‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 4)Chapitre 16 sur 76 · XIV. — ENGRAIS NATURELS · texte numérisé non relu

XIV. — ENGRAIS NATURELS

56. — La yachère est la forme la plus rudimentaire de restitution agricole : on laisse reposer la terre et on y enfouit par des labours la végétation spontanée. Pendant ce repos, la désagrégation des particules minérales du sol, la transformation des débris végétaux en humus (S 35), la production de nitrates aux dépens des matières organiques azotées ($ 42) continuent. De l’azote est apporté au sol par les pluies, par les Algues qui le recouvrent, peut-être par quelques-unes des Bactéries qui l’habitent, par les Légumineuses sauvages qui peuvent s’y développer ($ 43); mais cela ne lui fournit évidemment n1 de la potasse, n1 de l’acide phosphorique.

57. — Au lieu de se contenter de la végétation spontanée, on peut aussi faire une culture qu’on sacrife et qu’onenterresur place. C’est ce qu’on appelle un engrais

vert. L'emploi de Légumineuses semble ici de beaucoup le plusrationnel; elles agissent comme collecteurs d'azote dans l'atmosphère, et de matières minérales dans les couches profondes du sol.

58. — Beaucoup de déchets végétaux peuvent être ajoutés à laterreen guise d'engrais : résidus des récoltes antérieures, feuilles tombées, plantes marines, tourteaux, touraillons (déchets d’orge germée de brasserie), pulpes de Betteraves provenant des sucreries, etc. Mais, pour ces déchets, comme pour les engrais verts, il est presque toujours plus avantageux de les employer d’abord à l'alimentation du bétail, plutôt que de les enfouir directement ; le phosphore, la potasse, la chaux et les deux tiers de l’azote se retrouvant du reste dans le fumier.

59. — L'animal adulte conserve un poids à peu près invariable. Une quantité de sa substance, équivalente à ses aliments, se détruit donc et est rejetée au dehors par la respiration et par les diverses déjections. L’azote et la potasse éliminés vont surtout dans ses urines; l’acide phosphorique et la chaux, surtout dans ses excréments solides. Réunies aux litières, ces deux catégories de déjections constituent le fumier. Une tonne de fumier, bien soigné et bien conservé, renferme en moyenne 5 kilogrammes d’azote, 3 d'acide phosphorique, 6 de potasse.

60. — Le fumier est « l’engrais par excellence ». II ramène au sol la plus grande partie des éléments que les fourrages y avaient puisés. Par sa matière organique, il donne du corps aux terres légères (sablonneuses et calcaires) et diminue la compacité des terres trop fortes (argileuses). Graduellement, sous l’action des microbes, 1l se consomme : son azote se transforme

en ammoniaque, puis en acide nitreux et en acide nitrique ($ 42), dont les racines pourront ainsi profiter peu à peu; tandis que son carbone se transforme en anhydride carbonique ($ 41) qui solubrlise les carbonates et les phosphates.

L'agriculteur doit éviter autant que possible Fe causes d’appauvrissement du fumier : lavage par les eaux, dégagement d’ammoniaque, etc. L’addition de sulfate de fer, de plâtre, de kaïnite, pour retenir l’ammoniaque, n’a guère d'utilité : le vrai remède est dans l'emploi de litières abondantes et dans le soin apporté à la récolte et à la manipulation du fumier.

61. — De même que le fumier de ferme, les déections des villes (vidanges, crottins, eaux d’égout) représentent une richesse agricole considérable. L'irrigation par les eaux d’égout a plus que quadruplé la valeur des terres dans la plaine aride de Gennevilliers, près de Paris. Seulement, ce procédé peut offrir des dangers en temps d’épidémie. Une solution qui satisfait à la fois aux exigences de l'hygiène et à celles de l’agriculture consiste à soumettre les vidanges à la cuisson en présence de chaux, puis à recueillir séparément l’ammoniaque et le dépôt calcaire, azoté et phosphaté, que l’on dessèche (poudrette).

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