LE PACO DE L'AMAZONE
Myreres Paco, albo-virescens, dorso arcuato, squamis minutis, abdomine fere integro, pinna caudali radiis 22.
Le Paco de l'Amazone ou Haut-Maragnon. SN ane ONE ( presque + de la grandeur naturelle ).
« Corpus albo-virescens, compressum, squamis minutis Péri ; dorso arcuato. Os parvum, labio inferiore longiore. Dentes validi, anthropomorphi, dupliei ordine dispositi. Max. superior : dentes minores, in antica parte 9, in postica 6. Max. inferior : in postica parie dentes 2 minimi acuti, in antica parte 10, quorum 6 duplo majores intermedii. Lingua crassa ovata, absque dentibus. Opercula ossea radiatim striata, haud squamis tecta. Oculi maximi
: Relat. hist. , Tom. II, p. 224. Le missionnaire Gili dit, dans son style naïf : «Il Caribito chiamasi cosi por lo strano amore que porta alle umane carni. I Caribiti son piatti, del peso di una libra e più grandi. In Auvana dove si prendono con carne salata, vi sono del peso di quattro libre. Chi volesse in breve scolpato bene un cadavere, basterebbe di metterlo por qualche ore nell Orinoco. Tanti e si famelici gli affollerebbero intorno i Caribiti, que otterrebe sicuramente l’intento. » Saggio di Storia Americana, Tom. 1, p. 78. L’auteur a sans . doute voulu faire allusion à ce conte populaire très-répandu parmi les moines, d’après lequel, dans un gué, le cavalier et le cheval ont été réduits à moitié en squelette, avant d’arriver à la rive opposée. Qu'est-ce que le poisson Mapurito de l'Orénoque qui, à ce qu’on assure, répand une odeur désagréable? On compare cette odeur à celle des Mouffettes, surtout à celle du Viverra Mapurito de Mutis.
laterales, lutei. Nares tubulosæ. Pinna dorsalis prim. magna 16 radiata, librans ; postica minuta adiposa. Pinna analis maxima usque ad caudam protensa. Cauda bifurca,
D. pr. 16. D. sec. 0. P. 12. V. 8. À. 28. C. 22.
Pinnæ omnes ovatæ, sine aculeis, radio anteriori solummodo crassiore, arcuato. Abdomen acute carinatum , carina albida, cartilaginea, non serrata. Linea lateralis parum conspicua. »
Ce beau poisson n’a que trois rayons dans la membrane branchiostège. Longueur, 2 pieds 2 pouces. Largeur, au milieu du corps, 9 pouces. La tête seule, 5 po. 2 lig. Nageoire anale, 4 po. 7 lig. Diamètre de l'œil, 8 lig. La vessie aérienne est double, oviforme, très-grande et placée très en avant, près de l'œsophage. La vessie antérieure a 3 po. 6 lig.; la postérieure, 6 po. 5 lig. de long.
Le Paco est d’un goût exquis, mais sa chair musculaire est remplie d’arrêtes. J'ai été extrêmement frappé, en le décrivant à Tomependa, dans la province de Bracamoros (au mois d’août 1802), de la forme des dents qui ont quelque ressemblance aux dents de l’homme. Je le rapprochai, dans mon journal, et avec raison , de la Palometa des plaines de Venezuela, et je croyois que ces deux poissons formoient un nouveau genre, Cest ce genre que M. Cuvier a établi sous le nom de Mylètes dans son Règne animal *. Les Mylètes, caractérisés par leurs dents prismatiques, courtes et triangulaires, par une bouche moins fendue que celle des Serra-Salmes, se divisent en deux groupes. Celui de l’ancien continent (Salmo dentex ou S. niloticus ou Cyprinus dentex) a la forme alongée et une première dorsale placée au-dessus de l'intervalle entre les ventrales et l’anale. Le groupe du Nouveau-Continent a le dos élevé, les nageoires verticales en faux et le ventre tranchant, souvent dentelé. M. Cuvier a formé son genre sur des espèces non décrites, rapportées de la partie orientale du Brésil. Le Paco prouve que les mêmes formes se retrouvent 900 lieues à l’ouest, au pied des Andes du Pérou, Le dessin des dents, ajouté à celui du Myletes Paco, a été fait par M. Huet, d’après le Myletes rhomboidalis conservé au Muséum d'histoire naturelle à Paris,
1 Ed. de 1817, Tom. II, p. 166.
Je possède encore, parmi mes dessins, deux esquisses, dont l’une a été faite à Carichana, d'après des individus séchés au soleil, l'autre d’après un poisson récemment pêché dans le Haut-Orénoque. Ils appartiennent, à n’en pas douter, aux Characins (famille des Saumons). La forme générale du corps, la courbure du dos, la position des nageoires dorsales et anales, et surtout la petitesse de la bouche, sembleroient prouver que ces espèces, appelées Palometas par les Espagnols -Américains, sont plutôt des Myletes que des Serra-Salmes; mais leurs dents sont aiguës et tranchantes. Malheureusement mes descriptions de l'appareil dentaire sont très-imparfaites, parce que, à l'époque où je quittai l'Europe, on attachoit moins d'importance à un caractère générique, qui est reconnu aujourd'hui pour être le plus constant de tous.
