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XVI. — AMENDEMENTS, ASSOLEMENTS ET ORGANISMES AUXILIAIRES

66. — La plupart des terres contiennent assez de chaux pour l’alimentation végétale.

L’'utilité des engrais calcaires réside, en général, non dans leur absorption par la plante, mais dans les modifications utiles qu’ils apportent à la terre arable; ce sont des amendements. Ils rendent les terres argileuses moins compactes et plus perméables, contribuent au pouvoir absorbant de la terre (S 54), chassent les mau-

vaises herbes, aident parfois à l’assimilation des phosphates, favorisent, par leur alcalinité, le développement des microbes (SS 34, 42) et hâtent ainsi la désorganisation des fumiers et des engrais verts incorporés au sol. En outre, la chaux paraît pouvoir contrebalancer l'effet nuisible d’un excès de magnésie dans le sol (O. Low Er D. W. May, 1001).

De là, la pratique du m#marnage (application de carbonate de chaux, finement divisé), du chaulage (application de chaux vive, S 1), du plâtrage (application de plâtre). Il est généralement avantageux de répandre d'assez grandes quantités de chaux, et cela quelques semaines au moins avant les semailles. La marne, qui est un mélange de carbonate de chaux, d’argile et de sable, devra naturellement être employée en quantité plus considérable encore. Le plâtre, qui est du sulfate de chaux, apporte à la terre deux éléments utiles à la fois : la chaux et le soufre. La théorie de son emploi n’est pas encore bien élucidée.

67. — Les différentes plantes pénètrent dans le sol à des profondeurs diverses et lui enlèvent des quantités inégales des divers éléments nutritifs ($S 52); 1l y a donc avantage à varier les cultures, plutôt que de cultiver constamment la même espèce végétale sur une surface donnée de terrain. Ainsi s'explique l’habitude d’une succession plus ou moins régulière de cultures diverses, qu’on nomme rotation ou assolement.

emploi rationnel des engrais, permettant de restituer au sol ce qui lui manque, a, dans une grande mesure, délivré le cultivateur de l'obligation de l’assolement. On peut prolonger ainsi d’une manière indéfinie la culture des céréales, etc. (LAWES ET GILBERT). Toutefois il n’a pas été possible jusqu'ici de réussir la

culture continue des Légumineuses; [cela tient, au moins en partie, à l’action nuisible de certaines Bactéries qui pullulent dans le sol à la suite de la culture de ces plantes (HILTNER, 1902).]

68. — Il convient de rappeler, d’un autre côté, combien puissamment certains orvamsmes inférieurs aident au bon développement des plantes agricoles.

Sans parler des Vers de terre ($ 36), nous savons que les Bactéres de la putréfaction ($ 34) et celles de la wiérification ($ 42) ramènent les résidus organiques à des états facilement assimilables par les plantes. Il a déjà été fait allusion, à ce propos, à l'emploi de l’alinite (S 42), préconisé par quelques agronomes.

L'importance capitale du Rhizobium a été expliquée (S 43, 4°). Ce microbe s’accoutume aux diverses espèces de Légumineuses et forme ainsi des races physiologiques spécialement adaptées; son transfert d’une espèce de Légumineuse à une autre est d’autant plus difficile qu’il s’agit d'espèces plus dissemblables. Bien que le sol soit, d'ordinaire, suffisamment pourvu de germes de Rhizobium, il peut donc être utile,en certains cas, d’incorporer à la terre ou d’ajouter aux semences, des cultures de la race de Rhizobium appropriée; ces cultures sont vendues sous le nom de wtragine (NoBBEe, 1896). Toutefois on manque encore d’expériences décisives à cet égard.

Il faut en dire autant de l'influence favorable d’un Champignon (Fusarium) sur le rendement de la Pomme de terre. Il est à peu près établi pour divers végétaux (Orchidacées, Ficaire) que la transformation de leurs bourgeons en tubercules est la conséquence de l’infection de leurs racines par un Champignon; et 1l n’est

pas impossible qu’il en soit de même pour la Pomme de terre (NoËëL BERNARD, 1901).

