h. avant Malgara (g. Migalaura) une vallée fort évasée, qui ne peut guère être que le Podscha-Déré de Kiepert. Il y indique un village de Karaman que je n'ai pas remarqué. Cette cavité court du N. E. au S. O. , d'où on remonte sur une crête un peu moins élevée que la précédente et qui s'étend à l'O. Il faut encore franchir un autre vallon étroit pour atteindre la plate -forme de 1188 p. d'altitude, sur laquelle est bâtie en pente le bourg de Malgara. Il est assez propre et contient 2000 habitans grecs et turcs ; le pavé y est bon, l'eau excellente et il y a cinq mosquées. Nous y logeâmes chez un Grec aisé, dont la cour de la maison offrait une treille, sous laquelle c'était un plaisir de passer une nuit sous un si beau ciel. Cet homme avait derrière chez lui un vaste jardin et lui comme sa femme et ses filles firent tout ce qu'ils purent pour nous rendre le séjour de Malgara aussi agréable que possible.
Depuis là on peut gagner Gallipoli et les châteaux des Dardanelles en descendant la vallée du Kavaktschai. Des salines existent au fond du golfe de Saros et la crête entre ce bassin et rentrée des Dardanelles n'est qu'une petite hauteur. En général les bords de ce détroit ne sont pas très pittoresques, n'étant pas habités partout comme le Bosphore de Thrace et n'étant composés que
do basses collines. La chaîne de l'Ida se voit bien surtout depuis les hauteurs à l'O. de Gallipolî. Cette dernière ville ayant une population d'environ 12,000 âmes , est habitée surtout par des Turcs et des Grecs, elle possède des fabriques et est très commerçante.
Pour aller de Malgara à Keschan on traverse une vallée, pour gagner un autre plateau , on laisse à 1 Va 1- de Malgara à gauche le village de Ruzgiar (vent?) et à y^ 1. plus loin est Alisch-Koï. *) Au S. vers la mer est une crête, qui est un peu plus haute que le plateau sur lequel on est et qui est couverte de petits bocages de chênes. Le plus haut point du plateau est à 1^2 1* avant Keschan, mais il y a des éminences voisines qui ont encore 100 à 150 p. de plus ou 1365 p. sur la mer. On descend de ce plateau agreste dans une vallée, qui court de TE. à rO^ direction qui est aussi celle des collines. Le gros village bulgare de Boulgarskoï y est situé et des citernes y indiquent que l'eau est rare dans ce sol pierreux et tertiaire. Pour aller de là à Keschan, on longe le pied de petites buttes pointues, couvertes de broussailles et on emploie pour cela le lit d'un petit torrent à sec en été, qui sort de ces éminences et a un lit rocailleux. On remonte ce ravin et franchit à l'O. une crête, en deçà de laquelle on voit devant soi sur un plateau les quarantes moulins à vent de Keschan alignés comme des soldats.
Keschan (t. Rouz-Koï ou Kousch-Keui) est un assez misérable bourg d'environ 2000 âmes. Il y a dans ses environs de petites buttes dont l'une au N. est le Mal-Tépé (petite butte). L'Ayan y a un assez vaste Konak et un harem. Il n'y reste aucune trace de l'ancien château byzantin. Le Menzil ou la poste n'offre au voyageur qu'un bâtiment très dégradé et sale. Un vaste Tschardak nous parut préférable surtout en temps de peste à ces chambres, qui n'avaient pas été balayées depuis bien longtemps. En compensation au-devant de notre gîte était un superbe platane d'Orient, qui ombrageait une belle fontaine avec un grand bassin rond en pierre en bon état. Ce fut là que nous eûmes la première fois un différent avec le Tartare causé par l'inexactitude des cartes relativement au dessin de la vallée de la Maritza et de la position de Thermolitza et d'Ipsala que Mr. Viquesnel a enfin fixé. De guerre
') Dans la carte il 7 a Atesch-Koi; qui a raison?
lasse, le maître de poste et le Tartare voyant notre entêtement finirent par se taire et purent avec raison nous taxer d'un peu fou
A 1 1. de Keschan se trouve Jeni-Koï, situé sur un bas plateau un peu au-dessous de celui de Keschan. Un orage nous ayant surpris, nous nous réfugiâmes dans une ferme, où nous fûmes bien accueillis par un Turc, qui avait fait la campagne contré les Russes et y avait été blessé. Une pente très douce et occupée surtout par des pâturages conduit à Akhor-Keui, qui est un hameau grec à près de 1 1. au S. d'Ipsala et sur le bord de la grande plaine de la Maritza. ^)
La plaine jusqu'à la Maritza est un terrain marécageux et de prairies, d'où l'île de la Samothrace fait un effet gigantesque. On passe la Maritza sur un bon bac. Nous logeâmes à Fered chez des Grecs fort complaisans. Cette petite ville dont j'ai déjà parlé a aussi deux moulins à vent. A 2 1. de là au S.O., à Uidga (le Lyddcha de Mr. Kiepert), il y a un bain thermal hydrosulfureux, auquel les gens du pays vont surtout en mai faire une cure de dix jours. A 1 1. à l'O. d'Ilidga est le village de Chainlar.
