‹ Recueil d'observations de zoologie et d'anatomie comparChapitre 105 sur 175 · LE GUAPUCHA DE BOGOTA · texte numérisé non relu

LE GUAPUCHA DE BOGOTA

PœciLiA BOGOTENSIS, ex viridi flavescens, fascia longitudinali argentea , cauda

bifida.

«Guapucha (secundum Syst. Lin. ex ordine Abdominalium}), corpore 3-4 unciali, compresso, ovato-oblongo, ex viridi flavescente; fascia laterali argentea ; maxilla superiore planiuscula , labio inferiore longiore , intumescente; cauda bifida ; squamis laxis; membrana branchiostega radiis constanter quinque. Dentes plurimi in utroque labio, acutissimi, in lingua nulla. »

D:0: P6.V. CA um CAT

«Pinnæ pectorales et ventrales minimæ angustatæ , acuminatæ.-Pinna dorsalis. remota, anali subopposita. »

Le Guapucha du plateau de Bogota, PI. xzv, fig. 1. (presque : de la grandeur naturelle du poisson.)

Lorsque je dessinai ce poisson à Santa-Fe de Bogota (en juillet 1801), dans la maison de M. Mutis, je le pris pour une Atherine de Linné, genre de poissons à nageoire dorsale double ou simple, qui ont des dents nombreuses , la mâchoire supérieure aplatie, le corps comprimé et orné d’une bande argentée, et dont une espèce (Atherina Menidia de la Caroline) habite les eaux douces. Comme Gmelin donne 6 rayons aux ouïes des Atherines, j'examinai un grand nombre d'individus; et, ne trouvant dans le Guapucha constamment que 5 rayons, je consignai sur mon journal l'observation de Gouan : d’après laquelle la mâchoire branchiostège des Atherines de Linné varie de 4 à 6 rayons.

D’après le système des ichthyologues modernes, le Guapucha appartient aux Malacopterygiens abdominaux, VAtherina aux Acanthoptérigiens de la famille des Persèques. La première est une Pœæcilie de Schneider, petit genre voisin des Fundules et des Cyprinodons de M. de Lacépède et du genre Lebias établi par M. Cuvier.

La vessie natatoire du Guapucha est double. Celle de devant est oviforme

1 ÆHist. piscium, p. 190.

DE L'AMÉRIQUE ÉQUINOXIALE. 155 et comme tronquée à une des extrémités : celle de derrière, 2-3 fois plus grande, est marquée longitudinalement de quatre stries blanches. En soumettant à l'analyse chimique l'air recueilli dans un grand nombre de vessies, j'y ai trouvé 0.04 d'acide carbonique, 0.03 d'oxygène et 0.93 d'azote. Quoique cette analyse ait été faite par le gaz nitreux dans le tube eudiométrique de Fontana et non dans un vase très-large, d'après la méthode de M. Gay-Lussac ', on peut en regarder les résultats comme suffisamment exacts, l'air atmosphérique (à 0.21 d'oxygène) ayant été analysé en même temps, dans le même appareil et sur la même eau ?.

Le Guapucha habite, et peut-être exclusivement, à 1360 toises de hauteur au-dessus du niveau dela mer, les eaux froides de la petite rivière de Bogota qui parcourt le plateau de Santa-Fe et se précipite par le fameux Salto de Tequendama, en mélant ses eaux, sous le nom de Rio Tocayma, à celles du Magdalena. La température du Rio Bogota m'a paru généralement de 12° à 19° cent.

[Le Guapucha, que M. de Humboldt a observé et dessiné à Santa- Fe de Bogota, doit être classé dans la famille des Pœcilies. M. Cuvier a divisé ce genre de Schneider en Pœæcilies et en Lebias, et en a rapproché les Cyprinodons. Ces trois genres forment une famille très-naturelle. Voici les caractères que M. Cuvier leur a assignés :

Les Pæcilies ont trois rayons aux branchies, et les mâchoires aplaties horizontalement , garnies d’une rangée de petites dents fines et pointues.

Les Lebias ont cinq rayons aux branchies, et les mâchoires garnies de dents sur un seul rang, mais dentelées à leur bord libre.

