‹ Recueil d'itinʹeraires dans la Turquie d'EuropeChapitre 26 sur 46 · AVEC QUELQUES DÉTAILS SUR LES ROUTES · texte numérisé non relu

AVEC QUELQUES DÉTAILS SUR LES ROUTES

DE L'HERZEGOVINE en DALMATIE.

Au N.O. de Prischtina est une petite colline couverte de vignobles sur son côté méridional^ tandis que son versant septentrional n'est occupé que par des pâturages secs. On passe trois éminences avant d'atteindre à 1500 p« de h. abs. le véritable champ de la bataille de Kosovo le 13 juin 1389. On nous dit qu*il s'appelait Gasimestan (lieu de guéage, de gaz^ gué, et mesto^ lieu) à moins que cela vienne du mot turc gcusi, en guerre. Dans les chansons serbes il est dit que le Sultan avait son camp sur la plateforme de Masgit entre le Lab et la Sitnitza. Cette localité consiste en une plaine inculte couverte ça et là de quelques broussailles et s'élevant en talus fort doux au S. E. comme au N. O. Ce n'est au fond qu'une grande sinuosité du bassin de la Sitnitza ou plutôt un rebord un peu exhaussé. Sur ce champ de batdlle se trouve deux Téké ou petites maisons contenant des tombeaux. Sur réminence avant de descendre dans la plaine est un Téké avec deux tombeaux, un grand et un petit et quelques candélabres. A côté se trouve une maisonette, où logent deux Derviches. A moins d'une demi-heure plus au N.O. existe dans la plaine un autre

Télé avec un sarcophage fort urniple en plâtre. De? candekhrpp **n fer blanc et une natfe environnent ce tombeau qu'on noue sîï*iura être celui du Sultan Âmurath IL, tué par le Serbe Miloâch Obilîtch à la bataille de Kosovo* L autre Téké ne serait que le tombeau de deux célèbres Derviches (?) ou n'aurait été élevé que pour faire croire qu'Âmuratb %t son assassin y sont enterrés* Or les Serbes prétendent tous que Milosch Obilitch fut enterré dans rëgliese de Samodreja (CaMO^peffia), où Knes La^ar communia avant de se bat* tre avec Amurath, Des restes de cet édifice détruit par les Turcs se voient encore à droite et à distance du Lab à moitié chemin entre le pont du Babin-Moat sur le Lab et Vouschitrn. Quant au corps d'Âmurath^ son cénotaphe u^est que Tindi cation du lieu de sa mort, il fut transporté à Constant inople et quelques Turcs ajoutent qu'on ne pût pas retrouver sa tête, parce qu'ils s'imaprioent qu'elle fut coupée sur le champ de bataille par son assassin gisant blessé.

Une autre question, qui serait histoTiquement intéressante, c'est de déterminer si toutes les batailles soi-disant livrées dans la plaine de Kosovo l'ont été dans le lieu de la première ou bien s'il faut appliquer ce nom comme les gens du pays à tout le bassin de ta Sitnitza. Nous savons d* abord positivement que le 21 novembre 1403 le despote serbe Etienne Lazarevitseh remporta sur les Turcs sous Soliman une victoire près de Tripol non loin du couvent de Gratschanitza. Or le couvent actuel de 8t. Etienne sur la Gratschanitza est à TE, de Lapou-Séto et il n'y a pas de traces de monastère prèe du village de Gratscha , qui est situé à une petite heure au N, du champ de bataille de 1389. La bataille de 3 jours perdue le 18 octobre 1448 par le héros hongrois Hunrad contre Âmurath IIL fut-elle livrée entre Prischtina et Vouschitru? C'est probable, puisque dans sa fuite Hutiyad manqua d'être pris par un Turc soue le château de Zvetschan à Mitrovitza» ce qui B* aurait pu guère arriver^ si le combat avait eu lieu plus loin au S. Néanmoins il est dit que le Sultan s*avança k la rencontre de Hunyad vers Novobrdo, c'est-à-dire aux sources du Graschanitza à quelques lieues au 8.E. de Prischtina, En novembre 1689 les Turcs sous le commandement du Chan de Crimée battirent les Impériaux réunis aux révoltés serbes dans la plaine de Kosovo, c'ast-à-dire probablemeot dans le voisinage de Prischtina, parce que les Impériaux, ayant perdu Ouskjoub et Katschanik, n'auront

IW

pas voulu abandonner cette ville sans risquer une bataille. Enfin en printemps de 1831 le Grand- Visir Beschid Pascha défit à Kosovo 28,000 Bosniaques en révolte contre le Sultan et commandés par le capitaine Hussein.

A une demi-heure du Téké d' Amurath on arrive à un petit cours d'eau, qui est le Lab. On est alors à 2 h. de Prischtina et on y trouve depuis 1838 un grand Han avec un café« Ce bâtiment en bonne partie en bois a été construit par le Pascha Jaschar de Prischtina. H consiste en une écurie, à l'une des extrémités de laquelle est une maisonnette carrée et à l'autre une maison d'une étage plus grande que l'autre. Le café est au premier étage et est à côté d'une galerie ouverte ou TscharcUJc

Le Lab coule de l'E. à l'O. et se passe sur un petit pont en bob* En deçà on continue à voyager en plaine presque parfaite jusqu'au-delà de Vouschitm (Vouschitrin). Mr. Jourischitch dit quil y a sur le Lab près du village de Baskovo un pont nommé Babin-Most et qu'à peu de distance au-dessous le Lab se réunit à la Sitnitza. (Voyez son ouvrage» pag. 120.) Sur les petits coteaux à droite on apperçoit au N.E. du Lab le hameau serbe de Pavena et plus loin on voit à près d'une lieue à l'E. celui de Tzernitza (noirâtre). Ce dernier village est situé dans une vallée arrosée par un torrent, qui coule du N. O. au S.E. C'est ce sillon qu*on remonte, pour atteindre le col, qui conduit à Podrovo, Elratovo et Kourschoumlia. De très petites montagnes entourent seules cette basse échancrure d'environ 2400 p. de h. abs. Elle ne sont que le prolongement des crêtes à l'E. de Prischtina, hauteurs qui portent quelquefois le nom de Graschan-Dagh. Pendant une dixaine de minutes on longe le torrent de Tzernitza, puis on s'élève d'environ 60 p. et on laisse à droite sur un petit plateau le village serbe de Gratscha.

Si au S. le Lioubéten domine toutes les autres hauteurs et attire seul les regards, la vue sur les montagnes au N. E. est très belle et surtout très instructive. Les contreforts du haut Kopaonik forment au N. un amphithéâtre imposant, tandis qu'au N* O* s'élèvent une portion des cimes escarpées de la chaîne calcaire entre le bassin de Novipazar et celui d'Ipek, savoir les montagnes de Tschetschevo ou du Stari Kolaschin, Entre ces deux massifs se trouve la vaste échancrure de l'Ibar, celle qui donne accès depuis le bassin de la Sitnitza dans celui de Novipazar et celui de la

Morav» serbe* A vue d'œil la largeur de cette eavîtë doit nvoîr derrière Mîtrovitsia au moing trois lieues^ maie avant d'arriver aux h&uteâ tnonfagncâ on observe à tin niveau plus élevé une ëcliancrure bien autrement large^ fortnëe par des sommets en terrasses des deux côrée de la busse dépression, Lee montagnes verdojanteei ou boiHëe& autour de Mitrovitza et la ruine du château de Zvétrichan décoreui agréablement le fond de cette dernière,

La beauté de ce tableau frappera rout le monde^ mais le géologue seul s*en explique entièTemeot les causes cacliéea. Ainsi chacun peut bien se figurer qu'il y a eu là des fentt*s et des affaî démens comme des érosions aqueuses à différents niveaux et à diverses époques, maïs le géologue seul appercevra qu'il y a aussi un mélange de diverses formations^ dont le contrasN.' produit les eÔ'ete du coup d'œiL En effet le terrain calcaire et sciiisteux de formation serondaire récente s'étend de la Bosnie vers ces contrées et y a été percé par des siénites et des serpentineâ en même temps qu'il y a des dépôts trachy tiques plus réceos dans le fond de 1 écliatjcnire.

A 1 L du Han sur le Lab on laisse à droite un village. Dans ces lieux le baeeiu delalSitnitza (Cerisier aauvage) n'est plus qu'une plaine de 1 Va à 2 L de largeur. Un peu plus loin un ruisseau venant du S. H* se rend au N. O. dans la Sitnitza. On approche alors de Vouecbitrn qu'on voit de fort loin au milieu d*un pays agreste de pâturages naturels, qui a remplacé les champs couvrant cette ronirée du temps des rois serbes. Les montagnes des deux côtés de la vallée sont toutes boioées et n'ofl'rent aucune apparence de villagéë, A Va b* avant ce petit bourg il y a à gaucbe de la route une Koula ou tour et un Tschiftlik on ferme.

Vouschitrn, une des réaidencf-e du Tzar serbe Etienne Douficban, est bien déihue de sa grandeur, car ce n'est plus qu'un gros village, où il n'y a même plus 400 fanjilies comme en 1806 au passage de Mn Pouque ville, 11 y existe une mosquée anciennes une mosquée nouvelle et une église grecque achevée en 1838. Il y a aussi un Konak ou Kasaba de TAyan, qui est situé sur la ruine du château d'Etieuue Douscbotu II n'en reste plus qu une portion inférieure des omriiUies ou plutôt les trois côtés d'un carré. Sur le pan occidental de ce mur épais de pierres détaille et haut de 20 p., les Turcs ont établi sur deux coins des petites maison-

nettes ou touiâ basses eu bois.

Sur le ^^ùtà septentrional ils ont \2

ajouté une tour carrée semblable, qui va jusqu'au pied du mur et sur le côté méridional il y a un endroit garni de fascines et de terre, pour y placer un canon. Enfin sur le côté oriental est l'habitation de TAyan. Tel est le curieux petit fort turc de ce lien. Le Han de Vouschitm n'est qu'une vaste écurie que nous trouvâmes envahie par des chevaux et les bagages de Kiradgis, ainsi que de 30 pèlerins ou Hadgis mahométans revenant de la Mecque. On ne savait où se mettre, pour se garantir de la chaleur et des mouches, aucun arbre n'existant dans l'endroit

Mr. Jourischitch indique près de ce bourg un village du nom de Bania. Il y a là une source nommée Miloschéva-Bania, où se rendent des malades. Les gens du pays croient que le tombeau de Milosch Obilitch est dans ces lieux. Dans le district de Vouschitm à 4 h. de la plaine est le couvent de Dieviteh, nommé ainsi de Divitza, fille, parcç qu'une jeune fille y a été guérie d'une maladie cutanée. (Voyez son opuscule, pag. 123.) Les chansons serbes et Mr. Stephanovitch le placent vers la Drnitza et non loin de Schischavitza.

Après Vouschitm on passe la Sitnitza en été à gué, mais dans les grandes eaux sur un pont en pierre bombé et formé par neuf arches assez malfaites. Cet ouvrage parait dater du temps des Ser* bes et être mentionné dans les chansons de ce peuple. Un terrain assez marécageux Penvironne, car un petit ruisseau venant de l'E. vient déboucher dans la Sitnitza peu avant ce pont.

Le pays entre Vouschitm et Mitrovitza n'est qu'une plaine jusqu'à la colline, qui précède ce bourg. C'est probablement le Liplian des chansons serbes, nommé ainsi de la fréquence du tileul noir ou Lipla dans les bois sur les côtés. Il y a aussi un Liplje sur la Moratscha dans le Brda du Monténégro. A iVa 1. avant Mitrovitza on atteint la frontière bosniaque, qui est formée par un ruisseau venant de l'O. et sur lequel il y a les restes d'un pont. On voyage alors sur le pied immédiat des montagnes, qui bordent à TO. la vallée de la Sitnitza. A 25' avant Mitrovitza il faut franchir une petite plate-forme de 60 à 70 p. d'élévation et composée d'argile alluviale. Arrivé sur la hauteur, on domine la vallée de ribar, mais on n'apperçoit Mitrovitza qu'après avoir avancé un peu, car ses maisons restent cachées sous la hauteur.

La vue des environs de Mitrovitza est fort jolie et leur culture est relevée par l'encadrement de montagnes toutes boisées en

chênes et en apparence sauvages. C'est surtout à VE. que se trouvent ces dernières, qui s'y élèvent à environ 1800 p. sur la plaine et présentent vers leur haut de grands éboulis blanchâtres indiquant les lieux des carrières de meulières. Au N. et N. O. de Mitrovitza une série de petits coteaux couverts inférieurement de vignobles est surmontée par une butte conique de 530 p. d'élévation et supportant l'ancien château royal serbe de Zvétschan. Son nom de sonore vient de ce que le trachyte de cette éminence donne environ le son d'une cloche, lorsqu'on le frappe.

Mitrovitza à 1460 p. de h. abs. n'est qu'un petit bourg de 2 à 300 maisons ou de 7 à 800 âmes. Il y a des bouts de pavé dans la. rue principale, deux mosquées à minaret, une tour à horloge et sonnerie, deux Hans et quelques boutiques. Un Agha y réside et n'a qu'une misérable maison d'un étage et précédée d'une grande cour. Au bord de Tlbar, séparant le bourg des hauteurs, se trouve un moulin et quelques beaux peupliers (Foptdus dUatala), qui offrent en été un lieu de repos agréable.

Lors de notre passage en 1839 le voisinage de la peste à Nisch avait engagé le Sultan à ordonner une quarantaine sur ce point de la frontière bosniaque. Il fallut donc se résigner à rester sept jours dans ce lieu; heureusement la promenade dans les environs était permise, de manière que nous y passâmes fort bien notre temps. L'auberge de la poste était le lieu principal, où stationnaient les personnes soumises à cette quarantaine turque. La grande écurie était pleine de voyageurs et surtout de pèlerins turcs, or quelques-uns partant pour Novipazar peu après notre arrivée, nous leur donnâmes une lettre pour feu M. de Vasoevitch, alors vice-consul anglais de Bosnie en cette ville. Nous lui demandions comme au seul agent européen le plus proche de nous, de faire abréger notre quarantaine, si cela était possible. (Voyez ma Tur* quie. Vol. 3, pag. 570.)

Le lendemain nous visitâmes le château de Zvétschan, ta^ quel on parvient par les vignobles et une série de talus <M<iA iié« tites collines couvertes de pâturages secs ou de brouséail aggrégats trachytiques y sont liés à des molasses pressions végétales. La ruine couronne très pittoi bocages et des bois de chênes. Depuis le Imiit 4 %i abs. on plonge à TE. sur l'entrée des défilés de J nr et au Sv on domine une partie du bassin de la Sitmtxtté X^^^looff dellbar

des buttes noires de Serpentine alternent avec des masses d'aprprl€>mérats trachytiques, qui forment par leur décomposition des rochers ayant la forme de tours gothiques en petit environ comme à l'E. de Deda en Transylvanie. (V^oyez la description de ce château dans ma Turquie. Vol* 2, pag. 373.)

Pour aUer aux carrières de meules à plus de mille pieds sur ribar dans la montagne au N. £. de Mitrovitza, on traverse à guë la Sitnitza et on monte par un petit vallon à 1*K., puis au N*E. Ce chemin a lieu à travers des petits bois de chênes jusqu'à ce qu on atteigne à 1 h. de Mitrovitza une espèce de col, où il y a quelques habitations dépendant du hameau amaoute de Boletin. Les carrières se trouvent précisément à TE. de ce dernier, à environ 4 à SOO p. au-dessus de lui et à % ou 1 h. de là. On y monte tout droit à travers les bois par un sentier ou bien on peut suivre la route, par laquelle on descend les meules sur des traîneaux ou dcH charrettes attelées de bœufs. Les carrières sont asses bien tenues. On y exploite des porphyres trachyûques à cristaux de quarz, baryte sulfatée et parties très ferrifères. (Voyez ma Turquie. Vol. 3, pag. 57.) Dans une des supérieures il y a une souroe d'enu extrêmement fraîche, où de la glace se conserve, dit-on, jusqu'au 29 juin.