La route de Fered àKavala (de Kavali?), en turc et albanais un fifre de berger) *) est tracée sur l'espèce de corniche, qui règne entre la mer et les dernières pentes du Rhodope et on y a assez de torrens à guéer. Néanmoins, excepté près de Makri et de Kavala, cette plate-forme est trop large pour qu'on puisse comparer cette route à celle de la corniche en Italie. Les îles voisines et ça et là des villages grecs, bulgares ou mahométans dans la montagne viennent ajouter du relief aux vues maritimes le long de cette côte. Quoique je n'ai pas fait la traversée de Fered à Kavala, je crois devoir
') Après une libation an peu trop copieuse de vin, mon Tartare s'était apperça que mon domestique, ancien gendarme serbe, avait gardé pour lui 2 ou 3 paras sur ce qui me revenait du compte. Il lui reprocha en termes assez véht'mens ce mince larcin ainsi que d*avoir laissé dépérir nos chevaux à Constanti- Dople par pure coquinerie. D'ailleurs comme il cherchait depuis longtemps l'occasion de lui montrer son autorité et de rabaisser son orgueil slave, il lui appliqua nn léger coup de fouet. Mon Serbe furieux met la main sur ses pistolets , mais le Turc est plus leste et avait déjà son pistolet armé à la main avant que l'autre en eût tiré un de sa ceinture. „Tire, si tu oses/^ lui dit-il avec sang froid ; à ces paroles le bon sens revint a mon domestique, car certes le Tartare ne l'eût pas manqué.
^) Itinéraire dressé sur des notices de divers voyageurs.
lao
unir mes renseignements avec les indications de la carte de Mr. Kieperty parce que ces dernières sont fondées en bonne partie sur un relevé encore inédit de Mr. Viquesnel.
La route ordinaire passe loin de la mer dans l'intérieur des terres par Perîsteria (Pigeon, t. Gœverdschinlik) et traverse successivement quatre torrens^ en particulier TIlidja-Déré (Loutzou- Keui-Déressi de Viquesnel) et le Bodama-Tschai à Peristeria, qui débouchent dans la mer entre Fered et Makri et prennent leurs sources sur le côté méridional du Moukaté-Jaila, une des extrémités orientales du Rhodope. Non loin de Peristeria on laisse au N. O. le village de Schabdschilar , tandis qu'il y a un Schaptzi ou Schabhané au N» du Jardimli - Tépé sur la route de Schabdschilar à Komouldschina. Ce sont des lieux où on extrait de l'alun des roches trachytiques, car Schap signifie en turc alun. Plus loin en passant un petit partage des eaux, on descend entre deux montagnes le long d'un torrent à Kœpekli-Koï (village du chien). Depuis là on ne quitte plus les bords de la mer £gée et le pied de la pente fort inclinée des montagnes. On franchit le Jardimli - Déré , qui descend des monts Eodja-Jaila et Tokatschik et après trois autres torrens on atteint Komouldschina (t. Gumurdschina) et sa plaine alluviale avec ses salines. Ce n'est que le produit des charriages de plusieurs torrens. A Narli-Koï on passe le Eourou-Tschai (rivière sèche), qui coule du N. au S. entre les montagnes de Earlouk à l'Ë. et du Earaoghlan à l'O. On atteint Jafi-Koï sur ce ruisseau et on laisse à droite Bourichane au pied de la montagne sur un torrent. Depuis là jusqu'à Derbend règne au-devant du pied des hautes montagnes une plaine alluviale» qui n'est encore que le delta formé avec le temps par le Kaiasou. C'est un cas tout analogue à la plaine de Komouldschina. Si on pouvait éloigner l'eau, on ne trouverait dans les deux endroits que ce que les Tyroliens appellent un Mouhren ou les Français du Dauphiné et de la Savoie un cône de débris. Le Karasou ou Mesta est une des plus grandes rivières du Rhodope. Ses sources principales sont, d'après Mr. Viquesnel, le Belitza et le Jokourout prés de Razlog et son affluent principal» le Dospada-Déré , séparé par le haut Dospada-Jailasî du long et beau défilé du Kiz-Derbend sur le Karasou entre Nevrekop et Jeleschnitza. L'île de Thasos se présente comme un grand massif élevé, escarpé et dominé par le mont Ilios et celui d'Hypsaria de 3255 p. de hauteur.
Depuis la plaine diiKarasou à Kavala, bourg de 2000 ftmeSy la route longe immédiatement la mer, le pied des montagnes s'enfonçant dans l'eau. La route de Kavala à Séres passe par Pravista (t. Pirauschta) à travers le bassin de TAngîsta ou par Orphani au pied sud du mont assez haut de Pîlav-Tépé ou Pîmari. On franchit le Strymon près de la ruine de Marmara et de Jeni-Koï et on le remonte jusqu'à Marmara. On fait ce détour à cause des marécages du Tachyno et des rizières le long du Strymon près du débouché de l'Anghista.
On peut aussi gagner Séres par la petite crête derrière Kavala par Drama, Zichna et le pied sud du Menikion. Le bassin de T Anghîsta n'est qu'un grand cul de sac de celui de Seres ou du Strymon inférieur. II est parcouru par l' Anghista et ses nombreux affluens, dont un des principaux est le Moutnitza. Ce dernier sort tout formé de lamontagne calcaire du Bosdagh, qui sépare le bassin bas d' Anghista de celui plus haut de Lissa. Ce dernier est borné au N. par les cimes de PAliboutousch et du Stragatsch, à l'O. par le Tschairli- Balkan et au S. par le Sminitza et le Bosdagh. Toutes ses eaux vont se perdre dans un Katavotron sous le Bosdagh, telle est la découverte de Mr. Viquesnel. (Voyez les Archives des Missions étrangères. 1851.) La plaine d' Anghista est très marécageuse et livre beaucoup de sangsues au commerce. B existe un château miné vers Pravista.
