‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 4)Chapitre 4 sur 76 · DE GRÂCE, DES NOMS LATINS · texte numérisé non relu

DE GRÂCE, DES NOMS LATINS

quelques années, non pas des livres élémentaires, mais des ouvrages de haut enseignement et même des mémoires originaux se servir, pour les animaux et pour les plantes, de noms vulgaires.

Pourquoi veut-on m'obliger à savoir que « Herbstwasserstern » signifie Callitriche autumnalis, que « Habichtskraut » désigne tantôt le Barbarea vulgaris, tantôt un Æieracium, où l'Hypochoeris maculata, ou le Sisymbrium Sophia, ou le Taraxacum ofhcinale, et que « Gundermann » est l’un des huit noms allemands du Glechoma hederacea, tandis que « falscher Gundermann » représente le Veromca Teucrum ? De même, je ne vois aucune sorte d’avantage à dire « Echinocacte », « Anthure », « Brésillet », « Gymnogramme leptophylle », « Aspide en faux », « Cornifle », « Vaquois », œPessen» (1), « Chalef », au lieu de Echinocactus, Anthurium, Caesalpinia, Gvmnogramme leptophylla, Aspidium falcatum, Ceratophyllum, Pandanus, Picea, Elacagnus.

Il est vrai que la plupart des auteurs qui pratiquent cette innovation mettent encore souvent les noms latins entre parenthèses. Mais la mode nouvelle n’en est qu’à ses débuts et, si l’on ne réagit pas, l’on doit s'attendre à voir bientôt disparaître cette inconséquence salutaire. De toute façon, les noms vulgaires encombrent dès à présent le texte et fatiguent l’attention du lecteur. Que dirait-on du chimiste qui s’'amuserait à nous parler de « fleurs de zinc » ou de « laine philosophique » quand il s’agit de l’oxyde de zinc?

[(x) Dans le Traité de Botanique de VAN TIEGHEM, daté de 1891, « Pesse » signifie Hippuris (p. 1838); dans Éléments de Botanique, du même auteur, qui porte la même date (vol. II, p. 507), « Pesse » signifie Picea. Mais l’auteur a oublié de temps en temps ce changement de sens : ainsi dans le volume I du second ouvrage, p. 168, « Pesse » signifie encore Hippuris.]

Et encore, si l’on se servait seulement des noms vulgaires lorsqu'ils existent et qu'ils sont très connus, cela pourrait passer. Mais les créer de toutes pièces pour les substituer ensuite aux noms latins admis partout, voilà qui n’a pas même un semblant d’excuse. Il est donc temps de protester. La question n’est puérile qu’en apparence et les esprits clairvoyants ont le droit de s’alarmer. Car il s’agit ic1 d’une atteinte à la forme la plus précieuse du libre-échange : le hbreéchange scientifique.

De grâce, des noms latins!

BE ABASES SCIENTIFIQUES DEÉraL'AGRICUE RURE (x)

LECON I PRICES ÉLÉMENTS 1. — Un morceau de craie ou de marbre blanc se

décompose par une forte chaleur en deux substances : de la chaux vive, et un gaz invisible comme l’air, incolore, connu par tout le monde comme cause du pétillement des eaux gazeuses ou de la bière : l’acrde carbonique anhydre où anhydride carbomque.

2. — Par des procédés chimiques appropriés, la chaux vive se dédouble à son tour en une sorte de métal appelé calcium et un gaz, l'oxygène; de même, l’anhydride carbonique se dédouble en oxygène et en carbone. De là le nom de carbonate de calcium donné à la substance qui constitue le marbre blanc ou la craie.

3. — Si l'opération a été bien conduite, 1l est clair que le poids total des produits obtenus devra être précisément égal au poids de la craie employée. C'est ce que l'expérience confirme : 100 grammes de craie donnent toujours 56 grammes de chaux vive et 44 grammes d’anhydride carbonique. Ces 56 grammes de chaux renferment 40 grammes de calcium et 16 grammes d'oxygène ; les 44 grammes d’anhydride carbonique en renferment 32 d'oxygène et 12 de carbone.

Or : 40 + 16 + 32 + 12 = 100.

(1) Deuxième édition du Syllabus du cours donné pour la première fois en 1893 à Quevaucamps, sous les auspices de l’Extension de l'Université libre de Bruxelles.

4. — Il n’est pas possible d’aller plus loin, et notre analyse se trouve ainsi achevée. Tandis que la craie, la chaux vive, l’anhydride carbonique sont des corps composés, le calcium, le carbone et l’oxygène sont donc des corps simples ou éléments, c'est-à-dire que l’on ne possède jusqu'ici aucun moyen de les décomposer ou de les transformer en autre chose. Cette distinction est la base même de la chimie.

5. — Une étude analogue nous apprendrait que l’eau est formée par l’union de deux gaz : l'oxygène et l'hydrogène, dans le rapport de 8 grammes du premier pour 1 gramme du second: et que 100 litres bien sec contiennent, essentiellement, 21 litres environ d'oxygène et un peu moins de 79 litres d’un autre gaz, l'azote.

6. — Malgré la variété presque infinie des objets qui nous environnent : roches et terres, fleuves et océans, plantes et animaux, le nombre des corps simples auxquels tout se ramène est extrêmement petit. On en connaît aujourd’hui soixante-dix-huit, dont une bonne trentaine, très rares, ne jouent dans la nature qu’un rôle effacé. Une quarantaine d'éléments suffisent donc à constituer la presque totalité des objets naturels.

RENOM PPEANTE

7. — On pourrait s'attendre à trouver dans les animaux et les végétaux de tout autres éléments que dans les matières inertes.

Au contraire, comme la chimie le démontre, ils sont formés des mêmes corps simples que la terre, l’eau et l'air, et même des plus communs parmi ces corps.

8. — Pour fixer les idées, indiquons la composition moyenne de l'herbe des prairies, et supposons que l'analyse porte sur 1,000 kilogrammes d’herbe fraîche.

Les trois quarts du poids environ, soit 750 kilogrammes, sont formés par de l’eau. Nous nous en débarrasserons en séchant complètement l'herbe dans une étuve dont la température atteigne 100-110°.

Les 250 kilos restants s'appellent la substance sèche.

En la brülant avec soin, on en voit la plus grande partie (230 kilos) s'échapper en fumée : c’est la matière combustible où organique, tandis qu'il reste seulement 20 kilogrammes de cendres où matière imorganique.

Poursuivant alors séparément l’analyse de la fumée et des cendres, on aboutit au résultat qui est résumé dans le tableau suivant :

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