Depuis Boletin on peut descendre au N.N.O. sur Tlbar. Le chemin tourne agréablement le long d*une pente boisée, d'où on débouche sur une prairie. De là on peut revenir à Mitrovitza en restant sur la droite de l'Ibar ou en passant au pied oriental de la butte du château ou bien on peut gagner la route de Mitrovitza à Bagniska.

Pour joindre cette dernière, on longe l'Ibar, qui est encaissé entre des rochers serpentineux ou à cimes déchiquetées. Ail. environ en ligne droite de Mitrovitza est situé le village de Bougaritsché, où on peut guéer aisément la rivière dans les basses eaux Elle décrit au N. un contour à TE. en continuant à couler entre des crêtes de serpentine. Elle reçoit un torrent, qui vient du S. ou S. O. C'est vers ce cours d'eau qu'on se dirige par des prés humides, après avoir dépassé la petite hauteur rocailleuse, qui le sépare de l'Ibar. On y rejoint la route postale de Mitrovitza à Bagniska, qui, après avoir passé sous le pied oriental du chftteau de Zvétschan, traverse la hauteur et gagne ce vallon en tournant à rO. ces sommités. A 1 h* de Bougaritsché on arrive à un mou-

Wl

lin miué @ur le BagniÉka-Rieka (appelé aussi Bagoska-Rieka ou Bagnatiâka-Rieka*) Ce torrent couîe du N. O, au S. E,, reçoit le torrent précédent un pe* au^dêâsoue du moulin et va êe jeter à TE. dane Tlbar, qui coule au N.E,

Le vallon de Baneka ou Banjska (pron, Bagnieka) est étroit, inculte et entouré de montagnes peu garnies de baltierâ. Partout ressortent le^i roches noirei et à asipect huileux dea serpent inee* Ce a est qu'en approchant de Bagniska après un petit contour du vallon au N. qu'on atteint des cultures. Banjska est situé à V* d'h, du moulin. Cet endroit, environ à 1(580 p* de h, abs., ne consiste qu'en une quarantaine d*babitations» surtout sur le côté méridional du torrent. L'ancien couven trojal serbe, placé sur une butte an S-# est devenu une espèce de château fort turc, où on remarque les ruines d'un minaret et d'une tour à horloge* D^é paisses murailles crénelées décrivant un carré entourent ce manoir que noua ne voulûmes pas visiter, afin de ne pas nous exposera des ennuis, pour ne rien voir au fond, les Turcs ayant partout détruit les traces de la domination serbe. Ce couvent a été fondé en rhonneur du martyre St*-Etienne par le Krail Etienne Miloutin Ourosch au com* menoement du quinzième siècle.

Sou a la butte du château est un bain thermal légèrement sulfureux, qui est dans un état si pitoyable que la vestiaire est déjà sans toit Ce bain n'oflfre plus qu'on local pour les baigneurs, de manière qu*îl y a des heures pour les hommes et d autres pour lea femmes. D'après Tétat délabré de Banjeka il est évident que ce lieu a souffert dans des guerres vers ou avant le commencement de c© siècle et était une fois plus considérable *)<

Banjska est entouré de montagnes dénudées et rocaillei^see, qui ont de 4 à 600 p, à TO, et un peu moins à 1*F1 Comme noue allions avoir à gravir la montagne par des sentiers étroits, nous

*) L'àtibei^ n'y coïuîste qu'en nno vabig écurie, oîi nous trcmvamei déjii étftbljs Due trentaine de cheraitx de EîrKdgis et une dijci&îno de pèlerins mnsolmans de Bosnie- Ces dernier» s'étant comiuàûdé tm ^sez bon diii«r ponr Ten droit et entravciiit aînaî lapprêt du nôtre* nos gens* trè* friand» di> Pita ou gâteau serbe, turent au moini leur eouffler ce plat, de tnaui^re que malgré leurs demandeii réi* lérée» iU durent a'en passer. Tunt il eit vrai qu ep Turquie de pareilles méctunpie» sont irréparables pour le moment. VAkscham était pefiséf les hommes étaient dans leur HarcinH, il n'y avait plus moyen quoiqu'on liiaie, de se procurer uni? se- Ci^nde Pttti,

aurions voulu partir avant les caravanes, qui voyageaient dans la même direction que nous, mais les domestiques slaves ou turcs sont si difficiles à presser, les remontrances les plus vives font si pen d'impression sur eux que nous eûmes le temps de revoir charger 30 chevaux avec leurs balles de cotons avant que nous fussions prêts. Les Kiradgis opèrent un tel chargement fort promptement, parce qu'ils ont bien équilibré leurs ballots et ont soin d'en faire porter toujours à chaque cheval les mêmes. En soutenant par un bâton le premier ballot attaché au bftt, un homme seul peut souvent opérer le chargement.

On abandonne le vallon de Bagniska, qui remonte à l'O. et au N.O.y pour monter un petit vallon courant du N. au S. et au bout d*un petit quart d'heure on commence à gagner à l'O. par un sentier en zigzag le haut de la montagne. L'ascension dure moins d'une heure. Au milieu de cette nature si dégarnie de tout arbrisseau rien n'arrête la vue, mais il n'en est point ainsi quand on est occupé à tourner autour des cimes de cette suite d'étroites crêtes, qui séparent la vallée de Bagniska du bassin de Novipazar. Sans les découpures occasionnées par les cours d'eau, ce ne serait vraiment qu'un plateau ondulé, couvert de beaux prés et entremêlés de petits bois de hêtres, comme un jardin anglais. On revoit au S. les cimes trachytiques boisées, qui terminent la partie septentrionale du bassin de la Sitnitza. Â TE* Tlbar reste ca* ché dans une crevasse profonde et ondulée entre des cimes ça et là pointues. Plus loin et surtout au N. E. s'élèvent les contreforts du Kopaonik.

La route a une direction générale au N. O. Lorsqu'on a dépassé les premières cimes de serpentine et couvertes en hêtres, on se trouve sur une crête entre deux vallées, courant celle à l'E, du N.N.O. au S.S.E. et celle à l'O. du S.S.E. au N.N.O. De hautes montagnes e'élèvent au S. S.O. Les crêtes ou plate-formes courent du S. S.O. au N.N. E. Pour atteindre le plus haut col, on traverse la petite sommité trachytîque boisée la plus élevée, on est alors à 3445 p. de h. abs. ou à 2000 p. sur la plaine de Kosovo. L'élévation des autres plate- formes peut être évaluée de ISOO à 1900 p. sur Kosovo. Une grande vallée boisée se voit à l'O. et on atteint enfin à 4 h. de Bagniska sur la Rogosna-PIanina >) le Han

') La dénomination de Rogosna-PIanina signifie en slave montagne à Typha kui/olitij le Rogoa de» Slaves^ cette plante ne croît, il est vrai, que dans les

isolé de Ragosna* L'auber^ste musulman s'y montra fort prévenant, il habite au milieu des plus beaux prés subalpins.

La descente dans le bassin de Noyipazar a lieu par dégrés, c'est-à-dire qu'on traverse plusieurs terrasses. Après la première descente, on laisse à gauche le prolongement de la vallée courant au N. O. et on trouve un bout d'ancien pavé. On descend ensuite assez rapidement dans un vallon au N., où nous rencontrâmes une bande de Zingares voyageant avec femmes et enfans. En tète étaient les hommes armés de fusil et de pistolets. De tous petits enfants étaient attachés sur des chevaux. Ces pauvres gens allaient se disséminer dans les bois voisins pour y passer la nuit.

A une grande lieue du Rogosna-Han, on arrive par une troisième descente à un Han isolé, placé sur un tertre, au-devant duquel est un vallon boisé courant du S.E. au N.O. et débouchant dans la vallée du Rnava, qui conduit à Novipazar. Depuis ce point on a la première vue de cette ville et on peut prendre une bonne idée d'une partie de cet enfoncement cratériforme, d'où partent bon nombre de vallées comme autant de rayons ou de fentes d'un centre. Il n'est ouvert que du côté oriental ou serbe par la vallée de la Raschka et est entouré par les montagnes ou en slave Planina appelées Rogosna au S.E., Goreschda au S. et S O., Glougovik au S.O. , Raschka à l'O. et Kovatschka au N.O. en Bosnie, tandis qu'au N.E. s'élèvent des crêtes serbes au S* de la vallée de Stoudénitza. Depuis ce point élevé environ à 2500 p. de h. abs. on distingue à droite au N. une portion de la vallée d'Ilidga, qui est à l'E. de celle de Rnava en deçà de la hauteur, où on est placé, et d'une gorge. D'utîe autre part on voit à VO. et S.O. une plate-forme étendue et verdoyante sur une montagne assez éloignée et d'au moin& 2600 à 2900 p- de h. On y apperçoit Je grand château serbe de Jéleach et près de cette bel Je ruine, ornée encore de plusieurs tours, est un village , peut-être le Trigouschna des cartes. Entre ce plateau et l'observateur courent au moins deux vallées, dont la pluâ petite et la plus rapprochée serait celle de Kojéné et la plus grande et la plus éloignée est celle nommée par erreur par Mn Vîquesncl Joschanitza. (Voyez notre Itinéraire Nr. 12. V. 1, p. 186,) Cette vallée s'appellerait Kosmik

marais, mais on en fait des nattes on Rotj*t)ma, Ve.nt-^nc qu'une fois nn Tsclmrdak couvert de pareilles nattes a tx\né ^Mr hk muntngtie, Liv rîériviition du mul Bog^ corne, à cause des biittei» sur ic plateau, Xk*eêt gu^re admÎMi blu.

ou Kosnitza ou Jëleschnitza. (?) Au N. et N.O. de la plitte^foime du Jëlesch est un au^e sillon boisé, dans lequel on entre lorsqu'on veut gagner les hauteurs de Glougovik (voyes Fltinéraire précédent) et en deçà au N, vient la vallée des sources de la Baschka. Au N.O. sont les vallées du Lioutzka ou Liontschka* Rieka et au N.N*0. celle du Lèpénatz en partie en Servie. D'à* près mes trois visites à Novipazar ce dernier se déverserait dans le Lioutzka-Rieka et non pas immédiatement dans la Raschka*). Enfin au N* de Novipazar le torrent de Joschanitza*) descend des hauteurs à l'O. du mont du couvent des colonnes de St.-Georges, coule du N. au S* et sépare le fort avec la ville, tandis qu'à l'Ew et au N. E. de cette dernière est la vallée de Déjéva courant du N. N. E. au S. S. G. au pied oriental du couvent susnommé. De cette manière Novipazar est placé au centre ou presque à la rencontre de 10 à 11 vallées, qui se réduisent à sept en nV^yant égard qu'aux principaux affluens de la Baschka.

Novipazar, à 1257 p. de h. abs., est à l'entrecroissement d'au moine de 5 à 6 routes, dont la principale est celle, qui lie Sérajévo à la Haute Moesie. Nous avons déjà décrit les diven sentiers de montagnes conduisant dans la Métochiia ou Haute Albanie par Vrénie ouRojai; nous avons aussi détaillé ceux menant à travers les chaînes les plus élevées de la Turquie dans le Mon<ténégro et à Scoutari. Depuis la Servie on peut atteindre Novipazar par cinq voies plus ou moins aiiiées, savoir de 1*E. ou de ribar depuis Jarénie par Bjélobrdo (Mont Bhmc 7à8h.)ou depuis Boudnitza au pied du Kopaonik (6% h.)* Du N.O. les bords de la Baschka offrent un troisième chemin, tandis que du N. etN^O. les vallées du Déjéva et du Lèpénatz ouvrent encore deux autres voies d'autant plus importantes que la frontière serbe y est la plus voisine. Le poste serbe de Doubovitza n'est qu'à ly, h. de Novipazar et celui de Bnschka à 1 h. 45 m.

En réunissant tous oes détails, on entrevoit l'importance mi-

') En 1838 j'ai passé le Lèpénatz à P/^ h. à l'O^N.O. de NoTipasar et la même année j'ai franchi à un peu plus d*nne heure de la Wlle une rivière qu*on m'a dit être le Ljontska- Rieka.

*) J'ai varié dans le nom donné à ce torrent; je l'ai appelé avec certains géographes Lèpénitsa dans le premier volume de ma Turquie (pag. 19) et Joschanitsa dans mon second (pag. 944). Dernièrement on h bien voulu me mettre dans la position de pouvoir assurer officiellement que ce dernier nom ét«it le réritable.

Ittatre de cette ville, bod occupation devient pour les Otto* tuane une f|UeBtion de vie ou de mort relativement à la poseee- »îon de la Bosnie, parce que la frontière serbe n'eat qu'à quelque» portées de canon et (jue Novipazar est presque la eeule clef de la Bosnie méridionale. Cette partie du pays n'a pas plus de 12 à 14 1. de largeur de TO* à TE, et tous les autres points conduisant de VÂlbanie supérieure dans la Bosnie méridionale nVffrent que des cols plus ou moins difficiles à franchir^ Depuis la Moesie il n'y a que la seule vallée de Tlbar qu'on pourrait remonter au besoin, mais entre ses sources et les bassins de Souodol et du Jablanitza il ae présente encore un terrain asscE élevé sans routes et seulement à sentiers. (Voyez ma Turquie, VoL 1, pag, 19 et voL 3, pag. 17.) Revenons à notre voyage.

Il faut faire un grand détour au N, , puis à TO. pour de^ scendre par les boîs sur le côté septentrional du vallon au-dessoue du Han isolé. Ce n'est que dans la vallée de Rnava qu'on cesi«e d*être entouré de chênes. Elle court du S. au N, et est arrosée par un petit cours d'eau qu'on traverse deux fois. 11 faut une demi-heure pour la parcourir et à sa sortie on ae trouve sur un des cimetières de Novipazar et on n'a plus que très peu de chemin à faire pour arriver en biais à la Kaschka qu'on passe à gué près d'une petite mosquée ^),

*) A KoTipaxar nom trouTftme« notre ïoglg déjà préparé, gr&ce à Mr* 1« Vice^Consnl nnglaîs , feu V^aseoriteh^ qui nous &vftit abrégé de tmi» JQnr^ notre qttaraoïiiîae à Mi£rnvJt£a. Sun exprès avait excité U niménr p&rmi U& aatres personnes en quarantaine et des pèlerins mufiulmuia de Séroj^Tu et de Travtiik coniptaJent te plamdre an Viair de Bosuie de cette riotatîon de «es ordres. Il est de fait qae le Viee-Goninl avait obtenu cette ^venr par ie crédit dn Eadi, qui coutrebalnnçait àîor» rantorîtë da F&scha nonTeltcmeni arrivé. Non h nous empressA^ mes d'aller remerde r ae dernier, mais il nous fit entendre dm rement que noua aurions dû faire nos sept joars et qu'on lai avait forcd ta main. Il nous pria au moins de n*©n rien dire a Travuik» car* ajonta-t-îL cet ordre a été donné AaVistr par le Divan de Con^taotinople. La position du CodeuI anglais était déjà il précaire à notre passage qye son enioorage ne nous diasimnla point le déplaisir arec lequel on le vojait. Chacun se demandaït ee qu*i] voulait et ce que signifiait ee nouvel envojé d'un pays si éloigné, D'ailleqrs U ne paraissait pas bien avec le Pascha et il était sujet a passer pour un espion étranger à catise de se* rcchen ha» en géografïhie ainsi que sur la diE tribu tion et la gd^éalogie des diverses tribut albanaise et monténégrines. Cétait en effet aingolier de voir un Consul levant des plans à la bonasole et à la planchette tans Tautorisation du gouvern entent auprès duquel il est accrédiu^. S'il a été forcé de s enfuir nuitammcni de Novïpasar pea-

La route de Novipazar à Siénitza (Treille oa bien Mésange) sort sur le côté N. O. de la ville au-dessus du château. On ee tient sur la pente des hauteurs au N. de la vallée de la Baschks en vue de cette dernière. A 1 V^ h. on laisse à gauche un village» on passe le Lèpénatz et on se porte à l'O., où ce dernier, venant du N. et N. O. ou du mont Branianska en Servie, reçoit la petite rivière du Lioutza-Rieka ou d'après feu Mr. Vasoevitch Lioudska-Rieka ^). Ce torrent coule du N. B. au S.^0. et sort d'une gorge bordée d'escarpemens calcaires. On remonte ce cours d'eau en marchant presque à l'O. ouO.N.O. On le passe deux fois pour couper un contour qu'il décrit au N.O. En deçà de ce lieu un petit ruisseau venant du N.N.O. se jette dans le torrent, qui coule de rO. à l'E. Un nouveau contour an N.O. oblige de nouveau de guéer l'eau près d'un endroit, où débouche un ruisseau de l'O. Un petit pont en bois ramène le voyageur sur le bord septentrional. Un peu plus loin un autre ruisseau venant de 1*0. se jette dans le torrent et on atteint à 3'/2 h. de Novipazar et à 1800 p. de h. abs. le Han isolé de Donie-Uan (le Domik-Han des cartes). Peu avant ce lieu un assez grand torrent, le Tergoviska-Rieka, venant de l'O. et du S.O., se réunit au Lioutzka-Rieka. En deçà du Han, situé dans un vallon champêtre et assez étroit, on passe un ruisseau venant du N.E., puis on se porte à Vs h. du Han près du confluent d'un ruisseau venant de l'O. et du S.O. sur la rive méridionale du Lioutzka-Rieka pour ne la plus quitter.

