LARISSE À PRIZREN ET PRISCHTINA
PAB
KASTOMA, OCHRI, KRITSCHOVO et le SCHAR.
Aprèe avoir traversé le pont en pîerre de 12 arches sur la Salambria, on voyage en plaine jusques vers Karadéré et même on ne trouve pas d'arbres avant Kasaklèr à 2 y, 1. de Larisse. A ^li 1. de cette ville on passe devant le village de Jenlik , où on observe un minaret en ruîne. Partout se dénote le sol argileux léger et fertile de la plaine thessalienne, avant Kasaklèr on y observe des vignobles. Au commencement de ce village, on passe à travers un assez vaste cimetière, où il y a des tronçons de colonnes. Les paysans étaient occupés à faire fouler le blé, les uns par des chevaux et les autres au moyen d'un rouleau de pîerre tiré par des buffles. La chaleur était si étouffante que même l'ombre d'un énorme platane ne put nous rafraîchir.
En quittant ce village, moitié mahométan, moitié grec, nous laissâmes à % d'h. à l'E. le gros bourg de Tournovo, qui est donc mal placé sur la carte de Mr. Kiepert. Il oiBFre quelques minarets et était avant la peste de 1813 une ville considérable de teintureries et de fabriques de soieries ainsi que de tissus de coton. Cette ville fut fondée par Turcan, général d'Amurath II, qui lui obtînt des privilèges fort étendus et en fit un Vakouf. Tous les étrangers, qui s'y établirent, furent exempts d'impôts pendant 10 ans. L'en-^ trée était défendue aux troupes; en un mot cet endroit jouissait d'une liberté telle qu'il devint très florissant et que dans le dixseptième siècle des Sultans ne dédaignèrent pas d'y établir pro-
vipoîrcraent [eurrësifleîifp. Miiintenant le voya^fmir Urown, qui vîsîta '^roumovo en itîEiOj n'y retrouverait pas «es 18 égliêe^ ehiëtieiiiieii*
A Ya 1. deKasakIèr on franchît le lit à eec d un grand torrent, nommé en grec Xeragî, coulant de l'O. à TE. et à y^ h. plu» loin un autre cours d*eau, qni vient du N. et alimente un monlin. On esL alori arrivé sur lee ruines du grand village de Kahila,-qnl a été brûlé et ra^é entièrement en 1822 à la suite d'un essai de révolte dans l'Oljmpe. Les gens du paya faisaient Tobservation à notre Tartare qu'on avait détruit aussi bien des propriétés turques que des maisons grecques. La place des rues et des habitations était le seul reste de ce lieu une fois riche.
La roule passe par des praîrieSi où noua trouvâmes de» troupeaux, des bergers et dei Ziiigarea péchant à la ligne, tandis que pour gagner au N, E. le village de Girenner, on se tient sur la rive orientale du torrent et on passe par des champs et des vignobles. Il faut traverser trois fois le cours d'eau, des débris de chaussée existent entre las deux ponts, mais le troisième étant détruit, on guée Teau et on remonte sur ses borde couverts de hauts herbages et de halliers* La source principale de ce torrent se trouve à % d*h* au S.O. du hameau de Karadéré, Une masse d'eau fort claire et fraîche sort de dessous des rochers de poudingues et forme une grande mare entourée de quelques beaux arbres. C'est un lieu, où on est sûr de rencontrer toujours des troupeatix ou des gens puisant de Teau ou des voyageurs. Une semblable source sort des rochers de marbre derrière Toumovo
Le village de Karadéré est placé sur le haut d'une pente aride et traversé par un torrent à sec en été et descendant de la montagne au K E. A notre passage nous aurions bien voulu nous y rafraîchir ou même y passer la nuit, mais il n'avait pas moyen, car s'il y avait une écurie, il n^y avait rien à manger et le vin était tourné en vinaigre.
On met une petite heure, pour s'élever depuis là jusqu'au col delà montagne de Melouna, d'après Mr. Kiepert, par une route tournante, pavée et établie sur des rochers de marbre. La montagne a pria la plus triste mine possible par suite de son déboiseraent complet, on ny voit plus sur les pentes que de petits buissons de chênes verts rabougris. Depuis la cime, k 1408 p, sur LarissCi la vue n'eet étendue qu^au S., parce qu^au N. elle est bornée par la sommité^ qui domine la gorge, par laquelle on de-
8cend en ligne courbe. Un Karaoul se trouve en deçà du col et la pente septentrionale est toute aussi nue que celle du côté opposé, mais elle est plus insensible , de manière qu'on met une heure complète pour atteindre la plaine, qui précède Alassona.
Cette dernière, semblable à un fond de lac de 1 V, 1. de large sur 1 L de long, est en partie cultivée et bordée de tous les côtés de montagnes, dont les plus élevées sont à TE., savoir les contreforts bas de POIympe, dominés par les cimes méridionales de cette montagne. A leur pied est à ^/^ de 1. avant Alassono le gros bourg, surtout grec de Tschérisché (gr. Tzeridschines et si. Tscharitschena), qu'on laisse à une petite demi-heure à droite. On y compte de 4 à 500 maisons ou familles, la plupart chrétiennes, et il y a une tour avec une horloge. On y élève beaucoup de vers à soie, pour lesquels il y a de grandes plantations de mûriers, cultures , qui avec des vignobles donnent aux environs un air de prospérité.
Vis-à-vis au milieu de la plaine à 738 p. de h. abs. se trouve un puits placé sous un toit supporté par quatre colonnes, l'eau en est très fraîche, savoir de 14® cent., Tair étant à 32®. Un torrent venant de Tschéridsché traverse la plaine de l'E. à l'O. et est à sec en été. Il va gagner la rivière d'Alasson, qui coule du N. E. au S. O. et se rend dans le bassin de Larisse , en décrivant un grand contour à travers les montagnes à l'O. de la plaine de Tschéridsché et du col décrit. Cette rivière s'écoule par le grand lit à sec indiqué au N. de Kasaklèr et tombe dans la Salambria près de Derly en recevant des afHuens aussi bien de Dérénitzî que du. cul de sac de Karadéré. Ce dernier confluent a lieu en deçà de Tournovo.
Alassona (l'Alasson des Turcs, prononcé aussi Olasson) se distingue de loin surtout à cause de son monastère grec placé sur une hauteur au N. de cette cité. Ce n'est qu'un gros bourg, moitié musulman, moitié grec. On y compte de 4 à SOO maisons. Il y a une petite mosquée à minaret, un café, une auberge et quelques fontaines. Le couvent grec de la Ste. Vierge est entouré de murailles et renferme une ancienne église bâtie dans le style byzantin avec des pierres et des briques et sans beaucoup d'ornemens. Il occupe la place de l'ancienne Acropole de ce bourg. Cet endroit est situé au débouché d'un petit défilé, à travers lequel un torrent se fait jour, en séparant la hauteur du couvent
du reste des habitations. Un pont facilite le passage de 1* eau. Cette dernière coule de l'E. à TO. et afflue à TO. dans le Vourgaris ou Saranta-Poros *).
En deçà du défilé à l'E. d'Alassona, nous vîmes campé paisiblement le plus gros des anciens brigands de l'Olympe. C'était un mélange de Palicares grecs et albanais, tous en costume al-* banais et armés. On les avait engagés à quitter leur métier pour .devenir Dervendgis. Les cimes quadrifides de l'Olympe se voyaient très bien depuis là et sont situées, d'après le compas, à l'E. quelques degrés S. d'Alassona, tandis qu'elles sont à l'E. de Tschéridsché. On remonte le torrent et à une petite heure de la ville on traverse au N. à une hauteur de 1333 p. une crête basse et sans arbres, s'élevant à 2 ou 300 p. sur la vallée. On marche au N. 10® O., puis après une demi-heure au N.E. Le torrent d'Alasson paraît prendre sa source à l'E. N.E. dans la base de l'Olympe. A272 1» d'Alasson on laisse les sommets de TOlympe (t. Tschelé) à l'E. S. E. et on voit à l'E. le prolongement septentrional de cette montagne, qui forme une crête bien plus basse à cincj petites cimes pointues et trois cols, dont celui conduisant de Katérin à Servia est le plus bas. L'Olympe a l'air de s'élever à plus de 4000 p. sur ce petit
') Pendant notre séjonr forcé à Alassona, nous fîmes bien amusés par divers incidens. D'abord des marchands jaifs, occupant une chambre à côté de la DÔtre, se donnèrent toutes les peines possibles pour savoir le but de notre voyage ou pour faire au moins des affaires avec nous. Fuis vint une dispute bizarre entre l'aubergiste, un Grec et un paysan albanais. Le Grec avait été chercher de Torge chez l'Albanais. Or il avait puisé dans trois sacs et prétendait n'en avoir pris que 12 mesures, tandis que l'Albanais soutenait qu'il en avait donné 15. Or le vendeur, ayant apporté son orge, l'avait versé tout de suite dans le magazin de l'aubergiste, qui, naturellement, n'était pas vuide, donc il n'y avait pas de moyeu de prouver de quel côté était la iTipponnene. Aus^i chacuD de crier umjijurni pliii fort et cela pendant une demi -journée. Enfin, pour eompJ(ïti*r l(? variimit' vrnitni^ut hellénique, arriva sur ces entrd'iiitM un pAjbun grec , trfes irrité, purce quû Vaubergiste avait laissé échapper d^ eu conr eon &ne, qu'il tai jivait confie pendant une visite chez ses pratiques. C*cât l'u»ftge dans cette ville que choque puysua peut laisser ses bêtes dans In cour de l'auberge moy&nniLut deux Fûr^âi- Muîi comme les pauvres animaux ne reçt^i^-ent rien a manger, et que par conséquent l'aubergiste s'en inquiète peu, J'àno du paysan avait pri:§ \tà champs et avait él4 probablement se rafraîchir dan* quelque enclos de iiielons on de maïs. Le paysati se désespérait d'autant plus qu'ut» autre âne était attaché dans k cour, convaincu d'avoir dévoré douze beaux melons pour la mÊcue eansef ce qui aJbit occa^ioner à son maître une amende d'an moins 10 à 2u piastres.
plateau, tandis que son contrefort au N. n'a guère que 6 à 900 p. de plus que ces hauteurs. A 3 1. d'AIasson on est descendu par une très courte pente dans une vallée large et évasée, où coule le Saranta- Poros, qui prend sa source au N. et N. E. dans des petites montagnes ayant 800 p. d'élévation au-dessus de la vallée. Le Saranta-Poros (Quarante- Gués) coule de l'Ë. à l'O. et va se réunir au torrent d'Alasson à 1 y, 1. à TO. N. O. de cette ville. ^)
Quand on a passé l'eau, on se dirige sur le défilé du Saranta-Poros et on passe un autre cours d'eau se rendant au S. O. dans ce dernier torrent. Un Han isolé se trouve près de là et on remonte au N.y pour atteindre de nouveau le Saranta-Poros ou Poto, qui reçoit de l'O. deux petits ruisseaux. En deçà est un Han et un Karaoul (à environ 1600 p. de h. abs.)* Le Han est une cour carrée, entourée d'un mur en pierre, une écurie est au fond et sur le côté oriental est le local de l'aubergiste. Le poste de Dervendgis est situé sur une petite butte au S.£.
Comme l'auberge à toiture de pierres était une véritable fournaise, nous fûmes nous reposer en deçà de l'eau sous des saules et quatre Dervendgis vinrent tout de suite s'établir non loin de nous, pour veiller à notre sûreté. Quand nous partîmes, ils exigèrent l'exhibition du Bojourdi du Pascha, qui nous exemptait du péage. Quelques cultures semblent indiquer dans le voisinage un hameau caché.
L'entrée du célèbre défilé commence tout de suite au N. du Han et est bordé d'abord de masses horizontales de travertin. Ce n'est qu'un canal étroit d'une lieue et quart entre de petites montagnes. Les pentes de ces dernières sont couvertes de blocs de rochers, entremêlés de chênes verts et de hêtres, et le long de l'eau il y a quelques grands saules. Le vallon court d'abord du S. au N., puis du S. S.E. au N.N.O. et ensuite au N. 10® à l'O. Jusque» là les montagnes environnantes n'ont que 2 à 300 p. de
') Le nom de cette petite rivière est une de ces dénominations comme celai de Dervend et de Bogas, défilé, qui se répètent assez souvent en Turquie, oii maint Ht d'un torrent de montagne épargne aux habitans nonchalans l'établissement d'une route. Ainsi un Saranta-Foros forme un des principaux affiuens du Konitza dans la Basse Albanie, un Saranta-Potamos existe entre Tripolitza et Mistra dnns la Morée comme aux sources de TAlphéc eu Arcadie, et près d'Eski-Djoumaa en Bulgarie il y a un Kirkgetschij qui n*est que la traduction turque de cette dénomination.
hauteur, mais phi& loin le torrent tourne à TE. et les montagnes sVJèvent à mille pieds et présentent de grande eêcarpemens à ]M>,^ tandis qu'à TC* elles n'atteignent que 3U0 p, et sont dotrâuées par des prés et des boia, d où on peut aisément gagner les tiout reforte de rOlyrape. C*est surtout dans ces lieux éloignée de tout vilJafce* qu'ont été commis tant de brigandages, qui étaient facilités par la quantité de localités favorables , soit à des embuscades , soit t* battre en retraite, taudis que le passage plus de vingt fois dy torrent et la route rocailleuse empêchaient d'échapper par la fuite. Aussi les brigauds de TOlympe enlevaient jusiju'aux courriers et officiers» les emmenaient dans la montagne et leur faisaient écrire des lettres & leurs Paschas, afin de faire savoir le taux de leur rançon. Quelquefois ils leur faisaient aussi des entailles aux oreilles, pour les reconnaître comme on le fait avec des moutons.
Les Sources du Saranta-Poros ae composent à la sortie bepteutriouale du défilé d'un grand torrent venant à quelques lieues de distance du S*E, oiï du pied de TOlympe et d'un autre moins considérable, qui a plusieurs têtes vers le N- dans le Labanitïii- Planina, à TE* du col précédant Servia. Les cr<^tes à Vih et S-0. porteraient le nom de Amarbes d après Mr. Kiepert et celles EU N. E* de Déuiénîtza (t. Dœméuek) auraient comme contrefort le mont Bounasa, qui serait séparé d*un mont Bouriuo? par le sillon 0»-E. de rindgé-Karasou.
En se dirigeant du S. au R vers le col de Servi a, on laisse au SpO. le défilé précédent, mais «es montagnes se prolongent du S. au N. en formant à l'O* des cimes déboisées de 400 p. sur la route. A VE. les contreforts de rOIjmpe les plus voisine ont au moins 1800 p* sur le lieu d'observation et des pins sont clairsemés sur leurs sommets* Ou passe à côté d'unKaraoul^ le Vighi de iMr. Kiepert, qui est sur la hauteur à 2135 p. de h. abe. et àl V^ L de celui à l'autre bout du défilé, puis ou monte insensiblement au col de Servîa à 2514) p. d'élévation. Il est à plus d'une demi-heuredelàet est preaqu^à la limite inférieure des piue* A TO. il est dominé par des cimes de 20Q p< et à TE. [lar des monts pointus de 000 p. La vue se réduit aux montagnes de TOlympe et à celles au N, de l'Indgé-Karasou*
La descente depuis ces hauteurs à Servia est fort longue et dure plus de deux heures, parce qu'il faut faire beaucoup de détours, pour éviter les berges escarpées du torrent se rendant à Èiervia. Tout ce petit bassin entre le col et la crête bordaul au
S. la vallée de Tlndgé-Karasou est rempli d'une marne tendre d'eau douce, dans laquelle les eaux torrentielles se sont creusé de tous côtés de profonds ravins. C'est sur ce terrain, sujet à des ébouleniens, qu'on a établi jadis une chaussée pavée, dont il existe encore quelques débris et quelques restes de petits ponts. Pour arriver à une fontaine à quelques centaines de pieds sous le col, on peut suivre deux chemins, Tun se tenant plus à l'O., lautre descendant au N. et ensuite au N.E. Après cela on atteint les restes de quelque vieux château ou fort et on commence à descendre rapidement sur des mamelons marneux séparés par des ravins à bords escarpés. Il y a même deux endroits, où la route occupe juste le haut d'une mince arête entre deux précipices. Une fois arrivé par ces zigzags au fond du torrent de Katarsosou, on emploie encore près d'une heure, pour atteindre Servia, car il faut guéer dix fois le torrent dans la gorge pleine de blocs et ensuite s'élever de nouveau assez haut, parce que le vallon se change à l'O. de Servia en une véritable fente étroite, tortueuse, bordée de murailles, de pics et de rochers calcaires ayant les formes les plus bizarres.
Lorsqu'on est arrivé au haut du mamelon, entre Servia et cette singulière cavité, et qu'on domine la fente d'écoulement de cette dernière, on est au pied des fortifications d'un vieux château, qui est à 160 p. sur Servia et dont il ne reste que les murailles extérieures et quatre tours carrées. D'après le système de guerre ancien il devait fermer hermétiquement cette porte de la Thessalie et était probablement lié avec le fort sur la hauteur au S. O. En descendant de là à Servia. on passe un hameau, où on remarque un monastère et une église ruinée, tristes restes d'une révolte au printemps de 1822 du temps de la guerre avec les Grecs. C'est la môme époque, à laquelle Aboulouboud-Pascha de Salonique porta le fer et le feu dans les villes industrieuses et florissantes de Verria et de Velvendos. On fait ensuite tout le tour d'une gorge, qui descend du S. et on débouche enfin sur Servia, le Serfidsché des Turcs, qui est situé à 1232 p. de h. abs. immédiatement au pied de la montagne.
Cest un gros bourg en grande partie grec, où il peut y avoir tout au plus un millier d'habitans. Il n'y a qu'une petite place et deux auberges, qui ne consistent qu'en d'énormes écuries, où les chevaux sont fort bien, tandis que les voyageurs sont
assez mal sur le devant sous des hangars. Des Kiradgis voulurent bien nous céder la meilleure place qu'ils occupaient déjà. Le Konak du Musselim tombait en ruine et la moitié du mur de sa cour était écroulée. L'entrée était composée de trois portes voûtées et ornées chacune de deux colonnes, celle du milieu était plus grande que les deux autres. Du reste la position de Servia est très belle et ses environs sont bien cultivés, comme Test en général tout le bassin de l'Indgé-Karasou. Servia est sur une plateforme élevée à 1 1. de la rivière et à environ 100 p. au-dessus de son lit. En deçà de cette dernière s'élève de riches coteaux, où on découvre une foule de villages omis sur toutes les cartes.
Au sortir du défilé à TO. de Servia le Katarsosou va gagner au N.N. O. ITndgé-Karasou à travers des prairies. C'est de ce côté que va la route, qui remonte à Grèvéno^ en se tenant au pied des montagnes et en gagnant la gorge profonde du torrent de Vénétiko et le Grèvénitiko ou l'eau, qui passe à Grèvéno et coulant de l'O. à l'E. D'un autre part, si on descend l'Indgé- Karasou au N. E., on atteint vers Velvendos le défilé, par lequel la rivière sort de son bassin entre ce bourg et Egriboudschak. Depuis Servia on dirait le bassin totalement fermé de ce côté par la liaison des contreforts de l'Olympe et du Labanitza avec les hauteurs à l'E. de Dédéleri , qui se rattachent à leur tour au N. O. à la crête du Bourénos et au N. avec le Doxa ou Xerolivado à l'O. de Verrîa. >)
On descend de Servia à l'Indgé-Karasou par une suite de terrasses, dont les plus basses sont couvertes de pâturages et les plus hautes de champs de blé et de maïs. L'Indgé-Karasou, le Bistritza des Slaves et des Zinzares et le Vistritza des Grecs 2), est une grande rivière, dont ki^ eaux dana le temps des grandes pluies sont teintes en rouge à cause de la quantité d'argile rouge, qui se trouve dans ce bassin. Son lit a une largeur de 400 p», mais il est plein de cailloux surtout calcaires et jaspoides provenant des montagnes du Pmde. Ses berges ÊOnt toutes blanches^
*) Voyez pour cette route le Tûyage do Mr. PotjqueTilIe, Yol, 3, pAg* fi 7.
*) La dénomination de Bistnizn (limpitlc)» dont ke Grecs ont fuît VUmtR«, est extrêmement commune parmi len Slaves pour des rivifcres, coukiit un peu rapidement II y a des Bistritza pr<ï»qti<3 Uaiu tOQtCi les proviuctâiï de k Turquie ei même dans l'Epire près de Delirino»
étant composëes de marnes tertiaires. Au N. et N.O. de cette rivière se trouve le district musulman de Tscharschembé. Entre ce dernier et Verrîa est celui semblable de Boudscha, tandis qu'entre la rivière et le Pînde s'ëtendent le Grèvéna et TAnasëlitza.
Au gué du Bistritza il reçoit un petit cours d'eau , qui descend des coteaux au N. La route de Kojani ou Kosani remonte le long de ce dernier. On laisse de chaque côté de la route nn village, dont celui de droite est turc. En général entre Tlndgë- Karasou et Kojani il y a un mélange de villages grecs et de villages musulmans Coniarides provenant de colonies asiatiques de Dervendjis, fondées en 1390 sous Amurath, tandis qu'à TO. dans les gorges des contreforts du Grammes ou Pinde, on trouve un mélange d'Albanais, de Valaques et de Grecs. Lorsqu'on est arrivé à une certaine hauteur, on voit à l'O. le lit du Bistritza (ou Nazilitza?), qui forme avec le Vénétiko l'Indgé-Karasou et en deçà de cette première rivière s'élèvent des montagnes, qui s'étendent du N.O. au S.E. et dont les plus hautes peuvent bien avoir 3000 p., tandis que d'autres n'ont que 1500 à 2000 p. audessus de la vallée. A 2 1. de Servîa on atteint le village en partie musulman de Jénouslou (à 1114 p. de h. abs.), entouré de vignobles sur dos collines de 100 à 150 p., tandis qu'à TE. régnent des hauteurs de 6 à 800 p. Ce sera peut-être le Skopo (t. Goes Tépé de Mr. Kiepert). A '4 1- p'"8 l^^î" au N. on arrive à de petites collines. On parcourt alors un terrain inculte à sol calcaire blanchâtre, où il n'y a que ça et là des chênes verts. Un petit cours d'eau le traverse et se rend du N.N. E. au S. S. G. dans le Bistritza. Un pont est établi sur ce torrent à sec en été.
On continue toujours à s'élever de terrasses en terrasses jusqu'au village turc de Dijilé à 1670 p. de h. abs., d'où les montagnes à rO. ont l'aîr d'avoir encore 2000 p. de h. au-dessus de ce lieu. A 1 1. au N.O. est le village turc d'Akbounar, qui est à une lieue à TE. du Bistritza. De là en laissant à l'O. un village turc à minaret, on gagne bientôt la ville de Kojani, placée sur une plate-forme inclinée et adossée à de petites collines à TE. et au N. Cette ville, à 1720 p. de h. abs., est précédée d'un grand espace de terrain cultivé, entouré d'une bonne muraille comme une de nos campagnes au sortir de nos cités. Les routes, qui y conduisent, sont assez larges et faites pour les voitures. Kojani compte 400
bonneB maisotiâ appartenant la plupart à deB Grèce maeëdotiiens ou défi Zînzares, qui font le grand commerce dea cototid et des lalnea et trafiquent au loin à Tétranger, La population en est évaluée à 2500 âmea ; nous y fùmea aurpriB de trouver une auberge avec des chambres à la turque sans vitrea, U est vrai^ mais numérotées à Teuropéenne et tlébouchant sur une vaste galerie avec un balcon assez élégant et couvert. Deux escaliers montaient & la galerie tout en bois, et raubergisre avait sa boutique sous le balcon. Outre ce corps de bâtiment, ayant lee écuries dans le ba«i il y avait sur le devant de la cour et sur la grande porte cochère encore quelques logeraens.
A notre passage la ville était remplie de monde, parce que c'était jour de marché. C'était un mélange des quatre nations, qui habitent le S, O* de la Macédoine. Noua fûmes bientôt visités par des négocîana, qui les uns avaient reconnu un de nos gens comme une ancienne connaissance de Belgrade, en même temps que d autres désiraient profiter de nous pour faire passer des lettres à leurs correapondana.
En sortant de Kojani on traverse une petite colline rocail* leuse et tout-à-fait dégarnie d'arbriseeAtix, Elle peut avoir 200 p. d* élévation ou WIQ p. de h. abs. En-deçà on trouve au N, E. une grande vallée gazonnée presque sans eau et s'ëtendant du N. E. au S. O. Elle renferme le village de Kajali-Ovatzi et porte aussi ce nom. Le village turc de Kodja-Matler se trouve au N. O, et la route y passe, avant de gagoer un terrain calcaire composé de mamelona, difficile à décrire et rappelant le pays à TO. de Valie vo en Servie. Du vallon de Kodja-Matlerj courant du N* au S* on passe dans uu autre aussi aana eau» en se dirigeant à TO. et ensuite on a un col à franchir, qui peut avoir 250 p, sur le vallon ou 2000 p, de h. abs., tandis que les cimes latérales sont de 500 p. Toutes ces hauteurs sont totalement déboisées, rocailleuses et sans eau. Elles font partie de ce que Mn Kiepert a dénommé le Tzervéno (rouge). On descend de là dans une grande vallée ou plutôt une espèce de plaine a'étendant du N. au S, et ae trouvant à iy2 1. de Kojani. Son fond est à IISO p* de h. aba. et a ly^Lde diamètre. On n'y remarque aucun cours d'eau, quoiqu'il y ait deux villages sur le côté méridional* Les montagnes , qui la bordent au N., sont pelées et grisâtres^ en ayant 7 à 900 p, de h.,
tandis qu'à TO. il y a des collines de 4 à 500 p. et des autres côtés des hauteurs de 3 à 400 p.
On ne comprend guère conunent on sortira de cette espèce d'entonnoir, mais en le traversant obliquement au N. O. on voit 8 ouvrir tout-à-coup dans ce coin une vallée, qui est longue, assez large et a l'air d un canal , quoiqu'il y manque aussi un cours d'eau. Cette gaîne longitudinale, comme tant de vallées du Jura et de la Carniole, est bordée de montagnes offrant de temps à ^ autre quelques broussailles. Le fond en est cultivé ça et là en céréales, malgré qu'on n'y voie point de hameaux. Trois abreuvoirs artificiels, retenant les eaux pluviales, y ont été creusés pour les troupeaux. Enfin tout au bout de cette vallée de près 2 1. de longueur est une ferme, où à notre passage on battait le blé et on était occupé à se débarrasser de la paille, en la jetant sur la route. Nous pensions à l'étonnement de nos paysans s'ils avaient pu voir un semblable sacrilège.
Peu après on atteint de beaux vignobles, dans lesquels on reconnaît tout le soin donné à ceux de Metzovo. La route se bifurque au milieu de ces pentes verdoyantes ; celle au S. O. va descendre à la Nazilitza ou Bistritza et gagner Grèvéno et celle au N. O. monte à Schatista, qui est à 4 grandes lieues de Kojani, tandis que Grèvéno en est à 6 lieues.
Pour aller à Schatista on remonte un vallon, dont le torrent est à sec en été; il court du N. au S. et reçoit au-dessus de Schatista un autre petit torrent coulant de l'O. à l'E. Tout le long de cette route les vignobles les plus beaux étonnent d'autant plus le voyageur que la cime des montagnes et des coteaux comme la route n'offrent que des rochers calcaires gris et nuds. C'est au milieu de ce désert et tout au haut de ces sommités arides qu'est niché Schatista à 2658 p. d'altitude absolue.
Cette ville est bâtie sur trois côtés d'une éminence, sur laquelle est une église grecque, entourée d'arbres, il ne manque des habitations que sur le côté N. E. , dont la pente rapide est tournée vers le torrent courant N.-S. Le quartier le plus populeux et le plus élevé est au N. O. et le plus petit à PO. On y compte de 2000 à 2S00 maisons avec plus de 8000 âmes. C'est encore une population uniquement grecque et zinzare avec quelques Bulgares. Les maisons y sont en pierre et il y en a bon nombre de grandes. On y compte trois ou quatre églises grecques.
Li^e rues sont propres et pavées, mais toutes en pente. Dans le quartier septentrional il j a une petite place avec une fontaine et une auberge avec une excellente chambre à la turque, quoique Tescalier en eoit exécrable, Schatista est une ville très comraerchante et s'occupant, comme Kojanî, du négoce avec rétranger. Ses richesses ont tenté plus d'une fois les bandes albanaises, qui ont rançonné encore, il y a quelques années, les villes du S, O »de la Macédoine, Elle eet sur rentrecroissement des routes de Larisse à Douratzo et de Salonique à Janina par Grèvéno.
Si toute la nature autour de cette ville est de la dernière stérilité, deux objets réjouissent la vue, savoir l'église sur le tertre au milieu de la ville et une autre ëgUse toute neuve entourée d'Acacias h. TE. en deçà du torrent. Au milieu de rochers nuds grisâtres^ cette dernière ressemble à un oasis dans un désert.
A la sortie N, O. de Sclmtista on a une belle vue à l'O. depuis la cime de la montagne, qui s^élève à 70 ou 80 p. audessus des maisons de la ville* On peut d'un coup d œîl comparer rélévatîon de toutes les sommités du Pinde depuis le Desniko jusqu'au Périster et aux têtes au S. de Metzovo. Un amphiihéûtre de hauteurs leur sert de contrefort jusqu'à la vallée du Nazilitza et on revoit aussi d'un autre côté le commencement de larête, liant le mont Zigos à TOlympe. Les cartes représentent assez bien ces rapports, mais elles ne font pas bien ressortir les différences de hauteur des montagnes.
On descend par une mauvaise route pavée au N,N, O, et on a la vue sur le bourg industrieux turco-grec de Vourschitza (le Hélitza des cartes)» Il est à 1913 p. de h. abs, et à i%L au N, de Schatista; on y remarque une mosquée, La route va au N- O. dans une large vallée ternaire. On domine à TO* la plateforme d*Anasélitza, le Lapschista des Zîngares et le Lépschich des Albanais (de Liopéf vache?) avec le bourg de ce nom* Elle attend vers le Fin de, en étant coupée de grands ravins, courant du N, O. au S»E. , mais à TE, on ne voit que les sommets calcaires déboisés du mont Mouritzî. A TO, de Schatista le Nazîliiza ou Bistriiza reçoit du Pinde ou de ¥0. à TE, le grand affluant du Pramovitza (Primoritza de la carte de Vienne).
A 1 L de Schatista on passe près d'un village et on se dirige au N* au pied de hauteurs pelées pour gagner de là par un terrain mamelonné et à terroir muge le village de Leptschtta.
