VÉNUS
La première espèce que je décris appartient au genre Vénus. Ce genre, tel que l'a caractérisé M. de Lamarck, comprend les espèces de Conchifères, dont la coquille porte trois dents cardinales sur chaque valve. Ces animaux vivent particulièrement dans les mers des tropiques et des régions équatoriales de l'hémisphère du Sud. Sur 89 espèces connues, 35 seulement sont de l'hémisphère boréal. Dans cet hémisphère, le nombre des espèces est moindre près de l'équateur que dans la zone tempérée. Les Vénus avancent au nord jusque vers le 55° ou le 6o°. Telle est, par exemple, le Jénus islandica Lin., que le capitaine Parry a trouvé (conjointement avec des coraux? ) près de l'ile Melville par les 75° de latitude boréale; je crois aussi que l’on trouve dans la baie d'Hudson le 7’énus mercenaria Lin. Une distribution géographique différente a lieu dans l'hémisphère austral où le plus grand nombre des espèces se trouve dans les mers équatoriales de l'archipel de l'Inde,
L'espèce nouvelle dont je m'occupe appartient à la division des Y’énus à bord interne des valves crénelé ou dentelé, et plus spécialement à la premire section , à stries lamelleuses. Je la désignerai sous le nom de
VÉNUS CERCLÉE. PI. xzvm, fig. 1. &, b, c.
Venus succincrA testa rotundata crassa, albido-straminea, sulcis transversis et longitudinalibus sese invicem decussantibus ornata ; vulva magna valde impressa; ano magno Cordato ; natibus recurvis fuscis.
Habitat ad litus Oceani Pacifici, prope Acapulco Mexicanorum.
Cette coquille, remarquable par l'élégance de sa forme, est une des mieux caractérisées de ce genre. Elle est épaisse, un peu convexe, arrondie et comme tronquée au bord supérieur du côté antérieur. Sous un épiderme mince, d’un fauve pâle mêlé de rougeâtre, elle offre, à l'extérieur, une couleur blanche lavée d’une légère teinte bleue. Cette couleur se rembrunit à mesure que l’on s'élève vers les crochets qui sont presque noirs.
Les lames transversales qui tracent sur la surface les sillons dont cette coquille
est ornée sont noueuses, comme cordelées. Arrondies ä leur bord supérieur, elles se recourbent vers la partie inférieure de la coquille. Ces lames diminuent de largeur sur le côté antérieur où elles laissent leurs traces sur la moitié inférieure seulement, la supérieure ne montrant plus que les stries d’accroissement que l’on aperçoit aussi au fond de chacun des sillons. Ceux-ci sont plus larges inférieurement que supérieurement à cause de l'augmentation du nombre des lames sur cette partie de la coquille.
Les sillons longitudinaux sont petits et nombreux sur le côté postérieur. Au-dessus des deux tiers inférieurs, on ne peut plus les apercevoir à cause de la fréquence des lames transverses. Sur le milieu, les sillons deviennent plus larges, moins profonds; et, sur le côté antérieur, on ne les voit plus que sur la partie bombée des crochets.
Le corcelet est très-grand et très-enfoncé , avec les deux côtés en pente trèsoblique : celui de droite est gris, très-finement strié transversalement; le gauche recouvre un peu le droit; il est blanc comme la coquille; ses stries sont transversales, grosses, et ont l'apparence de petites rides. Le ligament, d'un brun ferrugineux, occupe la moitié de la longueur du corcelet.
La lunule est grande et en cœur. Elle est sillonnée dans le même sens et dans la même direction que la coquille entière.
Les crochets sont élevés, bombés , éloignés l’un de l’autre. Ils se recourbent en dessous sur la lunule.
A l'intérieur, le disque d’un blanc mat est tacheté de points verruqueux, arrondis, comme ferrugineux , dont le centre est blanc; ils sont disposés irrégulièrement sur les deux valves, et en plus grand nombre sur le côté postérieur.
Le limbe est lisse, d’un beau blanc de lait, et il offre, sur le côté antérieur, une tache violette plus marquée sur la valve gauche que sur la droite.
Le bord supérieur est dentelé, l’antérieur ainsi que le postérieur sont lisses. Celui de la lunule est pourpre, et est très-finement strié.