Avant le village de Schénéva ou Schébina, situé à 6 1. de Novipazar sur le bord septentrional du torrent, il reçoit un cours

dant rhiyer de 1838 à 1839, il aurait pu, mieux avisé, s'établir avec autant dV vantages à Travnik, Frizren on Scontari, mais il avait choisi Novipaiar à canse de l'importance militaire et ethnographique de cet endroit. Les causes véritablei de sa fuite et de sa démission sont une série d'intrigues étrangères, parce qu'on le connaissait comme un Antirusse et un véritable patriote slave. Les Anglais se sont laissés priver bénévolement d'un conseiller dévoué, utile et entendu. Ses ennemis ont enfin atteint leur but, en le faisant assassiner en 1846 en Bosnie dans une traversée de la Servie au Monténégro. Dans ce moment sa mort devient d'autant plus regrettable à cause de ses connaissances positives sur rétlinogr^)hie et la géographie de la Turquie d'Europe.

') Ce nom vient probablement du mot albanais Lioutxe, boue. Il y a en Servie deux villages du nom de Lioutitsé dans les cercles d'Oujitzé et de Schabatz. Si l'orthographe de Mr. Vasoevitch était la véritable, ce nom viendrait ds Loud^ fou.

d'eau venant de TE. et depuis Schénëva Jusqu'au pied de la monr tëe, qui conduit àDougopolie, on observe encore trois autres petits affluens venant de TE., tandis que le torrent va prendre sa source au N.O. dans le Kovatschka-Planina (mont du Maréchal ferrand), sur le revers septentrional duquel se trouve la source la plus élevée ou orientale de la Morava serbe. Sur la rive opposée on ne passe qu'un ruisseau placé entre les deux, qui débouchent BUT la rive orientale au-dessus de Sehébéna et un second au pied de la montagne. Toute cette vallée est décorée de prés et de petits bois de chênes et d'aulnes à la manière des jardins anglais. Dans sa partie supérieure vers les sources du grand torrent venant du S.O. et vers celles du Lioutska-Rieka au N.O. on observe des bois plus toufiiis. Ces montagnes aux sources du Lioutzka-Rieka devraient être le Tznrieiia-PIanina de Bougarskî au cas qu'il ait bien placé ce nom. En remontant ainsi le Lioutzka on n'apperçoit guère qu'à l'eau qu'on parcoure un plan incliné.

A 6 h. de Novipazar commence seulement l'ascension, qui a lieu par trois toumans au milieu des bois et dure une petite demi-heure. Les cimes sont tout-à-fait dégarnies de bois et s'élèvent 6 à 700 pieds sur le Lioutzka-Rieka '). Le village albanais de Dougo-Polie ou Douga-Poliana est situé à 2500 p. de h. abs. presqu'au haut d'une de ces sommités. H n'ofire que peu de maisons en bois avec des toits en planches. B y a une tour carrée à l'albanaise pour la garde. Une douzaine d'Arnaoutes armés se tenant devant l'auberge nous considérèrent d'un œil si peu bienveillant que nous continuâmes notre route, malgré l'approche de la nuit et le& quatre lieues de distance de Sjënitza,

En deçà de ce village est un plateau ondulé, gazonnë et sans aucun arbrisseau. Il forme les pâturages de bergers albanaîa. De grandes perches sont plantées ça et là pour indiquer la route en hiver. Il n'est séparé du plateau plus petk de Glougovik que par la vallée de Sopotschani, où sont les sources du Hasehka. Ail. de Dougo-Polie on a dépasse trois fortes ondulations de terrain et on atteint un vallon courant du N. E, à S. O.^ où il y a un petit

*) Dans ces lieux noua rencontrâiues un paîivTe Boiniaque à pied, qui potonmait à Priepolie, sa patrie ^ opres 25 ans irabscnce. Cet hocmqc arait été h. Constantinople pour faire ses études, mais au lien di cela il fut forc^ d'eiîtror dans le corps des canoniers» dont 11 vmmt de lorfir plus paurre qti« Jorftqall partit de ches lui.

ruisseau t tandis que dans les prëoëdentes cavités fort évasées il n'y a pas trace de cours d'eau. On ne fait que traverser le vallon pour franchir le bord d'une hauteur, qui sépare ce dernier d'avec son prolongement, qui va de TE. à l'O. On repasse ce petit cours d'eau, qui plus loin coule au N.O. et forme les sources du Vappa. A 2 1. avant Sjénitza est le lieu appelé Prékostavlia. De cette vallée, un peu marécageuse et très évasée, une pente insensible conduit au haut d'un petit plateau de près de 100 p. de h., qui sépare la plaine de Sjénitza de cette cavité. Enfin on a encore à traverser le bassin de Sjénitza et la Jablanitza avant d'atteindre ce village. Toute cette route a lieu au milieu d'un pays uniquement de pâturages et si déboisé que les broussailles y sont rares. Des cultures ne s'y remarquent qu'auprès de Sjénitza.

Ce passage d'un pays accidenté de vallées et de montagnes à une contrée plate et déboisée quoique élevée, est encore une de ses singularités naturelles, qui étonneront les voyageurs sans leur permettre d'en entrevoir la cause véritable. Le Géologue au contraire trouve dans ces lieux des aggrégats trachytiques liés avec un terrun schisteux d'eau douce, ce qui lui démontre dans ces plate-formes l'ancienne existence de lacs, qui sont maintenant écoulés et dont le fond a produit ces prairies. Le terroir noir et marécageux des bassins de Prékostavlia et de Jablanitza démontrent même que le dessèchement des derniers marécages ne date pas de très loin.

Depuis Sjénitza on peut gagner Fotscha par la route postale de Priépolie, Taschlitza et Tschainitza ou bien on peut se rendre à Bielopolie et gagner la vallée du Tara pour descendre ensuite jusqu'à Fotscha. (Voyez l'Itinéraire Nr. 21.)

Depuis Tschainitza on monte obliquement sur la montagnedu Tzmi-Vrch (cime noire) à l'O. de cette ville en se dirigeant à l'O. 65^ N. A environ 800 p. sur la vallée du Vrt on entre dans une forêt de sapins, qui couvre la montagne et n'cët qu'un prolongement de celle entre Tschainitza et Minaret-Han. Des petits sentiers tournans conduisent le voyageur à 1*0. jusqu'au sommet de la montagne , car l'état bourbeux de la route ça et là mal pavée, ne permet guère de s'y tenir. La montée dure plus d'une heure. A la cime on se trouve à 3476 p. dans une forêt touffue de superbes hêtres entremêlés de bouleaux. On voit au-dessous

im

de SOI une grande vallée courant du N.E, au SX>, et err deçà e&t le sillon de la Drina ainsi que la haute chaîne, qui sépare la Bosnie de r Herzégovine. On voyage euf^uite au S*0. pour tourner autour du haut de la première vallée et gagner une crête, qui se détache de la montagne au N, O.

Soua cet épais ombrage notre eolitude fut un instant interrompue par des décharges de pistolets et les cria de aix paysan a bo^îiiaquesi armée en outre de fusils. Après avoir un peu descendu au N.O^ on remonte à un second col, qui ee trouve au milieu de bois de bouleaux et où il y a un Karaoul désert et en ruines. On est alors à 2% d'h, de Tecfaaiiiifza et on n'a plus qu'à descendre jusqu'à Fotscha, qui est à 3*/^ h. depuis là. On plonge à rO. dans la partie supérieure de la vallée du Slatînska-Rieka (rivière d or), dont les prairies, partout encadrées de bois, faisaient un eftet très champêtre*

8i on continue à descendre au N»0* dans les boîa de bon* leaux du contrefort susdit de la montagne, on se rend à Posarévina, tandis que la route de Fotecha descend à FO, N. O. dans la vallée du Slatinska-Rieka. Le hameau d*Ivtzar composé de maisons éparses, se trouve dana le haut de cette vallée, où on re* marque quelques champs d'orge et de blé noir<

Le Slatinska-liieka est formé par la réunion de deux petits cours d'eau , venant l'un de TO. et l'autre du S. O, , les sources sont à 7 heures au S*E. de Fotscha. Pour atteindre ses bords il faut descendre par un chemin ou plutôt sentier, qui décrit plumeurs contoura> Le long de Feau il y a de jolies prairies, mais le torrent décrivant des ondulations nombreuses j la route se tient en générai au-dessus de son bord septentrional et s'élève ïnêine assez haut à travers des bocages d'aunes et de saules. En descendant ainsi ce torrent, on atteint une petite mosquée isolée, d'où la route, la plus courte pour aller à Fotscha^ quitte cette vallée et coupe directement les hauteurs entre ce point et la ville.

Nous avions laissé en arrière le paysan voyageur, qui avait bien voulu nous guider, de manière que nous nous égarâmes et continuâmes à suivre la vallée romantique du Slatinska-Bieka jusqu^à son confluent dans la Tchiotina, Nous pasfiâmes sur la rive méridionale du torrent et y remarquâmes des noyers. De grands eacarpemens pittoresques de calcaire nous faisaient lace à FO. Nous revînmes ensuite sur le ç6té septentrional et laissâmes

à droite à y, 1. de la mosquée une ferme, dont la muson du pro* priëtaire avait la forme d'une tour carrée à deux étages. Nou» traversâmes des vergers de pommiers et de poiriers et guéânies deux ou trois fois le torrent avant son débouché dans la grande vallée de la Tchiotina que nous espérions vainement être la Drina.

A 3 h. au S. de Fotscha cette rivière sort du pied du mont Ljoubitschnia d'un défilé pittoresque bordé de rochers calcaires» Ce dernier resta à notre gauche* La Tchiotina court de l'O. à lE. y puis du S. au N. et ensuite de l'E. à 1*0., tandis que son cours supérieur a lieu dans une vallée longitudinale courant du S. E. au N.O* à l'exception de la partie près de Taschlitza, qui est dirigée presque de l'E. à TO. A 2 1. avant Fotscha elle reçoit un torrent venant de l'O. et à 1 1. plus loin un second. La vallée parcourue par la Tchiotina est assez large et ofiFre«ça et là des enclos de maïs au milieu de cette nature sauvage et ces bois continuels de chênes. A 1 L de Fotscha on apperçoit au N. des habitations isolées sur la pente des montagnes et au S. quelques champs à 4 ou SOO p. sur la vallée. Comme c'était dimanche, la route était couverte de paysans, de fermiers et de petits Aghas bosniaques, qui tous nous regardaient avec curiosité ou même nous saluaient sans nous insulter le moins du monde*

A l'approche de Fotscha les pentes des montagnes se couvrent de maisons entourées d'arbres et on apperçoit cette ville sur les deux bords de la Tchiotina à son débouché dans la Drina. Fotscha (Fotchia), à 556 ou 600 p. de h. abs. ?, est une ville de 10 à 12,000 âmes avec 12 mosquées à minarets et couvertes en plomb. Le Bazar et le Konak de l'Ayan, qui est un Pascha à une queue, se trouvent sur la rive orientale du Tchiotina sur lequel sont jetés deux ponts en bois. En deçà de la Drina il y a aussi des habitations, qui font partie de Fotscha, mais on ne peut s*y rendre qu'eu bateau. La plus longue partie de Fotscha est entre la Drina et les hauteurs au S., c'est un quartier étroit. Dans tout le pourtour de la ville les maisons sont dans un enclos de pruniers comme en Servie et on remarque sur les hauteurs beaucoup d'habitations en forme de tours carrées. Cette ville offre un coup d'œil pittoresque et est surtout célèbre par sa coutellerie. On y fait des couteaux et des lames de sabre d'aussi bonne qualité qu'à CoDStantinople. La Tchiotina, pouvant se guéer aisément par les eaux basses, nous nous épargnâmes la peine de passer par toute la

ville et nous nous dirigeâmes tout droit à travers la rivière sur le quartier occidental , où se trouve la poste tenue par une famille bosniaque très complaisante.

Depuis Fotscha on peut se rendre à Mostar par deux routes, savoir par Oulok, Zagorie et Nëvésign, qui est la voie la plus courte, ou bien on peut gagner Gatzko par la Soutschésa et aller de là à Névësign et Mostar. Toutes les deux routes franchissent la haute chaîne boisée, qui sépare la Bosnie de l'Herzégovine, solitudes très favorables pour les brigands, aussi ces lieux sontils rénommés en ce genre. La route par Oulok remonte cette vallée et pour passer les montagnes de 3600 à 4000 p. on se sert à cet effet des gorges de deux torrens. Elle traverse ensuite un affluent de la Narenta et la plaine avant Névésign avec ses cours d'eau en grande partie à sec en été. U 7 a plus de 12 h. jusqu'à ce dernier bourg. Des sentiers de montagnes conduisent aussi depuis Oulok dans les vallées de la Narenta et du Lèpénitza. La vallée longitudinale et sauvage de TOulok, descendant du N. O. au S. E., est placée entre la chaîne du Ranitch au N. E. et l'Ivan- Planina au S. O. Elle est arrosée par un cours d eau , qui m'a paru assez considérable au moins à son confluent dans la Drina à 1 1. à rO. de Fotscha. Cette rivière a plusieurs sources-mères et des affluens.

La route de Gatzko est établie en corniche sur le bord élevé des eaux bleues et claires de la Drina. Elle se dirige d'abord de Fotscha à 1*0. et va gagner une petite plate-forme, où est à % d'h. de la ville le hameau zingare de Brot. Vis-à-vis au N. se voit l'entrée étroite de la vallée d'Oulok et la Drina, encaissée entre des murailles, décrit un contour en coulant plus haut du S. E. au N.O. au lieu que plus bas elle se dirige pendant longtemps dans le sens tout opposé du S. O. au N. E. Depuis ce lieu on jouit de tous côtés de vues vraiment suisses. Pour gagner sa rive orientale il y avait autrefois un pont en pierre d'une seule grande i^' mais il s'est écroulé et il n'en reste que les culées aux '»'« i»tés. Les bateliers du bac, qui a remplacé le pont, pirét que ce dernier ne s'était abîmé qu'il y a cent ans. P^*>^ le bac, il faut descendre par un chemin oblique poudingues d'allu viens, qui encaisse la Driiitt itUr ^

de 50 p. Le bac 7 est assez bien bâti et peat tenir 7. à la fois.