Les Cyprinodons ont la membrane branchiostège soutenue par quatre rayons, et les dents fines en velours, ayant en avant une rangée de dents plus fortes et crochues. |

Lorsque j'ai voulu déterminer le poisson que M. de Humboldt a décrit dans son voyage, j'ai été obligé d'examiner avec soin les espèces rapportées à ces trois

1 L’extrème précision de cette méthode, qu'on ne pourroit assez recommander aux voyageurs, a été prouvée par des analyses des mêmes mélanges de gaz que nous avons faites simultanément, M. Gay-Lussac par le gaz nitreux, et moi par le gaz hydrogène. Mém. de la Soc. d’ Arcueil, Tom. Il, pag. 214. L’emploi d’un électrophore que nécessite l’eudiomètre d’ailleurs si exact de Volta, est très-embarrassant sur mer et dans l'air humide des régions équinoxiales.

? Comparez plus haut mes expériences sur la respiration des jeunes crocodiles, Tom. I, p. 256.

différens genres et classées dans la belle et riche collection du Muséum d’histoire naturelle. Cet examen m’a mis à même de rendre plus précis les caractères génériques fixés par M. Cuvier, parce qu’à l'époque où il a publié le Règne animal, ce savant n’avoit à sa disposition qu'un individu du genre Pœcilie, rapporté de Surinam par M. Le Vaillant. Cet individu , conservé depuis un grand nombre d'années dans l’alcohol, est défectueux ; mais dans plusieurs individus d’une autre espèce rapportés récemment du Brésil par M. Delalande, j'ai pu observer facilement les cinq rayons qui soutiennent la membrane branchiostège. Les autres caractères des espèces non décrites s'accordent parfaitement avec ceux qui ont été assignés aux Pœcilies par le savant auteur du Réone animal ; de sorte que le caracière de ce genre devra être modifié par la présence de cinq rayons aux branchies. Le Guapucha est donc une espèce nouvelle de Pœcilie; mais, pour mieux faire sentir ses rapports avec les espèces de poissons qui l’avoisinent, je vais en donner ici la description et les figures.

GRE POECILIE.

Les Pæcilies sont de petits poissons des eaux douces de l'Amérique équinoxiale. La forme de leur tête déprimée de manière à ce que le museau ait la figure d’un coin, rend leur aspect remarquable et facile à reconnoître à la première vue. Caractérisées par le nombre cinq de leurs rayons branchiostèges, les Pœcilies sont maintenant très-distinctes des espèces de poissons que Schneider réunissoit sous cette dénomination générique ‘. Cet ichthyologiste célèbre leur donne pour caractère l'opposition de la nageoire dorsale à celle de l'anus et la présence des dents aux mâchoires. Mais cette position relative de ces deux nageoires n’est pas exclusive, comme nous le verrons bientôt ; elle réunissoit, dans un même genre, des poissons de forme générale très-différente, et dont le nombre des rayons branchiostèges s'élève de 4 à 6. La forme des dents varie aussi dans les Pœcilies de Schneider; mais elle est constante pour chaque genre que M. Cuvier a établi; elle change en même temps que le nombre des rayons qui supportent la membrane branchiostège.

La première espèce que Schneider a décrite, a été nommée Poœcilia vivipara. Si le nombre des rayons branchiostèges a été noté exactement, cette espèce ne pourroit pas être placée dans le genre que nous établissons avec le caractère

1 Schn., éd. de Ploch, p. 452.

distinctif de cinq rayons aux branchies. Cependant, en examinant avec soin la forme de la tête et du corps en général (Syst. Icht., PI. zxxxvr, fig. 2), il est impossible de n'être pas frappé de sa grande ressemblance avec les espèces nouvelles que je vais décrire. Je crois donc qu'il est convenable de fixer l'attention des naturalistes sur cet objet, parce que, ces poissons étant très-petits, les observations doivent être faites sur un grand nombre d'individus et avec un soin extrême. Si le nombre des rayons indiqués est faux (de 5 au lieu de 6), comme je suis porté à le croire, alors ce poisson conservera sa place parmi les Pœæcilies. Les bandes brunes et transversales du corps et la queue fourchue sont les caractères par lesquels on le distinguera du Pœcilia surinamensis et du P. unimaculata: L'espèce décrite par M. de Humboldt est suffisamment distincte par la belle bande argentée qui orne ses flancs. D'ailleurs l’épithète de vivipara ne convient pas exclusivement à la Pœcilie à laquelle on l’a donnée. Les deux espèces que j'ai sous les yeux sont également vivipares. Le Guapucha l’est-il aussi? C'est ce que les voyageurs devront observer. Mais ce nouveau rapport de conformation entre le poisson décrit par Schneider et ceux que je rapporte au genre Pœæcilie, est encore un motif de plus pour croire à l'identité générique de ces espèces. Celles que Schneider a décrites sous les numéros suivans appartiennent à d'autres genres que je caractériserai dans ce mémoire ; c’est alors aussi que j'en discuterai la synonymie.

