BELGRADE A CONSTANTINOPLE
PAB
POJAREVATZ, MILANOVATZ, WTDDIN, LE BALKAN DE TSCHIPKA ET ANDRINOPLE.
J^n considérant la Servie depuis Semlin (en slave Semoun) * ) son relief ne présente rien de très frappant. Le petit cône évasé du mont Avala trône sur des contours ondulés et des pentes dénudées de bois* Derrière ces hauteurs paraît la pointe du mont Kosmai et dans le lointain à 1*0. on distingue une partie de montagnes au S. de Schabatz. Comme la Servie orientale présente aussi une troisième chaîne, la dénomination de TrihaUi y en albanais trois pointes , serait caratéristique pour le peuple, qui occupait la Servie avant l'arrivée des Serbes.
Belgrade y le Beograd des Serbes ou la citadelle blanche, est le seul objet qui fixe l'attention. Toute misérable que sa forteresse est dans l'intérieur, elle ne se présente pas mal de loin et s'étend aussi bien au bord du Danube que sur un plateau d'environ cent pieds d'élévation. (Voyez ma Turquie d'Europe, vol. 3, page 568.) D'un autre part les minarets au milieu des habitations au pied du rocher à l'est donnent plutôt l'idée d'une grande ville que les édifices nouveaux épars sur la pente de la colline, qui borde la Save et où n'habitent que des Serbes.
^) Ce nom vient probablement de Zemlia ou Zem terre^ le coteau de Semlin n'étant composé qne de Loess ou de marne argileuse.
Cette ville renfermait en 1846 2420 maisons ou 18,610 ftme§. Les Turcs au nombre de 5800 occupaient 860 maisons, la commune juive de 1382 âmes 146 maisons et il n'y avait que 900 étrangers de diverses parties de l'Europe. La garnison de la forteresse compte en temps ordinaire 3 à 4000 hommes, et s'élève en temps de guerre jusqu'à dix mille. Il y a deux églises serbes, une mosquée et une 83magogue. C'est la seule ville de Servie où les Turcs demeurent de droit hors de la forteresse, parceque le Hattischérif de 1834 relatif à cette question a été interprété dans ce sens qu'on devait entendre exceptionnellement pour Belgrade par forteresse toute la partie de la ville entourée jadis de murs. Dans la citadelle l'espace était trop restreint pour pouvoir héberger toute la population turque de Belgrade. S'il y a encore des espèces de porte , avec des corps de garde turcs , les anciens murs de Belgrade ne sont en grande partie qu'une ruine, parcequ'ils furent détruits par les Autrichiens lors de leur rétraite en 1789. Ils entourent une bonne partie de la portion turque ou danubienne de Belgrade ainsi que la cité sur la plate-forme voisine de la citadelle. La plus grande partie du quartier le long de la Save et le faubourg du Vratschar son hors de cette enceinte.
Depuis long temps Belgrade serait une ville assez régulière sans cette cohabitation des Serbes avec les Turcs, qui empêche bien des embellissemens. Le Pascha a défendu même aux Turcs de vendre leurs maisons aux Serbes. C'est pour cela que le prince Milosch voulait transporter la ville plus loin du château fort et en dehors de son ancienne enceinte sur la pente des coteaux de la Save, mais le terrain plat y est marécageux et la colline inclinée. Néanmoins on y a bâti une caserne en fer à cheval et pouvant contenir mille hommes. Près de là on a construit un hôpital d'armée, une maison pour Técole militaire et une maison carrée d'un étage destinée à l'assemblée des Sénateurs. Le Prince Milosch s'y était même fait élever un petit palais carré de deux étages, ayant une quinzaine de fenêtres de front et un balcon. Dans la rue le long de la Save et surtout dans celle qui conduit de l'ancienne ville à ces nouvelles bâtisses sur la hauteur , on remar(j[ue des maisons neuves d'un étage, dont quelques-unes ont des jardins avec une vue étendue sur la Syrmie (dérivé du mot albanais Smnea, argent?), et sur la chaîne du Phrouska - Gora ou montagne de la Plaine (du moi albanais Phrouske^ plaine et de
Qora^ mont), à l'O. de Karlovitz, ainsi que sur les montagne de la Servie occidentale, savoir le Medvednik, le Tzer et la montagne pointue de Vidojevitza, qui est près de Leschnitza.
Dans l'intérieur de la ville ancienne sur la plate-forme on retrouve encore mainte rue et boutique tout-à-fait turque, quoique le pavé soit niieux soigné, mais si je ne me trompe les rues et les maisons ne sont pas encore numérotées et il n'y a pas d'éclairage, de manière qu'il faut se servir la nuit de lanternes comme en Turquie. Les édifices les plus remarcables y sont la nouvelle église grecque avec un clocher, la demeure voisine du Métropolite serbe, une seconde église slave et les Kanaks ou maisons qu'ont habité le prince Milosch et son frère Jephrem.
On peut encore citer sur la grande place du marché la nouvelle maison à balcon construite par ce dernier, près de là deux maisons bâties par le prince actuel, dont Tune est une auberge, et quelques autres maisons, toutes fort massives et voûtées inférieurement d ms le style hongrois. La grande place quadrilatérale ne peut être nivelée, parcequ'il y a des tombeaux turcs et que le côté oriental est garni d'habitations turques, en partie fort mesquines. L'imprimerie du gouvernement est aussi dans ce voisinage. Depuis le plateau on descend sur la Save par un chemin de voiture, tournant audessous de la forteresse ou tout droit par un mauvais escalier en pierre. Dans la grande rue le long de la Save est l'édifice de la douane au haut d'une pente rapide, qui conduit à la rivière et en rend l'abord incommode.
Un petit glacis sépare la ville de la citadelle (voyez pour sa description ma Turquie, vol. 2, page 331) et le quartier turc principal est sur la pente du coteau entre le Danube et la grande place du marché de la plate-forme. Cette partie de Belgrade était comprise dans l'ancienne enceinte et est pleine de ruines, qui attestent qu'il y avait une fois quelques beaux édifices pendant l'occupation autrichienne* Deux rues pavées principales et garnies de boutiques à la turque traversent ce quartier de l'O. à l'Ë. et du* N. O. au S. £. Les autres rues sont peu larges , deft muraiUes y précèdent souvent les cours des maisons , conmie en Turquie et il y a assez de jardins à arbres fruitiers. Dans quelques-uns de ces derniers existent des rez-de-chaussées ou des bicoques d'un étage avec des balcons et des escaliers en bois comme en Asie. Enfin un petit faubourg précède Belgrade dans
la direction de la pl;ite-forme et de la hauteur du Vratschar. Une partie formait Tancien faubourg appelé Mala Sava. En descendant depuis là vers le Danube on y remarquait en 1837 une espèce d'auberge ou lieu de délassement.
A y^ 1. à rO. de Belgrade le prince possède un très modeste Konak dans la vallée de Topschider ou Topschidere (la vallée des canoniers) et près de là il y a outre les dépendances, une petite église avec un clocher et une petite caserne de cavalerie pour 3 ou 400 hommes. Cette vallée recelé aussi une petite ferme-modèle ou école rurale, .ainsi qu'un établissement agricole de correction pour les malfaiteurs.
Belgrade est la capitale de la Servie et la résidence du prince quand il n'habite pas Topschidere ou Kragoujevatz. La Servie était partagée en Nahies (HaXHJe) et Knejines (KneKHRe). Au déplaisir des patriotes serbes un souffle étranger a fait rejeter ces dénominations nationales, de manière qu'actuellement la Servie est divisée en 17 cercles ou Okroujie (OKpjmie) ou en S4 districts ou Sresove comprenant 1170 communes ou Obschtine*
Ces cercles sont les suivans, savoir ceux de Belgrade, de Valievo, de Schabatz, de Podrina ou des bords de laDrina, d'Oujitze, de Tschatschak, de Kragoujevatz, de Roudnik, de Krouschcvatz, ie Jagodina, de Tchoupria, d'Aleksinatz, de Gourgousovatz, de Tzrna-Rieka, de Kraina, de Pojarevatz et de Semendria.
A la tète de chaque cercle et de chaque district sont des commandants de divers grades , nommés comme en Russie iVatsehalniki au lieu que jadis on ne distinguait que des Knes, des Kapetans et des KmeU.
La population de la Servie s'élevait en 1846 d'après M. Gro^ vrilovitch à 849,286 âmes, savoir 825,783 Serbes, 15,161 Turcs y compris 6370 hommes de l'armée turque régulière , 136S Juifs, 900 étrangers européens et 6074 Zingares. La population serbe comprenait 783,652 habitans de la campagne, distribués dand 2018 villages et 193 hameaux, 38,022 habitans de 7 villes et de 27 bourgs, 832 employés ou pensionnés du gouvernement, 2529 soldats réguliers et 748 ecclésiastiques y compris 123 moines. Il y avait dans toute la Servie 126,789 maisons ou familles. Donc il n'y aurait pas 900 âmes pour chaque mille carré en Servie.
Les Musulmans de la principauté vivent à Belgrade à Adakale (112 familles, 312 soldats avec 45 chrétiens dans 120 mai*
8on8), à Kladovo (70 maisons et 374 habitans musulmans), à Oujitze (723 m. et 3693 h. m.), à Semendria (150 m. et 750 h. m.), à Scliabatz (270 m. et 1350 L m.) , et à Sokol sur la Drina (270 fa* milles). Le reste des Turcs se trouve concentre aussi sur les bords de cette dernière rivière dans les sept villages suivans du district d'Asboukovatz, savoir à Kozla etKalkan (10 f.), àPetrtz (24 f.), à Boutschie (14 f.), à Petchi (8 f.) , à Postinie dolnie (10 £), et à Postinie gornie (10 f.), et à Alouga (8 f.). Enfin il y en a encore dans ce même cercle dans le district de Radjevina à Mali-Zvornik (100 m. et 480 h.) et à Sakar (10 m. et 50 h.).
La Servie se divise en 4 diocèces ou Eparchies^ savoir ceux de Belgrade, d'Oujitze, de Schabatz et de Timok, à la tête desquels sont quatre évêques et quatre consistoires avec un métropolite pour chef. Ils comptent 298 églises, 38 couvents, 651 paroisses, 652 prêtres et 123 moines. Les Turcs ont en Servie 36 mosquées et 4 couvents de Dervisches.
Les couvents de la Servie sont placés surtout au haut des vallées et au pied des montagnes, comme cela se voit près du Tzer, du Kablar, du Jastrebatz, etc. L'importance des monastères en Orient m'engagent à en donner la liste aussi coraplette que possible.
Ces couventé sont les suivans: savoir dans le cercle d'Aleksinatz : ceux de Svetii Maman près de la Morava bulgare à TO. de Rajan (1 archimandrite et 2 moines) et de Svetii Stephan sur un affluent du Toponitza au N. £• d*Aleksinatz.
Dans le cercle de Belgrade : ceux de Rakonitza dans le haut du Toptschidere (2 m.), de Bcdnovatz prés de Grotzka, une dépendance du précédent, et de Nemeni- Kouskia près du mont Kosmai.
Dans le cercle de Gourgousovatz : ceux de Sveta Troitza {{ hiéromoine) et de Souvodol (distr. de Timok-Zaitschar), (5 m.).
Dans le cercle de Jagodina : ceux de Lioubostnie (distr. de Le- Viitschkn) (5 m.), de Kalenitch (même distr.) (5 m.), et sa dépendance celui de Joschanifza sur le haut de Osivnitza (1 m.).
Dans le cercle de Kraina: ceux de Soeti Andjel (distr. de Timok) (1 m.) et de Boukovo au N. de Negotin (4 m.).
Dans le cercle de Kragoujevatz : ceux de Vratschenitza sur le Grouja (5 m.) , de Dratscha à TO. de Kragoujevatz , une dépendance du précédent (1 m.), et de Blagoviestenie près de Stragari et une dépendance du couvent de Voliiavtscha (3 hiéromoines).
Dans le cercle de Erouschevatz : ceux de Velouacha (dîstr. de Eosnik), dépendance de celui de Liobostinie, et de Sveta-Petha sur un affluent de la Mprava bulgare au pied N. E» du Jastrebatz.
Dans le cercle d'Oujitze: ceux d*Arilje sur la Morava près du débouché du Deschina, de Ratseha (1 archimandrite et 3 hiéromoines) (distr, de Ratseha) sur le pied méridional de Tlvitza, de Soloiouscha (79 mais, et 603 h.) , de Kovilie à la jonction de la Moravitza et de la Morava orientale^ et de SUUa à la source de cette dernière.
Dans le cercle de Pojarevatz : ceux de Touman près de Goloubatz (1 mO» de Gomiak au pied S. E. de l'Omolie sur la Mlava (4 m*), avec sa dépendance à Vitovnitza ou Vtaehovnitzi^ au pied N. O, de l*Omolie (distr. de Mlava) (1 m.)> et de Terg (distr. de Mlava).
Dans le cercle de Roudnik : ceux de Blagovieschtenie sous le mont Kablar sur la Morava (3 hiéromoines) , de VoUiavtscha (3 hiéromoines), et de Nikolie (4 hiéromoines), avec sa dépendance à Vouian (4 hiéromoines) , ces trois derniers sont aussi près de la Morava.
Dans le cercle de Schabatz: ceux de Têchokeschina au pied N. E. du Tzer sur le Kamitschak (2 m.), de Tronoscha (distr. Podrina) (4 m.)» et sa dépendance à Radavatnitza au pied N. E. de Tzer sur le haut du Doumatscha.
Dans le cercle de Tschatschak: ceux de Jelendol- Srietenie (distr. de Dragatschevatz) (4 hiéromoines), de Troitza (même distftct) (2 hiéromoines), et de SUmdenitza près de Tlbar (10 hiéromoines, 1 diacre et 1 adjoint).
Dans le cercle de Tchoupria: ceux de Ravenitza sur le torrent du même nom (4 m.), de &veta Petha (district de Paratchin) , une dépendance du précédent , et de Manasia (distr. de Resava) (4 m. et une école).
Dans le cercle de Valievo : ceux de Bogovatja (distr. de Koloubara) sur le Lvig (4 m.), de Radouacha (distr. de Tamnava), de Tchelie sur le haut du Gradatz au S. de Valievo, et de Poustina sur le haut du Jablanitza.
La jusUce est rendue par des juges de paix {primiritelnii Soud) aux chef-lieux de district et par des tribunaux supérieurs (Soud) dans les capitales de cercles et enfin par le tribunal d'appel {Naivttcha Soud) à Belgrade.
