XIII. — L’Encrais
49. — La végétation sauvage, en mourant et se décomposant, ramène ses éléments à peu près intacts au sol où elle a poussé. Le cycle s’accomplit sur place, et les nouvelles générations de plantes se nourrissent du phosphore, du soufre, du calcium, du potassium, etc., qui ont servi aux précédentes.
Dans la culture, au contraire, on enlève les produits végétaux (grains, fruits, légumes, fourrages, textiles, bois, etc.) pour les consommer ailleurs. C’est comme une dérivation au circuit normal. À la longue, le sol s’épuiserait donc : 1l faut lui restituer ce qui lui a été soustrait au profit de l’industrie, du bétail, des habitants des campagnes et des villes. C’est le rôle de l’engrais.
50. — Pratiqué depuis une haute antiquité, l’usage des engrais a déjà été envisagé par BERNARD PALISsY (xvie siècle) comme une véritable restitution. Mais on a cru longtemps qu'il s'agissait surtout de fournir aux racines de la matière organique — du carbone — et que les matières minérales renfermées dans l’engrais n'étaient que des stimulants sans importance (Théorie de l’humus). Ce fut LiEBie qui, vers 1840, s'appuyant à la fois sur la chimie et la physiologie végétale, renversa définitivement cette théorie : 1l fit comprendre aux agriculteurs que les matières minérales du sol sont indispensables aux végétaux (S 20), tandis que le carbone. leur vient de l’air (S 22).
51. — Certaines substances minérales sont absorbées en très faible quantité-par les plantes et existent géné-
ralement- en proportion assez notable. dans la terre : leur manque ne se fait presque jamais sentir et nous pouvons ici les laisser de côté. C’est le cas du #agnésium, du soufre et du fer. Le calcium a un rôle particulier dont nous reparlerons plus tard ($ 66). Il nous reste donc ($ 44) comme éléments essentiels des divers engrais : l’asote, le phosphore et le potassium.