Tous ces exemples rentrent dans la catégorie des associations ou, comme on dit, des symbioses mutualistes. d

DOITIA=TOHOIUDES (ENGRAIS

69. — Les engrais naturels et les engrais commerciaux ont chacun des avantages et des inconvénients : l’agriculteur doit les compléter judicieusement les uns par les autres.

Nous avons énuméré quelques-unes des propriétés précieuses du fumier (S 60). Mais il ne fait, en somme, que rendre à la terre ce qui en est sorti; 1l n’y ajoute pas d'aliments nouveaux. Le fumier restitue, l’engrais chimique enrichit.

Les engrais chimiques représentent aussi une forme beaucoup plus concentrée des matières fertilisantes : 10 kilogrammes de phosphate précipité, 10 kilogrammes de chlorure de potassium et 25 kilogrammes de sulfate d’ammoniaque, soit ensemble 45 kilogrammes, contiennent autant de principes nutritifs que 1,000 kilogrammes de fumier ($S 59).

70. — Pour le choix des engrais et de leurs proportions les plus convenables dans chaque cas spécial, l'analyse chimique du sol et de la récolte peut fournir quelques indications. Mais le seul procédé rationnel consiste à faire des essais locaux de culture et de fumure, danslesquels on tiendra soigneusement compte des rendements et des frais. C’est le but des camps d'expériences.

71. — De l’ensemble de notre exposé, nous pouvons déduire quelques conseils pratiques d'application générale.

Les divers éléments, étant également indispensables, n’agissent que par leur association. L’abondance de la récolte sera donc toujours déterminée par la quantité de celui des éléments nécessaires qui est le moins largement offert à la plante (« Loi du minimum » de Liebig) : l'insuffisance d’un seul de ces éléments (ou, plus généralement, d'une seule des conditions d’existence de la plante) ne saurait être compensée par l'excès des autres. Le

Employez, autant que possible, à la fois l'acide phosphorique et l’azote. Mais, vu leur conduite différente dans le sol, soyez économe d'azote et généreux d'acide phosphorique. Le fumier, les engrais phosphatés et potassiques peuvent être appliqués longtemps d'avance; les sels ammoniacaux et les guanos, un peu d'avance, les nitrates au moment même. Faites revenir fréquemment les Légumineuses dans votre assolement. N'oubliez pas qu'il est possible, grâce aux « cultures dérobées », d’avoir deux récoltes en une année, comme cela se fait, par exemple en Flandre, par la culture du Seigle suivi de Navets. Pour les cas douteux, recourez à des essais de culture et de fumure. Pénétrez-vous de ce vieil adage latin : « Un petit champ bien cultivé produit plus qu’un grand champ négligé ».

72. — Lorsqu'il s’agit de l’acquisition et du contrôle des engrais, 1l y a un avantage considérable à en prendre à la fois de grandes quantités. De là, la formation de syndicats agricoles, qui devraient évidemment n'avoir en vue que l'intérêt agricole, sans aucune arrière-pensée personnelle ou politique.

73. — Il existe deux moyens principaux de lutter contre la concurrence étrangère : les perfectionnements culturaux et le protectionnisme. Celui-ci est un narcotique, ceux-là sont des tonifiants. Au point de vue d’une bonne hygiène sociale, 1l est facile de voir lequel mérite la préférence.

74.— Pour le progrès de l’agriculture, une coopération intime du savant et du praticien est nécessaire. Ils doivent s’entr'aider. Le cultivateur déduit certaines conclusions de son observation journalière. Mais il appartient au savant de transformer en certitudes les probabilités agricoles, et de fournir ainsi à l’agriculture elle-même une base inébranlable.