Quant à VinatruaHon^ toutes les études supérieures sont concentrés à Belgrade, où il y a un lycée composé de deux facultés, savoir la philosophie et le droit, puis une petite école militaire, un gymnase à six classes, une école de trois classes pour les artisans et les commerçans , une école grecque , une école de théologie de quatre classes, une école élémentaire de quatre classes et deux d'une classe. Dans le reste du pays il y a encore trois gymnases inférieurs à Negotin, Kragoujevatz et Schabatz et 232 écoles élémentaires. Le nombre des écoliers dans ces instituts dépasse 6766. En outre les Turcs ont 12 écoles élémentaires, 8 pour les garçons et 4 pour les filles, et les Juifs une école à Belgrade.
Le cercle dé Belgrade est divisé en S districts , savoir ceux le long de la Save (Posava), le long du Danube (Podounava), du Kosmai, de la Touriia et du Koloubara. Il comprend 101 paroises, une ville, 120 villages, 6601 maisons et 44,071 âmes. Il y a IS écoles et 3 douanes, savoir à Belgrade, Vischnitza et Topschidere. La résidence du commandant ou Naiachalnik et le tribunal du cercle résident à Belgrade. Une poste à lettres et aux chevaux est aussi dans cette ville et une aux chevaux à Grotzka.
La distribution de la population dans les districts du cercle de Belgrade est la suivante : Le long de la Save il y a 30 villages, 1610 maisons, et 10,312 âmes. Le commandant ou capitaine réside à Vranitchi (124 m. et 791 h.). Le long du Danube il y a 1 bourg, 31 villages, 1991 maisons et 12,482 âmes. Le commandant réside à Grotzka. Dans le district de Touriia il y a 21 villages, 1032 maisons et 7361 âmes. Le comm ndant réside à Dorosava. Dans le district du Kosmai il y a 18 villages, 1007 maisons et 7581 âmes , le commandant réside à Sopota. Dans le district de Koloubara il y a 21 villages, 961 maisons et 6335 âmes, le commandant réside à Veroschevtzi.
Le diocèce de Belgrade comprend les cercles de Belgrade, de Semendria, de Pojarevatz, de Tchoupria, de Jagodin, de Kragoujevatz et de Krouschevatz. Il contient 277 paroisses, 103 églises et 15 couvents avec 45 moins et 269 prêtres séculiers. Le métropolite de la Servie réside à Belgrade. L'Archi prêtre de Belgrade
a BOUS lui 14 paroisses et 7 églises , comprenant outre Belgrade une partie du district gouvernemental le long de la Save ^).
A la sortie de Belgrade par la porte de Ck)nstantinople on se dirige au S.E. en coupant un plateau un peu incliné et formé par les hauteurs , qui s'étendent vers Vischnitza sur le Danube (56 m. et 381 h. avec une église et une école) , ainsi qu'au Sud vers le pied du mont Avala. Il porte le nom de Vratschar, et près de Belgrade on y voit une petite mosquée en ruines. Ce terrain totalement déboisé est cultivé en partie en champs d'orge, de fromenty de seigle et de maïs* La pente est divisée en étages bien marqués, qui indiquent les restes des anciens niveaux des eaux, qui ont couvert le bassin de la Hongrie. Non loin de la fontaine de Jeurmeuglouk à ly^l. de Belgrade on voit au S. aupiedN. E. du mont Avala le village de Doini-Mokri-Loug (bocage humide inférieur) avec 52 maisons et 360 habitans, tandis que le grand village de ce nom, le Veliki-Mokri-Loug , compte 76 maisons et 545 habitans. Au N. une ondulation du terrain empêche de voir le village de Mirievo (69 m. et 376 h. avec une église) sur le ruisseau du même nom, qui y coule du S. au N. dans le Danube. Une seconde fontaine se trouve à y, 1. plus loin et à 430 pieds de hauteur absolue. Eu deçà de cette plate-forme on laisse vers le Danube le village de Vintscha (81 m. et 422 h.) et on atteint des petits bocages et la vallée boisée de Biela-Rieka (rivière blanche), où se trouvent les villages de Veliko-Selo (112 m. et 722 h.) et de Bolietsch (62 m. et 388 h.). Ces pentes laissent encore appercevoir deux grands terrasses bien distinctes.
Grotzka est au pied des hauteurs non loin du Danube et à S 1. de Belgrade. Ce petit bourg de 205 maisons et de 961 âmes, consiste principalement en une rue coudée et garnie de boutiques, où se vendent tous les objets les plus usuels de la vie serbe. U y a une auberge, une nouvelle église avec un petit clocher en bois à côté et un cimetière palissade. Un ruisseau, nommé aussi Grotzka, coule à travers le village et se passe sur un pont de bois , en deçà est la maison d'une étage du commandant , les autres habitations n'étant que de rez-de-chaussés. Dans ce lieu se livra la bataille de 1739 entre les Turcs et les Autrichiens sous Charles VI. Dans le haut du vallon du cours d'eau de Grotzka est le petit couvent de Rakovitza avec 2 moines.
') l'our le retfie de 1 adminUiraiiou serbe voyez ma Turquie d'Europe.
A Grotzka se séparent les routes de Constantinople et de Semendria. Pour gagner cette dernière ville , on côtoyé le Danube au pied des collines boisées et marneuses, qui le bordent. Ou monte ensuite dans les bois et traverse les hauteurs par un chemin profondement excavé et célèbre dans le combat de Grotzka. Dans ces lieux reste caché le village de Seona (43 m. et 209 h.) et on ne revient sur le bord du Danube qu*à 2 1. de Grotzka. Depuis là jusqu'à Semendria les rives de ce fleuve sont fort jolies On traverse des champs, et des vignobles sans échalats, des vergers de noyers et des bois des chênes, tandis que le hauteurs au S. sont complètement couvertes de chênes, de poiriers, de peupliers, au milieu desquels le tilieul argenté forme des touffes d'un effet admirable.
Nous rencontrâmes dans ces lieux près d'une fontaine une file de charriots conduits par des Turcs, qui allaient passer la nuit dans la forêt, afin d'en ramener du bois pour le marché du lendemain. Plus loin un charriot élevé, couvert avec une toile et traîné aussi par des bœufs faisait voyager lentement une dame turque, qui n'était séparée de son cocher que par une simple toile.
Semendria (en serbe Smederevo) est une ville de 743 maisons et de 3265 âmes, avec une église et une école de trois classes. C'est la résidence du commandant et du tribunal, ainsi que celle d'un archiprêtre, qui a sous lui 12 paroisses et 4 églises.
Le cercle de Semendria comprend deux districts, savoir ceux le long du Danube (Podounava) et du Jasenitza avec S4 communes, 2 villes, S2 villages, 6020 maisons et 37,6SS âmes. Il y a 8 écoles et la poste s'y trouve à Semendria, Palanka et Kolar. Le district le long du Danube contient 1 bourg, 27 villages, 2853 maisons et 16,711 âmes et le commandant réside à Palanka, tandis que le district de Jasenitza compte une ville, 25 villages, 3167 maisons et 20,944 âmes ; le commandant réside à Semendria.
Cette dernière ville est bien située sur le bord du Danube entre le pied de coteaux en pente douce et le vieux château, qui occupe le point de la jonction de la Jezava et du Danube. La plupart des maisons y ont une petit jardin ou verger et beaucoup paraissaient neuves. Dans les rues principales elles ont un étage et sont blanchies en dehors. Le prince y a un Eonak et il y a une place avec des boutiques, qui sert de marché. L'église est
située sur la pente de la colline et paraît fort ancienne, elle est basse et petite, et a une chapiteau polygone. Le cimetière à l'entour est environné d*une palissade. Les auberges principales sont sur le Danube y où stationnaient lors de notre passage plusieurs grands bateaux venus de Widdin. Comme exception à la pureté des mœurs serbes, une des auberges offirait , comme en Pologne, des filles publiques. Elle était tenue par un Zingare, qui de mahométan était devenu chrétien. Comme habitation Semendria parait bien plus agréable que Belgrade , à cause de ses environs, qui permettent de faire de jolis promenades* Il y a des vignobles renommés, appartenant en partie au Métropolite serbe, et la quantité de mûriers y rendrait l'éducation des vers à soie possible.
Le vieux château fort (voyez ma Turquie d'Europe, vol. 2, page 334) est occupé par ISO habitations turques avec 326S âmes, y compris la garnison. Ces Musulmans y vivent entassés dans des rues étroites et obscures à cause des hautes murailles du castel. Cest dans ce lieu que résidât le sénat du temps de Tzemi- Georges. Il y aurait, dit-on, encore quelques vieilles inscriptions serbes , mais l'examen soigné de l'intérieur est rendu difficile à cause de la jalousie des Turcs et la ridicule importance qu'ils attachent à cette ruine du moyen âge.
Pour aller de Semendria à Pojarevatz (Ilosapesau) , en ail. Poscharevatz , il faut franchir le pont en bois bur la Jezava ouïe bras gauche de la Morava, et gagner à 1 y, 1. de là cette dernière rivière à travers des vastes pâturages, souvent inondés. La Morava y est un peu encaissé entre des berges d'argile d'alluviale, et charrie outre des graviers beaucoup de troncs et de racines d'arbres , en changeant souvent de lit , ce qui fait qu'elle n'est guère navigable près de son débouché dans le Danube, où est la ruine du fort de Koulitsch. U faudrait régler son cours. Un bac y passe les voyageurs moyennant une demi piastre turque (2 à 3 sols). Une forêt de grands chênes clairsemés sépare la rivière de la plaine de pâturages et de champs, qui précède Pojarevatz et qui serait parfaite pour une revue ou un champ de bat^le. Nous y trouvâmes un bon nombre de lourds charriots et des voyageurs.
Pojarevatz est situé en plaine au pied occidental d'une basse crête, qui court du S. au N. Cette ville de 740 maisons ne contient que 3733 âmes. U y avait à notre passage une garnison serbe de 200 hommes avec un médecin attaché à la troupe, qui
était casemée. Cette ville est la résidence du commandant et du tribunal du cercle du même nom, ainsi que d'un archiprêtre, qui a sous lui 29 paroisses et 9 églises. Il y a une église et une école de trois classes. Malgré cela elle a plutôt l'air d'un grand village du Bannat que d'une ville, parceque ses rues sont larges, non pavées et peu garnies de maisons, dont chacune est dans un enclos entouré de palissades ou de haies de branches sèches d'arbres* Ce n'est que sur la grande place et dans les rues, qui j aboutissent, qu'il y a quelques boutiques et un certain mouvement L'église est située sur le pied du coteau et comme à Grotzka le clocher à jour et en traverses de bois est à côté, et un cimetière palissade environne le tout.
Les plus grandes curiosités de Pojarevatz sont le Konak du prince et une petite mosquée avec un minaret qu'on conserve comme une relique. Le Konak a deux entrées, celle qui débouche près de la grande place a un portail avec les armes de la Servie, c'està-dire quatre briquets sur une couronne. Tout l'espace occupé par le Konak est palissade et à la porte il y a un corps de garde occupé, lorsque le prince y est Le Konak en lui-même est une maison carrée de nulle apparence et d'un étage, auquel on peut monter par devant et par derrière au moyen d'un escalier en bois. Sur le devant il y a une galerie ouverte sans fenêtres, où le prince Milosch se tenait de préférence. Sur un des côtés on remarque qu'une cheminée fait saillie hors de la muraille. Dans l'intérieur étaient des tableaux d'anciens rois serbes, de personnes célèbres et celui du prince Milosch en pied avec son drapeau en main. Non loin de là est le Konak de la princesse portant les armes serbes, une autre petite maisonnette d'un étage pour les princes ou les secrétaires, enfin les cuisines, les écuries et une poudrière.
A Pojarevatz habitait Milontin Petrovitsch, frère du Haidouk Velik6-Petrovitsch, qui a péri à Negotin pendant la dernière guerre sous Tiemi-Georges* Près de Pojarevatz eut lieu en 1689 une bataille gagnée sur les Turcs par les Autrichiens sous le margrave de Bade. Dans ce lieu fut signé en 1718 la paix entre les Turc» et les Autrichiens. £n 1804 les chefs serbes Jacques et Tzerni- G^orges parurent devant cet endroit avec un canon pour y soutenir Milenko et en 1815 le prince Milosch prit ce bourg, défendu avec acharnement par les Turcs retranchés derrière des redoutes et dans Téglise. Au N. O. de Pojarevatz se trouve Petka (77 m.
et 817 h.), où en 1813 les troupes de Chourschid-Paecha se réunirent à celles du Kapetan-Pascha.
Le Cercle de PojarevcUz comprend cinq districts, savoir ceux d'Omolie, de Rieka et de Jvijd (JKbîja), de Ram et du Pek, de la Morava et du Mlava, avec 151 Communes, 2^ bourgs, 185 villages, 15,309 maisons et 93,747 âmes. II y a 25 églises et 2 lieux de douane. La poste aux chevaux et aux lettres est à Pojarevatz et la poste aux chevaux à Neresnitza (205 m. et 1098 h.). Le district d'Omolie se compose de 17 villages, 1303 maisons et 8292 habitans. Le commandant demeure à Jagoubitza. Le district de Rieka et de Jvijd contient un bourg, 35 villages, 2257 maisons et ! 3,444 hnbitans. Le commandant réside à Gomia-Erouschevitza. Le district de Ram et du Pek se compose de 45 villages avec 3504 maisons et 21,760 habitans. Le commandant réside à Veliko- Gradischte (306 m. et 1620 h. avec une église et une école de 2 classes). Le district de la Morava contient une ville, 44 villages, 4583 maisons et 27,104 habitans. Le chef-lieu est à Pojarevatz. Enfin le district de Mlava est composé de 38 villages avec 3660 maisons et 23,146 âmes. Le commandant demeure àSvinie (152 m. et 954 h.).
Pour aller de Pojarevatz à Milanovatz on peut passer par Goloubatz, Voukovitch ou par Maidanpek.
Boute de Pojarevatz à Milanovatz par Goloubatz.