A % h. de là il y a un autre village situé aussi dans une vallée, dont le torrent coule du N. au 8. et sur le côté oriental duquel passe la route. On va gagner le Tschiftlik de Lapista et on continue de remonter la vallée sur son côté oriental ^ où il 7 a quelques arbres. Puis on marche obliquement à travers cette cavité pour arriver en vue de Télka (Pélica des cartes), village situé presqu'au haut de la vallée. On tourne alors à TO. N. O. et on quitte cette dernière pour passer un bas col de 2165 p. de b.abs., qui est dominé par des cimes cent pieds plus élevées.
On longe au N. O. la pente des montagnes , qui restent à droite et on 7 passe bientôt le village grec de Drénovo entouré de vignobles. La route 7 offre quelques restes d'anciens pavés* On continue à dominer les bords assez encaissés de la rivière, appelée mal à propos Bilischta sur les cartes, et on remarque des villages dans la direction d'Ânasélitza. On parcourt une plateforme assez élevée et inculte pendant près de 2 heures et à y, 1. de Bogaskoï (Bogotziko des cartes) on descend par une pente rapide dans un profond vallon arrosé par un torrent sortant à TE. N. E. des montagnes liant le Bourénos aux montagnes de Sinazigos (le Siniatziko de Mr. Kiepert) et de Vlacho-Klisoura. Cette eau se rend au S.O. ians le Bistritza et fait aller deux moulins entourés de peupliers. Une troupe de femmes grecques 7 étaient occupées à laver du linge.
A peine a-t-on franchi le torrent qu'il faut remonter à la même hauteur, dont on est descendu par une route taillée dans des marnes, des grès horizontaux et des argiles rouges. Bogaskoé prend probablement son nom des profonds ravins dans son voisinage. C'est un bourg grec et zinzare de 500 maisons la plupart en bon état. Placé sur une plate-forme à 1495 p. de h. abs. et entouré de vignobles, il est du petit nombre des endroits de Turquie, où règne l'industrie et le commerce. Néanmoins il n'7 a guère de local pour les V07ageurs dans l'auberge et il fallut reposer avec les chevaux à Técurie.
Au-dessous de Bogaskoï on traverse un autre torrent assez profond venant aussi de l'E. , tandis que le Bistritza coule du N. O. au S. E. On remonte pendant quelque temps sur les hauteurs et plus tard à quelque distance de cette dernière rivière on longe ses bords jusqu à ce qu'enfin on vienne à toucher ses eaux et à atteindre avant le confluent du Sdreotza, du Gramma
et du Btlîsrhta le pont en pierre d'Ismitlgl , eur lequel pîie&e In route de Kaatoria à Anasëlitza, Grèvéuo et Janina, M Ce pont est irèa bombe et composé d*une grande arclïe avec une petite de chaque côte. Un Kanioul ee trouve à côté* Le» gène du pays donnaient le nom de Gramma ou Grammosetnoii celui de BiUschta à la petite rivière, qui venait du N. O.
A peu de distance de là Bur le bord du Sdréotza est un moulin avec une prise d'eau particulière et quelques champs de maïs et de millet. De petite* éminences de 50 à 80 p. bordent ce canal naturel du lac de Kastoriar qui peut avoir la largeur de 600 p. A 2 Va 1- avant Kastoria on passe à côté d'une grande ferme du Beg de Kastoria, le Chaim-Beg Tachiftlik. Elle est au pied occidental de petites crêtes calcaires sans arbres^ Le hameau de Katz se trouve au pont sur le Sdréotza, qui a un cours peu rapide et ondulé au milieu de prëa marécageux- La forme de» basses terrasses le long du lac et du canal d'écoulement indique que cette nappe d'eau a eu jadis un niveau plus élevé.
Peu avant d'arriver tout-à-fait en vue du lac et de la ville de Kastoria on laisse à gauche une église grecque située sur un tertre et cachée dans des massifs de grands arbres* On va gagner de là le villnge de Doupîa ou Doupiari, qui est au bord du lac à 1% h. au S- O* de Kastoria et est dominé par de petits escarpemens ealcairee, d'où sourde une bonne eau. Tout le bord du lac jusques près de la vîllc est bordé de hauteurs et si fort en pente ou même si escarpé que la route a été établie probablement de toute ancienneté en corniche à une certaine hauteur. Dans les parties, où cela a été possible, les habitana ont planté des vignes, qui donne du vin peu iniérieur à celui de Schatista. A l'approche des vendanges des gardes y sont postés dans les endroits les plus faYorables à la surveillance*
Au quart environ de la route entre Doupîa et Kastoria, il faut gravir une forte pente pour éviter un grand tscarpemenr, puis on se rapproche insensiblcraent des bords du lac et on passe à % ^^ 1- avant Kastoria près d'une source très abondante et assez froide* Elle sort d'un rocher calcaire et alimentait jadis un bain, dont quelques murs existent encore. Entre ce point et la ville il n'y a qu'une
') VoyiîK pour rithiëmire de eette rt>tite et du ^rnssage da Piode le long <liî Rbcdiaa ei entre les montagjies d«s B«ux Fr^rc» le TOja^^c de Mr. Pouquevilïe. VoL2» pag^i 490.
maison et quelques champs. Dès qu'on a parcouru la petite rue du faubourg on se trouve sur la place , qui occupe une bonne partie de l'isthme de la presqu'île de Eastoria (t. Kestir). On est alors au pied de l'ancienne enceinte de la vieille Celetrum.
A peine avions-nous passé la porte et la tour qu'on vînt nous inviter de monter au Eonak du Beg, qui occupe toute la largeur de l'isthme et fait face à la tour romaine. Comme il n'y avait pas moyen de refuser pareille demande, nous y acquiesçâmes et retrouvâmes notre ancienne connaissance. Son divan était éclairé à moitié par deux énormes lanternes en laiton, posées par terre et dans chacune desquelles il y avait deux chandelles. Au miliea de cette obscurité nous reconnûmes plutôt à la voix qu'à la vue le Dr. Karabin , fils y médecin de son Excellence et jadis au service du prince Milosch, qu'il avait quitté inopinément en prétextant seulement une absence momentanée.
Eastoria est à l'entrecroissement de quatre routes principales, savoir celle de Larisse à Bérat, Aulone, Elbassan, Douratzo et Scoutari, celle de Larisse à Ochrida, Prizren, Ouskoub et Prîschtina, celle de Salonique à l'Adriatique par Vodéna et Eailari et celle de Monastir ou de l'intérieur de la Macédoine au littoral de l'Epire. Cette dernière est bien moins facile que la première, parce qu'elle franchit plusieurs chaînes, entr'autres le Grammos et le Némertschika. On passe par Eroupista, on remonte le Bélitza par Pischidéri et on se rend à Staria, d'où on peut gagner à volonté Bérat et Aulone, Janina ou Arta ou bien Philatès et Corfou. La seconde route a une importance en ce qu'elle permet d'arriver commodément à Ochri, sur la grande route militaire et commerciale de Bitoglia à Douratzo, sans toucher l'Albanie.
Pour aller de Eastoria à Goritza (le Géordge des Turcs, le Gordscha des Albanais), on retourne à la source à ^/^ de 1. à l'O. de la ville, on y franchit la petite crête des montagnes et on suit au N. O. le bas de la pente de ces dernières sur leur revers occidental. On se trouve alors sur le côté oriental d'une vallée large et évasée, au milieu de laquelle coule une petite rivière, qui reçoit plusieurs cours d'eau de la gauche et surtout de la droite. A 1 1. on dépasse le village d'Ormani avec un Han et pluR loin on franchit un cours d'eau, qui vient du N. des monts Sarakina, tandis qu'on laisse à l'E. un village au pied des montagnes calcaires pelées. Le plus grand cours d'eau de la vallée,
eavoir le Bilisclita, est à distance vers Kroupîâta et reçait, outre lo8 torrenB précédens du Pinde au Urammas, le Eëlîtza au^dee- Boua de Galisia. Au K. a'apperçoivent de petits coteaux et les eîmee du Pinde s'offrent depuis cette plaine élevée de plus de 2000 p. de h* ubs. comme des montagnes peu considérables, néanmoins nous y apperçùuies en septembre encore deux points de neige, savoir dans les montagnes de Kaulonias et sur lee cimes du Smolîka. Des vignobles paraissent border ça et là la vallée
à ro,
Oq la remonte du S. au N. et à 3 h de Kastoria on passe un ruisseau venant de TE», et marchant au N, O. on monte sur un petite hauteur, qui forme une plate-forme au pied occidental de montagnes pelées calcaires. A la descente on remarque un ruisseau, dont Teau coule au N.O. On traverse au N* un second bas plateau à 3^4 dli, de Kaatoria et à % h* plus loin on trouve un ruisseau coulant de TE, à TO* On laisse un village à gauche et on descend à Kapouschtit^a, situé dans un fond à 4y4 d'h. de Kastoria, Bilischta ') n'est qu'à V^ L plus loin sur l*extrême pente des hauteurs- C'est un village albanais mahométan avec deux grands Kanaks, dont Tun est ancien et lautre nouveau avec un mur garni de basses tours carrées. Le Han est à peu de distance au-dessous du village ou de cette Ka&aba^ comme on appelle dans ce pays un endroit avec un Konak. Le coura principal de Teau au milieu de la grande vallée coule au N. Om de manière que le partage des eaux de la mer Egée et de TAdriatique n'est pas à Bilîschta, mais un peu au S, Il est occasionné par deux torrens venant des contreforts du Pinde, dont l'un, le Grammos, sortant entre le mont Sbok ou Pépélas au N, et le Grammîrita au S*, est grossi par plusieurs torrens à droite et par au moins deux ou trois à gauche» Il va joindre le Bilischta et plus bas le Sdréot^a, tandis que Tautre torrent va se réunir au Dé vol et tombe enfin dans le Bératîno* La singularité de ce partage consiste en ce qu'il n'a lieu qu*au haut de la rencontre de deux plans inclinés dans le milieu d'une vaste vallée sans montagnes, ni collines interposées.
Les contreforts occidentaux du Pinde forment le côté opposé de la vallée, qui a encore iVà K de largeur, mais au N. on
0 Ce mot vjendr&it-ïl du mot albaniUB Biljc, fille, na bien la racme ti*on seraitelle pA4 pi II tût dan» le mot Bijelo^ blane?
npperçoît que ces montagnes viennent presque joindre celles du Dêvol , où on commence à découvrir l'entrée d'une vallée. Après Bilischtas on voyage dans une plaine en partie cultivée et on traverse le torrent principal, qui reçoit plus loin le Dêvol sortant des montagnes à TE. et au N. E. Un hameau du nom de Tm (Épine) y caractérise bien cette étroite sortie. Â 2 1. de Bîlischta le village de Kondroi reste à gauche sur le pied des montagnes et on apperçoit des champs de maïs et de choux. On entre ensuite dans une espèce de canal ou de défilé, qui a '/^ de 1. de longueur et est bordé de montagnes calcaires. En-deçà se trouve une large vallée, qui a aussi V^ de L de longueur et est située au pied de hauteurs couvertes de petits bois. Ce n*est qu'à la sortie de cette espèce de petit bassin qu'on tourne à gvuche et qu'on est tout surpris de voir à l'O. une grande plaine triangulaire, qui peut avoir 4 1. de largeur de l'E. à l'O. sur 3Vj 1. de longueur du S. au N. et plus de 4 1. du S. O. au N. £. Elle est située au S. O. et S. du lac d'Ochrida et peut avoir fait partie une fois de son bassin, quoique maintenant elle soit à quelques cents pieds au-dessus du niveau du lac, ce dernier ayant d'après deux calculs différens une altitude absolue de 2015 ou 2400 p. et la plaine de Géortsché m'ayant donné 2450 p. pour sa hauteur. A gauche de la route reste le petit bourg en partie albanais de Pliascha, du mot albanais pliaae^ fente. Il oâre une mosquée à minaret et est entouré d'un terroir rouge et dominé par des montagnes calcaires de 1000 p. En continuant sur la rive méridionale de la rivière du Dêvol, on peut gagner par la plaine le bourg de Goritza (t. Géortsché), qu'on distingue parfaitement de loin. Cet endroit, placé à l'entrée de la route importante de Janina par Staria , a plus de 1000 habitans. C'est un mélange d'Albanais, de Zinzares et de Bulgares. Quelques minarets prouvent qu'il y a des Musulmans. A 1 Ya 1. à TE. S. E. se trouve dans une gorge le couvent grec de St. Elie. En-deçà à TO. on voit le lac oval et allongé de Malik, nom dérivé du mot albanais Maly montagne, à cause du voisinage de ces dernières. C'est le Moleka ou Molescha des Slaves. Un village de ce nom s'apperçoit vers son extrémité occidentale. Il a des bords marécageux et paraît lié plus ou moins au lac de Svrina (dérivé du mot «vrtnoutiy détourner) et à d'autres vastes marais , qui s'étendent au N. vers le lac d*Ochrida. La rivière du Dêvol, près de Pliascha,
traverse le Inc de Malîk, pour gagner de là des déSlëa, en -deçà deequels îl reçoit, cotiime noue TaTons dh, surtout lee eaux du Cliëlidoni et du Tomoritza. Ces gorges portent le nom turc de Kiar-Dervend ou Koloni-Dervend, ou en albanais de Techangon, d'flprès de Hahn, ou de Grouka ^). La carte de Mr, Vîquesiiel a rendu pour la première fois assez bien le détail de U plaine de Goritza, mais elle a exagéré la grandeur des deux lacs surtout de celui de Malîk*
Pour se rendre de Pliaseha au village de Pqianî (Plaine), eîtué au milieu de la plaine, il faut traverser la rivière de Dêvol, dont rencaissement entre des bergers alluviales ne permettait pas de la passer à gué, tandis que le petit pont en boia était dans un état si pitoyable, que si on ne devaîi pas craindre de le voir écroule sous les poids des chevaux, au moins ees animaux pouvaient aisément s'y casser les pieds dans ses troua. Il fallut cependant se résigner à faire ce passage, coûte qui coûte, mais ce fut le plus grand tour de force de tout le voyage,
La plaine est superbe et pourrait être entièrement cultivée, tandis que par négligence elle ne Test qu'au milieu et qu'on a laissé se former des marécages sur le pied des montagnes, en ne donnant pas de l'écoulement convenable aux eaux pluviales et aux sources. Le maïs, le coton, le tabac réussissent merveilleusement dans ce terrain, qui forme comme le fond d'un beau cirque. A TE, s'élèvent les escarpemens calcaires de montagnes de plus de 2000 p. d'élévation. Elles portent le nom caractéristique slave de Soua-Gora , en grec Xero- Vouai et en turc Kourou * Dagh (Montagnes sèches). Elles sont le prolongement méridional du gros massif du Sphîridîon et le lient aux crêtes près de KastoHa. Au S* les montagnes sont bien moina élevés et n'atteignent guère que 5 à 600 p., mais au N* O, régnent les hautes crêtes entre la vallée du Schkoumb et le lac d'Ochrida, Ce dernier n'est séparé de la plaine que par de basses hauteurs de quelques centaines de piedsj qui paraissent surtout s'abaisser beaucoup à Texirémité B. O» du lac, de manière que les marais au N. O, de Pojani peu-
') Voyez daDB h Yôjmge d« Mr, Leake sa course ittUreEsaiite de Gonwa h Bérat par les di^rit^ta tuski^iî de Cbùpari et da Tomoritza qq par MoskopoN^ an bourg, ï( y li 100 an^, et à présent ud village de 200 mûieotis, par Ln^dari an pied N. du tuant OiitraviiKa, par Duuâehurî au N, du mont Busnia, et an^n autour dn mont Tomor par Doiubanif Pri»ui«k U KoutKOiriua om par le Tomor même»
vent passer pour des preuves que le lac d'Ochrida a eu jadis un niveau plus élevé et a couvert la plaine de Pojani, de Géortscfaé et du lac Malik.
Pojani est un assez misérable village, où il y a un Agha. L'auberge n'étant pas logeable, nous nous rendîmes au hameau de Svesda (en grec Sélasphoro) à % 1. à E. S. E. Une route, en partie pavée à cause des prés marécageux, conduit à cet endroit, placé immédiatement au pied des montagnes calcaires et escarpées du Soua-Gora* Une gorge rocailleuse, d'où il paraît tomber de l'eau dans les temps de pluie, recèle un sentier, par lequel on peut gagner piobablement la cavité des lacs de Drénovo ou de Ventrok, d'après de Hahn, et de Prespa. Le Han albanais consiste en une vaste écurie et la boutique de l'aubergiste. Il fallut se loger sur une espèce de lit de camp de terre dans Técurie, car il faisait trop froid en septembre pour rester la nuit sur une petite estrade en dehors. Néanmoins notre courier s'y blottit, mais des Zinzares étant venus boire et chanter, il ne put de longtemps y reposer et fut obligé enfin de chasser ces chanteurs déterminés le pistolet au poing.
La route d'Ochrida longe au N. le pied des montagnes entre des prés marécageux et des pentes rapides couvertes de débris ou ça et là de petits broussailles de buis. On atteint bientôt un moulin mu par un petit cours d'eau coulant vers le N. O. Puis on suit le bord d'un grand marais couvert de roseaux et on voit à l'O. le grand lac de Svrina. A 3 1. de Svesda on atteint le pied de petites crêtes et le hameau bulgare de Podgoria (sous la montagne). Ces hauteurs courent du N. E. au S. O. et sont couvertes de matières alluviales, ce qui donne encore plus de poids à l'idée qu'une fois le lac d'Ochrida s'est étendu plus au S. Le partage des eaux a lieu a un petit col à 2617 p. ue h. abs. et »ous des cimes, qui sont 150 p. plus élevées. Des chênes et des Osirya vulgaris couvrent ces montagnes, qui viennent se rattacher au pied du Spiridion, montagne calcaire s'élevant à 1000 et 2000 p. audessus de ces coteaux.
Sous ce col se trouve le village de Blatsch ou Blatj et après cela on passe encore un petit col boisé en chênes et de 2745 p. de h. abs. Puis on se dirige au N. O. à travers les hauteurs vers le couvent de St. Non. Comme nous manquâmes la route, nous nous égarâmes dans les bois et atteignîmes enfin la vallée du
torrent de Molcra (liumide), qui débouche daoe le lac au N, du Monastère, Ce coure d'eaa coule du S. & E, au N.N*0. Après
a¥oîr décrit quelques petites ondulations il se termine dans le lac par un cours au N. O. au milieu d'une vallée évasée, tandis que plus haut il parcourt un petit vallon. Nous y apperi^ùmes un instant un paysan et voulûmes lui demander notre route, mais il jugea convenable de disparaître à notre approche plutôt que de nous répondre. Il fallut donc dans ce pays totalement déaert enivre le torrent dans la certitude que tôt ou tard nous devions arriver au lac.
Ce ne fut qu'en vue de ce dernier que nous apperçûmes au tournant d'un coteau le grand monastère de 8t.- Non, en slave Sveti Kaoun , en turc Schir-Naoun, Il ressemble de loin plutôt à un palais de seigneur turc, une Kmaba^ qu'à un couvent Notre Tartare n'en voulait pas croire ses yeux et prétendait que nous allions trouver nez de bois. Ce manoir est situé sur des rochers, qui forment un très petit promontoire dans le lac au S* du débouché du torrents «lont xï^\x% venons de parler. Entre lui et le couvent est une assez large nappe d'^eau fort claire , qui sort en masse de dessous les rochers» Les paysans prétendent que cette belle source est le canal caché d'écoulement du lac de Prespa. A peu de distance du couvent sont de petites hauteurs boisées en chênes, les terres, cultivées pour les moines, se trouvent sur le bord du ruisseau et du torrent de Mokra , mais surtout sur la pente des coteaux au N*E* de son débouché. Le couvent, bâti à côté du lac sur de petits rochers escai^és, est entouré des autres côtés d'une bonne muraille, qui renferme une vaste cour et de grands bâtimens, au milieu desquels est comme enterré une petite église, ï[ui pa* raît ancienne et est bâtie en pierres et briques dans le style byzantin eonmie toutes les anciennes églises en Turquie, c'est-à-dire surmontée à son milieu par une basse coupolcp Comme ce monastère sert d'hôpital pour les malades et d'étspe pour les troupes, les locaux de réception pour les voyageurs sont énormes. Dans le bas est une espèce de grand divan séparé en deux par une petite barrière, afin que les grands personnages puissent parler avec leurs inférieure, sans que ceux-ci ne viennent jusqu'à eux. Au premier il y a de grandes galeries, d'où on a une belle vue sur le lac. Une grande cuisine, un cellier et d'autres dépendances occupent du côté du lac la partie tout-à-fait inférieure du bâtiment
D'après le rapport de rigomnen le couvent ne contient que 10 moines» mais il renferme cependant presque toujours plus décent personnes, en comptant un bon nombre de jeunes garçons, faisant leur noviciat, les domestiques et les malades, parmi lesquels il y avait même des femmes et des familles entières. On y donne des soins à toutes les personnes malades sans distinction de religion. Aussi cette charité bien entendue et l'utilité du couvent comme étape militaire ont fait que ce monastère est bien vu des autorités turques et im Pascha lui a même fait présent d'une ferme, qui vaut S0,000 piastres. Ce couvent grec, le plus au N. de tous ceux de la Grèce, doit être riche , car sans cela il ne pourrait pas défrayer le logement et la nourriture de tant de personnes et rigoumen n'aurait pas manqué comme tant d'autres, de nous faire part des dettes de l'établissement. A notre passage on y comptait 110 individus. (Voyez ma Turquie. Vol. 3, pag. 461).
Depuis ce lieu on apperçoit presque tout le lac d'Ochrida, à l'exception de son extrémité tout-à-fait S. O., qui est fort étroite Ochri, l'ancien Achrida, avec sa butte et son château font au bout du lac un effet analogue à Genève sur celui du Léman. Cette association de localités vient d'autant plus vite à l'esprit de l'observateur que la même couleur bleue et la même transparence des eaux distingue éminemment les deux lacs. Si l'un d'eux devait avoir plus de transparence que l'autre, ce serait celui d'Ochrida, car comme dans le Rhône à Genève, on pouvait distinguer les poissons au fond de l'eau depuis les fenêtres du couvent.
Le lac peut avoir 7 1. de longueur sur 1 % 1. dans sa plus grande largeur. Cette dernière ne commence à se rétrécir un peu qu'à la hauteur de Peschtani, de manière qu'il est mal représenté en ce point dans les cartes de MM. Viquesnel et Kiepert. Au couvent sa largeur dépasse une forte lieue. H est bordé à TE* par le Galeschitza, haute crête calcaire à escarpemens et bocages et à l'O. des montagnes toutes aussi élevées et boisées le séparent du bassin du Schkoumb. Leur nom est celui de Bagora. Mr. de Hahn y voit les anciens monts Candaviens, tandis que Mr. MûUer place le nom de Gandava sur les montagnes au N.O. de Monastir. La hauteur absolue de ces montagnes peut varier de 3000 à 4000 p. , c'est-à-dire que celles à TE. ont au moins 2000 p. sur le lac et celle à l'O. 3000 p. Les bords du lac offrent assez d'escarpemens et de pentes couvertes surtout de petits chê-
nés av€€ quelques pïataneK et de« mûriers près des villages. Sur les rives du lac il y a un bon nombre de villages^ principalement sur le bord occidental. On m'y montra Pogladetz, Moulischia, Lin, Radogda, tous habités par des Albanais guéguea et s'occupant de lu pêche. Starova (t. Istarda), où il y a une caverne calcaire étendue, reste plus loin à l'extrémitë sud du lac. LêBRgoraditza et le Vieux Strouga de Mn Kiepert m'ont échappé- Mr. de Habn fait du premier le chef-lieu du district de Gora (mon ) et Mokra (humide), noms qui indiquent clairement que ce Bont la montagne et le b ►rd occidental du lac. Sur le côté oriental est à y^ 1. de Schir- Naouo sur la hauteur le hameau de Boukova, à 2 L sur le bord de l'eau le village de Trapetza {Trepitza) et à 4 L celui de Peechtani,
Depuis le couvent on peut se rendre directement à Bitoglia (Monastir)^ en traversant la montagne et gagnant Prespa. L'Igoumen comptait 14 h, de chemin et donnait le nom de Diavat (du mot albanais IXar chèvre, ou de Dévet^ menu bétail) à un monastère situé sur cette route à 4 L du couvent dans la montagne.
La route de St*-Non à Ochri passe sur un pont le ruisseau du couvent et traverse le lit plein de cailloux du Mokra, pour monter sur la hauteurs parce que les bords du lac sont assez escarpés. Une ferme du couvent et une tour, où il y a eu uuKaraoul, ee trouvent justement à la place de rancïen Lycbnidua, où on déterre encore des médailles des empereurs romains, Mr. Kiepert indique ce lieu sous le nom de Loubanischt On parcourt ensuite des petites ondulations de terrain boisées en chênes, en restant à environ 100 ou 200 p, au-dessus du lac et sans apperoevoîr de cultures avant de descendre au village de Trapetza (le Trpezîtza d'après Mr, Kiepert)* Les maisons y sont ombragées de grands mûriers et les hahitans s*y occupent de la pêche. Le vOlage de Velgoschti reste caché au bord de Teau pendant cette traversée. Entre cet endroit et Peschtani il faut de nouveau monter sur les hauteurs, parce que le lac est garni de précipices et offre plusieurs petits promontoires escarpés. Le genièvrîer, le CokOêa arborêscmSf VEvonpnm îatifoUui, le prunier sauvage s'associent aux trois espèces de chênes de ces lieux sauvages. Depuis Peschtani la chaîne à TO* d'Oustourga pressente deux échancrures sur sa crête, l'une est presque à l'O. de Peschtani et 1* autre près d*Oustourga, Ce dernier col parait plus bas de moitié que Tautre.
En deçà de Peschtanî on suit la grève du lac bordé ça et là de platanes d'Orient. Les marques de la plus grande hauteur des eaux du lac indiquent un niveau d'au moins 4 p. au-dessus des plus basses eaux à la fin de l'été. Elles sont sujettes aussi aux crues occasionelles, nommées Sèches en Suisse, phénomène phy> sique, qui se retrouve dans beaucoup de grands lacs, entourés d'assez hautes montagnes. En s'approchant d'Ochri, la crête des montagnes à l'E. diminue beaucoup de hauteur et perd peu à peu presque ses bois. A son pied sont établis quelques maisons et des vignobles appartenant aux habitans d'Ochrîda, tandis qu'à V^ 1. de cette ville une source très abondante sort de ses rochers calcaires les plus bas. Quelques saules entourent ce lieu et un pavillon couvre ces eaux, qui ont formé à la longue un marécage dans cet angle du lac. Serait-ce la source hépatique, nommé Kozel, près du hameau de Ravna, dont parle Mr. Mûller ? Il faut tourner et traverser de TE. à TO. ces prés marécageux, ainsi qu'un cours d'eau pnrcourantla vallée au N.N.E. d'Ochrî; après cela on atteint par une chaussée pavée et démantelée les premiers jardins potagers de cette ville. D'après leur culture on reconnaît tout de suite qu'on est en pays bulgare.
Ochri ou l'Ochrida des Slaves a reçu son nom ancien d'Achrida des rois bulgares, parce qu'ils y ont habité et que le mot turc Achar signifie aussi bien résidence qu'écurie. Les Serbes l'employent encore dans cette double acception. Cette ville est bâtie à PE. et au N. de la butte de Piéria , où était l'ancien château romain et bulgare. Il n'y a pas de Bazar, mais bien une ou deux rues avec 250 boutiques courant de TE. à l'O.; on y remarque un mélange de vêtemens bulgares, grecs, albanais et turcs. La population peut aller au moins à 6000 âmes. Il ny avait en 1838 d'après Mr. le Dr. Miiller que 750 maisons ou bien 310 familles mahométanes et 880 de l'église grecque. Les habitans sont surtout Bulgares et Zinzares; il y a peu d'Albanais. Si on pouvait se fier au petit nombre de mosquées à minarets, il y aurait même peu de Mahométans. Une horloge à sonnerie s'y trouve aussi* Le faubourg oriental de la ville est occupé par des rues garnies de longues murailles en partie d*argile. Toutes les rues ne sont pas pavées. Le vieux château n'a l'air que d'une ruine avec des murs épais et crénelés ainsi qu'une douzaine de tours carrées. Ce reste du moyen âge serait le couvent de St. -George
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du Dr. MiilLer, ia résidence d*uii Métropolite grec de T Albanie. Uq mur d'enceinte fait le tour de l'éniinence conique évasée, qui le supporte et qui peut avoir 80 p* Plus hm vers le N. 0. est rhabi Cation de l'Ajan ou d*un petit Pasuha, (Comparez la de^ scriptioû du Dr, Millier, pag, 66*)
Son gouvernement comprend tous les environs du lac d'Ochrîda et une population que le Dr, Mûller eetime à 49,000 âmes, parmi lescjupiles il j aurflit 37,000 Chrëtieue. Ce sont surtout des Bulgareei avec un certain nombre de S^ rbes et de Zinzarea, ainsi que des Albanais surtout à 10, du lac. Il n'y a danfl ce district f^U'une ville, un ou deux bourgs, mais beaucoup de villages.
Ochrida est le grand miirché des poissons du lac, qui se vendent séchés et ealce dans toutes les parties voisines de T Albanie et surtout de la Macëdoine, où. les poissons de mer reviennent plus chers* Ce commerce de poissons d'Ochri et d'Oustourga paraît fort ancien et donne lieu à une ferme nèsez lucrative, La pêche occupe tous les riverains du lac et dans tous les vîUageg on voit d*énormes filets tendus ou en réparation. Les bateaux de ce lac sont plats, étroits et pointus des deux côtés; ils ont encore la particularité d'être munis de chaque côté d'une espèce de poche, semblable à une gouttière^ pour j mettre le poisson ou d autres objets. Ils ne peuvent pas braver impunément les vents quelquefois vîolcns du N.N.K, Comme j'en fus assailli pendant une partie de mon séjour à Ochri, une de mes mesures barométriques est probablement fautive et la hauteur du lac n'exéderait guère 2000 p.
Depuis Ochri on peut se rendre à Krtschava ou Kritschovo par deux routes. Tune va gagner ce bourg en traversant le col entre Ochrida et Eesna, et en se portant dans le haut de la vallée de ce dernier nom, au lien de descendre à cet endroit. Il reste ensuite à franchir deux montagnes» entre lesquelles coulent les eaux de Slivo, dont les sources sont près de Slivova,
Une autre route^ qui est celle des courîers, remonte la Sateska-Kitîka et franchit aussi deux montagnes près des sources du Slivo. Pour gagner la Sateska-Hieka, on suit la route d'Oustourga te long du lac, pour passer entre une ferme et Textréusité des hauteurs» qui séparent la vallée au N* E. d*Ochrida de la plaine arrogée par la Sateaka-Kitka. La colline présente au lac de petite escarpemens calcaires et se trouve k une petite heure de la ville, Laplainede Sateska, s'etendiint Jusqua Çustourga, est fertile, cul-
tivée et couverte de villages en partie bulgares. Sa longueur de l'E* à rO. est de 2 1. et sa largeur 1 y, 1. Au lieu de suivre à TO. la route d'Oustourga, on tourne bientôt au N.28®E. et on passe à 1*/, 1. d'Ochri au village de Podmolie et à 1 % h près de celui de Goretzi, qui reste un peu à droite. A Ya 1* plus au N. on apperçoit au pied des montagnes le hameau bulgare d'Oravnik et au N.N. O. plus loin sont plusieurs villages albanais, tandis que Oustourga avec ses minarets fait un joli effet à l'entrée du grand dëfilé du Drim noir.