La route remonte la Drina au milieu de bois continueîs de chênes. Elle coule entre des montagnes, qui ont 2500 p. à TE. et 1000 à 2000 p. à rO. et dont lee pentes des premières présentent quelques prairies et même de petits champs avec quelques maisons isolées en bois. Après avoir passé plusieurs petits ruisseaiix se rendant dans la Drina, nous atteignîmes à 2 h. du bac un près assez grand appelé Méschanska - Louka (Pré de Meschana) % endroit choisi souvent pour faire une halte à cause d'une source et du voisinage de la grande montée, qui conduit à Schourava«

Depuis ce point op voit déjà le commencement de la Drina, qui se trouve à 4 h. de Fotscha et est formée par la réunion de la Tara, de la Piva et de la Soutschesa (Sentista des cartes). Cette dernière vallée descendant du N.O* çt ne tournant à TE. que vers son débouché ne s'apperçi^it pas encore bien. Il faut pour oda s'élever dans la montagne au S.O., de manière que l'entrée des deux autres profondes vallées forme le fond d'un beau tableau animé seulement par le filet bleu et argenté de la Drina.

D'après mes renseignemens, la Piva a sa source à 10 1. de Fotscha près du couvent du même nom sur le pied N. O. du Dormitor. Elle sort en torrent tout formé dç la montagne dolomitique et se grossit promptement par d'autres ruisseaux, mais surtout par sa réunion avec le Touschoumlie et le Boukovitza, qui coulent dans le district de Drobniak, le premier depuis le pied du Dormitor du S.S. E. au N.N.O. et le second environ de rO. à l'E. Si la carte du colonel Karaczay paraît avoir raison en plaçant le district deDrobniak entre le Dormitor à l'E. et au S. E., l'Oubli au S., le Loukavtzi au S.O. et le Voin à l'O., elle est évidemment fautive pour la potamographie. Mr« Kiepert figure un peu autrement les cours d'eau et a fait même confluer l'eau de Jézéro dans U Piva, mais son autorité nous parut fort douteuse, car il appelle Drina, ce que les gens du pays nous ont tous donné conime la Piva. Tous les Slaves sont aussi d'accord pour placer le couvent de Piva au pied du Dormitor et non pas de l'Oubli. Evidemment Mr. Kiepert ne se rappelle pas l'habitude des Slaves , des Albanais et des Orientaux en général de donner divers noms à un cours d'eau, qui n'en porterait qu*un en Europe, ainsi par exemple les sources du Rhin ou du Rhône ne seraient point pour eux ni le Shin, ni le Rhône,

*) Louka ugnifie en slave un prtf ntné le long d'an cours d'eau, de là le nom de Banjalouka, le pré du bain etc.

mais bien deg cours ïlVau particuliers formés par certains tôrren» et cee tieuveane commenceraient pour eux qu*à un oeriain point il© leurs cours. Noua allons avoir un exemple parfait de ce genre dans les sources de la Tara. Le cours inférieur de la Piva est ëvîdeinment duiS. B- au N, BS dans une vallée h)ngfitudin«dc ^oenime la Tara, mais son débouché n^est eâeciué que par une petite fente dirigée presque du S. au N., d*où résulte, surtout à environ 800 p, de h. abs. (?), le eingulier voisinage du confluent des trois rivières de la Tara, de la Piva et de la youtsehésa (Soutachéva). Entre le district de Drobniak , la Tara et la Piva inférieure est la perite commune de Tzrkvit^é, qui n'est habitée que par des Slaves chrétiens, grecs ou mahométans.

Si la Piva sort d*une vallée étroite bordée de montagnes blanchâtres de dolomie, la Tara plus à PE. semble surgir d'un souterrain, tant e»t profond son lit et tant sont hautes les murailles alluviales, qui rencaiséent. Ce dernier accident y indiquant un ancien lac, donne lieu à quelques cascades* La barrière du lac auratt été entre Fotscha et Goreeuhda ou même plus bas. La Tara coule entre le Lioubitschnia et un prolongement N. O* du Groubstit^a, qui sépare le très petit bassin ou la plaine de Jëzéro du canton de Drobniak^ C^eat une rivière plus considérable que la Piva, qui coule comme la Drina presque du S. E* au N. O. Son fond ne formant qu'une ligne droite, la vue peut y pénétrer fort loin» l'eau occupe toute cette crevasse, tandis que des deux côtés la pente de la montagne ne présente qu'un seul plan incliné jusqu'à la petite bordure alluviale de la rivière, Cetre vallée est fort sauvage et toute boisée en chênes dans le boa et en hêtres dans le haut des montagnes, vers ces sources sont des forêts de lapins. Ces montagnes ont sur le côté oriental environ 2600 à iiUUO p. d'élévation sur l.i vallée et encore davantage sur le côté opposé, mais leur hat^teur augmente s^é^ez rapidement du N* O. au S. E,, du moins depuis Jézéro et les environs du district de Djobuiak, de manière qu^elles atteignent enfin au-delà S à 6000 p, avant le Kom. D'une autre part le lit d^^ la partie inférieure de la Tara étant assez incliné, les mantngnes ont Tair au contraire de diminuer en hauteur du N.O. au 8 Ë.

La Tara est formée par la réunion des eaux de la Bélltsa, de la Margaritza ou Margarita et du Psigna. C^ dernier torrent est produit par les eaux de TOpasaonitza et du Verouacha, le premier torrent

IM

renB, Tiin venant duN.C). et l'autre du 8.O., viennent aussi p^rossir la Soutschésa.

LeSoutschinska-Han nVst qu'une petite écurie bâtie en pierres, au-dessus de laquelle il y a trois chambres, dont Tune sert à l'aubergiste et dans le corridor se trouve le seul foyer de la maison. A notre passage l'aubergiste, un bosniaque Chrétien, se fainait aider par un vieillard à barbe blanche, qui prétendait être centenaire. II avait aussi un Albanais guégue armé d'un fusil et dans ses sales vêtemens de drap une fois blanchâtre. U nous raconta qu'il était de Kolaschin et en tournée de brigandages contre les Monténégrins; sans s'inquiéter de la nuit cet homme partit pour coucher à la belle étoile. L'aubergiste de son côté dut aller jusqu'au village pour chercher ce dont nous avions besoin pour nous et nos chevaux. Sans ce Han la route de Fotscha à Gatzko exigerait qu'on prît des provisions avec soi; car on ne trouve rien ailleurs.

Après cette auberge on remonte la rivière au S. et on la passe à V, h. de là, avant qu'elle dérive un coude à l'O. au milieu de murailles de rochers. On monte alors péniblement par des sentiers tournans au milieu d'une forêt de hêtres, qui indique déjà plus de 2000 p. de hauteur. Puis on firanchit avec quelque difficulté un véritable petit mur de rochers calcaires. De tous côtés les pentes de8 montagnes ne présentent que des bois touffus, par-dessus lei^qucdles s'élèvent quelques pyramides de rochers nuds, gris ou blanchâtres de Dolomie.

A % d'h. du Han la Soutschésa reçoit un grand torrent, qui vient du S. O., et elle-même remonte au N*0. <;t plus haut du S. au N., en parcourant un canal très étroit et bordé de rochers. Pour se rendre dans ce dernier, on descend des hautes pentes, sur lesquelles on est parvenu au N.O. pendant ly, h. Puis les rochers obligent de passer trois fois la Soutschésa, qui n'y est plus qu'un torrent assez profond d'eau claire verdâtre. Cette partie de la vallée est bordée de pics dolomitiques blanchâtres, entre lesquels on apperçoit des sapins. On ne peut guère donner à ces cimes moins de 3 à 4000 p. d'élévation au-dessus de la Soutschésa. Ce canal rappelle certaines parties de la descente méridionale du Simplon par ses escarpemens pittoresques. Un des plus beaux peut avoir 7 à 800 p. de haut et se trouve dans l'endroit, où le tor«

rent reprend son cours du N.Ë. au S.O., pour revenir plus lom à celui du N. au S.

Oo est alors arrivé au point, où le torrent franchit la chaîne calcaire par une fente transversale ayant une direction générale O.-E. avec des déviations au S. O. La route continue toujours au milieu d'une forêt touffue de hêtres. Nous étions occupés à prendre nos notes, quand le Tartare nous pria de cesser et d'accélérer notre marche, parce qu'il avait apperçu trois hommes. Nous pas* sâmes bientôt à côté de ces personnages suspects, qui avaient l'air d'être des Kiradgis et se tenaient debout avec leurs armes à côté de leurs chevaux. Bientôt après nous atteignîmes un pont en bois jeté sur la Soutschésa, en deçà duquel est un Earaoul et le Tartare nous déclara que tout danger avait cessé. Il espérait que le poste pourrait nous donner un gendarme, pour nous escoHer jus** qu'à Gatzko, mais il n*y avait qu'un seul homme dans ce Karaoul, de manière qu'il fallut s'en passer et se contenter delà société d'un voyageur turc de Verba, qui se rendait tout seul chez lui, en ayant toutefois à opposer de bonnes armes aux brigands monté*négrins.

A l'O. du Karaoul, qui est à 3 Y, 1. du Han de Soutschésa, «e trouve à '4 ^'^' ^^ défilé tout-à-fait particulier. La fente O.-E., qui a donné passage au torrent, n'est plus qu'une crevasse ayant une soixantaine de pieds de largeur et occupée entièrement par le cours d'eau, tandis que ses bords sont des murailles verticales de calcaire, qui ont de 800 à 1000 p. de hauteur. Sur le côté S. £. est la muraille la plus basse, une petite plate-forme la surmonte et supporte les, ruinée de Tancien château serbe de PI ri for ou Pirlitor. Des deux côtés une série de pyramides dolomitiquee ferment hermétiquement le p»i8£age à une giaude élévation. Il fallait donc •e jeter dans le lit du torrent, pour sortir de cette gaine ou creuser le roc à côté, c'est ce dernier parti qu'on a prie et cela fort anciennement, car ce travail d'une vingtaine de toises parait avoir été fait avec la pique. La route juâte RB^ez targe et assez haute pour un cheval, n'est qu'une excavation dans le rocher au N, du torrent et toute la muraille surplombe la tête des voyageurs.

Au sortir du défilé on se trouve au pied occidental d^ en ormes escarpemens, tandis qu'à l'O, ne s*élèvent que des mont a^ne» boisées à pentes plus douces, parce qu^elles 8ont âchi8teUï*ee au Ueu d*ètre calcaires. La Soucschëba coule encore de l'O* à TE. et

oo s'éloigne de ses bords, pour gravir en zigzag une hauteur qu'on atteint au bout d'une petite demi-heure. Depuis là on va rejoindre les pentes bordant la Soutschésa au moyen d'une route rendue extrêmement boueuse par un sol argileux et l'épaisseur de la forêt. La Soutschésa décrit plus loin un grand coude et coule du S. et 8. S. O. au N. et N. N. O. On la traverse à gué et en la longeant on atteint un pré au confluent d'un petit torrent^ qui vient du N. O. et paraît résulter de deux ruisseaux, l'un venant du N. O. et l'autre du N. E. Ce lieu nous parut favorable, pour laisser souffler nos bêtes et les faire paître pendant que nous faisions notre dîner champêtre au milieu de cette nature totalement agreste.

La tête véritable de la Soutschésa est au S. S. O. et se traverse à quelque distance de ce lieu. On voit alors que cette rivière prend sa source encore assez loin au S. à 3 ou 4 1. du pré en question dans les cimes liant le mont Volojak avec le Voin et le Dormitor. En commençant à quitter la vallée de la Soutschésa, pour se porter au S. O., on observe qu'elle reçoit un- assez grand torrent venant de l'O. et coulant O.-E. Puis on a une ascension en zigzag de \^/^ d'h. à travers des forêts de hêtres , pour atteindre la plate-forme de Tschememo (amer). Ce nom, comme celui de Tschermernitza près de Grachovo, caractérise bien ce lieu des combats incessans entre les Monténégrins et les Turcs.

Ce plateau ondulé est occupé par des prairies alpines avec des Gentianes etc., au milieu desquelles est un Karaoul. D forme au S. un véritable triangle entre la crête très dentelée du Volojak à TE. et la montagne du Léberschnik à l'O., car celle-ci court du N. O. au S. E., tandis que le Volojak va du NSE. au SiÇL et n'est qu'une arête parallèle au Preskavatzka-PInnina et au Soutschinska-Plaiiiiia. Depuis ces hauteurs l'échancrure du Pirlitor avec l'étroite fente au fond fait un effet tout particulier au milieu de cette rangée de pics. Au pied occidental du Volojak coule le torrent su[îérieur de la Soutschésa et on apperçoit aussi distinctement que, si sa source est au S. O. , celle de son premier gi*and affluent est au S. E. du Tschememo-Karaonl dans un profond vallon, bifurqué dans le haut.

Si le Volojak est escarpé et une série de pointes nues entremêlées de quelques sapins, le Léberschnik est déboisé , composé d'une multitude de couches minces et coupé à pic, en n'ayant qu^un sommet en dos d'âne. Entre les extrémités méridionales de

ces deux arêtes se trouve une petite montagne k deux commets composée des mêmes couohes que le Léberschnik, et en avançant vers le col ent e le Volojak et le mont intermédiaire ou vers les sources de la Soutschesa on apperçoit déjà, à Va h. au* S. du Tschermerno-Karaoul, les cimes pyramidales du Dormitor, qui n'est qu'une continuation du Soutschinska-Planina, tandis que le Yoin est celle du Volojak.

Au N. du Tschememo-Karaoul il n'y a pas de si hautes montagnes, mais simplement une série de sommets boisés en hêtres. Elles forment en partie la suite du mont Léberschnik et en partie elles continuent à border la chaîne des cimes acérées ou des aiguilles dolomitiques , qui parait se prolonger jusqu'au-delà de Kognitza, en s'abaissant toutefois considérablement surtout à TE. de Tartarovîtch» de Névésîgn et de Batievitchi. Le plateau de Tschememo est une hauteur de 3800 à 4000 p. Le Léberschnik a 1000 p. au moins de plus et le Volojak même 1800 à 2000 p. plus ou au-delà de 6000 p. de h. abs.

Pour gagner Verba , il faut franchir l'extrémité basse septentrionale du Léberschnik, ce qu'on fait en une demi-heure. Dès qu'on passe le col, on voit au-dessous de soi au N.O. la vallée profonde et assez large de Verba (saule) avec le torrent et le village du même nom. Ce cours d'eau coule au S- O. Les montagnes élevées restent au N. O. et on n'observe à l'O. de Verba d'assez grandes montagnes que précisément à l'occident dans la direction de Gloubigné et de Stolatz. Quoiqu'à contours assez doux la pointe la plus élevée de ces dernières peut bien avoir 1800 p. sur la plaine déjà haute de Gatzko. AuS. O- et à rO*K O. au contraire l'horizon n'est borné que par de très basses cimes.

Pour aller à Gatzko, on ne cesse de descendre depuis le» hauteurs au-dessus de Verba. On |>arcDurc d'abord pendant une heure une pente fort inclinée, en se dirigeant presqu'au S. ou S.Sà8^.0. On voyage ensuite sur un plateau bosselé totalement déboisé et trasversé suue forme de remparts par des rochers proéminens et rangés sur des lignes N.O.-S. E. Les couches argileuses ou les plus tendres se sont désaggrégées, les eaux pluviales ont enlevé ces parties terreuaee et il n*est resté que les masses plus dures. Ce genrr de décomposition paraît s*étf^ndre depuis ce plateau dans le Monténégro et se revoit entre Gatzko el Niki*cbî-

mm

tchi, ainsi qu« dans la Nahie de Katoun dans le Monténégro. Il a donn^ lieu à de fausses indications de murs ruinés*

A 1 L du pied occidental du Léberschnik on traverse un petit cours d*eau se portant de TE. à TO. et on marche au S. lO^O* toujours entre les mêmes remparts crénelés et élerés audessus du sol de 3 à 6 ou 8 p«, de manière qu'on peut aisément s'y cacher et y attendre ses ennemis. Les paysans rencontrés en agissaient de même et ne nous laissaient voir que leur Fess. Plus loin on rencontre un second petit torrent, qui vient du S. E. et est formé par la réunion de deux ruisseaux qu'on traverse aussi. L'un coule de l'E. à rO. et l'autre du S.E. auN.O. En montant après cela un peu, on se trouve déjà à Gatzko, quoiqu'à une petite heure de la résidence de l'Agha, car Gatzko ou Gatzka (t. Gatzika) n'est pas un bourg ni un village, mais le nom d'un petit district d'environ 2 1. de diamètre, dans lequel se trouve épars près d'un millier de maisons. Chaque famille s'efforce autant que possible de s'isoler et suivant le nombre de ses membres, elle occupe une, deux ou six maisons groupées ensemble. Cette manière de disposer ses habitations vient autant de la coutume de la vengeance pour la moindre offense que du mélange des Chrétiens grecs et des Musulmans. Gatzko est en un mot ce que sont dans le Monténégro le plus grand nombre des villages et même Cetigné. Ainsi si dans ce dernier endroit le couvent de St.-Pierre, l'habitation de l'évêque, ïa maison du sénat monténégrin et l'auberge apparaissent isolés dans le fond verdoyant d'un bassin de montagnes, de même la tour d'Ismaël-Beg et 8 ou 6 maisons voisines occupent la place, où les cartes indiquent le bourg de Gatzko. H en est de même pour la grande doline du Joupa- (Jfiyna) Gratschanitza ou de Nikschitchi et pour celle de Grachovo (de Grachy haricot) avec leurs palanques.