Derrière et à TE. de Pojarevatz la crête Sopot ayant 100 pieds sur le Danube ou 345 pieds de hauteur absolue, sépare la vallée de la Mlava de celle de la Morava. Des champs de maïs couvrent les pentes de cette hauteur , d'où on ;i une vue étendue tant sur les plaines et les montagnes du Bannat que sur les sommités les plus élevées de la chaîne centrale de la Servie ou du district de Schoumadia. Ces dernières crêtes semblant toutes liées ensemble, ne font plus que l'efiet d'un grand plateau, sur lequel ressortent en proéminences toujours plus élevées, à mesure qu'on avance vers le S. le cône obtus du mont Avala, le dôme du Kosmai, les cimes près de Boukovik et de Verbitza, le Ventschatz, enfin les montagnes un peu plus découpées de Roudnik. D'un outre part s'élèvent au S.E. les monts Omolje avec leurs escarpemens de calcaire secondaire et au S. oii distingue même la chaîne schisteuse ancienne du Jastrebatz près de Krouschevatz.
La vallëe du Mlava est cultivée et a une demie lieue de large, de manière qu'on n'atteint la rivière qu'à 1 ^/^ lieue de Pojarevatz. On la passe deux fois sur des ponts de bois. La vallëe est surtout occupée par des prés et des bois. En deçà de la Mlava est une berge de 30 pieds de hauteur, sur laquelle est situé au N. Terania et au S. le village de Baré (103 m* et 738 h.) avec des bois de chênes. On est alors à 2 1. de Pojarevatz. On monte ensuite sur une colline courant environ parallèlement à celle de Pojarevatz du S. Ë. au N. O. et boisée vers le haut. Dans ce bois du Kotachariska-Lipovatz , on est déjà à S38 pieds d'élévation et à 3 L de Pojarevatz. Depuis là on a une vue sur les montagnes au S.E. dont toutes les têtes sont tournées au Nord.
Après le village de Srechna (Heureux) entouré de quelques pruniers, on passe un bois de gros chênes et à ^^ L delà on traverse le Pek au gué, rivière qui coule dans cet endroit du S. auN. An pied des coteaux qui la bordent est le village de Milievitza ou Milievitche (52 m. et 342 h.), aussi entouré de pruniers et en deçà des hauteurs à 1 1. plus loin le hameau de Boritsch (S9 m. et 339 h.) est caché dans un bois semblable. Une crête plus élevée que les précédentes et atteignant 583 p. sur le Danube se) are ce vallon d'avec ce fleuve. Le sommet formant plateau est en partie cultivé. En descendant sur Goloubatz on traverse Sadina, qui est dans un petit vallon orné d'un bocage de chênes et entouré de champs de mais et d'haricots mêlés de melons d'eau.
Le village de Goloubatz (de la Colombe) (107 m. et 608 h.) est 8 L de Pojarevatz sur le bord du Danube et adossé à des pentes couvertes de limon argileux ou de Loeas^ dans lequel il y a des chemins creux. Ce hameau dévasté se repeuplait en 1838 et son auberge au bord de l'eau offrait une chambre pour les voyageurs.
La route par terre de Goloubatz à Milanovatz est très mauvaise et oblige à des montées et des descentes réitérées qu'on peut tout au plus faire à cheval ; aussi la poste ne parcourt pas cette route et on préfère s'embarquer en bateau. A V* ^ ^^ village se trouve déjà une grande montée fort roide, qui tourne les rochers élevés de calcaire secondaire, formant le premier défilé du Danube appelé par les Slaves Babakai. Us supportent en avant de jcette véritable porte et à moins de leur demi-hauteur la vieille et belle ruine du château fort de Goloubatz. (Voyez sa description dans ma Turquie d'Europe. Vol. 2. page 370.) Depuis cette
montagne on jouît d'une vue très étendue sur le Bannat et en particulier sur les environs de Moldava. Cet obstacle surmonté ou depuis Bernista la route ne peut pas suivre toujours le Danube comme dans le Bannat , parce que les montagnes ou au moins leurs rochers viennent très souvent se terminer brusquement dans l'eau, tandis que sur la rive opposée il règne le long du Danube une terrasse alluviale plus ou moins large depuis le défilé de Goloubatz jusqu'à celui deKasan. Sur le côté serbe au S. de Drenkova des rochers porphyriques et arenacés rouges forment même des murs, qui coupent tout-à-fait la route, ce n'est qu'après ce passage qu'on peut longer l'eau comme en Bannat.
A Goloubatz on trouve à s'embarquer dans des canots passables conduits par trois bateliers. En deçà du château de Groloubatz dont les tours surplombent d'éffii^yables précipices calcaires, on entre dans le défilé, où le Danube est resserré par deux murs verticaux offrant ça et là des cavernes. Sur le côté du Bannat est à 20 pieds sur le Danube la caverne des Cousins {Mûckenhôhle)^ lePeschtschera Ooloubatschka des Slaves, qui consiste en deux trous, d'où sortent en été, dit-on, des essaims de moucherons (Branitschevka ou Goloubatschka Moucha). Comme ils tourmentent le bétail, on a fait murer trois fois l'entrée de ces cavernes et on a débité beaucoup de contes sur ces insectes, qui affligent, dit-on, toujours la même portion des bords du Danube et qui sont très venimeux. Les Vallaques veulent même lier leur existence avec celle d'un dragon fabuleux. 1) Mais ils se trouvent partout dans ces environs et non point simplement dans ces cavernes; leur nom systématique est Similium reptans Golubatzense. (Voyez Comptes B. Acad. d* Se. de Vienne. 1848. Cah. 2* p. 184.)
On distingue sur les rochers ou plus loin au bord de l'eau les huttes couvertes de branches d'arbres, où sont logés les postes de la milice des frontières hongroises (Granitzer). Les sous-officiers ont des petites maisonnettes. Si on s'approche trop près du côté autrichien, le poste sort tout de suite et est sur le qui vive. Sur la rive serbe après ce défilé les pentes des montagnes descendent rapidement dans le Danube. Ce n'est qu'à 4 1. sous Goloubatz vers Dobra (120 m. et 627 h.), que leurs contours s'adoucissent et on voit même quelques champs près de ce village. Au-dessus il y a les restes
') Voyez Geschichte der Golnbacser. MûckenhOhle par SchOnhanser. Vienne 1795.
d'une ancienne fortification. C'est le premier point depuis Goloubatz, où on puisse passer aisément le long du Danube. Une caverne se trouve dans la montagne.
Au-dessous de Dobra ce fleuve coule de nouveau entre des montagnes sauvages boisées et sur la rive serbe il y a des traces d'un chemin creusé dans le roc par les Romains. U est tout piès du niveau de l'eau. On entend déjà à une demie heure de distance le bruit que fait l'eau coulant entre les rochers de Taschtali ou Grebenéy qui traversent en biais le Danube à 3 ou 4 h. sous Dobra, Des croix et des pierres indiquent sur la rive serbe les malheurs, qui y sont arrivés. A une V2 1* plus bas le fleuve est resserré de nouveau par un rocher qui s'avance depuis la Servie à 200 pas dans le Danube. C'est ce qui forme la porte de fer supérieure, le Gomie Demir-Kapù
En deçà de ce passage difficile il 7 aune chute d'eau à voir dans les hauteurs au-dessus du hameau de Bolietin (36 m. et 160 h.), qui est caché dans une gorge, et plus bas vient l'île, où était jadis sur le côté sud la ville de Poretsch avec une église ayant un clocher, bâti du temps de Tzerni-Georges. En 1813 Poretsch fut défendu longtems contre les Turcs par Hadji Nikles, qui fut fait prisonnier et décapité. Derrière cette île en partie cultivée en muïs, la rive est couverte de bois de chênes et de vignobles. Au-dessous de Poretsch est l'île longue et étroite de Hadji Nicolas et à 1 1. plus bas le débouché du Poretsch, sur la rive droite duquel est l'ancien castel de ce nom. A ^/2 h. avant cette rivière, se trouve sur le Danube et sur la rive occidentale d'un petit torrent le bourg de Milanovatz^ fondé par le Prince Milosch et portant le nom de son fils aîné.
Route de Pojarevatz h Milanovatz par Voukovitche.
Cette seconde route est de plus de 20 h. de durée et on passe par Bratintze (50 m. et 313 h.), en deçà de la Mlava et par Smolinatz (Smolintze) (131 m. et 1328 h.). Au N. reste à % 1. le hameau de Lioubinie (51m. et 334 h.) et au S. celui de Schepine (100 m. et 726 h.). Depuis là on franchit les hauteurs entre les vallées de Mlava et de Pek, et on atteint Bobrovatz. On passe cette dernière rivi' re et on se tient sur sa rive septentrionale au pied du mont Golitch, où se trouvent plusieurs des affluens du Pek. Les endroits
qu'on rencontre successivement 8ontyoukoyitche(71 m. et 407h.), sur un petit ruisseau, le hameau de Sbrtzi (37 m. et 211 h.), Lieschnischte et sur un autre ruisseau Krou8cheyitza(K. gomia)(i24m. et 785 h.) et E. Dolnia (43 m. et 305 h.). Après trois autres petits cours d'eau on laisse Douboka (Profond) un peu auN. sur un torrent et on atteint Volina au N. d'un grand torrent; depuis là le pays devient surtout fort bois<^ et sauvage et il faut franchir une haute montagne pour atteindre Milanovatz.
Depuis Erouschevitza on peut se rendre par des sentiers à Groloubatz en passant près de gorges, où se trouvent les hameaux de Touria (102 m. et 555 h.) et deRakovabara (Bourbier à ëcrevisses), (84 m. et 497 h.) Au N. de ce dernier village vallaque sont les crêtes boisées du Vis, qui sépare le Danube de la vallée du Pek. Le Vis comprend le Prisoj au N.E. de Sukovabara, le Soumor au S. E. et le Strenik. A l'E. de cette dernière montagne le partage des eaux a le nom de Loulesch, et on appelle Tschaula l'arête qui s'étend de Strenik au Pek* Il faut monter beaucoup et descendre pendant une heure pour arriver dans le vallon de Touman, où est situé le couvent du même nom. Ce dernier ne renfermait en 1837 que de deux moines. On a encore deux heures depuis là pour atteindre Goloubatz, route qui se fait le long du torrent. Ce dernier se jette dans le Schitkovitza et celui-ci débouche dans le Danube à une lieue au-dessus de Goloubatz« Près du monastère de Touman il y a une source intermittente à périodes de flux et reflux de six heures de durée.
Route de Pojarevatz h Milanovatz par Maidan-Peh
La troisième route de Pojarevatz à Milanovatz de 22 h. de durée passe par Maidan-Pek. En 1837 elle était conune la précédente très mauvaise pour des charriots, surtout dans le défilé entre Sena et Krouschevitza et la poste n'y allait pas. On l'a beaucoup améliorée ces dernières années, parcequ'on a repris l'exploitation des mines de cuivre de Maidan-Pek, que les Autrichiens avaient entreprise dans le siècle passé. La route quitte la précédente à Bratnitze pour gagner plus au S. les villages de Trniane (91 m. et 662 h.), de Tzmoutche ou Trnovtsche (78 m. et 564 h.), et de Koula (99 m. et 638 h.), et arriver par Moustapitch (140 m. et 885 h.) sur le côté méridional du Pek. Les villages sur cette
route sont Mischlienovtze (82 m. et 504 h.), Sena (36 m. et 206 h.), Elavna, Nieresnitza (208 m. et 1098 h.), et enfin Doubok (profond) an grand coude méridional du Pek. Au S. le mont Voukan et le KomtBchi-Planina séparent la vallée du Pek de celle de la Mlava. Près du confluent du Todorovitza et du Pek venant tous deux du S., est Debeli-Loug (Fourré épais) (54 m. et 296 h.). Le Nikolan-Planina sépare ces deux torrens et derrière cette montagne vient au S. le Stava et l'énorme plate -forme de rOmolie.
A l'entrée de la vallée du Pek, il j a des cultures et même des vignobles, mais plus loin vers Sena le lit de la rivière est dans un défilé d'une lieue de longueur, à la sortie duquel est environ Krouschevitza. Au S. de Sena est dans une bassin de 2ya 1. de longueur le village de Koutschaina (62 m. et 360 h.), près duquel existaient une fois des mines d'argent. Jadis une route pavée conduisait depuis là au Pek. Le reste de la route à Maidan- Pek ou Maidanisk traverse un pays boisé en chênes et hêtres et très agreste. Aux sources du Pek derrière Debeli-Loug dans le Poretschka-Planina il y a encore, d'après Mr. Vouk Stephanovitch, une eau, qui sourde de terre en produisant un bruit comme un sifflet, d'où elle porte ainsi que les environs le nom de Zvijd (3BflSA, sifflet). Le Pek se déverse dans le Danube à Yeliko- Gradischte, où il y a, dit-on, une petite ruine.
Il faut monter pendant plus de deux heures pour arriver à la cime des montagnes assez élevées, qui séparent le bassin de Maidan-Pek de l'agreste vallée du Poretschka-Rieka. A une lieue plus loin on arrive sur une place nommé Lischkovatz, où la montagne est dégarnie d'arbres et d'où on a une vue sur les crêtes entre le Timok et les sources du Poretschka-Rieka et du Pek. Tout de suite après on rentre dans les forêts de chênes et de hêtres, qui couvrent toute la longue pente de trois lieues jusque vers MilanovatZ) et sur laquelle descend une route à 4 ou S contours.
On peut aussi se rendre de Maidan-Pek à Milanovatz par le haut de la vallée du Poretschka-Rieka, savoir au moyen d'un sentier à travers la montagne aux sources du Raschka, la tête principale du Poretscka, tandis que l'autre vient du mont Deli- Jovan (Jean le fou). A leur confluent se trouve le village de Roudna- Glava (tête minière) et un peu au-dessus les mines de fer de ce
nom. Dans la profonde vallée de Poretschka entre les montagnes boisées du Pekska-PIanina et celles plus nues du Mirotsch- Planina, on passe par Miloscheva-Koula , Klokotâchevatz (85 m. et 413 h.), Topolitza (140 m. et 932 h.) et enfin sur le Danube en avant de Milanovatz à Orescbkovitza (65 m. et 228 h.)*
Depuis Koudna-Glava on peut gagner aussi la vallée du Timok et Negotin par un col d'environ 4000 p. d'élévation dans le mont calcaire appelé Stol (chaise) au S. du Deli-Jovan , qui est un prolongement méridional du mont Mirotsch. On j monte par un affluent du Poretschka et on descend sur une plus longue pente vers le hameau de Solani et vers Tschokoniar sur le Timok (20 m. et 114 h.). En deçà de la montagne élevée au S. de Boudna-Glava se trouve une eau thermale dans le haut de la vallée du Kresna, affluent du Timok.
Milanovatz n'est que l'ancien bourg de l'ile de Poretsch» qui a été transporté sur la rive serbe du Danube. Le Sultan avait fait présent au prince Milosch de cette île et de quelques villages voisins. Ce bourg compte 222 maisons et 1006 âmes, il y a une église et une école. On y pêche beaucoup d'esturgeons et y prépare du caviar.