Séres est ^traversé par le Toutli-Sou, qui prend ses sources au pied de la cime nommée Simnitza et coule entre le Menikion et le contrefort du Tschairli-Balkan. La vallée du Toutli-Sou forme la communication entre Seres et Lissa. Séres est le chef-lieu d'un petit Paschalik, jadis héréditaire, à la iète duquel est maintenant un Musselim. Vu sa partie très montueuse dans le Rhodope il ne doit pas avoir une population au-delà de 100,000 âmes, qui comprend bon nombre de Grecs, surtout vers Séres. Mais la fertilité de ses bast*ins en fait en partie un des pays les plus prospères de la Turquie. Drama, Melnik, Démir-Hissar , Nevrekop et Lissa sont les demeures des principaux Ayans. Séres est une ville ouverte de plus de 25,000 âmes. Il y a un vaste Eonak pour le Pascha, une douzaine de mosquées , des églises grecques , deux bazars considérables, des fabriques d'étoiBFes de coton et de mouchoirs. L'exportation du coton en fait une des villes les plus commerçantes de la Turquie. Les routes commerciales de Séres à Salonique et de
Séres à Doubnitza eont assez fréqacQftee et en hiver surtout il y a du mouvement sur celle de Séres à Philippopoli par Nevrekop. En été on y craint les brigands. Malheureusement le voisinage des rizières et des marécages rend Séres malsain en été, aussi les gens aisés vont- ils alors habiter leurs maisons de campagne sur le penchant des coteaux derrière Séres , où il 7 a des vignobles.
Dans les environs de cette ville le Pascha a un parc, jadis la propriété des Begs puîssans et héréditaires de Séres. Le dernier fut Ismaôl-Beg, père de Jouseouf-Pascha, celui qui a rendu Varna aux Russes et qui a été Pascha de Belgrade jusqu'en 1839, époque où il mourut à Widdin. Le couvent de St. Jean (Affioa Jannis) , sur l'extrémité S. O. du Ménikion , est un lieu de promenade, d'où on jouit d'une vue d'autant plus riante qu'on a derrière soi la nudité de la montagne calcaire du Ménikion d'au moins 2400 p. de h. D'un autre part si on fait l'ascension de cette dernière depuis le couvent ou par la vallée du Toutli-Sou, on a sous soi une grande partie de la Macédoine maritime. L'entourage de ce tableau est fourni par la mer, les montagnes de la Chîilcide, l'Olympe de Thesi^alie, les montagnes du centre de la Macédoine et le neigeux Perin-Dagh, tandis que son intérieur est occupé par les moindres hauteurs entre le bassin du Vardar et du Strymon et en particulier par la superbe et grande plaine de Séres, couverte de cultures et de villages.
Si on veut aller directement de Kavala à Salonique, on peut passer par Or phani et Klissali. On franchit l'embouchure du Strymon sur un pont et on longe la mer au pied des hauteurs jusqu'au Han de Roumeli-Bogasi. On a depuis là une belle vue sur le golfe d'Orphano, les derniers chaînons du Rhodope et l'île de Thasos. Le reste de cette route a lieu jusqu'à Langasa sur le côté N. d'une espèce de grande vallée longitudinale, qui sépare deux systèmes totalement différens de montagnes, savoir celui de la Chalcide de celui de la Macédoine. Les chaînes de la Chalcide courent N.O.-S.E. et celles de la Macédoine O. N. O. à TE. S. E. Dans cette cavité remarquable sont les deux lacs peu profonds de Betschik et de A. Vasilios ou de Langasa (t. Serischin). Entre ce petit bourg et Salonique on a à traverser une crête inculte et aride.