Après avoir passé un petit plateau et avoir laissé quelques maisons à gauche à distance, on se dirige au S. O. et on arrive enfin en vue de la tour du Beg Ismaël, le chef de l'endroit. Elle est située au pied de la descente sur la rive méridionale dû torrent du Mouschitza-Rîeka, qui sort au N. O. en masfte d'une fente dans les rochers et coule ensuite de l'E. à l'O. pour aller s'engouffi*er en deçà de la plaine de Gatzko. Comme les 5 à 6 maisons vis-à-vis de la tour sur le bord nord du toiTent n'offrent pas d'auberge, nous nous dirigeâmes sur l'habitation du Beg pour

Ml

lui demander Phospitalité. Noua 1« trouvâme» flccroUpi sur Therbo et coDtf^mpIant depuis la berge une digue, qu'il îmmh eaiiâtruire pour UQ moulin* Le Tartare s'approcha de lui pour l'aviser de notre arrivée et noui sans nous arrêter» nous gagoâiaes âOû logie.

La tour (Koula) de cse Seigneur consistait en quelques bâtimens dans un enclos de tnure^ La porte d^entrëe ressemblait tout-^à-fait à celle d'une métairie et se ferinaît comme ces dernières avec une traverse de bois. En entrant dans la cour, le bà* timent carré en pierres ou la tour du châtelain était à gauche et vja-à-vîs étaient lea écuries avec quelques pièces au premier. Uu autre bâtiment était réservé au Harem du Beg. Enfin à côté des écuries était une petite boutique, où se vendait tout o© que les hommes et les femmes de ce pays peuvent désirer *)<

Gatzko n'offre comme Drobniak et d autres villages monténégrins que de bonnes maisons toutes en pierre de taille sans poutres de bois dans les murailles comme en Turquie. Les toits des maisons sont couverts en dalles de pierre ou en planches. Un bon nombre soDt à un étage et ont au re^-de-chausséeuDe entrée voûtée, mais en général il n'y a guère de fenêtres dans le bas et même celles de l'étage supérieur sont peu larges mats disposées symétriquement. Rarement il y a même des maisons de deux étages. L'éducation des bestiaux paraît être roccupation princi-^ pale deâ habitans de ce district» où i! ne croît que peu d orge et

') Â peine arrîiréâ dAas la. cour noua fûmes l'objet des renur^nei malîgiiaA, et même méchantes d'uD Ukt d^ peiîts garçons en partie armés, habillés moîdé à la bu*niiiqïiÊ, moitié comme k's Monténégrins. Il j en eut, qui criaknt quil f allai £ noni ftisiller tong. Nos ehâpeaux, quIU n'avaient jamais vus, les offu^q tin lent singulière ment. Les g^DB dm Bèg ne firent que fomire à ce tapage et nous înBtallîïrent sur nn bon tapis dans le divan sur reçu rie. Lee premiers employés da Bfg vinrent nous rendre visite et nung apprirent que, &i leur mnhrn ne buvait pas dn vin, H B« faisaît un plaigir «l'en tenir pour les éc rangent. Un déserteur slovaque an service du Bi?g dnt ensuite nous ennnjer prétendant savoir l'allernand et être notre compatriote. Enfin la ioirée se terfniuji par on souper tel que nous n'en avions iAt4 depuis longtemps et fut afisaisonné de raisins et de vin e^c^ellent de Mo£»tjir

L'étiquette ne nous permit que le lendemain d'aller remerder notre h&te, qni Dous parut un Herïégoviuien plein de vie et de gaieté. Il nous donna divera renseigne mens et nous promit que ion Tartare , partant ponr la même destination, nous accompagnerai u Un pourboire aux domestiques et une poigtiée de tabac d« Jfttjfna au Beg de ta part de notr^ eonrier, furent tout ce que noua «bita mtl« nuit axceiliMit^^ qnmqne non s fassions ëiit personnes et sept chevaux.

de légumes. Lee altebges dans ce pays iemblent m faire preequ'uniquement avec dcâ bœufs. AiDâi nous reocoDlrâmes un charrîot de fourragea attelës de dix bœiifs.

La plaine totalement dëboîeée de Gatzico a 1 1, de large de TE. à l'O* et 2 à S 1. de long du N, O- au S, E. , elle ee prolonge en cul de sac «ans eau dans la direction de Drobniak, tandis que leMûuschitza-Hieka la traverse en biais de FE.S. E. àTO. N.O* et qu'un autre cour» d'eau, appelé Raechlétitzaj existe sur le côté oecidenral de la plaine. Noui ne eommefl pas gùrs, »i ces deux torrens se réunissent, maii cela est probable et le dernier s'engouffre au N, O, après avoir coulé pendant un certain espace entre des petits coteaux* D*aprèê les gens du pays Teau de Gatzko s'engouffre à 3 lu de la Tour du Begj pour ne reparaître qu'à 5 ou 6 1. de là au N* E. de Tr4bigné- La plaine verdoyante de Gatzko est à une élévation d'environ 2500 à 2800 p. Pendant sept mois de Tannée ce plateau présente de la neige, c'est-à-dire depuis le jour de St*-Dëmétrius, notre 7 novembre, jusques en juin. L'orge ne 8*y coupe ((ue vers le 10 au 15 septembre, et la température moyenne ne parait être que S**, Ce qui contribue encore à abaisser la température de cette plaine, c'est son voisinage de hautes chaînes et son encaissement, car à TE. elle est dominée par un bas plateau et le haut Léberschnik ; à TO* et au S,0. elle est séparée de celles de Korito et de Niksrhîtchî par ies petites hauteurs de 300 à 400 p.» qui tout-à'fait au S. O. atteignent 800 p, dans le mont Schisman et au N. 0> il y a de plus grandes montagnes, de manière que Tinfluence du voisinage de la mer n'y est guère sensible. La crête occidentale de la plaine de Gatzko court du N. O. au S, E, parallèlement au prolongement du Léberschnik. La dénomination de Lîoubomîr, étant un nom slave, peut bien appartenir réellement à la sommité plus élevée au N.O^j quoique noue ne puissions pas rassurer. Sur le côté oriental de la plaine de Gaizko la pente du plateau supporte une bonne partie des hïibîiatîons de ce district. Vu village de Métochiû de 30 à 40 maisons existe encore dans ce district.

Enire la plaine de Gatzko et le Monténégro se trouve le canton de Drobniak fie Drobniasche des cartes), qui a appartenu quelquefois à ce dernier pays» moi* il est rentré depuis quelqups années &ous rautorité du Pascba d^Herzégovtne, parce que la montagne d'Ivnitza ou le liaatscha sépare Drobniak du cunton

2<iS

tnantënégriD de la baufe Moratacha ei que ea défense eti devient difficile surtout en hiver. Lea habitans de Drobniak, cunrinuant de reconnaître Tëvêque du Monténégro fîour leur chef epîrîtui^l, se eont soutnîâ à la capitation sans pourtant permettre qu^aucan Turc ne rëfiide parmi eux. Chaque année le Bcg de Gatzko va ou envoyé recevoir le Haratech, et un Knes du lieu régît du reste cette petite communauté âoriasante et ayant beaucoup de chevaux et de bétail

Le canton ou cul de sac de Drobniak, entre les aiguilles dolomitiques du Voîn et du Dormitor, est À 12h. deGia2kQ en deçà d'un col entre le Voîn et Loukavtzi , auquel conduit une agseî^ large vallée, occupée uniquement comme le fond du bassin de Gatzko par une prairie. On y trouve le hameau de Bresna, Mr. Kiepert y figure, je ne sais sur quelle autorité, une portion de cours d'eaUt qui a'engoufîre. Il peut avoir raieon. Le canton de Drobniak, arrosé par la Touscboumlia, la Boukovitza et la Piva, recèle quelques centaiiiea de bonnes habitations en pienre^ éparsea ou réunies comme celles de Gatzko. Le noyer n'y croît pas à cause de la position rehaussée, qui doit être au moins égale à celle de GACzko* On y élève assez de chevaux. Il communique avec la grande cavité de Nikschitchi ou du Zêta par un col entre le Louknvtzî, rOubli e* la plate-forme de Joupa.

La communication entre la plaine de Gatzko et celle de Nikschitchi a lieu par un col entre les petites cimes de montagnes du Schisman et du Sla-Gora d'après me» renseigne mens. Mr. le Colonel Karaczay paraît avoir assez bien figuré cette doline de forme triangulaire, au milieu de laquelle est placé sur une petite hauteur la palanque ou le petit fort de Nikscbitchî, tandis qu*à son pied coule Je Gratechanitza^ qui vient de l'E. et du S. E, et afflue dans le Zêta. Ce dernier prend ses sources dans la partie septentrionale de ta cavité au pied du moui Schisman et se réunit au Matitza formé par le cours d'eau de ce nom et le Mostanitza, qui tous deux s'écoulent dans Pétang de Krcupatz, situe à l'O. de Nikschitchi au pied de Sla-Gora. Ce dernier est plus ou moins rempli suivant la eaison, et est alim^-nté par des sources cachées. Le Zêta reçoit encore le Stoudenatz ffroid) ainii qu'un autre affluent, et va s'eng{»uft"rer à TE. sous la montagne calcaire du Planinitzn [lour ne reparaître que dans le Moniénégro au N.N.O, du couvent d*Oëtrog. C^tte qui^ntité d'eau dans celte cavité pro-

vient ëyidemment du Tobinage des hautes chaînes calcaires et dolomiti(|aes au N. £.

Pour se rendre de Gatzko à Baguse, il faut franchir la crête, qui s'étend du mont Lioubomir à TO. de Gatako au Sla-Gora au S. de ce lieu, et on passe par uû bas col dans la cavité sèche un peu plus élevée du KreschnarEorita (bassin pierreux en forme d'auge), où se trouve le mont Eobila-Glava (tète de jument). Une autre crête voisine est celle de Eoudina. Sur toute cette route le pays est dénudé de bois, rocailleux dans les parties élevées et offrant des prairies dans les concavités. Le Bijéla^Gora est entre Grachovo, Erivotschicy Korjénik et Trébinié.

Depuis là on gacrne Elobouk et on descend dans la vallée du Trébioschtitza (t Trébentdsché), qui parcourt en partie une longue vallée longitudinale courant surtout N.O.-S.£. Dans ce genre sont aussi celles de Gatzko, de Graovo» de Eoinsko et du Boukostak près de Lioubinié» ainsi que les lacs de Scoutari et d'Ochrida, tandis que les cavités de Nikschitchi et de Zagaratsch dans le Monténégro, coupant la direction des chaînes à angle droit, ne sont vraiment que des entonnoirs d'écroulement sur une grande échelle, comme les baies de Cattaro ou le golfe de Volo. Au N. de Trébinié est le Gliva*- Planina avec le mont Léoutar* Au S. du même bourg le Trébinschtitza forme suivant les saisons un lac ou marais plus ou moins grand, en même temps que son cours ultérieur dans le Popovopolié se termine par un second- lac , dont les eaux ont un écoulement caché. Nous ignorons, si ce cours d'eau est continu, comme les oartes l'indiquent, ou interrompu ça et là, comme celui entre Gatzko et la véritable Narenta toujours pleine d'eau.

Trébinié était une ville importante sous les premiers rois serbes. Bon nombre de ses habitans sont musulmans, mais à présent elle est bien plus petite que Mostar. Depuis là on n'a plus qu une crête calcaire peu élevée à franchir pour descendre à Raguse.

En prenant la route de Gatzko à Névésign, on marche du S. au N. dans la plaine au pied des hauteurs et des maisons de Gatzko. On y remarque d'abord une église grecque avec un cimetière, où il y a des tombes très anciennes sous la forme d'énormes plaques très épaisses et quelquefois ressemblant à des cer* caeils. A 1 1. de la tour d'Ismaôl il y a même un petit Tumulus, ce qui confirme que les Romains ont eu des habitations dans ces

Md

lieux, d'où une route se rendait à EUano par Nikêehîtchi. Flua loin on observe quelques maiaons musulmanes avec une petite iDOsquée à minaret er ensuive ou apperçoit encore q^ et là deô maisons isolées, en particulier à 1 L de la tour d'Ismaël sont une autre tour et deux églises grecques. On passe à 1 % L du k'oula le premier torrent rencontré sur la plate^forme entre celui de Verba et Gatzko, II traverse le petit plateau dan» uu lit asaea tortueux et a l'air de couler au N. E., où il se perd, dit-on, en terre. A Va l*de là on franchit un second ruisseau coulant au N. et à Y^ 1, plus loin un troisième se dirigeant au N, E. Entre cea deux derniers cours d'eau quelques maisons éparses restent à gauche et font encore partie de Gatzko. On voyage alors entre de petites éminences calcaires, au N. O, desquelles il y a un vallon, oh on noua dit qu'une eau fi'engouftrajt et qu'elle venait de Gatzko- Nous n'étions qu à environ un quart de lieue à l'E. de ce gouffre ouFonor des Slaves* Personne ne put rien noua dire sur le lac marqué sur les cartes et appelé, dit-on, Dobritza. (Voyez Voyage de Mr, Pouqueville. VoL 3, pag, 178.) Il n'existe pas. du tout et ne consiste en été que dans une très petite mare, dont nous parlerons plus tard- Enfin sans monter aucunement, nous entrâmes dans une pe* tîte gorge entourée de rochers calcaires et décrivant de petits contours* Aucun ruisseau ne s'y observe» quoiqu'on y voie les traces d'un petit torrent et qu^on ne fait que descendre însen&iblement, en continu^uit de marcher dans ce singulier vallon, Plus on y avance, plus il devient évident qu'on se trouve dans l*aocien canal d'écoulement des eaux du lac, qui couvrait une fois toute la plaine de Gatzko, La chose est tellement claire que nos domestiques même commencèrent à jaser géologie et discutèrent, fii cela avait eu lieu depuis ou avant le déluge. La plaine de Gatzko touc-àfait plate, couverte de terre alluviale et entourée de terrasses ne peut avoir pris ses formes actuelles <|u'en conséquence d'avoir été le fond d*une vaste nappe d eau. Probablement plus tard cette dernière aura trouvé à s'écouler par des canaux souterrains à la suite de tremblemens de terre ou de la destruction des matières, qui obstruaient peut être ces conduits.

Dans le haut de ce vallon décrivant sans cesse des contours au N.O. et au N.E,, on ne remarque pas de lit de torrent, mais Teau, paraissant avoir occupé toute sa largeur, n'a laissé que des traces de sa hauteur sur les côtés et quelques bîocs dans le fond.

Plus loin il n'en est plus ainsi, car il y a un lit à sec bien visible, qui se prolonge jusqu'au-delà de Dobropolie, hameau composé de maisons éparses situées en partie sur les hauteurs kZ% d'h. de la tour d*Ismaël. Alors on a déjà suivi le vallon pendant % d'h. A côté de son fond verdoyant de petits bocages couvrent ça et là les montagnes de 2 ou 300 p., qui le bordent H est possible que cette partie de la cavité offre de l'eau pendant l'hiver, car plus loin c'est le cas et on voit même l'endroit, où un petit tor*rent venant du N., quoiqu'à sec en été, s'engouffre en hiver sur le côté oriental au pied d*un rocher. A notre passage il n'y avait au-devant de cet entonnoir qu'une très petite mare avec quelques roseaux. En hiver ou au printemps cet étang est plus grand, sans pour cela se changer en lac à juger d'après la nature de ses alen» tours *). Cependant plus loin on observe une route ancienne tracée sur les rochers calcaires, ce qui indique qu'une fois l'eau était assez haute, pour nécessiter l'établissement de ce chemin sur cette petite corniche.