Depuis Milanovatz une nouvelle route conduit en 6 heures parla montagne de Mirotsch à Brza-Palanka (91 m. et 395 h.)» village au confluent du Rietschka avec le Danube. La montée a lieu par plusieurs contours. On y jouit de la vue de sauvages montagnes, qui sont en partie boisées et on n'y rencontre que des bergers vallaques. £n général la Kraina confinant à la Val- Inchie est la seule partie de la Servie , où il y ait un certain nombre de Vallaques.
On peut aussi longer depuis Milanovatz le Danube , on passe alors par Groloubinie (81 m. et 426 h.) , Schtirboutz (163 m. et 939 h.), Kobilievo (Kobilova) , Tekiîa (Tekie) (162 m. et 671 h.), Grad Tzaritze-Elene vis-à-vis d'Adakale, Dgedgeratz (Tisseracz) (69 maisons et 289 h.)» Kladouschnitza (31 m. et 358 h.) et Kladovo (t. Phetislam) (201 m. et 751 h. serbes avec 70 m. ou 374 h. mahométans). Depuis ce bourg sur un grand torrent on a encore 4 1. jusqu'à Brza-Palanka. On traverse la presqu'île formée par un contour du Danube et on passe sur le bord de ce fleuve par Mali-Kamenitza (123 m. et 560 h.), Valioiîn et Grabovatz. Sur ce chemin on a occasion d'admirer le
défilé de Kaauu bordé de8 deux côtés par de grands CAcarpehien» calcaires et de voîr vis-à-vis d'un lieu entre Ëschelnitza et Qgra-: dinâ la table trajane sur ces rochers blancs , ainsi qu'à 1 L sous Orschova la porte de fer véritable ou inférieure, le Donie-Djerkap. des Slaves 9 nom qui n'est que l'abréviation du mot turc de Demir Kapija ou de la dénomination de Demir - Kapou (en ail» Ëiserne Thor % Plus bas au-dessous de Kladovo est la place du pont de Trajan et la tour carrée, qui était jadis, dit-on, à son entrée. Ce dernier chemin n'est difficile qu'entre Plaschisevitza et Kobilievo. On y voit encore, ça et là, des traces de la voie romaine très près de l'eau ').
Depuis Brza-Palanka la route de Widdin longe le Danube^ on ne traverse que de petits coteaux en partie cultivés* Après avoir franchi les torrents de Zamna et de Kamenitza, on atteint à S'/é !• le hameau de Djanièvo (243 m. et 1329 h.) , puis après le torrent suivant on passe à Vidrovatz (104 m* et 710 h.) et à Koroglasch et enfin après 6 h. de marche on arrive à Negotin» Dans ce dernier bourg serbe il 7 a 613 maisons ou 2709 habitans, avec une église, un gymnase et une école de deux classes. U y existait jadis un petit fort nommé Pasmardja , qui était entouré d'une muraille carrée avec des tours aux quatre coins. Lors dé la guerre avec les Turcs on y avait ajouté des palissades et des rédoutes. Cette place fut assigée en 1809 par Jsaiev et Mîlenko et prise en 1810, mais les Turcs la reconquirent en 1813 après un long siégCy où périt le chef serbe Veliko, ce qui fut suivi d'un terrible carnage à Kladovo.
Negotin est le chef-lieu du cercle de la frontière ou Kraina et la résidence de son commandant ainsi que du tribunal du cercle et d'un archiprètre» qui a sous lui 82 paroisses et 46 églises. Ce dernier est sous l'évêquo de Timok , dont le diocèse comprend les cercles ecclésiastiques de la Kraina, du Tzema- Bieka (rivière noire), de Gourgousovatz et d'AIeksinatz , savoir; 69 églises, 120 paroisses, 7 couvents avec 19 moines et 12S prê-
') Ce nom est fréqaent dans !*£. de TEurope comme en Orient. Ainsi s'appelle le passage entre la vallée du Tserna dans le Bannat et celle de Hatzeg en Transylvanie! On le retrouve dans le Balkan d'Islivné et le Rhodope, en Assjrie, en Perse, en basse Autiiche, etc.
*) Voyez ma notice sur le Bannat dans le Bulletin de la Société géol. de France, 1836, voL 8, page 136.
très Béculiers. L'ëvèque de Timok ainsi que le coosistoire se trouvent à Negotin.
Le Cercle gouvemenihital de Krama comprend quatre districts, savoir ceux de Poretschka-Rieka, de Brza-Palanka, de Klioutsch et de Kraina. On y compte 74 communes, 3 bourgs, 77 villages, 9643 maisons et 60,021 habitans. U y a 7 écoles et 8 douanes, savoir à Badouievàtz, Kladovo et Tekie, H y a une poste aux chevaux et aux lettres àNegotin et Kladovo et des postes aux chevaux à Milanovatz et Brza-Palanka. La quarantaine est à Gadouievatz* Le district de Poretschka et du Rieka est composé d'un bourg, de 12 villages, de 1268 maisons et de 6742 âmes. Le chef-lieu est à Milanovatz. Le district de Brza-Palanka contient 21 villages, 291S maisons et 1S,242 âmes. Le chef-lieu est àNegotin. Le district de Klioutsch comprend 1 bourg, 18 villages, 1779 maisons et 7906 ftmes. Le chef-lieu est à Kladovo. Le district de Kraina renferme on bourg, 26 villages, 3681 maisons et 20,131 âmes. Le commandant réside à Negotin.
Le bac sur le Timok est près de Bregovska ou Bregovo. En deçà de la rivière on entre sur le territoire turc, et il y a un reste d'un ancien bâtiment On passe sur une basse hauteur tertiaire àGirza et laisse au loin à gauche sur les bords du Danube les ruines du château de Florentin.
De Widdin les routes principales en Bulgarie sont celle de Ifîsch (environ 20 h.) , celle de Pirot par Arzer-Palanka et Tschiprovatz (environ 23—24 h.), celle de Sophie par Arzer-Palanka, Drinovatz (U Drenofsche), Milkovatz (t. Melgovdscha), Berkovatz (t Berkovdscha), et le Soumoughou-Balkan (35 — 36 h.). Enfin, les routes le long du Danube et au Balkan.
La ville fortifiée de Widdin (si. Yidin) fait un bel efiet avec 868 20 minarets. De vastes édifices en pierre et à deux étages appartiennent au pascha et sont placés sur une petite éminence. Autour de bon nombre de maisons, il y a des bouquets d'arbres. On y remarque aussi une espèce de château élevé avec des petites tours. Cette ville commerçante compte plus de 20,000 âmes, parmi lesquels il y a beaucoup de Bulgares et de Vallaques. Sur le Danube sont toujours stationnés de grandes barques. Vis-à-vis de la ville est une île dans le Danube.
Widdin est la capitale d'un assez grand Paschalik, qui contient 12 à 13 bourgs et même cinq villes, savoir Widdin, Nikopoli,
Plevna, Lovtscha et Schistova. Sa population est éminemment bulgare, mais une petite partie de ce8 Bulgares comparativement au reste sont mahométans et un nombre très exigu est catholique romain. Les Turcs asiatiques disparaissent presque à côté de cette masse slave* Le chiffre de cette population peut aller à 2 ou 300,000 âmes. LesAyans principaux sont hors des quatre villes dans les bourgs suivants, savoir: Baova, Vischedrina, Dschibra-Palanka, Arzer-Palanka, Belgradschik, Drinovatz, Melkovatz, Vratza, Kamenopol, Pirsnik, Tschiprovatz , Sirischnik, Berkovatz, Vikrar et Isvor.
De Wîddîn à Lovtscha (environ 35 h.) la route postale longeait autrefois le Danube jusqu'à Gaova, mais d'après la carte de Kiepert elle irait maintenant d'Arzer-Palanka tout droit à Vischedrina (t« Vivardsche) et de là à Plevna ou Lovdscha en touchant ou ne touchant pas à Baova.
De Widdin à Ostrova on côtoyé le Danube sur un sol ondulé de petits coteaux tertiaires, ou bien en plaine, tandis que la rive vallaque est toute plate. Jusqu'au Lom on traverse une douzaine de torrens, dont les principaux sont le Ternek, le Vidbaout (?), l'Arzer près d' Arzer-Palanka , et le Smorden. Lom Palanka est bâti sur la pente d une colline et aussi sur un ruisseau. Après le gué du Lom qui prend sa source dans le Tzmi-Vr au-dessus de Pirsnik, on arrive à Zibrou ou Dschibra-Palanka, village avec une mosquée et des maisons en grande partie en bois entremêlés d'arbres.
Le Zibritza, en turc Dschibra, prend ses sources au S, O. près de Tschiprovatz et Sirischnik, petits bourgs bulgares, dont dépendent assez de villages. Une crête secondaire à cimes uniformes, courant du N. O. au S. E., sépare ce district de la vallée du Nîschava. Le Zibritza se passe après Dschibra-Palanka, mais TOugoustoul avant Kostolin (t. Eodosli) et à peu de distance vient le débouché du Skidoul (Seidoul) dans le Danube. L'Ougoustoul ou Ogoustoul ou Ougoust est formé par plusieurs torrens dans le bassin de Berkovatz, qui est borné au S. O. par le Stara-Planina (?) de Mr. Kiepert, tandis que les têtes du Skidoid sont aussi dans la partie orientale de cette dernière crête.
Toutes les six grandes rivières entre Widdin etRaova coulent du S. O. au N. E. et ont leurs sources dans des vallées longitudinales, qui coupent à angle droit la première direction et sont
parallèles au grand canal des temps géologiques tertiaires entre les bassins de Nisch, de Sophie et de la Thrace supérieure ou à la grande voie militaire de Nisch à Tatarbasardschik. La carte de Mr. Kiepert élève fort bien le nombre de ces vallées à deux ou trois. Le sillon N. O.-S. E. de Bania à Sophie est bordé par une crête, comprenant le Tzrni-Vr ou Vrch (Cime noire) au N. de Pirot et le Soumoughou-Balkan au N. de Sophie. En deçà vient le sillon de Petschenabrod sur la route de Berkovatz à Sophie et au S. O. du Stara-Planina (?). Puis le sillon où sont Sirischnik^ Tschiprovatz, Lom, Isnebol et le Mali-Timok. Enfin celui de Berkovatz, de Pirsnik, de Tergovischte et du Velikî-Timok. Mr. Kiepert donne le nom de Kirousch à une partie de l'arête au N« E. de cette dernière cavité.
Comme dans le Jura et les Alpes, les eaux ne sortent de ces sillons parallèles qu'au moyen de cluses ou défilés transversaux en général calcaires, comme à Belgradschik sur TArzer, à Sredokrive sur le Smorden, au-dessus et au-dessous de Pirsnik sur le Lom, àBielograd (Bjelgratz) et au-dessus de Melkovatz sur le Zibritza, au N. de Berkovatz sur l'Ogoustoul et au-dessus de Vratza sur le Skitoul. Cette orographie se continue en partie sur le pied septentrional du Balkan, mais elle y est moins clairement indiquée par suite des destructions postérieures et les aillons ainsi que les crêtes y courent presque O.-E.
Après le passage du Skidoul on atteint Gaova, appelé aussi Orova(?). Le bourg de Raova est situé au débouché d'up vallon dans le Danube, il y a une huitaine de mosquées et quelques habitations passables ainsique des bouquets d'arbres épars sur les coteaux et vers le Danube. Tous ces bords du Danube étaient déjà habités du temps des Romains. Maintenant ils paraissent surtout contenir les 2000 Bulgares catholiques, véritable oasis au milieu de l'église grecque de ce pays. Ils sont groupés principalement à Arzer et Lom-Palanka et né* sont surtout que les restes de colons hongrois lors du temps, où les rois bulgares se reconnaissaient vassaux de la couronne de Hongrie.
Après le gué d'Insîkra on arrive à Ostrova, où on quitte le Danube pour s'enfoncer dans la Bulgarie. L'Isker se^ passe en bac à Glava (Tête), maïs le Vid ou Schereschtoul des Vallaquos à gué après Mahala (Magala des cartes) etàPlaschijaavantPlevna, on traverse les dernièx^es basses collines tertiaires de la Bulgarie,
qui courent parallèlement au Danube et augmentent en hauteur à mesure qu'on avance vers le Sud.
Plevna (t. Pilavna) est ime ville bulgare de 10 à 15,000 habitans environ avec plusieurs mosquées, et le mélange ou l'entourage de groupes d'arbres ordinaire en Turquie. Depuis là on n'a plus que deux hauteurs à traverser pour arriver dans la vaste plaine alluviale, qui précède Lovdscha. Sur cette route militaire comme sur toutes celles où on a établi anciennement des colonies musulmanes, les villages bulgares restent éloignés ou cachés, quoique ce bas pays en contienne un bon nombre. Néanmoins on rencontre celui de Krjine (KpmHHe). La seconde crête après Plevna est plus élevée que la première et son sommet applati est couvert de broussailles et atteint 1425 pieds d'élévation absolue. Depuis sa cime on jouit d'une vue étendue tant sur les contreforts du Balkan que sur la large vallée de l'Osma, qui coule au N. E., et contient maint village bulgare. On distingue entre le Danube et cette hauteur trois grandes ondulations de terrain, tandis qu'à son pied méridional il y a encore deux éminences entre lesquelles il y a des fontaines. C'est dans ces environs que sont cachés dans des gorges les villages bulgares de Schalkovitza, de Slatina et de Novo-Selo (nouveau village). Le reste de la route jusqu'à Lovdscha a lieu à travers une plaine sèche seulement en partie cultivée. Des prés précèdent l'entiée de la ville, qui est placée des deux côtés de l'Osma à la sortie d'une profonde gorge de montagnes calcaires, très escarpées et appartenant au système crétacé inférieur.