ISS
Salonîque (si. Soloun,tSelanîk) est précédé d'un vaste cimetière et d'une espèce de faubourg. La route très large a au moins un pavé ça et là démoli et est bordé dejardins entourés de grandes arondinacées. Les murs de séparation des propriétés sont en terre et fort bas. Une muraille épaisse, haute et crénelée entoure la ville. Elle est bâtie sur le rivage de la mer et adossée à une haute colline sur la pente élevée, de laquelle est situé l'ancien château fort génois. Salonique compte bien ses 60,000 à 70,000 âmes, savoir 30,000 Turcs, 20,000 Juifs, 10,000 Grecs et 10,000 âmes d autres nations y compris assez d'Arméniens. Il y a des quartiers turcs, grecs et francs. Des mosquées, des bazars et des fontaines n'y manquent pas non plus. Il y a môme quelques antiquités. (Voyez ma Turquie. Vol. 2. pag. 353.) Le port n'est qu'une rade ouverte et sur le rivage il y a de grands cafés très fréquentés. La vue depuis ce point est fort belle sur les basses hauteurs de la Chalcide et sur le massif Olympe ou Schélé des Turcs, dont les neiges perpétuelles servent aux cafetiers de Salonique. Les rues de cette ville sont mal pavées et peu larges, chaque maison y a sa cour, le quartier franc offre des maisons en pierre d'un étage avec des fenêtres vitrées et des jalousies peintes. Les consulats de France, d'Kspagne, d'Autriche, d'Angleterre et de Russie sont des édifices encore mieux bâtis et ayant deux étages. On pourrait même se croire dans quelques-uns en Europe. 0
') Noos nous logeâmei chez un cafetier, où nous trouvâmes aa premier étage ane salle avec un divan, une table et quelques chaises, ce qui était une nouveauté pour nous. A côté il y avait une autre petite pièce peu airée et un Tscbardak couvert d'un cep de vignes. On nous avertit bien de ne pas coucher dehors ni de laisser les fenêtres ouvertes de peur de prendre la fièvre. Dans le bas de notre maison il y avait un billard, mais on ne pouvait s'y procurer que de la limonade et du café. Heureusement on nous adressa à un Suisse de Nyon, Mr. Bovet, qui tenait alors avec sa femme, une Bretonne, une espèce de maison de traiteur. Mr. Bovet avait été militaire dans un régiment français, puis commis, commissionnaire et entin maître de langue; c*était bien le type de ces aventuriers, qui forment une si grande partie des Francs en Orient. Du reste il nous traita fort bien. Pour trois francs nous avions nos trois repas et nous aurions pu oublier chez lui que nous étions en Turquie, car rien ne nous manquait pas même les tables et les chaises. Néanmoins un énorme flacon contenant une dizaine de bouteilles de vin nous dépaysait et le vin doux de Samos pour 5 sols la bouteille était après nos fatigues une nouvelle connaissance fort agréable. La servante de ce singulier couple, tous deux très rolnmineux, était une Cobourgeoise de moins de vingt ans, qui avait fait à pied le voyage de la Grèce à 8a-
Nous eûmes l'occasion de voir <|ne Salonique ne manquait pas de société européenne. A présent que les bateaux à vapeur y touchent, cette ville est assez visitée par les touristes, qui peuvent prendre une idée d'une grande ville turque, autre que la capitale, sans se donner la peine d'un voyage par terre. D'ailleurs il y a des localités dans les environs qui doivent y attirer les étrangers. Nous fumes invités par une famille grecque à une soirée musicale et fumes aussi chez le consul d'Angleterre, qui semblait pour le moment le point de réunion le plus goûté. Un grand désagrément de Salonique parait être le peu de moyens d'arrêter les incendies, car le consul de France nous disait qu'il était toujours obligé d'arranger ses papiers les plus précieux avant d'aller à la campagne de crainte d'une incendie. La plupart des consuls et des gens riches ont des maisons de campagne en deçà de la baye au S. de Salonique ou bien dans les gorges au pied du Kortiasch, montagne de 3894 p. au S. E. Les thermes d'eau sulfureuse de Salonique sont à l'E. de Sedes dans la vallée de Vasilika en deçà de ces campagnes, vallée dont les eaux viennent du mont Cholomonda. Le commerce de Salonique est fort étendu et consiste surtout en envois de coton, de soie, d'huiles etc. Il y a aussi des teintureries et des fabriques d'étofies.
Salonique est le chef-lieu d'un Paschalik riche et assez considérable. Sa population doit probablement s'élever à plus de 250,000 âmes et peut-être moins de 300,000 âmes. Veria, Niaousta, Vodena, Kepinia, Jenidsché-Vardar, Doiran, Auret-Hissar, Kirkitsch, Platamona, Katerina, Libanovo *Orphani, Nizvoro, Laregovi, Poligyro, Galatista, Vasilika, Langasa, Klissali, Betschik sont les résidences des principaux employés du Pascha. Une population grecque assez compacte s'y trouve surtout dans la Chalcide, qui est divisée en six districts, savoir les trois presqu'îles de Kassandra, de Longea et du mont Athos (gr. Agios Oros, si. Sveta Gora et t. Aineros) et les trois districts de Kalameira au S. de Salonique, de Chassia au N. du golfe de Casandre et de Mademochoria ou de Sidero-Kapsa dans la partie orientale. Le reste de la population du Paschalik est composé de bon nombre de Grecs et de Zinzares dans la portion S. O., tandis que dans les autres
Ionique poar suivre son amant, déserteur de la troupe bavaroise et devenu menuisier. Un prêtre catholique fanatique était occupé k la convertir à la foi catholique avant de vouloir l'unir à son élu.
districts ce sont surtout les Bulgares chrétiens grecs, qui prédo-^ minent, quoiqu'ils soient mélangés ça et là de quelques Serbes comme à Vodena. Les Musulmans soit asiatiques, soit européens, c'est-à-dire d'origine slave, grecque ou albanaise, se trouvent surtout dans les villes et les bourgs, quoiqu'il y ait aussi quelques villages composés presqu'uniquement de Mahométans. L'élément albanais pur y est presque nul.
LE RHODOPE ou DESPOTO-DAGH et ses ROUTES.
JN 'ayant fait qu'une seule des routes à travers le Rhodope, je n'en aurais pas parlé au long sans le nouveau et important voyage de Mr. Viquesnel et son résumé dans la carte de la Turquie de Mr. Kiepert. Malheureusement mon ami ne pourra publier ses observations que dans un ou deux ans. D'une autre part j'avais recueilli de Mr. Frère et d'autres voyageurs quelques renseigneraens sur les routes principales du Rhodope; mais je n'ai pu saisir ces derniers qu'au moyen de la carte de Mr. Viquesnel *). Je crois donc faire plaisir au lecteur en donnant pour la première fois en peu de mots une idée juste de la structure de cette chsdne importante.
