CONSTANTINOPLE À SCOUTARI EN ALBANIE
BANJA, DOUBNITZA, KOSTENDIL, OUSKOUB,
KALKANDEL, le SCHAR, PRIZREN et le PAYS des
MYRÉDITES.
jVons ayons déjà donne les détails de la route de Constantinople à Phîlîppopoli et Tatarbasardschik. (Voyez Titinéraire N®. 2.) Nous ferons seulement la remarque que les vues du Rhodope et du Balkan se présentent plus favorablement pour celui qui vient de Stamboul que pour le voyageur allant de Sophie à Constantinople. En effet, à mesure qu'on avance de TE. à l'O. les masses et les beautés du Rhodope se développent petit à petit et enfin celles du Haut Balkan et des gorges du Kiz-Derbend ' et de la Porte Trajane viennent s'y ajouter , tandis qu'en voyageant en sens contraire on part du milieu de cette belle nature pour approcher à chaque pas davantage de plaines déboisées ou marécageuses. Le bel amphithéâtre du Rhodope reste même sur le côté, si le voyageur n'a pas soin de tourner la tête pour oublier le triste coup d'œil qu'il a devant lui.
A 1 1. à l'O. de Tatarbasardschik est le village de Tschengel et à \ 1. plus loin celui de Démirdgi (de fer), où on passe un cours d'eau venant du S. E. On a ensuite à franchir un terrain marécageux, où coule à y^ 1. de Démirdgi le torrent d'Ellidéré ou du Tschépina. Il prend sa source derrière la première chaîne septentrionale du Rhodope et coule du N. O.-S. E., pour tourner ensuite vers Tschépina au N. E. et recevoir plus bas un grand affluent coulant presque O.-E. Cette vallée du Tschépina sert à se rendre
depuis Tatarbasardschik à Kazlog par Tsch^pina, Bélova et Va montagne entre ce eitlon et celui du Jokourout. Noue nous trouvâmeB pendant une dizaine de minute» au milieu d'un véritable marais assez profond, route si singulière que probablement elJe n^eat usitée que pour abréger le chemin. A S L de Tatarbasardschik on est enfin sorti des rizières et des marais de la Thrace occidcTifale et on retrouve avec bien du plaisir les bois de cbènes. On laisse à 1 L au N* de la route Sarambey^ où le Pascha de Tatarbasardschik a une maisou de campagne. Le Dcspoto-Dagh se cache de plus en plus à la vue, pour ne laisser voir que ses derniers contreforts, au pied desquels on voyage* L'Hœmus de son côté perd sa grandeur, parce qu'on ne voit plus que ses cimes superposées aux hauteurs, qui sé]jarent ces deux chaînes lune de Tautre.
Au débouché du petit Kîz-Derbend (défilé de la fiJle) à 41. de Tatarbasardschik esf un cul de sac rempli des plus belles cuU tures; des vignobles, des vergers, de superbes noyers embellissent la scène- La vue seule de ces arbres rafraîchit le voyageur, pour qui Tombrage a été la plus grande rareté depuis Constantinople jusques là. Un ou deux villages bulgares sont cachés dans le voisinage et au commencement du défilé est Fauberge isolée de Jéni- Han (la nouvelle auberge). Nous lûmes surpris d'y trouvera côré de la pièce commune une salle de danse supportée par quelques colonnes en bois avec un plancher et des bimcs à rentoun A une portée de fusil est un poste de gendarmes albanais placé sur un rocher au bord du torrent du Kiz-Derbend ou de la Maritza* Ce défilé de plus de 3 h de long ressemble à un canal et est entouré souvent d^escarpemeus de rochers, H court de FE* à TO, et tourne au K à 3Vï h avant Banja, pour reprendre ensuite sa première direction, mais il ne reste une véritable gorge que jusqu'au-delà de Gabrova. On passe deux fois la Maritza sur des ponts sans parapet.
A y^ d'h. de Jéni-Han est situé un second Karaoul de gendarmes et plus loin vient le village bulgare de Kiz-Keui (village de la fille)* Ce dernier u'offre qu*une église et une dixaine de maisons, parce qu'il a été ruiné par le passage des troupes en temps de guerre. Au S. i! est dominé par des montagnes boisées de 800 p* tandis qu'au N. ces dernières n*ont que 200 à 300 p« Nous reocon-" trames une vingtaine de cbarriots bulgares, qui ramenaient chez eux des familles albanaises de Gbilan et de la Metochiia. Elles
avaient été exilées en 1834 ou 183S dans les environs de Tatarbasardschik pour cause de révolte. Ces gens avaient reçu leur pardon, mais la plupart de ces 5000 individus avaient déjà rejoint leurs pénates dans la Haute Albanie et la Moesie occidentale.
A y2 1. de Kiz-Keui est un pont sur un torrent venant des montagnes du Despoto-Dagh et à 372 1. avant Banja il y a un troisième Karaoul, près duquel on remarque des blocs de granité. Avant le hameau de Gabrova ou Gabrovitza on passe sur un pont un autre torrent venant aussi du S. Un poste de gendarmes se trouve dans ce lieu, qui est, pour ainsi dire, la clef de ce défilé important, qui porte Pépithète de petit pour le distinguer du grand Kiz-Derbend dans le Rhodope. Depuis là on se dirige au N. et on franchit sur un pont un torrent venant du S. O., pour entrer ensuite à rO. dans une vallée, qui court O.-E. parallèlement à celle du Kiz-Derbend. Cette dernière partie de la route a lieu au milieu d'un pays cultivé en blé ou de prairies. Les montagnes au N. ont de 4 à 600 p., tandis qu'au S. on revoit tout le beau Despoto- Dagh avec ses hautes sommités, qui conservaient encore un peu de neige à la fin de juillet. Un Karaoul ruiné se trouve sur cette route et une autre se voit en deçà du Maritza (t Méridgé).
Banja, à 1791 p. d'altitude absolue et à 9 h. de Tatarbasardschik, est caché à la vue par la quantité d'arbres, qui couvrent son petit bassin. C'est un village de 150 maisons ou de 4 à 500 habitans. Il y a une mosquée, une tour à horloge et un Konak, où réside l' Agha. La poste n'offrant qu'un misérable local pour le voyageur, nous nous adressâmes à ce dernier, qui nous fit loger chez un paysan bulgare. Les deux bains d'eau thermale sulfureuse sont à l'extrémité orientale du village en deçà des cimetières. Us me parurent plus propres que celui d'Aidos. La température de l'eau s'élève à 44 à 45'' B.
Depuis Banja il y a plusieurs routes, pour aller àlchtiman, qui n'est qu'à 4 1. et n'est séparé de Banja que par de petites montagnes à pentes assez douces. L'une passe par la ferme ouïe Tschiftlik situé sur la pente méridionale des crêtes boisées qu'il faut franchir, pour descendre dans la plaine d'Ichtiman. L'autre traverse la montagne un peu plus à l'E. à Scharoutzi ou près d'une autre ferme et au Batak-Banésé ou marais d'eau chaude, qui est à 2 y, 1. de Banja. L'ascension des montagnes par ces deux routes est graduelle et a lieu par des sentiers sur un sol granitique graveleux.
mais k descente dans la plaine dlcbtiman est pratiquée dans un ravin pierreux et fort en pente. A eon débouché est le hameau turc de Kajahabkét d^où od n'a plus que des champs et des pâturages à traverser, pour arriver à Ichtiman, ce qui demande une demi-heure. Les cartes sont fautives relativement à la distance entre Banja et Ichtîman, et môme à Fégard de la positiou de cas deux endroits. Baiija est un peu plus au N.
Derrière Banja le Rbodope présente de profondes et pittoresques crevasses, par Tune desquelles s'échappe la Maritza, ses sources étant à TO. du hameau de Michala, On se sert aussi de cette fente, pour pénétrer plus avant dans le Rhodope et pour gagner en particulier en deçà d'une première chaîne du Rhodope la vallée du Jokourout et Razlog dans la vallée du Bélitza. Ces deux torrens forment par leur réunion à Sitangrad leKarasouou Mesta, qui descend à Nevrekop,
Quant à la route de Banja à Samokov, ou remonte à TO, du premier bourg sur le pied du Rhodope le vallon, dans lequel coule Taf flueut principal de la Maritza On y rencontre des sources ferrugineuses et on passe enfin de la région des chênes et des hêtres daus celle des pins (P. Bruda)^ qui couvrent le col entre Banja et Samokov. Dans cette montée la route devient un sentier excavé par les eaux pluviales coulant sur un sol granitique décomposé. Depuis le Karaoul un haut du col à 3135 p. d'altitude on a une superbe vue sur le Despoto-Dûgh et sa partie occidentale» leRilo- Dagh, On ne peut guère voir une plus belle montagne , parce qu'elle est dépourvue de ces contreforts, qui masquent trop sou* vent les autres. Elle s'élève toute d'une masse comme une muraille ornée de bois jusqu*à la région, où. la neige a peine à disparaître tout'à^fait en été. Un affluent du grand Isker se passe à gué à 1 [/^ h avant Samokov près de Sipoltsché* Il faut remonter pendant quelque temps ce torrent, pour atteindre un second col, d où la descente dans la vallée du grand I&ker et le bassin de Samokov a lieu graduellement sur un sol déboisé et occupé par des pâturages. On foule «u pied un eable noîr et brillant ou une argile brune^ qui recèle beaucoup de cristaux ou de parcelles microscopiques de fer oxi* dulé. Le terrain fondamental est schisteux.
■ Samokov ou Samakov, à 1800 p. de h. abs* et à 4 h. de Banja, est une petite ville bulgare de 4 à 5000 âmes avec des maisons surtout en bois. Elle oflfre un cimetière assez vaste, quelques mos-
quéee, le Eonak de TAyan et od nombre passable de boutiques. Au S. de Samokov s'ouvre dans le Rhodope un vaste sillon, qui coupe sa direction sous un angle droit et dont on voit bien mieux le fond que dans celui au S. de Bania. De cette cavité sort Tlsker (Iskra) sous un angle fort aigu relativement à la direction de la chaîne. Cette rivière est formée par quatre torrens, dont la réunion se trouve au-dessous du hameau de Schirpkoï. Celui de ces cours d'eau, qui vient du S., a ses sources dans le haut Démirkapou-Tépési (mont de la porte de fer), tandis que les autres descendent des montagnes de Bilo» Le plus grand venant du S. O. conduit au eol, où se trouve le partage de ses eaux et de celles du Ealenska-Bieka coulant au couvent de Rilo. Mr. Viquesnel parait avoir découvert un petit lac à la tète de ce dernier torrent On peut aussi aller de Schirpkoï par la montagne à TE. aux sources delaMaritzaet à Michala.
Depuis Samokov on peut gagner Ichtiman par la montagne et descendre à Sophie en longeant le grand Isker jusqu'à Groublian. Cette dernière route se fait en 8 Y, à 9 h. et la première en prend au moins quatre. '
Le grand Isker (Oomela Iskra) se passe au gué à l'CX ^e la ville et en deçà est une vaste plaine alluviale aussi remplie de minerai de fer oxidulé. Plusieurs fonderies de fer s'y trouvent* (Voyez ma Turquie, vol. 3, pag. 64.) Après avoir passé la plaine on a une autre montagne à franchir pour pénétrer dans l'espèce de bassin, qui est à Të. de Doubnitza. Cette montagne comme celle entre Banja et Samokov se rattache au Rhodope sous la forme d'un bas contrefort, mais la route y est faite pour les voitures. A ly, 1. de Samokov est un Han isolé, où on commence à monter dans un vallon étroit et faiblement boisé en chênes. A \V% 1* est un autre Han et à SVa L de Samokov on est au Karaoul au haut du col à 3115 p. deh. abs.ou 1315 p. sur Samokov. Depuis là une longue descente conduit le long d'un autre torrent par une route bien tracée à l'auberge isolée de Gibran-Han (à 2289 p.). A côté se trouve un poste de gendarmes et quelques arbres près d'un ruisseau. C'est là où nous passâmes fort bien la nuit.
Une plaine alluviale s'étend depuis là à Doubnitza, elle vient se terminer au pied de la muraille du Bilo-Dagh, tandis qu'elle monte en pente très douce vers les hauteurs qu'on distingue de
loin sîi N* On y voyage sur la rive septentrionale du Tzarina à travers des pâturages au des champe et on passe ce dernier près de Doubnitza, oà il cet oblige de franchir en avant de la ville un petit défilé de rocbera sien i tiques.
Doubnîtza, à 172S p» de L et à 7 h, de Samokov, est une ville ouverte bulgare et turque de près da 2000 maisons ou de 7 à 8000 âmes. Elle est fort longue, mais très étroite, parce quelle remplit le fond d'une vallée peu large et arrosée par le torrent du Tzarina (t Djérina), (Djerma de Mr. Vîquesnel), qui vient des hauteurs derrière Gibran-Han- A T entrée occidentale de la ville est un bâtiment isolé et délabré, qui sert de porte et dont le premier étage forme le corps de garde. H y a plusieurs petites mosquées et au-devant de deux d*entr' elles sont des fontaines entourées de Kiosks garnis de bancs. Il n'y a pas de bazar, mais assez de boutiques. Les rues sont mal pavées et restent longtemps sales, lorsqu'il u'a pas pIu- Le Voivode a un Konak assez vaste près du Tzarina. Au N. O. de la viUe s'élèvent des coteaux de vignobles, qui ornent aussi le pied du Rilo-Dagb, mais le reste du pourtour de la ville n'est formé que par des collines rocailleuses, arides et couvertes de chardons.
Le Voîvode de Doubnitza noue parut un jeune homme très peu digne d'occuper cette place et le Kadi semblait gouverner en partie pour lui. Partout on nous parla de sa mauvaise administration. On se plaignait d'exactions, même de cruautés et surtout de manque de eûreté publique, ce qui n'était point le cas dans les Paschaliks d'AndrînopIe et d'Ouskoub. Prétendant qu'il y avait des brigands dans le Rhodope et surtout au S. de Djoumaa, il nous empêcha de faire alors la traversée du mont Kreschna que nous fîmes six semaines plus tard tout seul sans accident De plus il nous donna une escorte de six Kavas pour aller visiter le couvent de Rilo, ce qui était bien inutile, puisque nous avions déjà outre nos gens deux Kavas; notre escorte s^élevait aÎDsi à 12 hommes.
Nous allâmes coucher à 5 L de Doubnitza au village de Rilo, qui appartient déjà au couvent de ce nom. La route parcourt le fond cultivé de la vallée de Tzarina, qui est bordée au N* de petits coteaux, tandis qu'au S, se trouve sur le pied du Kilo-Dagh de bas contreforts de matières alluviales. Les pentes de ces derniers, s'élevant à quelques centaines de pieds, sont cou-
vertes en partie de vignobles surtout en avant de Doubnitza. Le torrent serpente dans la vallée et se jette dans le Strymon à environ 3 1. de cette dernière ville.
Après deux heures de voyage et nous être arrêtés pour boire de l'eau à deux Hans isolés, les seules habitations sur cette route, nous escaladâmes à gauche les contreforts de sable et de cailloux, qui forment aussi autour de l'extrémité occidentale du Rilo-Planina des espèces de plate-fonnes plus ou moins larges et de 2 à 300 p. d'élévation. Nous traversâmes ensuite en biais au S. O. ce plateau, dans lequel les eaux torrentielles avaient creusé ça et là d*assez profonds sillons, de manière même que dans la montée une crête entre deux ravins ne laissait que juste la place pour le chemin. Des pâturages secs et quelques champs maigres forment la surface de cette plate-forme , occupant un espace triangulaire entre la vallée du Strymon courant du S. au N. et celle du Rilo-Rieka coulant de l'E. à l'O.