Lovatz, en turc Lovdscha ouLoftscha, est une ville d'au moins 12 à 15,000 ftmes. On y compte 300 maisons ou familles chrétiennes, le reste sont des Musulmans, qui habitent surtout la rive occidentale de l'Osma. Un pont en pierre couvert et garni de boutiques lie ensemble les deux bords de cette rivière. LeKonakde TAyan est près de la place sur la rive orientale ; c'est un édifice carré d'un étage avec une vaste cour. Il y a une horloge et huit à neuf mosquées à minarets. La p:irtie orientale de Lovdscha est adossée contre la montagne et bâtie en amphithéâtre; des rues étroites y conduisent à la cime de la hauteur, qui s'avancant eu promontoire vers la plaine, ofire un excellent observatoire pour un ingénieur-géographe. Des officiers d'état-major y étant montés lors de l'occupation russe, les Ottomans n'aiment guère y appercevoir des étrangers. Une autre ruelle de maisons remonte l'Osmau eu
caieaée entre de hautes murailles calcaires et en deçà de deux coudes décrits par cette rivière il y a un cimetière* D'autres lieux de sépulture se trouvent à la sortie de la ville vers l'Ouest et le Nord et le premier est entouré d'une bonne palissade, véritable innovation en Turquie* Enfin le grand Han avec sa vaste cour et son premier étage ne ressemble qu*à deux rangées de cages de ménagerie. Du reste la situation de Lovdscha est des plus belles, la fente des rochers gris occupée par FOsma étant enchâssée dans un cadre de coteaux couverts de beaux vignobles et de vergers. Dans le temps de la floraison le coup d'oeil est vraiment enchanteur.
Pour un ennemi venant du Danube Lovdscha est un premier rempart pour la défense du Balkan, mais pour l'occupation de la Bulgarie la population musulmane de cette ville est d'autant plus importante qu'elle est comme celle de Schoumla au centre de plusieurs villages turcs ou de bulgares mahométans. Quoique ville ouverte, elle peut servir de refuge aux Ottomans comme aussi comme point de départ pour des opérations militaires. D'un autre côté cette ville est placée comme Tmava ou Tirnava à la sortie de vallées de montagnes , où se trouve la population slave , la moins soumise de la Bulgarie , savoir celle aux sources du Vid, de rOsma, du Rousita et du Jantra. La (sauvagerie du Hant-Balkan a servi de tout temps de retraite aux mécontens et depuis là ils peuvent gagner aisément le Rhodope ou d'autres groupes de montagnes tout aussi sûres en Macédonie ou Haute-Moesie. Aussi les passages du Haut-Balkan sont évités par les Turcs et il n'y a pas de relais de poste. Mais les commerçans de Tatarbazardschik et de Philippopolis et surtout les Kiradgis ou loueurs de chevaux de bât traversent quelquefois ces solitudes pour se rendre sur le Danube et surtout à Lovdscha. Suivant le point de départ la vallée du Troutscha ou du Koumsou leur sert à monter le Balkan et si leur but est Lovdscha ils longent l'Osma et passent à Kalougeritza, où est le couvent d'Ouspenie ou de l'Assomption de notre Dame, puis à Trojan et Latetz. Tous ces lieux avec quelques autres villages existent réellement et on ma même parlé de défilés àescarpemens près du couvent.
La route de Lovdscha à Selvi sort tout de suite de la gorge de l'Osma et commence à monter à travers les vergers, les noyers et les cerisiers. Mais il faut une heure pour atteindre le plateau ondulé, qui est inculte ou couvert tout au plus ça et i^ de buis-
sons de chênes. Il s'élève à 900 p. sur Lovdscha, qui serait environ à 800 p. sur la mer noire. A 3 1. de la ville on descend dans un vallon, où se trouve une fontaine, puis on remonte sur un plateau de plus de 2000 p. de hauteur absolue et du même genre que le précédent, et on n'apperçoit pas même de culture dans une vallée à Touest. A 4 1. de Lovdscha on franchit un vallon courant O.-E. et à bonne terre végétalcr il est arrosé par le Roubscher. Des buffles y utilisaient seuls les dons de la nature. Cette route étant une des principales de la Turquie, on ne doit pas être étonné que les Bulgares s'en soyent tenus éloignés. D'ailleurs les Ottomans eux-mêmes j ont favorisé l'établissement de villages musulmans et sont en général parvenus à refouler la population laborieuse des Bulgares plutôt vers le Balkan, la haute Moesie et la Macédoine. Les guerres avec les Russes ont fait le reste, de manière que de toutes les provinces de la Turquie la Bulgarie a le plus déterres en friche et présente le moins de ressources alimentaires pour une armée. D'un autre part les communications y sont plus faciles qu'ailleurs en Turquie excepté dans laThrace, parce que ce pays éminemment de collines offire aussi le plus de voies propres aux charrettes.
Un petit plateau sépare le vallon de Roubscher d'un autre, qui a la même direction et ce n'est que sur la hauteur plus au S.-E. qu'on laisse à droite le village turc d'Aghindjilar. Il est en* touré de champs de blé et de maïs et à l'est il y a des vignobles et des arbres fruitiers. Au S. des collines boisées s'élèvent à 400 pieds au-dessus de cette espèce de vaste col. Des femmes turques sans voile y travaillaient dans les champs en même temps que d'autres étaient grimpées sur des cerisiers, dont nous aurions bien voulu avoir notre part, néanmoins la crainte d'être surpris.par des Turcs nous fit passer outre, sans adresser la parole à personne.
La descente dans la plaine de Selvi à 1200 p. de hauteur absolue est très graduelle et on a tout le temps d'observer à l'est le cours du Rousita dans la large vallée de Selvi, et les vignobles sur les coteaux en deçà de l'eau, tandis qu'au S.-O. s'élèvent aux sources orientales de l'Osma les cimes élevées et gazonnées du haut Balkan (Kodja Balkan) au-dessus des zones des hêtres et des chênes. Ce sont surtout les sommets nommés Tourian - Balkan (5000 p.), Despotohailasi (5100 p.) et la cime de 5251 p. près de Svendol Bogoroditza au-dessus de Kalofer ou entre ce lieu et Kaloujeritza sur l'Osma. Mr. Kiepert a raison d'indiquer une corn-
munication entre Selvi et Sladitza, car les contreforts du Balkan ne m*ont pas paru élevés dans cette direction.
A trois quart d'heure avant Selvi on laisse au N, le village turc deGoermesi et on passe un petit ruisseau coulant encore 0,-E. dans Rousita. Selvi devait contenir avant la peste de 1838 environ g ou 6000 âmes à en juger d'après son étendue et les trois mosquées à minarets. (Voyez ma Turquie. Vol. 3. pag. 863.) Cîomme carrefour de quatre routes elle peut avoir quelque importance et les plaines de la Rousita avec les coteaux voisins paraîtraient assez favorables aux déployemens de forces militaires, tandis que depuis Selvi on peut pénétrer avec quelque facilité dans les vallées au pied du Grand Balkan.
On traverse la Rousita à gué au S.-E. du grand cimetière, qui est à la sortie de la ville. La rivière a un lit large et rempli de cailloux et est très peu profonde en été. Au S.-E. de Selvi on a une vue fort champêtre sur de petites coteaux de vignobles entremêlés de champs et d'habitations. Mais ces indices de culture disparaissent bientôt, car à % de 1. de Selvi on monte par des bocages de chênes sur une petite plateforme, d'où on apperçoit à l'est un contrefort calcaire crétacé du Balkan, qui court comme cette chaîne environ de l'O. à l'E. et peut avoir une lieue de largeur. Dans son milieu on distingue des forêts et des prés entre ces sommets rabbattus, tandis que des escarpemens font face à la chaîne du Balkan, mais au-dessous de ces rochers la montagne descend en plan très faiblement incliné dans la vallée. Lorsqu'on est arrivé au col bas de 2100 p., qui lie cette crête à celle de près de Trojan, on domine tout le pays sauvage, qui sépare le voyageur du Balkan. Néanmoins vu l'ascension graduelle jusqu'à ce point, cette route ne paraît guère susceptible de longue défense, surtout vu le manque de grands bois et de contours importans ou de gorges profoildes. D'un autre part comme poste d'observation ces lieux doivent avoir leur utilité d'autant plus qu'on peut depuis là gravir sur l'arête calcaire voisine de 2800 p. et embrasser une étendue considérable de pays. On distingue dans cette vaste cavité très boisée deux ou trois basses crêtes parallèles au Balkan et à la chaîne dont je viens de parler et qui s'élève environ de 600 à 1000 p. au-dessus du fond de la vallée. On y descend en coupant obliquement le pied de la crête voisine et on est tout étonné de voir que cette contrée n'est pas si sauvage qu'elle paraît Têtre, car bien des villages sont cachés parmi ces mab^es d'ai brcs.
Tout le pied septentrional duBalkan et surtout du grand Balkan jusqu'à Demir-Kapi étant très boisé et coupé autant par des vallées transversales que par des sillons longitudinales, est un échiquier de guerre, qui semblerait bien favorablement disposé pour ceux appelés à se défendre contre le Nord, d'autant plus qu'il y a à une assez grande distance des Balkans une espèce de dernière muraiUe seulement ça et là démantelée. On pourrait concevoir aussi que dans le cas d'une insurrection les Bulgares pussent se retirer dans cette contrée, que leurs villages disparaîtraient dans les forêts comme en Servie et qu*à cheval sur les Balkans il pussent braver les Turcs quoiqu*incapable8 de leur tenir tête dans la plaine ou sur les basses plate-formes déboisées de la Bulgarie inférieure et orientale. La cavalerie 7 serait peu utile et même embrassante* Seuls vu leur nombre les Bulgares de la Bulgarie ne peuvent, pas songer à une pareille chose.
Le premier village qu'on rencontre est Asabelli, habité par des musulmans. Plus loin nous eûmes le spectacle de toute une colonie de Zingares en voyage, les uns à cheval, les autres en charriots ou à pied. Plus loin nous vîmes revenir d*un couvent voisin situé au pied de la montagne, une foule de Bulgares endimanchés. Après avoir fait leur dévotion, ils avaient bu et mangé joliment et au bruit qu'ils faisaient de loin, je crus au premier moment que c'était une foire; en effet un pèlerinage est toujours le point de rassemblement de marchands forains.
Comme Gabrova était encore à 3 L nous allâmes coucher à Eolibola, hameau bulgare de 60 feux, situé (à 1832 p. de h. abs.) hors de la route au S. en deçà d'un petit ruisseau. L'endroit est choisi admirablement pour soustraire tout le village à la vue des Turcs , car au premier moment on ne voit qu'un bois de gros chênes clairsemés sur une petite pente. Ce n'est qu'après être arrivé sur le haut de cette dernière qu'on découvre les maisons du village, dont chacune est avec son jardin et son verger dans un enclos de palissades de branches d'arbres tressées >).
') Le Soubaschi ou chef bulgare da village n'étant pas ches Inî, nons cherchftmes nous-mêmes dans le village la maison, qui paraissait réanir à une bonne apparence le plus de commodités pour notre logement. Nous nous arrêtâmes à l'une qui avait une galerie ouverte ou Tschardak au premier, et sans attendre Tarrivéc des maîtres du logis, nous ouvrîmes la porte de la cour, déchargeâmes nos chevaux, les mimes à Técnrie et nous ctablimes sons le Tschardak. La maitresbe du
Depuis là à Gabrova, à 2 y, h. de distance, la route ') n*oSre rien de saillant et parcourt un pays légèrement ondulé, tantôt couvert de bocages de chênes, tantôt cultivé ou en prés, néanmoins on n'apperçoit pas de villages* A l'entrée de Gabrova la route est resserrée entre la Jantra et un rocher calcaire sur lequel il 7 a un Tschardak turc. La ville est précédée par un pont en pierre de quatre arches, ouvrage des anciens rois bulgares d'après l'inscription.
Gabrova est placée à 1984 p. de hauteur absolue au pied d'une colline rocailleuse sur une corniche bordant la rive orientale du Jantra. Ce bourg est composé surtout d'une seule grande rue très longue et mal pnvée. Vers son milieu se trouve une espèce de place, il 7 a assez de boutiques et une tour avec une horloge. Les maisons n'ont toutes qu'un étage et sont en bonne partie en bois. La population est presqu 'entièrement bulgare et peut aller tout au plus à SOOO âmes. Le sultan Mahmoud qui venait d'y passer avant mon arrivée en 1837, y avait fait, dit-on, de grandes largesses aux pauvres sans distinction de religion. On parlait de cent millepiastres et on ajoutait que c'était à cause de la conduite loyale des habitans de ce bourg pendant laguerre contre les Russes. Nous y trouvâmes
logÎB ne se fit paa attendre longtems et échanffV'e par le régal du pèlerinage, elle commença par nous receyoir de la manière la pins maussade possible et même k noos dire des choses, qui équivalaient pour notre Tartare k des insolences. Ce dernier était accroupé tranquillement fumant sa pipe; mais au débit fougueux de cette belle dame, il mit les poings sur les côtés et l'accabla d'injures , ce qui joint k l'arrivée de son mari, qui nous salua, lui ferma la bouche. Un vieux barbon bulgare vint un moment après et le Tartare honorant l'âge comme tous les Turcs, lui ofi&it une prise de tabac et un verre d'eau-de-vie de prunes. Pendant ces entrefaites la dame du logis et sa compagne s'étaient tout-k-fait radoucies ; il est ▼rai qu'il était dur pour elles an lien de se coucher, d'avoir k poser leurs beaux habits pour faire un soupe k des Turcs et des incrédules. Néanmoins nos manières affables, la perspective d'être payées, de partager même le reste de notre souper avec nos domestiques et notre Tartare engageant la conversation en bulgare, tout cela réuni produisit un rapprochement cordial et le Tartare de s'écrier : „Quand on est poli, je sais être aussi doux (tatle) avec les femmes.** Nous aurions bien voulu répéter avec nos hôtes le pèlerinage de la veille, mais l'église antique avait été démolie pour sa reconstruction. Du reste ces corvées du logement des voyageurs en Turquie sont bien préférables aux logemens de militaires exigés en Europe, car les propriétaires n'ont k déplorer aucun dommage et reçoivent encore on payement plus ou moins fort.
') n est étonnant que la route postale de Selvi k Gabrova manque dans la carie de Mr. Kiepert.
mm auberge passable avcis troia chambres, dont une avait une ohemmée et les autres étaient garnies de nattes ou <]e tapis, Gabrova oontenait comme une exception parmi les petites villes de Turquie quelques filles de mauvaise de vie, mais on avait cru devoir les chasser de la ville à cause du Sultan^ tandis qu'en Europe on croît fêter l'arrivée des têtes couronnëes en raBsemblant des comédien s, des danseuses et des femmes galantes.