Le Rhodope s'élevant entre les plaines d'Andrinople et la vallée de la Maritza et la grande fente N.-S. occupée par le Stryraon est une chaîne composée de plusieurs séries de crêtes, qui sont placées parallèlement l'une à côté de l'autre dans une direction O. N. O. à 1*E. S. E. On peut y compter au moins huit grandes rides entre lesquelles il y a toujours des vallées longitudinales plus
') Ed 1S37 je fus empêché de visiter la vallée de PArda, parce que la poste et même les Eiradgis ne vont pas dans cette direction et que j'avais été obligé de me défaire d'ane partie de mes chevanx. Ils ne pouvaient plus marcher ; un aubergiste de Constantinople et un de mes domestiques les avaient laissé dépérir et avaient empoché Targent, et je n'avais pas de lettre de crédit pour Andriiiople.
ou moins grandes, tandis que partout se trouvent des fentes transversales de dimensions très variées. La plus grande vallée de la première espèce est occupée par TArda et ses nombreux affluens, c'est elle qui donne à la partie orientale du Rhodope le cachet d'un grand golfe entouré de promontoires montueux et à falaises escarpées, tandis que la portion occidentale du Rhodope est éminemment caractérisée par le nombre et l'importance de ses grands sillons transversaux, dont les quatre principaux sont connus eous les noms des vallées du Strymon (b. Strouma , t. Karasou) , du Mesta ou Karasou de Razlog et deNevrekop, du Dospada-Déré et du Kritschma-Déré. Leur direction principale est du N. au S., tandis que les parties inférieures du Strymon et du Karasou sont des sillons du N. O. au S. E. comme ceux de la Haute- Moesie. Ne dirait-on pas voir en petit les Alpes allemandes centrales, dont la partie orientale bifurquée corresponderait à la même portion dans le Rhodope, tandis que les chaînes centrales du Tyrol et du Salzbourg seraient représentées par le reste du Rhodope et son prolongement en Macédoine.
Des deux côtés de la grande échancrure de VArda, le Rhodope se décompose en quatre chaînes principales, savoir au N. on trouve sur une première ligne le Rilo-Dagh, le Demir-Kapou- Tépessi (mont de la porte de fer) aux sources de la Maritza et les montagnes au N. des sources de la Tschepina, du Belova, affluent de ce dernier, et du Karli-Déré. Cette chaîne escarpée au N. se termine surtout fort brusquement au N. O. et à l'O. par le haut Rilo-Dagh d'au-delà de 7000 p. de hauteur.
En deçà des vallées longitudinales du Rilska-Rieka, du Jambeska, du Jokourout (Jokourou de Mr. Viquesnel), de la partie supérieure de la Tschepina et du Karli-Déré s'élève la seconde ligne de montagnes composées depuis Djoumaa dans la vallée du Strymon jusques vers Tschirmen sur la Maritza des montagnes suivantes, savoir le Djoumaa-Balkan, l'Arivanîtza au S. du Jambeska, le Karlouk-Dagh à la tête du Karli-Déré, les montagnes de Stanimak au S. de Philippopoli, celles dans le haut de la vallée de rOusoundscha et enfin leKourkoi-Kalési à l'O. de Tschirmen.
Si cette série de montagnes varie d'abord de hauteur entre 6—7000 p. et descend à l'E. à 3000 et même à moins de 2000 p. la troisième ligne de rides s'élève plus haut en général et comprend
lo Jel-Tépé, une partie du Dospada-Jailasi, le Persenk au S. de rhilippopoli , le Kouschanlar au S. de Papazii, les montagnes au N. du Perperek-Déré et enfin le Jaîladschik à l'O. d*Andrînople. Cette ligne de hauteurs est bien moins distinctement séparée de la précédente par des vallées longitudinales que les deux premières. Le Perperek-Déré en paraît être une de plus considérables. Plus au S. viennent encore rangées de TO.-E. comme des soldats les grosses sommités du Perin-Dagh, la partie méridionale du Dospada-Jailasi, ainsi que TEschek-Koulaghi et le Kajaloudscha-Tépesi.
Aux sources-mères de l'Arda est, pour ainsi dire, le centre de ces énormes rides du Rhodope, qui se présente sous la forme d'une plate-forme très élevée et bosselée, d'où descendent comme d*un petit St. Gothard des eaux dans toutes les directions, savoir au N.N.E. le Stanimak, au N.N. O. les sources-mères du Kritschma- Déré, à TE, le Tschatak-Déré et TArda, au S. un affluent du Karasou et à TO. coule le Dospada-Déré. Comme proéminences de ce bourrelet s'élèvent au N. le Kajaloudscha-Tépesi, à PO. TEschek-Koulaghi et au S. le Dschoura.