On quitte avec plaisir ces hauteurs pour gagner par une pente assez douce la fertile et belle vallée de Rilo et de Moschena, où on ne voit que des champs de maïs et des vignobles. Cette vallée du Rilska-Rieka contient outre ces deux villages un hameau avec un minaret, qui se trouve sur la route de Djoumaa à Doubnitza. D'après un Tumulus et les médailles grecques et romaines trouvées dans ces lieux, il paraîtrait qu'il y a eu autrefois quelque bourg dans cette cavité totalement déboisée.
Dans le village de Rilo (Bouche) ^) nous fûmes logés chez de très braves gens, dont la femme était encore toute meurtrie des coups qu'elle avait, disait-elle, reçu de Kavas accompagnant les percepteurs. Nous pûmes nous y distribuer les uns dans deux chambres, les autres sur une galerie et nous fîmes un repas qualifié dans le pays de régal. Le curé du village, un gros moine de Riloy vint nous rendre visite et nous proposa de nous accompagner le lendemain au couvent, en souriant de nous voir suivis par tant de mauvais gamemens. Les villageois bulgares nous parurent bien nourris et bien vêtus et leur jovialité nous plut extrêmement.
') Il 7 a aussi en Serrie un TÎllage da nom de Rilnido sur le Déjéva dans le cercle de Tschatschak. dont dépendent 15 luuneanx arec 80 maisons et 696 habitans.
Derrière Kilo ou à TE, du village, le torrent sort d*uûe fente BÎ étroite qu'on ne ti" imaginerait pas d'abord qu'on puisse pëné* irer par là dans cee montagnes. D'énormeê rotihere de poudingue, comme ceux du Rigi en Suie§e , forment les gardiens de cette porte du Kilo-Dagh, Le défilé se franchit par un chemin pierreux et assez élevé au-dessus de Teau, puis on entre dans des forêts de chênes, qui couvrent le fond de cette vallée étroite comme toutes les pentes des montagnes. Ce sillon court de TE. à VO. sans beaucoup d'ondulations. On passe deux fois le torrent sur des ponts en bois en longeant d^abord ta rive méridionale^ puis le bord opposé du torrent. A environ IY4 h, du village de Kilo, on passe au-dessous de f|ueb]ue8 chétîves cabanes de paymj\B nommées Pastra. Une femme 7 avait été puiser de Teau dans le torrent. Dès qu'elle fut apperçue par nos Kavae, ils lui commandèrent d*aller chercher une cruche pour leur apporter h boire et chacun sen abreuva à la ronde. A V^ h. plus loin le RiUka- Rieka reçoit du N, le torrent de la vallée resserrée du Vélika, A 2^2 t. du village de Rilo nous atteignîmes une grande ferme uppartenant au couvent et entourée de niursj avec une vmte cour, dépendances et un bâtiment principal Nous n étions plus qu'à 3 L du monastère. Le torrent de Rilo se divise plus loin en deux, savoir le Janibeska-Eieka venant du S. E. et le Kalenska-Rieka de TE. K. E, Le premier torrent coule entre rArievanitza et le Démir- Kapou-Tépéei et sa vallée est la voie pour gagner par un col élevé entre ces deux montagnes le torrent de Bélifza, Razlog ou Banischko. Laissant ce sillon à droite nous remontâmes le Kalenska-Ricka et nous le traversâmes sur un pont de bols près duquel on faisait du charbon pour le couvent, La végétation forestière avait changée et nous nous étions graduellement élevés jusqu'à la région des hêtres» auxquels succédèrent bientôt les sapins et les mélèzes.
Depuis la bifurcation des vallées la route était devenu spacieuse et propre aux voitures, et on voyait avec plaisir que les moines en soignaient Fentretîen; en un mot, Tapproche du monastère rappelait, tout-à-fait, celle des couvcns célèbres en Eu* rope. Nous trouvâmes sur la route une fontaine et un lieu de repos et de prière , où les moines viennent probablement promener. Enfin nous apper(^ûmes les murs du couvent , qui barrait, pour aitîsi dire, toute l'étroite vallée au milieu d*iin forêt de sa-
pins et entre de hautes montagnes à cimes gazonnées ou rocailleuses. Nous avions parcouru depuis le village de Bilo une pente, dont la hauteur s'élevait à près de 2200 p.
Nos Kavas annoncèrent notre heureuse arrivée par une décharge de leurs fusils et bientôt nous entendîmes sonner les clo* ches du couvent et l'archimandrite avec les principaux moines vinrent à notre rencontre dans leur grand costume , la tète couverte de leur cilice noire. Le vaste portail du couvent dépassé nous fûmes tout ébahis de nous voir dans une cour très vaste, entourée d'un énorme édifice en pierres à trois étages, vraiment superbe pour le pays et tel qu'on n'en voit point dans toute la Turquie, hors peut-être dans le mont Athos. Ce passage si subit d'un pays évidemment sous la civilisation de l'Europe à celui d*une résidence, nous reportant chez nous, nous paraissait une féerie et nous faisait réfléchir sur les avantages réels que les couvens ont dû avoir jadis en Europe pour l'avancement des arts, des sciences et de la civilisation en général.
En entrant dans les détails de cette habitation de 150 moines et de leurs domestiques, nous continuâmes à remarquer mainte chose, qui n'existe pas ou est même inconnue dans le paya environnant. Ainsi nous vîmes une scierie de planches, une tui* lerie et un sculpteur grec en bois et en même temps doreur. Nous trouvâmes les chambres de réception ornées de peintures grotesques, il est vrai, maie qui indiquaient aussi bien que les omemens en couleur des voûtes du bâtiment, que les moines avaient un goût plus fin ou plus de liberté que les gens riches des villes voisines. Nous vîmes aussi au couvent quelques vieilles moustaches, qui sont là pour le défendre contre les brigands et qui pourraient bien aux yeux des Turcs passer quelquefois pour des Haidoukes.
Comme nous avons décrit ailleurs le monastère (Voyez ma Turquie, voL 3, p. 462) nous passons toute de suite à notre réception. Nous fûmes distribués dans trois chambres fort propres et garnies de tapis et fûmes servis par des jeunes gens faisant leur apprentissage de moines. Nos Kavas se choisirent eux-mêmes une pièce au-dessous de nous, et non contents d'être traités fort bien, ils offensèrent les moines et cassèrent les fenêtres par pure envie pour ce luxe, dont ils étaient privés chez eux, de manière qu'au bout de 24 heures nous crûmes prudent de les congédier
pour préveDLT plus de désordre. Nous on aviooe toute fois conféré avec rArchimandrite, qui nous recunimnnda bien d'expliquer leur renvoi à leur matere afin qu'on ne pût pm le lui imputer par niai ve illance et en faire pâtir le cou veut. Telle était encore alors Fimpolitique conduite dea agetls au bal ternes des Paschas vis-à-vis des moines qu^ils auraient eu tant de raisons de ménager. D nouE fut évident que le Voivode avait été bien aise de se débarrasser quelque! jours de la peine de solder quelques Kavas pour faire tomber cette charge sur nous.
Nous fîmes aux moines le plaisir d'assister à un offioe, dans lequel on pria pour le prince Milosch et sa famille, parce que nous avions avec noua un docteur de ce prince et quHl avait fait présent récemment de deux cloches au couvent* Lee moines semblaient fort contena de voir des Européens d^Occîdent déployer sous tes yeux des Turcs leur respect pour Féglise d'Orient, L'Archimandrite du couvent nous parut un homme jusqu'à un certain point instruit, c'est-à-dire, s'il n'était pas ce quNm appelle chez nous lettré, il semblait connaître le monde et avait eurtout une connaissance profonde de ses intérêts, de ceux de sa communauté et des Bulgares en général. Lui-même était de cette dernière nation et non pas Grec comme cela a lieu dans d'autres couvene. Il nous apprit que le monastère avait déjà brûlé trois fois, par accident ou par suite de méchanceté de la part dea Turca. Chaque foia on avaiÊ trouvé les sommes considérables et nécessaires pour la réedification de Tédifice, Brûlé, je crois» en 1HS4 il était rebâti en 1836 et on avait même remplacé Tégliae ancienne par un monument digne de figurer dans une ville et orné de 12 grosses colonnes en marbre blanc ou amphibolîte noire. Tous les Chrétiens de la Macédoine et de la Houmélie avaient contribué pour cela , mais lea collectes hors de Turquie, et surtout en Russie, avaient aidé puissamment pour donner à ce couvent une splendeur, qui offusquait les autorités turques. A vue d'œilon ne pouvait guère estimer à moins de 800,000 francs l'argent nécessaire pour élever un si grand nombre de bâtisses; du reste il faut dire que la main d'œuvre y est très bon marché, et qu on y a à coté de soi le bois, la pierre» le marbre et Targile à tuile.
Devant la porte orientale du couvent un torrent descend des montagnes au N. Une estrade y esc établie pour servir de lieu
de repos aux moines et près de là sont quelques maisons habi* tëes par des ouvriers ainsi que des dépendances. Plus loin à TE., à 74 h. du couvent, on trouve un autre torrent ayant la même direction que l'autre. Des prairies subalpines forment le bord du cours d'eau principal. En remontant la vallée plus haut on entre dans des forêts de sapins, dominés au N. et au S. par de grands escarpemens de rochers entassés. A '/^ h. du couvent des carrières de marbre se trouvent au pied de la montagne au N. et on n'est plus qu'à y, 1. du col, qui conduit dans la vallée débouchant dans celle de llsker à Samokov.
Si, au contraire, on s'élève depuis le couvent au N. E. on gravit des pentes rapides pendant près de % h., puis on n'a plus que des séries de prairies inclinées et émaillées de fleurs pour atteindre les sommités rocailleuses et bosselées du Eilo-Dagh. Elles conservent des plaques de neige en juillet et ont une élévation d'environ 7000 — 7800 p. ou de 3200 p. sur le couvent Depuis ces cimes la vue embrasse une partie du S. E. de la Moesie, le mont Vitosch, le Haut Balkan et une portion du Rhodope occidental, tandis qu'on prétend pouvoir appercevoir même la cavité de Philippopoli. Mr. Visquesnel a donné l'idée d'une de ces vues immédiatement au-dessus du couvent. (Mém. soc. géoh de Fr. 1844, vol. 1, pag. 224.)
De retour à Doubnitza nous prîmes la route de Eostendil, qui longe la rive méridionale du torrent, en grande partie à sec en été et va le passer à une petite heure de la ville. Cette route est assez bourbeuse lorsqu'il a plu , parce qu'on n'y soigne pas l'écoulement des eaux des montagnes. On franchit ensuite de basses collines couvertes de vignobles et on trouve en deçà le Han de Binek-Taschi (Fauberge de la pierre pour monter à cheval). Dans ce lieu la route se divise, l'une allant au N. à Radomir par Pobovdol et l'autre au N. O. à Kostendil. Après avoir traversé quelques champs on passe le lit desséché en été du cours d'eau, qui descend de la vallée de Pobovdol et on continue à voyager dans une plaine d'environ 1 1. de largeur et entourée de coteaux de tous les côtés. A l'E. de cette cavité un peu plus élevée que Doubnitza, la crête basse s'étendant de Doubnitza à Pobovdol est totalement déboisée et rocailleuse. Au N. s'élève une grosse proéminence de rochers calcaires, tandi» qu'au N. O. vers Ver-
boTnitz de8 coUîtiea àpentêâ douces séparent seules la plaine men*^ rionnëe de la cavité de Kostendil.
Pour atteiodre cette cite ou plutôt le Han isolé de Kozuîtiôj on peut suivre deux routes; la plus facile est celle des charriots, qui va gagner par une pente in&ensible Verbovniîz, d où on gravit par un court talus sur une vaste pkte-forme déboisée à environ 2200 p. d'élévation ou à 473 p, surDoubnitza et i2S p. sur KostendiL Une descente rapide plus que double de la monté© amèue le voyageur depuis cette hauteur à Eoznitza-Hati, qu! est environ à ly^ 1, de Verbovmtz. Si au contraire on passe par la butte calcaire au N. E. de ce dernier village, on remonte par dea prairies jusqu'à ce qu'on atteigne un petit ravin, sur les bords duquel tourne un sentier, fait uniquement pour des cavaliers, Arrivé au hiiut de la butte à 2425 p, on j a une vue étendue sur tous les environs et en particulier sur la longue crête surbaissée du mont Koniavo séparant la cavité de Radomir de celles de Kostendïl et de Doubnitza. L'horizon 7 est bordé majestueusement à FE* par la haute montagne du Vitosch au-dessus de Sophie^ au S* par la chaîne neigeuse du Périn-Dïigh et au 8. E. par la longue et massive crête du Rîlo-Dagh. Une gorge ou crevasse, descendant à travers les escarpemens de ce dernier au S. de Doubnîtza, produit surtout un bel eftet comparé à la zone de vignobles au pied de ces montagnes. D'un autre part ce tableau acquiert une magnificence extraordinaire par la cessation si brusque de la muraille du Rilo-Dagh vis-à-vis du confluent de la Tzarina et du Strjmon, ainsi que par le Périn-Dagh apparaissant sur un second plan dans Téloignemetit et en deçà d'une masse verdoyante de montagnesi
Depuis cette butte on descend dans le vallon du Koznitza occupé par des prairies ; on s*j tient longtemps sur son bord méridional et rocailleux. Un petit torrent ayant sa source au N. et N« E., y court de TE. àTO et passe au Koznitza-Han. Cettedernière hôtellerie n'est qu'une cabane, au-devant de laquelle est à la place d'un salon un pavillon de branches d'arhres et de feuillages sous un beau saule. Une natte sert à s^^j accroupir et reposer un instant. Depuis ce lieu on monte sur de petites éminences au N* du vallon et se dirigeant à PO. on vient bientôt en vue du Strymon, qui au sortir de la plaine de Kostendil tourne au S, et se jette à Va l à TO. de Koznitza- Han dans des gorges^ pourfran-
chir les basses hauteurs^ qui séparent les bassins de Kostendil et de Djoumaa.
Le Stiymon se passe sur un ancien pont de pierre d'une assez lourde construction et passablement bombé. En deçà se trouve le hameau de Schétirtza, d'où on n'a plus que deux lieues de plaine en partie cultivée, pour atteindre Kostendil. On rencontre Ternovlak et & 1 1. avant cette ville on passe au village de Bagren (le Bagrentz des cartes), où il y a un ruisseau, qui coule dans le Strjmon. La route d'abord au N. O* tourne ensuite à l'O. Non loin de la ville nous rencontrâmes des dames turques à cheval, dont Tune avait le visage découvert et d'une grande blancheur. Elle était suivie d*un domestique à pied et allait probablement inspecter ses champs. D'autres dames étaient à donner des ordres dans les endos voisins.
Kostendil, pron. aussi Ghioustendil, à 6 V^ d'h. de Doubnitza est une ville populeuse de 5 à 6000 habitans bulgares et musulmans. On y remarque assez de mosquées, une tour à horloge et bon nombre de boutiques. Les armuriers et les forgerons y paraissent surtout abonder. U y a plusieurs bains d'eau thermale hydrosulfureuse, dont les sept sources ont une température de 48 à 88 Vs** de R. Cette ville entourée de cimetières à l'O. et à l'E. est placée au pied septentrional immédiat d'une crête dénudée ou d'un contrefort des montagnes boisées plus au S., or à en juger d'après des débris de constructions dans les vergers sur la hauteur d'environ 300 p. il parait probable que la Justiniana secunda était placée, au moins en grande partie, au S. au-dessus de la ville actuelle, qui ne se serait formée que plus tard par les habitations élevées successivement autour de ses sources thermales. LeStrymon est à un quart de lieue de la ville et en deçà s'élève le mont escarpé de Koniavo (pron. Kogniavo), dont le sommet est applati et faiblement boisé. On voit depuis Koetendil la vaste échancrure, par laquelle le Strymon descend de la plaine verdoyante de Radomir dans la cavité plus profonde de Kostendil. Les montagnes, qui paraissent border cette sinuosité, ne se présentent que comme de basses hauteurs. Au pied du Koniavo se trouve au N.E. de Kostendil le village de Servegnano. La vue étendue depuis la cime du Koniavo a été décrite par Mr. Viquesnel. (Mém. Soc. géol. de Fr. 1844. N. S. Vol. 1, pag. 218.) La plaine du Strymon en grande partie cultivée peut avoir 1 à 1 Va 1. de largeur sur 3 1. de
long, elle est totalement déboisée et a une forme ovale et coudée dans ea partie S, E., tandis qu'àl^O, deKostendil^ elle se continue en talus insensible vers le bas coït qui conduit de cette ville dan i le baasin de la Biatritza.