A peine est-on sorti de Gnbrova qu'il faut repasser la Jantra sur un second pont de pierre, qui est encore un reste du temps des rois bulgares et est assez fortement bombé. On remonte la petit 9 vallée inhabitée du Gabrovasou, qui décrit des contours, de manière qu'après avoir marché un quart d'heure au S., on va ensuite de l'K, 3 ^ S. à O- 3 ^ N*> puis on se dirige de nouveau pendant un quart d'heure du N. au S., pour aller ensuite duN.-E, àS,-0. et de nouveau de TE, à l'O. Les hauteurs voisines sont boisées en cbêDêS ou présentent des rochers nusj en général cette route n*olTre rien d'intéressant jusqu'au moment oà on quitte la direction E.-O, pour entrer dans un vallon, qui conduit au pied du Balkun à 2198 p. de h. abs< Un petit défilé de rochers calcaires blanchâtres ferme son entrée et un petit pont est jeté sur le torrent, qui coule dans le Jantra et prend sa source à l'O* et S.-O, au pied du Balkan*
A une grande lieue de Gabrova est la première partie de l'ascension du Balkan de Tschipka. Elle est très forte et dure plus d'une bonne demi-heure ou 35 à 40 minutes. Ce tracé de la route ne décrit pas assez de contours ; néanmoins toute espèce de voiture légère peut j monter aisément, surtout ei on employé des boeufs; ces animaux sachant mieux que les chevaux se tenir sur un sol un peu argileuï. Le transport de canons d'un certain calibre y serait même possible avec des boeuf a ou à bras d'hommes. Jlaia si on n'était pas très pressé, ce ne serait pas un long travail de faire décrire k cette route deux ou trois zigzags et de consolider provi* soirement la voie avec des pierres et des troncs de chênes, qui aboo'^ dent dans les environs- Une fontaine est placée à propos près du haut de cette montée, où la route est extrêmement large. Lorsqu'on est arrivé sur le premier échellon du Balkan, on y observe quelques champs de mais et des cerisiers^ et se dirigeant au S,-0, on atteint bientôt le premier KaraouL Les bois de hêtres commencent entre ce poste et le second, ce dernier est placé sur une autre corniche, à iaqueile on parvient pnr une bonne route de voiture, décrivant
une vaste courbe à PO. Depuis là jusqu*au col de la montagne on n*a plus qu'une petite demi-heure, de manière que toute l'ascension ne prend pas plus de deux heures et demie à compter depuis le pied du Balkan. On monte alors sur une crête, qui sépare des profondes vallées boisées et qui 8*étend au S. Dans les contours de la route nouvellement réparée en 1837 , on avait fait jouer la mine. On y jouissait quelquefois de percées de vue sur les contreforts du Balkan , mais le meilleur point d'observation se trouve sur un petit sommet déboisé à quelques centaines de pas avant d'atteindre, à 4453 pieds de hauteur absolue, Tauberge du col de Tschipka.
Depuis ce monticule on domine un bon nombre de vallées et de basses crêtes, où on ne distingue rien autre chose que des forêts de hêtres et de chênes, tandis qu'on voit au-delà les bords ondulés de la plune danubienne et à TO. une petite cime gazonnée au-dessus des bois du Balkan de Tschipka. L'auberge est placée sur le col si étroit de la montagne qu on plonge au S.-O. dans la plaine de Tschipka et au N.-E. dans les sillons supérieurs et boisés des vallées du Balkan. Cette habitation toute en bois est très utile pour les voyageurs, surtout en hiver , c'est le Sultan Mahmoud qui en a ordonné la construction à son passage. Elle consiste en une vaste écurie au-devant de l'entrée de laquelle sont deux pièces pour les voyageurs.
Avant de commencer la descente rapide de Tschipka il faut encore monter quelques instans pour tourner un gros mamelon calcaire, qui domine le col au S. Ce n'est que lorsqu'on a franchi ce dernier obstacle qu'on jouit de la vue entière du bassin supérieur du Tondja ou Toundscha et de la petite chaîne, qui le sépare des plaines de laThrace* Une pente très inclinée et déboisée se trouve à l'E. de la route, de manière vu le passage du Sultan en 1837 on avait cru nécessaire d'y mettre une barrière en bois. Plus loin le chemin décrit plusieurs contours à travers les roches schisteuses dénudées et désaggregées au-dessus de Tschipka, de manière qu*on met une heure pour atteindre ce village. Cette route étant tout-à-fait artificielle est sujette à des éboulis, surtout dans sa partie inférieure. Muni de quelques pièces postées vers le haut du col de Tschipka, un petit nombre de troupes pourrait probablement tenir ce passage fermé et empêcher l'ascension de la montagne des deux côtés. Aussi les Russes ne l'ont pas pu forcer en 1829.
Tschipka (Dentelle) à 1760 p. est entouré de jardins dcrosîers et le fumier des feuilles de roses y répand en tout temps un parfum agréable. Quoiqu'on y extraye l'huile de roses , on ne la purifie qu'à Kezanlik. Sans cette culture les environs de ce village seraient peu attrayansy parce que la pente du Balkan est déboisée, la plaine en grande partie en pâturage sec sans arbres et la chaîne en deç:\ sans contours frappans. Al'O. on voit l'échancrure entre cette dernière et le haut Balkan, col par lequel on se rend à Kalofer et dans la plaine de Philippopolis.
La plaine de Tschipka contient une douzaine de tumulus (Voyez ma Turquie. Vol. 3, pag. 349), qui tendraient à faire croire que la route de Kezanlik et même peut-être celle de Gabrova a déjà été en usage du temps des Eomains, mais l'absence de toute trace de chemins ou d'ouvrages romains devrait faire croire qu'au moins le passage du Balkan avait lieu sur un point différent de celui d'aujourd'hui. La plaine est évidemment le fond d'un vaste lac, qui s'est écoulé avant les temps historiques par les gorges occupées aujourd'hui par la Toundscha. U avait au moins 3 1. de long sur iVs !• de large et son fond est actuellement à une hauteur absolue moyenne de 16 à 1700 p.
A 1 1. de Tschipka le village turc de Schekerli (de Sucre) est entouré agréablement de noyers, d'autres arbres fruitiers et de rosiers. Une troupe de voyageurs bulgares établis sous un antique arbre, formait un de ces tableaux d'autant plus orientaux qu'un Tartare passait en même temps au grand galop et aux cris répétés de son surudgi ou postillon.
Après cela la route ne traverse plus que de beaux champs et des prés jusqu'à la ville de Kezanlik (à 1650 p.). Les rues y sont tenues propres par une grande quantité de ruisseaux d'eau vive, qui se rendent dans la Tondja coulant au S. C'est une ville d'environ 10,000 âmes, qui a plusieurs mosquées et un assez vaste bazar, où on remarque ça et là des ceps de vignes formant treille. La poste offire un Konak fort commode et des chambres propres et garnies de tapis pour les voyageurs. A peine débarqués, un marchand d'essence de roses vint nous rendre visite ; c'était un jeune Turc d'une très jolie figure. L'essence se vend au poids et dans de petites fioles de verre taillé plus ou moins ornées dans le goût des dames turques. Les marchands ont des assortimens de ces dernières et remplissent celles auxquelles on donne la préférence. Pour un ennemi
franchissant le Balkan dans ce point, Kezanlik est le premier lieu, où il peut espérer de pouvoir se ravitailler de provisions.
Les environs de cette ville sont surtout fort agréables vers le N.-E., car des jardins de rosiers et des vignobles 7 couvrent la pente de petits coteaux, dont on longe quelque temps le pied en se rendant à Eski-Sagra; mais à 1 I. de la ville on est obligé de traverser une plaine gazonnée et marécageuse, où paisaient des vaches, des buffles et des chevaux. A 1 Vj 1. de Kezanlik on traverse un petit cours d'eau, qui vient de l'O. ou N.-O., et à 2^^ 1- il y a une fontaine, depuis laquelle la route tourne au S.-E. vers des crêtes boisées. Avant d'atteindre ces dernières, il faut passer la Tondja sur un ancien pont de pierre, en deçà duquel on a bâti depuis le passage du Sultan un café turc très propre d'un étage. On peut à la rigueur 7 passer la nuit. A peu de distance de là à l'E. sont les ruines d|un bain thermal hydrosulfureux. Sa destruction paraît être due aux débordemens du petit torrent, qui vient du S.-O. et coule dans la Tondja en passant à côté de ce bâtiment. Le bassin existant encore, nous ne pûmes résister à l'envie de nous 7 baigner, mais n'ayant pas nos caleçons, le Tartare ne crut pas devoir par décence se baigner avec nous et attendit que nous ayons fini.
Depuis le bain on commence à s'élever graduellement pour franchir le contrefort du Balkan, qui surmonté d'une plate-forme sépare la plaine de Kezanlik des environs d'Eski-Sagra. A % 1. de là cette route de voiture est excellente et on passe par un pays tout-à-fait déboisé, le haut du plateau est occupé par des champs et à 2 1. avant Eski-Sagra on remarque sur une hauteur à l'E. du chemin le village turc de Derbendkeui (le village du défilé). On jouit encore toujours de la vue des sommités du Balkan, qui dédonmiage du peu de beauté des petites cimes nues, qui entourent le voyageur sur cette basse crête. Ce col n'a guère que 5 à 600 p. au-dessus de la Tondja et un peu plus sur la plaine d'Eski-Sagra.
Une route bien tracée et taillée souvent dans les rochers calcaires descend le long du défilé, qui débouche dans le bassin de la Thraoe. On marche d'abord au S.-O , puis au S. La seule chose qui alors manquait encore sur ce chemin, c'était deux ou trois ponts d'une arche, afin de ne pas trop entraver le cours du torrent Ce dernier fait aller quelques moulins, dont l'un est placé à la sortie méridionale de cette fente naturelle. L'importance militaire de cette gorge pour empêcher un ennemi d'y pénétrer du S. est
diminuée extrêmement par la facilité oficrte par led cimes douces voisines pour tourner cette espèce de porte de quelque côté quon le veuille*
Après n'avoir vu que des rochers et une nature agreste, on est ravi de se trouver transporté près d'Eski-Sagra, à 1249 p* d'élévation, au milieu de jardins et de vergers^ffrant la plus belle végétation 'possible. Les basses pentes bordant la verdoyante plaine sont vraiment une serre chaude naturelle, étant abritées au N. par le Balkan et son contrefort. Des cultures de rosiers s'y retrouvent aussi et non loin de la ville les habitans avaient choisi avec beaucoup de tact un tel pied-à-terre pour y bâtir un petit pavillon, où le Sultan a pu recevoir les hommages de ses sujets au milieu du parfum le plus estimé des Orientaux.
Eski-Sagra est une ville de ressources de 15 à 20,000 âmes bfttie contre la pente douce de la chaîne que nous venions de passer. Elle possède 13 grandes mosquées à minarets, un vaste bazar couvert et à rues très tortueuses, et plusieurs grandes places ainsi que des fontaines. L'Âyan a son Konak'^sur le côté N.-O. de la viUe et eut la complaisance de nous loger dans une exellente auberge tenue par un Zinzare. Cette maison appartenant à l'Ayan avait été jadis la demeure de l'autorité turque. L'entrée était pratiquée sous le premier étage et conduisait à une grande cour, autour de laquelle était un bâtiment de deux étages garni de galeries de bois. C'est sur ces dernières que s'établissent les domestiques, tandis que les maîtres sont dans les chambres dont les portes y débouchent* Cette auberge contenait environ 30 chambres, dont quelques-unes avaient des cheminées à la turque .et dans le bas il y avait des écuries et des remises. Devant nous loger par ordre de l'Ayan, le fin Zinzare nous voulut colloquer d'abord dans une petite chambre n'ayant de fenêtres que surja galerie, mais nous fûmes bientôt installés très proprement sur des tapis dans une pièce occupée avant notre arrivée par des femmes, et nous pûmes compter cette auberge parmi une des meilleures de la Turquie ').
') Parmi les personnes qne nous y rencontrâmes se tronra nn Autrichien de Klagenfart se disant médecin et parlant un peu toutes les langues. Sa barbe grise, son extérieur et surtout son indiscrète curiosité nous frappèrent. Plus tard nous apprîmes qu'il avait été longtemps médecin de l'Ayan à Islivné et qu'il s'y était rassemblé quelque argent Ck>mme on savait cela, il craignait à son départ
En parcourant la vîUe d'Eski - Sagra je fus frappe d'y voir des gens avec des parapluies , rareté en Turquie* J'y vis aussi achever une grande église grecque en pierre de taille, qui était ornée intérieurement de colonnes de marbre et avait sur les côtés neuf fenêtres en plein ceintre. Mais le bazar et les places me déplurent par le^ puanteur et leurs immondices, car quoiqu'en partie en pente, l'eau n'y est pas assez abondante pour rendre les balayeurs de rue inutiles comme à Kezanlik. Des jardins potagers cultivés par des Bulgares ou des Grecs entourent Eski- Sagra au S* Il y a de jolies promenades à faire parmi les jardins et les vergers au-dessus de la ville. J'y surpris dans l'un d'eux de jeunes femmes turques non voilées, qui cueillaient des fruits. Notre conversation ne fut pas longue vu le voisinage d'un petit café, où il y avait des Musulmans.
Depuis les hauteurs derrière Eski-Sagra, la vue est bornée à quelque distance à l'O. par des coteaux courant au S* ou S. O., mais on a devant soi une pliûne immense au milieu de laquelle un tumulus isolé fait un effet curieux. On ne peut distinguer la chaîne du Rhodope qu'en s'élévant sur les sommités agrestes, qui sont plus au N. Eski- Sagra doit occuper la place d'une ville ancienne comme l'indique déjà son nom de Eski significant en turc antique. Néanmoins on n'y voit plus de traces de monumens, à l'exception de quelques débris des murailles, qui ont pu jadis former une partie de l'enceinte de la ville vers la plaine.
Après avoir traversé la campagne verdoyante au S. d'Eski- Sagra, on passe jusqu'à Harmanli ou Hirmenli par un pays de petits coteaux en partie tertiaires. Au S.-E. de Karabounar (fontaine noire) non loin de la route s'élèvent deux petites buttes coniques de rochers trachytiques, qui font partie des dépôts volcaniques disséminés entre Karabounar, Jamboli et la Tondja.
On descend peu à peu dans la vallée de la Maritza (t. Meridsche ou Meritsch), qui coule au N. de Harmanli entre des coteaux et on la passe sur un pont de bois (?) ^). Cet endroit si-
de cette ville d*être volé en roate et se sauva li ce qu'il prétend , en trompant ses connaissances sur le moment véritable de son^ départ. Cela peut donner une idée des circonstances, dans lesquelles il peut être dangereux de s'aventurer seul BUT les grandes routes en Turquie comme ailleurs du reste.
