C. majus. (D'après DE VRIES, Mutationstheorte, 1, page
sive; on dira que la mutation est rétrogressive (ou régressive), quand un caractère existant disparaît ou devient latent; et on appellera dégressive, d’après sa terminologie, toute mutation qui consiste dans le passage d’un caractère à un état intermédiaire — semiactif, semi-latent — entre la latence et l’activité complètes.
L'un des exemples les mieux connus de mutation (encore que nous ne puissions indiquer exactement dans laquelle de ces trois subdivisions il rentre) est la Chélidoine à feuilles et à pétales laciniés (figure 4) qui fut observée pour la première fois, au milieu de Chehdonium majus ordinaires (figure 5), vers 1590, dans le jardin d’un pharmacien de Heidelberg. Depuis lors, cette forme nouvelle s’est conservée sans changement, et on la reproduit aujourd’hui, au moyen de ses graines, dans la plupart des Jardins botaniques.
En 1897, on découvrit près de Lindau, parmi des Bourses-à-pasteur, quelques exemplaires d’une forme inconnue auparavant et qui, tout en ressemblant complètement au Capsella Bursa-pastoris par ses feuilles et ses fleurs, s’en distingue d’une manière profonde par la structure des fruits, différences du même ordre que celles qui constituent d'habitude des caractères génériques dans la famille des Cruciféracées. Le comte DE SOLMS-LAUBACH qui l’a étudiée lui a donné, en l'honneur de celui qui l’a trouvée, le nom de Capsella Heegeri; 11 s’agit, à n’en pas douter, d’une mutation fortuite du Capsella typique, fidèlement transmissible par graines.
Entre les nombreuses espèces qu'il a cultivées à ce point de vue, DE VRIES en a fait connaître une qui présente depuis quelques années, en Hollande, une propension toute particulière à la mutation.
C'est l’Oenothera Lamarckiana Seringe, Onagracée à grandes fleurs jaunes, originaire d'Amérique comme l'Oenothera biennis si souvent cultivé dans nos jardins et dont elle est très voisine. En peu d’années, l’Oenothera Lamarckiana lui a fourni une dizaine de formes nouvelles, surgies brusquement, ne se distinguant d’ailleurs de la plante-mère que par de légères différences,
FIGURE 6. — Feuilles d'espèces issues, par mutation, de l'Oenothera Lamarckiana : L, Oenothera Lamarckiana ; n, Oenothera nanella; g, Oenothera gigas; r, Oenothera yubrinervis : l, Oenothera lata; s, Oenothera scintillans. (D'après DE VRIES, Mutationstheorie, TX, page 207.)
mais dont la plupart se sont néanmoins maintenues constantes dans la suite : il les envisage comme des « espèces élémentaires » ou « petites espèces » et leur a donné les noms spécifiques de Oenothera nanella, Oenothera gigas, Oenothera rubrinervis, Oenothera lata, Oenothera scintillans, etc. (figure 6).
Sur les quelque soixante-quinze mille individus d’Oenothera Lamarchana qu'ont embrassés jusqu'ici les cultures de DE VRIES, il en a trouvé de 1 à 2 °/ qui s’écartaient ainsi du type et constttuaient, comme 1l dit, des mutantes.
D'autres exemples récents de variations brusques, sans avoir été étudiés d’une façon aussi approfondie que l’Onagre de Lamarck, méritent pourtant d’être signalés 1c1. |
Les Cyclamens de Perse (Cyclamen persicum), cultivés sur une grande échelle depuis une vingtaine d’années, ont commencé tout à coup, il y à trois ou quatre ans, à présenter une série de variations dans le plan floral : dédoublement de pièces de la corolle ou de l’'androcée, pétales et étamines surnuméraires dans les cycles normaux de la fleur, formation de cycles corollins et staminaux supplémentaires, transformation d’étamines en pétales. Le professeur Massarr en a réuni une collection très démonstrative que j'ai pu examiner.
En ce moment même, un cas frappant existe au Jardin botanique de Bruxelles, qui s’est produit sous nos yeux. Il s’agit des descendants d’un même pied d'une Araliacée, le Pseudopanax crassifohum, variété trifolium. Le professeur CH. Bommer vient de publier les photographies des feuilles de ces plantes (figure 7, page 208) (1); je les reproduis 1c1, en les complétant par des photographies d'ensemble (figure 8, page 209) (2).
(1) FIGURE 7. — Pseudopanax crassifolium : photographies de feuilles appartenant à des exemplaires issus, au Jardin botanique de Bruxelles, des graines d'un même pied. Voir le texte. (D'après Cn. BoMMER, Nouveaux Mémoires de la Société belge de Géologie, 1903, planche I.)
(2) FIGURE 8. — Pseudopanax crassifolium : photographies faites en novembre 1902, d'exemplaires issus, au Jardin botanique de Bruxelles, des vraines d'un même pied Voir le texte.
« L'espèce type — dit BomMEr — dont une forme est représentée en a (figures 7 et 8), produit une variété horticole Pseudopanax crassifolium variété trifoluum (b), qui s'écarte considérablement du type. Les graines produites par des plantes appartenant à cette variété sont susceptibles de donner naissance à des individus se distinguant par des différences de feuillage très marquées Chez certains d’entre eux, les modifications du type spécifique originel s’accentuent(c),tandis que chez les autres elles tendent à s’atténuer (4, d’, f) ou même à s’effacer complètement par retour aux deux formes de feuilles les plus fréquentes dans l'espèce Empelleets, L)-(r). »
Ce qui empêche de voir dans ces Pseudopanax un exemple de mutations particulièrement étendues et indiscutables, c’est qu'il est fort possible qu'il y ait eu dans leur ascendance récente des croisements entre la variété #rifolium d'où ils sont directement issus, et le type à feuilles indivises qui est sans doute leur ancêtre plus éloigné : les diversités signalées seraient alors, pour une part au moins, des « altérations », dans Île sens défini plus haut.
De même qu'il existe, à côté des fluctuations individuelles, des fluctuations partielles, il peut y avoir, en dehors des mutations individuelles dont nous avons donné des exemples, des mutations partielles n’intéressant qu'un seul ou quelques-uns des nombreux bourgeons d’une plante. Les horticulteurs appellent cela des « sports », mais 1ls confondent sous ce nom certains effets de l’hybridation et des mutations
(1) CH. BoMMER, Les causes d'erreur dans l'étude des empreintes végétales (Nouveaux Mémoires de la Sociélé belge de Géologie, Bruxelles, in-4°, 1903, n° 1, page 6).
véritables. La figure 9 montre un exemple appartenant peut-être à cette dernière catégorie. C’est un rameau à feuilles laciniées, qui s’est développé sur un pied normal de Charme, parmi les semis de l’Institut agricole de Gembloux.
Dans les cas les plus frappants, la distinction est sans doute bien nette entre les fluctuations et les