L Nous fûmes logés à Ko&tendil chez un obligeant Bal gare, qui •"nous céda ?a maison. Une grande chambre avec un tapie, une galerie spacieuse et propre, une cour avec un mûrier, un hangard avec de grandes cuves pour la vendange, tout nous était abandonné à notre grande commodité. L*Ayan dulieu, le vieux Liman- Bey, parent du Pascha d^Ouskoub, noua reçut avec beaucoup d'à» mabilitéj une foie dans son divan et une autre fois sans cérémonie sur une estrade mesquine de bois dans sa galerie. Notre préaence ne le gêna point, pour décider en peu de mots un litige entre un Bulgare et un Turc. Ce bon vieillard paraissait avoir un goût décidé pour la muiique, car il avait une collection de montres, d'horloges à sonneries et de boîtes à musique. Il faisait ejcercer dea recrues albanaises et turques dans ea cour et se faisait battre le rappel jusques sur sa galerie. Depuis notre visite en IB30 Kostendîl a été détaché dn Paschalik d'Ouskoub, pour former un appendice de celui de Nisch.
K os tend il n'est qu*à rentrecroissement de deux routes» savoir celle que nous décrivons et celle de Radomir. Cette dernière travefse à gué le Strymon iKoniavo et longe l'eau en passant par la grande ouverture entre le mont Koniavo et les montagnes boisées en chênes vers la Bistritza, D'un autre part en montant au S, deKostendil sur les hauteurs déboisées il devient évident qu'il ny a dans cette direction qu^une série de montagnes en grande partie boisées et inconnues, dont la moindre hauteur dépasse 2000 p. et dont les plus grandes ont plus de Z à 4000 p. Elles occupent tout cet énorme blanc de la carte de Mr. Kîepert entre le Dovanitza et le Plaschkavitza et contiennent les sources-mères d'au moins neuf grand s cours d'eau entrautres du Brégalnitza, de la Bistritza, du Souschit^a etc. La direction de ces crêtes est celle du Rhodope et du Plaschkavitza^ le Dovanitza devrait avoir cette direction dans la carte de Mr, Kiepert. U y a là un petit monde de villages bulgares à découvrir. Dans tous les cas le terrain est très montagneux ou inhabité, ou il y a des Haidoukes, car sans cela les Ottomans, comme la poett;, ne feraient pas depuis Doubnitza le détour énorme de Kosteudil et d'Egri-Palanka, pour gagner Karatova.
On met une petite heure pour passer depuis Kostendil le col, qui mène dans la vallée de la Bistritza. Cette pente inculte est couverte de morceaux de rochers et un petit torrent descend du col, auquel on parvient par une route, où peuvent passer des charriots. La véritable ascension ne dure qu'un quart d'heure et on franchit un col sous un poste de gendarmes. Les bois du col ne sont que des bouquets d*arbres clairsemés. On est alors à une hauteur de 2480 p.. ou à 630 p. au-dessus de Kostendil.
Une descente courte et fort douce conduit de ce passage au torrent de la Bistritza, qui roule du S. ou S. S. O. au N. ou N. N. E. ses eaux dans un lit rempli de blocs de roches granitiques. On la passe sur un mauvais pont en bois, près duquel il y a un Han isolé, nommé Gerléna d'après Mr. Viquesnel, et on ne revoit plus la Bistritza, dont les sources n'ont point été relevées exactement. Elles se trouvent au S. dans un amas de montagnes boisées, dont les cimes se présentent sous la forme de pitons coniques élevés et très rapprochés l'un de l'autre. Ils sont composés quelquefois de roches granitiques. Une partie de ces eaux doit aussi provenir du versant oriental du Dovanitza. D^un autre part la Bistritza se grossitau N. des torrens sortant des montagnes duKourbetska-Planina et elle arrive au Strymon par un grand coude à travers des gorges dirigées de l'O. à l'E. et au N. du col entre Kostendil et la plaine, dont nous nous occupons. La cavité ouverte de la Bistritza est à 2280 p. de h. abs. et a environ 2 1. de longueur sur plus d'une lieue de largeur. Dans les prairies de ce petit bassin sans villages nous passâmes près de deux Hans abandonnés et rencontrâmes un Juif habillé à l'européenne, qui se rendait à pied de Scoutari en Albanie à Bucharest.
La traversée de la crête entre cette dépression et la vallée de l'Egridéré-Sou ou enslaveduKriva-Rieka (rivière serpentante) est un passage totalement impracticable pour des charriots et le côté occidental l'est encore plus que le versant opposé. Si entre Kostendil et la Bistritza on n'a qu'une hauteur d'un peu plus de 600 p. à passer, ce col de Dvelaberdan(?) (peut-être Bielobrdo) est à plus de 800 p. sur la Bistritza et 1362 p. sur Egri-Palanka. Cette petite plate-forme est dominée par des cimes boisées de près de 100 p. d'élévation. Elle n'offre que des pentes rapides et des sentiers toumans, qui sur le côté occidental sont profondement excavés et très en pente. De plus, ce chemin, plein de poussière en
Mi
éiéy vu la friabilité dee roches schisteuses, devierït tris boueux en hiver. On met environ V^ de L pour atteindre le eommet de l'arête, où se trouvent quelques prairies et on en descend psr des bois de chênes* Les montagnes plus ëlevées au S. et S,0. Bnx sources de VEgrldéré sont toutes eouvertes de bois toufiFuSi tandis qu'au N* la vue est gêuce par la crête la plus voisine*
L'Egridëré est un profond et étroit sillon » dont le torrent vient du S* E. du pied du mont Dovanîtza dVaainoins4000p.de hauteur, Mr. Viquesnel dit y avoir vu des taches de neige le 2ë juin. On y voyage tantôt sur une rive du torrent, tantôt sur l'autre, en se dirigeant àFO, S-0, La route est désormais de nouveau practicable pour des charrettes jusqu'à Kalkandel. Plusieurs petits ruisseaux débouchent du S. dans ce vallon et Tun d'eux à 1 L avant Ëgri-Palanka nous frappa par la couleur jaune de ses eaux, qui servent au lavage des rochers ferrîfères. Au milieu de ces bois de chênes et de hêtres et de cette nature si sauvage la richesse minérale des montagnes y a donné lieu à rétablissement de quelques petits hameaux cachés dans de hautes gorges* Une usine de fer s'y trouve même dans un vallon à plus d'une lieue au S. E de TEgridéré* Ce gîte de minerai est en rapport probable avec le voisinage des granités ou des roches porphyriqnes. (Voyez ma Turquie. Vul3, png. 61.) AIL avant Egri-Palanka est un Han»
m Egri-Falanka, à 1700 p. de h, abe* et à 7 h» de Kostendil, est une grosse bourgade de 2 à 3000 âmes, qui occupe un espace assez long et est traversé par le torrent de la vallée, qui coule dans ces lieux du N. N-E, auS,S.O, La rue principale présente surtout des boutiques d'armuriers, des fabricants de fers pour les chevaux et partout on voit des barres de fer> Il y a plusieurs fontaines, des cafés et certaines maisons sont ornées sur le devant de ceps de vignes. Nous y fûmes fort bien loges chez de bons Bulgares, qui firent tout ce qu'ils purent pour nous contenter. Mourtasan Beg, TAyan du lieu^ vieillard à barbe blanche, noue reçut à l'entrée du portail de sa cour assis sur une estrade ombragée par des ceps de vignobles. Il était habillé complètement à la turque et ne portait pas le Fess,
^ Ëgri-Palanka est un lieu abondamment fourni d'excellentes «aux vives et les habitans y ont conduit artificiellement des fileta d'eau depuis la montagne de Martini tza au S. Les pentes inférieures de cette dernière sont fort rapides, comme cela a lieu dana
la pinpart des yaUées étroites, qni ne sont au fut qne des crevasses, mais une fois cette partie dépassée on n'a plus qn'une succession de terrasses inclinées couvertes de bois et de pâturages pour arriver au sommet des crêtes. Nous remarquâmes sur ces hauteurs bon nombre de troupeaux et quelques habitations isolées dans une gorge au S. d'Egri-Palanka*
La vue depuis ces hauteurs est fort agréable* Vis-à-vis de soi au N. les montagnes d'au moins 2700 p. de h. abs. forment un véritable amphithéâtre, sur lequel on remarque surtout plusieurs petites buttes coniques probablement trachytiques et au milieu des boisy des hameaux, des champs et des pâturages. A TE* Thorizon est bordé par les crêtes, qui forment le prolongement de celles, où on se trouve et qui sont un peu moins hautes que celles au N. , tandis qu'au N.N. E* s'élève à 2 ou 3 1. de distance en ligne directe, un grand massif de montagnes, qui est occupé par des pâturages recouvrant plusieurs plate-formes inclinées et séparées par des escarpemens de rochers. Cette sommité obtuse est le roi des montagnes de ces environs et offrait encore au commencement du juillet deux taches de neige. Elle porte le nom général de Kourbetska-Planina et atteint une hauteur de 4993 p. La cime la plus élevée serait le Spatz. Mr. Kiepert a tort de figurer encore sur la carte un Egrisou-Dagh, qui n'existe pas non plus comme sommité. Il se trompe auesi en prolongeant son Tschnja et un de se» affluens si loin au N. E. entre son Spash et son Egrisou-Dagh. Le Spatz devrait être un peu plus à l'E. H n'y a qu'une crête entre la vallée de l'Egridéré et celle de la Morava, mais la Bistritza reçoit plusieurs petits afBuens du N. et N.O.
La route d'Egri-Palanka àKoumanovo, unedistancede lOh., descend pendant près de deux heures la vallée à 1*0. S. O. A sa sortie un rocher la barre à un tel point qu'il faut le franchir par une montée et une descente courte et rapide de 60 à 60 p. d'élévation. En deçà de ce petit défilé est le Han isolé deTasch-Han (auberge de la pierre, prononcé aussi Tschatsch-Han) et on commence à traverser la plaine triangulaire de Stratzin, qui est en partie cultivée en blé et maïs et a plus de 3 Va 1. de long de l'E. à rO. sur i k V/2 L de large. Outre TEgridéré elle est arrosée vers son milieu par le Rankovtza, qui coule dans le torrent précédent. Au N. sont des montagnes boisées d'environ 2600 à 2700 p. ou de 1000 à 1100 p. au-dessus de la vallée, leurs sommets rabattus
3oa
et trachyiîques contmetent avec les pointes dee crêtes schisteusea 8ur le bord de TEgridéré*
A 5 Va 1* d'Egrî-Palanka est sur le bord d*un ruisseau tri» btitalre du Rankovtza le Han î&olë de Stratzin (Stradscba), qui iî*eet qu'une misérable maison, où l'ombrage ehétif de quelques arbres était le seul endroit propre pour une couchée. Une bande noni- Ibreuse de jeunes femmes bulgares voyageant avec quelques hommes vinrent à passer et nous amusèrent quelques instans par leurs danses nationales exécutées en chantant. Les hommes ne prenaient pas part à cette récréation et s© contentaient du plaisir de regarder ces robustes campagnardes, qui quoiqu'ajant marché tout le jour étaient toutes disposées à danser, lors même que nous ne leur Eurions pas donné quelques litres de vin *).
Depuis cette auberge on commence immédiatement à monter
I pendant une petite demi-heure par une ancienne route pavée. Au haut se trouve une ferme avec un grand mur de clôture^ quelques maisons ainsi que les ruines d'un bâtiment peut-être turc. La vue de la plaine de Stratzin est champêtre et au N. O» du Han, nous remarquâmes une butte isolée dans la vallée. A 2 h. du Stratzîn- Han le village de Jélo est situé à gauche de la route au pied d'une de ces sommités trachjtiques. Du reste, en général depuis la ferme jusqu'à la vallée de Schînîé, la route continue à se tenir dans le haut des montagnes, environ au même niveau de 2500 p» Au N. régnent des cimes de montagnes applaties boisées et basses, au S. la continuation de leurs pentes et les ravins, qui en descendent, ce qui oblige asse^E souvent à de petites descentes et des montées. Parmi ces dernières celles de la protubérance avec la ruine sont les plus fortes. La plupart de ces vallons iont cultivés et ombragés de beatix arbres, sans qu'on puisse voir les villages, qui sont plus bas.
Le torrent de Schinié ou Tscbigna précédé d'une descente est bordé de cimes applaties et déboisées , qui se prolongent du S, au N, en n'offrant que des rochers. Il coule dans un vallon peu cultivé, se passe à gué et se décharge dans le Kriva-Rieka. De-
') L'Aabergîfite fut obligt^ de bçub procurer un repai complet et mSine lae pîjfa 00 toQrte, au^BÏ son compte fut-il ûêè^t enflé te leud^maîn, ce qui lui valut un petit eoDfïet de i&. p&rt de notre T&rtare k l'indignation de Serbes, qui qoub ■«compagn aient et qui peBAaieut en eux-inême«: quand âuiront une fois ct# humi- Iklifmi de» Ghr^ riens ?
pnis là on remonte eur nne plate-forme plus basse que la précédente et où est placé le hamaau de Vinitza. Plus loin en deçà de petites buttes doléritiques à cimes rabbattues et à escarpemens se trouve le village de Nagoritsch. Pour atteindre ce dernier, on passe entre deux buttes, dont celle du N. office sous les rochers noirâtres la ruine d'un petite église chrétienne ou d'un couvent.
Depuis ces hauteurs, comme depuis toute cette route en corniche dans les montagnes, on jouit de vues plus ou moins étendues sur rimmense plaine très peu accidentée de Moustapha entre Ouskoub et Istib, sur les montagnes à l'O. du Vardar et celles de Kara* tova. On voit aussi le Schar depuis Nagoritsch, qui n'est qu'à ly, 1. de Komanovo. Entre ces deux endroits règne un plateau aride et sec, où on ne voit guère que des bergers, lorsque le soleil n'y a pas détruit toute végétation*
Komanovo ou Koumanova (t. Gégligova) à 10 y, h. d*Egri- Palanka et à 653 p. d'altitude absolue est placé sur la rive occidentale d'un assez grand torrent, le Vélika-Rieka, qui prend sa source vers le col boisé conduisant à Vranja et afflue dans le Kriva- Rieka. Ce bourg de 3000 habitans bulgares est entouré de jardins potagers très bien entretenus et artistement arrosés. Les rues ne sont pas pavées et pleines de poussière en été et les murs de clôture en boue et paille.
Depuis la vallée très évasée de Komanovo on monte insensiblement, pour atteindre la plate-forme sèche et aride , qui est placée en avant de la crête allongée et boisée en chênes du Kara- Dagh (mont noir). Ce dernier atteint 2000 à 2600 p., tandis que le plateau ne paraît avoir que 800 p. de h. abs. ou 227 p. sur Komanovo et 300 p. sur Ouskoub. Cette terrasse a un terrain rouge argileux plein de cailloux et n'offre en fait de villages que ceux de Bara et de Mojantzi à distance de la route au pied de la montagne et à environ 4 1. de Komanovo. Depuis cette hauteur on domine aussi au midi la plaine de Moustapha. Au-delà de cette dernière on apperçoit la grande chaîne au S. du Brégalnitza, où on voyait encore le 4 juillet des taches de neige. D'un autre côté on apperçoit très distinctement les montagnes en deçà du Vardar, le Schar et les basses montagnes du Mlad-Planina entre cette dernière chaîne et le Kara-Dagh. Avant de descendre dans la vallée du Vardar, on passe près d'une fontaine d'excellente eau et bientôt on revoit des champs de céréales. A iy2 1. avant Ouskoub on traverse le village d'Ara-
tschina et à 1 h. plus loin on laisse à droite celui d'Hassam-Beg- Keui. Plusieurs autres villages s'apperçoivent de loin au N. O. sur le pied de collines à vignobles.
