CHER MONSIEUR
Votre livre est utile et 1l vient au bon moment. Cet éloge a été tant prodigué qu’il peut sembler banal ; le mérite qu’il proclame ne l’est pas.
La connaissance de la végétation de notre pays s’est beaucoup répandue et, à ce propos, laissez-moi vous conter un vieux souvenir.
Il y a de cela vingt ans — peut-être même y en a-t-1l vingt-cinq — quelques camarades et moi nous faisions nos toutes premières excursions botaniques sous la cndeite d'an maître excellent, feu Louis Prré, qui était professeur à l’Athénée de Bruxelles. Les paysans des environs, peu habitués encore à voir passer des bandes de gamins ornés de grandes boîtes vertes, se demandaient avec curiosité ce que nous faisions et ce que nous cherchions. Les plus perspicaces donnaient à entendre que nous devions être des voleurs de pommes de terre.
Aujourd’hui, gràce au personnel enseignant de nos écoles communales, si vaillant, si dévoué, presque tous
(1x) Cette préface a paru en 1806.
les enfants sont devenus quelque peu botanistes et les braves campagnards ne se retournent même plus :1ls en ont tant vu de ces savants ex herbe !
En même temps que l’étude de la botanique s’est propagée ainsi en surface, d'année en année elle a gagné en profondeur. Le nombre est grand de nos amateurs qui connaissent à fond la végétation phanérogamique de leur coin du pays, et 1l était temps de leur ouvrir de nouveaux champs d’exploration. Vous avez pensé avec raison qu’il y aurait avantage à diriger leur attention vers l’étude, encore si négligée, de nos Algues.
Aucun ouvrage jusqu’à présent ne décrit l’ensemble des Algues de notre pays. Nous avions la Flore cryptogamique de Kicxx. Mais elle ne s'occupe que des Flandres et elle date de 1867. Quoiqu’elle fût très méritante pour l’époque, elle n’est évidemment plus en rapport avec l’état actuel de la science.
Cette lacune n’est point spéciale à la Belgique. Nos voisins du Midi ne sont guère mieux partagés que nous : une flore algologique descriptive, passablement complète, leur fait également défaut et votre travail sera, je pense, le premier, de, cer genre en Rnius française.
La tentative était donc hardie, et je me réjouis de votre ardeur de jeunesse qui nous vaut une si heureuse audace. Car personne mieux que vous n'était à même d’entreprendre et d'accomplir cette tâche. Ne vous êtesvous pas, dès vos débuts, consacré avec une véritable passion à l'étude des Algues et n’en avez-vous pas déjà, sur plus d’un point, fait progresser la connaissance systématique ? Sans doute, d’autres objets vous ont sollicité aussi. Je m'en voudrais d’oublier qu’à l’époque