Les trois ou quatre chaînes du Khodope au S. de ce bouton de montagnes et de la vallée de l'Arda sont constituées sur la première ligne par l'Amaout-Balkan entre le Strymon et Nevrekop et séparé du Perindagh par deux vallées longitudinales, puis parle Dschoura, TAla-Dagh et le Kodja-Jaila (1000 mètres), tous trois au S. de l'Arda. En seconde ligne on trouve l'Ala-Bouroun au N. de Melnik, l'Ali-Boutsch au N.-E. de Singel et à côté le Stragatsch, puis les montagnes au S. du Soegudlu-Sou (sK Snoutla d'après Mr. Viquesnel), affluent de l'Arda et à l'extrémité orientale de la chaîne au S. de la vallée longitudinale du Scheitan-Déresi, le Moukaté- Jaila. Au S* de cette chaîne sont les sillons longitudinaux de Singel, de la cavité de Lissa et des sources supérieures des eaux de Goeksche-Bounar, du Kourou-Tschai et d'autres torrens. Puis vient le troisième dos, produit par le Singel-Dagh, le Sminitza, le Bosdagh au N.N.O. de Drama, le Tschal-ïépé au N.N.O. de Karasou- Jenidgé , le Karaoghlan au S. de Bourichane, le Karlouk au N. de Komouldschina et le Jardimli-Tépé nu N. de Maronia. De la quatrième chaîne il ne reste plus que le Tschairli-Balkan, le Ménikion, certaines hauteurs au N. de Kavala et Béreketli et au N. de Maronia et Makri* Enfin Thasos, le Plrnari et leBetschik-
Dagh en Macédoine pourraient être regardés comme le reste d'une neuvième chaîne dans la même direction que le Rhodope.
En attendant que Mr. Viquesnel nous précise la hauteur relative de ces chaînes, nous pouvons avancer, d'après nos renseignemens et ce que nous en avons pu appercevoir, que les chaînes centrales avec des neiges en été doivent plutôt dépasser 7000 pieds que d'être plus basses. D après les détours des routes il paraîtrait positif que les plus hautes cimes du Rhodope sont dans le Dospada- Jaïlasi et dans de ce que j*ai nommé le petit St. Gothard de cette chdne ainsi que dans le Périn-Dagh. Depuis ces chaînes au haut de l'Arda leur élévation diminue soit au S., soit surtout à TE. Je ne crois pas être fort loin de la vérité en assignant comme limite 1500 p., même 1800 à 2000 p. pour la hauteur de ces parties extrêmes dans la portion septentrionale^ car sans cela je n'aurais pas pu les voir de loin. Quant aux chaînes méridionales, leur extrémités orientales au N. N. O. de Féréd m'ont paru plus élevées, ce que Mr. Viquerael confirme, puisqu'il donne 1000 à 1100 mètres au Kodja-Jaïla. Le Rhodope se termine contre la grande cavité du bas pays tertiaire de la Maritza environ comme les chaînes de la Bosnie vers les collines tertiaires au S. de la Save. La différence de hauteur est très marquée et le caractère de promontoire ou de presqulle élevée est essentiellement prononcé dans ces montagnes. Sur la mer Egée leur élévation doit varier pour le moins entre 2 à 3000 p., s'il m'était permis de prendre pour échelle comparative celle du Ménikion et des montagnes autour de la cavité de l'Anghista*
Après cette description générale du Rhodope je passe aux routes principales, par lesquelles Mr. Viquesnel, Mr. Frère et autres voyageurs ont coupé cette chaîne, en laissant à notre compagnon de voyage le plaisir d'échelonner ces routes de nouveaux noms de villages et de nous en donner la géographie physique complette. D ne faut pas oublier que les crêtes du Rhodope n'offrent nulle part une absence de cols comme certains points de nos Alpes, parce qu'il n'y a pas de ces sommités après comme les pics dolomitiques ou les aiguilles de la Savoie et qu'il n'y a pas non plus de glaciers. Ainsi un cavalier et surtout un piéton trouvera partout, au moins en été, des passages plus ou moins pénibles d'une vallée à une autre et il ne sera arrêté que quelquefois par des neiges trop molles. Les passages les plus élevés sont, dit-on, ceux au S. O.
de Tatarbazardschik et celui au S. de Bania, les neiges les rendent impracticables en hiver.
La première route à travers le Ehodope à l'E. du Strymon est celle de Bania à Kazlog ^), Nevrekop, Melnik, Séres ou Drama. L'entrée de la gorge deiTÎère Bania est étroite et toute boisée; on y rencontre sur la Maritza le village de Michala et plus haut dans la montagne celui de Radoïl. On franchit ensuite la chaîne la plus septentrionale du Ehodope à une hauteur qu'on m'a assurée n'être pas moindre de 4500 p. (?) et on descend dans la vallée du Jokourout coulant N. N. O. au S. S. E. , d'où on passe dans celle du Belitza courant N.O.-S.E. Raziog, bourg de 15 à 1800 âmes, dit-on, est placé entre ce ton*ent et un autre venant du S. O. Deux ou trois villages sont dans ces environs. Le reste de la route a lieu jusqu'à Nevrekop sur le bord du Mesta ou Karasou. On passe par Banjschko, on traverse à Kiz-Derbend le Dobronischta, affluent dirigé de l'O. à TE. et venant du Jel-Tépé. C'est entre ce point et Banjitza que se trouve le grand Eiz-Derbend ou passage de la fille. Mr. Frère me l'a décrit comme un superbe et étroit défilé garni d'escarpemens de rochers cristallins. La route, établie fort anciennement en corniche, a été obligée en partie de s'élever sur la hauteur, de manière qu'on a le torrent à plusieurs centaines de pieds au-dessous de soi. On longe ce dernier pendant 6 h. H y a remarqué la ruine d'un château, qui paraîtrait lié à la tradition qu'une jeune fille a commandé une fois dans ces lieux ou s'est précipitée d'un rocher. Mr. Kiepert y indique le Han de Goustan et un hameau (?) de Ziropolie. Nevrekop, entouré, dit-on, de quelques anciens murs, est dans une petite plaine ou un élargissement de la vallée du Karasou, où ce dernier reçoit un torrent venant du S. O. Sa population ne s'élève qu'à 2500 habitans. Ses environs offrent des vignobles et le miel de ses montagnes est renommé.