La route de voiture d'Ouskoub à Ealkandel ou Ealkandelen, le Tétovo des Slaves , longe le Vardar sur sa rive orientale en se portant d'abord au N. et N« O. On guée avec quelque peine le Lëpénatz à Zlotchisch-Han et on passe à 1 Ya h. d'Ouskoub le Vardar sur un pont à Sarai, où le Pascha a une maison de campagne entourée de murs assez ëlevés pour son Harem en été. On se dirige alors à TO. dans la vallée du Vlaïnitza, confluant avec celle du Vardar et courant parallèlement au Schar de 1*0. S. O* à TE. N. E. On est obligé à ce détour, parce que le Vardar ne sort de son bassin supérieur au pied du Schar que par un coude dirigé du N. O. au S. E. et par des petits défilés , où est placé une ruine du nom d'Oraskalé ou en slave Ledjen. Cette dernière serait pourtant une indication d'une route ancienne le bng du Vardar. Mr. Jouritchicb nous apprend que cet ancien château est composé surtout d'une tour et de quelques murailles. Il pense que c'est un ouvrage byzantin.
En avançant dans la vallée du Vlaïnitza, on observe que Peau coule environ de l'O. à E. et on guée ce torrent D est formé par la réunion de deux cours d'eau, dont l'un, la Dreska, vient des montagnes au S. O. et débouche à 1 V^ h. d'Ouskoub par une crevasse étroite au milieu de montagnes composées de rochers dolomitiques pittoresques. A la sortie de ce défilé est placé Tschischtova (l'Ischitschi des cartes). En remontant cette cavité on peut arriver dans le haut de celle du Zayas ou à Kritschovo. D'après ce que nous en avons pu voir de loin, les montagnes le long de cette vallée ne sont pas fort élevées, mais assez boisées. L'autre torrent est celui qui coule de l'O. à l'E. et qu'on remonte pour aller à Ealkandel. Le Schar, le Ljoubéten et le Eara-Dagh forment Tborizon au N., mais en avançant on les perd de vue.
La vallée qu'on suit n'a pas un quart de lieue de largeur et n'est que ça et là cultivée. Les montagnes, qui la bordent, sont peu élevées au N. , mais au S. le Vlaïnitza-Planina forme un assez bel amphithéâtre orné de bois et lié au mont Eartsohiaka à l'O. d'Ouskoub. Au-devant de lui sont des collines en partie cultivées et supportant des villages. De tous les côtés sourdent
deë oAux abondantes et fraicheë. La route dans la vallée est agréable, étant ça et là ombragée d'arbres (aunes, peupliers, etc.), tandis qu'en avant de son entrée on remarque des ponts enlevés, d'énormes mares d'eau, bref une négligence totale des réparations nécessaires. A 3 1. d'Ouskoub est un cimetière isolé et plus loin quelques maisons et une auberge avec des champs de maïs et des prés. AIL plus loin la route passe par un défilé de rochers de marbre et est en partie établie dans le torrent A l'entrée de ce passage est une garde et le vallon de Laskartschik y débouche du N. O. Nous y rencontrâmes deux charrettes couvertes et à quatre roues, elle recelaient des dames turques, cachées derrière les rideaux des ouvertures. Un homme armé était à cheval sur un côté de chacun de ces équipages cahotans et traînés par des bœufs. Ces voitures n'auront guère pu passer l'eau profonde du Lèpénatz sans que ces dames n'ai^it pas été mouillées.
Nous arrivâmes enfin à Groubschin ou Droupschin et plus loin à Dobrotan ou Dobrtza. Si on continue à remonter la vallée au S. O. on atteint bientôt un col assez bas, qui forme le partage des eaux entre le Vlamitza et l'eau du Tzrvinova, un affinent supérieur du Vardar. On y abandonne la vallée, qui se prolonge à l'O. et on tourne au N. pour passer le bas col de la montagne du Dervenska-Plaoina, qui a 1966 ou 2000 p. deh.abs. ou 1200 p. sur Ouskoub. Nous y trouvâmes une compagnie de Eiradgis faisant leur somme du milieu de la journée. Ce passage, totalement dénudé de bois, est rocailleux. Le Schar se présente au N. dans toute sa splendeur. A son pied méridional est la verdoyante vallée du Vardar, et presque vis-à-vis de son milieu crevassé est Ealkandel avec le Eonak d*été du Pascha, couronnant une butte de vignobles, ce qui forme une position très pittoresque. Les Slaves donnent le nom de Tétovo à tout ce district. Depuis le col on a bientôt gagné le Vardar, qu'on passe sur un pont en bois, mais entre ce point et Ealkandel on a encore 1 % 1. de pâturages si humides à parcourir que, malgré les bouts de pavés, il faut faire des détours pour éviter les fondrières. Un torrent sort du Schar derrière la ville et roule avec vitesse du N. au S. ses eaux grises et glaciales dans le Vardar.
Ealkandel ou Ealkandelen, le Tétovo des Slaves, à ÔV, h. d'Ouskoub et à 1300 ou 1400 p. d. h. abs., est une ville habitée
par des Baléares, des Musulmans et des Albanais; le quartier haut paraît être turc et le bas plutôt slave. Il peut y avoir 4 k 8000 ftmesy dont la moitié sont Serbes et Chrétiens grecs. L'in*» teneur de cette ville répond passablement à son extérieur» oar^ grâce au torrent, les rues n^ sont pas sales. Les habitations y <mt chacune un verger de mûriers, de manière que, vu de loin, cette ville a l'air enfouie dans un bosquet , d*où ressortent quel' ques minarets. Il y a deux Tscharèehiou ou rues à boutiques, celle d'en haut paraît surtout musulmane et contient un Café-Han délabré d'un étage, qui est en même temps la poste. L'autra Têcharschiou est bulgare et office une belle auberge. H s'y trouve autour d'une grande cour propre plusieurs chambres pour des voyageurs; les unes sont des rez*de»chaussée , les autres sont à un premier au fond de la cour. Un petit ruisseau d'eau vive entretient la fraîcheur dans la cour. Sous la porte-cochère est le local de l'aubergiste. En été on ne peut rien désirer de mieux en Turquie.
Quatre grands Konak existent dans la basse ville, l'un n'est qu'une énorme bâtisse avec de vastes galeries ouvertes en bois et ressemblant un peu à une maison bernoise. C'est une propriété du Pascha d'Ouskoub. Un autre est le véritable château entouré d'une haute muraille carrée avec des parties avancées en forme de tours et des meurtrières. Dans la cour sont une caserne, des écuries et un grand Konak en pierre avec une large galerie en bois. Un troisième Konak, bâtiment carré, blanchi et orné de peintures en fleurs, est le Harem du Fasoha et un quatrième Konak, vis-à-vis de ce dernier, est l'ancien palais et est occupé maintenant par les officiers du Pascha. Il est situé vis-à-vis du nouveau palais.
Nous fûmes toute de suite faire visite au Pascha nommé Abdourraham et frère du Pascha d*Ouskoub. Dans sa cour un officier turc exerçait des recrues albanaises encore dans leur eoetnme nationale. Son beau divan était orné du chiffire du Sultan sur un fond bleu de ciel. Un bel habit d'honneur, couleur ëoar« late, était étendu sur le divan vis-à-vis de lui et était un présent du Sultan. Le Pascha engagea deux de nous à aller eaoore le même soir avec lui pour voir sa favorite, qui était malade dans son Harem d'été. Néanmoins l'étiquette turque ne lui permettait' dénommer cette personne publiquement que sous le titre d'un ami*
MR
Xous inonrâmcs depuis Kalkandel au pic du Kobilitza ou Kobélitza (le Sternum des oiseaux), une des hautes sommités du Schar. On y arrive par une route établie avec art sur le côté escarpé et oriental de la grande gorge au N. de la ville, d'où sort son torrent. On passe ainsi sous le Harem d'été du Pascha pour gagner au-delà deux villages albanais placés sur la pente des montagnes et entourés de vergers et de champs. Le premier s^appelle Seltza et est presque vis-à-vis de Schipkovitza , qui est placé sur le flanc occidental de la gorge. Des bergers faisaient paître leurs troupeaux au bord du torrent, qui est à plusieurs centaines de pieds plus bas. Arrivé à Tendroit, où cette gorge se divise en deux» on suit le bord très élevé du torrent, qui vient du N. E. et on se rend au village guégue de Veitza, à 3216 p. d'élévation abs. et à environ de 3 V2 h* de Kalkandel. Depuis là il faut encore environ 3 h. pour monter à la cime du pic, qui forme une proéminence isolée au milieu de la chaîne dans une partie, où elle est traversée par les doubles crevasses débouchant à Kalkandel et par celles se terminant à Prizren. La première heure de la montée a lieu sur des pentes en bonne partie boisées en hêtres, où des bergers ont des huttes. Plus loin toute végétation forestière cesse et on s'élève au milieu des blocs granitoïdes jusqu'à la crête , d'où on met encore une petite heure à gravir à l'O. le pain de sucre gazonné et fort incliné, qui forme le mince sommet du pic. Cela me rappelait en petit l'ascension du cône gazonné du Mole en Savoie. Les rochers, ressortant ça et là de l'herbe , étaient ornés surtout de touffes de la belle Saxifrage moyenne (S. Média deGouan). On peut aussi y monter directement depuis le côté sud, mais cette ascension est double plus longue et fort rude. En juillet nous trouvâmes encore de fort grandes plaques de neige sur le versant méridional au pied du sommet. Au N. et N. E. régnent d'énormes escarpemens, qui empêchent toute accumulation de neige.
Le panorama depuis ce pic de 7389 p. de h. abs. est un des plus beaux qu'on puisse voir, car si la vue est bornée à l'E. et à l'O. par les cimes du Schar, qui s'élèvent de 7800 à 8100 p., au S. S. E. on apperçoit le Soagora près de Bitoglia en deçà d'un grand rideau de montagnes et même on entrevoit la place du lac d'Ochrida, tandis qu'au N. et N. E. on a sous soi toute la Métochie ainsi que la plaine de Kosovo et pour horizon les mon-
tagnes du Scordus ou d'Ipek et celles du Kopaonik en Servie. Au S. E. les montagnes paraissaient infiniment plus basses et on distinguait ainsi la vallée du Vardar. Depuis cette montagne on pouvait aussi suivre une grande partie de la route de Kalkandel à Prizren au moins depuis le col, car on ne pouvait pas voir ni Prizren ni la vallée, où est Véschal.
Nos guides albanais du Pascha ayant cru qu'un de nous s'était égaré sur la montagne, un d'eux y passa la nuit, tant les personnes craignent d'être punies pour avoir négligé la garde de ceux qui leur sont confiés. Après cette belle excursion, nous passâmes un jour fort agréable chez le Pascha dans son Harem d*été, où il nous fit servir avec tout le hixe d'un grand Seigneur. (Voyez ma Turquie. Vol. 2, p. 302 et 446.)
Le Paschalik de Kalkandel est un très petit gouvernement, qui ne comprend que le district de Tétovo, le revers septentrional du Schar, les vallées des sources-mères du Vardar, ainsi que peut-être la vallée de Vlaïnitza. Le fond de la population est bulgare et serbe et de la religion grecque, seulement un dixième peut être musulman et albanais. Le chiffire des habirans peut aller à 30 ou 40,000, parce qu*il y a un grand nombre de villages, dont plusieurs comptent beaucoup de familles, mais il n'y a qu'une ville et un gros bourg, savoir Kostovo (alb. Goustivar). Sur le côté non loin du Vardar est à 2 h. à l'Ë. S. E. de Kalkandel le couvent de Leschok, qui est placé sous le mont Plotscha. Un autre avait été fondé un peu plus à l'E. en l'honneur de St.- Athanase d'Alexandrie par le Knes serbe Lazar, mais il a été détruit de fond en comble par une inondation à la suite d'un terrible ouragan dans le Schar. On n'y voit plus que des restes de l'église et les moines se sont dispersés. Un peu au-dessous du couvent vient le défilé et la ruine de Lédjen (cuvette en lavoir en cuivre) indiqué déjà sur le Vardar. Les gens du pays lui attribuent une origine hellénique, mais le fait que le Tzar-Douschan y a cherché sa fiancée et le dit-on du pays qu'il apparte^ nait à un prince latin, c'est-à-dire, de la race romane, ne serait pas tout-à-fait sans fondemens. Cette résidence de hauts person"nages dans le pays de Tétovo peut aussi avoir donné lieu à la dénomination de Polog pour son entourage, la contrée autour de Lédjen formant le Dolni-Polog ou campement inférieur etle €k>mî-
est occupé par un grand rocher de schistes argilo-talcoides , qui semble avoir formé une fois un îlot dans le torrent, mais son lit s'étant approfondi d'un côté , cet isolement de la terre ferme a cessé. Quelques petits pâturages, propres pour des moutons» bordent l'eau non loin de là. La route continue à monter faiblement en corniche sur le torrent jusqu'au point, où ce dernier se divise, une branche venant du N. E. o.u des environs du village de Veitza et l'autre du N. O., le pic du Kobélitza et surtout son contrefort méridional formant la langue triangulaire de terrain ou réperon entre ces deux cours d*eau.
On est alors à 2 1. de Kalkandel presqu'à la limite supérieure des noyers et du maïs, car on se trouve déjà à 2789 p^ d'élévat. abs. Une fontaine, placée au bord de la route, invite à 7 reprendre de nouvelles forces. On commence ensuite à se diriger vers le lit du torrent du N.O. en se tenant entre des prés et la pente de la montagne, qui est tantôt rocailleuse, tantôt couverte de bocages. On descend un peu pour arriver à l'eau. A 200 p. sous le hameau albanais de Bodetz, sur la rive gauche du torrent et à V-j^ h. de Kalkandel, on passe ce dernier sur un petit pont en bois. Les habitans de cet endroit, célébrant une noce, saluèrent notre passage par des décharges de fusil et une musique de cornemuse et de grosse caisse turque. Vis-à-vis de ces maisons appliquées contre la pente escarpée de la montagne, cette dernière n'a pas encore perdu ces anciens bois comme c'est le cas près de Kalkandel. Des hêtres (Fagus aylvatica) y forment une forêt qui contraste avec les pentes dénudées, sur lesquelles passe la route. Il faut recommencer à monter en se tenant fort au-dessus du torrent bordé d'éboulis schisteux et après avoir tourné quelques pentes on débouche en face de Véschal, dont on est séparé par un profond torrent venant du N. O. On est obligé à cause des éboulis de descendre obliquement dans son lit au N. pour remonter de même au S. à ce hameau guége, qui est à 4 h. de Kalkandel. On y trouve un Han, le seul sur cette longue traversée.
Le grand torrent prend ses sources à une ou deux lieues à l'O. dans les sommités duKrivosia, où on napperçoit que des rochers, quelques places gazonnées et des points de neige même à la fin d*août. Il reçoit outre le cours d'eau de Véschal un autre venant du S. O., qui y débouche au S. E. de ce village. Un
troisième des affluens du grand torrent ^e 1*0. est un petit loours d'eau, qui descend du N. O. ou à TO. de Véschal et forme au-dessus de ce hameau une petite cascade* C'est le vallon de ce dernier torrent qu'on remonte pour passer le Schar.