A la forme déprimée de la tête des Pœcilies se joignent encore d’autres caracières communs à toutes ces petites espèces. Leur corps est comprimé, couvert d'écailles assez grandes. La tête et les préopercules en sont également revêtus : les opercules même sont nus; ils n’ont ni épines ni dentelures. L’abdomen est très-erossi par la quantité d'œufs dont il est rempli au moment de la fécondation. Ces œufs ont à cette époque une ligne de diamètre, et le petit fœtus, prêt à sortir, y est tout formé et très-visible sous les membranes qui le protègent. La bouche est petite, fendue horizontalement et protractile. La mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure; toutes deux sont munies d’une seule rangée de dents pointues, fines et très-serrées l’une contre l’autre. Les yeux sont grands, latéraux ; et, au-dessus d’eux et un peu en avant, les narines s'ouvrent par un petit trou arrondi. La nageoire dorsale est placée sur la partie postérieure du dos et opposée à l’anale; les autres sont petites, et celle de la queue paroït varier de forme, suivant les espèces. La ligne latérale est très-foiblement marquée et ne se laisse apercevoir que dans sa moitié antérieure.

Dans les individus du PϾcilia unimaculata que j'ai ouverts, je n'ai pu voir

de vessie aérienne. Cette espèce me paroît donc privée d’un organe dont les fonctions, dans la physiologie des poissons, ne sont pas encore bien connues. Cette différence d'organisation avec le Guapucha ne peut cependant nous autoriser à séparer celui-ci du genre Pæcilie. Nous avons déjà un exemple semblable dans d’autres genres de poissons. Tel est, parmi les Scombres, le Scomber pneumatophorus de Laroche (Ann. du Museum, Y. XIE, p. 148). C'est la seule espèce de Scombre qui ait une vessie natatoire. L’intestin, resserré entre les lobes du foie, se présentoit dans le Pœcilia unimaculata roulé sur lui-même à peu près comme celui d’un tétard de grenouille. Développé, il est devenu presque quatre fois aussi long que le corps sans offrir aucun renflement ou aucune dilatation semblable à un estomac. Ces poissons sont herbivores. D’après ce que je viens de dire, le genre Pœcilie sera caractérisé ainsi :

Corpus compressum, ovato-oblongum, squamis tectum. Caput depressum, squamatum; apertura oris, minima, transversa: dentes in utroque labro minimi, acuti; membrana branchiostega radiis quinque.

1. Porcira suRINAMENSIS, corpore immaculato, flavéscenti (?), pinna caudali subtruncata. ( PI. rxr, fig. 1.)

Habitat in aquis dulcibus Surinami , bipollicaris.

An species satis distincta ?

Les individus, rapportés de Surinam par M. Le Vaillant, sont tout-à-fait décolorés par l’alcohol dans lequel on les conserve depuis long-temps. Aussi est-il très-diflicile de leur assigner un caractère très-exact. Mais leur corps me paroit plus large antérieurement que celui de l'espèce suivante : la queue est aussi moins arrondie, et je ne puis apercevoir aucun indice de taches.

2. PorciriA uNIMACULATA , Corpore ex viridescente fusco, in utroque latere ante pinnam dorsalem macula nigra notato; cauda rotundata. ( PI. zxr, fig. 2, 5 et6.)

Habitat in aquis dulcibus Brasiliæ, bipollicaris.

Corpus breve, ovato-compressum, caput trunco angustius, obtusum ; opercula lævia; præopercula squamis tecta; venter flavescens embryonibus turgidus; pinna dorsalis fere librans, anali opposita; pinnæ pectorales et ven-

trales angustæ.

Page 1