Pour gagner depuis là Melnik on passe de nouveau la montagne entre les sommités de l'Alabouroun au N. O. et le Stragatsch et l'Aliboutousch au S. E. et on descend par le torrent du Bistritza à Melnik, d'où on peut remonter le vallon du Stroumnitza et aller à Istib ou sur le Vardar ou bien gagner Séres par la
') Ce mot Raz yicndrait^il du mot albanais Rrasé^ plaque de pierre?
vallëo du Strymon et Démir-Hissar ou par la vallée de Singel et la montagne du Tschairli-Balkan.
Si on va à Drama il faut franchir à Libeova Textrémité N. E, du Stragatsch et passer à Bilitîntza, qui est placé dans une cavité dépendant de celle de Lissa et où sont une partie des sources des eaux de cette dernière. Ensuite on franchit une hauteur et débouche à Tzmova dans cette grande Doline ou cet entonnoir entouré en partie de montagnes calcaires, qui ont permis Técoulement souterrain de ces eaux. Entre Lissa et la cavité de l'Anghista s'élève au S. la crête, qui lie le Sminitza au Bos-Dagh et à la descente dans la plaine de Drama on voit à 5 h. àTE. N.E. de Drama le Moutnitza sortir des rochers et déceler par la quantité de ses eaux qu'elles ne proviennent que du Katavotron du bassin de Lissa.
Depuis Tatarbazardschîk se présentent deux routes pour traverser le Rhodope, savoir celle par Pestera (à 2 1. de Tatarbazardschik), le Karli-Déré et le Dospada-Jailasi à Nevrekop et Melnik et celle par la vallée de Tschepina à Bazlog et dans la vallée du Strymon. La première est la plus sauvage et remonte le Karli- Déré à ses sources sur le pied oriental du Karlouk, d'où elle franchit l'extrémité méridionale de cette montagne et pénètre dans la vallée du Dospada-Déré y le plus grand affluent du Karasou ou Mesta. Leur confluent est à Borova. Dans cette longue vallée solitaire est le Dospada-Han, presque la seule habitation entre Batak et Nevrekop. Depuis là on monte sur le Dospada-Jailasi et descend à Nevrekop sur la rive occidentale du Karasou. Mais on peut aussi descendre du Dospada-Han la vallée de ce nom et gagner depuis Borova la cavité de Lissa par Tzmova, chemin qu'a parcouru Mr. Viqueenel. Ces routes m'avaient été particulièrement détaillées par Mr. Frère. Il m'a dit que toutes ces montagnes élevées du Dospada-Jailasi étaient fort boisées en hêtres, même en sapins et mélèzes et que la route décrivait de nombreux contours pour éviter de petits sommets ou des proéminences. Les vues très sauvages sont en général celles d'amas ou de sommets de montagnes et de vallées avec d'énormes forêts. Le déboisement ne se montre que dans les montagnes sur la mer Egée et à T extrémité orientale du Ehodope.
Depuis Philîppopoli il y a surtout trois routes, qui traversent le Despoto-Dagh, l'une se dirige au S. à la mer Egée à Kara-
Bou-Jenidgé ou à Drama et Séres en servant en même temps à gagner les parties supérieures des vallées de l'Ousoundscha et de l'Ârda* La seconde conduit à Nevrekop et Melnik ou à Drama par Lissa et la troisième à Razlog et à la vallée du Strymon.
La première entre dans le Rhodope par la grande vallée de Stanimaky où se trouve le couvent de Batsqhkova un peu audessus du débouché d'un affluent du Stanimak venant du S.O., tandis que ce dernier torrent coule presque S«-N. et prend ses sources au S. du Persenk-Dagh et presque au pied du Kajaloudscha-Tépesi. On le remonte sur sa rive orientale jusqu'au delà du mont Persenk-Dagh, puis par une traversée de montagne exécutée entre la cime du Kajaloudscha-Tépesi à l'O. et celle du Eouschanlar à l'E. on atteint Paschmakli sur le Tschatakdéré, affluent supérieur de TArda, qui a ses sources au N. O. dans le Eajalouscha-Tépesi. Dans ce point la route se trifurque, l'une descend à l'E. la longue vallée de l'Arda à Andrinople, où la carte de Mr. Kiepert nous communique déjà une partie des nombreux villages que Mr. Viquesnel y a découverts. Une autre route va au S. traverser l'Arda et remonte à Palasa un de ses affluens, en laissant assez loin à TE. TAla-Dagh. Puis elle arrive dans la vallée du Soegudlu-Sou (sL Snoutla), grand affluent de l'Arda coulant d'abord O.-Ë., puis S. 0,-N.E. Enfin depuis là on n'a plus qu'un col à franchir pour arriver sur le torrent descendant à Skjedsche (Xanti) et à Earasou-Jenidgé.
Si on veut gagner Drama, on va joindre de Paschmakli le hameau d'Arda aux sources de la rivière du même nom sur le côté oriental du Dschoura, d'où on descend presque du N. au S. un torrent, qui provient aussi du pied méridional du Dschoura et conflue à Bouk avec le Earasou. Entre ce point et Drama on franchit au moyen du col de Ravka-Boghas une large montagne au S. E. du Bos-Dagh et on descend rapidement sur Drama.