Par une ascension rapide on dépasse les rochers, qui donnent lien à la petite cascade et on longe à distance de l'eau sa rive occidentale. Le vallon se rétrécit un peu et va se terminer entré des cimes à plaques de neige en une espèce de vaste cirque de Tochers et de verdure, où les bergers conduisent paître leurs moutons dans le gros de Tété. Quelques hêtres rabougris sur la montagne à TE. indiquent que leurs limites supérieures sur le versant méridional du Schar se trouvent à 4199 p. de h. abs.
Après qu'on a passé le torrent toujours en vue au bas du cirque élevé, on monte au col à 2V4 d'h de Véschal par un sentier décrivant trois grands contours sur une pente rocailleuse. Le col étroit à 6380 p. n*est dominé qu'à distance par des sommités à l'O* et à TE. De ce dernier côté le pic du Kobilitza et des cimes voisines ont l'air d'avoir encore 1000 p. d'élévation de plus que le col, tandis qu'à l'O. les cimes moins pointues du Babaschanitza sont encore environ 500 à 600 p. plus hautes. Si la vue depuis le col est limitée surtout au N. O. par les sommités environnantes, on distingue cependant au S. et au S. O. les montagnes entre la Macédoine et l'Albanie près de Monastir et on a devant soi au N. la chaîne des montagnes de Gouzinié, de Plava et dlpek, tandis qu'au N. E. s'élève à l'horizon le Kopacmik serbe en deçà des hauteurs de Prischtina. Plus près de soi on distingue les montagnes, qui séparent la plaine de Prizren de celle de Djakova et au N.O. on apperçoit deux ou trois profondes vallées et une montagne plus élevée que les autres, qui est le Schalé-Schoss ou Hass. Entre ce dernier et le mont Jalesch passe la route de Prizren à Scutari.
La descente du col au N. est en zigzag sur une pente faiblement inclinée à l'exception du voisinage d'un petit ruisseau au bas de la première descente immédiatement sous le col. Un cours "l'eau descend du S.O. et coule au N. E. pour se réunir au précédent en avant du pied du pic de Kobélitza. Entre ces deux principaux* torrens il 7 en a deux plus petits, qui se rendent dans le premier. Tous ces torrens réunis forment la Maritsa ou Maratsch, qui sort des montagnes sous le chftteau de Prizreii et tra»
su
verse la ville pour se rendre clans le Drim eu coulant d'abord au N. O., puis au N. N. O. La route suit le haut des pentes au N. du premier torrent, en changeant insensiblement de niveau et passant d'une zone froide à une zone tempérée. Le sol est rocailleux et couvert ça et là de buissons de genièvre. A 2 h. on atteint un endroit, où le sentier est resserré entre des rochers sur lesquels est placé à gauche un KaraouL H est assez probable que quelque petit fortin a occupé jadis cette place. Au-dessous se trouve une fontaine et une écurie, où il n'y avait personne à notre passage.
On apperçoit au loin à TO. un village dans la vallée et on atteint bientôt par une série de terrasses inclinées et couvertes de bruyères un petit bois de hêtres, qu'on traverse par un joli chemin. En hiver un petit ruisseau paraît couler le long de ce sentier digne d'un parc anglais. En deçà de ce bois et en continuant à se tenir sur le côté oriental de la crête, on tourne de l'E. à rO. autour du fond d'un grand cul de sac, au-dessus duquel croissent sur la hauteur quelques hêtres. Un village est placé à droite dans le fond du vallon. Enfin en tournant la montagne on atteint une énorme cavité, qui n'est qu'une sinuosité entre cette partie de la montagne et celle qui s'étend jusques sous le château et le haut de la ville de Prizren. Un affluent assez grand de la Maritza coule sur le côté septentrional de cette cavité en y recevant de petits ruisseaux du côté sud, de manière que pour atteindre le grand torrent il faut longer à TO. les pentes audessus de l'origine des ruisseaux, ce qui occasionne un détour d*au moins une heure. La dernière descente est seule rapide et exige de descendre de cheval; On franchit le torrent sur un pont et remonte tout de suite pour gagner au N. £. la crête pelée de la montagne, d'où on descend rapidement sur lé château de Prizren et le long des sommets, qui bordent à l'O. la vallée du Maratsch *).
') Il était nuit lorsque nous atteignîmes le cimetière serbe-balgare au-dcsi^us de Prizren et «es premières maisons. Descendus par les rues fort en pente dans la basse ville, nous ne savions comment y trouver l'unique auberge de cette ville, car personne ne se montrait dans les mes et il n*est pas trop d'usage d'aller taper après VAkschain à une porte de maison avant desavoir, qui en est le propriétaire. Heureusement nous savions que le Han était situé dans le bazar, mais pour traverser ces rues couvertes et tont-ii-fait sombres, il fallut descendre de cheval, risque à aller donner du nés contre les boutiques. A force ' de tourner les rues
Prizren, le Prizrendi des Albanais et le Përsérin des Turcs, est bâti à 1149 p. d'élévation absolue sur les deux bords delà Maritza (alb. Maratsch), ainsique sur le pied du Sohar, de manière qu'une partie de la ville forme un véritable amphithéâtre, au-dessus duquel trône sur un haut rocher l'ancien château fort, la résid^ce de certains rois serbes. Entouré de murailles crénelées et bien entretenues, ce dernier occupe un assez grand espace quadrangulaire à Tangle occidental du débouché de la Maritza dans la plaine de Prizren. Du côté du vallon étroit de ce dernier torrent le roc calcaire forme sous le château un précipice à pic de près de 200 p* de hauteur. (Voyez ma Turquie. Vol. 2, pag. 348.) Comme les environs sont plats, en partie cultivés et ornés de villages, la ville de Prizren est vraiment dans une position magnifique. Pour la bien apprécier, il ne faut pas la considérer depuis les dernière édielons du Schar, parce que la ville disparait presqu'à côté du vaste et riche bassin de la Métochiin, mais il faut arriver de Djakova ou d^pek. On voit alors tout de suite qu'on a devant soi une des plus belles et riches villes de la Turquie et on ait surtout saisi d'admiration par le contraste entre la nudité ou la sauvagerie de la chaîne du Schar à côté de cette vigoureuse végétation et population de la plaine. On comprend en même temps toute l'importance de cette ville, qui de tous temps a servi à tenir en respect le mélange des nationalités des plaines et des montagnes environnantes, tandis q^e diverses industries et son commerce de transit entre la Turquie et l'Albanie maritime ont contribué à grossir le nombre de ses ha-* bitans.
dn bazar une Ineur à travers une porte nous indiqua enfin immanquablement le lieu que nous cherchions. La vie qui y re'gnait dénotait le passage d'une grande Toie de commerce et contrastait singulièrement avec les rues désertes, que nous venions de parcourir. Une énorme cour était entourée de tous les côtés de bàtimens d'un étage avec des galeries et un nombre considérable de chambres. Plusieurs escaliers conduisaient de la cour aux galeries , oh étaient entassés comme dans la première des ballots et des caisses des marchandises. La vaste écurie était pleine de chevaux et il j avait un Ta et vient continuel de Kiradgis, de voyageurs et de garçons d*auberge. Néanmoins comme VAiuchctm avait commencé , malgré la grandeur de la ville, nous ne pûmes nous procurer pour le souper que àm oiufs, du pain et du vin. Les garçons nous avaient bien promît que noue auriona tout ce que nous voudrions, mais ils avaient oublié d'ajouter que no8 dénre ne senteat satisfaits que le lendemain. A chaque demande si telle ou telle chose était à aroir, un fatal ska (il n'y a pas) schkipe nous faisait entrevoir IHssue de notre enquête, et la viande, leur Misch. n'arriva en effet que le lendemaîa à diaer.
Prîzren eat à 13 h. postales d'Ouskoub, SV, h. de Djakova, 9 h. d'Ipek, 11 à llVili. de Prischtîna et 28 h. ou plutôt de 30 h. de Scutari. Sa population doit surpasser 26,000 âmes, car en 1838 Mr. Millier y comptait déjà 25,550 âmes dans 6000 maisons, savoir 18,800 Slaves surtout Serbes de la religion grecque, y compris environ 2000 Zinzares, 2150 Albanais catholiques, 4000 Albanais mahométans avec très peu de véritables Turcs et 600 Zingares. La garnison turque n'est pas comprise dans cette statistique et elle varie de 700 à 3000 hommes suivant l'état plus ou moins tranquille du pays. Elle possédait en 1838 une bonne bande de musiciens. Si Mr. Mûller ne disait pas positivement que les nombres donnés reposaient sur les registres de l'impôt du Haratsch, nous aurions cru qu'il avait exagéré le nombre des Slaves, ce qui n'est pourtant pas son faible ordinaire.
Cette ville se divise en trois quartiers ; le premier se trouve au S. de la Maritza et occupe en partie la pente, qui monte à la citadelle, de manière qu'une partie des rues est inclinée. C est là que se trouve le Konak du Pascha entouré de hautes murailles et formé surtout par quatre bâtimens en bois d'un étage autour d'une cour carrée et avec un jardin. A l'O. sont des cimetières turques et au pied immédiat du château des habitations de Zingares surtout forgerons. Au N.O. de ce quartier, nommé Souleimit, est celui d*£minit, où se concentre presque toute l'industrie et le commerce. Le bazar couvert se prolonge dans plusieurs longues rues ouvertes, dont^ chacune est occupée par un métier. Celles des armuriers et des selliers nous frappèrent principalement. Le quartier d'Ahmit surtout au N. de la Maritza est habité en bonne partie par les Chrétiens. On y remarque outre une ruine d'église la grande mosquée d'Achmed, qui n'est que l'ancienne cathédrale royale de Sveta-l^etka sous l'empire serbe. On y observe encore de belles grandes fenêtres et sur le côté septentrional on trouve écrit au moyen de briques les mots de Sabla srbski^ Sabba le Serbe. (Voyez ma Turquie. Vol. 2, pag 579.) L'église aucieiuie serbe de l'Assomption de Notre Dame a été aussi convertie en mosquée du St. Vendredi. Non loin de là est la poste aux chevaux, le Menzilhané, qui est un vaste édifice d'un étage avec beaucoup de chambres pour des voyageurs et une écurie avec plus de 80 chevaux. Maintenant cet hôtel est très délabré.
Les autres édifices du Prizren sont une dizaine de grandes
mosquées. Mr. Millier voudrait élever leur nombre total à 42. II y a de plus une tour à horloge, une petite église catholique romaine cachée à la vue et une église grecque. Prizren est la résidence d'un évêque grec pour T Albanie septentrionale et d'un prêtre catholique.
Cette ville n'est pas si sale que beaucoup d'autres de la Turquie, parce qu'une partie de ses rues sont inclinées et qu'elle est traversée par des cours d'eau vive et limpide. Us proviennent surtout de la Maritza (petite Marie) et portent les noms alaves de Velikay Malay et Sredna^Riehay c'est-à-dire de rivière grande, petite et moyenne. L'eau potable y est exquise, les rochers calcaires voisins en sont pleins et on voit couler des sources de tous les côtés.
Comme les plus grandes villes de la Turquie, celle-ci a aussi ses lieux de délassement, qui consistent surtout en des cafés sur le bord de la Maritza. Les uns sont placés dans le quartier d'Achmed sur la rive septentrionale de la Maritza non loin d'un pont en bois et de la cathédrale serbe. De hauts peupliers, des aunes et des platanes y produisent un ombrage impénétrable aux rayons du soleil, de manière qu'on peut aussi s'y promener sur un terrain uni et sablonneux. L'autre lieu de cafés est à la sortie de la gorge du Schar, par laquelle s'échappe la Maritza. Quelques platanes d'Orient y protègent d'autant plus agréablement du soleil que l'eau très courante y rafraîchit l'air par ses vapeurs et qu'on jouit de la vue des escarpemens sous le château.
En remontant la gorge tortueuse de la Maritza, on rencontre à environ 1 h. de Prizren les ruines d'un petit couvent, où jadis les Serbes ou Slaves allaient en pèlerinage. Serait-ce le couvent de l'Archange Michel, où le Tzar Douschan fut enterré ? D'après le moine Jourischitch il y aurait dans ces environs dans la montagne à V2 h. de Prizren, dit-il, trois églises grecques, savoir celles de l'Ascension, du martyre St. George et de l'Archange (^irondjet). Au-dessus sur un haut rocher sont les ruines d'un chfttean. Si on s'avance plus loin, on monte insensiblement sur les plate-^ formes calcaires, qui servent de route pour gagner la pente élevée du Ljoubéten, d'où on descend sur Katschanik. On y domine surtout la plaine de Kosovo et une bonne partie de la Mœsie supérieure avec ses chaînes limitrophes au N. et au S. Lorsqu'on 1837 nous étions sur cette route ou plutôt ce sentier* il était fort animé
par le retour dans leurs villages d'une foule de joyeux Albanais, que le Pascha venait d'armer et d'habiller à l'européenne. C'était une espèce de garde nationale ou le Rédîf, qui devait venir faire l'exercice de temps à autre à Prizren. C'étaient en général des jeunes gens et ils me laissèrent examiner avec plaisir leurs armes. Ces hauteurs sont habitées par une population robuste et mixte d'Albanais et de Serbes, les hameaux 7 sont cachés en générsl dans des gorges.
Si on veut sans tant de peines atteindre de beaux panoramasy on n'a qu'à monter sur les hauteurs derrière le château, où se déployé à la vue une étendue de plus de 10 lieues carrés d'un pays de plaine ou peu accidenté avec une foule de villages apparaissant parmi les champs, les prés et les bocages, tandis qu'à l'entour à l'O. au N. et N. O. s'élèvent de hautes murailles de sauvages montagnes depuis le Drim blanc près de Prizren jusqu'en Servie. On est frappé alors de la difiérence du caractère des montagnes alpines à l'O. et au N. du bassin de la M^'tochiia ou entre Prizren, Ipek et Tzerkoles d'avec celui des montagnes plutôt subalpines au N. du bassin de Kosovo. Ici de véritables murs calcaires à grosses têtes nues, là des séries de hauts gradins boisés, de roches schisteuses, en comparaison desquelles s'effacent presqu'à la vue les petites hauteurs entre la Metochiia et la plaine du Sitnitza. Une série de monts à contours assez doux forme seul le lointain vaporeux au N.E. dans la direction du Toplitza.
Quant au bassin même de la Metochiia ou entre Prizren, Djakova et Ipek, depuis ces hauteurs on voit parfaitement, comment des collines séparent la plaine de Prizren de la vallée du Soua-Rieka au N.E. comme de celle de l'Otscha à l'O., tandis que la plus grande portion de cette cavité reste au N. et N.E. des hauteurs de Djakova. (Voyez ma Turquie. Vol. 1, pag. 77.) Cette portion septentrionale est surtout arrosée par la Drima, la Bistritza d'Ipek, celle de Detschiani (Detschanka-Bistritza) et par le torrent au S. de Tzerkoles, en même temps qu'entre ce dernier et la Soua-Rieka il y a encore trois cours d'eau venant de TE. et N. E., dont celui le plus au N. porte le nom de Mirouscha et conflue au-dessous du débouché du torrent de Detschani.
Le Paschalik de Prizren comprend surtout la partie méridionale du bassin de Metochiia avec le district de Hass. S'il ne contient pas de bourgs, il compte beaucoup de villages, de ma-
nière que le Dr. Mûller peut avoir raison d'ëlever sa population au chiffire considérable de TS^OGO âmes, parmi lesquels il y aurait 29,000 Chrétiens. Le nombre des Catholiques et des religionnaires grecs ne doit pas différer beaucoup. Cette population comprend surtout des Serbes et beaucoup d'Albanais guégues, qui vivent dans les montagnes comme dans la plaine. Parmi ces derniers il est évident qu'il y a des Serbes, qui se sont transformés avec le temps en Albanais mahométans. Dans ce cas seraient une partie de l'ancienne tribu serbe des Hass. Il y a aussi un certain nombre de Zingares, qui n'ont qu'en partie des habitations fixes à Prizren sous le château.