« Palometa du Rio Apure. Corps large, comprimé latéralement ; dos arqué. Bouche extrêmement petite. Yeux très-grands. Nageoire dorsale en forme de faux, opposée à la ventrale. Nageoires pectorales et ventrales très-petites. Queue fourchue. Le ventre tranchant, dentelé en forme de scie. Cette dentelure s'étend jusqu'à 2 du corps où commence une longue nageoire anale. Dents trèsaiguës et tranchantes dans les deux mâchoires. Écailles petites et argentées. Pas de taches. (Rio Apure, Rio Guarico, Bas-Orénoque.) »
« Palometa du Haut-Orénoque : même forme. Le corps blanc-argenté, mais les nageoires vertes et une large bande noir-verdâtre placée transversalement de chaque côté près de l'anus. (Haut-Orénoque, à l'ouest de l'Esmeralda, près du confluent du Rio Jao.) » Les Tamanaques de l'Orénoque désignent les Palometas sous le nom de Pacu *. Il est bien remarquable que ce soit le même nom que les Indiens du Haut-Maragnon donnent à leur grand Myletes. J'ai souvent eu occasion d'observer comment, malgré la diversité des langues qui règnent aujourd'hui dans ces contrées, un certain‘ nombre de productions animales, végétales et minérales, portent, à de grands éloignemens, les mêmes dénominations. ?.
[Les observations que j'ai faites sur deux genres très - voisins, sur les Serra- Salmes et les Myletes, se trouveront ici réunies dans une même note. La forme des denis triangulaires et tranchantes du poisson Caribe fait reconnoître aisément le genre auquel doit appartenir cette espèce de poissons carnassiers. C'est évidemment une cinquième espèce de Serra-Salme, genre établi par M, de Lacépède,
1 Güili, L. c., p. 76.
? Voyez ma Relat. hist., Tom. I, p. 492.
Zoologie, Tom. IL. 23
d'après les caractères du Salmo rhombeus de Linn. M. Cuvier , dans sa Monographie’, a fait connoître trois autres espèces dont deux sont nouvelles, et dont la troisième avoit été décrite par Marcgrav, sans qu'aucun naturaliste ait fait
remarquer l'aflinité du Piraya avec le Salmo rhombeus de Linné. (Bloch, PI. 383.)
Le Caribe dont M. de Humboldt donne la description, diffère « ) du Serrasalme rhomboide, Lac. 1° par la couleur cendré-verdätre du dos (elle est rougeâtre dans le S. rhomboïde); 2. par les dents plus nombreuses à la mâchoire inférieure (10 et non 7); 3.° par la position plus reculée de la dorsale et par ses rayons en nombre plus grand ( 20 au lieu de 16) : 8 ) du Serrasalme Piraya (Piraya Marcgr.) 1° par la forme rhomboïdale du corps; 2° par la forte dentelure du ventre (le ventre du Piraya est presque lisse) : #) du Serrasalme Mentonier, Cuv. 1.2 par la mâchoire inférieure non relevée, et ne formant pas avec sa symphyse une saillie semblable à un menton; 2. par la dorsale plus grande (celle du S. Mentonier n’a que 16 rayons); et enfin 4) du Serrasalme denticulé, par les dents en plus grand nombre aux mächoires (le S. denticulé en a six à chacune).
Quant au Paco de l'Amazone, il est impossible d’être embarrassé un seul instant pour le classer. La forme de ses dents, qui avoit frappé M. de Humboldt, et qu’il a désignée, dans son journal, par une épithète très-expressive (dentes anthropomorphi), ‘prouve suflisamment que ce poisson est du genre Myletes de M. Cuvier. Ce savant ? a publié la description et les figures des cinq espèces qui sont conservées dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle. Quatre d'entre elles vivent dans les fleuves de l'Amérique équinoxiale, la cinquième se trouve en Égypte. Cette distribution géographique des espèces est d'autant plus remarquable que d’autres genres de la même famille ( celle des Salmonoïides Characins) nous présentent des phénomènes analogues. L’Hydrocyon Forskalii, Cuv., est la seule espèce d'Hydrocyon que l’on connoisse dans l’ancien monde; elle est . propre au Nil. Lesautres espècessont toutes américaines et vivent sous les tropiques. De même, dans le genre Chalcœus de M. Cuvier, le C. macrolepidotus appartient au Nil; deux autres espèces vivent dans les eaux douces du Brésil. Il est utile de faire observer ici que le Myletes Hasselquistii, l'Hydrocyon Forskalii et le Chalcœus macrolepidotus ont un aspect différent des espèces américaines ; différence qui est en
1 Mém. du Muséum, Tom. V, p. 365. d 2 Jbid., Tom. IV.
DE L'AMÉRIQUE ÉQUINOXIALE. 179 quelque sorte en rapport avec la distance géographique qui les sépare. Sans l'examen attentif des dents, on pourroit même être tenté de les distinguer génériquement. Ces ones nde tout en prouvant la supériorité des caractères tirés de l'appareil dentaire, cu quelque jour sur le problème important de la distribution des formes. A l'extrémité boréale de l'Afrique, le Nil offre, quoique en petit nombre, des formes génériques que nous trouvons répétées dans les régions équinoxiales du Nouveau-Continent.
Le Myletes Paco de M. de Humboldt diffère «) du Myletes Hasselquistir, Cuv., 1. par la plus grande largeur de son corps; 2.° par ses écailles beaucoup plus petites: 8) du Myletes rhomboidalis, Cuv., 1.° par l'absence de la petite épine qui existe à la base de la dorsale du M. rhomboïdal; 2.° par la forme de la dorsale et de l’anale qui n’est pas en faux comme dans l'espèce avec laquelle je Le compare : >) du Myletes duriventris, 1° par la carène lisse du ventre; 2.° par le dos moins élevé : 9) du Myletes brachipomus avec lequel le M: Paco a le plus de rapport, par le nombre des rayons de l’anale (25 dans le M. brachypomus) et de la caudale (28 dans le M. brachypomus) : e) du Ayletes macropomus, 1.0 par les opercules beaucoup plus petits; 2.° par le dos moins élevé, moins courbé en arc.— J’alenciennes.]