Une fois qu'on a passé l'origine du cours d'eau ci-dessus mentionné, on arrive aux sources d'un autre, où nous trouvâmes de l'eau et que nous suivîmes pendant ly, h. Ce torrent porte le nom de Voïnitza et montre par ses eaux assez courantes qu'on descend toujours sans s en appercevoir. Il faut le franchir plusieurs fois avant d'atteindre l'endroit, où il s'engouffre et qui s'appelle Daloutska-Voda. L'eau se déversant en cascade dans le trou des rochers, on y a pu établir un moulin comme à Hella près de Janina. Lorsque l'eau est très abondante, le conduit souterrain ne peut la recevoir toute, et une partie est obligée de continuer à descendre la vallée et forme une véritable rivière. Mais en été on ne voit en deçà de ce gouffre situé sur le côté nord du vallon que le lit sec d'un torrent et ce n'est qu'à Kitina, à 1 1. àl'Ë. de Névénign, que ces eaux ressortent de terre et contribuent à former la Narenta avec deux autres cours d'eau du plateau à l'E. de Névédigu.

Tout le long du Voïnitza la vallée est bordée surtout de rochers calcaires en partie désaggrégés et blanchâtres ou décomposés en masses bizarres, mais en deçà du gouffre les pentes des montagnes sont plus boisées et la vallée décrit un grand con-

0 8erait>oe là le Uc de Dobritsa, dont parle Mr. Ponqueville dans ton voyage?

tour au S. O*, puî« au N. E, et eaâuite de nouveau au S„ pour raprendre sa direction générale au N,0- soug la forme d'un ïong canah Lorsqu'elle commence à décrire de nouveau dea contours au N*B.i on la quitte pour monter auN. O* sur la moniagne, oi se trouve Salem-Palanka. *)

La montée d'une demi-heure deSalem-Palanka est une route pavée en partie en larges escaliers, ouvrage probablement ancien* Elle décrit un contour, en se dirigeant d'abord au N, , puis au a.O. Salem Palanka ou Tartarovitch a du être une fois un petit bourg, maintenant on n*j voit plus qu^une tour ou iTow^a pour un Karaoul, une petite mosquée avec un minaret sans toiture et deux boutiques, où on vend, comme chez leBegde Garzko, toute» sortes d*étoffee, de ceintures et d'objets pour les femmes et leîi chevaux. Les Kavas trouvaient plus amusant de se tenir daui* ce Bazar de nouveau genre que dans leur tour isolée, Salem- Palanka est placé sur un col de 2400 p, de h. aba. entre dt-e cimes nues de 2 à 300 p. d'élévation, 11 domine la plate-forme ou la plaine, qui forme au N, O* le fond de la large vallée entre le pied de la montagne et celles derrière Névé&ign. Le col est à 4 à UOO p, sur la vallée, qui elle-même est environ à 1800 à 2000 p* d'élévation ou 3 à 600 p. sous celle de Gat^ko et 4 à 50O p, sous celle d*^ Nikechitchi, Elle est traversée du S. S. O. au N, N.E. par le lit encaissé d*un grand torrent, qui à sec en été vient deTzrnitzaet coule dans la Narenta.

En descendant de Salem-Palanka h la plaine, on remarque quelques cerisiers et des pruniers. La partie orientale de la vallée est très pierreuse et stérile, mais la portion opposée est couverte de prairies, en deçà desquels Kévésign, situé au N, O-, fait un fort joli effet. Derrière ce bourg est un grand rideau de petites montagnes boisées, qui court prestjue N.-S, Le Velesch forme à TO.

')'l>anj Cfii Ueux noua rencontrâmea un Tartare, dans leqoel rhâbiUemimt tout aoîi* nous fit reconnaître un conrîer da Mébemed-Alj, rioo-roi d'Egjpte» U était du Crête et menait de Mosïar» oïi il avait été remettre au Visîr, d'aprli ton dire, deit tn unit ion» de guerre amv^cci pur mer à Scontari. Noua runea aviiai mr cette nsême roate de» Klradgi»» cooduisant du Tin do tdostar, et pne douKftiue de marchanda de raiaioi^ qai afihctaient k bon compte cea frulta à Mo^ttar pour aller Iça revendre à Gutiko^ 1i Dmboiak et djioa lea hauteurs delà Bosnie méridionale. KouA noua aerion» étonnéa de la quanti se de ce» tranaportti ai noua n'a^ïona pm conûu le goût det habitani de la Turquie pour toute eapèee de fruits.

N. O. de NëvÀtign la plus haute sommité pointue et œ n'est qu'nn grand contrefort ocoidental et plus bas, qui s'étend ^ere Blagiu et Mostar. Le nom de Batkovitchi (Batievitza des cartes?) est celui d'un village à 1 L au N.E. de Nérésign. Au moins les noms de Batievitza et de Lipeta pour des montagnes le long de la NarentA me sont restés inconnus. Au N. et N. O. les montagnes de Ko* guitza (llvan-PIanina) avec leurs cimes déchiquetées donnaient lieu à de belles vues et laissaient appercevoir distinctement le haut de la profonde et étroite échaocrure» dont le fond est occupé par la Narenta (s. Néretva).

La plaine de Névésign a 21. de largeur sur 41. de longueur; une fois passé ses bords rocailleux, on voyage oomme à Gatzko dans le fond uni d'un ancien lac, qui s*est écoulé par un défilé dans le lit actuel de la Narenta. Au milieu des prairies se trouve un petit cours d*eau, qui porte le nom de Névésign et se rend au N.E. comme les autres affluens de la Narentm Entre ce lieu et Névésign il y a de très faibles ondulations de terrain, où on revoit enfin des noyers. Nous eûmes la preuve pateute du petit nombre de sources en été dans ce pays en rencontrant une femme oocu^ pée à puiser de l'eau pluviale sur la route. Elle nous dit qu'il fallait bien se contenter d'une eau si sale» puisque la source était à 1 1. de là.

Névésign est encore une de ces bourgades, qui ne sont que le reste de ce qu'elles furent jadis, car on y observe trois mosquées à minaret et une tour à horloge, quoiqu'il n'y ait guère que 800 à 1000 habitans. Les maisons y sont en pierres mélangées de bois. L'Ayan n'y occupe qu'une assez misérable habitation, les rues sont sales et il n'a point d'auberges. L*Ayan ayant déjà du monde, il fallut nous nicher à la lettre dans une fenière au*' dessus d'un misérable café. Dans tous nos voyages nous n'avions pas logé dans un endroit si mal propre. Comme il n'y avait pas de Han, TAyan fut assez poli, pour nous envoyer un souper, mais cela neut lieu que vers les dix heures, après que ses femmes eurent achevé leur repas. Le maître de poste du lieu fut pour nous un agréable rencontre, parce quil était natif de Kaisarieh en Asie mineure. U nous confirma la grande élévation de la montagne isolée d'Ergias ou de TArgeus près de cette ville. D connaissait aussi les mines d'écume de mer d'Akschair et Alagni près d^ Koniéh*

Nëvéaîgtié (HeBeenibe} est placé à environ 1800 p» de Labs» entre une petite ondulation du terrain et le pied d'une montagne dépendant du Vélesch et s'élevant à 3 à 400 p. sur ce bourg. Dès quon en est sorti, on eonunence à monter jusqu'à ce qu'on soit parvenu à cette élévation, d'où on voit une cime plus élevée au N. On descend ensuite dans des bois de chênes en marchant à l'O. et on remonte de ce fond sur les hauteurs pendant une demi-heure* Cette partie de la route a lieu au milieu d'une forêt de hêtres, où on remarque ça et là des bouts de pavé. Dans cette partie de la montagne portant le nom de Trousina et haute d'environ 2500 à 2700 p. se rencontrent les routes conduisant de Névésigné à Mo^ star et à Stolatz. Ce dernier bourg est sur la Brigava au-dessus de son confluent avec le Kroupa entre les montagnes du Doubrava* Planina au N. 0. et du Vidouscha à l'E.

A 3 h. de Névésigné on a une vallée à l'O. et on parcourt au N. O. des plate-formes inclinées, formant la pente occidentale du mont Vélesch, dont les sommités restent à l'E. et atteignent 3200 p. Le roc calcaire y est tellement à nud et si plein de rugosités ou de trous qu'il en résulte un chemin très pénible à parcourir même à pied.<^. Il faut aller au pas, si on ne veut pas risquer de culbuter avec son cheval. Nous y rencontrâmes encore des Kiradgis chassant devant eux des chevaux chargés de paniers do raisins et accompagnés de quelques femmes du pays portant de grosses ceintures en cuivre jaune.

La descente sur la Bouna est fort insensible et a lieu en se dirigeant au S.O., puis à l'O. et ensuite au N.O., d'où on va gagner un vallon, qui débouche sous le château de Blagaj. Audessous de 2000 p. de h. abs. les chênes remplacent les hêtres des hauteurs et on continue à parcourir pendant une heure de« sentiers rocailleux entre des bocages jusqu'au moment, où on Ob'serve le manoir ducal de Blagaj perché au N. O. sur un roc. (Voyei* ma Turquie, Vol. 2, pag. 378.) Alors commence la véritable c scente, qui conduit rapidement le voyageur au milieu de la vé^ tation méditerranéenne des grenadiers et des vignobles.

Cette descente de plus d*une heure décrit un grand ciret à l'O., puis au S. O. pour revenir à la dtinjhi^u * '^ Au haut de cette pente, à 7 ou 800 p. sur la ,

liers d'Epine -Porte -Chapeau (Paliurm) et de Ci/lim« J.„^«m! se mêlent déjà aux petits chênes* Le sol èc couvre de plïiai

odoriférantes* On y observe des frênes {FVtamus 0mu9) et' bientôt on atteint des grenadiers dans le fond de cette gorge boisée.' La gaine sauvage, par laquelle on se rend de là au village de Blagaj, est pleine de ce dernier arbrisseau portant des fruits. Le torrent, qui y coule, est à sec en été.

Plus on descend, plus le château de Blagaj a l'air élevé, mais on ne saisit bien son isolement, à 700p.de h. abs. surTextrémité d*une crête de rochers entassés, que lorsqu'on a atteint les premiers maisons du village de Blagaj ').

Blagaj est placé entre la Bouna et le pied septentrional des rochers du château, cela paraît avoir été un bourg de quelque conséquence, lorsque ce manoir était la résidence des ducs (doukat) d'Herzégovine. Maintenant il est réduit à une trentaine de maisons bâties en pierres, mais on a établi parcontre une foule d'habitations sur toute la pente occidentale de la montagne qui s'étend du village à Mostar. De cette manière on peut dire qu'il a encore de 150 à 200 maisons. Tout ce pied des hauteurs pelées et calcaires est couvert de beaux vignobles et Blagaj lui-même en est environné. La Bouna coule au-devant du village, en ayant ses sources au S. E. sur le côté occidental de la crête du manoir. Elle y occupe le fond d'une gorge bordée d'escarpemens calcaires, d'où elle arrive dans la plaine de Blagaj et de Mostar, elle y coule au N.O., puis tourne au S. O. et sort de ce bassin par un défilé comme la Narenta. Elle atteint cette dernière, après avoir reçu plus bas du S.E. la Bounitza.

La plaine entre Blagaj et Mostar a 2 1. de longueur sur une lieue de largeur, elle est inculte et couverte ça et là de halliers d'Epîne-Porte-Chapeau sur la rive orientale de la Narenta, mais elle est cultivée ou couverte de prairies sur le bord opposé. La Narenta n'y reçoit que l'eau du petit torrent de Radobolje, qui vient du N.O. et y afflue à peu de distance sous Mostar. Elle s'en échappe près d'Odbina, à 2 1. au S. O. de Mostar, par une fente au milieu de

') On noafl y avait annoncé une auberge, mais nous n'y trouvâmes qae de la mauvaise eau et descendîmes jusques près de la Bouna. Dans ce lieu un cafetier turc a établi une treille de branches d'arbres , mais après un trajet si pénible de 6 h. nous sentions avoir besoin de quelque chose de plus solide que du café, et nous nous rendîmes chez l'Agha pour lui demander à déjeûner. Ce monsieur nous reçut fort bien, nous fit monter dans son espèce de mansarde et nous lit servir du lait, du fromage blanc et des raisins.

montagnes de 4 à SOO p. de h. Ces deux défilés de la Narenta et de la Bouna entre ces sommets rabattus font un effet singulier. En deçà de ces canaux d'écoulement la Narenta reçoit la Bouna et la Ja* sénîtza. Cette dernière décharge les eaux du Mostarsko-Blato (marais de Mostar), qui, situé au N. E. du mont Trtla, est formé par les eaux réunies du Litschitza et du Tzmatz de Douvno venant du mont Vranitch et de celles du Brousovatscha ou du lac de Serin. L'étendue de ces lacs varie beaucoup suivant les saisons. La Narenta continue à couler dans une vallée resserrée par d'assez basses montagnes, mais plus bas elle parcourt une vaste plaine entre Poschitel et Gaba ou vers les confluens du Trébischat coulant dans un sillon longitudinal et de laBrigava deStolatz venant duN.E. et grossie des eaux du Tzmaglav et du Kroupa. Ces dernières sont aussi dans des sillons longitudinaux. Enfin la Narenta débouche dans la mer par une large Delta.

Le fond plat et le sol alluvial du bassin de Blagaj et de Moetar, à moins de 300 p. de h. abs., indiquent clairement qu'un lac a occupé une fois cette cavité, qui remontait le long du lit actuel de la Narenta jusqu'au-delà de 3 1. ou vers les auberges au pied de la montagne du Porim; Maintenant la rivière sortant de longs défilés au lieu de traverser un lac, s'est creusée et continue à se frayer un lit au milieu des cailloux et des sables, qu'elle y a contribué à accumuler. Plus bas le lac et les marais de Blato semblent indiquer un second lac et un troisième existait probablement au confluent de la Brigava et de la Narenta, où sont les marais d'Oulovo et le cours inférieur du Trébischat, parce que la chaîne côtîère {Pomofia^ Flanina) de la Dalmatie était fermée à TO. de Gaba. Toutes les montagnes dans cette direction ne sont que de basses hauteurs à sommets rabattus et très rocailleuses.

Mostar est situé au N.IO^O. de Bhgaj. On voit unepaHÎe de la ville depuis ce village et on ne croirait paa qu'elle cstàSL de distance. Au milieu de la plaine inculte on observe une citerne ressemblant de loin à un tombeau, parce qu'elle n'a qu'un très petit trou et est couverte d'un carré en pierre, Mofttar est placé dans un défilé bordé de rochers escarpés à TO., tandis qu'à TE, la montagne forme une pente rapide. Cette ville ne doit son origine qu'au poste que les Romains y t'tablirent et on y voit encore un pont romain d'une arche avec une grosse tour carrée à chaque extrémité. On le dit un ouvrage de l'empereur Ântonin ; grâce

anx Turcs on n'y trouve plus d'inscriptions. De là vient aussi le nom de Mostar ou Most-Stari, pont ancien. U parait que Mostar ne deyint une ville considérable que depuis que Blagaj cessa d*étre la résidence des ducs d'Herzégovine.