Le col de Bagora conduisant d'Oustourga à Elbassan parait si bas depuis la plaine qu'on ne lui donnerait que 5 à 600 p. sur le lac, néanmoins les montagnes à l'O. et N.O. d'Oustourga doivent avoir de 2800 à 3000 p. sur ce lieu, puisqu'il y avait encore des points de neige à la fin de l'été. D*une autre part les hauteurs à TE. n'ont que 3 à 600 p. d'élévation.
En avançant plus loin, on se trouve déjà dans un cul de sac de la plaine, où coule la Sateska-Rieka et on a devant soi rentrée d'un défilé, au-devant duquel sont situés à droite de la route les villages bulgares de Meschéritza et deTrébénitsch, l'un à près de 3 1. d'Ochrida et l'autre à 2'/^ d'h. de cette ville. Des vignobles se trouvent^ sur les collines voisines de ces deux endroits. Une église se voit à Trébénitsch et la Sateska-Rieka reçoit au S. de ce village un ruisseau venant de l'E. et un autre plus grand venant du N. On apperçoit à l'E. le pont en pierre sur la Sateska- Rieka pour aller à Oustourga. A 9^/^ d'h. d'Ochri cette rivière s'échappe des montagnes par un défilé rocailleux dont le fond est occupé presqu'entièrement par ses eaux, qui coulent du N.N. E. au S.S. O. Les hauteurs aux environs ont au moins à l'E. 6 à 700 p. Ses sources se trouvent à Oritska à 5 ou 6 1. au N. Il paraîtrait que cette rivière participe à l'abondance des poissons du lac d'Ochrida ou plutôt que certaines espèces de ces derniers remontent dans les eaux, qui se jettent dans le lac. Du moins nous y remarquâmes beaucoup de poissons et même l'un de nous eut le rare bonheur de prendre à la main un gros poisson, qui probablement en descendant le courant s'était embarrassé entre de-i branches d'arbres.
Plus haut la vallée de la Sateska-Rieka s'élargit un peu et ofire des deux côtés des bocages de chênes, d'Ostrya vulgaris et prè« de l'eau quelques aunes (Alnus glutinosa) En ne quittant pas la
rive orientale de la rivière et fiuivatit une route carroasablej od arrive, Bans appercevoir qu'on monte, au Han et Karaoul de Votoum à 5 1. d'Ochrida. Nous y retrotivâmea un vojageur musulman que nous avions déjà rencontré en Albanie. C'était un inspecteur des fînaricea en tournée, pour examiner, ai les comptes dee Paschas et des Mueeelims étaient bien en règle* D voyageait avec deux domestiques noirs et avait une escorte de 4 Kavas, qui lui était pluB néeesBaire en sa qualité qu'à nous. Derrière ce Han la Sateska-Rieka reçoit deux afflue n s ou plutôt il y a trois torrena, dont le plus grand vient du N, 25**K et les autres du N. O. et du N, E. Trois routes remontent ces trois vallons, celui au N. E. conduit à Perlépé, celui au N. O. à Dibra et le troisième à Krtschava. On passe le torrent de la route de Perlépé et on remonte au N.ZS** E, la grande vallée, qui 8*é1argit bientôt en une petite plaine en partie cultivée en blé; néanmoins on n'y apperçoit aucun village. Les montagnes à TE. ont des sommets déboîeéô d'environ 2000 p, de h. sur la vallée et à leurs pieds il y a plusieurs vallées, dont Tune court du N,0. au S,E, et est la plus visible. C'est probablement une ramification supérieure du vallon débouchant au Han de Votoum, A TO. on est trop prèa de petites hauteurs boisées en chênes, pour découvrir les so m meta de la crête bordant le sillon du Drîm noir.
On arrive ensuite dans une pelouse à 2114 p. de h. abs», où il y a un petit pont de bois sur le torrent. Passant sur ea rive droite, on voit que ce cours d'eau résulte de la réunion de deux autres, dont Tun semble venir du N, et l'autre du N*N,E. En avançant plue au N., on s'éloigne de Teau qu'on laisse à TE. et on s'élève par une pente sensible au milieu d un pays sauvage et cou» vert de bocages de chênes, La direction générale de la route est au N. E, et au N.N*E. et on atteint une hauteur de 2546 p„ où se trouve un petit col, dominé à TE. par quelques cimes 300 p, plus élevées. Depuis ce point on entrevoit à 1 ou ly^ à TO, la crête boisée des montagnes de Dlbra, qui s'élèvent à 2000 p. sur le coL Le Dr, Muller leur voudrait donner le nom de Koropnik et Mr. Kiepert celui de Vitzi, mais nous n'avons pas entendu prononcer ces dénominations. Une petite descente assez rapide d'une centaine de pieds conduit de cette hauteur dans le riant vallon de Slivo, où on voit au R E, le village bulgare d'Erbîna ainsi que des cultures de maïs, de chanvre, de haricots et de chuux.
On se dirige au N. EL et on remonte le ruisseau de Slivo jusqu'au Han isole de Slivova, près duquel étaient de grands amas de gerbes de blé qu'on avait entassées pour les battre plus tard. Ce Han n'était qu'une grande écurie avec une chambrette pour le comptoir de l'aubergiste, néanmoins ces braves gens nous procurèrent tout ce qui nous fallut avec cette obligeance commune à presque tous les Bul* gares et qu'on apprécie surtout, quand on vient des pays albanais. -
Le petit cours d'eau de Slivo a ses sources à y, 1. au N. N, E. et 1 1. au N. O. de cette hôtellerie. D'après ce que me dirent les gens du pays, il irait se jeter dans la Sateska-Rieka, en décrivant un grand contour et par des défilés, ce qui expliquerait cette vallée du N.O. au S.E.9 dont nous avons fait mention.
La route deKritschovo remonte le ruisseau de Slîvo au N. N.E, et laisse à gauche le hameau de Slivo sur la branche du torrent qui vient du N.O. Une petite montée conduit à un col, où on appercevoit des champs d'orge non moissonnés à la fin d'août, tandisque de l'autre côté on remarquait des champs d'avoine. Depuis le haut du col situé à 8239 p. d'élévation absolue on revoit pour la dernière fois le lac d'Ochri. Au N. il y a des petits sommets de 200 p. et à l'O., d'autres de 4 à 600 p. En deçà s'élevait à l'O. et au N.O. un large dos de montagnes en partie boisées, qui ont au moins 2000 p. sur la vallée et qui présentaient à la fin d'août des points de neige. Ces dernières bordent le Drim noir.
En deçà du col nous trouvâmes dans un petit vallon courant de l'O. N. O. à l'E. S. E. le village de Tourié et des troupeaux de moutons, puis nous montâmes à un second col, qui a 244 p. de plus que l'autre ou est à 3483 p. de h. abs., en formant une espèce de gaine entre des petites cimes. Un quart d'heure suffit pour y arriver et atteindre la zone des hêtres (Fagus sylvatica). C'est le Tourianska-Planina que Mr. Kiepert ne représente pas bien, relativement à la chaîne sur le côté oriental du Drim noir, car cette dernière n'est point un contrefort du Tourianska-Planina, mais une crête particuh'ère plus élevée et dont au contraire le Tourianska-Planina pourrait passer à toute rigueur pour un contrefort. C'est sur l'alignement N. N. O.-S. S. E. de cette chaîne omise que devraient se trouver le Tôles et Korab de Mr. Kiepert.
La route, qui se dirige au N. N. E., descend dans la grande vallée de Kritschovo par des bois de hêtres remplacés dans le bas par des chênes. La fontaine, appelée Tourianska-Tschesmé, se
trouve à peu de distance eoua le eol. Il faut tournoyer pendant une heure eur des penies boisées avant d'atteindre à 2173 p, de h. abs. le fond d^un vaUon, qui débouche dans le bassin de KritschoYO. Ce vallon, courant au K E,, contient le hameau de Brdjau (de la montagne) et un peu plus bas le Han îsolë du même nom* Ce vallon se rëuuit dans ce Heu avec un autre plus grand, qui vient du S. E* et on continue à descendre insensiblement au N, N. E. dans le fond de la vallée champêtre du Brsanska-Rieka; qui coule du S. S. O, au N.N, E, A y^ h. du Han on franchit l'eau, puis à Va b. plus loin on passe au mojen d'un pont sur la rive opposée. Plue loin le torrent recevant un affluent , dirigé de l'O. à l'E,, commence à couler au N, E,, puis ses eaux augmentéee par un torrent venant du N.O- changent leur cours et se dirigent au S E.
On est alors dans le bassin de Krîtschovo à 1755 p. de h. abs. entre les champs de maïs du village bulgare de Drougovo À droite duquel est celui de Serbianj , tandis que le château de Kritgchovo paraît sur une butte au pied des montagnes partiellement boisées, qui bordent le côté oriental du basain. La plaine ondulée de Krîtschovo fs* Krtscbava) est Jertile et cultivée en partie en céréales. Ce bourg à rues mal pavées et maisons délabrées peut compter 1500 habitans en bonne partie Bulgares et Serbes, dont un tiers sont Chrétiens* Il nj a qu'une petite rue de mé* chantes boutiques et à TE. est placé isolement sur une hutte le château du Musselim. Il consiste en un Konak entouré d*une muraille garnie ça et là de tourti carrées sans fenêtres, dans lesquelles il y a des portions en bois faisant saillies et servant à tirailler en temps de guerre. Ces prétendues fortifications avaient été recrépîes rt blanchies tout récemment
Depuis Kritschovo on peut voir, comment les eaux réunies de ce bassin se rendent au S,E,, en décrivant des contours à TE et à rO. et formant le K ara sou ou Tscherna» C'est par ces gorges qu^on descend de Kritschovo dans le bassin de Prilîp et de Monastin Quelques hameaux bulgares se trouvent dans cette vallée champêtre, entourée de montagnes boisées en cliênes et couronnées de hêtres. Pour gagner Bitoglia, on ne quitte le fond de la vallée du Kanisou qu'à environ moitié chemin, ou traverse quelques petites hauteurs ef on longe la pente des coteaux^ qui bordent le coté occidental de la plaine entre Bitoglîa et Prilip et où se trou-
vent bon nombre de villages bulgares. De Kritschovo on peut aller aussi par les montagnes à Dibra en 8 à 10 heures ou bien gagner Ouskoub par la grande vallée de la Dreska ou Keuprili sur le Vardar par des montagnes non encore explorées.
La route de Kalkandel se dirige au N.N.E. à travers des cultures. Comme c'était le lendemain de la naissance de Marie, nous rencontrâmes ça et là des troupes joyeuses de paysans et de paysannes bulgares, qui retournaient chez eux et continuaient cette fête par des libations d'eau de vie. La vallée se bifurque bientôt, l'une remontant au N. O., tandis que la plus grande s'en va au N. E. A 1 h. de Kritschovo Feau de cette dernière coule auS.S.E., tandis qu'on marche au N. N. O. et qu'on traverse sur un pont un affluent venant de TO. On tourne un coteau et on rencontre un autre affluent, venant du N.N. O., et se dirigeant au N.E. on atteint la partie supérieure du bassin de Kritschovo, qui forme à 1806 p. de h. abs. la plaine cultivée en céréales de Zayas.
Après avoir traversé ces champs, on atteint un torrent, ^quî a son origine au N. O. et coule dans une vallée passablement large au pied d'assez hautes montagnes. Ce cours d'eau avec un autre, qui remonte au N.E., paraît former les sources duKarasou. Le bassin de Kritschovo aurait ainsi près de 4 1. de longueur , puis qu'on compte une petite heure de cette ville jusqu'aux gorges con* duisant à Monastir et que Zayas est à 2 y, h. de Kritschovo.
Après le gué du torrent on commence tout de suite à monter et plus on s'élève, plus s'étend le bassin de Kritschovo, qui est encaissé profondement entre des montagnes boisées. A TE. de la hauteur, sur laquelle on se trouve, on domine une vallée courant du N.N. O. au S.S. E. et recelant un affluent du torrent laissé à droite et ci-dessus indiqué. Le village de Trégovischté y est situé à Va 1* environ du gué, dont nous venons de parler. En deçà de cimes assez basses on apperçoit des sillons dirigés du 8.E. au N. O. En remontant ce torrent et passant un col, on atteint les sources et la vallée du Dreska, affluent du Vardar et se grossissant des eaux du Vlainitza près de Tschistova à VI2 b. à l'O. d'Ouskoub, Ces cours d'eau coulent toud les deux du S. E. au N. O.
Le contrefort de la montagne dépassé, on parcourt une pelouse peu inclinée, pour gagner au N.O. une pente élevée dans les bois de laquelle on voit de loin la route décrire deux grands toumans. Il fallut toute une heure, pour dépasser ces bocages et
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atteindre le aooxinet rocailleux et dënudë de !n montagne. Pendant cette montée, la Tue plongeait aurtout sur la partie supérieure de la valléct où le cours d'eau de Zayas a Bee eourcei,
Depuîtt le col de la montagne à 3033 p. de h, ah&, nous re- ¥Îme8 la plaine et le château de Kritâchovo* La chatoe boieée de Dibra au S. O. nous parut 800 à 1000 p. plus haute que le col elle â'oifrait aouô des formes très massivea et avec des sommets fort rabbattus comme ceux des montagnea calcaires, tandis qu'à TE» la vue était limitée par de petites cimes nues de 2 à 300 p., mais au N. la largeur du col ne permettait que de voir des pentes voisines. Ce dernier est occupé dans son milieu par de petits enfoncemens très évaaés, où on remarque quelques arbrisseaux, mais dès qu'on commence à ee porter au N^ on voyage au milieu de petits bocages dans une espèce de canal creueé dans le roc ayant 6à7pde profondeur. Quoiqu'il n'y ait pas de torrent en été, il paraitrait qu'il y a de Teau à la fonte des neiges, maïs ce lit d*un cours d'eau indique une descente très insensible; aussi faut-il prèa d*une heure, pour traverser la montagne et atteindre la grande descente. Plus l'on descend, plus la rapidité de la pente augmente* de manière que nous fûmes obligés de descendre de nos bêtes et de les chasser devant nous dans ce chemin pierreux. Plus d'une fois les chevaux s'égarèrent dans les bois, ce qui fut surtout le cas lors de la rencontre d'une bande de Kiradgis. D'ailleurs il n'y avait pas moyen de forcer nos gens à tenir en main leurs chevaux.
Dans le haut la route est tracée au milieu de hêtres, à'Aeer obtuêatum, d^Alnus nù^ra etc., mais plus bas elle est ombragée de chênes. Arrivé au tiers de la descente, deux ou trois cimes gazonnées pointues et élevées du Schar (le Krivosîa) viennent frapper la vue et tout saisir d'un coup d'œil la hauteur de cette muraille séparant la Macédoine delà haute Albanie. A % d'h. duPodalischta-Rieka le chemiu décrit trois grands tournans, qui sont bien nécessaires, car malgré cet artifice la pente est ça et là si forte qu'on est poussé involontairement à courir plutôt qu à marcher. Ce n'est qu'après une heure et demie ou àî'/i h« depuis le col que nous atteignîmes à 2117 p. de h. abe. le Han bulgare et Karaoul isolé de Podalischta. Vu la sauvagerie de la localité, il ne pourrait passer hors de la Turquie que pour un antre de brigands Etabli sur le bord méridinal du Podalischta-Rieka, il renferme dans une enceinte de murailles une écurie, un local pour Tauberge et sur Tentrée du
grand portail une chambre à cheminée pour le Karaoul. Par ua heureux hazard le Boloubaschi, commandant de ce poste, avait pris la fièvre et était allé se guérir avec ses Kavas à Kostovo. Nous pouvions donc prendre sa place au lieu de coucher avec nos chevaux.
Le Podalischta-Rîeka coule du S.2S^E. au N.2S®0.; ses bords sont ombragés de noyers, un pont est jeté sur ses eaux au sortir du Han. Il occupe avec ce dernier tout le fond extrêmement étroit du vallon, des deux côtés duquel s'élèvent de hautes montagnes boisées. En descendant lePodalischta-Rieka, une des sources principales du Vardar» on atteint à V, h. du Han la vallée de Tschervinova, qui court du N. E. au S. O, et contient le village du même nom. Un vaste cimetière se trouve sur la route. Le Pcdalischta-Rieka décrit quatre coudes au N. O. avant de recevoir un second affluent du N. O. Après cela il se dirige au N. E., en décrivant un grand circuit, en deçà duquel il y a de nouveau trois coudes au N. O. et avant Glogovik à 2 1. du Han il forme un arc de cercle dirigé au N. E. Pendant tout ce trajet ce torrent parcourt une vallée si étroite qu'il n'y a guère qu'un petit prés le long de Teau, de manière qu'on ne peut passer dans le fond qu'en été et que la route a été tracée en corniche ; on monte quelquefois à une centaine de pieds dans certains rétrécissemens rocailleux de la vallée. C'est du reste une route fort agreste, l'œil reposant sans cesse sur de hautes pentes boisées. Ces montagnes ont été profondement fendillées lors de la formation de la fente N. S. du Drim noir.
Glogovik (de Glog^ Cratœgtia) est un gros village bulgare sur la rive occidentale du torrent, des cham s de maïs et des noyers se trouvent sur le côté opposé. Les montagnes s'abaissent beaucoup après ce village, parce qu'on s'éloigne des crêtes, pour ne voyager qu'entre leurs derniers contreforts. Les sommets du Schar à TE. du mont Jalesch font face au voyageur, qui débouche de la vallée dans la direction du N. A Ya 1. plus loin on atteint le Han de Tourschani, qui prend son nom d'un village situé sur le pied de la montagne à droite. Ce village s appelle Tourschani gorni ou supérieur, pour le distinguer de Tourschani Dolni ou inférieur, qui est placé à Vij 1. plus loin au N. E. Depuis ces premiers villages on n'a plus qu'une demi-heure de chemin jusqu'à Kostovo ou Kostova, le Goativar des Albanais, à 1420 p. de h. abs. On voyage au pied méridional du Schar dans une vallée.
qui n*îi encore qu'une derai-Iîeue ois % de L de largeur, tandis que plus baf* vers KïUkBiidel cette dernière di^pasee une Ifeue. Elle est arro&ée par le Vardar supérieur, qui a ses sources à TO, et au S* O* de Kostovo; il est formé par la réunion de plusieurs petits couri d'eau ilescendant de la pente S» E. du Jaleseh et du versant orienta! des crêtes, qui bordent la partie inférieure àelfk vallée du Drîm noir, savoir le Korab. D'après Mr, Jourîâchitcb sa source serait dans la montagne près du village de Vroutak (source) dans le district nommé Gornîi Polog (haut Polog) par opposition au Dolni Polog (bas Polog)* Ces deux dénominations slaves s'appliquent aux environs des diatrîcta de Tetovo et de Koêtovo, le mot Polog voulant dire campement. Coulant du S. et S, O. au N, et N- E., le Vardar passe au S. de Kostovo et se grossit des eaux du Podalisebta'Rîeka. On le passe à gué avant d'atteindre Kostovo et il y occupe un lit asse^ lai^ge, sans avoir beaucoup d'eau en été. En deçà de cette ville son cours est plutôt de VO. à TE*, parce quil se tient toujours dans la vallée sur le côté opposé au Schar.
KoBtovo ne répond guère à sa belle position par ses rues sales. II y a cependant une place carrée, une tour à horloge et quelques petites mosquées à minaret* C'est une bourgade turcobulgare d'environ 1500 âmes. Nous y trouvâmea sur la place un Hfln avec un café, maïs pour être moins gênés et éviter les questions des Musulmans, nous allâmes dîner avec des têtes de moutons et des œufs dans la boutique d'un boulanger-restaurateur, où un banc nous servit de table.
Aux environs se remarquent beaucoup de villages bulgares, en particulier un au S. sur le pîed des montagnes et un autre avec un Konak turc au N* E* C'est surtout le pied du Sehar exposé au midi que les Bulgares ont clïoîsî pour leurs habitations Ainsi depuis Kostovo jusqu'au-delà de Kalkandel chaque petite gorge du 8char offre à son entrée un village entouré de vignobles. Dans la plaine en grande partie cultivée il 7 a en outre d'autres villages, de mauière que vraiment on ne se croirait pas en Turquie. L'eau coulant de tous côtés et la vallée étant protégée du vent du N. par le Schar, la végétation y a une vigueur ejttraordinaire; aux beaux champs de la plaine s'associent de superbes noyers et plus haut sur le Schar des bois de châtaigniers.
Depuis Kostovo on peut se rendre dans la vallée de Dibra^ en remontant celle du Vardar Cette route entretient les corn*
munications entre ces deux districts. Elle est dans le genre de celle de Kritscbovo et passe par des pentes assez boisées. Elle n'est point mauvaise et ne monte pas autant ni si rapidement que celle entre Ealkandel et Prizren, car elle est établie dans des espèces d'échancrures des crêtes, qui se trouvent au S. du mont Jalesch.
Ealkandel étant dominé au N. par leKonak d*été duPascha et étant placé sur un plan incliné, on distingue cet endroit depuis Kostovo et la vallée ne formant qu'une plaine, on ne peut pas croire qu'il y ait plus de cinq bonnes lieues de route entreces deux villes. A Ys h. de Kostovo on laisse à gauche le village de Stounia, à ^2 h* à% là on atteint celui de Raptschista et un peu plus loin celui de Toumscheista. A 2 1. de Kostovo le village de Dobrido reste à distance de la route à gauche et la partie du Schar, qui le domine, porte le nom de Roudoka (du mot albanais Roudêj menu bétail). A 3V, 1. deKalkandel on laisse encore dans la même position Pirotsch et à 3 1. Rakovatz (village des écrevisses). Ensuite on apperçoit à droite en deçà du Vardar le village de Schérovien situé à 1 1. du chemin dans le mont Solopek. On est alors à2y4 d'h. de Kalkandel. A 1% d'h. plus loin on passe le hameau de Schalesch et à % d*h. avant Kalkandel celui de Petléritsché. On distingue une petite cascade dans la gorge du Schar, qui précède celle débouchant à Kalkandel. Le reste de cet Itinéraire a été déjà donné dans les Itinéraires Nr. 16 et 17.
HAUTE ilLBilinE bt BOSNIE.
DE
SCO U TARI À BOSNA-SERAJ
PAR
IPEK ET SJENITZA,
JNouB nous rendîmes par la route de caravane déjà décrite à travers le pays des Myrédites à Spass sur le Drim, où nous le traversâmes sur un grand bac en assez bon état. C'est probablement ce passage, qui a donné à ce lieu son nom, car Spas signifie en serbe le Sauveur. Sur la rive opposée était une famille serbe, qui attendait depuis assez longtemps l'arrivée du bateau et s'était cuit pendant ce temps quelque aliment. Ces gens se rendaient dans la commune de Zoubi (de Zaub^ dent, à cause des montagnes pointues), composé d'après le Dr. MûIIer de 17 hameaux et de maisona iso* lées. Elle recèle les derniers Serbes de ce côté de la Turquie, car en deçà commence la population albanaise des Malsores (alb. Malisori), ce qui veut dire faabitans des montagnes. Les princîpaujc villages de ce district d'après Millier seraient Koronika il^ K) et Gousk (120 h.). Les habitans s'occupent presque exclusivement de bétail. Mr. Mcdler cite encore plus au N. et N. N. £. vers Detscfaani un village serbe du nom Véltki-K(tronika (160 h.).
Le lieu du débarquement sur le Drim est une petite corniche de rochers dioritiques noirs, à travers lesquels il faut grimper pour gagner le bord élevé de la rivière. Une maison isolée s'y trouve. Depuis là on gagne par des bois un torrent, qui coule du
N. E. au S.O. et prend sa source dans les montagnes au N. On le traverse et on monte par une longue pente à un plateau boisé sur les deux côtés duquel est un cours d'eau, savoir à TO. celui qui se rend dans le Drim près de Spass et à l'Ë. un autre torrent, qui arrose une vallée plus évasée et où il y a à environ 2 y4L au S. un village pour lequel on me donna le nom de Has; or comme ce nom est celui de tout le district habité par des Serbes albanisés et des Albanais, il est très probable que Mr. Mûller a raison de l'appeler Helsan; il lui donne 160 habitans. Il place sur la route de ce lieu à Djakova les hameaux de Lischoz ou Lischatz (16 h.), de Kostovo (80 h. en partie Serbes) et de Tzer (chêne) (36 h.). Nous avons en effet remarqué d'autres villages. Près de Kostovo Marko Kralievitch d'après les Serbes ou Skander Beg d'après les Albanais , a fendu un rocher énorme en deux , ce qui rappelle le même dît-on pour la brèche de Roland aux Pyrénées. La vallée de Helnan est bordée à TE. par des sommités crénelées calcaires, qui ont Pair de s'élever à 1500 p. plus haut que le plateau d'où on les voit; elles ne sont que l'extrémité de la crête détachée du Schar à l'O. de Prizren, ou du Schalé-Schoss des Albanais. Son contrefort septentrional serait le sommet indiqué dans les cartes sous le nom de Pastritsch (Pastrik des cartes), nom dérivé de Pastir ^ un berger, que je n'ai pss entendu prononcer, quoiqu'il puisse exister. Une échancrure occupée par de basses éminences lie ces montagnes à celles qui courent du N. E. au S. O. en deçà du torrent à l'O. et qui s'élèvent à 600 p. sur son fond.
C'est au milieu de ces bois solitaires de chênes que nous nous prîmes notre collation de midi, malgré le dire du Tartare, qui prétendait que ce n'était pas un lieu très sûr. Néanmoins nous vîmes à peu de distance de là une auberge qu'on commençait à bâtir, mais le seul Han véritable entre Spass et Djakova était à 3 1. du Drim avant le col dans une plaine déboisée. C'était là que nous aurions du dîner, mais nous aupons compté sans notre hôte, car personne n'était à la maison.
Avant de sortir de la forêt on distingue à l'E. sur la pente des montagnes le village de Kiar et après le col très bas en deçà de l'auberge isolée on passe une espèce de bassin, dans lequel est le hameau albanais de Lethail. Ce n'est qu'après avoir longé le bord occidental de cette vallée ovale et après avoir franchi un
col un peu plus ëkvé que le premier qu*on commence à descendre par des bocages de chênes dans la plaine de Djakova. Oest dans cm lieux que reste caché Vogori (V(jgur de Kiêperi)» village albanais mahométan de 70 liabîtans.
Cette descente douce et longue a Heu par une route fort désagréable à cause de la quantité des cailloux mobile?, à travers lesquels les cheTâu:x sont obligés de se frajer une route. La vue u'offre à TO. qu'un amphithéâtre de petites moutagnee couvertes de bocages. Au pied de la descente est un petit torrent, qui coule vers Djakova en venant du S* et tournant ensuite à TE. Depuis là il faut encore franchir une colline en forme de promontoire pour gagner enfin à I 1. de Djakova la vallée cultivée* Noue y rencontrâmes beaucoup de paysans serbes et albanais, parce que c^était dimanche et le jour du marché. Sur ces hauteurs boisées en chênes sont cachés non loin de Djakova et dans la direction de rO. etduS, O, plusieurpi villages avec une population mélangée de âerbea et d'Albanais* Tels sont les hameaux de Petrouschané^ de Ratach, de Doli, de Kousehavitza et de Snatsch, A 1 L au S. O, de Djakova est le grand village de Kou&char, où vivent 600 Albanais catholiques et entre ce dernier et le hameau de Lipavitzâ dans la montagne il j a une grande caverne calcaire. Avant Djakova on passe à gué la rivière de TErénik ^ qui vient de rO., elle a un large lit rempli de cailloux et coule plus loin & TE. au S. de la ville. On monte ensuite sur la petite plate-forme basse, sur laquelle est situé cette cité toute ouverte.
Djakova (de DjcJct Bang), nommé aussi Djakovitza dans les chansons serbes, est une ville qui a 6 à 7 mosquées à minarets, elle nous parut n'avoir guère que 8000 âmes. Mn Jourischitch y compte 4000 maisons albanaises mahométanes ou catholiques romaines et seulement 100 maisons serbes grecques, ce qui ne cadre guère avec les 21,050 hîibitans du Dr. MûHer, savoir 17,000 Albanais, 3800 Slaves et 180 Turcs asiatiques. 811 a visité lui-même la ville, il faut le croire, mais si ce ne sont que des renseignemens étrangers, il faut s'en défier, car il parle de 6 ponts et d'un pont éclairé avec des lampions; je n'ai rien vu de pareil* H faudrait supposer que je n*ai traversé qu'une partie septentrionale de la ville. Il est vrai que je n'ai paa été au Konak, qui eat dans la portion opposée, Mr. MQller y cite ] 1 mosquées avec un grand Bazar de plus de 640 boutiques^ et il y compte 1900 maisons
ou 18,000 Albanais mahométanB, 450 Albanais catholiques et 26d0 Serbes grecs. On m'avait dit qu'il y a beaucoup plus de Catholiques. Us ont une petite église dédiée à St-Pierre et St«-Paul près de TErénik, tandis que l'église grecque de moindre apparence est celle de Sveta-Petka *). '
Djakova est à 6 h. de Prizren, à 4 h. de Detschani, à 7 à 8 h. d'Ipek et à 2 h. du Drim. Cette rivière offre sur la route de Djakova à Prizren un grand pont en pierre de 30 archinee de hauteur, qui date du E^ral Miloutin et est un peu délabré, A côté est le village de 70 habitans surtout Mahométans nommé Svajnmost ; à 2 h. au S. O. est le village albanais mahométan de Phschai, où il y a aussi un autre pont en pierre sur le Drim. (Voyez Albanien du Dr. Millier y pag. 79.) A 2 h. du premier pont Mr. Jourischitch cite le village de Chotscha, où il y a 100 maisons serbes ainsi que des vignobles excellens. Le roi Doutschan en possédait dans ce lieu comme le font encore de riches particuliers de Prizren, cette dernière ville en étant à 4 h. de distance. Il y a eu aussi là 13 petites chapelles ou églises, dont deux existent encore; les propriétaires des vignobles s'en étaient fait élever individuellement* Au N. de Svajnmost Mr. Mûller nous a fait connaître sur la rive gauche du Drim les villages en bonne partie serbes de Kremovik (40 h.), de Miroj-chitz (210 h.) et de Tschoupévo (8 h.). Les villages sur la route de Djakova à Prizren sont Pîstatzîn (du moins d'après Kiepert) (36 h.), Srtza (cœur), et Phschai (16 m. et 45 h. alb. mah.). Le reste de la route traverse la contrée du Podrimlia ; on y rencontre Erouschavélja ou Erouschvéli (200 h.) ^, Krouscha-Mala ou
') Par une de ses bizarreries ou malversations ottomanes, Djakova n'a pas d'antre auberge que la poste. Il y a bien des boutiques, oii on vend du vin, mais personne n*a le droit de tenir auberge autre que le maître de poste, qui paye pour cela au Pascha 30 mille piastres par an. Or la poste ne consiste qu'en une très grande écurie, où il fallut bon gré mal gré nous établir. Nous fîmes vîte chercher de la viande, craignant que pins tard on n'en trouverait plus à cause de VAk^ scham. Au lieu du mouton on apporta du boeuf, ce qui fit que nous eûmes le temps de dormir jusqu'à onze heures du soir, oh notre soupe fat prête. Plus tard nous f&mes encore reveillés par des moutons, auxquels il fallut faire la chasse, pour les enfermer dans un autre local, enfin le matin ce furent les poulets, qui troublèrent notre somme, de manière que l'écurie-auberge de Djakova reste notée comme une des plus mauvaises que nous ayons rencontrées.
