‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 4)Chapitre 66 sur 76 · PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

Ainsi que cela avait déjà été fait en partie pour la traduction allemande de cette « Leçon élémentaire », nous nous sommes efforcé d'utiliser, pour la deuxième édition, un certain nombre de faits intéressants et suggestifs, découverts depuis peu. Il nous a surtout paru essentiel d’incorporer dans notre exposé les résultats des belles recherches du professeur Hu&Go DE VRies. Son livre : « Die Mutationstheorie. Versuche und PBeobachtungen über die Entstehung der Arten 1m P flanzenreich », dont le dernier fascicule a été publié 1l y a quelques mois et que nous espérons bien voir mettre prochainement à la portée des lecteurs de langue française, forme, en effet, à notre sens, le complément le plus important que la théorie de l’évolution ait reçu depuis DARWIN.

C’est à dessein que nous nous servons du mot de complément.

À en croire certaines appréciations hâtives, il semblerait, 1l est vrai, que cet ouvrage remarquable renverse

(1) Ce travail a paru pour la première fois dans la Revue de l'Université de Bruxelles, 1899-1900, tome V ; une seconde édition revue et considérablement augmentée en a été publiée en 1904; c'est celle-ci que nous reproduisons avec addition de quelques-unes des notes et figures que l’auteur destinait à une troisième édition.

les théories du grand naturaliste anglais. Une telle manière de voir n’est pas seulement superficielle et inexacte, elle est encore contredite de la manière la plus formelle par les écrits de pe VRies lui-même.

Quiconque est familiarisé avec les idées et les argumentations darwiniennes reconnaîtra que la « Théorie de la Mutation » les confirme, les complète et les précise. L'origine des espèces était rattachéenpar DarwiN aux deux sortes de variations qu’il appelait « individual differences » et « single variations ». Pour pe VRIEs, celles-là, en s’additionnant, conduisent aux races, celles-c1 seules fournissent les caractères des espèces. De plus, le côté négatif ou destructeur de la Lutte pour l’existence est mis, par lui, au premier plan, plutôt que son action conservatrice. Mais ce n’est là qu'une nuance de mots, car toute lutte aboutit à la victoire des uns en même temps qu'à la défaite des autres. Et, comme on le constatera plus loin, DE VRIES, à l'exemple des darwinistes, voit dans cette lutte et dans la sélection naturelle qui en résulte le principal facteur de l'accumulation progressive des légères variations avantageuses et, par là, de la finalité dans la nature. |

La notion de la sélection naturelle conserve donc, au point de vue scientifique comme au point de vue philosophique, sa haute et durable signification.

Si nous réussissions à montrer,dans le cadre modeste de cet exposé, que la théorie de la mutation et celle de la sélection, loin de s’exclure, se peuvent combiner en un ensemble harmonique, nous croirions n'avoir pas fait œuvre tout à fait superflue.

Après avoir conquis les milieux purement scientifiques, l’idée de l’évolution et de la descendance des

espèces a commencé, depuis quelques années, à recruter des adhérents de plus en plus nombreux parmi ceux qui poursuivent une conciliation chimérique entre la science et le dogme. De là des efforts parfois héroïques, des déchirements souvent douloureux, dont quelquesuns ont eu un retentissement considérable, mais dont HAplupart ensevelis dans! le for de la conscience, demeureront à jamais ignorés. Le darwinisme a provoqué ainsi, parmi les croyants, une crise intellectuelle très grave, dont le dénouement approche. Comme rien ne saurait mieux prouver la profondeur de son action sur les esprits, 1l ne nous a pas semblé hors de propos de retracer, à grands traits, l’histoire de cette crise, en tête de cet opuscule.

Vivier d'Oye, près Bruxelles, 1er août 1903.

JA

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