‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 4)Chapitre 64 sur 76 · LETTRE PRÉFACE · texte numérisé non relu

LETTRE PRÉFACE

où vous suiviez les cours du doctorat, vous avez découvert par la microchimie un alcaloïde inconnu dans les tissus de certaines Orchidées et que vous avez su ramener bien des formes et des attaches exceptionnelles que présentent les membranes des cellules, à la règle commune de la physique moléculaire. Mais vous reveniez toujours à l’algologie, presque confus de lui avoir été infidèle. Ne semble-t-il pas qu’il y eût, entre elle et vous, un de ces « nœuds secrets et de ces sympathies » dont parle CoRNEILLE dans un de ses vers les plus tendres, égaré au milieu de l’une de ses plus sombres tragédies ?

Pour rédiger cette flore, 1l fallait connaître profondément les Algues, avoir parcouru le pays en les récoltant, rassembler les renseignements contenus dans notre littérature scientifique, revoir les matériaux que d’autres botanistes vous envoyaient des quatre coins de la Belgique, et de ces éléments épars faire un tout méthodique et coordonné. Vous y avez réussi. Il n’y a qu’à louer la sûreté de vos informations, l’étendue de vos recherches, votre soin et votre esprit critique. Êtes-vous parvenu à réaliser d'emblée une œuvre parfaite? Non, sans doute; cela était impossible et vous êtes le premier à le déclarer. Mais vous avez solidement construit toute la charpente; il ne vous restera plus, dans la suite, qu’à parachever l'édifice.

Toutes les Algues (sauf les Bactéries) sont passées en revue dans votre flore, depuis les Characées jusqu'aux Cyanophycées, sans omettre les Algues brunes et les Algues rouges. Suivant une vieille tradition, vous avez commencé par le haut de chacune de ces séries. L'ordre inverse, celui de la complication progressive, n'est-il pas plus rationnel? Peut-être; mais, après tout, cela

importe assez peu. Une flore doit servir principalement à reconnaître et à classer les espèces, et c’est un point assez secondaire de savoir si tel genre figure au commencement, au milieu ou à la fin du volume.

À coup sûr, la récolte et la détermination des espèces ne font pas toute l’histoire naturelle et l’on n’est pas un botaniste par cela seul qu’on appelle Bellis ce que tout le monde nomme une Pâquerette. Il faut chercher à expliquer la structure des organismes, en comparant leurs formes, en analysant leurs fonctions, en saisissant leurs habitudes, en s’efforçant, en un mot, de les comprendre. Tout être vivant est un problème : ce n’est pas le résoudre que de lui donner un nom latin.

Est-1l besoin de rappeler aussi combien l’observation de la vie souterraine des plantes, les divers moyens de défense dont elles disposent et leur inégale efficacité, la fécondation par l'intermédiaire des Insectes, leurs procédés variés de dissémination, leur mode d’existence individuelle et leur vie sociale, offrent encore de sujets d'étude attrayants, accessibles même pour les simples amateurs d’herborisations ?

Mais la botanique systématique n’en conserve pas moins sa légitime et primordiale importance. Je suis d'autant plus à l’aise pour le proclamer que ce n’est point prêcher pour ma chapelle, puisque, personnellement, mes préférences m’entrainent, vous le savez, d’un autre côté. Distinguer les espèces organiques, se familiariser avec leur aspect, les décrire, les nommer, les classer, ce n’est pas seulement pour beaucoup de naturalistes amateurs un passe-temps agréable et intelligent, qui vaut à tout le moins le tir aux pigeons et les paris de courses, c’est encore pour l'enfant une gymnastique cérébrale excellente, capable, mieux que toute

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