>) Ce nom d'un district liape au milieu des Slaves confirme l'origine liape d'une partie des Âmaoutes de la Haute Moesîe. (Voyez Vol. 1, pag. 347.)
Kroumalt {60 h,), Piran (17 m, et SO h, albanais cattolk^ues), La* navet z ou Lanavitze sur le côté sud du Soua-Rîekn f"i4 h,) et Toupetsch (8 m. et 40 h). Les dpux fermea d'Atamndja : ATaMasa) res ent un peu sur le côte, La route de Djakova à PriBchtina va gagner à Lfipouschnîk celle d'Ipek à cett^ ville. On y passe à Vranatz ou Vranitza (de PV^n, corneille)» (100 li.) avant de franchir le Drim, puis à Mesché (23 h,), à Grébnik (50 k serbes), ^ Ztokoutsché (mauvaises mai son g) (80 m» et 300 h. serbes mahomëîans) avec un pont sur le Mtrouaeha, affluent duDrim, àKosch (Sm.et2Sh.) et Kaligat (18 m. et 86 k). Au N, et N. O, entre Kusch et Kaligat est Osojaué et plus loin au N. sur le Drim Kroujn environ à PO. de Sinaia ou d'Istok, Au N. de la première partie de cette route et avant le passage du Drim ou entre Djakova et Klin sont les villages albanais de Doblibarë, de Maranové et de Prodosané.
En sortant de Djakova, pour aller à Ipek, on passe non loin du Konak de TA van de cette ville, qui fait partie du Paschalik dTf^ek. Il ton* manderait d*aprè8 le Dr* Muller à une population albanaise guégue et serbe de 52,000 âmes, jmimî lesquelles il y aurait 21,00(1 Chrétiens, Flors de la ville de Djakova il n'y a que des villagea dans ce petit gouvernement de la Méiochiia. A i*0. sont des collines couvertes de vignobles ou de jardins* On a devant soi lei hautes murailles calcaires^ qui entourent en demî-cercle le cul de sac d'Ipek, mais bientôt on découvre aussi & TO. audessus et en deçà des petites montagnes une crête calcaire» qui ne présente que des rochers ouds et des plaques de neige, même en août. CeR î^onimités du Proklétîa (?), qui ont entre 7000 ou 8000 p,, sont près de ht i n bu des Albanais Klémenti, elles courent du N.E. au S. O, et sont liées à la partie occidentale des montagnes d*Ipek. Le village albanais-musulman d'Osékouchil (lOOh*) avec une mosquée est placé un peu au N*» mais le grand village, laemblable de Skiphjian (300 h,)j reste un peu à TE. dans des bocages de chênes.
A iV* de l de Djakova on passe un village du même genre aussi à mosquée, savoir Ëretsch (280 h-)> en deçà duquel la plaine est interrompue pendant Vi '« p^r des buttes ou éminences boisées en chênes. Dans ces bticages sont cachés de nouveau les hameaux surtout albanaiià de Doujak (40 h.) ei de Gjamatschel (120 h). A 2 * i de 1. de Djakova tist le village et le torrent de
Bftba ou Babtti (200 h* serbes), qui coule du R au S. et fait aller pluBjeurs moulins. Des prés et des champs de maïs eutourenr c© village et dçs noyers y bordent la rotite, qui sert pendant quelques centaines de pieds de Ut au totrent. Â y^ de l. de là nents noua établîmes au bord de Teau sur l'herbe pour disséquer notre poulet cuit la veille et mis en réserve pour cette route à travers des villages sans auberges comme tant de hameaux am août es,
La route nous conduiiit plus loin à traders de vastes prairies et quelques champs, cette partie de k plaine a un bon nombre de villages cachés dans des touifes de noyers loin de la route^ A 2 L avant Ipek nous passâmes à Idélik er franchîmes un torrent, laDetschanka-Bîstritza, qui vient des montages prèsdeDetschianii. Un pont en pierre traverse ce cours d'eau, en deçà duquel on approche toujours plus des montiignes et de l'entrée de la gorge, où est situé le couvent de DetschiaDÎ. Nous pûmes mêoie voir de loin la coupole de Téglise par-dessus les bois de châtaigniers, qui séparent ce monastère de la plaine. Ce serait donc à TE, de cet endroit que se trouverait suivant Mr. le Dr, Millier sur la Biëtritza un long pont en bois entre le village de Tzernabreg (mont noir) et le village musulman de Prilepi (100 h*)j mais dans tous les cas tous ces lieux doivent être à plus d'une demi- heure de distance du couvent. Nous nous trouvâmes enfin sur la route de Detsehiani à Ipek en deçà des deux villages albanais» qui sont situés entre ces deux endroits. C'est là que nous fîmes la rencx)ntre d'une cavalcade de prêtres grecs, qui accompagnaient Tévêque de Prizren dans sa tournée d'Ipek à Detschiani.
La ville d'ipek reste cachée à la vue, jusqu'à ce qu'on en atteigne les premières maisons, parce qu'il y a de ce côté une petite colline, sur laquelle n'ont été bâties que peu de maisons avec une petite mosquée. Ce n est qu'après avoir franchi cette éminence et le pont sur le torrent de la Bisfritza à ses pieds, qu'on entre dans la ville véritable située, dît-on. à la place de l'ancienne Dioklea, que les Bulgares détruisirent dans le llème siècle (?), Elle s'étend le long de ce cours d'eau du S. E* au N. O. et est une ville toute ouverte* (Voyez notre Itinéraire Nr» 12*) Cette foieci noua trouvâmes à nous loger assez convenablement dans une auberge près du pont sur le torrent à Centrée méridionale de la ville et nous y arrêtâmes des chevaux de Kiradgis, pour faire la traversée non postale d'ipek à 8ienitza par Je Glieb.
lit
En eorrant à FE, d'Ipek, potir aller au pied du Glieb ( HîjtiijeÔ ), on passe par le cimetière et par doe terrasses basses couvertes de hocagea de chêneB, A î '4 I, de la ville on franchit le Dr i m blanc sur un pont en pierre de cinq petites arches et près delà au N. E* est TauberîTe du Drim-Han et le hameau de Novo-Sëlo (nouveau village). Dppuia ce point on commence à monter d'abord de TO. à PE, une petite pente peu âeneSble, mais ensuite il faut gravir du S, au N. la pente très abrupte du mont GHeh* On tournoyé dans des bocages et des bois de chênes, auxquels succèdent à 3046 p. de h, abs. des hêtres. Le Drim sort en masse d'une caverne au pîed d'un grand e«carpement de rochers calcaires à Y^ L au N* de Novo-Selo; on voit à peu de distance cette espèce de cul de sac sauvage et couvert de bocages.
Après une montre de %^k h. on a achevé la partie la plus pénible et on arrive dans une clairière de la forêt de hêtres, où il y a une fontaine. On est alors déjà à plus de 4000 p* Les sommités voisines s'élèvent à plus de mille pieds au-deasua de ce point. La vue SUT la plaine d*Ipek ou de la MétochiiSj ainsi que sur le Schar est magnifique. Depuis ce point on prend à TE, et on côtove ta pente élevée et boisée de la profonde vallée, qui courant N.-S» sépare le Glieb des crêtes ou plateaux «'étendant au S* E. vers Tscherkoles» On distingue bien l'angle rentrant assez ouvert que forme cette chaîne avec celle du Peklen et du Glîeb, qui court 0.2^S. à TEâ^'N., tandis que l'autre a une direction du N.O, au S.E.
On arrive enfin, en continuant toujours à monter, à une petite muraille calcaire^ d*où on descend par un sentier en escalier grossièrement taillé* Oo est alors arrivé dans une dépendance de la grande vallée citée, qui monte au N. O., savoir dans une gorge si étroite qu'il n'y a que la place du torrent^ lorsqu'il y a de Teau, C'est par ce couloir pierreux qu'on gravit péniblement jusqu'à la région des sapins, Il donne «on nom à la montagne, c^vGUeb signifie en slave une gouttière ou un canal. On en débouche dans un vallon bordé de conifères et courant d'abord un peu à 1*0., puis aussi au N. O, On n'est plus entouré que de petits sommets nuds 8*élevant à TE. à 4 ou 500 p., tandis qu'à TO. la plus haute cime du Glieb a encore un peu plus de mille pieds au-dessus de ce vallon. Sur ce dernier sommet quelques pins s'élèvent jusqu'à IQO à 130 p. sous la cime. On arrive ensuite après 4 h« de montée
et à 5td7 p. iraltiiudë absolue au col couycH d^herbages en deç& duquel on atteint entre deux petites cîmee un eecond col, ayant 60 p. de hauteur de moins que le premier* Le mont GUeb paraît toujours avoir encore mille pieds sur ce point, mais les cimes nues à TE, n'ont que 300 p. et celle à VO, 200 p.
La descente sur Kojai (PoKaj) est de 3 h. et a lieu fort graduellement- On voyage d'abord assez longtemps à travers deê boia de gaptns et de pins^ à la sortie des- jUêIs à 2 h. environ de Kojai on arrive sur des pâturage a» d'où on a à TO. une belle vue sur les montagnes neigeuses près de Kolnechin, savoir sur trois gro» sommets au S. du £om, sur ce deriyer et une partie des mon* tagnes au N* De loin cette chaîne a la fausse apparence de courir du N* au S.> quoiqu'elle soit orientée du N,0, au S, E* Entre elle et l'observateur il j a d'autres crêtes boisées ou en pâturagesi qui ont Tair cFêtre dirigées de TE, à TO. Parmi ces dernières on en distingue surtout trois, savoir le mont Uaila, le Stamilovit2& et le Mokra-Planîna,
Après ces prairies on arrive à quelques habitations en bois, les premières qu'on rencontre depuis Novo-Sélo, quelques champs d avoine et d'orge les entourent On en peut descendre dans la grande vallée du Makva, qui coure de TO, S* O. à 1*E, N. E, et qui vient de Bojaî. La nuit nous surprit dans cette portion de la route, parce que nous nous étions égarés et étions descendus trop bas. Des Albanais armés passèrent dans ce moment et l'aboyement de chiens montrait que noua étions près de quelques bergers. On entendait même des voix du fond de la vallée, mais nos gens n'o* saient pas demander la mute, de peur de sembler étrangers dans ce sauvage pays. Enfin notre guide^ un homme de Rojaî, reconnut son erreur et îtous remit sur le véritable chemin, où nous rencontrâmes une troupe de Kirad^ ou conducteurs de chevaux de bât, qui allaient probablement bivouaquer dans la montagne*
Par la nuit la plus noire il fallut voyager encore une bonne demî-heure & TO, rt franchir un prof nd ravin ainsi qu'un coteau boisé avant de descendre dane la jmrtîe de la vnllée, où est Rojai. Une des premières maisons fut celle de l'hôtellerie. A son apparence et au milieu de cette nature si agreste noue ne nou^j attendions guère à y trouver au premier trois chambres » dont ceJle à cheminée était déjà occupée par des voyageurs turcs. Nou^ nouF établîmes dans une grande pièce carrée assez propre, en ayant soin
d'en fermer les petites fenêtres avec leur§ contrevent b. Vu l'heure avancée il fallut nouô contenfer pour notre souper d'œufa friia au beurre, de pain et d'eau de vie, cependant raubergîste eut lamabi- Uté à*y ajouter un verre de) lait chaud que eon fils alla (rayer exprès pour noua faire plaisir.
KoJHi (prononcé aussi Roujaij est un petit hameau surtout albanais de IfîO maiaona, dispersées à 2903 p. d altitude abeolue tjur les deux rives du Makva, qui vient du Si ou O. S. O. et coule plus bas au K E>, en formant un des affluena supérieurs de libar* Les maisonâ de Bojaî sont bâtie&en poutres enchevêtrés par leurs bouts à peu près comme les maisons des Valaques; leur toit esi pointu et couvert de planches* Chaque famille a son enclos entouré d'une palissade en planches grossières. U j a une petite mosquée avec un minaret, les ruines d'une espèce de Karaoul carré sont sur la rive occidentale du torrent et un vieux manoir eat perché sur un petit roc calcaire un peu au N, de la même rive
Depuis Rojaî on remonte en deçà du torrent dans un vallon, qui court du N. au S. et est couvert de prairies avec quelques champs d'orge et de lin. 11 j a des maisonnettes éparees, qui appartiennent encore à Rojai. Les hauteurs voisines à TE. iont couvertes de sapins. Non loin de Text rémité de ce cul de sac on monte au N-E. pendant une petite demi-heure, pour atteindre un plateau calcaire, sur lequel il y a des éminences de 2 à ^00 p. d'élévation et sur le bord duquel on passe à côté d'une maisonnette en 1837 nouvelle et inhabitée. On traverse une petite crête et on longe après cela une vallée courant au KO. On y revoit des maisons isolées et quelque.^ champs.
Plus loin h 3 h, de Rojai on est dans la vallée deBaktsché (jardin), qui court du N. au S. et où il y a un moulin, on y voir quelques cultures de lin et de blé sarrasin, ainsi que des noisetiers. En ce point la route se bifurque. Tune allant au N. tandis que l'autre abandonne bientôt cette vallée, pour traverser la montagne de Djakova ou plutôt le Jankova-Planina, qui est placé au N. du Smîlevitza-Planîna» En descendant de cette niooiagne, on arrive dans le Lim environ vis-à-vis du débouché du Redschïtza, Sur le premier chemin on remonte la vallée et on arrive à un col de montagTie déboisé de 4233 p. de h. abs*, où la route n'est qu'un sentier sur des pen tes fort élevées m au-dessous d'une mince crête, qui court d'abord à TE., puis à rO. et qui s'ëlèv« à ttO. k 8il et 1(K) p* **ur la route
C'eet ta montagne de Krouecbtîtza. Etant à plus de moitié chemin d'Ougrlo et noua trouvant abrités eur le côté oriental Contre le vent froid de TO., nous réâolûmeë d'y faire notre dînen IJ y avait heureuBemcnt quelques broussailles et un vieux tronc d*srbre avec lesquels nos gens eurent fait en un Instant un beau feu^ tant eët grande leur dextérité en ce genre.
Nous repassâmes bientôt sur le versant occidental delà crête, où nous étions exposé» à toute la véhémence de ce vent glacial et où noua avions à i'O* la vue sur les chaînes centrales de la Bosnie méridionale, en deçà desquelles reparurent un Insfant les hautes cimes nues, déchiquetées et à neîgee, qui eéparent le district herzégovinlen de Kolaschin d*avec le Monténégro. Depuis ce point on voyait bien que la direction de cette chaîne était celle du N<0, au S, E* En copiant Mr, Karaczay, Mr. Kiepert n'a pas rendu convenablement cette orographie et a fait décrire pour cela à la limite orientale du Monténégro une ligne beaucoup trop ondulée. La Mo* ratscha supérieure coule dans une vallée longitudinale entre deux grandes arêtes, dont la direction est du N.O. au S.E., mais depuis le Kom cette rivière occupe un sillon transversal et coupe donc les chaînes ayant la direction précédente. Une longue descente sur une espèce de plateau incliné conduit à Ougrio. Une partie de ce terrain est couverte de petits pins et avant le village il y a une descente courte et rapide,
Ougrlo (en slave à la^iortie de la gorge) est un hameau aU banaie de 60 à 80 maisons, qui sont placées à 6 1. de Bojaî dans un vallftri courant du S. au N, et débouchant dans la petite plaine de SouodoL Nos Kiradgîs albanais ne nous apprirent que près de cet endroit qu'il n'y avait pas d auberge et que les habitane» diissent^ils erre chez eux, ce qui était douteux dans cette saison, n'étaient pas dans Tu sage de recevoir les voyageurs. A l'ordinaire les Kiradgie vont bivouaquer dans la plaine , maie c'était une perspective fort peu agréable qu^une telle couchée sans souper quel* conque sur un plateau de plus de 2000 p* de h, abe., totalement déboisé et par un tempe froid d'automne. Cela nous fit regretter de n*avoir paa pu suivre nos voyageurs lurcs de Koujai, qui avaient été coucher à Sjenitza, mais ils avaient leurs propres chevaux et noua étions réduits au pas lent des muletiers. Pour les comforts du voyage les courses avec les Kiradgis en Turquie rappellent un
peu U différence de ragrëment dea voyagea en voitunns d avec eeux par la poste en Italie et en France.
Après nous être oonaiiltée, nous résolûmes de pousser jusqu'à 1 Va 1. de là, où on voyait en deçà de la plaine quelques mais one blanches, dont une était, dlsaît-on^ inhabitée. C'était là que devait être notre couchée, pour le coup nous étions fort raécontens. Cette plaine ronde de 2 K de long de TO. àTE, et de 1 '/^ L de large du S, au N. n est qu*un vaste pâturage, sur lequel il y a beaucoup de chevaux. C'est le fond d'un lac, dont Teau s'est écoulée au N. et qui communiquait âvec celui au S. de Sjenitza, Un pâtre nous enseigna enfin le chemin pour gagner cette précieuae maisonnette inhabitée. Lorsqu'on désire d'être arrivé, les lieues paraissent bien longues, aussi notre patience éi ait-elle à bout, lorsque nous nous trouvâmes sur le bord opposé de cette plaine et non loin d'une habitation^ qui paraissait décente. Nous déclarâmes à nos gens vouloir y demander à tout prix rhospitalîté et traversant les prés de cette ferme, noue nous en approchâmes. Un vieillard Musulman en sortit et nous dit tout de suite qu'il nous recevrait avec plaisir.» mais qu'il n'avait pas d'orge pour les chevaux, or les Kiradgis en avaient avec eux, Âinai en peu d'înetana uou» lûmes installés dans le divan de cet homme respectable et à cô(é de la chambre de son Harem. Etendus sur des tapis et des cousins^ nous bénisaioûB notre bonne fortune au moment, où tout semblait conspirer pour nous fure passer une bien mauvaise nuit. Bientôt parurent la soupe de poulei au riz, des œufs et de la crème, dans laqueUe nageaient des morceaux de mteL Le lendemain ce Musulman prit affectueusement congé de nous et trouvait superflu une petite pièce de monnaie donnée à sou jeune enfant couune une espèce de Bakschisch pour le maïiger; les Kiradgis avaient payé le foin de leurs chevaux.
Après avoir franchi une crête peu élevée en se dirigeant du S, E, au N, O. j la route députe ce Heu jusqu'à la plaine de Sjenitza est une suite de vallons la plupart déboisés et courant à 1 Vj 1. de la couchée de TO* à l'E. Il y a ça et là quelques champs d orge et même à 1 I* de la couchée est le hameau de Boudîava, od les rochers calcaires présentent beaucoup d'entonnoirs. On arrive enfin sur une espèce de plate-forme, d'où on a la vue sur la plaine de Sjenitza, diins laquelle on descend par une gorge dirigée aussi de TO, à l'E. On n'a plus ensuite qu'à tra-
verser tine portion de cette plaine et le petit torrent de Jablanitza. Ce dernier a sça eourceB au S. de Sjenîtza et au N» N. E* d'Ougrlo, il coule au N. en sortant de la plaine de SjenÎÉza par une fente eu deçà de laquelle il forme avec la Vappa k rivière de rOuvatz,
Le village de Sjenîtza (Berceau de feuillageâ) à 207S p, de h, ab^., eat composé de 150 maisonsdeBosniaqueô surtout musulmans, elka iont placées à 40 ou 50 p. sur la plaine au S. Leemaiâoua ont dee toiti en planches et sont bâtiee comme dans les forêts américaines en poutres superposées horizontalement les unes aux autres et s'enchevêlrant aux extrémités, de manière que ces dernièree dépassent les murs. De la mousse ferme les interstices restans. L'auberge de la poste offrait une assez vaste écurie, au milieu de laquelle était une estrade en bois pour coucher, non loin de là gisait une grande caisse pour l'orge ei Tavoine, à côté était le fojer, tandis qu'à un autre bout ee trouvait une chambre de voyageurs assez propre et avec une natte.
A côté de la poste est à la place de Tancien château une espèce de Karaoul ou enceinte carrée entourée d'une muraille crénelée et ayant aux quatre coins une portion carrée proéminente. C'est au moins un endroit où on peut se défendre quelque temps contre des tirailleurs sans canons, et il domine la contrée. Néanmoins on est étonné de n'y pas trouver quelque fortin en règle, car c'est unr position principale, qui a empêché jusqu'ici la réunion des Serbes aux Monténégrins- Ces derniers atteignent aisément le Lim par les sources de la Tara et la vallée de Red- Bchiiza. D'une autre part la frontière serbe n'est qu'à 2 L de Sjenitza. Néanmoins ces Slaves n'ont pas pu s'emparer jusqu'ici des plate-formes de Sjenitza et du bassin de Jablanitza, parce que ee sonï des contrées déboiséeSj où la cavalerie turque a trop d'avantager. Sans cela il serait facile aux Sorbes d isoler «itièrement la Bosnie d'avec le reste de la Turquie.
Sjenitza est à l'en f recrois sèment des roures suivantes, savoir celle qui traverse toute la Bosnie de Mitrovitza eu Haute Moesie jusqu'à la Croatie turque, cell© du S. O, de la Servie au Monténégro ou à Scoutari en Albanie ou bien à la Métoehiia dans la Haute Albanie. Le chemin qui va gagner le Lim vers Bîé* lopolie est obligé de franchir une montagne peu élevée, dont le haut est boisé en sapins, mais la descente dans la vallée pmfonde
du Ltm eët bien p1u8 longue que la montée. Depuis Biélopolîe on peut remonter te Lim à Gouzïnié ou bien le descendre par Brdarova à Priepolîe, Btëlopolie (Plaine blanche) est le gros village où les Serbes de la tribu des Vai^oëvitchi à TE. du Kom et les habîtane du district deBichor ou Bacbor (le Bijotsche dee carteB) vont au marché. Ce dernier comprend le pays montueux entre les districts de Bojaja, des Vaeoévitchi, de Noyipazar et de Sjenitza. La ruine de Tancien château de Boudimiie sur le Lim paraît être dans ce district.
Depuis Biélopolie, sur la rive occidentale du Lim, on peut pénétrer dans la vallée de la Tara par des sentiers à travers les montagnes boisées, qui lient la chaîne du Lioubischnia avec le Visitor et le Kum. La principale communication de ce côté du Lim est d'abord celle qui remonte la vallée de Redachitza. Celte dernière g'étend de TE- à l'O* jusqu'au pied N. E. du Kom et est bordée au S, par le Visitor et le Vilénitza (petite sorcière, de Vilof nymphe des montagnes , le Nous ê Tnalljet des Albanais), et au N, par la crête aux sources de la Tara. Le lieu principal de cette vallée s'appelle Hassî et est à 5 h, de BiélopoHe. Près de là est le couvent grec des Colonnes de St.-George ("fiyp^BK CTynoBH), dont feu l'Archimandrite Moïse était le Voivodc ou Knes de la Tribu des Vasoévîiehi de ce côté du Kom, tandis que le Knes des autres Vasoévitchi réside à Lopati. Jusqu'à présent on avait appelé Vasoévitchi supérieurs ceux de cette tribu , qui habitaient à FO. du Kom et s'étendaient de Lopati et Berskout à la Morat&cha et au N, des Koutschi ou entre le Mala-Kieka au N. et le torrent du Lijéva-Rieka au S*, tandis qu'on donnait le nom de Vasoévitchi inférieure à ceux à TE. du Kora, Mr. de Hahn pense tout le contraire et rappelle que ceux à FO, du Kijm se nomment autsaî Ljevoretschani du nom du torrent cité, mais il observe toutefois qu*il y a eu des temps malheureux oà un certain nombre de ces derniers sont venus habiter aussi à FE. du Kom,
Quant au nombre dee Vasoévitchi, il s'élèverait diaprés le moine Jourischitch à 6000 familles; feu Vasoévitch, qui était né Knes de cette tribu, estimait cette dernière à 15,000 âmes» Si les Vasoévitchi de la vallée de Redschitza sont sujets turcs et dépendent du Miispelîm de Gouzinic ou du Pascha du Scoutari, il paraît cependant qu*ils ne sont ni les atnis des habitans de
Gouzmie îii de ceux de la Pnlanka et du petit bourg de KolaHchïnm témoin eocore du combat en 1853 près de Tzieué, Tout le reste du district montagneux entre le Lim et k Tara eet presque inha^ bîté et fort boî§é, quoiqu'il puisse y avoir quelques habitat iona isolées ou vers les sources du Tara des chalets d'été. Les gens de Kolaachin le traversent pour se rendre sur le Lira, mais leur principale communication est avec Fotscha le long de la Tara et de k Drina.
Depuis Sjenitza ou monte par une mute praticable pour des charriots jusqu^à un Karaoul, qui précède k vallée de MUéachevo ou Milschéido {le Miloschévéda des cartes). Cette ascension est peu sensible et a lieu par des terrasses ou des collines successivement plu? élevées» à mesure qu'on avance vers Je N. A l'E. coule rOuvatz, qui prend sa source à 2 b* au S. E, de Sjeuitza dans le Jagode-Pknina (mont des fraises) et sert pendant 11 Va L de limite entre k Servie et la Bosnie. A droite et à gauche s'étendent des montagnes du N* O* au S,K et elles semblent liées eu semble par les petites crêtes qu'on traverac et qui courent du N.E*au St O, Des broussailles de noisetiers couvrent ça et là ces hauteurs déboisées, où on remarque des pâturages avec des moutons ou des bestiaux et quelques champs dVrge. Quant à Tétévation des montagnes , celles très peu boisées autour de la plaine de Sjenitza ■ n*otit que quelques centaines de pieds» k'ur maximum de hauteur fierait 6 à 800 p, sur le plateau. Plus ioin au N* les sommets environnans pRreissent avoir 7 à 800 p. sur la route, f
A V^ L de Sjenitza on traverse dans nn fond un ruissemu venant du K* O. et de 1*0. N, O. et couknt au N. E. On passe ensuite sur k pente d'une crête, qui fi*élève à VO. à 6 à 800 p» sur la route et qui offre des sapine. On franchit un périt col et on descend dans un vallon courant du S,0. au N.E, Des cimes calcaires à escarpcmens restent à ÏO, à y^ L du chemin et sont les premières qu'on voit. On est alors à 400 ou 600 p, au-dessus de Sjenitza. On traverse plus loin un vallon , dont l'eau coule du S, S. o* au N. N. E. et on monte Rur une hauteur où on trouve les premiers bois de aapins depuis Sjenitza* On longe k côté oriental de cette montagne et on arrive au KaraouL
Une espèce de petit bassin sépare ce col d'un second et contient quelques maisons éparses. Ce n'est que depuis ce dernier à 2100 p. de h. abe., qu'on jouit pleinement de la vue de la
vallée cratérifomie et boieée de Mileachévo. Les eaux de celt« eu vite résultent âurtout de deux torrens venant Tun du S. O. et Tautre du R O. et elles s'échappent au N* E. par une profonde fente entre de hauts rochers calcaires^ tandis que les affluens du tor* rent parcourent à TO. des pentes boiaëes en sapins, qui s'élèvent à environ 3000 p» et forment un de ces beaux amphîihéâtres comme on en voit tant dans les Alpes du Tyrol et de la Suisse-
On descend à Miléschévodolma ou par abréviation à Mitéfichévoda» par un m au vais chemin, qui tournoie au milieu des débris des escarpemens calcaires à TE, Des maisons éparees constituent ce petit hameau en partie mahométan. Il s*y trouve un H an tenu par une famille mahométane, qui était fort complaisante. Leur habitation est vis-à-via de l'auberge et une grande muraille de planches empêche qu'on y apperçoive les femmes, A notre second passage en 1838 nous trouvâmes dans ce lieu un pèlerin de Banjalouka revenant de la Mecque et ayant une fièvre nerveuse, de manière qu'il se faisait portur dans une litière par des chevaux.
On monte obliquement au N. E. la montagne couverte de sapins, de hêtres et de bouleaux. La route, faite pour des charriots, est occupée en grande partie par un pavé étroit et fort mauvais. En 1837 des gens étaient occupés à en réparer une portion, mais Tannée suivante ce pavage n'était pas terminé et il n'y avait plus que S à 6 ouvriers , parce que le legs à cet égard de la part d'un homme riche de Sérajévo était épuisé. On pourrait asseoir aisémenr cette route en coupant les bois des deux côtés et en la macadamisant. A % 1. de Miiéschévo un Karaoul est placé au milieu de bouleaux et un des gendarmes bosniaques armé d'une carabine nous accompagna jusqu'à la sortie de la forêt ^ sans que nous le lui ayons demandé et simplement pour avoir un pourboire. Cette forêt touffue était jadis un lieu favori des brigands et on y voit encore les tombes des personnes aaeasêînées. Les bois ne ces* sent qu'en deçà de la crête de la montagne, La montée dure une bonne heure et toute la traversée %% h* A travers les clairières on apperçoit à TE* les grands escarpemens calcairesi qui continuent à border le torrent de Miiéschévo, parce qu'il décrit un grand contour au N, E-, pour couler ensuite dans une vallée longitudinale du S*E. au N,0. Il 7 passe an pied du château d'Uissardgî et va déboucher dans le Lim vers PriepoHe. Le col de la montagne
4Êpim^ 2000 p. er egt entouré de cimeSi qui ont 300 p. de ptii9« îl 681 un peu plus bae f|ue celui au S. de Miléschévëdo.
A la sortie de la forêt on continue h voyager iur une arête assez étroite courant du S-S. E. au N, N. O. et placée entre deux profondes vallées, savoir à TE- celle du torrent de Milé^tchëvo et à rO. celle d'une eau, à laquelle Mr. Kiepert voudrait appliquer le nom de Kosatîtza» Cette dernière vallée est plus large que Tautre, couverte de beaujL pâturages elle recèle de^ maisons éparses. Si la vue à TE* est bornée par de hautes murailles calcaires à TE. du Miiéflthévo, elle est étendue à TO. et oflre une portion conaiîdérable de la grande chaîne en partie boisée du Lioubischnia, qui court du N. N*0. au S.S.E, entre les vallées de la Tcheafina et de la Tara. Elle a Tair de supporter une espèce de plateau et est accompagnée à l^E* de plus basses crêtes parallèles. Au N* E. s élèvent au loin quelque*! sommitéé pointues calcaires.