Comme les Hans albanais entre Prizren et Scoutari ne tiennent pas de vin et qu'on ne trouve même de l'eau-de-vie et des poulets que dans quelques-uns, c'est l'usage de se pourvoir de ces objets ainsi que de riz et de pain pour ce trajet de 30 à 32 1. de route.
Le chemin de Scoutari passe sur de petites collines au pied du Schar et se dirige contre une haute crête, le mont Schalé- Schoss ou des Hassi, qui est séparé de cette chaîne par la vaste échancrure du Verbnitza. Après avoir reçu le Maratsch, leDrim blanc traverse la partie septentrionale de cette montagne, pour couler ensuite du N.E. au S.O. dans une fente profonde à son pied oriental. Cette montagne, nous le répétons, n'est qu'une portion détachée du Schar et du Jalesch par quelque grande convulsion naturelle et elle se prolonge auN.jusqu'à31. auN.N.E. deSpass. Des hauteurs dioritiques et serpentineuses sont placées à l'O. de Djakova entr'elle et l'extrémité des chaînes élevées au S.O. de Detschiani.
La route de Scoutari passe sur un sol graveleux, inculte et ça et là couvert de petits bocages de chênes. On franchit deux torrens, qui descendent du Schar. Le second s'appelle l'Otschai est à une lieue de Prizren et coule dans un vaste sillon transversal à la chaîne. Le Schar présente dans ce lieu des pentes de 2 à 3000 p. d'élévation et sur son pied est un petit col de S à 600 p. de hauteur, qui le lie avec la crête avancée du Hass, dont nous venons de parler.
En deçà de cette hauteur on arrive dans la vallée de. Verbnitza. Comme à Prizren, de belles sources sortent dans ee lieu des rochers du Schar et il y en a surtout deux trie abondantes, doiit
une produit un torrent, qui fait aller un moulin. On est alors à 3 h de Prizren et on apperçoit deux hameaux slaves , un de chaque côté à distance de la route , savoir Vlasno au N. et Soulki au S., tandis qu'en deçà du Drim un bâtiment en forme de Earaoul ressort du milieu des bocages sur la pente assez roide de l$i montagne. Q y a là un pont sur le Drim blanc, qui conduit aussi, à ce qu'il paraît, au Han Eeuprisi par le hameau de Brout et Rougova. Si ce côté de la montagne est trop escarpé pour receler des hameaux, il n'en est pas ainsi vers le pied de son versant occidental et surtout sur le côté oriental. C'est donc là, plutôt que dans la vallée de Verbnitza, que se trouveront les villages de Kroumé, de Poschtista et d'Itzem indiqués par le Dr. Miiller, parce que dans sa carte fort mal faite on a placé le Drim trop au Nord.
Plus loin, en continuant à voyager et monter insensiblement sur le bord élevé de cette cavité, on cherche en vain à suivre le cours du Drim, parce qu'il est encaissé dans un étroit canal. On traverse des prés et même quelques champs de blé, mais on n'apperçoit des hameaux que hors de la grande route , en particulier Grasdanika. L'un d'eux, nommé Louma, est placé assez pittoresquement au sortir d'une grande gorge du Schar, qui laissait appercevoir au mois d'août dans le Eoridnik des sommets gazonnés et couverts encore de plaques de neige. Un petit torrent en descend dans le Drim blanc. Depuis ce point à environ 4 1. de Prizren on a encore à franchir un autre petit col sauvage de 2600 p. d'altitude absolue et occupée par de la Serpentine, d'où on descend directement par des pentes boisées en petites chênes dans la vallée du Drim noir. U y a tant de sentiers dans ces buissons qu'on peut aisément s'égarer ; la route postale est celle à droite, qui descend en tournoyant vers les rives du Drim blanc et longe cette rivière jusqu'au pont en pierre sur le Drim noir, le Schivan Keuprisi des Turcs, V*Oura-ScIieit des Myrédites. Avant de descendre, on a une vue belle, mais sauvage sur une partie de la vallée de cette dernière rivière, à l'entrée de laquelle sont placés majestueusement comme des sentinelles les grandes et massives montagnes du Jalesch à l'Ë. et de l'Ibalea à l'O. Ce dernier est un peu moins haut que le Jalesch, qui, quoique sans aucune trace de neige en août» s'élève à plus de 6000 p.; mais les crêtes, qui suivent ces montagnes au S., n'ont pas. leur élévation. On ne voit point de mon-
ta^es avec des plaques de neige dans la direction dn S.O., tandis qu'il 7 en a dans celte du S.E., mais on ne peut les voir depuis ce col, parce quelles sont cachées par le Jalesch.
Si on veut, on peut aussi se rendre depuis ce col dons la vallëe du Drim noir à ^2 '• au-dessus du pont en pierre* Sur cette route on rencontre & une centaine de pieds au-dessus de la rivière dans les bois de chênes un très petit hameau albanais, qui serait peut-être le Kolé (vache) du Dr. Millier. Une fois descendu dans la vallëe, on voyage dans une espèce de petit bassin non cultivé, où le Drim occupe le fond d'un véritable canal naturel et garni de murailles calcaires. Le long de ses bords règne entre les bois et le canal une étroite terrasse. A 7% ^'^' au-dessus du pont cette dernière cesse sur le côté oriental et n'existe plus que sur la rive opposée, parce que des rochers coupés à pic sur plusieurs centaines de pieds de hauteur barrent le passage. En deçà commencent de purs défilés boisés, qui s'étendent vers le village Ibali sur la gauche de la rive; nous vîmes de loin de nouveaux étrangle'^ mens rocailleux. Le village de Gourasenda (des mots albanais (rotir, pierre, et Send^ chose, c'est-à-dire pierreux) serait caractéristique de la localité, si on était sûr de son existence, ce qui est douteux. Mr. Kiepert place un hameau du même nom au milieu du Myrédita. Il en serait à peu près de même du village de Stitza, car Stitzati signifie en slave rapprocher.
En deçà du pont en pierre sur le Drim noir est une espèce de petit château fort, servant de Karaoul; c'est Pavant-dernier poste militaire qu'on trouve sur cette route, les Myrédîtes n'en souffrant pas sur leur territoire libre. Un Derviche et un Kavas albanais étaient à la porte de cet édifice au moment que nous y passions, le Derviche pria le Tartare d'exhiber son Firman pour montrer l'importance de sa personne.
La route côtoyé le Drim noir, qui peu au-dessous du pont reçoit le Drim blanc et continue à couler dans un dë« filé escarpé et bordé des deux côtés de plate-formes calcaires, situées à 70 à 80 p. au'^dessus du niveau de la rivière. A une demi-lieue du Karaoul le Drim coulant du S. E. au N. O. tourne à 1*0. et se jette davantage sur le côté méridional que sur kl rive septentrionale, ce qui a engagé à construire un second pont sur le Drim, le Terzi Keuprisiy et à porter la route sur ce dernier côté. Néanmoins avec quelques travaux on aurait pu rendre.
praeticable la borge méridionale depuis le second pont jusqu'au Han-Kouprieî, où la route repasse par un troisième pont sur la rive méridionale. Nous avons déjà dit ailleurs (voyez ma Turquie, vol. 2, pag. 385) que ces trois ponts en pierre paraissaient anciens et étaient remarquables par Textrême hauteur et l'inégalité de leur arches. A chaque pont la plupart des cavaliers descendent de cheval, car outre la vue de l'eau très courante, le parapet de grosses pierres est très bas et le pavé très glissant.
Après le second pont on voyage sur une espèce de basse terrasse, qui borde le Drim et dont une partie est occupée par de beaux prés. Du pied des rochers calcaires sourdent dans un point d'abondantes eaux très fraîches et plus loin à 1 1. du second pont on passe à 200 p. au-dessous d'un hameau albanais appelé Rougova. D est perché sur la pente rapide de la montagne au N. comme certains villages malfamés dans les Abruzzes. On y distingue surtout une ligne de maisonnettes.
En deçà du troisième pont est l'auberge isolée du Han- Keuprisi ou l'auberge du pont. La partie de ce bâtiment, qui se trouve tout-à-fait vis-à-vis de ce dernier, a servi de Karaoul. On pouvait du premier tirer aisément sur ceux, qui voudraient essayer de franchir le pont , tandis que sur le bord de la rivière une petite muraille crénelée est destinée à d'autres tirailleurs. A côté de cette faible fortification albanaise on ne peut s'empêcher d'être frappé des moyens naturels de défense, qu'offre la nature depuis le confluent des deux Drims jusqu'à Spase. Quelques petites fortifications bien entendues derrière une rivière aussi large et aussi rapide que le Drim fermeraient hermétiquement la route de Prizren à Scoutari. C'est aussi un des remparts de sûreté du pays libre des Myrédites 0.
0 Nous troaTâmes assez de monde à l'aaberge da Pont, de manière que noos ne pûmes nous établir sous le Tschardak au-devant de la salle-cuisine. Nous fîmes nettoyer le sol plus loin et nous nous couchâmes à côté du petit mur crénelé en ayant soin d*aToir nos effets et nos armes près de nous, car l'aubergiste, un fin Albanais, ne cessait de nous dépeindre les environs comme pleins de Haidoukes. U était déjà onze heures qu'il se promenait encore en tenant dans la main un morceau de bois résineux allumé pour faiie croire aux brigands, qu'ils trouveraient assez de monde pour leur tenir tête. Frappés de cette persistante monomanie de voir des voleurs, nous résolûmes de veiller chacun à notre tour jusqu'à ce qu'il recommencerait à faire jour, ce qui nous fit passer une mauvaise nuit. Le compère avait gagné sa cause, car il voulait tout simplement effrayer les
La route de cette auberge jusqu'à 8pa8s longe toujours le courant fort et grieâtre du Drim. Tout près de l'auberge on passe un torrent venant de l'O. Un second torrent courant parallèlement à celui-ci, se trouve plus loin et près d'un Han isolé. Le chemin commence déjà à devenir très mauvais et pierreux à cause
Turcs et les. confirmer dans Tidée que le pays de Myrédita est un terrain im]>énétrable et plein de brigands. La même comédie se renouvella plusieurs fois en Albanie, mais les aubergistes cbangérent bientôt de ton et se mirent eux-mêmes à rire (a. Kesck), quand nous les mystifiâmes en amplifiant encore les dangers imaginaires de leur pays. Néanmoins ces idées préconçues sont tellement répandues que lors de notre départ de Frizren un ofâcier turc se joint à notre caravane pour faire le voyage de Scoutari et qu'un négociant grec, qui avait à aller porter de l'argent à Scoutari, en aurait fait autant, si nous avions pu l'attendre.
La vérité sur la sûreté des routes en Albanie nous paraît être qu'il ne imt pas s'y aventurer seul et surtout chargé d'argent et sans savoir l'albanais, mais qu'une caravane, même petite, y est en pleine sûreté, surtout s'il y a quelques Albanais comme guides (Kalaouë). Quand on voit l'état sauvage dans lequel se ' trouvent les districts montagneux de l'Albanie, et qu'on voit des gens réduits au plus stricte nécessaire, enveloppés sans chemises dans de grossiers vêtemens de laine blanche et armés tous de pistolets et de fusils k longue portée, on doit vraiment s'étonner qu'il n'y arrive pas plus de brigandages. Cependant nous pensons que dans l'Albanie septentrionale il n'y a guère de bandes de brigands j s'il se commet des méfaits, c'est plutôt l'effet des tentations momentanées, auxquelles succombent ces pauvres gens. C'est pour cela qu'il faut en Albanie plus que partout ailleurs éviter de les imluire au crime, pour ainsi dire malgré eux. Loin de les croire méchans par naturel, nous ne voyons en eux que l'homme vigoureux, k peine échappé k la vie sauvage des forêts, et tant qu'existera entr'eux la loi du sang, et qu'ils seront sous un joug haï, ils resteront armés et seront enclins a devenir aisément rébelles et brigands. Mr. de Hahn nous confirme ceci en nous apprenant que la loi du sang disparaît dans l'Epire depuis le désarmement de cette partie de l'Albanie.
D'un autre part en remontant dans les temps anciens on voit que les mon* tagnes d'Albanie ont été constamment le refuge de leur population , lorsqu'elle était obligée de subir un joug étranger dans ses plaines maritimes. Ainsi parait s'être comporté lors de la domination romaine ce beau peuple, un des plus anciens de l'Europe et telle a été la conduite de la nation que commandait Skanderbeg. La côte maritime et les plaines se sont dépeuplées, ou les Albanais y ont été remplacés par d'autres habitans, tandis que, pour rester plus ou moins libres, ils ont renoncé aux avantages de la civilisation qu'ils avaient déjk pour aller ae cacher dans les montagnes et y redevenir demi-sauvages. Avant de partir du Hao Kenprisi nous eûmes une occasion de vérifier la bonté de caractère des Albanais; un voyageur Arnaoute avait pris avec lui quelques oranges, me voyant indisponé, sans m 'avoir dit autre chose que i4^n/ «moiinr/? (êtei-vons malade ?), il s'empressa de me faire présent de quelques-unes.
dee diorites et ça et là ce n'est même qu'un sentier de rocher^ entaillés. Â y^ de 1. du Han-Eeuprisi on passe un troisième torrent venant de l'O. et à y^ 1. plus loin un quatrième. A 2y^ 1. du Han-Keuprisi est une auberge isolée dans un vallon, où il 7 a quelques champs de maïs et un grand torrent venant de rO« et roulant beaucoup de cailloux noirs dioritiques. Ce dernier s'appelle Kolini et se passe à ^j^ de 1. de l'auberge. A cette dernière nous trouvâmes quelques Albanais, dont l'un d'eux était un mar* chand de Belgrade» Il nous offrit deux beaux melons d'eau avec cette grâce naturelle à tous les habitans de la Turquie, quisem-* ble dire : Je ne vous demande nullement de remercîment, car ce que je fais est tout simple, quand on a, on donne à son semblable et en Turquie il est bien peu de campagnards , qui soient assez dénués pour ne pouvoir pas rafraîchir gratis (sl. Bedschava) un passant.
Entre ce point et le poste de Spass on a une assez forte montée et une descente. Une partie du bâtiment du poste est une auberge, au-devant de laquelle étaient établis une douzaine d'Albanais, se disant Mahométans, parmi lesquels il y avait une femme. Ils étaient des environs de Djakova, ils voyagaient à cheval et allaient en pèlerinage à la Mecque par la voie de Scoutari. En 1836 et 37 ces sortes de voyages servaient quelquefois à déguiser l'embarquement de recrues albanaises pour le Pascha d'Egypte.
A Spass on quitte le Drim, qui continue à couler dans une profonde fente au milieu d'escarpemens de rochers , qui sont^ dit-on, les plus hauts vers la rencontre de la crête du Eiapha- Mnla avec celles sur les côtés de la vallée de Schalia. Il n'est pas douteux néanmoins que des sentiers difficiles, il est vrai, longent le Drim , mais cela a lieu au moyen de grands détours ou même avec des interruptions complettes. Il y a dans les gorges sur les bords de cette rivière divers villages, qui ne sont pas séquestrés du reste du monde et j'ai vu moi-même de leurs habitans se rendant ainsi chez eux. Si cette rivière n'était pas navigable pour des bateaux à la remonte, au moins on pourrait y faire descendre sur des rats d'eau, des bois et des produits agricoles.