La seconde route est celle qui va directement de Philippopoli à Batak par Jeni-Eoi, d'où on traverse successivement en biais les vallées du Dégirmen-Déré, du Perouschtitza et du Eriitscbma-Déresi. Dans cette dernière vallée on passe au hameau de Michalkova, d*où on tourne au N. O. pour gagner la vallée de Batak et la route de Tatarbasardschik à Nevrekop* Cette ville est située à 1/4 de I. du Earasou, assez loin du pied S* E. du Perin-Dagh.
La troisième route remonte par Airanli la vallée du Karli- Déréy d'où on a le choix de se rendre à Nevrekop par Pestera (bulg. Prestova), village à maisons en bois bâties à la valaque, ou par la grande vallée du Kritschma-Déresi et Batak, d'où on va gagner par le Karlouk-Dagfa le Dospada-Han et on entre dans la route, qui mène de Eazlog au S. et que j'ai déjà esquissée. Mr. Frère comptait 9 lu de Pestera au Dospada-Han. Le Kritschma-Déré coule du S. E. au N.O. et a trois sources-mères, savoir deux entre la montagne de l'Ëschek-Eoulaghi au S. O* et le E^aloudscha-Tépesi au N. £• Leur confluent est à Dovlen» La troisième source coule plus au N. entre le Ejgaloudscha-Tépesi et le Persenk-Dagb. Ce dernier torrent se réunit aux précédens à Michalkova et le Ejritschma-Déré reçoit au S.O. de ce hameau an petit affluent, qui coule du N. O.-S.E. entre le Earlouk au S. O. et une autre montagne au N. E. Mr. Frère m'avait parlé d'une partie de ces routes, mais bien moins distinctement que de celles depuis Tatarbasardschik.
Enfin on peut aussi depuis la vallée du Earli-Déré gagner celle de Tschépina et par conséquent Bazlog, d'où en remontant au N. O. la Bélitza, on peut déboucher sur le Strymon par la vallée de Bilo ou bien même gagner depuis Bazlog par son torrent la crête au N. du Jel-Tépé et descendre à Kreschna comme on me Ta dit dans ce dernier lieu.
Enfin d'après la carte de Mr. Eiepert Mr. Viquesnel a exécuté une traversée du Rhodope oriental depuis Sémitschin ou Sémitsche ou de la vallée de TOusoundscha à Komouldschina, ce qui lui a fait connaître une foule de torrens surtout affluens de r Arda. H a passé de la vallée de Sémitsche, courant du S. O. au N. E., par des montagnes basses à Eireslu dans la longue vallée d'Ousoundscha ou d'Oghlou-TschaiYrivière du fils). Ce cours d'eau coule O.-E., puis S. O.-N. E. De là il a gagné par dessus un partage des eaux, le Perperek-Déré et le Sulimenler-Déré, deux torrens qui coulent de l'O. à l'E., se réunissent et coulent alors du N. O.- S. E. dans l'Arda entre Ada et Makamout. Le Perperek-Déré a ses sources dans le Kouschanlar-Dagh. Le nom de la montagne traversée n'est pas donné, mais il est exprimé que sur son prolongement O.-E., elle se termine à quelque distance du bourg de Tschirmen par le EourtkoY-Ealesi. Depuis le Sulimenler-Déré on e rend par des hauteurs sur un torrent, affluent de l'Arda et à
Kirdschali sur l' Arda. Dans ce point conflue le Sœgudlu-Sou, qui coule depuis Maschtanli du S* O.-N. E. On le remonte jusques là et on passe par le district de Soultan- Jeri, pour s'élever dans les montagnes, en laissant les sommets du Tokatschik-Dagh à l'E. et on descend à l'E. du Earlouk-Dagh le long d*un torrent à Komouldschina.
Depuis ce dernier bourg on peut aussi gagner Andrinople par l'extrémité S. R du Bhodope. Cette voie assez courte passe par le district de Eaza ou de Komouldschina et remonte à Berghama le torrent, qui joint celui de Komouldschina au-dessous de ce lieu. De là on va franchir le Jardimli-Déré coulant surtout N.-S. et on longe sur la hauteur son bord oriental jusques vers ses sources dans le Kodja-Jaila. Un col se trouve entre cette montagne et le Tokatschik-Dagh, où se trouvent au N.O. les sources du Bergas- Déré (Bourgas de Mr. Viquesnel). On les atteint vers Tschalabou et on gagne de là vers Avrem un torrent coulant S.-N., qui conflue dans le Bergas-Déré à Koschikavak. On longe enfin ce dernier sur sa rive occidentale jusqu'à Ada dans la vallée del'Arda et on continue son chemin le long de cette grande rivière.
La population du Rhodope est extrêmement clairsemée et bigarrée, si elle comprend au N. des Bulgares, elle paraît essentiellement grecque au S., tandis que dans son milieu il y a, diton, d'anciennes colonies musulmanes. Il n'y a que peu de villages et six à sept bourgs. Ces montagnes ont recelé de tous temps des brigands et des mécontens. L'occupation militaire du Bhodope et du Balkan isolerait la Thrace du reste de la Turquie.
TURQUIE CENntALE,
MACEDOINE et HAUTE - ALBAHIB.
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