') Mr. le FeldmarschalULieutenant de Hauslab a eu la complaisance de me donner les détails sur la route d'£t>ki-Sagra à Harmanli.
tué au pied oriental des hauteurs de gneiss a été probablement une fois bien plus grand qu'actuellement, car il n'est plus composé que d'une trentaine de maisons avec une mosquées et une immense caravansérail en ruines. Celui-ci donne une bonne idée des auberges du moyen âge, l'écurie servant de salle à manger et de chambre à coucher et chaque place pour un cheval ayant sa che* minée. (Voyez ma Turquie. Vol. 2, p. 283.) Nous y rencontrâmes à notre passage une vingtaine de chevaux de bâts avec des KiradgiSf qui retournaient en Albanie.
Im route d'Hebibdsche passe sur de bas plateaux dénudés de bois et n'offirent rien d'intéressant. Hebibdsche, à 993 p., est un village, où il y a beaucoup des Zingarcs, l'auberge de la poste n'est bonne qu'en été, où on peut s'établir sur deux carrés plus élevée que la terre et couvert sous forme de berceaux avec des branches d arbres sèches. Depuis ce lieu on distingue les extrémités toutà-fait orientales du Rhodope ou Despotodagh ou les cimes du Kourtkoï-Kalesi , qui sont encore à 3 1. au S. et S. S.O. d'Hebibdsche.
De ce village à Dschefair-Moustapha-Pascha ou par abrégé Moustapha-Pascha , on parcourt d'abord un plateau extrêmement bas et couvert, ça et là, de broussailles, d'où on apperçoit encore mieux les montagnes de médiocre hauteur et de formes ondulées, formant l'extrémité du Rhodope en particulier la crête du Jailadschick, qui s'avance sous forme de promontoire encore plus à l'E. que le Kourtkoï-Kalesi. Puis on n'a plus qu'une plaine cul* tivée le long de la Maritza. On la traverse avant M oustapha-Pascha sur un pont en pierre de 19 arches. Il est d'une architecture très massive , mais les voûtes sont fort peu bombées. Moustapha- Pascha, bourgade de 200 maisons, est sur la rive orientale, tandis que sur le côté opposé il n'y a qu'une auberge et une ou deux maisons.
La plaine bordée au N. de petits coteaux tertiaires continue jusqu'au-delà d'Ândrinople et la route est établie sur le plus bas échellon de ces derniers. A 1 1. de Moustapha Pascha^ on voit sur le côté méridional de la Maritza au pied des hauteurs le bourg de Tschirmen, qui donnait jadis son nom au Sandjak et que les géographes plaçaient à tort sur la rive septentrionale. Ail. plus loin est un minaret en ruine à côté d'une auberge, où des écuries environnent une cour carrée, tandis que sur le devant il y a un
Tschardak. C'est l'usage de la poste de s'y arrêter, pour laisser souffler les chevaux, boire un verre d'eau et remplir une nouvelle pipe, parce que c'est la moitié environ de la station d' Andrinople à Hebibdsche«
Depuis ce han appelé Jkik-Minaret-Han, on continue à suivre la plus basse corniche de la vallée de la Maritza et on finit par se rapprocher des coteaux couverts de vignobles ou en culture, qui forment les alentours d' Andrinople au N.-O., au N* et N.-E* A environ 2 1. avant cette ville on avait bâti pour le Sultan un Kiosk de grillages en bois autour d'une fontaine ; à notre passage des voyageurs s'en servaient avec plaisir* Parmi ces derniers il y avait des militaires turcs en congé, dont les figures maigres et les couleurs passées de leurs vêtemens indiquaient un long voyage. L'un venait directement de Bagdad et était de Bulgarie et un autre je crois d'Erzeroum. Ils avaient fait le voyage à cheval. Il y avait aussi des notables Kourdes exilés en Europe et un Arabe. Il y avait encore deux autres Kiosk semblables entre ce point et Andrinople, l'un à 1 1. et l'autre à 1 ^2 1» de cette ville. Dans le dernier étaient aussi des voyageurs et des vendeurs de fruits, qui étaient venus chercher des chalans dans ces lieux, recherchés par les habitans de la Turquie. Non loin de chacun de ces Kioks est un petit ruisseau qu'on passait alors sur des ponts en bois, dont la fragilité n'annonçait pas la durée.
L'entrée d' Andrinople (à 25 h. d'Eski-Sagra et à 33 h. de Philippopolis) fait bien augurer de cette ville, parce que la rue principale est large et a un bon pavé carré. On passe la Tondja sur deux ponts de pierre et on observe à l'entrée de la viDe un café placé sur la rue au-devant d'une petite mosquée, dont il semble faire partie et n'en est séparé que par un petit jardin bien entretenu et à la disposition du public. Dans le centre de la ville on admire quatre belles mosquées avec plusieurs minarets à deux ou trois rangs de galeries, deux assez beaux bazars voûtés, contenant chacun quelques centaines de boutiques ; celui d' Ali-Pascha en renferme de 150 à 200. Il y a aussi un immense bazar découvert ou autrement dit, un grand nombre de rues garnies complettemcnt de boutiques de toutes espèces et groupées d'après les différentes professions. Sur le devant de ces boutiques le toit s'avance pour former au moyen de petits pilastres de bois une espèce de galerie. Comme deux mille boutiques venaient d'être rebâties à neuf à la
suite d'une incendie, ces toitures peintes récemment en blano et bleu et ces boutiques propres faisaient un joli effet H y a aussi quelques places dans cette grande ville, qui peut bien avoir ses 150,000 ftmes, malgré qu'on ne lui en donne communément que 130,000. n 7 a un quartier tout occupé par des Grrecs et assez de Juifs, mais les Mahométans y sont fort nombreux.
Au S. de la ville les bords de la Maritza sont agréables par leurs ombrages* Un grand café avec un jardin est placé fort à propos à côté du grand pont, pour pouvoir jouir en été de la fraicheur et voir en même temps les passans. Entre la ville et ce pont est d'abord un vaste cimetière plus élevé que les rues et orné ça et là de petits cypresses et en deçà du pont est un faubourg. La Maritza forme comme la Tondja une île, de manière qu'il y a deux grands ponts, dont le dernier de pierre compte 12 arches. Une grande plaine en partie gazonnée entoure au S. la ville d'Andrinople, parce que c'est la jonction de TArda, de la Maritza et de la Tondja. Des Zingares y élèvent des chevaux. Sur le côté oriental de la ville se trouve le prolongement des petits coteaux qu'on longe en y entrant depuis Moustapha-Pascha. Si la Tondja roule une masse d'eau assez grande, ceUe des eaux de l' Arda (Sourmischa ?) décèlent une rivière encore plus considérable et venant de loin. En effet, en re^ gardant à l'E., on apperçoit dans l'extrémité du Rhodope une échancrure énorme, dont le milieu forme le lit de l' Arda coulant surtout presque O.-E. Les extrémités du Rhodope sont au N. le Jailadschik à environ 4 1. d'Andrinople et au S. le Eodschaila-Jaila à 9 à 10 1. au S.-O. de la même ville. Cette configuration du pays donne tout de suite l'idée juste que ces montagnes à pentes assez rapides à l'est étaient à Fépoque tertiaire les promontoires d'un vaste golfe occupé maintenant par des dépôts tertiaires, entrecoupés par l'Arda et d'autres cours d'eau et embellis par des viUages et des cultures, tandisque le bassin de la Maritza était une vaste mer, dont le fond peu inégal actuel a servi à plus d'une bataille décisive.
Andrinople, à 400 p de h. abs., est la capitale du plus grand et populeux Paschalik de la Turquie d'Europe. C'est celui qui renferme le plus de Mahométans et surtout de Turcs d'Asie ; le reste de lapopulation est grecque ou bulgare, mais les Orecs paraissent plus nombreux que cette dernière race. Il y a bon nombre de villages, de bourgs et même de villes essentiellement mahométanes comme Islivné, Tschir-
men etc. Le chiffre de la population peut bien aller à 800,000 âmes ou même un million, mais s'il devait se trouver encore au-dessous de la réalité, il semblerait au moins ne pas devoir dépasser 1,200,000 âmes, n est bien entendu que la population de Constantinople ou des bords du Bosphore n'est pas comprise dans cette estimation, car elle seule a été estimée à près d'un demi million. Si la Servie nous présente plus de 800,000 âmes, elle le doit à la quantité de ses villages, tandis que dans le Paschalik d'Andrinople, ce sont surtout 1 8 villes et 23 à 30 bourgs, qui enflent la chiffire de la population. Le Rhodope et les bords de la mer noire offrent le moins d'habitans. Les villes de ce Paschalik sont outre Andrinople les suivantes, savoir Tatarbazardschik, Philippopolis, Kezanlik, Eski- Sagra, Islivné, Kirkilissé, Visa, Tschorlou, Silivri, Eodosto, Gallipoli, Ousounkeupri, Dimotika, Tschirmen, Moustapha-Pascha, Ënos et Kavala. Les bourgs sont les suivans, savoir Hasskoï, Jeni-Sagra, Jamboli, Papaskoï, Iniada, Midia, Sarai, Bounarhissar, Indschigis, Tschataldsche , les deux Tschekmedsche , Karischtiran , Loule- Bourgas, Eski-Baba, Airobol, Aimadschik, Malgara, Keschan, Fered, Ipsala, Makri, Maronia, Kolmoudschina, Karasou-Jenidsche, Kirdschali, Tschepina et Bania. Ces villes et ces bourgs sont surtout les résidences des Musselims, des Ayans ou Aghas ou employés supérieurs du Pascha.
Depuis Andrinople à la mer de Marmara et même jusque vers Constantinople (dist. de kV^li h.) le voyageur ne parcoure qu'un pays de petites collines à plateaux totalement déboisés, dont une partie est seulement cultivée en blé ou occupée par des pâturages secs. Aussi après la moisson cette région, surtout depuis Havsa a Tair d'un désert, quoiqu'elle o&e en général un assez bon terrain, qui est arrosé par une foule de cours d'eau venant du N. et N.-Ë. Mais la plupart ne laissent voir en été que des cavités sans eau et remplies de cailloux. Mon ami, Mr. Viquesnel, en a tenu une note exacte. Le sol étant tertiaire et alluvial les eaux n'ont eu que peu de peine à excaver ces sables, ces marnes et ces cailloux. Ce n'est que près des bourgs et des villes qu'existent des vignobles et des jardins ainsi que quelques bouquets d'arbres.
Pour atteindre Havsa, il faut couper quatre petits affluens de la Maritza, dont le dernier, l'Iskender-Dere, est le plus grand. On a encore à franchir cinq autres torrens, qui coulent au S* dans
rAkadik-Dere(?). Le plus considérable est I*avant-dernier, savoir le Nedeler-Dere. Après Havsa, bourg de quelques milliers d'âmes, on passe le Hass-Deresi, sur le cours duquel reste au N« Hass- Koe, où II y a une source minérale-ferrugineuse (?) Il se grossit au S. de notre route de Peau du Mourdarsar^Dere qu'on rencontre aussi. En général entre ce torrent de Hass-Deresi et Eski-Baba il y en a encore huit, dont sept se réunissent aux cinq précédens et produisent un cours d'eau coulant de l'E. à l'O. dans la Maritza au N. d'Eltschili.
Eski-Baba (vieux père) est placé dans la valléeassez excavéo du grand torrent de Teké-Dercsi. C'est là que les troupes régulières de Semlin furent battus en Août 1806 par les Janissaires 4'Andrinople. Le Teké-Deresi verse ses eaux au S. dans le Bema- Sou et a ses sources vers les hauteurs au S* d'Oumour-Faki. Ses nombreux affluens venant du N.-E., dont je parlerai dans un autre itinéraire, servent à écouler les eaux de plate-formes de terrain surtout ancien, tandis que sur la rive opposée régne \dejk principalement le terrain tertiaire, qui forme des coteaux bien plus bas. Entre Eski-Baba et Loule ou Tschatal-Bergas ou Bourgas coulent huit afBuens du Bema-Sou, dont les principaux sont le Kavak-Dere, Jarytschtsçhme-Dere et Karaghatsch-Dere. Loule-Bergas a reçu ce nom à cause de ses fabriques de pipes. C'est un bourg de SOOO âmes, il y a assez de boutiques, trois mosquées à minaret et un pont. Entre cette ville et le village grec de Karischtiran se trouvent encore huit autres affluens du Rema-Sou, entr'autres le Sinour- Dere et enfin en deçà de Karischtiran vient le Rema-Sou lui-même.
Sur la route de Karischtiran (t. Karesch-Dervend) à Tschorlou on traverse à Sandoukli l'Ërkene sur un pont de sept arches ; mais en été il y a fort peu d'eau. Cette rivière coule dans une vallée assez évasée et s'élargissant encore plus bas, tandis que son lit supérieur n'est en général qu'un vallon étroit. Elle prend ses sources au loin dans les montagnes le long de la mer noire au N. de Skepasto sous le parallèle d Inada et a un cours très remarquable par ses changemens de direction. En effet elle coule N. O.-S. E. depuis sa source jusques derrière Visa, puis à angle droit de cette direction, savoir du N.-E. au S.-O. jusqu'à Sarlar ; ensuite elle reprend presque sa première direction entre Sarlar, Airobol et le confluent du Bema-Sou, et enfin elle court de nouveau du N.-E. au S.-O. par Osoun-Keupri jusqu'à son débouché dans laMaritza àlpsala.
Mon ami, Mr. Viquesnel, a rendu un véritable service à la géographie en déterminant le cours exact de cette rivière.