Contrairement à l'idée de Mr. de Hahn que la nature a dépourvu la partie septentrionale du Myrédita de moyens de communication, l'impossibilité de longer commodément le Drim y est
remplacée par deux longues vallées, qui descendent en sens contraire du mont Kiapha-Mala et ouvrent ainsi une voie assez aisée entre le Drim noir et la plaine de Scoutari ou de Lesch. La difficulté de ce chemin ne vient que des habitans, qui n'ont pas voulu qu'une bonne route traverse leur pays, ou de l'indolence des Turcs, car il serait assez facile d'y établir une chaussée pour des voitures et même les pierres dures (jaspe et diorite) des environs formeraient d'excellens matériaux de routes, au lieu d'embarrasser un sentier de cavaliers et d'obliger très souvent d'aller au pas. Après Spass on se dirige à 1*0. le long des hauteurs et on voyage sur une espèce de corniche très peu élevée jusqu'à ce qu'on atteigne à Ya h. de là le grand torrent de Jost, qui coule du S. au N. dons le Drim. Cette rivière elle-même près de Spass se dirige de TE. à l'O* La carte de Mr. Kiepert donne à la montagne à l'O. le nom de Skan, qui peut être le véritable et expliquerait le nom de Skanje pour la tribu albanaise de la vallée du Saphouscharé. '
En deçà du torrent, sur le bord duquel il y a quelques petits enclos de maïs, on commence à monter sur les plateaux du Myrédita ou pays des Myrédites ou Myrdites. On met environ 1 y2 ^' pour arriver au haut des premières terrasses au moyen de sentiers tortueux et profondement en caves dans un sol graveleux ou sableux et lavé par les eaux pluviales. Des bois de chênes et de hêtres couvrent ces pentes sauvages. Vers le haut on a bientôt des vues très belles sur les cimes en partie neigeuses au S. et N. O. de Toli-Monastir. On peut suivre même leur prolongement jusqu'à ribaléa et au Jalesch , qui forment un objet principal du payéage.
L'auberge isolée de Soukat ou Sakat est à 2 grandes lieues de Spnss. Ce n'est, comme la plupart des Hans de ces montagnes» qu'une vaste écurie en bois avec un petit compartiment pour l'aubergiste, quelquefois même cette portion n'est séparée de l'écurie que par un treillage de bois. A notre arrivée nous y surprîmes la femme et les enfans de l'aubergiste, qui se prétendait Musulman, peut-être tout simplement pour attirer chez lui les voyageurs turcs. En un instant toute la famille avait disparue dans la campagne et l'aubergiste restait seul avec son jeune garçon, néanmoins il nous procura des poulets et même du lait, ce qui semblerait indi'juer un hameau caché dans les montagnes près
de là. En effet, Mr. le Dr. Mûller place Kouloumri avec 30 habitans à % h. à TO. de Sakat et assigne même à ce dernier liea 4 maisons et 13 habitans. Les géographes regretteront probablement que nous n'ayons pas des renseignemens plus positifs, miûs il ne faut pas oublier que les Myrédites, comme tous les Albanais indépendans, ne sont nullement disposés à donner des renseignemens sur la position de leurs villages surtout en présence des Turcs ^).
On continue à voyager à l'O. sur cette espèce de plateau élevé en y tournant ou franchissant de petites éminences et des petits ruisseaux , qui paraissent se rendre au S. dans le grand torrent près de Spass ou contribuer à former du moins un de ses principaux affluens. C'est depuis ces hauteurs en partie couvertes de bocages ou de petits bois de chênes qu'on a une vue mngnifique sur les hautes crêtes entre Ipek et le Monténégro. On entrevoit très distinctement au pied S. E. du Proklétia la profonde et large excavation de Schalia entre les plateaux calcaires, rugeux et à plaques de neige des montagnes Malsores s'étendant de Detschiani à Schalia et Elementi, tandis qu'à l'O. sont les montagnes un peu moins élevées et sans neige du Monténégro* Derrière l'entonnoir de Schalia s'élevait une longue crête de cimes calcaires très déchiquetées et nues, dans les crevasses grises desquelles on observait de la neige même à la fin d'août. En regardant les cartes on a peine à se figurer la réalité de cette vue, parce que les pentes des montagnes au N, et au S. du Drim y occupent trop de place et que les distances ne sont pas si grandes qu'on le croirait d'après les cartes et surtout d'après celle de Mr. Kiepert, Sans cela comment serait-il possible d'appercevoir depuis la dite route les pentes conduisant au Drim.
Près d'un Han isolé, où il y a quelques noyers et qui est probablement le Zandj du Dr. Miiller, nous rencontrâmes un Albanais mieux habillé que les autres, c est-à-dire en costume national avec son gilet et sa jaquette rouge écarlate, sa jupe de toile et
') Nous avions beau demander comment s'appelle ce village? (Silikaton o$cht katoun ou keuf), cette vallée {Proua onPoscht), ce torrent {Sour), où en est le chemin? (kou escht ouda f ou kou escht otisrda f) . est-ce loin ou près ? (jyhschati oscht Ijarh a oscht fjhj'atf), de quel côié? (moutsch kral?), h droite {md^iast) ou îi gauche {meschemok ou aolak), il faisaient semblant de ne pas nouti comprendre ou repondaient cxprcb d'une manière aussi vague qu'un diplomate, qui ne veut pas se corapromettre.
sa petite calotte rouge. U était Catholique romain et parut voir avec plaisir des Chrétiens non grecs. Arrêtant notre cheval par la bride, comme le ferait un voleur, il nous frappa sur Tépaule en signe d'amitié et parut fier de nous montrer à une dizaine de Myr édites» qui tous étaient sans chemises et sans bas et simplement en culottes et redingottes sales de drap blanchâtre. Je suis ton frère, je suis de ta nation {am vla^ ou giom laou jout) s'écriait cet homme, qui nous dit être un aubergiste à quelques lieues de là et se nommer George. Vraiment, on ne pouvait pas trouver extraordinaire la frayeur du Tartare de nous voir entourés de cette troupe, qui, transportée hors d'Albanie, n'aurait pas mal ressemblée à un ramas de bandits armés, mais il 7 entrait aussi un peu de crainte pour sa pr(»pre personne, lui, Musulman, isolé au milieu de ces Ilaidoukes. Les Bulgares ne sont pour les Ottomans que desGhjaours, mais les Albanais ne leur paraissent que des brigands, parce qu'ils ne veulent pas payer d'impôts et que de leur nature déjà peu polis, ils sont trop souvent grossiers avec les Turcs. N'est-il pas tout naturel d'après cela qu'un Ottoman accompagnant des Européens est aussi choqué de voir ces mêmes Albanais fraterniser avec ces derniers. Nous ayant suffisamment amusé en secret du dépit de notre guide, auquel George disait froidement d'attendre (prid), nous quittâmes à regret nos Guégues en leur serrant affectueusement la main; mais le temps pressait et les lieues sont terriblement longues par de si mauvais chemins. On descend après cela petit-à-petit dans le lit d'un grand torrent, qui coule de l'O. à TE. et on le remonte pendant une heure jusques près de Vlet ou Phliet, hameau composé de 19 maisons éparses avec 16 familles catholiques et 9 mahométanes 0* A y4 d'h. avant ce lieu on quitte le torrent pour suivre le cours d*un de ces affluens, qui descend du N. O. du mont Kiapha-Mala (eu albanais Mont du col), tandis que le grand torrent preni! sa source encore plus à TO. dans le prolongement méridional ou plutôt S.O. de la même crête.
A Phliet, à 2066 p. de h., il y a deux auberges et deux ou trois autres maisons visibles dans le vallon, qui est occupé par des prairies, tandis que les pentes du Kiapha-Mala à 10. et celle
*) La dénomination de Vlet ou Phliet peat Tenir dn mot sla^e Pletêch, dot de mont, à moins qu'on puisse le dériver du mot Hlbanais Pklé, dormir, ou mém«
df PhUta, feuille.
des montagnes au S. du grand torrent sont garnies de sapins et de pins. La ruine d*un petit château y paraît aussi exister, si je ne me trompe pas. Nous nous établîmes dans l'auberge inférieure, qui est la meilleure et qui offre à côté d'une grande écurie un Tschardak très propre avec un grand fauteuil en bois, le Phron des Albanais* (Voyez ma Turquie, vol. 2, p. 274.) C'était la première fois que nous vîmes ce meuble, qui se retrouve dans bien des auberges catholiques d'Albanie et qui paraît destiné au curé dans ces tournées ou aux Giobare 0 et Pliake ou anciens des village». Les pèlerins turcs nous avaient devancés et avaient occupé le Tschardak, où ils nous édifièrent plusieurs fois de leurs chants et de leurs prières. D fallut donc nous contenter d'une grande estrade trouée en bois et sans toit, mais établie sous un beau noyert Du reste, il manqua ni de poulets ni d'œufs, mais le vin et le pain apportés n'étaient pas de trop , car il n y avait même pas d'eau-de-vie et le pain était de maïs. Mr. Kiepert figure dans la montagne au S. de Phlet un hameau du nom de Phouscharsit (de la plaine) et appelle Monilia l'arête, qui sépare à rO. de l'Ibaléa les eaux de Phlet de celles du Phandi. Ces renseignemens n'offrent rien d'impossible. Il en est de même des noms de Bitza et de Schintit, qu'il donne à des sommités au S. de l'Ibaléa.
On met une heure et demie pour monter par un grand contour et des pentes roides au col du mont Kiapha-Mala, qui a 2638 p. de h. et est dominé au N. par des cimes de 800 p. La route est toujours dans les bois de conifères et la descente à 1*0, a lieu dans la partie supérieure du lit d'un torrent, qui coule de l'E. à l'O. C'est une partie très fatiguante de la route, parce qu'on ne cesse de tournoyer au milieu de cailloux mobiles, et arrivé en bas, on marche complètement dans le lit du torrent en le traversant plusieurs fois* Si la route jusques là est mauvaise, celle depuis ce point jusques au-delà de Doukan-Han est exécrable à cause des pierres à angles aigus et des escaliers de rochers ou des sentiers tortueux et excavés au milieu des éboulis. En général, de Spass à Doukan-Han ce n'est que ça et là qu*un cavalier peut aller au trot, la plus grande partie de la route ne se fait qu'au pas et les oouriers même sont obligés de se soumettre à cette
') Voyez: Albuneitische Studien de Mr. de Hahii, page 175,
dure nëccâsîtë. C'est un véritable supplice, surtout en été, car outre qu'on sent, pour ainsi dire, chaque pierre, contre laquelle le prudent cheval se tient en garde, chaque fois qu'il lève ses pieds, on est exposé à un soleil brûlant sur un terrain déboisée ou nullement ombragé par de petits chênes. Toute la route de Prizren à Scoutari est malheureusement établi sur le côté N. de deux vallées bordées de rochers dioritiques ou serpentineux, noirâtres ou rouges et absorbant extraordinairement la chaleur des rayons solaires.
Au milieu de cette nature désolée, de ces hideux rochers et de ces éboulis est un moulin (a. moulini) isolé avec un champ de maïs. Nous y rencontrâmes une vieille femme albanaise, qui avait l'air de la misère personnifiée, quoiqu'elle ne demanda pas l'aumône. C'est dans ces lieux qu'on remarque les premières masses considérables de jaspe rouge, qui donnent lieu à des escarpemens rouges totalement dénués de végétation comme en Italie. Plus loin il y a quelques petits champs de maïs auprès d'une auberge peu fréquentée et qui était fermée; c'est dans ces lieux que nous aurions dû apperccvoir, d'après le Dr. Millier, un groupe de IS maisons avec 80 habitans mahométans sur le côté N.O. du Kiapha-Mala. Le hameau de Brdet (de Brdoy mont) du Dr. Mûller doit être aussi dans ces environs. Le torrent du Eiapha- Mala tombe à 4 1. de Phlet dans un plus grand, qui coule du N. au S. et qui conserve de l'eau dans les plus grandes chaleurs. En deçà de son large lit, rempli de cailloux, est à 1S4^ p. d'élévation Vauherge isolée du Latin-Han, où nous fûmes obligés de nous arrêter par suite d'indisposition et malgré l'avis du Tartare. L'aubergiste et les Albanais catholiques présents parurent bien disposés en faveur des Européens et surtout des Allemands, confondant sous ce nom toutes les peuplades germaniques comme leurs correligionnaires. Bs nous indiquaient par des signes de croix leur confraternité et nous donnaient en même temps à entendre, qu'accoutumés dès leur enfance au maniement des armes» ils savaient faire respecter des Turcs l'indépendance de leur chère patrie le Myrédita, qui s'étendait au loin et avait son chef.
D'une autre part l'aubergiste, au moins malgré ses signes de croix, voulait se faire passer auprès du Tartare pour un Musulman, nommé Hassan. Si celui-ci avait su 8*appatrier très bien avec les Bulgares, ignorant l'albanais, il ne pouvait pas se mettre
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de même dans les bonnes grâces des Myrédites et eut recours au vin pour entretenir au moins l'aubergiste en bonne humeur. Néanmoins à la nuit tombante , ayant été au bord du ruisseau pour se laver, nous surprîmes un Albanais, qui tirait et armait son pistolet dans l'intention très suspecte de vouloir tuer à l'improviste notre courier. Nous nous hâtâmes d'approcher et d'avertir notre Tartare du danger qu*il avait couru. Nos Guégues de leur côté trouvaient tout naturel ce désir d'expédier un Turc et voulaient nous engager à y prêter la main. Les Albanais, surtout catholiques» ont eu tant à souffrir de leurs vainqueurs, les Turcs, que ces derniers ne leur apparaissent toujours que comme des ennemis, pour qui cessent les droits de l'humanité et auxquels s applique la loi du sang. Le lendemain l'aubergiste nous fit encore toutes les politesses qu'il pouvait, il nous fit apporter le grand fauteuil pour y déjeuner à notre aise, mais il tâchait toujours de nous parler hors de la présence du Tartare.
Après le Latin-Han la route se tient sur une terrasse assez élevée au-dessus du grand torrent, qui venant du N. tourne ensuite de l'E. à l'O. Le nom de ces lieux est Phousch-Ars, c'està-dire, le plateau cultivé de Phouschéy plaine, et arré, champ. Entre le Latin-Han et le Skala-Phouscharé on passe surtout un torrent venant du N. et on rencontre à environ 2 1. du Latin-Han deux autres auberges isolées , dont les propriétaires étaient aussi abseus. La Skala-Phouscharé (l'escalier de Phouscfiaré) est une crête rocailleuse, qui barre la route avant d'atteindre le torrent de Râpé, où il y a, dit-on, trois maisons isolées. On n'en peut faire la tour, parce qu'elle se termine au S. et au bord du grand torrent le Saphouscharé (eau du Phouscharé) par des précipices. U faut donc la franchir, ce qui a lieu par un sentier tournant si profondement excavé qu'il faut bien faire attention de ne pas s'y engager avant de savoir, si on n'y rencontrera pas quelqu'un. En descendant un troupeau de bétail nous aurait mis dans un grand embarras, si ce côté n'avait présenté, comme l'autre, qu'un sentier.
Le torrent de Râpé est un cours d'eau considérable, quand il pleut, il vient aussi du N. et coule dans la vallée du Saphouscharé, qui continue son cours à l'Q. jusques vers Doukan-Han. Après avoir traversé les gros cailloux diallagiques du torrent de Râpé, on remonte sur une terrasse élevée par un sentier ondulé au milieu
de rochers et d'éboulis. Un cheval de bât y gisait immobile, le chemin s'étant trouvé trop étroit pour sa charge, il s'y était à la lettre enchevêtré et attendait tranquillement qu'on vînt le dégager. Il faut savoir que les Kirardgis albanais, conduisant de nombreux caravanes de chevaux les laissent souvent marcher seuls à de grandes distances devant ou derrière eux.