Cette coquille a 0" ,049 de large.
DONAX.
Le genre Donax, dans lequel on doit classer la seconde espèce nouvelle qui fait l’objet de ce mémoire, est, par la forme tronquée des coquilles qui s’y rapportent, un des plus remarquables de la classe des Conchifères. Cette forme paroiît propre aux régions des tropiques de l'hémisphère austral. En effet, de vingtdeux espèces connues dans ce genre, trois se trouvent dans les mers d'Europe,
et cinq aux Antilles et à Cayenne; les autres espèces vivent dans les mers australes, principalement dans la mer des Indes, près des Moluques.
La jolie espèce de Donace que je vais décrire a les plus grands rapports avec la Donace denticulée ( Donax denticulata Lin). Dans chacune des deux espèces, le bord des valves de la coquille est profondément dentelé; et, à l'extérieur, il y a les mêmes sillons longitudinaux , maïs l'espèce nouvelle diffère de la première par l'absence de rides transversales sur le corcelet; je la nomme
DONACE RAYONNÉE, PL 1, fig. 3, a, b,c, et fig. 4.
Donax RADIATA testa convexa, anterius obtusissima , subviolaceo-albida Ê stris transversis exilissimis; sulcis longitudinalibus radiantibus, impressis.
(a) Varietas testa albida, radiis subviolaceo-flavis picta.
(b) Varietas testa zonis violaceis circumcincta.
Habitat in Oceano Pacifico ad Americæ calidioris litora.
La forme générale de cette coquille est triangulaire, elle est assez élevée et bombée vers les crochets; les stries tranversales très-fines que l’on y aperçoit correspondent aux stries d’accroissement; les sillons longitudinaux sont étroits, profonds et partent tous du crochet en rayonnant comme d’un centre commun. Les arêtes de chacune des côtes qui séparent ces sillons sont violettes, ce qui fait paroître le fond blanc de la coquille comme lavé d’une teinte violette.
La variété (a) présente, sur le côté postérieur, trois à quatre rayons inégalement larges, d’une couleur violette un peu mélée de jaune; le côté antérieur ainsi que l’espace qui sépare les rayons entre eux sont d’un blanc plus pur que dans la variété (b); les bords antérieur et supérieur sont dentelés, le bord postérieur est lisse ; 1ls sont l’un et l’autre colorés en violet : une tache de cette même couleur existe intérieurement au fond de la coquille sous le crochet ; le limbe est blanc, de même que l’intérieur de la coquille.
La variété (b) est colorée à l'extérieur par une teinte violette plus également lavée; la partie bombée, près du crochet, est plus pâle que la partie supérieure: vers celle-ci, la coquille présente quatre à cinq zones transversales violettes; ces zones sont plus étroites et plus pâles que la bande qui colore le bord supérieur et antérieur de la coquille; les deux angles externes sont plus foncés que la partie moyenne de ce bord ; à l’intérieur, la coquille est luisante, blanche, avec deux taches violettes vers la partie antérieure.
229 SUR QUELQUES COQUILLES MARINES BIVALVES. ‘été À » «
Dans les deux variétés de cette espèce, les crochets sont élevés et violets; le ligament est petit, sa couleur est celle de la corne; la lunule est longue, assez étroite, un peu enfoncée, et aussi de couleur cornée. Cette coquille a, 0,031 de large.
TELLINA.
La troisième espèce que je vais faire connoîïtre est du genre Telline et de la petite famille des Tellines orbiculaires et roses, qui couvrent en abondance les rivages sablonneux de nos mers septentrionales. Cette nouvelle espèce avoisine tellement celle qui est décrite par Maton et Lamarck, sous le nom de T'ellina solidula, que j'ai long-temps hésité à l’en distinguer, et que je croyois devoir la regarder comme une simple variété; mais l'épaisseur moindre des valves , l'angle plus aigu du côté antérieur, et la dépression plus grande des deux valves réunies m'ont paru des caractères suflisans pour distinguer cette petite espèce de Telline, que je nomme
TELLINE PÉTALE. PI xvur, fig. 2. @, b.
Teczina pErALUM testa elliptico-trigona, depressa, fragili, anterius angulata, albida, ad nates rosea.