Cette ville d'environ 8000 à 9000 âmes est précédée* d'un vaste cimetière, où on remarque des tombeaux plus soignés qu*à Tordinaire. Les rues sont pavées et une des principales traverse la ville en se tenant assez près de la Narenta. Dans le milieu de la ville cette rue garnie de boutiques forme le Bazar avec celles, qui aboutissent au pont. Le Konak du Visir est situé sur le penchant de la montagne et est entouré d'habitations. Mostar compte plus d'habitans mahométans que de chrétiens, aussi y a-t-il une dixaine de mosquées à minarets pour une seule église grecque. Dans les villages des environs le rapport est tout le contraire. Les habitans de Mostar s'occupent de la fabrication de couvertures grossières, de couteaux et d'armes. On y élève aussi des vers à soie et on s'occupe beaucoup de vignobles, parce que Mostar fournit le vin à une bonne partie de la Bosnie. On ne boit guère dans ce pays que du vin d'Herzégovine, de Novipazar ou de l'Esclavonie autrichienne. Le climat de Mostar est fort chaud en été et ressemble sous ce rapport à celui de Scoutari, car on y est aussi abrité du vent du N. et N. E., mais s'il y a assez de fiévreux, c'est plutôt par l'intempérance des habitans relativement à la quantité de cucurbitacées mangées qu'à cause de la nature de son air ou de ses eaux. ')

0 Comme nous avioiiB envoyé notre Tartare demander nn logement an Visir, nous nous rendîmes au Han des Tartares , où on étendit dans la cour un petit tapis, afin que nous puissions nous asseoir et j prendre commodément le café. A côté de cette cour était un petit carré planté de tournesols d'une hauteur prodigieuse. La porte do la cour ayant été laissée ouYcrte, assez de curieux vinrent pour nous considérer. Enfin notre Tartare revint et nous conduisit dans le haut de la ville au-dessus du Konak chez le Kodgibaschi ou chef de la communauté chrétienne, Mr. Péro Tochitch Béroschiné. Cet homme à son aise nous reçut fort poliment et nous passâmes chez lui deux jours pleins d'agrément. Herz^govinien dans l'âme, il en avait tout l'enjouement et l'apropos des reparties; le gouzlé et les livres de chansons ne manquaient pas plus chez lui que les tableaux saints. Son habitation est située au haut d'une ruelle si montante qu*on ne peut guère la descendre à cheval, et sa maison est dans une arribre-cour entre cour et jardin. Elle a deux étages et est entourée d'une galerie, d'oii on domine une bonne partie de Mostar et de ses environs. On distinguait en particulier le village de Jasénitza, qui est •itué sur la hauteur à droite de la Néretva avant Odbina.

Mostar est en communication continuelle non-seulement avec Sérajevo, mais aussi avec Eaguse, Gaba ou Gabella et Livno (s. LijevDo). Néanmoins si des Kiradgis parcourent sans cesse ces routés, elles seraient encore bien plus animées, si la Dalmatie n'était pas autrichienne ou si cette province jie faisait qu'une avec la Bosnie. La route de Gaba longe le bord gauche de la Narenta et traverse la Bouna au village de ce nom.

La route de Raguse ne passe que par des petites montagnes en général très peu boisées, comme le Doubrava-Planina entre la Bouna et Stolatz. On peut aussi se rendre, dit-on, à Stolatz en suivant la rive occidentale de la Narenta et passant cette rivière près du confluent de la Bouna sur un pont antique de 14 arches. Le château de ce gros bourg est sur un rocher sur le bord S. de la Brigava et a été assiégé inutilement par le capitaine Hussein en 1830, parce qu'Ali-Pascha ne voulait pas le reconnaître comme Visir de Bosnie. La Brigava arrose une belle plaine fertile ou gazonnée et reçoit plus bas que Stolatz le Kroupa, qui vient de TE. du Vîdouscha-Planina. D'autres hauteurs se trouvent entre Stolatz et Lioubinie, mais ce ne sont que des bas contreforts des arêtes du Vidouscha et du Lioubimir, qui lient surtout le mont Vélesch à la crête entre Gatzko, Klobouk et Nikschitchi.

Lioubinie est située dans une petite plaine verdoyante formant le fond d'une cavité longitudinale entre des montagnes, où

Le gouverneur d'alors était Aii-Pascba, qui a péri en 1850 victime de son antipathie contre les Turcs. C'était un patriote herzégovinien à sa manière, il préférait la langue bosniaque au turc et était ennemi des réformes du Sultan. Musulman rigide et Satrape un peu dans le genre du fameux Ali-Pascha de • nina, il était baï des Chrétiens; malgré c^la il pasAnit comme lui pour un Jo' ou héros, parce qu'il était national. Ce n'était poÎQt une àme vul^nire ei i comme celle de plusieurs Pascbas turcs^ car eoti pays lui lioit l'établbsemciil rizières dans les marais de la Narenta iuférîcurc comme pr^a d'Oraorlid m de Lioubouschka. Cette innovation datait en ÎB3& de 6 &ns^ Le génie c d'Ali-Pascha se montrait aussi dans son Konak, il avait fait détratro les mo et les grosses tours rondes de l'ancien cbatenu , pour s« bitir an milieu c< grand enclos, entouré d'un nouveau mur^ une habîtatiiin commode; ott pouTi aborder aisément en voiture et elle ressemblait o^sïï aux nôtriîp» étant bâtie < une grande cour et un grand jardin. Son Kcnak avait un vaste vestibule pi et des chambres k vitres. Son carosse ttait une bertme un peu antique , il vrai, mais indiquant au moins qu'une personne roulait m roiture dans ce i A côté do ces goûts européens on voyait eDcore ior le reste de U demîèrfi ruinée une collection de têtea des Montéaé( n ir.

Teau du Boukostak sourdant de ces dernières rentre à peu de distance dans leur intérieur au N. O. de ce bourg. Une plus longue étendue de montagnes, nommée Gradina, existe entre Lioubinie et Slano, mais ce ne sont encore que de petites hauteurs la plupart dénudées et rocailleuses et le fond delà vallée du Trébinschtitza, où est situé Slano, est dans le genre de celui de Névésigné, c'està-dire une plaine entre des bords rocailleux avec de vastes prairies ou pâturages dans son milieu et surtout dans la direction de Popovo. Après Slano on traverse le Trébinschtitza. La route depuis ce pont jusqu'au haut de la crête sur la frontière dalmate est très pierreuse. A Postragné avec Bargat ou Bargato on entre sur le territoire Ragusain et on n'a plus qu'à descendre jusqu'à cette ville.

La route de Mostar à Livno va passer, au S. O. de la première ville, les hauteurs, qui séparent le bassin de Mostar du fond marécageux de Blato (marais) ou de Douvno. On remonte le cours du Litschitza du S. E.-N. O. Une fois sorti de cette cavité entourée de hauteurs assez dénudées, on parcourt un pays très bosselé avec des dolines, où il y a quelquefois des petits cours d'eau, qui sortent d'un côté pour s'engoufi&er de l'autre, comme chez le cas entre Rakitno et Boukovitza. Depuis là on peut gagner Livno en longeant le fond des vallons, qui s'étendent parallèlement à la chaîne dalmate du Prolok ou bien on se dirige vers Schoupanjatz par la cavité arrosée surtout par le Miliatzka, qui s'engouffre à 1*0. Avant d'atteindre les montagnes plus élevées on se rend ^ l'O. à Livno. Cette dernière route est surtout celle d'hiver, quand les bas fonds de Bogodo sont marécageux.

Livno est placé dans une plaine au milieu d'un amphithéâtre de montagnes, où les cimes nues et rocailleuses du Prolok contrastent avec les séries des autres grandes montagnes en partie boi* sées, qui semblent les gradins d'un grand cirque. Livno, entouré de vieilles murailles, compte, dit-on, 4000 habitans en partie catholiques romains. ^)

*) Voyei roavrage de Pertussier: ^Voyages en Bosnie."

xnv.

DE

RAGUSE A SÉRAJEVO (BOSNA-SERAJ) PAR MOSTAR.

Jrour atteindre Mostar, îl faut franchir quatre crêtes de hauteurs, qui sont disposées de manière à enclore des bassins ou de petites plaines, formant les endroits principaux, où la culture des terres peut avoir lieu, vu que le roc nud y est couvert assez de terre végétale et même quelquefois d'alluvions arénacées considérables. (Voyez Itinéraire 23.)

La sortie septentrionale de Mostar a lieu à côté d'un vaste cimetière bien tenu , dans lequel on remarque beaucoup de tombeaux à turbans de Janissaires ou de formes tombées en désuétude. La rive septentrionale de laNarenta parait présenter quelques cultures en deçà du défilé où est placé Mostar» et les habitations de ce côté sont entourées agréablement de toufies d'arbres. Sur le bord opposé on remarque des champs de maïs et de Sorgho. A 1 1. de la ville la route qui allait au N.E., tourne à TE. et parcourt une contrée sauvage offrant un eol de cailloutages, couvert ça et là de halliers , où le grenadier est remplacé petit à petit par l'Epine-Porte-Chapeau. La Karenta est encore encaissée entre des murs de poudingues d'alluvîon et il y afâue à 2 % K de Mostar un petit torrent , qui vient du S. E. Le hameau de Soutina (Sulina des cartes) parait rester caché à droite, car on ne passe pas de village jusqu'aux trois Hans au pied du mont Porim. Lorsqu'on franchit le petit arflucnt de ta Narenta* on voit que cette rivière sort au N. d'une longue gaîne courani 3.-S.S.E,

et décrit un coude considérable de

à Mostar sa direction au S. O. L'énorme détour, que la Narenta fait au N.9 semble bien indiqué dans les cartes , mais non pas tout-à-fait son coude avant Mostar.

U paraîtrait bien que les plus hautes sommités & PO. du défilé N.-S. prennent le nom de Plotscha, tandis que celles à TE. font partie du Porim. L'exis'tence de la cavité de Korita dans la carte de Vienne est aussi assez probable. Dans cette partie resserrée de son cours la Narenta reçoit plusieurs affluens, dont les plus grands sont celui qui à TO. de la Narenta coule de TO. à r£. de Dretschnitza à Jablanitza, et surtout celui de la Rama, qui se dirige du N.O.-S.E. dans un sillon parallèle à celui , que parcourt la Narenta entre Eonjitza et Sovitch. La vallée de la Rama au pied sud du Radouscha est intéressante en ce qu'elle fait communiquer Mostar au moyen du col du mont Balé av€C la cavité élevée de Eoupresch (Keupris), qui est arrosée par la Bistritza, autre torrent qui se termine dans un gouffre. D'une autre part on peut aussi se rendre de Mostar à Voïnitza ou à Krschevo en longeant la Narenta et remontant par Bouliva un de ses affluens du N. E., qui sépare le Radouscha-Planina à l'O. des contreforts du Bitovnia? à l'E. Un col assez élevé entre cette dernière crête et le Zetz conduit dans une vallée courant du S.S.E. au N.N.O., et dont j'ai vu le débouché dans la vallée de Voïnitza non loin de la ville de ce nom.

Les trois Hans au pied du mont Porim sont placés à 480 p. de h. abs. sur la pente peu sensible et sauvage» qui 7 conduit. Le premier porte le nom de Podborim, le second celui de Bélopolic-Han (auberge du champ blanc). Un petit quart heure sépare ces deux auberges, au-dessus desquelles est une troisième. Nous nous logeâmes dans le Han musulman de Bélopolie, qui n'est autre chose qu'une bonne écurie avec une cour et un local pour l'aubergiste et ses provisions. D'après des tombeaux anciens, situés près de là, Bélopolie a dû être une fois au moins un village.

Les montagnes boisées du Porim se lient à celles moins hautes, qui s'étendent vers Mostar et forment ainsi un cul de sac, qui offre un aspect sauvnge. Entre les grosses cimes rabattues du Porim et celles ondulées au S. de Bélopolie s'élèvent deux sommets pointus, d'où semble sortir le torrent qui coule dans la Narenta et dont nous avons parlé. En 9*élevant au 'dessus des auberges au pied du

Porîm, on traverse des bocages de chênes et de CarpintAS BetuliÂS a.Yec des vignes sauvages. La véritable montée du Porim a lieu presqu'en droite ligne à TE. par un sentier décrivant de nombreux zigzags et tracé au haut dans les débris accumulés par un petit cours d'eau, qui n'existe qu'à la fonte des neiges. A 7 ou 800 p. audessus des auberges on rencontre au milieu des arbres précédens quelques beaux Acer Neapolitanus et on atteint la région des hêtres (Fagu8 9ylvaiicd)y où se trouvent des Acer Platanoides. On est alors monté déjà pendant une heure et on n'a plus qu'une demiheure pour atteindre le haut de l'échancrure du Porim ou Borim^ où les Pins (Pintis Brucia Tenore) se mêlent aux hêtres. Cette montagne prend son nom de ces conifères, carie pin s'appelle en slave Bor. Ce premier col bas du Porim s'élève à 2780 p. de h. abs.

Si on était monté dans une direction E.-O. vers la hauteur, on dévie ensuite au N.E., on atteint en deçà du col trois fontaines et marchant à TE.N. E. on parcourt pendant une heure un bassin élevé triangulaire et déboisé, dont le côtéN. court duN. N. E. au S. S.O. et le côté E. du N. E. au S. O. Ses bords sont très pierreux, mais son fond est couvert de gazon et vers son milieu sur le côté N. se trouve à 2660 p. de h. abs. le Han isolé de Zemlie-Han, qui est à 3 h. de Bélopolie et doit être une utile station par les neiges en hiver. En deçà se trouve une source ressemblant à certaines fontaines antiques sous forme d'un petit mur avec deux bouches. On remonte le bassin àrE.25®N. et on se trouve au pied de petites hauteurs couvertes de bouquets de hêtres. Dans une demiheure on s'est élevé environ de 400 p. et on parcourt un terrain très rocailleux et déboisé, au milieu duquel il y a de nombreuses dolines ou cavités sèches plus ou moins en entonnoir- Au milieu de ce désert élevé, d'au-moins 3400 p.* ae trouve les restes de très anciens cimetières probablement romsini.

Après être un peu descendu et avoir rencontré quelques bocages, on atteint une tour ou Koula. A la fin d'une descente très fatigante par un pavé démantelé on arrive à un Karaoul, ou au de Koula, à TE. duquel sont quelques maieone dépendantes du u»meau de Lipété, situé au milieu de boiâ et de praîrîes. On a tra« versé alors la crête du Porim, car ses cimes d'au-moina 3800 p. de h. avec des pins restent à gauche^ tandis qu'à droite on plonge dans la profondeur de la vallée de laNarenla bordée de pyramides dolo* mitiques blanchâtres. Au N. n'élèvent aussi de hautes sommités

semblables. En deçà de Koula-Han on a une descente de y^ d'h. par un sentier tournant et justement assez large pour un cheval. Il est établi dans une petite gorge au dépens d'un cakaire trèd friable. Après cela on parcourt une belle forêt de hêtres avec VAcer obtusaiw sur une pente couverte de débris des montages ; enfin une seconde descente d'une demi-heure et décrivant quatre tournans amène le voyageur dans la vallée sauvage au milieu des bois, où se trouve à environ ISOOou 2000 p« de h. le petit lac bleuâtre de Jéséro (lac). On passe le torrent, qui s*en écoule au S.E. et qui se rend dans cette direction dans la Narenta et non pas à l'O., comme les cartes l'indiquent. Le lac s'étendant du N. O.anS.K aurait une forme ovoidale irrégulière, si son extrémité septentrionale ne formait pas une ligne presqu'horizontale. U paraîtrait que jadis ses eaux couvraient toute la grande prairie» qui est en deçà de ce côté. Maintenant il n'a plus que ^/^ d'h. de tour et environ 10 minutes de largeur. La partie de cette vallée, qui se trouve au-dessous du lac, porte le nom de Via et celle au-dessus celui de Stranina. Cette dernière d'une demi-heure de longueur conduit à deux autres vallées, dont l'une s'étend au N. O. et l'autre remonte à l'E. N. E., puis au N. E., pour se diviser encore plus loin dans les montagnes en deux sillons, Tun venant du N. O. et l'autre du N.E. Ces profondes vallées sont entourées de hautes montagnes, qui s'élèvent à plus de 3000 p. sur le lac* La hauteur de celles immédiatement autour de ce dernier peut être évaluée de 2000 à 2500 p.