Uni

L'enseignement de la physiologie végétale se heurte à des difficultés particulières. Pour l’accompagner, comme il convient, de démonstrations expérimentales, il faut avoir à sa disposition un grand choix de plantes vivantes, de multiples appareils, et beaucoup de temps. Mais cela ne suffit point. On est obligé aussi de compter avec la saison : même au moyen de jardins et de serres bien organisés, 1l n’est pas toujours possible d'obtenir les spécimens voulus au moment opportun. Ce n’est pas tout encore, et l’obstacle le plus grand au point de vue de l’enseignement vient de ce que la physiologie végétale est une physiologie très lente. Alors que dans l'organisme animal la plupart des réactions sont si rapides qu'il faut user d’artifices pour en saisir les diverses phases, c’est tout l’opposé que Bon/remarque chez les plantes : ici, les expériences durent, en général, plusieurs heures, sinon plusieurs jours ou même plusieurs semaines, et 1l est impossible d'en montrer toute la marche dans l’espace d’une leçon.

Malgré ces difficultés, on doit s'attacher, dans un

(1) Ce travail, fait en collaboration avec EMILE LAURENT, a paru en 1897, en même temps que les XV planches de physiologie végétale qu'il accompagnait. Les explications en petit texte (de la page 78 à la page 155) se rapportent à ces planches dont nous donnons ici les réductions.

cours supérieur de botanique, à présenter aux auditeurs toutes les expériences physiologiques en nature, comme 1l est avantageux de leur montrer au microscope les préparations anatomiques. Mais, dans un cours plus élémentaire, 1l n’est pas possible de réaliser ce double idéal. Heureusement, on possède aujourd'hui, pour la morphologie et l'anatomie, des planches murales qui ne laissent rien à désirer et qui rendent à l’enseignement d’inappréciables services. Pour la physiologie proprement dite, 1l n'existe, pensons-nous, rien de semblable, et c’est cette lacune qu’il nous a paru utile de chercher à combler.

Notre série de planches embrasse les phénomènes principaux de la physiologie végétale (sauf la reproduction, à laquelle se rapportent déjà divers tableaux publiés dans d’autres collections) : elle est l’exécution d’un programme tracé par l’un de nous, 1l y a plusieurs années, dans un Rapport (1) présenté à la Société royale de Botanique de Belgique sur l’organisation de la Salle de botanique au « Palais du Peuple » projeté à Bruxelles.

Les figures de ces planches. ont toutestetemtanes d’après nature, par nous-mêmes ou sous notre direction immédiate.

Dans beaucoup d'expériences, 1l s’agit de constater une modification visible du végétal : croissance, courbure, enroulement autour d’un support, mouvement de feuilles ou d'organes floraux, capture et digestion d’un Insecte par une plante carnivore. La méthode que nous avons suivie en pareil cas consiste à figurer côte à côte le point de départ et le résultat=nens avons toujours photographié au laboratoire le com-

(1) Voir ce Rapport dans le volume Pédagogie de cette collection.

mencement et la fin de l’expérience, et ces photographies ont servi, concurremment avec l’objet vivant, à la confection des dessins. Ceux-ci représentent donc, d’une façon rigoureuse, les. changements qui se sont accomplis, par le fait de l’expérience, dans un même organisme.

Quant au choix des plantes, nous avons pris, autant que possible, des espèces de nos pays : les expériences physiologiques sont bien plus frappantes, lorsqu'on les voit s’accomplir sur des plantes connues et communes.

Outre l'explication des figures, on trouvera dans les pages qui vont suivre un aperçu des phénomènes auxquels elles se rapportent. Afin d’être plus clairs et de présenter un texte mieux enchaîné, nous n’avons pas craint de donner certaines indications très élémentaires. Nous l’avons fait aussi avec l’espoir de faciliter de la sorte l’exposé des notions fondamentales de la physiologie végétale dans l’enseignement secondaire, où on ne leur a généralement pas accordé jusqu'ici — du moins en Belgique — une place suffisante. Nous avons cherché surtout à donner une idée complète de chacune des expériences représentées, ce qui nous a obligés à nous étendre beaucoup plus au sujet de certaines planches, qu’au sujet d’autres.

PMnous reste à remercier MM. Cu. Bommer et Massarr, chargés de cours à l’Université de Bruxelles, et M. CLauTRIAU, assistant à l’Institut botanique de la même Université, qui nous ont prêté leur concours pour la préparation de diverses expériences et pour l'exécution des photographies.

Bruxelles et Gembloux, rer décembre 1896.

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