Habitat in Mare Pacifico, prope portum Acapulco Mexicanorum.
Cette petite coquille, mince et déprimée, est arrondie au côté postérieur, tandis que l'antérieur est terminé par un angle assez aigu. Les seules stries qu'offre sa surface externe sont toutes parallèles au bord supérieur de la coquille, et ne sont autres que ses accroissemens successifs. Sa couleur est rose vers les crochets, ensuite d’un blanc jaunâtre, cette bande étant coupée dans son milieu par une autre bande rose très-étroite ; à l'intérieur, la coquille est lisse de couleur rose ; le ligament est petit, court, de couleur cornée. Long. 0,016; larg. o",012.
MYTILUS.
Le genre Moule (Mytilus, Lam.), bien différent maintenant de celui qui a été établi par Linné, est du nombre des Conchifères dont les formes sont presque exclusivement équatoriales. En effet, M. de Lamarck a décrit 34 espèces de coquilles réunies dans ce genre, dont huit seulement habitent nos mers, les 26 autres
vivent entre les tropiques, ou très-près des tropiques. On les trouve à la fois à la partie méridionale de la Nouvelle-Hollande et près de Timor, ainsi que le prouvent les espèces rapportées de ces mers par M. Péron.
La coquille que je vais décrire a déjà été connue de: Linné, mais les descriptions courtes et les figures inexactes et en noir qui en ont été données rendent nécessaire une description plus détaillée et une figure plus soignée. Les auteurs l'ont désignée sous le nom de
MOULE EN SABOT. PI xux, fig. 1, a, b, c.
Myricus uxGuLaTUs festa lata subcurvata violacea; cuticula nigra, cardine terminali dentato; natibus distantibus.
Mytilus ungulatus, Lin.
Gualt., Tab. rxzr, fig. E.
Chem. Conch., Tom. VIIL, Tab. rxxxv, fig. 756.
Encyclop., PI. cexv, fig. 1, @, b, c.
Habitat ad litora Maris Pacifici prope la Concepcion de Chile et portum Aricæ Peruvianorum.
Cette grande et belle coquille des côtes du Pérou et du Chili est remarquable par sa forme triangulaire qui approche un peu de celle du sabot des Ruminans. De là vient le nom qui lui a été donné par Linné.
Son test est très-épais, surtout le long du bord postérieur. Dans les endroits où l’épiderme dépasse le bord de la coquille, il est transparent et d’une couleur verte assez foncée; mais, fixé sur la coquille, il se montre d’un noir terne.
La coquille n'offre à l’extérieur aucune strie longitudinale, et les stries transversales parallèles au bord du test sont extrêmement fines, et produites par l'accroissement successif de l'animal.
Le côté antérieur, mince et légèrement convexe, porte sur toute sa longueur un ligament noir et très-épais.
Le côté postérieur, très-épais, est droit et laisse une ouverture assez grande pour le passage du byssus. m
Le côté supérieur est le plus mince et deux fois sinué,.
- Les crochets sont divergens , pointus et terminés par un petit talon. C’est sur ce talon que sont placées les deux dents obtuses mentionnées dans la phrase caractéristique.
A l'extérieur, la coquille est violette. À l’intérieur, elle est lisse : le fond en est blanc, avec des taches irisées qui sont plus sensibles vers la partie supérieure du côté antérieur. Le limbe est également blanc sur la partie inférieure des deux côtés antérieur et postérieur; mais toute la partie supérieure est bleue, nuancée de violet ; cette couleur étant plus forte principalement sous l'impression musculaire, qui a la forme échancrée d’un cœur.
Cette coquille a 0°,166 de long., et 0",094 dans sa plus grande largeur.
Je suppose, dans le cours de ce mémoire, comme l'ont fait toujours Linné, Chemnitz et M. de Lamarck , que la coquille est appuyée sur les crochets, et que la lunule est tournée vers l'observateur. Le côté antérieur est donc constamment celui sur lequel est situé le ligament. Comme l'animal , appuyé sur la partie du bord qui est diamétralement opposée aux crochets, marche de manière que la lunule se porte la première en avant, MM. Cuvier et De Blainville nomment postérieur le côté que nous nommons antérieur, et inférieur le côté que nous appelons supérieur.
PRRARRA RIRE LR