Si on marche dmit au N/N, O., on atteint des hameaux, dont l'approche est indiquée déjà par des arbres fruitiers et quelques champs. Noue Mmes rencontrés dans ces lieux par un Bosniaque mahomécan et son fils. Après nous avoir salué poliment, ils nous offrirent des fruits en présent. Si on veut au contraire aller à Priepolie, il faut tourner à TE. et descendre de Tarête susdite dans la vallée de Miléschévo ou d'Hissardgi. Ce chemin en partie pavé décrit trois grande tournane et vient passer le torrent non loin du pied de la butte calcaire, sur laquelle est perché pittoresquemcnt le château d'Hissardgi, Vers le tiers de la descente est un mauvais Han isolé et aux deux tiers une fontaine. Une mosquée avec un minaret et quelques maisons sont au pied du manoir à tourelles et murailles crénelées* Ce roc pointu, Cf^carpé et ainsi garni dans le genre du moyen âge fait Teffet le plus curieux dans cette étroite vallée et à côté de ces murs verticaux de calcaire à TE. Les cimes, qui surmontent ces derniers, ont environ 2600 à 3000 p. de hauteur sur la vallée du Lim, Un seul chemin conduit au château, dont la partie principale repose sur un rocher calcaire d'environ 200 à 250 p. d'élévation* Dominée de toute part , cette antîquaille n'a plus aucune importance militaire pour ceux, qui ont des canons* Hissardgi peut se glorifier d'avoir donné naissance à Soliman-Pascha, Grand- Visir dans le dix-septième siècle et une fois simple domestique.
Un peu plus bas qu'Hisaardgî on remarque sur la rive oc-
€ideneale du torrent et au mtlieo des halliers les ruineg mëcontiaiBeablee d'une chapelle ou d'un petit couvent dépendant une fois de celui d * Miléachévo, dont tious allons parler. Le reste de la route de Priepolie a lieu sur le bord oriental du Mîléschevda-Voda» où on descend ineenâiblement tantôt âur un chemin passable, tantôt par des pavée très mauvais. Le pays est ouvert, sans bois et en pâturages.
Dans les envîronâ du torrent de cette vallée doit être plac^ un des plus beaux couvents serbes, savoir celui de Miléschévo, situé d*aprè-s le dire du prince Miloflch, qui Ta visité sur le torrent du Kosatitza et au pied du mont Jadovnîk, La carte de Vienne et Mr. Kiepert le placent au S. de Hiôâardgi et appellent Kosatitza la vallée à VO. de celle de Miléschévo. D'une autre part la description des grands escarpemens du Jadovnik conviennent toutà- fait aux rnurailles naturelles que j ai vues à l'E, de His^ardgî, tandis que je n*ai rien apperçu de semblable dans la vallée de Ko- BAtitza de Mr. Kiepert, D'ailleurs le torrent d'Hîsi^ardgi est sans aucun doute le Mîléaohevda-Voila et la chapelle détruite vient ache* ver de prouver que probablement la position du couvent est bien indiquée dans les cartes. Ou sait même positivement qu'une inondation a détruit une fois une portion du couvent, c'est-à-dîre cette chapelle. Enfin il ne faut pas non plus oublier la circonstance que la plupart des couvents grecs sont en Turquie dans des gorges rocailleuses et cachées, or on ne pouvait en trouver une plus appropriée que celle au S. d'Hissardgi. Ce couvent fut bâti vers l'an 1230 en l'honneur de Taseension du Christ par S t*- Sa va ou Saba, frère du Kral serbe Etienne Némanovitch et prtmier archevêque serbe. C'est celui, dont le nom a valu à l'Herzégovine le prénom de duché de St,-Sava, St»-Sava et le roi serbe Etienne IV, j furent enterrés et Tvartko, roi de Bosnie, y fut couronné. Naturellement on y vient en pèlerinage de la Bosnie et de la Servie.
D*aprè8 le prince Milosch il y aurait encore un autre couvent sur le Lim à 1 ou 2 h, au S. de Preboj^ il aurait été fondé par un prince du nom de Skravî et porterait le nom de Bania, ce qui •emblerait indiquer en même temps la présence d'une eau thermale peut-être hydrosulfureuse. En général la vallée du Lim comme celte de Vouvatz contiennent un bon nombre de villages, qui sont en bonne partie chrétiens grecs, les Musulmana s*y trouvent plutôt dans les bourgë. Ce pays appartient encore au S tari-Vla, qui était
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intégrante de rancieo royaume de Servie, La posièf* eton des monlagaee entre Oujîtzé, Plevlié, Ipek et Mïtrovitza lui a dû procurer de toute néceâsité celle de la Metochia, de la plaine de KosoTO et de la Moesie supérieure, tandis qu'actuellement derniers paye n'appartiennent pas à la Servie, parce que les Serbee n'ont pas pu s'emparer de ces plate-formes.
Prîepolje (r. Priepol) est situé à I2SÔ p, de h. abs. danâ l'angle du confluent du torrent d'Hissardgi et du Lim, il iaut donc repasser le torrent avant d'atteiadre cette ville, qui a environ 500 maisons ou 2000 habitans, dont une partie paraît seule être chrétienne* Vers son milieu est un grand caravansérail ruiné, dont uue partie sert encore d'écurie au maître do poste. Sur l'autre côté de la me ce dernier a ea maison entourée aussi de décombres, indice des guerres civiles , dont ce lieu a été le théâtre. Nous firmes fort bien reçus et aussi bien logés que possible au premier érage- Sur le bord du Lîm cette ville toute ouverte est entourée de champs de maïs, de pruniers et de noyers. On passe le Lîm sur un pont en bois à trois arches à sommets pointus. Son entrée est couverte et au premier étage est une espèce de KaraouK En 1831 il y eut dans ce point un petit combat, parce que Uadgi Mui Agha voulait interdire le passage du Lira aux troupes du Grand-Seigneur* Il fut prie et promené sur un âne» On remonte les bords champêtres du Lira pendant une heure , ensuite ou tourne au N* et remonte durant une demi -heure le torrent du Salaschnitza, qui coule et vient de PO. et du N, O. On le passe à gué près d'un Hau isolé et en se portant dams un petit vallon tribu* taire, qui vient du S, O,, on se trouve au pied immédiat de la montagne de Pobîenik* La vallée du Lim est b ^rdëe de tous les côtés par des montagnes d'au moins 2600 p* ou ayant plus de 3000 p. d'élévation absolue, elles sont couvertes de boîs, La largeur du terrain, laissée libre par la rivière, n^est pas considérable, aussi le tout eet-i! cultivé en blé ou blé de Sarrasin ou occupé par de belles prairies. Au-dessous de EMepolie, situé sur une espèce de Delta alluvial, la vallée du Lim se resserre encore plus entre les hautes montagnes du Pobîenik et du Kaménitza, Entre Priepolîe et le lac de Plava cette vallée conserve ce même caractère et la rareté de rélargisseraent de son fond n'y a rendu possible que rétablissement de peu de villages comme Brdarova et Bielopolii vues des environ» du Lim seraient dignes d*être repi'^
opolie. Les H
l'ésentées sur H
la toile à cause flu contraste de Is culture de la Vfilléc îirec la sauvagerie de cee montagnes. H y a surtout vers le hnut de ces dernières bon nombre d'eecarpemens calcaires blanchâtres et près de Prîepolîe trois rochers pointue, qui font tin effet charmant au niilîeu de cette vigoureuse vëgéfation de chênes et de hêtres.
La grande montagne de PobîcJiîk se traverse par quatre routes ou plutôt par quatre sentiers difftfrens, dontTun seulement eat practicable pour les charriote. Ce dernier monte un peu plus au N, que les sentiers de cavaliers et est probablement celui suivi par Mr. H. Pouqueville, qui cite sur ce chemin trois villages. Le côté S. E. de la montagne offre des pentes rapides et botsëes qu'on parcourt en tournoyant par des sentiers profondement excavës dans des schistes argileux. Il faut au moins 2 h. pour atteindre les plateaux calcaires, qui sont d<^jà dans la r%îon des bouleaux et des sapins.
En 1838 nous montâmes cette montagne plus à TO. quVn 1837 et nous mîmes un peu plus d'une heure pour faire la principale ascension. Sur ce sentier nous passâmes dans le bas près d'une ou deux maisons et arrivâmes sur le bord des plate-formos par une corniche creusée dans le roc calcaire. Sur le haut la route se dirige au N. 60** O, Ces plate-formes présentent beaucoup de troup, de eonibes ou entonnoirs dans les endroits déboises. La partie la plus ëlevee à 3700 p. de hauteur est occupée par une espèce de cavitéj à laquelle on parvient en traversant un très petit col (à 3768 p. de hj, où il y a un poste de gendarmes et on en ressort de môme par un autre col d^une hauteur de 4176 p., où est un second poste ainsi qu'une grande écurie bien bâtîc et en bois. La place des chevaux y a un plancher en poutres pour plus de propreté et dans le fond est le comptoir de raubergiete et le foyer. Sur quelques poteaux au-dessus de la porte tétait un réduit pour les femmes. Nous y trouvâmes les gens occupés à rôtir un mouton entier enfile à un bâton, tandis que deux moutons rôtis étaient déjà prêts et étaient placés contre la muraille avec un autre bâton à côté, sur lequel étaient enfilés des morceaux de foie. On avait préparé toute cette viande, parce que c*était samedi et qu'on attendait le passage d*un bon nombre de gens, qui vont faire le dimanche leurs dévotions en deçà de la montagne au célèbre couvent deTroît^a (la Trinité). Ce dernier est caché dans une gorge non loin de Taechlitîîa.
En eortant des forôts <le sapins, notiseùmce au S.O. une vue superbe aur la Bosnie méridionale et sur une suite de haute» crêtes calcaires, qui offraient beaucoup de plaques de neige en automne et étaient eur les frontiiTcs du Monténégro et de l'Herzégovine. Les Tuontagnes, les plus voisines de nous, forniaîent cinq arêtes, dont trois étaient plus hautes cjue les autres et constituaient le long dos boisé du Lioubitschnta. D s*étend presque du N.N.O* au S. S,E. et sa cime la plus élevée de 5000 p. est à l'O* de Taschlitza, tandis que les autres crêtes étaient nueei un peu plus élevées que le Pobienik- En deçà de ce premier plan vert s'élevait majestueusement du N. O. au S- E, la véritable scîe ou Sierra des pica dolomi tiques blancs du Dormitor ou Dourmitor, puis le mont Trebiscb et le gros piton à double cime du Kom, enfin en de^à d'autres montagnes neigeuses liaient ce dernier au Proklétîa et auz montagnes de Schalia. Le Kom était positivement àTO. 40**S. et le Dormitor à TO, 25 ** S. Les formes de ces deux crêtes soat tellement différentes qu'on ne peut les confonderj comme noua Tavons déjà dit. (Voyez VoL 1» p. 183). Nous avions devant nous la même montagne vue depuis le Kopaonik, mais avec le Kom de plus à côté d'elle. Ce dernier paraissait bien avoir pour le moins 4000 p* sur }e point , où nous étions , et les pyramides du Dormitor ne Remblaient pas non plus devoir être fort au-dessous d^une pareille hauteur On peut donc donner aux dernières plus de 7600 p, et au Kom plus de 8000 p,, peut-être même 8500 p. Au N, on voyait dans Péloigneraent une montagne assez haute courant de rO* i TE., qui était probablement vers Tschainitza. En général la route paraissait barrée au N, O. par plusieurs basses arêtes,
La descente de la montagne à la vallée de la Tchiotina est assez douce^ sur un sol pierreux fe cbemin décrit des zigzags, dont trois sont considérables et courent de TE. à VO. La pente est déboisée et la vallée évasée au-dessous d'elle Test aussi, des prairies occupent seules son fond et la Chiotina ou Tchiotina (Oschokîna des cartes) y serpente en venant des gorges septentrionales du PobieniL Elle coule ensuite au N, O, dans une vallée longitudinale et se déverse dans la Drina à Fotscha. Les hauteurs de cette vallée dénudée ne sont que des montagnes calcaires aussi dépourvues de toute végétation* On n'y apperçoît pas de villages. C'est dans le coin N, E, de ce fond qu'est situé à 1442 p. de h, abs. la ville de Taschlitza (t^ TasUdgé), appelée ainsi de Tuêch^ pierre, à cause
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de la quantité dea rochers des environe. Les Slaves la nomment Plevlîe» Cette ville est traveraëe par leBemitzaf affluent du Tchiotîna. Elle se présente fort bien de loin par ses six mosquées à minarets, dont une est surmontée d'une vaete coupole* Elle est en grande partie habitée par des Bosniaques musulmans et compte au moins 3000 habitans. Une portion des maisons sont en bois. Le maître de poste fort poli avait quatre ou cinq chambres de voyageurs, mais toutes en mauvais état et deux sans fenêtres, nous primes la meilleure, où il y avait une natte et un mauvais tapis et calfeutrâmes tant bien que mal les fenêtres sans vitres, parce qu'il n'y avait pas de potîle ni de cheminée. On apporta bien une Mangala^ dont on renouvela plusieurs fois les braises, mais cela n'équivalait pas le feu, qui brûlait dans la cheminée d^une pièce à GÔté, oà on cuisait. ^)
Depuis Taschlitza on peut se rendre à Jézéra, qui est sur la route de Drobnîak et de Gatjsko* On compte douze heures, pour aller à Drobniak. H faut passer la montagne boisée du Lîoubitschnia et la vallée de Tara, Le village de Jézéra (le lac) est sur une petite plaine élevée, nommée ainsi à cause d'un petit étang. Jézéra ne fait pas partie du canton de Drobniak. De là on atteint ce dernier en franchissant la montagne, qui lie leDormitor aumont Javorie, C'est la voie la plus ordinaire que prennent les Serbes, pour communiquer avec les MonÈénégrîns, parce qu'ils nont à traverser qu'un pays slave, tandis que plus au S. depuis Sienitza ou Souodol ils peuvent courir risque de venir en contact avec leurs ennemis^ les Albanais. D* ailleurs les couvents de Troitza près de Taschlitza ou de Mléschévo leur donnent un prétexte spécieux, pour franchir la limite de la Bosnie»
') Thx T«fite nom fômes fort bien peadaot Im deux jaar« que nom passimef en 1SS7 (kns ce Ika, l'aaber^&te nous fit pri^parcr nos rep&a pa^r ^es feounOB, il noue donna su partiettlier d'excellentes pommer de terre frîtea cl noua fit airotr du boa Yin. En IS.'îB nous kfflêmes dans une anberge non loin do b pQatc
Si&tionoaat im dimanche ^a TaschîîtEa, noua eûmes amplement le temps de Yoir une quantité de curicnx cpiiumcfi de^ pajBan& bosniaques et dea pajgannea chrétîpnnes, Noos j fimeg auesî connaissance avec nn di^eenenr hongroî&i qui était depuis 25 ans cd Bosnie et t'était tnarii?. Un outre avait éitl' au service de l'auhergiete et venait do décamper en lui volant 50 Ûorins^ Ces militaires déeertcnc anrtout depuis b frontière dalmate et prennent quelquefois dn service en Bosnie. Ce] ni de TaacHlitKa était venu par le Monténégro.
Après TaschlUza la route parcourt des hauteurs déboiscea et très pierreuses jusqu'au-delà de Mînaretî-Han. Une douzaine de petits cours d'eau prenant leurs sources dans la crête au N. E., y parcourent de petits vallons et déversent au S. O. leurs eaux dans la Tchiotina. Le premier ruisseau est à ^/^ d'h. de Taschlitza, le second à 1 1. dans une petite gorge, d'où on monte sur une plate-forme calcaire couverte d'argile rouge, comme c est si souvent le cas en Camiole. Dans ce lieu on se trouve presque vis-à-vis du plus haut point de la chaîne du Lioubitschnia, qui reste à l'O. 10° S. et s'élève à 3000 p. sur la vallée, ce qui donne une hauleur absolue entre 4500 et 8000 p. Cette chaîne est formée d'une série de sommets rabattus, qui s'abaissent insensiblement au S.E*, tandis qu'au N. O. elles conservent plus longtemps une assez grande hauteur. A IV2 h. de Taschlitza on passe un troisième ruisseau. Plus loin on observe une échancrure dans la chaîne à l'O., tandis qu'à TE. s'élèvent des sommets pelés et bosselés. Deux petits ruisseaux suivent plus loin, puis vient un torrent dans le haut du vallon duquel on apperçoit à l'E. un Han isolé* Le septième vallon n'a pas d'eau en été, le huitième n'est qu'un ruisseau et le neuvième est à i^/2 h. de Taschlitza.
Avant le Minareti-Han on parcourt une plate-forme calcaire très pierreuse, au bout de laquelle on atteint enfin la gorge assez profonde, où est enfouie cette auberge, dominée à l'E. par une petite cime isolée. Cette hôtellerie ne consiste qu'en une grande écurie, à côté de laquelle est un rez-de-chaussée occupé par le Harem de l'aubergiste. Elle prend son nom d'une petite chapelle à minaret, qui se trouve à côté.
Depuis ce point à 5 h. de Taschlitza on commence à monter au Kovatsch - Planina par des bois de chênes et de bouleaux, auxquels se mélangent ensuite des poiriers sauvages et des noisetiers, mais plus haut il n'y a plus que des hêtres et des bouleaux. Ail. de Minareti-Han on atteint un petit ruisseau coulant au S.O. C'est la tête du Slatinska-Rieka , qui avec un cours S. E.-N. O., parallèle à la Tchiotina, afflue dans cette dernière vers Ivtzar. On arrive bientôt après au Kovatsch-Han, en deçà duquel on entre dans les forêts de sapins, couvrant tout le haut de la montagne. Le Kovatsch-Han ou l'auberge du maréchal ferrand est à 3114 p. de h. abs. Quelques cerisiers sauvages se rencontrent autour de ce lieu. Comme cette montagne totalement
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boisée forme une forêt de 4 à lî 1. de largeur sur 7 i 8 de longueur, elle a recelé pendant longtemps des brigande, dea Ilaidouked â'y rendaient même de loin et s'en retournaient clioz eux loraqu'ils avaient fait du butin* A présent on y a mis ordre par l'établissement de trois postes, mais ou devrait aussi élaguer le bois le long de la route, car elle en deviendrait encore plus ËÙre et au moins plus sèche* Telle qu'elle est actuellement, elle forme par son pavé exécrable et ses troua pleins de boue une des plus mauvaises chaussées de Turquie* Il y a de quoi s'impatienter, on cherche vainement à éviter eea casse-coux , en ee jetant dans les sentiers ou le fossé à coté do la route, l'épaisseur du bois ou la pente vous ramène forcement sur le pavé démantelé et composé de toutes sortes de pierres. Il y a plusieurs longues parties qu'il est impossible de faire à cheval Au lieu de réparer le pavé, on avait comblé dans deux endroits les bourbiers avec des troncâ d'arbres placés horizontalement. En 1837 il y avait après le premier Karaoul d'énormes sapins tombés en travers de la route et dont il fallait faire le tour. En 1838 on ne s'était pas encore donné la peine de les ôter> mais on avait pratiqué dans quelquesuns la place nécessaire pour le passage d*un cheval ou d'une charrette. Telle était alors rineoucîance turque pour les routes I Entre les deux premiers Karaouls il y a un endroit, où un rocher calcaire barre la voie. Après avoir un peu descendu, on remonte enfin au dernier Karaoul, qui ee trouve à 3300 p* de h. abs.
Dès quon Ta dépassé, on a une grande desconte de V/^ h. à faire par un chemin en zigzags qui était jadis pavé , mais qui n'est à présent qu'un bourbier ou un lit de cailloux. Une belle forÊt de hêtres remplace les sapins. Il faut faire un grand détour à rO.j pour descendre dans une gorge, d'où on va reprendre à TE. la pente de la montagne bordant la rive occidentale du torrent de Tschainitza ou du Vrt- On se sent soulagé, quand on prévoit k fin de cette sauvage forêt par les premières vues sur la gorge de Tschainitza. Quelques prés omés de cerisiers, de pruniers et de noyers ainsi qu'un petit tombeau ou Téké précèdent ce bourg, qui est situé de la manière la plus bizarre sur une pente de montagne en deçà d'un profond ravin- Ce dernier vient immédiatement dea montagnes à 1*0. et coule dans le Vrt, qui des?cend pittore^qucment des forets au S, E. et se rend au N.O, par la Janina dans la Dnna* Tchaînitza est ainsi k 1976p. deh.nbs.
dans une espèce de cirque oval de montagnes boisées en hêtres et sapins, qui s'élèvent à 800 ou 1000 p. sur ce bourg. II est à l'intersection de trois routes, savoir celle de Taschlitza à Goreschda, celle de Vischegrad le long de la Drîna et une autre, qui monte au N. O. dans la montagne et va à Fotscha.
Tschainitza (nommé ainsi de Tschod, en turc rivière) est un bourg d'environ 800 habitans en partie mahométans* H y a une assez belle mosquée à minaret. Ses maisons sont appliquées contre la pente de la montagne ou placées le long du ravin venant de rO. Sur ce dernier se remarquent les indices d'un ancien pont en pierre, qui venait aboutir à la poste de ce lieu. Maintenant on passe le ravin plus loin à TO. sur un pont en bois. Il n'y a que trois rues horizontales. Dans l'une d'elles est la poste près du bord du ravin encaissé par des rochers d'un énorme dépôt de tufa calcaire ayant 50 p. d'épaisseur. L'écurie est dans une enceinte en partie murée et paraissant les restes de quelque édifice assez ancien. Vis-à-vis est une espèce de café et une chambre propre à cheminée, où nous fûmes fort bien. L'auberge de la ville est une vaste écurie avec un premier étage, où il y a 3 ou 4 chambres, dont l'une sert de divan au maître. Ce dernier cumule les trois places de Musselim, d'aubergiste et de maître de poste.
On descend la vallée du Vrt, dont le fond s'élargit plus bas et est occupé par des prés. A 2 L au-dessous de Tschainitza on prend à l'O. et on franchit une crête de 400 p., en deçà de laquelle est une belle vallée ornée de pruniers et de chênes. C'est par elle qu'on débouche sur la grande vallée de la Drina. Mr. H. Pouqueville vit en 1806 sur cette route un Han et plusieurs villages, qui ne paraissent plus exister. (Voyez son Voyage. Vol. 3, pag. 147.) La Drina coule dans un beau canal, qui est entouré de montagnes de médiocre hauteur et en partie boisées en chênes et hêtres. Les cultures et les villages occupent les bords de la rivière, qui paraît entrer dans des défilés au-dessous de Goresda. Comme pour la plupart des rivières de la Bosnie, son cours n'est qu'une série de sillons longitudinaux S.E.-N.O. réunis par des crevasses transversales N.E.-S. O. De pareilles fentes sont par exemple celles, qui forment le lit de la Drina de Fotscha à Vilatkovitch, de Gouraschitch à Vischegrad etc. Cinq piles intactes attestent qu'il y avait une fois un pont en pierres et bois à Goreschda ou Goresda. Mr. Pouqueville l'a passé en 1806. On dit
qtie lee bateliers do bac en ont déjà brûlé un. Bref on est obligtS de passer la Drina dans un grand bateau plat^ qui ne peut pae toujours s'approcher de la berge à cause des bancs de cailloux et du peu de profondeur des bords de la rivière.
Goresda, ville en partie chrétienne, se présente bien avec sa quantité de vergers et surtout de pruniers , elle peut bien avoir ses 1200 habitans et ofTredeux masquées à minarets. Comme nous étions un peu en retard et que nous avions devant nous jusqu'à Pratza un chemin très mauvais, nous ne nous arrêtâmes pas à Goresda et nous nous contentâmes de remplir nos sacoches de fruits pour aller faire un petit repas à 1 1, de là auprès d'un clair ruisseau.
On remonte le vallon de Soponitza, au débouché duquel est la ville et on marche de TE. à TO., mais après cela on tourne du S» au N. et on franchit par des sentiers exécrables la montagne d'Inila boisée en partie en bouleaux. Une vallée, s'étendant auS.O., sépare cette crête d'une autre encore plus considérable et toute boisée en hêtres. Au milieu de cette épaisse forêt il est tout naturel que le chemin ne soit jamais sec, aussi la plus grande partie n'est qu'une série de cannelures transversales boueuses, où on ne peut aller quau pas et où il faut encore savoir distinguer les cannelures les moins profondes, pour ne pas y rester embourbés. La nuit et une pluie battante vinrent pour comble d'infortune nous assaillir dans ces lieux, de manière que la descente surPratscha (Pratza) eut lieu pour ainsi dire sans voir trois pas devant soî. Avec un temps pareil et dans des forêts presque continuelles nous ne pouvons pas dire, si Mr, Kiepert a raison dHndiquer auS, O. une montagne sous le nom de Ranltch-Planina et de placer le Karen-PIanina à FO. de Pratza*
Avant d'atteindre à 2000 p. de h. aba. ce hameau dévasté par la guerre, il faut passer un torrent coulant à TE. et S. E* et affluant dans la Drina. C'était jadis un bourg florissant, qui comptait 400 boutiques chrétiennes, mais il ne présente plus que 7 à 8 maisons et deux minarets. Dos plantations de pruniers y prouvent qu*on y faisait une fois de l'eau de vie. Le Menzil-Han ou la poste occupe k plus grande habitation et n*offre dans une vaste écurie qu'un carré élevé autour du foyer. Nous y trouvâmes Taubergiste et d autres vayageurs, qui tous nous félicitèrent de notre arrivée, car dans quelques heures le torrent de Pratza aurait été impassable. Le brave
VM
aubergiste nous fit faire des œufs frits et. nous apporta de la crème avec du miel dedans malgré que TAksobam était passé depuis longtemps. Après quoi, sans trop faire attention à la propreté du lieu, nous nous étendîmes pêle-mêle avec les Bosniaques autour du feu.
On remonte le vallon de Pratscha et on trouve deux Hans isolés, Tun à % 1. de Pratscha et Tautre à 1 1., puis on tourne au N. à travers des petits bois, où nous remarquâmes quelques grandes pierres monumentales sans inscription. Les gens disaient que cela datait des Latins, c.-à-d. du temps des Romains. On suit un torrent, qui coule du N. au S. et on monte ensuite une montagne boisée en bouleaux, hêtres, platanes et cerisiers. Son sommet forme une espèce de plateau, qui a 2469 p. d'élévation et d*où on a une vue sur la crête au N. E. , offrant [une suite d'escarpemens calcaires. A l'O. il n'y a que des sommets, qui ont 3 à 500 p. de plus que le lieu d'observation. Ce serait le Javorina de Mr. Kiepert. Sur le plateau lui-même il y a des éminences de 2 à 300 p.
Deux Karaouls s'y trouvent dans les bois et au pied de la descente sur son côté septentrional est le hameau et Han de Kolischitz. La descente est moins forte que la montée et on atteint ainsi la tête d'un des afiluens supérieurs du Bosna, savoir la JVGgliatza. Le vallon de Kolischitz ou Kolischitch est assez joli et entouré de sapins, de bouleaux et de cerisiers. La vallée s'élargit plus loin au N. O. et on voyage à travers des prairies pour éviter le mauvais pavé, ce qui a déjà abîmé de grandes portions de prés. On est néanmoins forcé de revenir sur le Kaldroum pour franchir une crête boisée à pentes douces, qui est placée entre deux Hans isolés.
Cette vallée de Kolischitz, à 1860 p. de h. abs., est fort champêtre, celle du dernier Han, tenu par un Bosniaque musulman, offre de ces beautés propres à toutes les contrées, où le calcaire forme des montagnes, des escarpemens et des défilés. Près de cette auberge se réunissent deux torrens , dont l'un vient du N.E. et l'autre de l'E. et ils coulent à l'E. en traversant un défilé calcaire, dans lequel un pont a été jeté sur le torrent. Plus loin à 2 1. du Han un autre torrent vient joindre ce dernier en coulant du N. au S. et toutes ces eaux tourn:int au N. se rendent à Bosna-Séraj par un profond défilé calcaire. Ce n'est qu'en deçà de ce dernier et
daTi8 cette ville qu*elles reprennent leur coure tle FE, à PO. Après avoir passé le torrent du Miglîatzka-Rîeka, la route se tient sur la pente occidentale ou S,0. et assez clevtîe des montagnes très peu boisées du Bielava-PIanina (Mont Blanc), Ces dernières sont couvertes de pâturages et ornées ça et là de belles murailles de rochers. Elles peuvent s'élever à 2800 ou 3000 p. de h, abs., mais la route reste à 7 ou 800 p. sous les sommets.
La gorge j par laquelle on débouche sur Hérajévo (Bosna- Seraj) est étroite et couverte de broussailles, on voit quelques minarets de la ville longtemps avant de Tatteindre et au moment, où on croit y arriver, il faut encore descendre dans le torrent, qui a 20 t. de largeur, le franchir sur un pont de pierre et remonter à une grande hauteur sur une corniche de rochers- Visà-vis au S.E, est placée la citadelle sur une plate- for me à 300 p, sur le torrent. Elle est dominée par de petites éminences. On sait qu'elle fut fondée par le général hongrois Cotroman en 1263 sous le nom de Bosna-Var, Ce n'est qu'après avoir longé ces hauts précipices d'une gorge, qui n'a quune vingtaine de toises de lar-geur, qu'on arrive au haut d'un des bords du cirf|ue de montagnes occupé entièrement par la belle vîUe de Sérajévo. On dirait voir devant soi un amphithéâtre romain. On y compte près d*une centaine de mosquées dont une trentaine ont des minarets. Une des plue grandes a un péristyle dans le genre de St. -Pi erre de Rome et ressemble pour la forme au dume de St.- Charles à Vienne (en Autriche). Deux autres mosquées sont aussi remarquables* De plus U y a des églises grecques, une chapelle catholique, de grands Bezars, plusieurs bains, plusieurs grands Konaks et un très grand nombre de fontaines* Sa population, éminemment slave, peut s'élever à 50—60,000 âmea, quoique Mr Tirol lui en donne 85,000. On porte le nombre des maisons & 12,000 à 18,000, parmi lesquelles il y en a un millier au moins, qui appartiennent à des familles de la religion grecque. S à tiOO familles sont catholiques et les Franciscains ont une station dans la ville. Elle est traversée par la Mîglîatzka 0 ^^ur laquelle sont bâtis trois pontS| dont deux sont en pierres et à quatre ou cinq arches» Les mes sont pavées et en grande partie en pente à Texception de quelques rues le long du Migliatzka, qui fait aller beaucoup de moulins. Des cîmotières sont vers les hauteurs. Le Konak du
*) C'eît par erreur ^lue ^bns [<?f^ vani^^ nn pkcc '•ctle vilk sut le Kesrhovi.