Après cela on continue à longer la pente des hauteurs en décrivant des contours nombreux à cause des petits torrens et en montant insensiblement toujours plus haut. L'auberge isolée de Eervet-Han (probablement du mot albanais Kervéy baquet pour les chevaux) est à environ 1 lieue de Râpé, Depuis ce «point la vue est bordée au S. par une grande sommité allongée de l'O. à r£, et boisée ou en pâturage. Ce serait environ là, où Mr. Eiepert a mal placé le Vélilesch, qui est plus à l'O. Au N. il 7 a des vallées profondes, La première serait environ, où les cartes indiquent le mont et le district de Kéroubi ou Eérouba, dénomination dérivée probablement du mot albanais de AVrouor^, signifiant pur ou chaste. En deçà de cette auberge la route décrit de nouveau des contours, descend et monte par des sentiers étroits et très mauvais* Dans ces lieux nous vîmes un cheval chargé glisser et rouler dans le précipice. D fit deux tours sur lui-même et descendit à une vingtaine de pieds, et malgré cela il se releva et revint de lui-même sur la route, lorsque nous croyions tous qu'il était fracassé. Dans un point on trouve un bout de pavé, dans un autre on voit à distance une église catholique romaine dans le fond de la vallée du Saphouscharé.
On passe plus loin sur des pentes, qui sont souvent couvertes de chênes peu élevés. C'est sur une de ces petites plateformes qu'est situé une auberge isolée et même quelques maisons, le seul petit hameau myrédite qu'on rencontre ou plutôt qu'on apperçoive sur cette route. H m'est impossible de décider si c'est le village que Mr. Miiller appelle Pouka ou si c'est celui de Schoret. Sur le plateau le plus élevé est le Han de Poucha-Han (de Boukéy pain) à 3 1. de Doukan-Han et à peu près autant de Kervet-Han. Prévoyant le cas possible qu'il n*y aun^t à l'auberge de la couchée ni poulets, ni œufs, nous nous mîmes à crier : Hanghi schiadet! Akéni aogi Akéni vil Akéni toml Akéni bouki Akini ilip ou élp! Sortez aubergiste I Y a-t-il des poulets, des œufs, du lait, du pain, de Torge? A ces exclamationh l'aubergiste myrédite
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sortît de sa case et nous répondit que oui (ATa, il y en n) sans nous dire bon jour, comme le font ordinairement les Turcs, les Slaves et les Grecs. Puis il ferma la porte de Técurie et la petite porte de la partie, où il se tenait et on commença en règle la chasse aux poulets. Malheureusement il y avait des trous dans les planches du toit, de manière que le second poulet ne fut obtenu qu'en le traquant en règle dans les environs et en lui cassant une patte avec un bâton. Le Poucha-Han est sur un pâturage sec et immédiatement sur la pente du petit sommet boisé voisin du mont Poucha ou Pouka à 2201 p. d'élévation abs. Ce dernier est au N.O, et s'avance en forme de promontoire entre deux vallées, savoir au S. celle de Saphouscharé courant à TO. N. O., et au N. un vallon étroit boisé courant à TO. S. O. (le Zemfil du Dr. Millier?), où nous crûmes appercevoir quelques maisonnettes. En deçà du Saphouscharé la vue est bornée encore par la même grosse montagne verte, sur le pied de laquelle sont plusieurs vallons courant du S. au N. et de TO. à TE. Au N. on ne peut pas voir au-delà des crêtes du vallon étroit, mais à TO. par contre on distingue plusieurs des cimes calcaires pointues près d'Alessio, deScoutari et d'Antivari. Ces dernières paraissent alignées du N. O. au S. E. Parmi elles ressortent surtout les cônes dolomitiques de Mosoura au N. d'Olsoun ou Dulcigno, de Lésînja vers Antivari (s. Bar) et du mont Véljelesch près de Kalniéri (300 h.), Valiesch et Mévadiès dans la plaine du Zadrima au S. du Drim.
U faut moins d'une demi-heure pour atteindre la petite forêt de chênes au sommet du mont Poucha, d*où on descend pendant près d'une heure par des sentiers à longs contoumemens au milieu des bocages. Pour y monter, on aurait mis presque le double de temps. Une énorme quantité de crânes de chevaux et de pierres y garnissent les branches des arbres par suite d'une superstition des Kiradgis. Serait-ce là le Skalé-di-Jérai du Dr. Mûller ou seraitelle un peu plus bas dans les roches diori tiques? Depuis là la vallée du Saphouscharé se présente mieux que vue de plus haut, car on entrevoit dans son fond des bois , des prés et même la petite église catholique romaine de St. Nikol, édifice fort propre.
Depuis le pied de cette montagne on continue à longer le Saphouscharé en tournant au milieu des rochers dioritiques et en passant surtout deux petites crêtes, où le sentier n est qu'un mauvais
escalier taillé dans le roc* Le torrent est creusé luî-méme dans Un canal de rochers noirs. Enfin lorsque la vallée a tourné du S. au N., on atteint à 838 p. d'altitude sur la mer le Doukan ou Doukian«-Han (auberge de la boutique) 0» 1& meilleure hôtellerie de la route, puisqu'on y trouve de Teau-de-vîe et en été quelquefois des fruits, tels que des melons d'eau ou des pêches. Pour obtenir tout ce qu'on peut désirer, il faut seulement promettre à l'albanaise de doubler le prix. (Voyez ma Turquie. Vol. 2, pag. 295.) Devant la maison divisée en écurie, salle-cuisine et petite boutique, il y a une treille de vigne, sous laquelle les voyageurs ont coutume de dormir en été, à côté passe un filet d'eau dérobé artistement au torrent et servant à tous les usages domestiques. Cette conduite des eaux au moyen de petits canaux pour arroser les champs de maïs et se procurer de l'eau est la seule industrie qu'on voie pratiquer dans ces montagnes. On retrouve de ces canaux artificiels au pied occidental du Kiapha-Mala,' au Latin-Han et ailleurs, mais dans les temps de pluie la violence des torrens est si grande que les petites écluses ne peuvent résister et l'ouvrage de plusieurs jours est détruit en peu d'heures.
Depuis Doukan-Han on continue à longer la rive orientale du torrent, qui courant du S. au N. va se jeter environ à 2 1. de là dans le Drim. Les montagnes sont toujours couvertes de bocages et semblent receler im hameau àTO. de Doukan-Han. Audessous de cette auberge les durs cailloux du lit du torrent occupent presque toute la largeur de la vallée, tandis que ses eaux sont peu considérables et coulent sur le côté occidental. On met près d'une demi-heure, pour couper obliquement ce dédale de fragmens mobiles, en deçà duquel il y a un moulin et un espace considérable occupé par des buissons de Tamarix. C'est là qu'on se félicite communément d'être sortis des mauvaises routes et qu'on recommence à trotter. Les montagnes noires ont cessé et on n'a plus devant soi que des cimes peu élevées et composées de rochers calcaires, nuds et grisâtres.
En quittant le torrent, on monte à TO. par une petite pente très peu sensible à une fort basse échancrure de cet montagnes et on en descend de même dans une vaste plaine en grande partie inculte, qui s'étend au Drim. C'est depuis là qu'on peut bien voir les singuliers pics calcaires près d'Âléssio et les deux pains de
') Est-ce le Tomjon od le Gojan do Dr. Mftller?
sucre doloraîtîques d'Antîvarî. A % de 1. du col est une auberge isolée sur le Drîm au point, où cette rivière sort de profonds défilés calcaires. C'est un second Doukan-Han, mal indiqué comme Doughon-Han. Un peu avant le Han de Skéla (bac) ou de Mjed la ruine d'une église serbe indique que ces lieux n'ont pas toujours été si agrestes et que, s'il y a encore quelques champs de blé, il y en a eu bien plus jadis. A ^/^ d'h. au S. de ce bac est le village de Tenget (2S h. mahométans et 86 h. catholiques) avec la ruine d'une église gothique.
Le passage du Drim a lieu dans un bac fort dangereux composé de deux étroits canots attachés l'un à l'autre par des traverses, ce qui est d'autant plus étonnant que de grandes barques à mats et bien faîtes remontent en vue de ce bac» Lorsque l'eau n'est pas très haute, il faut aller prendre ce canot sur un petit banc de sable au pied des escarpemens calcaires à une trentaine de pas du rivage, de manière qu'on ne peut y parvenir qu'en se mettant dans la rivière. Depuis là on tâche de remonter obliquement contre le courant, qui ensuite vous porte dans un instant sur l'autre rive bordée d'une grande grève de cailloux. Le Drim peut avoir dans ce lieu 60 à 80 toises, mais il est sujet à varier et charrie assez de sable. De grosses barques pourraient probablement remonter encore bien plus haut, mais les petits bâtimens de 40 à 80 tonneaux ne peuvent arriver qu'à 3 heures au-dessus d'Alessio.
En deçà de cette rivière très courante, la route est établie sur une corniche de rochers pendant plus d'un quart de lieue. Ce n'est que sorti de ces murs dénudés et brûlans en été qu'on entre vraiment dans la plaine de Scoutari, qui, vu son niveau bas, servait probablement une fois à réunir les eaux du Drim à celles du lac et de la Bojana. Une grande îlr existait alors dans un immense delta. Nous trouvâmes là près d'une centaine d'Albanais, occupés à creuser la place d'un moulin, nous dit-on, pour le Pascha. Tous étaient en costume national; cela aurait été un groupe à dessiner, la difficulé aurait été de rendre fidèlement la vivacité de tous ces beaux hommes.
Entre le Drim et la ville règne un chemin pavé assez étroit et souvent démantelé, de manière qu'on préfère se jeter dans les prés à côté ou même aller au pas dans des fessés pleins d'eau, La route passe par des pâturages ou des champs de maïs et est
bordée de noyers ou de grandes haies, où on reconnaît le grenadier portant des fruits er d'autres arbustes méditerranéens. A TE. la plaine est limitée par des montagnes calcaires à rochers dénudét*, mais à leur pied il y a ça et là des villages au milieu de vignobles et de vergers tels que Gliouban non loin du bac. Sur le Drim leur pente rocailleuse n'est point si escarpée partout qu elle y empêche l'établissement de tout sentier, mais ces derniers doivent être obligés de se tenir surtout dans les hauteurs. Le chftteau de Scoutari fait de loin un assez joli effet sur le fond des montagnes du Monténégro, mais la ville elle-même reste cachée à cause d'un rideau de basses crêtes calcaires au S. et S. E. de cette dernière. On est frappé, ça et là, par la vue de petites tourelles, qui ne sont rien autre chose que des réservoirs intermédiaires, pour accélérer l'arrivée des eaux potables à Scoutari par des conduits depuis la montagne à l'E. , comme c'est l'usage à Constantinople et en général en Turquie. On passe sur cette route près du riche village mahométan de Gavoz , ainsi que près de ceux de Danjol et de Yakatan (30 maisons) au milieu de champs de mBl8 et de tabac.
Ail. environ avant Scutari (proprement Scoutari) on longe l'enclos de quelques fermes et même, je crois, d'un Han et avant d'entrer en ville, il faut franchir à gué le grand torrent du Kiri ou Drinassi, dont le lit a 600 p. de largeur. Néanmoins il y a sur ce torrent un pont léger en pierre. Ce cours d'eau provenant des hautes montagnes à l'O. de la vallée de Schalia charrie énormément de sable et de cailloux, de manière que son^lit s'exhausse toujours plus et menace d'inonder un jour la partie S. E. de Scoutari. Dans le haut de cette vallée du Kiri il y a outre des villages la ruine d'un château, qui figure sur les cartes sous le nom de Drivasto et où les habitans croient enfouis des trésors. Un poste de soldats réguliers est à l'entrée de la rue principale, qui est sous le rocher de la forteresse. A mesure qu'on avance dans ce faubourg de Tabaki, le cœur saigne <le ne se voir entouré que de ruines, datant de 1835, parmi lesquelles quelques mosquées une caserne et l'hôpital sont restés debout. On passe enfin la crête calcaire, qui descendant à l'E. du château forme, pour fûosi dire, le rempart de la plus grande partie de la ville du côté du S. La rue principale du Drotschin-Kalé est pavée et assez en pente* Derrière ses maisons à l'O. le canon de la forteresse a aussi cause assez
de dégâts» On arrive après cela à la poste et au marché ou ba* zar. Comme on y vend beaucoup de poissons et que c'est Tusage en Turquie, de les offrir morts , le quartier de la poste est infecte en été. De plus, la poste n'a qu'un local sale pour les étrangers.
Ne connaissant pas la ville, nous étions établis au premierà la poste, qui a 60 chevaux, quand tout-à^coup nous fûmes visités par un Italien, qui paraissait être de la classe de ces gens, qui sont toujours aux affûts de toutes les nouvelles dans les gran-* des villes maritimes de la Turquie. Ces espèces d'espions en sousordre, puisqu'il faut les appeler par leur nom, paraissent surtout être des Italiens, des Dalmates, des Grecs ou des Juifs. Il y a des voyageurs, qui reconnaissant leur homme tout de suite s'en débarrassent même brusquement; nous ne sommes pas toujours de cet avis et nous eûmes surtout occasion de nous en féliciter à Scoutari. En effet, en récompense d'avoir appris à notre Italien, que nous venions de Prizren par un chemin épouvantable, il nous enseigna l'hôtel délia Pezina, où nous serions parfaitement bien, Teau et Tair y étant bons. A peine débarqués, nous voilà donc ré-* chargeant nos effets, mais le malheur voulait que nous étions déjà dispersés. Je me confiai tout seul à un Kiradgi albanais, me pro* pof^ant de faire préparer les logemens. Mais le chemin qu'il prît m'étonna terriblement. Nous sortîmes complètement de ce qu'en Europe on est censé appeler la ville et nous eûmes à marcher pendant une demi-heure sur une mauvaise route pavée, bordée de jardins entourés de grandes murailles. Nous passâmes même deux places avec des mosquées et des cimetières, enfin j'étais d'autant plus stupéfait que mon Albanais me prenait, je ne sais pourquoi, pour un Monténégrin ou un Russe, tandis qu'un autre Albanais me criait avec mépris en passant que j'allai probablement voir l'évêque du Monténégro ou l'évêque catholique.
Enfin nous atteignîmes la rue, où est l'hôtel en question. A force de taper, une grande porte cochère s'ouvrit et je me trouvai dans une cour, au fond de laquelle était une maison d'un étage avec une galerie couverte sur le devant. L'auberge était tenue par Mad. Pezini, une Dalmate, et son fils. L'italien était la langue la plus parlée dans cette maison, où logeaient tous les capitaines et supercarges des bâtîmens de Trieste et de Venise; néanmoins le fils parlait aussi le français, le grec, le turc, Talbanais et le serbe
et était un jeune homme , qui avait vu du pays , car il connaiseait toute l'Albanie, il avait servi en Grèce et visité l'Egypte et l'Arabie, H était engagé récemment dans le commerce des sangsues.
L'auberge contenait au premier quatre chambres à fenêtres vitrées et une cuisine meublée à l'européenne* Une de ces pièces, habitée par les gens de l'aubergiste, avait un sopha et de grands lits. Une grande salle contenait cinq lits, c'est là où nous établîmes tout en espérant bien ne pas voir les autres lits vuides, ce qui eut lieu en effet. Or, comme en été les fiévreux parussent abonder sur les rivages albanais, on peut penser que notre séjour dans cette auberge consomma plus de notre provision de Quinine que tout le reste du voyage. Â part la cherté du gtte, Madame et son fils firent tout ce qu'ils purent pour nous obliger. Lorsqu'on n'a pas vu de lit ni de tables d'après plusieurs mois, on ne peut pas se figurer le plaisir de ce renouvellement de connaissance avec ces vieux amis de sa vie habituelle; nous ne pouvons comparer cette jouissance qu'à celle du malade convalescent, dont l'appétit revient. En voyant ces lits, nous oubliâmes et leur dureté et l*odear infecte, qm entrait par la fenêtre, pour ne penser qu'au plaisir de nous y mettre le soir.
HAUTE MOESIK
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