En deçà du torrent du lac on remonte tout de suite au N. E. et cette montée en zigzag dure une bonne heure. Elle a lieu au milieu d'un bois de hêtres et de bouleaux, auxquels succèdent des pins sur la plateforme du col. Avant d'y atteindre le Han isolé de Borché (pron. Borké), on longe un ravin profond et étroit, qui est coupé dans des roches blanchâtres de Dolomie et on débouche dans la vallée supérieure au lac. La gorge du Han Borché est à une hauteur de 3500 p. entre des .cimes de 4000 p. Malgré labsence de l'aubergiste, nous y fûmes aussi bien qu'on peut l'être dans une écurie à cette élévation. Le garçon de l'auberge était si enchanté d'avoir fait notre connaissance qu'il disait, s'il était le maître, il ne demanderait pas de payement pour ses fournitures.

Nous fûmes surpris à peu de distance de là par un noyer, rareté à cette élévation, et il y a même du maïs» Plus loin on

irayerse des bois de hêtres et de bouleaux, on gagne une gorge allant au N. E. et on monte jusqu'au Karaoul détruit deVrabasch. Après ce lieu on descend pendant un bon quart d'heure par un sentier tournant et on atteint une plate-forme, où la route continue à se diriger au N* E. et où on entre vraiment dans la zone des noyers. La vallée de la Néretva courant entre des montagnes boisées du S. E. au N. O», se présente h l'E. et tourne avant Kognitza de TE. à rO. On gagne cette vallée par le vallon du Biéla-Rieka, où se trouve le hameau de Biéla et qui court du S.O. au N.E. Puis on descend le long des bords de la Narenta à Kognitza.

Cette ville, à 12 h. de Mostar et 11 y, h. de Sérajévo, est bâtie âî 1000 p. d'élévation (?) sur les deux côtés de la rivière, qui sépare la Bosnie de l'Herzégovine , de manière que les deux quartiers ont chacun leur Musselim. La partie herzégovinienne porte proprement le nom de Kognitza et est la plus considérable, ayant une centaine de maisons et trois mosquées à minarets. Le côté bosniaque est appelé Néretva et semblait avoir été le théâtre de quelque combat , car on y remarquait beaucoup de ruines et très peu de maisons, quoiqu'il y eût aussi trois mosquées. Un pont en pierre de six arches est jeté au milieu de la ville sur la Narenta, qui est assez large et profonde, mais surtout fort courante. Cette ville parait avoir une population en bonne partie musulmane, mais les villages aux environs sont chrétiens. De beaux vignobles couvrent les pentes des montagnes, entre lesquelles la Narenta va se cacher à TO. La position de cette ville a été déterminée autant par l'entrecroissement de deux routes que par le fait que la Narenta y traverse une espèce de petit bassin étroit, où elle reçoit plusieurs torrens, tandis qu'au-dessus et au-dessous elle ne coule qu'au fond d*un sillon ou entre les bords escarpés de hautes montagnes. D* anciens brigandages exercée dans ces environs ont laissé une assez mauvaise réputation aux habitana de Kognitza. *)

Pour sortir des profondeurs, où gît Kognitza, il faut de nouveau franchir de hauts cola, qui appartiennent aux parties méri-

') Dans une visite au Musselim boÈnïttquc? de cette ville, il nous prdsEtitft parmi ses gens un jeune homîne ùu pay^, qnj moatrait des ilispo&îdoria pour Tar* chitecture, témoin des roodèlei en curton de cbfiteaax qu'il avait fabnquéa âjauv&ed momens de loûir.

dionales du Bitovnia-Planina et auxquels on parvient en remontant au N. E. le vallon sauvage de Treschnitza (des cerisiers). Des montagnes de dolomie, à cimes rabattues ou pointues, avec des pins au N. bordent le torrent, dont les rives inférieures sont ornées de prairies* Au bout d'une demi-heure on marche au N. et le torrent reçoit un affluent venant de ce côté. A 1'/^ d'h. de Kognitza des tombeaux indiquent les lieux de quelques assassinats. La route tourne au N.E., tandis que le torrent coule de P£. à PO. et se grossit d'un cours deau provenant du N. E. Puis on reprend la direction du N. et on commence à monter fortement pendant 1 Ya h. en se détournant plus haut au N. E.

Dans cette ascension on parcourt de nouveau des bois de hêtres avec des Acer platanoides et on retrouve les pins au col, dont la hauteur n'est pas au-dessous de 3000 p. Une belle vue de montagnes est le prix de cette fatigante promenade. Au N. s'élèvent des montagnes de 3 à 4000 p., parmi lesquelles se distingue surtout la grosse tête du Radouscha, qui doit dépasser les 4000 p. A rO. et au S. O. il y a aussi une accumulation de sommets assez pointus, qui doivent avoir au moins 3500, 3800 et 4000 p« En deçà est le haut mont Vranatz (Yrabatz des cartes), qui présentait des neiges en septembre et a une élévation d'au moins 6000 p. La descente sur le côté N. E. conduit par une forêt de hêtres dans la vallée de Bradina courant du N.O. au S.E. et où il y a deux Hans isolés. Une haute montagne s'élève au N. de cette jolie cavité, occupée surtout par des prairies et à environ 1000 p. audessus de Kognitza. Une montée dans la direction au N. amène le voyageur sur une hauteur de 5 à 600 p., où il a l*occasion de revoir les sommets le plus élevés à l'O. et au N.O. de cette dernière ville.

Sur ce col se trouve un Karaoul et un second existe à une demi-heure plus loin, mais la route entre ces deux postes est si abominable, qu'on perd beaucoup de temps pour la parcourir. Elle est tracée sur le sol argileux d'une forêt touffue de hêtres et a été une fois un chemin canellé en travers ; à force d'y passer, il s'était changé non-seulement en bourbier, mais encore les sentiers frayés, pour éviter les plus mauvais endroits, étaient devenus difficiles à franchir. (Voyez ma Turquie. Vol. 3, pag. 54.)

Une fois passé le second Karaoul, on n'a plus qu'une descente peu forte par des sentiers excavés au milieu de bocages de bou-

leaux, pour atteindre la vallée verdoyante de Easehéritza courant du N. O. au S. E., tandis qu'une autre prenant son nom deBoukovîch vîent s'y réunir du S. E. On descend la première en longeant les bords du torrent à travers des prairies et des bocages d'aunes. La route se dirige à TE. et le vallon s'élargit à mesure qu'on descend. Sur son côté septentrional se trouve le village de Tarschin, qui est caché par des bocages et sur son bord méridional à quelque distance est à 1860 p. de h. abs. le Han isolé de Tarschin. Nous y trouvâmes un chanteur mahométan, qui nous amusa jusques fort avant dans la nuit avec ses chansons de héros bosniaques, tandis qu'un de nos domestiques serbes le regala de son poème sur Marko Kralovitch. Cette auberge n'fest séparée de la Lèpénitza que par une éminence insignifiante. Ce cours d'eau venant du S. E. y reçoit le Raschéritza et continue de couler au N. O. et N., pour se rendre avant Visoko dans la Bosna. Il ouvre ainsi une voie facile, pour arriver par une pente insensible dans le bassin de Sérajévo.

Après avoir dépassé le Han isolé de Lèpénitza sur le bord oriental du torrent, on parcourt entre de petites collines en partie boisées une vallée champêtre et ça et là à étranglemens. A '/a h. de Tarschin deux vallées courant de TO. à 1*E. viennent se réunir à celle de la Lèpénitza et à 1 L il en est de même d'un vallon, qui a une direction du S. O. au N. E. et renferme le hameau de Béganovitsch.

Le sol du fond de ces vallées est fort argileux et couvert de prairies entremêlées de quelques champs. A notre passage la pluie avait détrempé l'argile et il tombait un brouillard très fin, de manière que la route était extrêmement glissante ou bourbeuse. Au milieu de ce temps humide et froid , nous rencontrâmes un village entier d'Herzégoviniens chrétiens, qui allaient, hommes, femmes et enfans, chercher une demeure plus agréable en Bosnie. Mal couverts et mouillés jusqu'aux os cette caravane offirait un triste spectacle.

En deçà de Béganovitsch nous passâmes près an et

du village ou bourg musulman de Pazari si comn nuca t qu'il n'en reste qu'une mosquée en ruines. Li i

un coude en se dirigeant du S. au N. et n la rection 0.*-E., pour dépasser un petit défilé cale m tran-

chit dans une dixaine de minutes. Plus loin it eaux

d*un vallon venant du S. et se jette 'dans un dëfilé, où elle court de nouveau du S. au N. A 2^/^ d'h. de Tarschîn on passe un Karaoul et on descend la vallée alors au N. E. et après une petite gorge bordée de rochers calcaires de formes bizarres on atteint le village de Rivest. Avant cet endroit la route se change en un pavéy au milieu duquel est un petit pont sur un ruisseau. Un peu plus loin à rO. se trouve le village de Toupovtzî sur le petit cours d*eau du Toupovtza-Rieka. On a alors dépassé les montagnes et la vallée devient une plaine , dans laquelle la Lèpénitza coule au N. O.

Plus loin est un petit torrent venant de TO. et tournant au N. E. La rouie va à TE. au pied de petits coteaux partiellement boisésy qui ont de 80 à 200 p. de h. et qui s'adossent à des mon'> tagnes. On laisse à droite à % de 1. de la route le village turc de Haidrisch et à gauche un autre endroit, dont on ne sut pas nous dire le nom, A droite débouche un vallon, qui vient de l'E. et dont les eaux vont se rendre aussi dans la Bosna. Les bords fort argileux de ce torrent appelé Miléschavé oblige de le guéer deux fois. Près de ces rives est le village du même nom. La vallée s'évase toujours plus et des champs de mais s'y apperçoivent ça et là. On continue à longer l'eau dans la direo» tion de TE. et on entre petit à petit dans la grande plaine ap^ pelée Doljané, qui est à l'O. de Sérajévo. Le Miléschavé y coule au S. E.

Pour y atteindre Ilidga (Eau thermale) on passe à Va !• de ce lieu l'auberge et le village de Dragi, ainsi que la grande chaussée pavée et le pont en pierre sur la Bosna. On a à parcourir une route si boueuse par les temps humides qu'il y a de grandes flaques d eau à traverser et qu'on fait des détours dans les prés pour éviter la route tracée. La plaine de Sérajévo est traversée par un grand nombre de cours d'eau et ne présente pas assez de pente pour leur écoulement rapide , de manière que ce n'est qu'au gros de l'été ou en hiver qu'il n'y a pas de fondrières. Quant à cet abus d'entrer dans les plus beaux prés, on ne comprendrait guère comment les propriétaires le permettent, si les autorités musulmanes ne s'en arrogeaient pas le droit et n ouvraient ainsi la voie à d'autres sans s'embarrasser ni des haies ni des humbles remontrances.

Le bassin de Sérajévo ou le Doljané (de dolina, vallée) est un des plus beaux bassins de montagnes qu'on puisse voir et est

environ à 1680 p. de h. abs. Décrivant un cercle îrrégulîer, il a 2 L de largeur du N. au S. et 2V2 de longueur de TO» àl'E., maïs il se prolonge en outre dans plusieurs sinuosités, qui j débouchent* Ses bords au S. O. et S. £. sont formés par de hautes montagnes calcaires, où les escarpemens, les prés et les bois de sapins, de hêtres et de chênes sont entremêlés de la manière la plus gracieuse, tandis que leurs cimes obtuses ou rabattues atteignent une élévation dé 2000 à 2800 p. sur la plaine. Les plus hautes sont celles au S. S. E. Au N. au contraire il n'y a pas de si hautes montagnes, des collines se perdent en talus insensibles dans les prairies et les champs de maïs ou de blé du bassin, et protègent en partie du moins ce fond contre Tinfluence funeste des vents du Nord. La fertilité y est entretenue par la Koschova, la Migliatza ou Migliaska * Bieka, la Jéleschnitza , la Koukavitza, la Bosna, la Miléschavé et Tlvagoschtscha. Cette dernière et la Koschova descendent de TE. à TO. des montagnes du Romanja-Planina, mais si la Koschova vient joindre la Migliatza à Sérajé^^, l'Ivangoschtscha plus considérable a une partie de ses sources vers Mokro , coule plus bas du N. E. au S. O. et va se jeter à TO. dans la Bosna au-dessus de Ljoublja. La Migliaska- Sieka prend ha source dans les montagnes du Biélava-Planina près de Koléditsch au S. E. de Sérajévo et après avoir reçu di*vers torrens, elle coule presque de TE. à l'O. au milieu de montagnes élevées denière cette ville et débouche dans le milieu de cette dernière par un défilé étroit S.-N. et S.O.-N.E. En deçà de Sérajévo elle reçoit encore le petit torrent de Koschova, qui reste au N. de la route montante de Sérajévo au col conduisant à Mokro.

La Jéleschnitza et la Roukovitza ont leurs sources au S.S.& dans les montagnes de Trébévitch, formant l'entourage méridional du bassin de Sérajévo. La première passe à Ilidga, la seconde se trouve entre Ilidga et Sérajévo. La Bosna sort en grand torrent du pied escarpé du Smolin , haute montagne à y, L à i d'Ilidga ou à 2V4 h. de Sérajévo. Elle forme un torrent à e i assez profondes et vertes bleuâtres, où on pêcl *^eauco"*^ petites truites de montagnes. Après avoir reçu J mentionnés ci-dessus, la Bosna ^ort du bass une gorge dirigée du S. au N., où elle reçoit enw a

et le cours d'eau dont les sources sont au pied occmcnial du mont

Romania '). Enfin la Miléschavé et bien d'autres ruisseaux viennent augmenter le nombre des terres arrosées et propres à la culture.

Un lieu si favorisé de la nature a dû être habité fort anciennement, aussi ne doit-on pas être étonné d'y voir un si grand nombre d'habitations et de villages. Sérajévo (Bosna-Séraj) a l'air de se prolonger sur une grande partie du côté septentrional de la plaine, tant on y apperçoit de hameaux et de Tschiftliks avec les demeures blanches des Aghas. Dans la plaine il y a aussi beaucoup de fermes et Sérajévo couronne le tout en se présentant, vue du côté de l'O., comme un énorme cirque de maisons et de mosquées, auquel il ne manque pour être complet que le remplissage du sillon de la Migliatzka. Les maisons de la plaine sont en planches ou solives de bois et blanchies extérieurement

Ilidga *) est à V/^ h. ou V/^ h. de Sérajévo et à 1752 p. de h. abs. Ce village consiste en quelques maisons éparses et une grande auberge, qui est destinée aux baigneurs. Ce Han offre au premier six à huit chambres propres avec des fourneaux en terre carrés dans le bas et en pain de sucre dans le haut avec des enfoncemens ronds* Il y a de plus un vaste TacharJak ou une galerie, qui sert de divan. Le bain d'eau thermale ne répond pas à un établissement si bien entendu, car Tun n'est qu'une cavité carrée à ciel ouvert dans un rocher calcaire sur le bord oriental de la Jéleschnitza et l'autre à un quart d'heure au S. d'Iiidga sur la rive opposée n*est qu'un bain couvert avec des branches d'arbres. C'est dommage que cette eau sourde au milieu des alluvions de la Jéleschnitza, car ce torrent charrie beaucoup de cailloux et est apte à changer de lit ou au moins à produire des inondations. Cette inconstance a seule empêché d'y construire un bain turc, mais on n'a pas réfléchi qu'on pourrait conduire cette eau à quelque distance par des conduits fermés et remployer encore avec utilité.

Pour se rendre d'Iiidga à Sérajévo, on passe la Jéleschnitza sur un pont en pierre et on parcourt une route de voiture jusqu'à Sérajévo. Il en est de même pour aller à Travnik. Il n'y a que deux ou trois endroits où le chemin soit difficile à passer pour des charrettes ou bien il y a un chemin particulier pour ces dernières, qui est alors un peu plus long que celui des cavaliers.

') Comparez les critiques ridicules d'un voyageur bavarois ne sachant pas le slave. (Ausland, 1848, pag. 710.)

') C'est le nom géne'rique turc pour toutes les eaux thermales.

BOSBOfi BT CROATIE TUII9IIE

Page 1