Vîsir est sur le bord de la Migliatzka et est an bâtiment carré qui se distingue d'avec tous ceux de la Turquie par de vastes galeries garnies de vitraux comme dans nos maisons de gens riches. Près de la citadelle il y a aussi d'autres habitations et des jardinsy qui doivent appartenir au Pascha. Une vieille muraille avec des tours carrées aux portes entoure une partie de la ville, maii» elle est ouverte sur le côté sud, qui est d'ailleurs sous le canon de la citadelle.
Ayant une lettre pour le Visir, notre Tartare voulut absolument nous procurer un gite dans une maison particulière et chez un Catholique. Nous fûmes donc faire visite au Kiaja du Visir, ce dernier résidant à Travnik. D demanda notre firman et avait déjà accédé presque à notre demande, mais ayant fait chercher le Chrétien chargé de la distribution des logemens parmi ses corréligionnaires , le firman passa en d'autres mains et fut analysé complètement. Après une heure d'attente enfin le Kiaya se vit obligé de déclarer que nous devions nous désister de notre demande, le firman ne spécifiant pas que le logement fut obligatoire. On voyait que lui-même n'était pour rien dans cette mésavanture, mais qu'il était sous le contrôle de gens connaissant bien la matière. Il nous avait montré quelques momens auparavant sa bienveillance en nous lançant quelques beaux fruits, afin de n'avoir pas la peine de se lever.
Nous allâmes donc nous loger à la poste, où nous trouvâmes une très bonne chambre à fenêtres vitrées, à poêle et divan avec tapis et coussins, de manière que nous trouvâmes tout naturel que les Européens aillent y chercher leur logement plutôt que d'être à charge à leur corréligionnaires. Il y avait encore d'autres plus petites pièces dans cette auberge et Técurie occupait le bas. H y avait même une espèce de valet d'auberge fort complaisant^ on voyait vraiment que Sérajévo n'était pas fort éloignée de la civilisation européenne. Bosna-Séraj doit avoir du reste un climat assez froid étant protégé par les montagnes contre les venta chauds du S. et ceux, qui ont vu des vignobles dans les environs ne paraissent pas y avoir été. Ce n'est qu'à l'O. que la vallée de la Bosna s'élargit assez pour permettre des cultures; autour de Bosna-Séraj il n'y a que des rochers presque nuds. Les promenades les plus agréables sont au S. et S. O. dans la montagne. A IV2 1. de là à l'O; est la source thermale d'Uidga
et à 7 L au N.O* dans la vallée de Voinitza e&t une source acidulé
Tisîtée eu été,
Sérajëvo est à la rencontre d'au moma quatre ou eîx routes principales, savoir celle qui traverse du S.E.-N,0. toute la Bosnie de Novipazar à la Savej celle qui vient du S*0. ou de la Dalmatie par Mostar et va gagner au N*E. Zvornik, la Save ou la Servie danubienne; celle qui longe au N. N* O. la Bosna et remonte au S. S. E. par Fotscha dans rHerzégovîne vers le Monténégro et Raguse; enfin celle qui va d*un côté au S.E* à Viechegrad et de Tautre à FO. N. O. par Travnik sur TOuna à Ostrovatz et Bihatich dans la Croatie turque ou bien par KeupHs ou Svouitza en Dalmatie. Si on ajouta à cela qu'elle est placée dana une concavité centrale de la Bosnie d'environ 1700 p. d'altit, abs*, et que Ton n*y peut pénétrer que par des défilés ou de longues gaines ou même par d'assez haute cols de montagnes, on comprendra toute Timportanoe de cette ville et on s'expliquera son origine ainsi que sa grande population comparativement au reste de cette province. Le basiin de Sérajévo est réellement une grande place d*armee au centre du paye,
Sérajévo est la capitale de k Bosnie et de la Croatie turque. Ce grand Faschalik, divisé en 24 petits gouvernemens, comprend 22 villes et 13 botu-gs et un grand nombre de villages. Les petits Paschaliks, jadis héréditaires dans ce pays, y ont aussi cessé. Dans ma Turquie d'Europe (voyez Vol, 2, pag, 10) je me suis déjà prononcé sur le chifire probable de cette population presque totalement slave, j ai cru pouvoir le fixer entre 900,000 pour le plus bas chiffre et 1,200,000 pour le plus haut. Ce nombre comprend 7 à 800,000 Bosniaques et 2 à 400,000 Croates, parmi lesquels 650|000 ou 866,000 seraient Mahomëtans et le reste Chrétiens. Quant au nombre relatif des Catholiques et des Chrétiens grecs, on dit qu'il y a 160,000 à 200,000 Catlioliques dans la Bosnie, la Croatie et rHerzégovine, En renvoyant pour leur distribution géographique générale à mon ouvrage (voyez VoK 3, pag. 503), je remarquerai seulement que les Catholiques ne se trouvent que dans Ja Bosnie et rHerzégovîne septentrionale ainsi qu en Croatie, ce qui s'ejtplîque par le voisinage de la Hongrie. Livno (sb< Lîjevno) et Srebernitza (d'argent) indiqueraient presque leurs limites méridionales, s'ils ne l'a dépassaient en Herzégovine, car il y a encore des Catholiques à Mostar, Cette particularité est un
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bonheur pour la Porte ottomane, car si des Catholiques avaient existé dans le S. de la Bosnie, ils auraient pu s'entendre avec leurs frères, les Albanais- Guégues. L'identité de confession aurait fait surmonter l'antipathie de ces deux races. D'une autre part les cantons, les bourgs ou les villages catholiques du N.O. de la Turquie n'y sont que disséminés et non agglomérés, de manière que dans l'attaque de ce territoire par une puissance catholique, elle ne peut pas attendre de la sympathie de cette partie de la population, un secours aussi efficace que si les Catholiques s'y trouvaient tous réunis dans certains districts ou s'ils formaient même à eux seuls une contrée, comme c'est le cas par exemple pour les Malisores et les Myrédites en Haute Albanie.
Le reste des étrangers dans le N. O. de la Turquie est extrêmement exigu, si on en excepte toutefois les Albanais-Guégues, qui s'étendent dans la Bosnie méridionale jusqu'à la hauteur de Kolaschin ainsi que des districts de Bichor et de Novipazar. U y a bien dans le S.E. du pays quelques Serbes, mais la différence entre ces derniers et les Bosniaques n'est presque, physiologiquement du moins, qu'une pure fiction, tandis que les Bulgares s'en distingruent et n'existent pas en Bosnie. Enfin il y a des Zingares et quelques Zinzares dans certaines grandes villes et un petit nombre de Juifs. De tous les pays slaves de Turquie la Bosnie serait celui, où la reconstitution d'une aristocratie trouverait encore le plus vîte les matériaux nécessaires à un tel système de gouvernement.
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DE
NOVIPAZAR À SCOUTARI par GOUZINIÉ.
Jcjn quittant Novipazar on marche du N. E. au S. O. le long de la Raschka, à ^/^ h. de la vîlle est située Varévo, et à 1 h. la route se divise, l'une allant à l'O. ou au N. O. à Sjénitza et lautre au S. O. à Souodol (vallée sèche). A peu de distance de là on passe à gué une rivière qu'on nous dit être la Loutschka-Rîeka et on distingue à gauche le village de Loutkotschévo et à droite celui de Dvojévitch. Slatina est à 2^/2 h. de Novipazar. On atteint ensuite les montagnes calcaires , qui bordent la vallée de la Raschka et qui la resserrent bientôt entre des murailles pittoresques.
Avant d'entrer dans ce défilé, un sentier tournoyant à gauche sur une pente rapide de rochers calcaires conduit sur les cimes des montagnes, où il 7 a ça et là des villages seulement en partie musulmans , en particulier Trîgouschna et la ruine du château de Jelesch. C'est la route la plus directe pour aller de Novipazar à Rojai, une distance d'environ 9 y2 à 10 h. Elle traverse dans toute sa longueur le plateau de Jelesch, franchit la montagne de Bojour (Boinjp, signifiant Pœonia offidnaUs) au N. E. de celle de Vrenie et voyageant par les hauteurs au S. de Glougovik on descend à Osdol. D'après feu Vasoevitch le mont Stavitza serait dans ces lieux , oar il le plarsiit au N. de Tlbai entre le mont Vrenie, Rojai et lUUotîtch^ tandis que nous avons cru qu'il était à l'E. du Mokra-PIaniiia- Plus luin on passe le torrent, qui descend du Jfiront-Pknina et du vîdîon de Charolia pour former l'Ibar par t^n irunîan à la Makva et on reraonti par Ivovik la vallée de cette dernière j !
Une route plus longue ou d'environ 12 h. est celle, qui se rend par la vallée de Koznitza? ou Jeleschnitza ? au col de Vrenie et à Bibaritch sur Tlbar, elle remonte cette rivière et la Makva sur leur bord méridional en entrant dans le défilé de Vratsché. On trouve sur cette route Kotschamitz (de KoUchara^ une grange), Gadova, Bischéva et Bjela-Tzrkva (Église blanche). Une troisième route par Glougovik et Souodol compte près de 18 h.
Le Pascha de Novipazar nous avait donné un Kavas, qui voulait nous faire passer par le premier chemin comme le plus court et surtout le plus agréable pour des Chrétiens disait-il, parce qu'il y a des villages serbes, où il pourrit commander en maître, au lieu que les autres routes et surtout la seconde traversent des hameaux albanais en partie indépendans du Pascha de Novipazar. D'une autre part nous avions loué un cheval de Kiradgi jusqu'à Scoutari, or cet homme de Sjenitza prétendait connaître la route et ne voulait pas absolument passer par celle conseillée par le Kavas. Le Chrétien serbe de Sjenitza insinuait que le Kavas musulman voulait nous faire dépouiller ou assassiner en chemin. Ce dernier au contraire disait que la gorge conduisant à Glougovik était infestée de brigands et nous faisait remarquer nombre de paysans armés, qui se rendaient à cheval ou à pied vers ces lieux. Nous ne savions que faire dans ce désaccord et regardions tantôt l'un, tantôt l'autre de nos guides. Le Musulman avait une figure repoussante et des habits fort déguenillés, tandis que le Kiradgi avait une figure ouverte; en conséquence nous nous décidâmes à l'unanimité de suivre l'avis de ce dernier. Néanmoins son sourire fin aurait dû nous inspirer quelque défiance, car à peine arrivés à Bojai nous découvrîmes qu'il ne connaissait pas la route et que celle du Kavas aurait été préférable.
La gorge et oite, dans laquelle nous entrâmes , était boisée en chênes, la Baschka n'en arrose qu'une partie, parce que sa source est au S. O. et qu*elle ne pénètre dans cette fente que par une autre crevasse courant du S. O. au N. E., tandis que le reste de la vallée se dirige du N. au S. et contient im petit torrent, qui se jette dans la Baschka. La route a lieu sur le bord occidental du torrent et avant de s'élever de la vallée vers les hauteurs, on voit au loin et à gauche le village de Bélotitch au milieu de grandes forêts.
La route monte pendant une heure et demie assez rapide-
meiit à travers des bois de chêned. Après une heure d^aBcensian Dti plonge à droite dane la partie supuncure de la vallée de la liaachka, qui traverse îcî une espèce de petit bae&iu et son de gorges étroites et profondes à TO. de Dolanî-Sélo* Près de ce village (à environ 1 h de la route) est la ruine de l'ancien couvent serbe de SopotchaDÎ et au N. E, sur la pente d'une montagne on distingue le village de Gratschani. Au haut do la montagne BOUS trouvâmes un plateau rocaîlIeuHf d*où nous apperçûmes au S. les cimes de la montagne de ÎIokra-Gora (mont humide) avec quelques neiges au mois de juin* Après avoir dépassé une petite éroinence atteignant 2954 p. de h. abs-, nous descendimes àl'Cpar une courte pente dans une vaste pelouse de verdure, une véritable Roudina serbe» bordée de très basses cimes de rochers calcaires, s'élevant à 3000 — 3014 p, de lu abs. Cette plaine sans eau était couverte de bestiaux et s'étendait au loin au S, O-, en formant le fond d'une cavité allongée irrégulièrement et presqu'au sommet de ces montagnes, car les cimes ne dépassaient guère cent pieds de hauteur au-dessus de la prairie» La largeur de ce bassin variait de 4 à 500 pas. Le premier village albanais qu'on y rencontre » s'appelle Glougovik (de Glog , Cratœgus oœyacantha). Chaque maison y est dans une enceinte de branches d'arbres très* eées et quelques champs d'orge précèdent les habitations. Noua résolûmes d'y coucher et noua nous adressâmes au chef de ce village, qui nous plaça près d'une maison habitée par un vieillard ayant plusieurs fils et des filles, A cause de ces dernières que nous entrevîmes cependant, on ne voulut pas nous recevoir dans renceinte des maisons, mais le temps étant fort beau, nous bivouaquâmes en plein air autour de nos effets et non loin de nos chevaux attachés aux haies. Le principal était qu'on voulût nous donner à manger et nourrir les chevaux.
H paraît que ces villageois n'avaient guère vu d*Européens, car l'apparition de nos chapeaux fit sensation; nous eûmes à répondre le SOIF et surtout le matin & une foule de questions excitées par la curiosité de nos hôtes et de leurs amis. Un parapluie, des lunettes, de petits pistolets et d'autres objets de voyage parurent pour eux des choses jusques là inconnues et nous servirent à amuser ces gens, dont nos guides nous conseillaient cependant de nous défier. Toutefois nous étions tous fort rassurés sur le caractère des babitans de ce village à l'exception de notre
Kavas, qui ne cachait guère son malaise de se trouver à la merci de personnes, qui ne lui paraissaient rien moins que des rebelles, parce qu'ils se refusaient à tout impôt. Néanmoins nous nous attendions guère à le voir décamper furtivement de grand matin sans même recevoir son pourboire, il faut qu'il ait eu une bien mauvaise conscience ou qu'il ait eu vent de quelques propos, qui loi parurent dangereux* En nous levant, nous apprîmes bientôt qu'on duel à mort avait eu lieu la vieille dans la gorge, par laquelle nous étions montés. Un meurtre commis il y a une cinquantaine d'années, avait allumé une haine invétérée entre deux familles albanaises. Un fils avait vengé la mort de son père, en tuant le fila de son assassin. (Voyez la description de cette scène homérique dans ma Turquie. Vol. 2, pag. S33.)
Ayant perdu notre guide et ayant appris que les habitans du village de Rojai venaient récemment de chasser leur Musselim à cause de la demande de trop forts impôts, nous priâmes leFliak ou le vieux chef de la famille de nos hôtes de nous servir de Mentor et de garde jusqu'à Gouzinié. Il était connu dans tout le pays et paraissait un brave homme, à barbe grise, habillement brun de montagnard et petit turban blanc. L'arrangement fut bientôt conclu, car il comptait faire servir cette course à rapporter chez lui certains objets qu'il devait trouver à meilleur compte à Gouzinié qu'à Novipazar.
En marchant de Glougovik au S. O. , nous vîmes un petit ruisseau nommé Ouvor ou Isvor (source), coulant de TO. au S. O. ou S. dans la vallée et s'engouffrant probablement dans un Àatavothron. A % d'h. de Glougovik le village arnaoute de Délimédia (Délimagdia d'après Mr. Viquesnel) reste à gauche dans la plaine, tandis qu'à droite la vallée se rétrécit et n'a plus que 50 à 60 pas de largeur. En la remontant , on arrive à des champs d'avoine et à une forêt qu'on nous dit être peu sûre. Au milieu de ces lieux sauvages est une fontaine située au point, où se réunissent deux ruisseaux, dont l'un vient de l'O. et l'autre du S. O. On remonte ce dernier pour arriver sur la hauteur, qui est encore à une petite demi-heure de là. Dans ces lieux la vue de quelques Arnaoutes armés donna un moment d'inquiétude à notre Tartare, d'autant plus que l'un d'eux se mit à prendre la même route que noua. Comme la nature du chemin empêchait de nous éloigner, nous l'abordâmes et tirâmes de lui divers rensei^çnemens sur les
environs, quoiqu'il eût l'air assez sournois et sembla d^abord peu âatté de notre conversation* £n lui parlant tant bien que mal dans sa langue Schkype des objets de prédilection de ces peuples, sa« voir de leurs usages et de leurs mœurs , son front se dérida; néanmoins il nous quitta sans dire mot à 1 I.- de là et ce départ brusque, pour ainsi dire presque mystérieux, nous frappa d'autant plus qu'il faisait contraste avec cette politesse toute de cœur du bon Serbe, urbanité que nous avions rencontrée jusques-là. Mais tel est le caractère sauvage des Albanais mahométans, plus clairvoyans que les Turcs et moins bons de nature, ils n'aiment pas les Européens, parce qu'ils les craignent ou ne croient pas plus en avoir besoin que des Ottomans. Us ne fraternisent guère qu'avec les leurc.
Au sortir de ce bois de chênes, on arrive sur une pelouse dépendante du Jarout-Planina, qui est à 1 V, à 2 h. de Glougovik, et atteint la région des hêtres ou 3387 p. de h. abs., tandis que d'autres sommets plus au S. s'élèvent à 3500 ou 3600 p. Nous vîmes de-^ puis là le mont Glieb avec ses sommités rabattues, il était au S. 180 o., tandis que vers le S. s'élevait à près de 5000 p. le Stavitza (de Staviti^ placer) en montagne moins grande , moins éle« vée et séparée du Glieb par une suite de bien plus basses sommités.
Nous descendîmes dans une vallée déboisée et arrosée par an torrent, qui, courant du N. au S., va se jeter dans l'Ibar à Klisoura et qui en reçoit un autre venant du S.O. Non loin du village amaoute de Charoja ou Charolia (du mot albanais Charrie^ le cousin) nous remontâmes ce dernier, pour arriver dans des petits bois, au-dessus desquels sont des sommets gazonnés et plus bas que le Jarout.-Planina. C'est dans une gorge au-dessous de ces cimes à pentes douces que nous lâchâmes nos bêtes et primes un frugal repas. Nous avions fait au moins quatre heures de marche.
Depuis cette montagne de 346S p. d'élévation et la plus haute de cette crête, on dominait le bassin déboisé de Souodol (Souvodol, vallée sèche, en albamiis Perioni î thaté;, qui est formé par la plaine circulaire au N. d'Ougrlo et par plusieurs terrasses ondulées autour de cette cavité. C*est lefondd*un lacécoulë, dont Teau pluviale se rend encore actuellement au N„ c*e8t- à-dire qii'elle s'en^uffre près de la^ Koula ou 1 ^ ***
cime de la monUgne était à ^j^, 1. le village arnaoute de Malaja (de MaJii^ mon') e^ on distinguait encore plus loin d'autres hameaux ou des habitatîors isolées., entr^auîres ure maison en for ne de tour carrée ou Foalxi blanche. Le yillage de Souodol lui-m6me était p'acé à l'O.^O'S.
On dcLcerd de ces prairies subalpines au S.O. vers les villages arnaou'es de Djelakar et de Naboi, on traverse un ruisseau coulant du S.E. ai N.O. et on longe à demi-côte les pentes basses sur le bord méridional et irrégulier du bassin de Souodol. C'est un pays de gras pâturages avec des bestiaux et un sol argileux noir comme celui de la plaine et partout on peut y aller avec des charriots. On comprend que ces terrasses favorables pour les évoluions de la cavalerie turque ont pu arrêter un moment la mf'rche victorieuse des fantassins de Tzemi-George, . lorsqu'en 1809 il voulait se mettre en communication avec les Monténégrins. Les habitans de cette cavité élevée vont au marché de Nov]'pa<:ar et font partie du district de Bichor (mal prononcé aussi Brcbor) entre ceux de Bojaiy de Bielopolie et de Novipezur. Je ne sais pas positivement si Sjenitza n'y appartient pas auôoi.
A plus d'une lieue de notre dînée nous conmaençftmes à monter les premières pentes des montagnes, qui séparent ce bassin des afHuens de Tlbar. Arrivés sur une première terrasse» où se montraient déjà à 392S p. de h. abs. des pins et des sapins» nous nous apper^ûmes de la perte d'un thermomètre. Aussitôt deux domestiques furent expédiés et au bout de deux heures ils étaient de retour. Pendant cet intervalle nous avions lâché nos chevaux sur l'herbe, le Tartare s'était endormi sous un arbre et des pâtres s'étaient rapprochés de nous avec leurs moutons. Nous citons ce fait, pour montrer que ce pays d^Amaoutes n'est pas si dangereux pour des Européens qu'on le prétend. Néanmoins un de nous étant monté tout seul à une demi-heure de notre station sur une butte, nos guides trouvaient cela imprudent, disant que nos habits européens auraient pu engager quelque Albanais à tirer un coup de fusil dans l'espérance du butin.
Cette espèce de corniche est placée à TO. d'un vallon profond, auquel Mr. Viquesnel applique le nom de Naboi et en deçà duquel est un escarpement calcaire. Ce n*est qu'au-delà de ces hauteurs que nous parut être à l'O, la route que nous avions parcourue en
Î837 de Rojaî à Oiigrlo* (Voyez notre Itmémire^ Nr, 21, p. 12S.) Au S. on se trouve toute de euîte sur le bord élevé occidental d'une vallée courant du S* O, au N, E« et ayant sur ce côté une grosse butte en cône tronqué. En s'élevant sur ceite pente rocailleuse et garnie ça et là de conifères» on atteint un petit cal, d'où on descend dans un petit bassin calcaire circulaire, dont le ruisseau va s'engouffrer à FO. dans un trou, appelé Mousinaja ou fossé de Mouea, La grande vallée ee continue à TE. de cette cavité et paraît remonter encore assez loin au S. Après être sorti du bassin en question, ou descend dans un vallon quon traverse à son extréniitë supérieure et qui, courant de TE, à TO*, laisse appercevoir tout-à-coup à l'œil étonné du voyageur la masse énorme bifide du Kom avec âes neiges. Depuis ce point il se présente comme un grand cône, dont le sommet tronqué serait remplacé par deux cimes, munie chacune de deus ou trois pointes et séparée par une vaste échancrure.
De là on remonte sur la haute pente orientaie de la grande crête du mont Krouschtitza , d*où on domine à TE. de profonds sillons. Après avoir traversé du N au S. cette montagne sur un col très étroit prcsqu'eu lame de couteau, on a devant soi au S. 25^0* le Kom') et au S. la chaîne du Glîeb, du Haila et des montagnes à TE. ou au N,E. de Plava. Entre lamasse carrée du Glieb et le Haila, montagne plus longue, mais non moins haute, on remarque de bien plus bas sommets en partie pointus et avec d'assez profondes échancrures. ATO. del'Haila les montagnes s'abaissent aussi, mais pour se relever assez vite et se terminer enfin par le roi des montagnes turques, le haut Kom^ le Skomios de Thucydide. On descend par des sentiers un peu pierreux dans des préa aasez en pente et formant les bords supérieurs d'une vallée s'étendant au S.O. PuIb en a^élevant de nouveau ^ on gagne le haut de longues crêtes boisées en sapins et ee prolongeant au aE.
A 6 1> de notre dînée nous débouchâmes sur une maison de paysan entourée de quelques prés* Notre guide albanais espérait nous faire loger chez ce Serbe dépendant du hameau d'Ontzitjé {ou Otzitch) , car il faisait déjà nuit, il pleuvait et nous étions encore à 2 L de Eojai. Comme à Tordlnaire le paysan objecta
*} C^ nom yîrinr!mii-il du mot albAiiftîs Komp^ bouton, noenfl et o»se]et de* doigti»
qu'il n'avait pas de quoi nourrir tant de monde» mais rassure sur le payement il allait céder à nos instances, quand les femmes placées à distance sur la hauteur se mirent à crier qu'elles n'avaient pas même assez à manger pour leur famille et que nous n'avions qu'à aller àRojai. Il devint évident qu'elles craignaient notre Turc et d'être rançonnées gratis. Force fut de continuer notre route dans des forêts de sapins, qui nous ôtaient encore le peu de jour que nous aurions pu avoir en plaine. La jaquette blanche du Tartare était notre fanal et nous le suivions silencieusement, de peur de ne pas tomber dans quelque trou ou même dans un ravin» Pendant l'obscurité les chemins turcs dans un bois sont de vrais casse-cols, car ils ofirent presque toujours ça et là des troncs d'arbres en travers.
Nous commençâmes enfin à descendre dans un vallon dépendant de celui, où est situé Bojai et s'ouvrant à l'E., puis nous remontâmes pour couper transversalement Téminence, qui nous séparait de ce village. Mais ici la pluie fut si forte que, n'y voyant plus du tout, nous nous égarâmes sur un sentier très étroit et rapide et nous nous trouvâmes enfin dans un pré à clôture auN.E. de Rojai. Distinguant les lumières de ce lieu, nous reprîmes courage, mais il fallait faire tourner toute la cavalcade dans cette étroite gaine, ce qui n'était pas chose aisée, enfin nous y réussîmes sans accident et nous fûmes bientôt à l'aUberge de Sojai.
Rojai ou Roujai (alb. Roujaja) ') est le chef-lieu du district de Kojajfti qui est placé entre ceux de Plava, de Rougova, d'Ipek du Stari-Kolaschin, de Bichor et de Novipazar. Les habitans fréquentent le marché dlpek. Rojai est à 2903 p. de h. abs. un village d'une soixantaine de maisons bâties toutes en bois, les murs étant des tas de troncs de sapins placés horizontalement et le toit des planches. La Makva, dépourvue de pont, traverse cet endroit du S. au N. et va gagner au N.E. l'Ibar à SI. de là. Sur la rive orientale sont placés l'auberge et quelques maisons, tandis que la plus grande partie des habitations est sur le bord opposé. On y remarque une petite mosquée avec un minaret aussi en bois, un carré de murailles en ruines, qui paraît avoir été un petit fort, et sur un rocher calcaire très peu élevé im vieux manoir avec quelques tou-
') Ce nom Tient probablement du mot albanais Roghjé on Roghjéja , qni signifie un vase rond d'argile, dont le milieu est plus large que le reste, ce qui caractérise la position de ce yillage. La dérivation du mot slave Rog^ corne, à cause d'an rocher sons le petit manoir de ce lien me paraît moins probable.
relies rondes. L*habitation du Musselim ou de F Agha est au pied du rocher dans une enceinte de murailles. ^)
La population de ces lieux est un mélange dfi sang bosniaque ou serbe et albanais guégue» le costume est déjà en grande partie celui de cette dernière nation, savoir des gilets de drap écarlate et même rarement le Phistan au lieu des Schaschire ou culottes turques blanches, mais la langue est encore le bosniaque. Pendant les deux journées que nous restâmes dans ce lieu, nous eûmes occasion de remarquer de nouveau le plaisir que les Albanais éprouvent, quand on s'efforce* d'apprendre leur langue. Le lioup phliaschty je veux converser, les faisait toujours sourire avec amitié et ils ne se rébutaient pas, lorsque pour mieux saisir la prononciation des mots schkjpes, nous étions obligés de les prier de répéter {Prap mephol) certains mots.
Pour aller de Rojai à Gouzinié (IIV2 h. de distance), on remonte la Makva sur son bord méridional jusqu'à demi-lieue du village. Ici on passe l'eau sur un pont de bois et on quitte bientôt la rivière, qui va prendre sa source à 2 1. au S. O. de Rojai dans le mont Haila. On commence alors à remonter à 10. un affluent de la Makva dans de jolis vallons renfermant des prairies et entourés de bois. On marche d'abord à TO. , puis au N. O. et en-
*) La forme bizarre da rocher calcaire sapportant le fortin an bord do la Makva noD8 engagea à le yisiter, mais personne ne voulut nous 7 accompagner. Noua résolûmes donc d'y aller tout seul ; à peine étions-nous dans le chemin du chftieati que nous fdmes entourés par une vingtaine de Bosniaques armés du village. Noos scûmes trop tard pour nous que ce ïjTif nons ftvrons pris ponr Tine mine s était regardé par ces villageois comme une fo^ter^sse inipûruuie, qui avait déjà réshtâ cinq fois à des troupes du Pua chu. De plus on nottu avait ctiché que hs habituas de Rojai, irrités des exactions du fisc, avaient expulsé tout récetnmetit lo Musselim que le Pascha leur avait imposé et s'étaietit choisi pour Âgha uu bon rietix Turc maladif. Ces gens noue Hposiroph^rent use ex rudcm^ot, nous prêtant pour des espions, qui voulaient reconmiltre leur citadelle, ils ne potiv4Lit;nt pas comprendre que nous cherchions iieuJemcnt à étudier la nature du terraio , car ajoutai en t.ils, il n*y a point do îniaea id, tout j étant CfUcaîre {Kùr^têch}, Notts vîmes bien que notre promenade serait muttk, mab pour ne pas corroborer lea soupçons de ces gens-là, nous eontiniiâmcs notre eh^^raîn et trouvâmes accroupi devant sa porte le Musselim improvisa'. Quelques motA de tna part éeluirt^ircnt Taffaire, qui fut oubliée, pour parler de médedni?, tnaig elle aurait pu avoir de» sui tes fâcheuses, si le hazard avait voulu que nous ayons eu le loisir d'escalader le rocher du fortin, comme nou5 en avions le desftm, D*un autre part les Bonuaquei parurent assez stupéfaits que j'oaaî sans eérémoniv tutoyer en olava leur c^ef.
suite au S. A i^/^ h. deRojai on passe prèe de Gavertzi (Zaversch d'après Mr. Viquesnel) et à ^^ d'h. plus loin à côté du lieu appelé Djak-Eamen (le roc fort) à cause d'un grand rocher calcaire. Ensuite on recommence à se diriger à l'O. et au S. O., pour atteindre enfin le pied de la montagne de Dobrobouk-Planina. Une montée très rapide de i^^ d'h. au milieu d'un bois conduit sur la première plate-forme, où on trouve au sortir des bois de bouleaux des prés et quelques maisonnettes en bois. Au S. E. et S. se présentent les masses du Glieb et de l'Ebdla et quelques chalets s'appérçoivent* ça et là sur le penchant des basses montagnes.
Après ôtre entrés tout-à-fait dans des sentiers subalpins au milieu de prairies ou de bois sur des pentes élevées, on continue à monter, pour arriver à une seconde terrasse et pour gagner enfin à plus de SOOO p. de h. abs» la grande crête du Smilievitza- Planina (de Smiljy Gnaphalium arenarium X.), massif, qui lie les montagnes au N. et N. O. dipek rvec celles, qui bordent le Lim. Nous mimes 1% d'h., pour atteindre depuis Dobrobouk le premier col de 4500 p. de hauteur, qui sépare deux vallons alpins tortueux. Une fontaine est sur le côté oriental de ce passage et un petit étang sur son pied occidental. On est dans la région des hêtres.