Avant Tschorlou on traverse sur un pont de cinq arches le Tschorlou-Sou, qui coule de N.-E. au S.-O» et tournant au N.-O. se jette dans TErkené au-dessous de Sarlar. Tschorlou est placé sur un espèce de bas plateau cultivé en blé. U y a environ quatre mille habitans et les environs sont plus peuplés qu'on le croirait d'après les cartes, car au moins au N. de la ville il y a à 1 et 2 1. trois villages qu'on m'a dit s'appeller Hadgischereta, Tschorlidere, Maikvoda et à 272 1. un TichiftUk ou une ferme 0*
') Ua accident arriyé à an de nos chevanz nous avait retardé en route de manière que nous calcalftmes ne pouvoir arriver k Tschorlou que dans la nait. Noos nous étions manis de quelques provisions pour souper en plein champ dana quelque localité favorable. Près de l'Erkené le soleil était déjà sous l'horiion lorsque nous sautftmes à bas de nos chevaux et vuid&mes nos bisacs. Quelques œufs durs, du fromage blanc, des concombres crus, quelques ognons, du pain et deux Tschoutras Tune de vin et l'autre de raki nous firent faire un repas vraiment ottoman. Dans Tintervalle nos chevaux ayant voulu aussi se mettre de la partie s'étaient éloignés considérablement de notre bivouac et la charge d'un cheval de bât avait tourné, ce qui troubla l'humeur joviale de mon Tartare et valut au postillon quelques coups de fouet pour son inattention. Une lune superbe éclaira ensuite notre route, qui du reste n'offrait aucun danger dans ce pays de plaine, mais lorsque nous entrâmes ii Tschorlou le ciel s'étant couvert, nous manquâmes plusieurs fois de passer sur les corps d'hommes couchés sur les côtés de la rue principale. Devant une des grandes maisons de la ville stationnaient une disaine de voitures ou arobas turques et une lanterne les éclairait. Le Pascha d'Andrinople Moustapha ayant reçu le Paschalik de Janina envoyait son sérail s'embarquer à Constantinople. La poste de Tschorlou est tout simplement une écurie grande et haute comme une église à la porte de laquelle il y a une chambre, oh on sert du café. Vu qu'il était nuit, nous n'eûmes d'autre endroit pour nous coucher que le côté opposé du café , oU la maison formait un petit angle rentrant. Mais nous fûmes éveillés de bonne heure par des chevaux, qui passaient si près de notre lit que nous crûmes plus prudent de nous lever. D'ailleurs le départ pour Constantinople des dix ou douze voitures produisait un grand mouvement. Un Tartare de l'Ex-Pascha d'Andrinople , Grec de naissance, allait et venait et faisait arranger symétriquement à terre les harnais pour tous les chevaux nécessaires. Nous vimes bien qu'il fallait attendre le départ des belles dames avant de penser à obtenir les chevaux dont nous avonti besoin. I*a iile de voitures se mit enfin en mouvement, en tetc était un officier turc en uniforme vert et de bonne façon, puis venaient quelques Kavas en brun avec un pistolet de chaque côté du corps ; enfin les arobas dont les grillages latéraux étaient ouverts et une ou deux garnis de dorures. Quatre femmes étaient couchées dans chaque voiture et ces dames avaient avec elles quelques esclaves blanches et noires. (Voyes ma Turquie, vol. %, p. 463.)
TschorloQ est précédé à TE. de vigDobles entremêlés d'arbres fruitiers et de jardins, mais cette fraiche végétation cesse bientôt et on ne rencontre plus aucun arbre jusqu'à Siliyri. Tout ce pays ondulé, cultivé en partie en blé, est d'une nudité désolante. Le voyageur ne trouve d'abri contre le soleil que près des habitations. A peu de distance de Tschorlou dans le vallon très évasé de Balakasli-Dere nous rencontrâmes une voiture de charbon et une autre couverte de cages à volailles , c'était le premier indice de l'approche d'une capitale. Nous descendîmes plus tard par une grande descente dans le vallon d'Araplidere, où est le han de Kinikli.
A 1 h. de là on passe le Tschodadere et on descend au bord de la mer de Marmara, qu'on apperçoit pour la première fois depuis les hauteurs autour de ce lieu. En deçà on distingue la côte asiatique avec quelques montagnes. Après avoir franchi un petit cours d'eau, on gravit sur le plateau aride, où était jadis l'extrémité méridionale de la muraille d'Athanase. On n'y voit plus que quelques briques et pierres éparses. On comprend qu'au moyen Èige une muraille garnies de tours pouvait dans ces lieux arrêter des hordes de cavaliers.
La vue sur Silivri et son port rappelle certaines vues italiennes. Les ruines du château dominant un amphitéâtre de maisons et tout cela placé sur un fond de vignobles est d'un joli effet surtout pour celui qui ailleurs ne voit rien autour de lui qu'une nature aride ou brûlée par le soleil. On descend par un chemin sableux dans le fond de la baye, qui précède Silivri et où se trouve un pont ancien plat de S2 arches, parce qu'il y a un petit marécage derrière la berge de sable du rivage et que les vogues de la mer dépassent cette dernière dans les gros temps.
La rue principale de Silivri est large , mais les autres sont étroites vu le peu d'espace entre la colline et la mer. La poste de Silivri n'est encore qu'une très vaste écurie, à l'entrée de laquelle il y a une place couverte avec une estrade élevée, où l'on dîne et couche. L'extrémité de la rue principale de Silivri est déjà sur la pente de la colline et le reste de la montée se fait à travers le cimetière de la ville, d'où on passe ensuite à côté des vignobles. SQivri peut avoir 3000 habitans en partie grecs; des Juifs sont logés dans l'enceinte de l'anci^i château à épaisses murailles au-dessus de la haute falaise de 280 p.
Entre les vignes de Silivri et Boados le terrain ondulé est inculte et souvent sableux, on rencontre une ou deux fontaines ruinées et sans eau, ce qui semblerait indiquer peut-être que le déboisement total du pays j a diminué les sources. Boados près d'un petit ruisseau n'est qu'un hameau grec de 60 à 80 maisons, qui est placé sur un petit plateau au-dessus de la mer. L'auberge probablement jadis en bon état est très grande , mais il n'y a plus que le café du bas, qui soit propre et élégant. Les chambres du premier sont sans tapis et tout y atteste la décadence. L'écurie est encore énorme» Néanmoins l'aubergiste, un Grec, sait bien traiter son monde et on paye volontiers un peu plus cher pour avoir ses mets bien accomodés.
On côtoyé la mer de Boados à Eoumbourgas, où la terre est cultivée en blé et maïs ou bien est couverte de vignobles. Koumbourgas est un hameau grec d'une quarantaine de maisons et l'auberge est au bord de la mer. Depuis là il faut monter par une pente insensible sur la colline dont le prolongement forme le promontoire à l'O. de Boujouk-Tschekmedsche. Sur ce dernier on apperçoit des cultures et il y a des villages , tandis que le long de la route à 489 p. on ne passe à côté des vignobles, qu'en descendant sur la lagune de Boujouk-Tschekmedsche. La peste régnant dans ce bourg nous avons logé à nos deux passages chez un Juif dans le petit hameau de Baligrad , qui est en deçà du pont de Boujouk-Tschekmedsche et que les cartes désignent sous le nom grec de Ealikratia. Les habitans sont en grande partie Grecs et s'occupent de la pêche et de l'agriculture.
Si près de Constantinople on comprend l'impatience du voyageurs d'arriver, néanmoins vu les coutumes turques il n'est à conseiller à personne d'entrer trop tard dans la capitale, parce qu'on y aurait éprouvé en 1837 au moins les mêmes difficultés qu'ailleurs pour le logement et le souper. Oest aussi pour cela que la couchée de Boujouk-Tschekmedsche est un bon point de départ pour atteindre Constantinople , Fera ou même Therapia avant le terrible Akscham ou coucher du soleil. Les dénominations turques de Boujouk-Tschekmedsche et Koutschouk-Tschekmedtsche, en français grand et petit tiroir, caractérisent fort bien la position de ces deux endroits, qui sont au bord de deux profondes sinuosités ou lagunes. La première reçoit entre autres cours d'eau le Eara-Sou, qui vient du N.-O. des environs de Karasakal.
Le pont de B,oujouk - Tschekmedsche fait un curieux effet par ses trois hauts biseaux, dont le pavé glissant peut aisément faire tomber les chevaux. Le bourg lui-même contenant environ 1800 âmes est agréablement situé au bord de la lagune au pied d'un coteau couvert de verdure et d'arbres. On y distingue aussi quelques cypresses et plusieurs habitations turques. Un bâtiment ou magasin grec ancien couvert en plomb se trouve sur le chemin de Constantinople.
Après avoir voyagé pendant un quart d'heure parmi des jardins ou des cultures, on arrive au pied d'une haute côte de 780 p., où la route cessait en 1831 d'être bien tracée, parce que le sol argileux et sableux y est sujet à des éboulis. Depuis lors il parait qu'on a remédié à cet inconvénient. Néanmoins vers le haut le chemin assez incliné et graveleux doit surtout être pénible à passer en charriot. Du temps de l'empire grec une route pavée conduisait au haut du plateau, mais aujourd'hui on n'en voit plus que des portions isolées.
C'est depuis cette plate-forme sèche qu'on a la première vue de la ville aux mille minarets et de St Sophie ^). On dirait voir les mâts d'un port, parmi lesquels s'élève majesteusement le dôme de la sainte église. En deçà de Stamboul on distingue l'échancrure du Bosphore, les hauteurs de Belgrade et vis-à-vis en Asie le neigeux Olympe (le Keschisch-Dagh des Turcs) près de Broussa, an-devant duquel les charmantes îles des princes paraissent nager dans les eaux azurées de la mer de Marmara.
La nouvelle route gravelée et assez bien tracée arrive de Constantinople jusques sur ce plateau, mais à en juger d'après les fragmens de pierre non concassés et les sentiers tracés par les cavaliers, peu de voitures y avaient roulé ; à présent c'est différent, puisqu'il y a une diligence entre Andrinople et Constantinople, En général presque tous les arrivages de Constantinople ont lieu par la mer et même jusqu'à la capitale nous n'avons rencontré depuis Tschorlou que deux ou trois caravanes de voyageurs à cheval. Ici nous fûmes joint par un Turc habillé à l'européenne et voya-
') En 18^ on comptait à Constantinople 14 mosquées impériales avec 2 à 6 minarets à trois rangs de galerie, 200 mosquées ordinaires et 300 petites mosquées. D'après une autre autorité en 1805 il y avait 485 grandes mosquées et 5000 petites mosquées on dépendant des premières.
géant à cheval avec un parapluie. Le vallon d'Aramidere ou des voleurs est le seul endroît, où on ait envie de s'arrêter entre le Grand et Petit Tschekmedsche. On y trouve encore quelques grands arbres, reste d'un bois, et à côté des ruines d'un bain existe une source d'eau, où il y a moyen de puiser de l'eau pour se désaltérer. On raconte que ce lieu a été redouté anciennement parles voyageurs, aujourd'hui on ne voit guère, où pourraient s'y cacher des brigands.
On descend et monte les côtés incultes de ce vallon sans s'inquiéter ni de la route nouvelle, qui décrit de longs contours, ni de Tancien pavé grec, qui monte tout droit. En deçà du petit plateau entre ce vallon et la lagune de Eoutschouk-Tschekmedsche, on descend sur une dune, que la mer a formé petit à petit à l'entrée de la lagune, de manière qu'à présent ses eaux ne communiquent avec la mer* que par une espèce de canal placé vers le bourg du Petit-Tschelcmedsche. Des tamarix et des hautes férules ainsi que des roseaux couvrent la dune, où on n'a établi qu'en partie une chaussée à l'européenne. Les bords de la lagune n'offrent pas une vue bien riante, parce qu'il manque d'arbres, le bourg de Tschekmedsche fait seul un effet pittoresque par ses cypresses et ses jardins pleins de beaux figuiers. On traverse le canal d'écoulement de la lagune sur un pont en bois ajusté bizarrement à une arche d'un pont antique en pierre. A sa sortie est ui^e porte ou barrière et un corps de garde, parce qu'on y demande les passeports à ceux qui se rendent à Constantinople.
Le coteau derrière Koutschouk-Tschekmedsche est aride et composé de calcaire tertiaire blanchâtre. A 2 1. de Constantinople on rencontre dans un fond une fontaine ruinée avec une inscription grecque en partie détruite. Le vallon de Csausch-Pascha et plus loin celui de Daud-Pascha sont les seuls endroits, où on voit des touffes d*arbres; des fermes se trouvent dans ces petits sillons. Un charriot rempli de drap bleu de la fabrique impériale d*Islivné se trouvait sur cette route à notre arrivée, tandis que des caravanes de Bulgares d'Ouskoub, parmi lesquels on distinguait un moine, allaient rejoindre gaiment leurs pénates.
La colline en deçà de Daud-Pascha ressemble à un rempart de ville qu'on a fait sauter, tant on y a extrait de toute ancienneté des pierres de bâtisse et rendu le terrain inégal. £n en descendant, on arrive à un café en plein air sous un beau platane
crOrient à côté (l'un petit raisseau d'eau vive et cVuno fontaine. Un peu pIoB loin il y a un autre café situé de même sous un platane et avec une plus grande maisonnette. Les dimanches et les jours de fêtes beaucoup de promeneur? {«'arrêtent dans ces lieux et des Zingares bien vêtus y exécutent des danses ou des scènes burlesques pour amuser le public. Un des cafetiers d'alors fut reconnu par notre Tartare comme un homme jadis opulent.
Dans ces lieux on a devant soi la forêt des cjpresses des cimetières de Constantinople, qui forment son pourtour hors des murailles d'enceinte. Au S. on voit les redoutables sept tours à la Kortie du Bosphore et au N, sur la hauteur un bel hôpital et uno caserne. Le vallon qui conduit des cafés sous les platanes vers ce dernier édifice, est une autre promenade du dimanche.
Lorsqu'on a traversé les cimetières à côté des maisons de campagne du Koutschouk-Baloukii , on éprouve un respect involontaire en touchant l'ancienne enceinte de Constantinople, f(»rmée par un assez large fossé et une épaisse muraille crénelée, au pied de laquelle de vieux figuiers ornent une espèce de rebord ou plainpied. II faut faire un assez long bout de chemin entre ces murs et les cimetières et on y a tout le temps d'apperçevoir qu'au moins en temps de peste les cimetières sentent mauvais. On observait malgré cela une foule de promeneurs, hommes, femmes et enfans au milieu de cet entassement vraiment extraordinaire de tombes. Â mon passage des Arméniens enterraient un de leurs en entonnant des chants bizarres pour une oreille européenne, près de là un limonadier débitait ses glaces et des dames turques et grecques pensaient à tout autre chose qu'à la mort. Des voitures stationnaient même, attendant que leurs propriétaires ayent bien humé l'odeur cadavéreuse de ces tristes lieux. n faut avouer qu'avec la beauté des environs de Constantin' nople, c'est un goût tout-à-fait oriental d'aller se cacher pour s'amuser dans une forêt de cypresses, qui n'ofire que des vues mélancoliques et où un Européen au moins ne peut avoir que des idées sombres.
Le guichetier de la porte par laquelle on entre dans Constantinople reçoit un petit pourboire de chaque voyageur (2 Vj pîasters). Ce tribut d'arrivée payé on descend dans la ville par une longue rue bordée de maisons à deux étages, ayant un aspect fort triste