Depuis ce point on ne quitte plus les sommets élevés jusqu'à la descente sur le Lim. Le sentier, se dirigeant toujours à 1*0. ou au S. O. , tournoyé longtemps bur le côté méridional des cimes ça et là boisées en sapins, d'où on a la vue sur les montagnes vers Ipek et en particulier sur une partie des cavités, qui contiennent la route d'Ipek à Rougova et Plava. On passe deux petits cols du Stamilovitza-Planina et à 1'/, h. du premier col de la fontaine on franchit un quatrième petit col ou port, pour passer sur le versant septentrional des sommets du Mokr£-Planina (mont humide). Comme il était tombé beaucoup de neige pendant l'hiver de 1837 — 38, des plaques de neige encomberaient encore ca et là la route au commencement de juillet. Plus loin elle la bouchait même tout-à-fait en s'étant accumulée sur le côté nord d'une espèce de grand cirque protégé contre l'ardeur du soleil vers le midi et ouvert vers le N. Le hameau de Baktsch ou Sékoulani? était perché sur la montagne au N. O. de cet entonnoir. Nous eûmes quelques peines à nous élever sur ces pentes
rapides de neige, d'où nous passâmes à S816p. deh. abs. un cinquième col, le plus élevé de tous» pour longer ensuite en descendant imperceptiblement le haut d'une arête d'abord sur le côté sud, puis sur le côté nord et pour déboucher enfin au haut de la descente, qui conduit dans la vallée du Lim.
Cette traversée d*au moins 5 heures est une des plus belles courses de montagnes qu'on puisse faire à caube de l'élévation, où l'on reste si longtemps, et des vues qu'on a de tous les côtés, excepté à l'E. et au N. E. à cause du trop grand voisinage des hautes montagnes de ces derniers côtés. Comme depuis le Glieb (Voyez l'Itinéraire précédent) on domine une portion de la Bosnie méridionale avec ses crêtes dirigées du N. O. au S. E. en même temps que l'horizon est formé au N. O* par les chaines du Kom et du Dormitor. Malheureusement des brouillards nous gâtèrent trop la journée et nous ne jouîmes complètement de la vue qu'avant de quitter ces pinacles. Enveloppés de vapeurs les nombreux Kiradgis que nous rencontrâmes nous paraissaient comme des fantômes, tout en attestant que cette route était assez fréquentée en été. Adossés contre les cimes neigeuses du Smilievitza et Mokra-Planina nous avions à nos pieds le profond vallon du Vélika (grand), qui courant de l'E. à PO. se jette dans le Lim. Au S. était la montagne de Trébîgné avec un village de ce nom. A l'O. s'élevait en deçà de la vallée du Vélika et du Lim une série de gros pics de dolomie, qui portent le nom de Visiter et vont se rattacher au N. O. au Kom. Au S. O. le joli lac rond de Plava (bleu) formait un tableau charmant au centre d'un entonnoir cratériforme de montagnes escarpées un peu moia^ élevées que le Visitor et à sommités plus massives et boisées en conifères et hêtres. Elles portent en particulier le nom de Baba et de Bor et ont une élévation entre S — 6000 p.
Il fallut deux heures pour descendre par des sentiers totirnans et pierreux dans le fond du VéUka, où se trouvent quelques maisons et trois moulina. Les eaux limpides du Lim se passent à gué à peu de distance du confluent du Vélika avec crtte rivière. Le Lim, à environ 2400 p. de h* abs., coule dans un lit de cailloux roulés et reçoit à % h. avant Plava un torrent considérable, qui descend du S- E. des montagnes entre le Smilievitza- Planina et celles au N,0. d'Ipek< C'est ce sillon qui, courant environ E.-O., reçoit probablement la plupart des ruisseaux^ qui de-
Bcendent au 8. des cimes du Smilievitza-PkniDa. U y a là ao vaste réseau de petits affluens.
La vallée supérieure du Lim est une grande cavité dirigée du S.*N., qui a fait jadis partie du lac de Plava, ce qui est prouvé par lea petites éminences ou les deux terrasses alluviales, qui précèdent le lac et encaissent la rivière. Les défilés ne manquent pas près de Bielopolie ou Bijelopolie et surtout au-dessous de ce bourg pour venir à l'appui de cette présomption géologique. On peut même avancer que le lac ancien s'est vuidé surtout en deux fois à cause des terrasses.
Plava est un petit bourg amaoute et bosniaque d'une centaine de maisons en bois avec une Kasciba ou résidence de l'Ayan entourée de murailles munies de meurtrières. Cet endroit est situé sur le côté N. E. du lac et on s'y rend par un pont en bois jeté sur le Lim à sa sortie du lac. Ce dernier, à 2459 p. de h. abs. et d'environ 1 Y^ à 2 1. de tour, serait presque rond sans un petit promontoire vers le milieu de son bord oriental. Il se change en marécages et prés inondés vers le côté S. O., qui tend visiblement à se combler. Ces eaux claires verdâtres ou bleuâtres renferment surtout trois espèces de poissons et ses marais des sangsues. Il n'y a pas de route sur le côté sud du lac à cause du voisinage des montagnes et des marécages. ^)
Si le lac reçoit de petits ruisseaux du côté du S., il est surtout alimenté par le Lim, qui ne fait que le traverser et prend sa source à Gouzinié au N. O. de l'extrémité S. 0. du lac. Dans cette direction s'ouvre, comme une autre partie de l'ancien lac de Plava, une grande vallée couverte surtout de magnifiques prai« ries et bordée de belles montagnes. Au S. elles prennent le nom de Bor (Pin) à cause de leurs forêts de sapins et elles s'élèvent à plus de 3000 p. sur la vallée. Au N. les montagnes sont moins garnies de bois et rendues pittoresques par d'énormes rochers calcaires. Les habitations de cette vallée se réduisent au hameau de
') En longeant le lac nons fûmes rencontrés par trois Albanais à cheval en costome complet de leur pays. Ces gens qui venaient de Plava, nous considérèrent quelque temps avec ce regard de méfiance particulier îi cette nation. Faisant route ensemble, nons nous hasardâmes cependant à les aborder. Le Tartare leur tendit du tabac et un de nos domestiques ayant allumé une petite pipe allemande, co Tschù bouk nain mit nos Albanais en si bonne humeur que chacun voulût ressayer et que nous nous quittâmes en amis.
Martinovitch à moitié chemin entre le lac de Plava et Gouzinié, distant l'un de l'autre d'environ 1'/^ L Les habitans sont des Albanais-Klementi» qui j9ont devenus Mahométans. Quelques champs de blé noir entourent les maisons. Dans les forêts du mont Bor on apperçoit encore ça et là de petites maisonnettes ou pavillons, qui paraissent servir aux bûcherons.
Gouzinié (cul de sac, de Go%lz et Grouzitza, le derrière) à 2696 p. de h. abs. 9 est dans une position admirable à cause de ses belles montagnes. Ce bourg est dans une plaine au confluent de trois torrens à eau très claire, qui au-dessous de ce lieu forment le Lim par leur réunion. Le Grtschar vient du N. O. ou de l'O. N. O. des montagnes du Eoutschi-Eom ou de Eoutzi» dont les murailles terminent la vallée à 4 1. de Gouzinié. L'Odolia descend de la montagne à trois sommets de Troitza (alb. Trojan), qui s'élève à 4700 p. de h. abs. , est à l'O. de Gouzinié et reçoit dans la montagne les eaux du Bistritnitza. Ce torrent tombe dans le Vrouja , qui vient du S. O. des montagnes de Pr(»klétia et se réunit ensuite au Grtschar. La vallée au N. O. de Gouzinié est déserte, parce que le haut et massif Eoutzi est déjà dans le pays des Monténégrins et même la plaine de Vrmotch au pied de ces montagnes est souvent le théâtre de combats de tirailleurs. (Voyez la vue donnée par Mr. Spencer.) Le Shiroka-Eoutzi ou haut Eoutzi, atteignant 7500 p. d. h. abs., avait encore des plaques de neige en juillet et s'élève entre 2S00 à 3000 p. sur Gouzinié. D'énormes masses escarpées et calcaires s'avancent ça et là dans cette vallée jadis sous les eaux du lac de Plava. Le lac de Rikavetz (de Itika^ mugiseeraent), h 4 L de Gouzinié, est sur une hauteur au pied de S, E, du mont Koutzi et nest qu'un étang sans écoulement visible de la largeur d'une portée de fusil. Le Troitza est encore une montagne calcaire à triple sommet, de forme élancée, mais peu boiBée, tandis que la plus grande crête est celle du Proklétîa, en albanais Te Vanouvé ou montagne maudite, cjui borne l'horizon au S.O. et S. de Gouzinié en se liant avec le Bor au moyen du Brata (les frères), deux pommets de plus de SOOO p. au S. du même bourg. Si ces derniers, vus den bas, n'ont Taîr d'avoir que 1500 h 1800 p. au* dessus de Gouzinié le Troitza en a au moios 20D0 et la crôte du Prokiétia, dentelée à la manière des remparts gothiques, est encore plus élevée. Mr* Kiepert n'a pas bien indiqué la place de ces montagnes.
Gouzinié, à 1 1 72 h. de Roujaî, est on bourg, quî nous parut composé de 300 maisons, mais le moine Jourit^chltch y compte 400 maisons, dont un quart est habité pajr des Serbes. Chacune a sa petite plantation de pruniers de manière à donner de loin l'idée d'une plus grande cité. Néanmoins sur la place ou la rue à boutiques plus large que les autres, il n'y a qu'une misérable auberge et une boutique qui sert de café. La population e^t cin mélange particulier d'Albanais, de Serbes ou Monténégrins et de Bosniaques. Ds sont gouvernés, comme à Plava, par un Musselim dépendant du Pascha de Scoutari , quoique Gouzinié soit à 20% h. de cette ville et séparée par d'immenses montagnes ^).
Des marchands italiens de sangsues, ayant appris notre arrivée, nous visitèrent et nous donnèrent des détails sur les trois
') A notre arrivée les habitaiiB chômaient à canse de la fête de St. 'Pierre et St.-Paal, un grand concours remplissait le Tscharkiou on la place publique. On nous considérait arec étonnement et nous ne ponrions pas nous dérober à cette indiscrète curiosité, parce que Tauberge n'était pas logeable. Notre Tartare noua plaça proTisoirement dans le café tenu par un nommé Etienne, qui avait émigré du Monténégro arec d'autres personnes lors de Tcxpulsion de la famille des Radunjitch. Noire guide se donna ensuite beaucoup de mouyement, pour trouver un Konak convenable, disait-il, k des gens de Temperenr (Tzarski lÂoudi), Un Boloubaschi arrangea l'affaire et nous colloqna chez un Mahométan , oii nous fûmes bien.
Nous reçûmes le lendemain la visite de tous les notables, parmi lesquels figura aussi le Kadi, un Turc fort poli de Constantinople. Nous allâmes faire visite au Musselim, qui habite un manoir très délabré sur une petite éminence en deçà du Vrouja à V4 d*h. au S. du bourg. Notre Tartare y réconnut une de ses connaissances, un Turc de Belgrade, ils s'élancèrent Tun contre l'autre pour s'embrasser et le Musselim fit asseoir le Tartare à côté de lui. Pendant cette longue visite, qui roula surtout entre les deux Ottomans sur la politique, les affaires de Servie et les Paschas, le Musselim nous apprit fort naïvement qu'il n'avait aucune autorité dans le pays. Il y était depuis trois mois, mais il n'allait jamais en ville, })arce que les habitans de Oouzinié ne faisaient que leur volouté et ne suivaient nullement les ordres du Pascha de Scoutari. Ainsi ils s'obstinaient à ne vouloir payer qne la même quantité de piastres, à laquelle s'élevaient leurs impôts il y a quelques siècles, sans tenir compte de la différence de la valear réelle des piastres d'alors et d'à présent. Pour cela chaque maison n'avait que 3'/, piastres à payer par an. En nous accompagnant jusqu'à la porte, le Musselim parut inquiet, quand nous vînmes à parler des trois coulevrines, qui gisaient sans affût sous un hangar et qui pourraient au besoin en imposer à Gouzinié, si toutefois on donnait au pauvre Musselim quelques soldats autres que ces Albanais désobéissans des environs.
routes de Gouzîpîé à Scoutari. La première est celle, qui conduit par la vallée du Tzje\iia (U^iBHa) ou en albanais du Zem. Elle est la plus courte, parce qu'on n'a qu'une montagne à traverser, tandis que la seconde, passant par Schalia, à deux hautes crêtes à franchir. Une troisième route est celle par le mont Koutsch et le pays des Monténégrins. La première remonte par la vallée de rOdolia dans la partie septentrionale du Troitza et passe en deçà d'un col dans la vallée du Zem, qui a ses sources sur le côté occidental du Troitza. Cette rivière coule d'abord du S. £• au N.O., puis dans le sens presque opposé ou de l'E. N. £. à rO.S.O. Son confluent dans la Moratscha est à Gerlié. Sur le haut de ce torrent sont successivement les villages suivans, savoir au N.O. des cimes du Pioklétia, Niktschi (75 m. et 500 h.), puis sur un autre petit torrent du coté occidental du Troitza, Voukli (170 m. et 1300 h.) et plus bas sur le même côté Seitzé (si. Scotzi) (350 m. et 1600 h.) Les maisons de ce dernier village sont bâties en pierre. A l'ordinaire on y couche si on se rend de Gou7:inîé à Scoutari par la vallée du Zem. On m'a communiqué que chacun de ces villages était sur un petit cours d'eau particulier, dont la réunion forme le Zem. Leurs habitans sont uniquement des Albanais catholiques de la tribu des Klementi. Plus bas dans la vallée Mr. Karaczay place les villages de Mousitchi et de Sélitchié. La route descend du Troitza à Seltzé et longe le Zem. Une partie de ce chemin est établie au milieu de rochers escarpés, qui bordent le Zem et donnent même lieu à des cascades. Malheureusement cette rouie n'était pas plus practicable que la troisième, parce que les Monténégrins étaient dans ce temps-là aux prises avec les Albanais catholiques. Jl fallut donc suivre l'autre, ( exigeait absolument d'être accompagné par quelque habitant pays *).
*) Le nutavais temps nous ajant retena plusieurs Jours à Qomiiiié, non profitâmes pour obtenir des renseignemcûs &Br le paj« et la Uuguo «ehkjp« Albanais goégue nous avait pris surtont i!Ti JitTf?ction, Je vtiii^ ahnË be^ (doua giou Uchoun) noas disait-il et nous parliiît avec un ion aniniê ik^B bsiil de Scander-Beg, des libertés des Malisore^ et des Mjrédîtc'ii tt de leur m\i Doda. La pluie s'étant un peu appaisée, un de noui ae Imaia iilkr k fmire promenade jusqu'à une lieue de Qousinit^. On noai û^mt dit quil y avait în tuiubeau avec une iubcription, mais ce ti'4.4nU qu'uiitâ tfjpuhoro dui^iii^nne. ' course faite avec un Boloubascbi déplut kb Uiett des ^en^t parce quVu avii
La route du mont Proklétia remonte au S. la rive droite du Vrouja. A % h. on atteint le village albanais de VouBegn ou Vousénie, dont le nom albanais est Outhai. Il y a 70 maisons et SOO habitans mahométansdelatribudeKlementi. Ils ont quelques champs de maïs. On commence alors à tourner au S. O. et à appercevoir dans le fond de la vallée deux Dents du Proklétia. La Vrouja avec ses belles eaux claires et verdâtres traverse dans ce lieu une fente profonde et étroite entre des rochers, qui forment une plate-forme dans le fond de la vallée. Une caverne se trouve auprès de ces lieux singuliers et quelques misérables champs de blé noir se voient encore dans ce vallon encaissé entre des montagnes s'élevant à 2500 ou 3000 p. au-dessus de son fond. Dé nombreuses sources sortent plus loin du pied des montagnes au S. et circulent au milieu de tapis de mousses, de plantes marécageuses et de saxifrages. Des bois de hêtres couvrent la pente basse des montagnes et au-dessus d'eux à 3700 p. se distinguent déjà partout des sapins ou des pins.
Cette valljée est placée dans le sens du plan de stratification des couches et est divisée dans sa partie supérieure en plusieurs étages, auxquels on arrive par des pentes peu rapides. Le premier étage est occupé, à 4014 p. de h. ubs., par un petit lac d'eau verte, formée par la fonte de la neige, ce lieu s'appelle JézérOy lac. Des tas de gros blocs calcairen le précèdent à l'E., et il est rendu fort pittoresque par la série de pics dolomitiques, qui terminent leb murailles
marqué qu'on prenait des notes et qu*on demandait les noms de tons les lienx, cumme le Consul anglais de Bosnie, qui venait de passer à Oousinié.
A force de patienter nous eûmes enfin le bonheur de revoir le beau temps et nous partîmes avec deux guides on gardes (Kalaous), jeunes Albanais ÇLHeU niert) armés de fusils, Tnn était le fils dn Bolonbaschi de Gouzinié et l'antre an Albanais de la tribu de Schalia. Mais avant de sortir de Gouzinié, il fallut y payer un compte assez fort et même nous laisser rançonner. D'abord le Bouloubaschi du Musselim exigea qu'on doublât son pourboirCf celui ci satisfait avec 40 IMustres, le maître du logis à son tour ne vgnlait pas nous laisser partir sons avoir la même somme. (Voyez ma Turquie, Vol. 3, pag. 451.) Enfin dans trois juurs nous avions dépense prës de 300 piastres ou de 75 à 80 francs pour sept personnes et huit chevaux, somme trës forte vu le prix vil des nlimens , mais il faut ajouter qu'au moins 5 à 6 Albanais avaient vécu à nos dépens. C'était le Cunsul anglais, qui nous avait valu cela, car on s'imaginait que nous étions aussi dfs envoyés diplomatiques. D'ailleurs le Tartare et nos gens ne repoussaient point ces idées pour nous faire traverser avec plus de sûreté ces régions encore inconnues aux voyageurs européens.
de son entourage. Entre ces sommets nuds et de formes décbiquitées ou bizarres s'apperçoîvent quelques pins ou sapins et même des bergers avec des moutons» qui appartenaient à la tribu des Klementi aux sources du Zem. Cette plate-forme est probablement celle que Mr. de Hahn nomme Samo-Gradi ou phortsé e Klementi (la porte des Klementi). Au-dessus du lac est un autre cirque r&cailleux, puis après une montée assez rapide de 3 à 400 p. à travers des hêtres et des sapins, on atteint un troisième cirque sans eau, qui s'appelle Roudnitza. *) Cette dénomination vient probablement du mot albanais Roudi, moutons , parce qu'on y fait paître en été du petit bétail ^) et non pas du mot slave Hauda^ mine, quoique les rochers dolomitiques des environs présentent beaucoup de cavernes. Ce bassin sans eau était entouré à la fui de juin d'une énorme quantité de neige, parce qu'il en était tombé prodigieusement pendant l'hiver; à l'ordinaire ce passage se dégarnit presque de neige à la fin de l'été. Quelques pins s'appervaient encore ça et là sur les rochers.
Après avoir franchi en une longue demi-heure un grand plateau de neige, d'où ressortait de temps à autre un rocher, nous vîmes devant nous un profond entonnoir, en deçà duquel était le second col du mont Proklétia ou le point le plus élevé de la route. Au S. s'élevaient des murailles ou des rochers de 6700 p. de h. abs. , tandis que les neiges montaient en pentes peu fortes plus loin au N. vers dea sommets de 6900 ou même de plus de 7000 p.
') La carte de Kiepert a tort de figurer IK un TÎlIage comme aussi à Zedii *) Les Slavistes pourront s "étonner de cette prifférence étymologique «M rappelleront qu'ils ont en serbe Jea mois Roudma, Roudine et Jioudmtza signJ fiant pré. Mais pourquoi ces dénominationv mànqucat-elJea en rna^e? lï'e^i'U pas possible que ces derniers mots nie oc atissi pour racine le nom albanais Roufîtj moqton ? car la dérivation du mot Rovd, rougefttre, n'eBt gu^re Bouteuable ; d'aillenr» Rouda signifie en serbe laine ^^paîssci ei Cfcpnd, Les Serbes u'ont fair qno di»Ioquer les anciens Illyriens, dont les descendait^ sotit ké Albanais actuels, doue Ih ont dû conserrer quelques-uns de lenrs noms le£i plu« usuels^ CeU n'cmpeche pa^ que nous reconnaissions que Koudûtk et K<^uda-Gliàva , montague de la Kabie de ce nom, Roudnitza (district de Jo&chanitza) et Hnudniak sont le Kopatmiki de>t- ▼ent de Rouda^ minerai, maie RoQiU-Boukra (Pré aux hêtres^ (20 m. tt 163 h.), du district de Tzmagora dans le cercle d'Oujitzë viendrait Un mot albanaiii. C'est an cas tout semblable à celai de rétjmolngîe différente des Graovo et Grabôvc> slaves et des Oraba et Gravobe albanam, ou du Tonria serbe et dn Ton ré guégne, ou de Roujan, village danubien (de Rouja. rose) «t du Rojai albanaîi. etc
La descente et la montée dans le dernier cirque était difficile à cause de Tinclinaison de la pente des neiges et leur fonte près des rochers* On risquait à tout moment d'enfoncer avec les chevaux et en mettant pied à terre on courait le danger de ne pouvoir retenir les bètes lorsqu'elles glissaient. Enfin nous arrivâmes heureusement au col de 6104 p. de h* abs., sur lequel il y a quelques pins isolés et rabougris. Des rochers de 500 à 1000 p« s'élèvent au-dessus de ce port au N. et aU S. La vue en est extrêmement restreinte, parce qu'on est entouré de sommités neigeuses. Derrière soi on ne voit qu'une partie des murailles et des pyramides au pied der« cruels on est passé, tandis que devant soi on plonge dans le fond de Tétroite vallée de Schalia en y cherchant en vain un village. Comment descendrons-nous et sortirons-nous de ce goufEre? se demandait chacun et les guides de nous montrer à rO. un énorme éboulis couronné de neiges.
Si, à part les neiges, la montée du mont Proklétia n'est ni fatiguante, ni dangereuse, la descente sur Schalia, de près de 4000 p., est un véritable tour de force pour des chevaux, car le sentier tournant est établi sur deux Talus extrêmement inclinés placés entre deux murailles verticales de plus de mille pieds d'élévation. Du col se détache au S. un massif escarpé, dont la partie immédiatement sous le col au N. O. est assez couverte de débris pour qu'on ait pu y frayer un sentier en zigzag ou plutôt un escalier de rochers. Surplombé par des masses calcaires considérables, le voyageur ne s'approche qu'avec crainte de la grande muraille au N. du sentier, tandis que de l'autre côté ses pas sont arrêtés par d'autres rochers tout aussi escarpés, quoique moins élevés. Mais arrivé au bas de cet escalier il se trouve avoir dépassé le milieu de la muraille calcaire, qui forme un précipice énorme au S. E. et au S., tandis qu'il est lui-même sur un morceau de rocher orné de quelques pins et coupé à pic sous ses pieds au S. O. C'est l'endroit où les caravanes se reposent, car on n'y a plus à redouter la chute des rochers et on aime à puiser de nouvelles forc^ en contemplant devant soi les maisons de Schalia, le but de la journée.
De cette espèce de promontoire ou d'observatoire on descend àl'O., puis au S. par un mauvais sentier rocailleux jusqu'au bas d'une haute muraille des rocher, dans laquelle la décomposition a produit une voûte très spacieuse. Cette caverne sert souvent de bivouac aux Kiradgis dans leur passage de ces montagnes et son plancher en a pris
Taîr d'une écurie. Le voisinage d'un filet d'eau à quelque distance au S. complète les comforts albanais de cette auberge bâtie par la nature. Depuis là on n'a plus qu'une descente sur une pente assez inclinée de débris calcaires pour atteindre la forêt de hêtres^ qui précède les habitations de Schalia à Gy, h. de Gouzinié. Cette dénomination est très bien choisie pour cette vallée, car Sehialé signifie en albanais selle ou col. Ce village est placé sur la rive occidentale du torrent, qui vient du N.E. et ne consiste qu'en six à huit maisonnettes avec des petits enclos de blé de Turquie^). La vallée de Schalia, à 2742 p. de h., court presque du N. au S. et contient plusieurs hameaux, en particulier un grand et un petit Schalia, dernier lieu, où nous étions. Mr. Kiepert a mal figuré cette crevasse ainsi que les affiuens du torrent ; je ne sais pas pourquoi il n'a
0 Nous nous dirigeâmes vers Tniie d'elles oh demoarait ane connaissance d'un de nos guides. Sa maison en bois sans cheminée ne consistait qn'en deux pièces, nne dans le bas et Tantre dans le haut Entre cette cabane, nne dépendance et le mur d'un champ était une tr^s petite cour avec un arbre, snr le quel s'était réfugié nn essaim d'abeilles. Nos effets fnrent déposés snr 'les côtés de la cour, les femmes fnrent renvoyés de la maison et notre hôte s'occupa ^e nous procurer nn mouton, du lait et l'orge nécessaire ponr nos chevaux. Pendant cet intervalle plusieurs voisins arrivèrent pour nous voir. Tous ces catholiques romains avaient des mines de bandits à cause de leur saleté et surtout de leurs habillemens de drap grossier une fois blanc , mais maintenant d'une jaune gris&tre. Quelques-uns étaient sans chemise, d'autres vêtus de peaux de moutons k cause de leur métier de bergers dans les montagnes. Le plus âgé d'entre-eux avait surtout une tête de coquin à front plat et notre Tartare ainsi que nous, nous nous efforçâmes a leur faire des politesses, en leur offrant du t-abac, en leur parlant de leur religion ou leur adre&fSïit «lUf^lquee iiiuL* ti^itiouijj en allmunU ei leur montrant des objets de voyages qu'ils qpv aient jamais vus* Kéaumoîos nous uoub apperçûmes qu'ils s'informèrent exacienicnt sou^ Tatispit^e de qui noua étiouij vi^uuâ et s'il n'j avait pas de possibilité île nous raij(;atvner ou voler, mais notr<ï hôte leur ferma la bouche en leur apprenant que sou amJ rc pondait de nouîi sur sa tête. Un de nos domestiques, tin Serbe bosniaque ^ les &£fusqaaît principalement, parce qu'ils le regardaient commit îthtt des Motitcnégnns , ï^ qui ils dtaîe*nt dans l'usage de couper la tête comme \h le lui di Baient fort Da'ivemcnt* La nuit arrivée , le maître du Eogt» qous coa^eilla de rentrer nos mnlle» dans «a maison et même d'y venir coiicher, de peur de etirpriic. Nos domestiques laissés prbs des chevaux dans la cour^ nous domtiienduDs dt^jà à dormir pous le toit de notre hôte, quand une fumée épouvantable iiou» obligea de déloger. On était occupé à nous rôtir un mouton pour notre route du 1 eu demain et on avait choisi pour plus de conmiodité le bas de la mai son pour cette opération, sans songer que nous n'étions pas destinés \ devenir des jambons. Il fallut donc se remettre <hi£]« la cour, où du reste nous fûme^ î^tx trnn^nillet^. tnitia un jieû iVolf bernent lo tnatiUr
pas copié la carte de Viquesnel. D place cette vallée entre la crête du Brata (?) à l'E. et du Narmaja à PO. noma, qui peuvent bien exister. Cette dernière montagne serait le prolongement méridional du Schalia-Mala que nous traversâmes. Mr. Eiepert a oublié aussi d'indiquer que les tribus albanaises au N. du Drim portent le nom général de Malliesouri ou Malliesori (habitans des montagnes), en opposition aux Mallézi les Monténégrins, leur pays B'appellant en albanais Mailzézé et en opposition aux Myrdites (alb.Miréditi) les albanais au Sud du Drim. Les Poulati (de Poul^ une forêt) ne sont qu'une tribu des Malisores vers le S. O., néanmoins Mr. de Hahn en fait un synonyme de ces derniers. Les Gatschi sont dans le haut du bassin du Lim et vers Mitrovitza. Les Dschouani et Zoubi seraient à TE. de Schalia entre cette tribu et celle des Has ou Hassi.
Aboutissant à la fente occupée par le Drim, on ne peut pas se servir de la vallée de Schalia pour aller à Scoutari, il faut donc franchir la crête, qui sépare Schalia de Boga. Or il n'y a qu'un sentier tournant frayé sur un énorme éboulis presqu'à TO. ou à rO.N.O. au-dessus de Schalia. On traverse d'abord un bois de hêtres, puis on commence à s*élever graduellement sur ces débris en partie mobiles , placés sur des pentes de 25 à 30 ° et entremêlés de troncs d'iirbres déracinés. Il fallut mettre pied à terre et laisser courir les chevaux tout seuls, mais lorsque nous eûmes dépassé la région des pins à 3042 p. nous avions encore une hauteur d'environ 800 p., occupée par des rochers et des neiges des deux côtés de cette pente si forte. Ce fut un véritable travail que de pousser les chevaux devant nous et de les empêcher de tomber dans les précipices. Nous étions parvenus sous le col et n'avions qu'une quarantaine de pieds de neige à escalader quand un de nos chevaux , rebuté d'être obligé si longtemps à monter tout droit, alla s'égarer sur une pente de neige si rapide qu'il ne pût plus s'y tenir, ni se retourner et en un clin d'œil il avait glissé en bas de vingt-cinq pieds de hauteur et avait fait la culbutte complète. Enchâssé entre deux gros blocs, les pieds en l'air et immobile, nous crûmes de loin qu'il s'était brisé l'épine dorsale, heureusement son bat de bois l'avait préservé et on le sortit de là sain et sauf. Notre Tartare ne revenait pas de l'état de ce chemin et il ne trouvait rien de comparable dans tout l'empire ottoman, si ce n'est peut-être à l'E. d'Erzeroum. En effet cette route
de 3 heures peut bien être cité pour la plus mauvaise, par laquelle on puisse faire passer des chevaux chargés. Le col de la montagne, à 4466 p. de h. abs., n'est qu'une très mince crête de rochers avec un petit goulet et des pentes de neige des deux côtés ^). La vue en est assez étendue au N., car on voit dans le lointain les montagnes élevées au N. et à l'E. du lac d'Ochrida. Au S. IS ® E. se montre le mont Jalesch au confluent des deux Drim et au S. 22^ E. apparaît une partie du Schar. Ces sommets ne sont visibles qu'à travers une échancrure de montagnes, car la vallée de Schalia a des montagnes tout aussi élevées au S. £. qu'au N. O. Vis-à-vis de soi au S.E. s'ouvre une haute vallée entourée de cimes neigeuses, on peut arriver par là avec quelques difficultés à Detschani et Ipek*
La vallée de Boga, courant à 0. 60® N., mais tournant bientôt au S., on n'en voit que l'extrémité, qui est très boisée. A PO.* derrière la montagne, sur laquelle on se trouve, s'élèvent des crêtes couvertes de beaucoup de neige. On ne leur donne que le nom de montagnes de Schalia (ScAo/to-J/oZ), mais plus bas elles portent le nom de Biskaschit. La route de Boga est extrêmement fatigante, parce qu'il faut traverser des ravins et surtout des bois de hêtres, où le sentier, à peine tracé, est embarrassé de rochers et de troncs d'arbres. Sous ces feuillages épais le temps paraît d'autant plus long qu'on ne voit rien. Les hêtres commencent à 4400 p. de h. abs. et cessent à 3100 p. Après trois heures nous étions sortis de ce désert, nous avions dépassé un étranglement de la vallée et nous rencontrâmes des Albanais catholiques cle Boga.
Ce village de 40 maisons et de 4 à SOO habitans catholiques de la tribu des Elementi est placé à 2718 p. p. de h. abs. sur les
') Notre hôte de Schalia, qui noas arait servi de g^iide, rouliiit nouB qnlt an ool, mais nous le priftmes de nous aider à descendre nos chevaux sur les Dei( et nous ne le congédiâmes qu'après cette opération achevée. Il avait demuidé eux piastres pour cette promenade et espérait probablement n'en recevoir que la moitié, puisque nos guides loués au même prix pour toute la journée, trom nous avions été trop coulans en nous laissant extorquer cett pu nous passer à la rigueur de cet homme , mais en cas < fort utile. Quoiqu'il ne fût guère éloigné de chei lui, il n'aviit pn i cie se
charger de son long et pesant fusil , qui est pour lêÊ AlbaHAÉi eomiie w bâton pour nos paysans.
deux côtés du torrent du même nom, qui dcficend du col au-des- 8UB de Schalia. La plus grande partie des habitations est sur la rive septentrionale » tandis que sur l'autre est une petite église avec la croix latine. Les maisons sont couvertes en planches, audessus desquelles il y a des blocs de pierres pour empêcher que le vent n'enlève les toitures. Quelques cliamps de blé noir et de belles prairies entourent ce village et des montagnes» n'ayant l'air depuis la vallée que d'avoir 2000 p. environ » s'élèvent des deux côtés de la vallée, en offrant un agréable mélange de bosquets et de rochers. ')
Il n*est guère douteux que lesMalisores de Boga communiquent par la montagne avec les Klementis, car pour ces montagnards tous les sentiers sont bons. Ainsi il y en a aussi de Schalia aux sources du Zem, comme de Schalia aux pâturages de Kroutschevo ou de Schalia à Zoubi et Hass. Depuis Boga (du mot slave Bog^ dieu, ou du mot albanais Boge^ couleur) la vallée tournant au S. devient tout-à-fait champêtre et les bois disparaissent ou ne forment que quelques bouquets à demi-pente des hauteurs. Les cimes conservent encore à l'E. des formes pointues ou bizarres comme les rochers dolomitiques du Proklétia. Le torrent était à sec, parce qu'il paraît que l'eau dérivée des neiges se perd dans les fentes ou les trous des rochers ou dans le fond graveleux et fragmentaire de la vallée. A Boga il y a encore de belles fontaines, mais en deçà elles deviennent plus rares. On est donc déjà sur ce sol calcaire poreux et sec de l'Albanie et on nous disait à ce sujet qu'il y a un manque presque complet de sources sur la route de la partie inférieure de la vallée du Zem à Scoutari.
Nous marchâmes ainsi ou plutôt descendîmes insensiblement pendant près de 2 heures au milieu de prairies, sans voir personne si ce n'est quelques paysans dans Téloignement. Nos gens s'efforçaient en vain de leur crier de temps à autre: Avez- vous de l'eau (Akeni oui) ? ou donnez-nous de l'eau (Bieri oui) ou y a-t-il une source (Ak£ni kroui)? Nous arrivâmes enfin à une partie de la val-
') Comme c'était Theure de prendre notre repas, une anberge aurait été notre affaire , mais les vexations des Turcs ont rendu les Albanais si farouches, qu'ils évitent de pareils établissemens et que la vue d'un Ottoman reprime tellement leur curiosité que nous n'apperçûmes pas ftme qui vive dans ce grand endroit. Il fallut no^s établir sous un chétif arbre sur le cimetière et y dépecer sans témoins notre mouton de Schalia.
lée, qui court de TE. à TO. et où est situé à une demi-heure plus loin à gauche le village de Schkriell (prou, aussi Schkrell, dérivé peut-être de Skraja^ du bord des montagnes , 80 m. et 500 h,)* C'est le chef-lieu de la tribu de ce nom, qui compte 2500 âmes et qui est en grande partie catholique. Cet endroit a une église latine et rappelle par ses maisons en calcaire blanc certains villages de la France méridionale. Des bouquets de noisetiers, des noyers, des cerisiers et des champs de maïs s'observent dans cette espèce d'élargissement de la vallée, tandis que le lit du torrent à sec occupe le fond d'une profonde et étroite fente, sur laquelle est un pont en pierre. A cette élévation d'environ 2000 p. de h. abs. la chaleur était déjà excessive, surtout pour nous, qui sortions des neiges, nous aurions bien voulu pouvoir nous arrêter à Schkrell, mais malgré l'importance de ce village les voyageurs n'y trouvent aucun gite. U fallut donc continuer à descendre et bientôt après nous vîmes à 1975 p. de h. abs. des vignes sauvages et cent pieds plus bas les premiers grenadiers.
La vallée se rétrécit de nouveau et prend pendant près de S h. un aspect sauvage, son fond et les pentes des montagnes n'étant couvertes que de rochers ou de petits buissons. On est enfin sorti des hautes montagnes, dont les extrémités s'étendent jusqu'à TE. de Schkrell. Néanmoins en compensation de ce manque de cultures nous rencontrâmes enfin des habitans et même des Albanaises revenant du marché de Scoutari. La première question à nos guides était toujours, de quelle tribu ils étaient (SctUle PhU i>8chtof)
A 4 h. de Schkrell noua kisaâmëa à droite sur le pied de la montagne la ruine d'une égHse latine et un champ de blé de Turquie et à 1 h. plus loin noue atteignîmes le village de Déthail, où la vallée, ayant environ une demi-lieue de large, est couverte de belles cultures de maïs, de vi^obles etc. Nos guides avaient espéré nous loger chez quelque habitant de Didanio (à 4 Va h, de Scoutari), mais on noua pria de paseer outre, on nous promettant comme une leurre un gîte dans quelque village plus loin et nous rafraîchissant avec de l'eau claire.
Nous passâmes à 1 L plus loin à côté du village de Zagreseh et nous y vîmes le torrent à sec se diriger au S. O, Il coule au milieu d'une vaste plaine, qui n'est qu'une sinuosité du grand bassin du lac de Scoutari. Obligea de continuer à marcher sur ce ml
dessëchëy nous trouvions notre position d'autant plus désagréable que le soleil était couché depuis longtemps et que nous voyagions en vue de plusieurs villages inhospitaliers. Mais nous ne rencontrions personne et avions devant nous une immense plaine ça et là avec quelques cultures et entre le lac de Scoutari, le lac ou marais d'Oum, l'Oumsko ou Goumsko-Blato nous observions des petites hauteurs, dont les cimes déchiquetées et rocailleuses avaient la fausse apparence de fortifications.
Enfin le bonheur amena sur notre route un Albanais que nous engageâmes à nous conduire au plus proche village au S. de nous* C'était celui de Gradiska à environ 6 1. de SchkrelL Une ferme entourée de grands tas de foin et de blé nous faisait espérer d'y trouver ce qu'il nous fallait, mais on nous en refusa Taccës au milieu de l'aboyement d'une troupe de chiens furieux. Heureusement à côté de ce Crésus un pauvre paysan se montra plus traitable, nous laissa bivouaquer dans son enclos et nous fournit ce, dont nous avions besoin. Je le répète, la crainte de n'être pas payé, malgré les promesses les plus solenmelles, est le seul motif, qui rend l'Albanais si inhospitalier.
Nous avions encore cinq grandes lieues, pour atteindre Scoutari. La plaine, qui nous séparait du lac, descend en pente extrêmement douce et avait encore au moins Xy^ ^2 1. de largeur* Elle fait partie d'une étendue considérable de pays plat, s'étendant depuis le confluent du Zêta et de la Moratscha jusqu^à Scoutari et même jusqu'au-delà du Drim. Elle porte le nom de Baisa à l'E. du milieu du lac, mais vers Scoutari elle forme le Livadia ou lieu de prairies, le Liouat des Albanais, tandis qu'au N. .du lac le long de la Moratscha les Slaves l'appelent Retzka ou Zetska- Polie et à l'O. de cette rivière est leur Lieschkopolie. Les Albanais au contraire ont pour la plaine entre le lac, la Moratscha et le Zem le nom très caractéristique de Lemm ou Lémé^ qui signifie une aire de grange. Quelques tumulus s'y trouvent, dit-on. Il est évident qu'à l'époque alluviale ancienne les eaux du lac baignaient les basses montagnes derrière Gradiska comme ailleurs et que cette immense plaine était sous les eaux. Le lac avait alors plus de 3 à 4 1. de large.
Le lac, le Skadarsko-Jéséro ou Blato des Slaves et leBlat des Albanais, a 8 1. de long et une largeur, qui varie de 1 à 2 et même 3 I. Sa forme est allongée du N. O. au S. E. (du N. N. O.
au S. S. E. d'après Mr. de Hahii). Ses bords sont presque plats à !'£. et rocailleux à FO. et surtout au N« O., tandis qu'au S. O. vers Scoutari il y a des marécages, bien moins étendus que ceux du district de Hoti. Ses îles y font un joli effet en même temps c|u'elles indiquent par leur élévation et leurs rochers que ce ne sont que des portions d'un sol affaisé, qui a produit une fois cette cavité. Au fond du lac sont les îles de Vranina (avec quelques maisons) et de Lésendra ou Lisandra, vers son milieu celles assez élevées de Moratschnik et de Moraka sont les plus considérables et la première a une tour ou un fortin ancien. Au débouché du lac dans la Bojana (si. Bouana, alb. Bonanné) est File de Palikara* Ses eaux sont soumises comme celles des grands lacs de la Suisse au phénomène occasionnel dés sèches.
A l'exception des eaux qui se rendent dans le lac par des conduits souterrains, son affluent principal est la Moratscha, qui écoule, pour ainsi dire, la plus grande masse des eaux du Monténégro et une partie de celles des contreforts au S. du Eom. Les sources de la Moratscha sont au pied du Dormitor et au-dessus de Séotza au pied de la montagne, qui sépare le district monténégrin de la Moratscha d'avec celui de Drobniak. Cette rivière coule d'abord du N. O. au S. E. dan8 une vallée assez étroite, dominée à l'O. et au S.O. par les sommités de l'Oubli, du Siljévatz et du Lisatz et à TE* et au N. E. par les pics dolomitiques du Dormitor, du Javor ou Javorie, du Trebisch, du Rovtzi et du Eom. Entre ce dernier et le Lisatz elle tourne au S. O. et continue ainsi jusqu'au lac de Scoutari. Ses affluons sur le côté occidental sont d*abord d'assez nombreux toi> rens jusqu'à la ruine de Diocléa ou au confluent du Zêta. Mr. le colonel Karaczay n'a cru devoir en figurer que sept principaux. Plus bas se trouvent surtout trois afiJuens» savoir le Zeta^ qui descend du N. O. de Spouge (Cuym) et reçoit dana leMonténégro= le Souschitza (par erreur Sasitza dans la carte de Mn Kiepei et vers sa tête l'Obostitza. Puis vient le Sîtnitzaf qui réunit les eau du Golatz et du Lisitza et prend dans son cours îtiférîeur dans Is plaine de Lieschkopolie le nom de Matarttza. Enfin il y a enc torrent à l'E. de Gasnitza. Sur sa rive orientale la Moratscl "^ grossit principalement des torreiis descendant du Dormitor ei Trebisch, puis des eaux du Mula-Rîeka coulant du R E- dep Lopati et Berskout (voyez ma Turquie. Vol- 1, pag, 133), et de ceM^ du Lievna-Rieka, ensuite après quclqtio» torreue viennent celles
Ribtiitza (poisHoiieube) coulant au N. de Fodgoritza HOOGm. mahora. et 200 m. grecq. et à 12 h. de Scoutari) et provenant suivant Mr. Earaczay du mont Eakaritska (?) et enfin celles du Tzievna ou Zem.
Le lac de Scoutari reçoit en outre sur son côté occidental les trois torrens monténégrins du Tzernitza, de l'Orochovka et de l'Ivan-Bégovo-Tzmovitch-Rieka, qui sort toute formée d'un rocher à Obod 9 ainsi que le Earaschoumlia sortant d'un petit lac au N. de l'extrémité du lac et au pied du mont Bobija. Ce demierforme à son débouché une ile, où est situé le fort de Jabliak (ffîafijtiafi) (de Jaba^ grenouille; 20 m. mah.). D'une autre part sur la rive opposée on ne trouve que le petit torrent de Plavnitza» celui qui descend du N. £. des montagnes de la tribu de Hotti et contribue à former le grand marais d'Oum, enfin le torrent de Schkrel.
Les montagnes dominant le lac de Scoutari sont sur le côté S.O., surtout le Soutourman, le Eounovo et le Roumia (au N* E.) d'Ântivari, puis le Moklichi et le Braisa, qui se terminent vis-à-vis du château de Scoutari par le Tarposch (alb. Tirabosch ou Tirabosk). Au N.E. on remarque les montagnes neigeuses de Schalia et le Véletschik de Mr. Karaczay environ au N. O de Boga, notre Scodrus et celui de Mr. de Hahn , avec leurs contreforts plus bas, auxquels Mr. Karaczay a donné les noms de Sambouko et de Marandî au N.E. d'Oum, de Biskaschit au N.E. de Rioli etdeZoukali au S. du Chiri ou Drinasi.
La plaine le long du lac pourrait être un véritable jardin» mais au lieu de cela pinson approche de la capitale de la Haute Albanie, plus le terrain devient un désert couvert de buissons de Paliurus, de Vîtex-Agnus Coati ou de chardons à fleurs roses. Ça et là des figuiers rabougris et des Colutea arborescens interrompent cette uniformité. Il ne manque pourtant pas de villages, mais ils sont tous placés loin de la route ou au pied des montagnes ou près de l'eau et des touffes d'arbres indiquent seules leur présence. C'est la demeure de la tribu albanaise des Koukli, tandis que d'après Mr. Kiepert les Eastrati (de Kaschte, paille?) seraient plus haut dans la vallée de Schkrell. On nous avait indiqué au contraire les Kastrati à Scoutari et dans ses alentours. A 1 1. de Gradiska le village de Eopilik (de Kopily valet) reste à gauche au pied de collines rocheuses. Puis on passe près de 6ria (le Grisca des cartes, chaud de Grijati^ chauffer) et de Vreka (lePlacca des cartes), ainsi qu'à
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côté d'une chapelle ruinée et on arrive à une fontaine, où trois ou quatre grands peupliers noirs invitent au repos. Par la négligence des habitans les eaux ont formé dans œ lieu un petit marécage (Batak). On voit depuis là le château blanc de Rosapha ou Scoutari, ainsi que quelques îles du lac. En deçà le rideau des montagnes du Monténégro avec laNahie deTzernitza font un effet agréable, en même temps que vers le fond du lac l'horizon est borné par une série de hauteurs, qui paraissent très basses, mais moins continues que les précédentes, à cause des vallées existantes dans ces lieux. D'une autre part on voit encore à TE. des cimes neigeuses, en avançant vers Scoutari les montagnes blanches de Schalia se dessinent même très distinctement sur deux ou trois autres crêtes en gradins.
Ail. avant Scoutari on traverse une petite rivière, puis deux autres cours d'eau sur un pont en pierre et on observe pendant quelques momens une chaussée pavée établie dans un désert occupé seulement par des fougères. Des tourbillons de poussière accompagnaient des charriots chargés de paille, qui nous précédaient de loin et après avoir dépassé ces indices de l'approche d'une grande ville, nous entrâmes à Scoutari en ayant derrière et devant nous des troupeaux de buffles, de bœufs et de vaches.
Cette ville n*est indiquée à distance que par un énorme espace boisé et quelques bas minarets au nombre de 20. A peine entré on se trouve sur des pavés assez élevés, établis sur un sol argileux, et entre les hautes murailles de jardins. On parcourt ainsi de longues rues sans rencontrer guère de passans hors des momens des prières ou des repas. Ce manque de boutiques donne aux rues une telle uniformité que nous dépassâmes notre auberge sans la reconnaître et n'apperçûmes notre erreur qu'en débouchant sur le cimetière d'une mosquée. Ce sont ces derniers édifices, qui peuvent seuls guider un étranger, les uns étant blanes, les autres rouges, d'autres en ruine ou avec une fontaine eta
Scoutari (si. Skadar, t. Skodra ou Schkodra, alb. Iskendérijé) tire, d'après Mr. de Hahn, son nom du mot Schkype, ht^ butte, parce qu'au milieu de la plaine la proéminence esoarr le son château de 465 p. de h. abs. a dû offrir de U nuïtë
un lieu propre à la défence. Cette cité est de dn a
capitale de l'Albanie septentrionale aussi bien que #aiima v»» .
de TËpire. Sea euvirona s'appellent Skanderija en slave* Cette ville ouverte maintenant est à 93 p. sur la mer adriatique et 5 h* de cette dernière en ligne directe* Les petits bâtimens pourraient remonter jusqu'à Scoutari, s'il n'y avait pas des bancs de sables dans la Bojana, de manière qu'à présent ils ne peuvent arriver que jusqu'à Oboti à 2 1. sous la ville* Elle peut contenir 22,S00 à 23 ou même 24,000 âmes dans ses 4500 maisons, y compris 2000 boutiques. Cette ville occupe une grande étendue de terrain , elle a près d'une lieue de long de l'O; à l'E* et une demie de large ou elle couvre un espace de 2 milles italiens carrés. Elle est situé au S. du lac dans une plaine, qui vient se terminer en cul de sac contre la butte calcdre du château de Rosapha et contre son prolongement oriental sous forme d'une petite crête nue et basse, La Bojana coule au pied des rochers dénudés du château et sépare Scoutari d'un petit faubourg, appelé Tophana ou Oalata. Ce dernier conununique avec la ville par un pont en bois (l'Ouzoun Keuprisi) de plus de 200 toises de long et est resserré entre la rivière et les escarpemens des hauteurs voisines du Tarposch. Ce faubourg de plus de 25 maisons est surtout habité par des Slaves et des gens malfamés. On y remarque sur la pente du Tarposch la ruine de l'église catholique de St*-Marie, détruite en
Scoutari se .divise en deux parties bien distinctes et séparées par un espace vague, savoir la ville du commerce ou du Bazar et la ville principale avec les jardins, mais sans boutiques à l'exception de quelques épiciers et boulangers. La première n'est pas fort grande et est au pied du château, qui est à 372 p. sur la Bojana. Trois rues principales traversent ce quartier du S. au N. A l'extrémité méridionale de la plus grande des trois, celle qui conduit à Alessio, est le marché aux poissons. Deux autres rues s'en détachent et vont à l'E. vers l'autre quartier de Scoutari. n y a un Bazar voûté pour les marchands d'étoifes et les gens à argent.
Le quartier oriental de Scoutari en forme la partie la plus considérable et est la cause de la grandeur de cette ville, parce qu'il est composé presqu'entièrement de maisons ayant chacune des jardins plus ou moins étendus et entourés de hautes et fortes murailles* La cour des maisons a une porte placée dans un en- Ibucement et il y a des deux côtés de ce dernier des fentes dans
les murs pour pouvoir tirer au besoin sur les assaillans. Toutes les mes à jardins sont larges ou même très larges et aux extrémités des principales il 7 a des digues pavées pour obvier aux inondations produites par le Kiri et même il 7 en a encore de semblables moins grandes dans certains rues adjacentes. Les jardins sont des vergers ou des parterres de fleurs et de plate-bandes de légumes. Ceux des gens riches sont ornés d'orangers, de grenadiers et d'oliviers en pleine terre. De grandes places au nombre de 13 sont occupées par des cimetières et des mosquées avec de grands arbres, tels que des platanes d'Orient, des aulnes, des peupliers etc. , de manière que cette partie de Scoutari fait plutôt l'effet de plusieurs villages accolés l'un à l'autre que d'une ville. C'est le quartier le plus sain, parce que le voisinage du lac, les marécages de la Bojana et le marché aux poissons rendent la partie marchande de Scoutari très fiévreuse. L'eau 7 est aussi meilleure, pure et très fraîche.
Les Albanais catholiques paraissent habiter surtout les parties de ce quartier éloignées du château, tandis que la plupart des Musulmans se tiennent plus près de ce dernier. Il 7 a peu d'Albanais ou de Slaves grecs. Mr. Millier n'7 compte que 1800 Slaves et n'estime les véritables habitans turcs qu'à 1600, tandis qu'il 7 aurait 16,000 Albanais mahométans et 13,000 Albanais catholiques. 0 En 1853 Mr. de Hahn indique à Scoutari 4000 maisons, dont 3000 appartiennent à des familles albanaises mahométanes, 900 à des Albanais catholiques, 100 à des Serbes et 24 à des Zinzares (page 105). Il est inouï qu'il n'7 ait pas encore pour 900 familles catholiques une église à Scoutari et que le service divin se fasse en plein air au N.E. de la ville sur un petit tertre avec trois tilleuls dans la plaine de Tuhadder (Nuhaddel). L'évêque de Scoutari a enfin pu faire construire une petite chapelle d sa maison. Néanmoins Mr. de Hahn en trouve la raison non l'intolérance des Musulmans, mais dans l'insouciance ^.^
tholiques (page 138).
*) Voyez sa description très détaîUée de rette tîHç. (Âlbanien, p. 46 — 63.) Le seul rapport qui nous 7 a surpris, c'est la traû£ïforïD«.tîon d*Da chemm toumoviint Uî»sez large et montant an haut du rocher de In citadelle en on scruaer de Spioda de largeur et planté de platanes. En 1S38 il u'y a?attricn do fiemUlabk. Cctmpurcft notre Turquie. Vol. 2, p. 342.
no
Le Paâchalik de Scoutari comprend 7 Moudirlilu avec leurs Musselims, savoir celui d'Ântivari (sL Bar, t. Divar), de DoulcigQO (si. Oligoun, t. Oulkin), d'Alessio , de Zappa, de Podgoritza avec Spouge (s. Cnyas, alb* Schpounge, (à 14 '^ d'h. de Scoutari, 300 m. mahom. et 30 m. grecq.) et Schabliak, de Gouzinië et Blélopolié, y compris Plava et Kolntschin sur la Tara. De plus le Pascha de Scoutari a sous lui les Myrédites, les Malisores y compris les Klementi, dont les tribus ont leur Vekil ou agent auprès du Pascfaa. Vu le grand nombre d'Albanais libres, c'est à présent le seul Paschalik de la Turquie d'Europe, qui n'ait pas encore ëté désarmé presque complètement, car d'après Mr. de Hahn en Epire le port d'armes n'est plus usueL C'est aussi cette raison, qui a empêché les Turcs de morceler en petits gouyernemens l'Albanie septentrionale autant que TEpire. Il n'y a près* que plus de Begs héréditaires, si ce n'est ceux de Spouge et d'Antivari.
La population de ce Paschalik s'élèverait, d'après le Dr* Mtdler, à 305,600 habitans, dont 196,450 seraient chrétiens et en très grande partie catholiques. Les Grecs seraient surtout vers le Monténégro. Le district de Scoutari aurait 59,000 habitans et 25,000 Chrétiens; celui de Dulcigno 17,000 h. et 5600 Chr.; celui d'Antivari 32,000 h. et 19,000 Chr.; celui de Podgoritza 4600 h. et 750 Chr.; celui de Zadrim 19,000 h. et 16,100 Chr. Si ces nombres peuvent s'approcher de la vérité, on est étonné de le voir élever le chiffre des Myrédites à 70,000 , parce qu'ils comptent 19 tribus et ont pu fournir en 1831 avec le district sans limites déterminées de Dibre 8000 hommes armés. Or ces deux districts ne contiennent que des villages et surtout de petits hameaux clairsemés, leur population ne peut guère atteindre 50,000 âmes et ne s'élève peut-être qu'à 40,000. Une exagération encore plus forte est celle d'attribuer 104,000 âmes aux quatre districts de Malisores et des Klementis, savoir 19,000 âmes pour le district de Schkrel, 28,000 pour celui des Kastrati, 15,0d0 pour celui des Hotti et 42,000 pour celui des Klementi et des Malisores. Or, si Mr« de Hahn ne se prononce pas sur la population de ces derniers, il estime celle des autres à la somme minime de 13,000 âmes, dont 1500 seraient Mahométans et qui peuvent mettre 2 à 3000 honnues sur pied. Les Malisores n'habitant que les montagnes n'atteignent pas certainement ce nombre, ni même peut-
être la moitié, bien entendu que les districtfi de la Mctochiia restent hors de ligne. Nous croirons donc que le chiffre de 21,000 pour tous ensemble serait plus près de la réalité. Ainsi la population de tout le Paschalik de Scoutari se réduirait à 200,000 ou bien tout au plus à 212,600 ou 222,600 habitans, parmi lesquels 117,950 ou 127,952 seraient environ Chrétiens, tandis qu'on ne compterait qu'entre 22 ou 32,000 religionnaires grecs, les autres étant Catholiques romains. Quant aux tribus principales des Albanais surtout libres, Mr. de Hahn nous a donné des détails intéressans sur bon nombre d'entr'elles, sur leur dissémination et en particulier sur la distribution générale des Schkypetares, dont il élève le nombre total à 2 million en Turquie et en Italie. A l'O. de Scoutari sont les Mrkovitchi, nommés ainsi du Merkovtscha-Rieka, qui sépare les districts de Scoutari et d'Antivari et qui coule dans le lac. Autour d'Antivari sont les Zale (de Za, beaucoup?), dans la vallée du Kiri les Grouémir (de Ghroua^ femme et mir^ belle), dans celle du Drim inférieur à l'E. et N.E. duZadrim les Boukémir (de Bouh, pain et mû*, bon), etc.
La province albanaise catholique se divise en sept diocèses, savoir l'archevêché de Douratzo avec 8 cures et environ 10,000 âmes, l'évêque réside à Kourbina sur le Vardascha dans le Mirédita; celui d'Antivari avec 5 cures et 3000 âmes, celui de Prizren, qui porte seulement le titre nominal de Skopia ou Ouskoup avec 6 cures et 10,000 âmes, l'évêché de Scoutari avec 26 cures et 28,000 âmes, celui d'Aleesio avec 24 cures et 19,000 âmes, celui de Çappa avec 25 cures et 16,000 âmes et celui de Poulati avec 8 cures et 10,000 âmes. L'archevêque d'Antivari y joint le titre de Dioclea et de Primas totius Serviae. En résumé, d'après le dire des évêques latins, il y aurait 96,000 Catholiques dana l'Albanie septentrionale, dont la plupart seraient des Schkipetares, car il n'y a des Slaves catholiques que dans les évêchëfl d'Antivari et de Prizren.
Il y a de plus S préfectures apofitoliqued de l'ordre des Franciscains, dont chacune a quelques couvons, mais il n'y en a qu^ 2 à 3, qui aient quelque bien. Ils n ont en ^étiérf^I qu'un m Leur distribution est la suivante, savoir dans le district ies-
sio 5 hospices, savoir à Alessio, Eoubî^o, Troschiani, Sebastc, MouschuH et Capo Radoni; dans lu préfecture cIg Macédoine 3 hospices à Podana , Piscasio , Mattia et Le : cel
Kastrati 6 ho.spicea à Kastrati, Uotti, Grouda, Triep«chi, Seitze et Voukoli; dans celle de Poulati 7 hospices à Schoschi, Planti, Nikaiy Aranja, Kiri, Dousmani et Schalia, enfin dans celle de Prizren 1 hospice à Zoumbi. ^)
Les Kastrati, un nombre de 2300, habitent les montagnes et la plaine de Baisa entre les Klementi, les Hotti, les Schkrieli et les Boudischia. Us comprennent 408 familles ou 3157 âmes, 72 familles du village d' Allai sont mahométans, les autres catholiques. Ils habitent 16 villages, savoir dans la montagne de Martinai, Gjokai et Theresi, Bradosvi et Budischia, Kourtai, Gorai et Piétrovitch et dans la plaine Pouta, Kopani, Hikoutzai, Piétroschinai, Skandschi, Moxetti, Dobrovoda et Allai, Le cheflieu de Kastrati a 60 m. et 400 h. Ils ont 6 chefs reconnus par les Turcs.
Au N. des Kastrati viennent les Hotti sur TOum (2300 L), qui sont tous Catholiques excepté quatre familles et qui proviennent, dit-on, originairement du mont Vélétschiko, où il y a une caverne calcaire nommée Schpélaedevet (caverne des bêtes); Hotti, leur chef-lieu, est 8 h. de Scoutari ; plus auN. sont les Groudi (de Groudoj masse ou morceau) (1600 h.) sur le bas du Zem. Ces derniers appartiennent à la grande tribu des Klementi comme les Schkrieli (2500 h.) et les Triépschi ou Zatriébatz au N. du Zem et sur le Eibnitza. Ces derniers comptent 115 familles et 700 habitans. A l'exception des Triépschi le plus souvent avec les Monténégrins, chacun de ces districts a son Boloubaschi mahométan près du Pascha et son Tschausch, ainsi que son conseil de 12 membres.
Les Malisori ou les Poulati de Mr. de Hahn (de PouU forêt) se divisent en Schalji, Schoschi, Kjiri, Toplani, Dschouani avec les Douschmani et Soumma plus au S.O., les Postripi au-dessous de Scoutari, les Martouri mahométans à TE. et les Nikai catholiques au S. de Djakova.
Scoutari est à la rencontre de trois grandes routes, dont les plus importantes sont celles de Constantinople à l'Adriatique et celle de Belgrade ou du bas Danube par la Drina et la Moratscha à la Méditerranée. Malheureusement cette dernière est fermée jusqu'ici par Toccupation de la vallée de la Moratscha par les
*) Voyez Albancsisfhe Studien de Mr. de Hahn, 1853, p. 19.
Montënëgrins. (Voyez ma brochure sur les routes et les chemins de fer en Turquie. Vienne 1852, pag. 20). La troisième route est celle quiy partant de la Dalmatie, traverse toute l'Albanie dans sa longueur. La route de Scoutari à la frontière dalmate passe par la plaine de Schass, à Soulika (76 m.) village slave mahométan sur le Braitz. A TE. sur le pied de la montagne du même nom est la commune albanaise catholique de Schoumpérovtz avec l'église de St.- André. Plus loin vient Mikoulitz , chef-lieu de la commune albanaise musulmane de Dobravoda. Elle confine au N. ' avec celle de Zaleph et au S.E. avec celle d'Anamali. Entre ce point et Antivari on rencontre encoi'e le village mahométan de Bartola et de Veljésolo placé avec une mosquée sur une hauteur. Antivari (sL Bar) est à 6 h. de Scoutari et à % h. du Bazar dalmate de Smilova Ouglitza. Cette ville, bien située et entourée d'oliviers, comprend une citadelle en ruine avec une population de 3500 Serbes, savoir 1200 Mahométans, 800 Grecs et 1500 Catholiques avec 400 Albanais de cette dernière confession et 80 à 86 Zinzares.
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